Les Britanniques déploient jusqu’à 1000 hommes dans les rues

Forces de la police civile de défense déployées (crédit : MDP UK)

(B2) Le plan Temperer a (de nouveau) été déclenché, a annoncé le ministère britannique de la Défense, vendredi (15 septembre). 

Cette opération de sécurité intérieure à l’image de l’opération Sentinelle (en format réduit) vise à déployer des militaires en ruses, pour sécuriser certains sites. « À la demande de la police, nous avons décidé de déployer rapidement jusqu’à 1000 personnes provenant des trois services [police de l’air, police de l’amirauté, police de l’armée] pour assurer la sécurité sur les sites à travers le Royaume-Uni » a indiqué un porte-parole du ministère de la Défense. « Cela libérera d’autant la police pour patrouiller dans les rues et protéger le public. » a-t-il ajouté.

Cette décision a été prise en réponse à l’attentat survenu dans le métro londonien à la station Parsons Green. Les autorités britanniques ont décidé de faire passer le niveau d’alerte de « sévère » à « critique ». Ce qui signifie qu’une nouvelle attaque est attendue « de façon imminente ».

L’opération Temperer

L’opération Temperer est un plan prévu de longue date permettant de déployer des forces armées dans les rues (jusqu’à 5200 agents). Cette opération de sécurité intérieure (OpInt) avait été déclenchée, pour la première fois, fin mai, juste après l’attentat à Manchester à la salle de concert Ariana Grande (lire : La résilience, c’est çà ! Une belle leçon britannique de savoir-vivre).

Des unités spécifiques de police

Plusieurs unités, essentiellement de la police civile de défense (1), avaient alors été déployées afin de protéger des sites stratégiques (nucléaires), certaines gares et aéroports (à Stansted notamment) et des évènements sportifs ou culturels. Jusqu’à un quart de la force totale des agents autorisés à utiliser des armes à feu avait ainsi été déployée, durant quelques jours, « pour rassurer le public sur divers sites emblématiques ». Ils étaient rentrés, pour l’essentiel dans leurs casernes, quelques jours plus tard. NB : contrairement à la France (avec son opération permanente Sentinelle), le Royaume-Uni, passée la phase d’urgence, était revenu dans un dispositif plus classique.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Le Royaume-Uni a une force spécifique de police, civile, rattachée au ministère de la Défense, provenant des trois armes (police de l’air, police de l’amirauté, police de l’armée). Ils ont deux fonctions essentielles : la police et l’enquête au sein des installations et du personnel du ministère de la Défense, ainsi que la lutte contre le terrorisme. Ils sont, pour la plupart, armés.

Attaque sur les Champs élysées. Attention à ne pas céder à la surenchère

(B2) Un policier a été tué, un autre a été grièvement blessé, et un troisième plus légèrement, sur la « plus belle avenue du monde », les Champs Élysées, jeudi soir (20 février), juste avant 21 heures. A trois jours du premier tour des élections présidentielles. l’évènement n’est pas anodin. Dans l’échange de tirs, une passante a été blessée.

Un combattant venant de Belgique

La police semblait délibérément visée par l’agresseur qui a arrêté son véhicule à hauteur des forces de l’ordre, sortant de son véhicule, pour tirer sur eux, à l’arme semi-automatique, selon les premiers éléments d’information – « un fusil d’assaut selon le procureur François Molins – (1). L’agresseur a été abattu (2). L’attentat a très vite été revendiqué par l’organisation de l’état islamique (Daesh), citant Abu Youssef al belgiki selon Wassim Nasr. C’est-à-dire un combattant venant de Belgique (3).

Un terrorisme assez classique

Au-delà de l’émotion première, on peut remarquer que cet acte — comme celui commis à Orly contre des militaires du dispositif Sentinelle samedi 18 mars 2017 – s’assimile au terrorisme classique s’en prenant aux représentants de l’État (4). D’un point de vue technique, il était tout à fait possible à l’agresseur de s’en prendre à la foule présente sur les Champs élysées. Ce qui aurait eu un effet autrement plus négatif en termes de nombre de victimes comme d’impact dans la population. Il a choisi de s’en prendre spécialement aux uniformes mais dans des endroits choisis, hautement symboliques et fréquentés par les touristes. L’objectif recherché est, ici, à double détente : dans un premier temps, marquer la possibilité de frapper à tout moment, contre des forces de l’ordre, dans un second temps, indiquer aux touristes que Paris n’est pas une ville sûre.

