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L’idée d’une EUFOR RCA Bangui se met peu à peu en place. Le point

L’idée d’une EUFOR RCA Bangui se met peu à peu en place. Le point

L'aéroport de Bangui, noeud névralgique pour les opérations internationales en Rép. centrafricaine (Crédit : DICOD / ministère Fr de la Défense, mars 2013

L’aéroport de Bangui, noeud névralgique pour les opérations internationales en Rép. centrafricaine (Crédit : DICOD / ministère Fr de la Défense, mars 2013

(BRUXELLES2) Après le semi-échec de décembre — interruption du processus de planification de l’envoi d’un battlegroup (Battlegroup pour la Centrafrique ? Comment Cathy a dit stop !) et incapacité à obtenir rapidement des troupes au sol malgré les demandes pressantes de Paris (Centrafrique. Les Européens arrivent, un peu…) — l’Union européenne semble, enfin, décidée à s’activer sur la question centrafricaine, ainsi que B2 l’avait annoncé sur son site dès mardi dernier.

Deux options sont étudiées : 1) autour de l’aéroport, afin de sécuriser celui-ci, ainsi que la zone alentour – le camp de déplacés par exemple qui se remplit la nuit essentiellement (EUFOR Bangui) ; 2) dans le reste du pays, à l’ouest vers le Cameroun, reprenant ainsi l’option précédemment étudiée, en novembre (EUFOR Rca). Ces deux options ne sont d’ailleurs pas exclusives l’une de l’autre. Un volet « gendarmerie » et « logistique pour la Misca » pourrait être ajouté. Lire sur le site réservé aux membres – Club (accès sur souscription) : Les premières options d’une opération EUFOR RCA Bangui

Quel est le calendrier ?

Les ministres des Affaires étrangères doivent décider lundi (20 janvier) d’une opération militaire en république Centrafricaine. Il ne s’agira que d’un feu vert politique. Il faudra encore sans doute peaufiner certains détails opérationnels, avant le déploiement réel sur le terrain des militaires.

Toute opération militaire ou mission civile de l’UE se fait, en effet, en plusieurs temps : de l’accord politique (sur un concept de gestion de crises) à la décision opérationnelle de lancement. Selon le cas, et la volonté politique, le délai entre les deux phases peut être, plus ou moins, long (*) : de plusieurs semaines à plusieurs mois.

Les premiers signes, ici, sont encourageants. Les 28 ambassadeurs du COPS – qui se sont penchés sur la question du Centrafrique vendredi après-midi (10 janvier) - ont rendu un premier avis positif. Le Comité militaire de l’UE a été saisi et doit donner son avis, ce lundi, selon les informations de B2, sur ce qu’on peut appeler à titre provisoire EUFOR RCA Bangui. Les différents groupes de travail du Conseil (avec les représentants des 28 Etats membres) et les structures de gestion de crises du Service diplomatique européen (SEAE), affinent déjà les aspects complémentaires : taille de la force, commandement, financement, etc. La plupart des Etats membres ont été testés, ce depuis plusieurs semaines déjà, pour voir qui pourrait contribuer.

Quels pays participeront ?

Aucune information ne filtre de manière officielle. Mais selon les informations de B2, outre la Belgique, voire l’Italie, qui pourraient fournir une contribution ; l’Allemagne et les Pays-Bas qui ont été approchés ; les pays de Visegrad – Pologne, Rép. Tchèque, Slovaquie, Hongrie – ont été sollicités et pourraient fournir une contribution commune. Les ministres de la Défense tchèque et polonais se sont d’ailleurs rencontrés, il y a peu, cette semaine à Prague pour en discuter.

Quels éléments seront nécessaires ?

A cette force, il faudra de l’infanterie, un peu musclée (type forces spéciales), avec quelques véhicules blindés — type véhicule de transport pour protéger les troupes mais pas de véhicule offensif type tank —, des hélicoptères ; un certain dispositif de soutien médical, comme par exemple un hôpital de rôle 2 ainsi que des moyens d’évacuation (hélicoptères Medevac) ; un petit noyau de commandement (type FHQ), sans oublier les instruments de communication (satellites, radios, liaisons informatisées, SIC dans le jargon, etc.) indispensables à toute campagne moderne.

Qui financera ?

Les opérations militaires sont financées essentiellement par les Etats membres participants à l’opération. Une petite partie des frais (noyau de commandement, communications + certains déplacements) est prise en charge par les 27 Etats membres (les « 28 » sans le Danemark qui a un opt-out sur les opérations militaires de l’UE) sur un budget commun (budget alimenté par une clé de répartition, basée sur le PiB, le mécanisme Athena).

Pourquoi les Européens s’activent maintenant ?

Il y a urgence. La situation dans la région devient critique, car ce n’est pas seulement la Centrafrique qui donne des signes de faiblesse : à l’est, le Sud-Soudan s’enflamme, au sud, le Congo n’est pas vraiment stabilisé, à l’ouest, le Cameroun reste une zone protégée mais la présence de Boko Haram dans l’extrême nord du Cameroun est un facteur de danger.

L’Europe est attendue. Toutes les conditions sont remplies pour une intervention européenne : accord de la communauté internationale (ONU) comme de l’Union africaine, stratégie de « sortie » – un point clé de la doctrine « Ashton » en matière de gestion de crise – prête avec le déploiement qui a commencé d’une force de l’Union africaine et relais des Nations-Unies, taille relativement modeste de l’engagement et durée qui peut être limitée (6 mois à 1 an).

Il y a un mandat très clair du Conseil européen. En décembre dernier, les des « 28 » Chefs d’Etat et de gouvernement ont imposé une décision rapide. C’est la première fois – depuis longtemps – que le Conseil européen pousse ainsi vers la mise en place d’une opération militaire avec un calendrier aussi impératif.

A cela s’ajoutent des éléments plus factuels et politiques. L’Europe ne peut plus, comme d’habitude, se reposer sur d’autres partenaires qui lui apportent ainsi une intervention à moindre risque. Et dans le « bilan » que se prépare à tirer la Haute représentante, C. Ashton, de son action durant 5 ans, la notion de gestion de crises doit être renforcée.

(Nicolas Gros-Verheyde, tous droits de reprise et reproduction réservés © B2)

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Battlegroup pour la Centrafrique ? Comment Cathy a dit stop !

Battlegroup pour la Centrafrique ? Comment Cathy a dit stop !

David Cameron a dit "non" à l'envoi d'un battlegroup européen. Le Premier britannique au sommet de Vilnius (crédit : présidence lituanienne de l'UE)

David Cameron a dit « non » à l’envoi d’un battlegroup européen. Le Premier britannique au sommet de Vilnius (crédit : présidence lituanienne de l’UE)

(BRUXELLES2, exclusif) Selon nos informations concordantes, la préparation du déploiement de la force de réaction rapide (battlegroup) de l’Union européenne en Centrafrique – préparée depuis plusieurs jours par le staff militaire du Service diplomatique européen (SEAE) – a été stoppée net sur ordre… de la Haute représentante de l’UE, Catherine Ashton.

Un battlegroup planifié

L’objectif de la planification (lire