Solidarité européenne

Le commissaire européen chargé du terrorisme, le Britannique Julian King, a été un des premiers à réagir, se disant « choqué » par « le meurtre d’un policier à Paris et 2 blessés victimes d’une attaque terroriste ». « Mes pensées [vont] aux familles et [j’exprime ma] solidarité avec eux » a-t-il indiqué sur son compte twitter.


Le Premier ministre belge Charles Michel a condamné cette « lâche et ignoble agression ».

L’ancien haut représentant de l’Union, l’Espagnol Javier Solana a aussi voulu exprimer « toute sa solidarité avec les Français ».

La chancelière allemande, Angela Merkel, a réagi par la voix de son porte-parole : adressant « ses condoléances » au président François Hollande. « Ma sympathie va aux victimes et à leurs familles » a-t-elle ajouté.


Le ministre allemand des Affaires étrangères a réagi sur twitter à ces « nouvelles choquantes de Paris. Nous pleurons les victimes et sommes fermement et résolument du côté de la France » a expliqué Sigmar Gabriel.


Le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johson a aussi tenu à exprimer ses condoléances.


La résilience nécessaire

Les différents responsables politiques, et candidats à la présidentielle, vont désormais devoir faire preuve d’un maximum de résilience. C’est-à-dire de résister à la tentation de surexploiter cet évènement, d’en rajouter dans la dramatisation et dans des propositions faites sur le coup de l’émotion. Ce serait le pire de tout. Ce serait en fait donner une prime aux auteurs de l’attentat. Ce que recherchent les terroristes, ce n’est pas en soi l’acte destructeur de vies mais le souffle médiatique et politique supplémentaire qui suit, qui a un effet d’autant plus important que l’acte commis a une symbolique importante. De ce point de vue, l’annulation des déplacements de campagne électorale n’est pas automatiquement une bonne chose. S’il permet d’éviter des déclarations faites sous le coup de l’émotion, plus néfastes qu’utiles, il participe aussi de la dramatisation de l’acte.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) La question de l’origine de l’arme va devoir être analysée de près, notamment dans le cadre de la nouvelle législation européenne sur le contrôle des armes automatiques ou semi-automatiques. Lire : Le renforcement du contrôle des armes à feux à l’intérieur de l’UE (fiche)

(2) Un individu (Karim Cherfi) de nationalité française, résidant à Chelles est déjà connu pour des antécédents similaires. Il avait été condamné en 2003 à 20 ans de prison pour une attaque contre des policiers, comme le rappelle le Parisien.

(3) Ce qui ne cadre pas avec le profil connu de l’individu abattu par la police, cf. ci-dessus.

(4) A l’inverse des attaques au Bataclan ou sur les terrasses qui ressortissaient d’un acte de terrorisme ‘pur’, visant délibérément non pas les forces de l’ordre mais la population ordinaire.

EUCAP Somalia renforce son action dans les régions

Le commandant des opérations civiles du SEAE, Kenneth Deane, et la chef de la mission, Maria-Cristina Stepanescu, coupent le ruban marquant l’ouverture du bureau de Garowe. (Crédit : EUCAP Somalia)

(B2) Avec un nouveau focus exclusif sur la Somalie, la mission européenne de soutien aux forces de sécurité somaliennes (EUCAP Somalia) veut renforcer son action au niveau local. Un nouveau bureau de terrain a ainsi été inauguré à Garowe, dans l’État de Puntland, mardi 7 mars. Le lendemain, une seconde équipe s’est installée à Hargeisa, au nord-ouest, du pays (dans le Somaliland).

Dans ces nouveaux bureaux, les membres de la mission (entre 4 et 7) travailleront à « renforcer la capacité locale de la police maritime locale pour exercer une gouvernance maritime efficace sur ses eaux » explique le porte-parole de la mission européenne. Outre la lutte contre la contrebande, la lutte contre la piraterie et le contrôle de la zone côtière sur terre et en mer, cette approche locale « permettra de s’attaquer à un plus large éventail de menaces et de défis, en particulier l’inspection et l’application de la pêche, la recherche et le sauvetage maritimes ».

La formation – et l’équipement – seront accompagnés par un travail de soutien aux autorités pour « l’élaboration de la législation et la mise en place des autorités judiciaires » nécessaires pour que les criminels puissent être jugés et condamnés.

(Leonor Hubaut)

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EUAM Ukraine réformera 20 postes de police en 2017

Kęstutis Lančinskas (au centre) présente le projet lors d’une table ronde (Crédit: EUAM Ukraine)

(BRUXELLES2) Avec le programme « Soutien à la réforme de la police » l’Union européenne prévoit la transformation de 20 postes de police à travers l’Ukraine, pour en faire des « modèles » de la police nationale. 

20 postes remodelés

Le projet, d’une valeur de six millions d’euros, va permettre de « remettre à neuf et d’équiper les commissariats de police sélectionnés » a expliqué le chef de la mission de conseil de l’Union européenne en Ukraine (EUAM Ukraine), Kęstutis Lančinskas, le 20 décembre dernier. Les 20 postes de police choisis se trouvent dans les régions de Kiev (centre), Kharkiv (est) et Lviv (ouest) (NDLR : deux provinces où la mission européenne a étendu son activité depuis plusieurs mois déjà). Les travaux de rénovation des postes visent à créer un « environnement de travail moderne qui réponde aux besoins des citoyens qui signalent des crimes et qui respecte les droits de la personne détenue ».

… et les policiers formés

Outre une réforme des locaux, le projet prévoit « la formation et l’équipement des policiers, sur [base des] meilleures pratiques de l’Union européenne en matière de police communautaire, ainsi que sur le maintien de l’ordre public. » L’accent sera mis sur les mesures de confiance du public, sur les initiatives de lutte contre la corruption, la sensibilisation du public à la police communautaire et la participation de la société civile à l’élaboration d’un programme annuel de sécurité et de systèmes de gestion des plaintes.

Un modèle pour le futur

« Notre plan porte sur les 20 postes de police avec lesquelles nous allons coopérer, elles serviront de modèles de la nouvelle police pour le reste du pays. » Le projet sera dirigé par EUAM Ukraine, avec le soutien de la police suédoise et du Bureau des Nations Unies pour les services d’appui aux projets (UNOPS).

(Leonor Hubaut)

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Des trafiquants arrêtés (Crédit : UNODC)

Crime organisé et trafic d’êtres humains ciblés par la formation d’EUCAP Nestor

Des trafiquants arrêtés (Crédit : UNODC)

Pour arrêter les trafiquants, le travail d’investigation doit être solide (Crédit : UNODC)

(BRUXELLES2) 21 agents de la police de Puntland ont participé à une formation sur les techniques d’investigation, organisé du 16 au 20 novembre, par le Bureau régional de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) en Afrique de l’Est, en coopération avec la mission européenne de renforcement des capacités maritimes en Somalie (EUCAP Nestor).

Enquêtes et poursuites judiciaires au coeur de la formation

La formation a été organisée pour « soutenir les interventions en matière d’application de la loi en Somalie », à Garowe (la capitale du Puntland), explique-t-on à la mission. La Somalie est en effet, un « carrefour » pour les migrants et réfugiés de l’Afrique de l’Est. En découle un crime organisé, puissant, qui s’appuie sur un juteux trafic d’êtres humains, contre lequel les autorités ont bien du mal à lutter. Concrètement, il s’est agi d’apprendre à 21 agents de police, à « identifier, enquêter, démanteler et poursuivre les éléments criminels favorisant les activités transnationales du crime organisé ».

Eucap Nestor met l’accent sur le cadre juridique

Une formation qui répond à une demande des autorités. « Nous avons des difficultés complexes pour enquêter sur les trafiquants de drogue comme de migrants et les poursuivre » explique ainsi le commissaire de police de Puntland. La formation apportée par la conseillère juridique d’EUCAP Nestor, Juha Sepponen, a porté sur la législation relative aux enquêtes criminelles afin de « rafraîchir et d’améliorer les connaissances des participants sur le cadre juridique de la conduite des enquêtes criminelles »

Le Puntland, carrefour du trafic dans la région

Une évaluation menée par l’ONUDC indique que le Puntland est « un carrefour important des mouvements migratoires mixtes émanant de l’Éthiopie et de la Somalie. Les migrants, les réfugiés, les demandeurs d’asile, les mineurs non accompagnés, les enfants séparés et les victimes de la traite se rassemblent dans la ville portuaire de Bossaso, principal point d’embarquement pour les mouvements de la mer d’Arabie au Yémen. »

(Leonor Hubaut)

Lire aussi : Une Finlandaise à la tête d’EUCAP Sahel Niger, une Roumaine à EUCAP Nestor

(Crédit: EUPOL Afghanistan)

Afghanistan, la réforme de la gestion de crise progresse… doucement

(Crédit: EUPOL Afghanistan)

(Crédit: EUPOL Afghanistan)

(BRUXELLES2) Les experts de la mission EUPOL Afghanistan soutiennent le ministère de l’Intérieur afghan dans la réforme de leur structure de gestion de crises. En janvier 2016, le document stratégique de gestion de crises est entré en vigueur. Il inclut une procédure de fonctionnement standard, visant à renforcer les capacités de la Police nationale afghane. Reste maintenant à passer de la théorie à la pratique…

De nouvelles pratiques à enseigner aux recrues

Pour diffuser les nouvelles pratiques, quoi de mieux que de commencer par les nouvelles recrues? C’est l’idée d’EUPOL, qui a organisé un premier séminaire avec des officiers supérieurs de la police afghane et un groupe d’enseignants en charge de la formation des recrues. Pendant une semaine, ils ont étudié de vrais scénarios d’incidents, pour analyser la réaction actuelle et vérifier sa conformité aux plans de réformes. Au résultat : la rédaction d’un guide du formateur qui sera intégré dans le système de formation afghan.

Premier test de haut niveau …

Début mai, un exercice de simulation a été effectué dans les locaux d’EUPOL, en utilisant la procédure de fonctionnement standard (SOP). B2 a pu savoir que les simulations ont tourné autour de deux cas concrets : une attaque terroriste lors de la visite d’un représentant VIP d’un Etat étranger et des manifestations violentes simultanées de grande ampleur dans divers point de Kaboul. L’exercice a permis d’analyser la coordination entre les responsables de différentes unités: police, lutte contre-terrorisme, unité policière dédiée aux catastrophes naturelles, pompiers, unité Tashkeel (en charge de la réforme de la structure de la police).

Des défis toujours à résoudre …

Les deux exercices pratiques ont permis d’identifier des défis sur lesquels continuer à travailler. Les structures du ministère afghan de l’Intérieur restent trop hiérarchiques et empêchent une « réponse rapide et efficaces » aux crises. De manière plus circonstancielle, les experts d’Eupol signalent la difficulté pour les Afghans à se concentrer sur le travail de planification, notamment l’élaboration d’une procédure standardisée, tout en luttant contre l’insurrection.

Un accord historique entre Police et Justice 

Un point d’inflexion dans la réforme afghane a été pris le 28 mai 2016. Le ministre de l’Intérieur, le général Taj Mohammad Jahed, et le procureur général, Farid Hamidi ont signé la procédure opérationnelle standard (SOP) mettant en place une coopération systématique entre la police et le procureur général et son bureau. Pour la chef de la mission européenne, Pia Stjernvall, c’est le résultat « d’années de conseil de la part d’EUPOL. Ce SOP va renforcer la coopération entre le ministère de l’Intérieur et le bureau du Procureur général dans la lutte contre la corruption. » Un thème qui « ne manque pas de défis en Afghanistan » où la coopération entre ces institutions n’a jamais été vraiment réglementée 

… A suivre de prêt

EUPOL va surveiller la mise en oeuvre de cet accord jusque ce que son mandat finisse, à la fin de 2016. « Les Etats membres de l’UE ont décidé que ce travail continuera ». Un groupe de suivi doit être instauré. Son mandat et sa forme sont encore en discussion… comme le futur de la mission elle-même.

(LH)

Lire aussi : Eupol Afghanistan, comme un sentiment d’échec…

(B2 Pro) EUCAP Libya, la mission de soutien à la police et justice libyenne, se prépare

(B2) L’Union européenne s’apprête à mettre en place une nouvelle mission menée au titre de la PSDC en Libye. Reprenant une partie des missions de EUBAM Libya, cette mission devrait se transformer en une mission plus générale de soutien aux capacités de la police et de la justice criminelle libyenne, de type EUCAP, en prenant […]

Formation à Ramallah des policiers palestiniens (©JB / B2)

Quand des policiers européens forment leurs homologues palestiniens, cela donne du COPPS

Formation à Ramallah des policiers palestiniens (©JB / B2)

Formation à Ramallah des policiers palestiniens (©JB / B2)

(BRUXELLES2 à Ramallah) Rencontrer un CRS français, un policier finlandais, un carabiniere italien aux côtés de policiers palestiniens, à Ramallah ou Jéricho, ce n’est pas rare aujourd’hui, pour qui peut pénétrer au coeur des structures de la toute jeune police palestinienne. B2 s’est rendu à Ramallah, et a pu s’entretenir avec différents officiers européens ainsi que leurs homologues palestiniens.

Une toute jeune police qui a tout juste 22 ans

Cette police palestinienne est toute jeune. Elle a été créée en 1994, au lendemain des accords d’Oslo et de Jéricho-Gaza qui consacrent l’Autorité palestinienne. Une jeunesse qui a des inconvénients — il faut former, équiper, structurer — mais a aussi des avantages. Plus récente, elle est parfois plus à même de s’adapter aux évolutions de menaces et de techniques estime Emmanuel Merlin, CRS français arrivé il y a tout deux mois dans la mission. D’où l’intérêt d’une mission comme EUPOL COPPS (1). « La structure policière palestinienne est bien avancée. Cette jeune police a les moyens de ses performances. À charge pour nous désormais de les emmener vers l’autonomie », complète Stéphane Vidal, en charge de l’entrainement au tir et de la logistique.

Un soutien contre la cybercriminalité 

La police palestinienne et EUPOL COPPS veulent aller plus loin. Et faire face aux nouveaux défis tels la cybercriminalité. C’est la police palestinienne qui a identifié ce besoin. Durant deux mois, la mission EUPOL COPPS a mis au service de la police un expert européen sur ce domaine, le finlandais Tommi Rautanen. Depuis un mois, il entraine les forces de police aux techniques modernes. « Le personnel est très motivé — remarque-t-il —. Mais il y aura un besoin pour des entrainements plus conséquents par la suite » (3).

Besoin de femmes dans la police

Autre vecteur qu’il faut développer : les femmes. « La police n’est pas vraiment considérée comme un secteur où les femmes devraient travailler. Alors que dans le secteur de la justice criminelle, le taux de femmes au parquet ou parmi les juges est assez élevé » analyse Lena Larsson (2). Il y a seulement 3% de femmes dans la police. Or, le besoin est réel. « Nous devons pousser à l’inclusion des femmes » ajoute-t-elle. L’unité de protection juvénile a besoin de femmes, ne serait-ce que pour pénétrer dans une maison où une affaire est signalée. Pour pouvoir interpeller et fouiller les femmes également. D’autant que les crimes les plus « courants » ont trait aux violences familiales et conjugales, selon Emmanuel Merlin, CRS français, formateur à EUPOL COPPS.

Mieux définir les responsabilités entre les institutions palestiniennes

Si dernièrement, l’accent a été mis pour améliorer les processus décisionnels dans les structures de police et de justice, les Européens veulent désormais que celles-ci fonctionnent de façon autonome et pérenne. « Nous souhaiterions voir davantage de législations, de règles, de division des responsabilités entre les institutions » détaille la Suédoise Lena Larsson (2), chef adjointe de la mission EUPOL COPPS qui reçoit B2. « Cela signifie notamment définir clairement qui fait quoi, quelle est la fiche de poste de chacun, définir les rôles et les responsabilités ». 

Un patchwork législatif

Le problème est que le système législatif palestinien est un véritable « patchwork », qualifie Giovanni Galzignato, le chef de la section « état de droit » de la mission. En Cisjordanie, le système repose sur le modèle jordanien. Celui de Gaza repose sur le modèle égyptien et le gouvernement israélien fait partie du paysage législatif. La mission travaille sur les outils nécessaires à l’harmonisation de ce système. La division entre Gaza et la Cisjordanie, comme l’absence d’un parlement national palestinien effectif qui puisse légiférer, compliquent le travail des policiers palestiniens comme des Européens. 

Renforcer le cadre législatif

Pour Lena Larsson, il faut donc « renforcer le cadre législatif palestinien et les procédures législatives ». Il existe un clair manque de structures. On ne comprend pas toujours « comment une loi est passée » commente-t-elle. Les procédures ne sont pas toujours les mêmes, en partie parce qu’il « n’y a pas eu de Parlement depuis très longtemps ». Le système fonctionne de façon ad hoc. Il y a un manque de « mémoire institutionnelle ». 

(Johanna Bouquet)

A suivre :

  • Tommi Rautanen : un expert finlandais de la cybercriminalité en Palestine
  • L’unité de traitement des empreintes digitales
  • EUPOL Copps en route pour un nouveau mandat *

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(1)  EUPOL COPPS

Depuis 2006, l’Union européenne a décidé, de mettre sur pied une mission de soutien pour la police palestinienne, dénommée EUPOL COPPS. Une mission créée, dans le cadre d’une solution à deux États, israélien et palestinien, vivant côte à côte, que les Européens ont toujours prônée. Alors que le chemin vers la paix n’a jamais semblé aussi loin, l’ambition reste intacte : doter les Palestiniens d’une police moderne, structurée, qui respecte certaines règles de droit, et efficace.


(2) Lena Larsson

Suédoise, Lena a pris ses fonctions à Ramallah, le 16 juillet 2015, au moment de la poursuite de la mission EUPOL COPPS. Elle a travaillé pendant près d’une décennie pour le ministère des Affaires étrangères suédois, son pays d’origine. Au niveau européen, elle a occupé entre 2011 et 2013, le poste de chef du bureau régional du Kurdistan irakien pour la mission EUJUST LEX Irak.


(3) Une définition plus large

Dans la police palestinienne, la cybercriminalité s’entend dans un sens beaucoup plus large qu’en Europe. Il s’agit de toute affaire criminelle qui implique une récupération de données sur un ordinateur ou un téléphone portable.

Le siège de la Cour de justice palestinienne à Ramallah

Quatre jours en Palestine (Maj 1)

Le siège de la Cour de justice palestinienne à Ramallah

Le siège de la Cour de justice palestinienne à Ramallah © JB / B2

(B2) Pendant presque une semaine j’ai pu me joindre aux équipes européennes en Cisjordanie. De Jericho à Ramallah, les hommes et femmes de EUPOL COPPS forment, en effet, la police et la justice criminelle palestiniennes.

Lancée en 2006 avec en toile de fond de conforter la solution à deux États – palestinien et israélien, prônée par les Européens, la mission européenne, menée au titre de la PSDC, fête ses dix ans. Mais le contexte dans lequel elle évolue, reste toujours aussi difficile et volatile.

Un contexte toujours difficile

Depuis plusieurs mois, le conflit s’est déplacé d’un niveau collectif à un niveau individuel, avec des attaques aux couteaux menées par de jeunes adolescents palestiniens à Jérusalem. Quand nous arrivons, le calme règne (1). De façon étonnante. « C’est vrai, depuis quatre jours, les choses sont apaisées » confesse, d’un air quelque peu circonspect, un observateur palestinien.

Mais, entre colonies de peuplement, check points, permis de circuler, les différentes zones, incursions régulières des troupes israéliennes dans les territoires occupés, … les difficultés de la vie quotidienne pèsent sur la population et compliquent également le travail de la police.

(Johanna Bouquet)

En immersion dans la police palestinienne…

(*) Paru sur B2 Pro

(1) Le calme n’a pas duré. Lundi (18 avril), une explosion dans un bus à Jérusalem ouest a fait une vingtaine de blessés, sur la rue de Moshe Baram. Loin des attaques aux couteaux perpétrées par des adolescents, c’est la première attaque à la bombe depuis la deuxième Intifada en 2005, précise le journal Haaretz.

(Crédit: EUCAP Sahel Mali)

EUCAP Sahel Mali forme la Garde nationale pour le maintien de l’ordre

(Crédit: EUCAP Sahel Mali)

(Crédit: EUCAP Sahel Mali)

(BRUXELLES2) Que faire face à un groupe de manifestants agités : quand faire feu ? Quand employer la force ? Comment distribuer les rôles ? Ce sont quelqu’unes des questions auxquelles 16 stagiaires issus de la Garde nationale malienne ont pu répondre lors d’une formation dispensée par la mission européenne de renforcement des capacités maliennes (EUCAP Sahel Mali) en février. Pendant trois semaines, les Maliens ont acquis les connaissances d’expert en maintien de l’ordre.

De la théorie pour mieux appréhender la réalité

Les stagiaires, venus du Groupement de maintien d’ordre et du Groupement spécial de sécurité présidentielle, ont d’abord acquis les connaissances sur les principes généraux du maintien de l’ordre (but du maintien de l’ordre, gradation de l’emploi de la force, sommations et avertissements), l’emploi des grenades, l’intervention dans des locaux occupés, la réaction à l’ouverture du feu. Selon les formateurs EUCAP, le but de la formation était de « perfectionner les cadres intermédiaires de la Garde nationale à travers la maitrise de procédures techniques, le cadre d’ordre, la situation de commandement opérationnelle et la pédagogie. » Le tout appliqué au maintien de l’ordre.

Une mise en pratique réaliste

Intervention dans des locaux occupés. 35 salariés mécontents assiègent les locaux de leurs entreprises depuis 5 jours. Toutes les issues sont bloquées et les négociations avec le syndicat sont restées vaines. Il ne reste plus qu’à faire appel au Groupement de Maintien d’Ordre de la Garde nationale. La mission confiée à l’unité : évacuer l’entreprise occupée par les manifestants et maintenir l’ordre dans la zone pour empêcher le retour des occupants. Voici un exemple d’exercice mené par l’équipe d’EUCAP Sahel Mali pour mettre en situation les Maliens. « C’est en véritables professionnels que les militaires du Groupe ont procédé à l’évacuation des occupants de l’usine » relate la mission dans un communiqué.

Une formation à diffuser verticalement

« Tout commence par notre formation, et nous les cadres devons transmettre nos acquis à nos subordonnés », explique l’adjudant Salif Djiré du groupement de maintien de l’ordre. Pour y parvenir, la troisième et dernière semaine de la formation a été consacrée à la pédagogie de ceux qui seront maintenant un exemple à suivre et des formateurs au sein de leurs unités. Cette formation des formateurs s’est faite dans des groupes de travail. Chacun a pu se mettre dans la peau du formateur et appréhender ainsi l’art délicat de transmettre son savoir à des interlocuteurs, de maintenir l’attention de la classe et de vérifier que le message soit bien passé.

(LH)

Lire aussi:

Formation à la communication pour la police du nord du Kosovo

(B2) La mission de l’UE au Kosovo de soutien à l’Etat de droit (EULEX Kosovo) a organisé, mercredi (16 décembre) un atelier de formation aux médias et de communication pour les officiers de la police du Kosovo (KP) des commissariats du nord du Kosovo. La formation, visant à renforcer les compétences de la police à communiquer avec les médias et le public, a rassemblé 14 officiers de la police kosovare de quatre commissariats (Zubin Potok, Leposavic, Zvecan et Mitrovica Nord) dans les locaux d’Eulex dans la maison de l’Union européenne.

(crédit : Eulex Kosovo)

L’évolution du paysage médiatique, avec les nouvelles technologies, la communication rapide et les réseaux sociaux en ligne, impose « à son tour aux autorités répressives d’appréhender la perception qu’a le public de leur travail et d’adopter de nouvelles méthodes de communication avec les journalistes, les médias et le public » indique la mission.

(NGV)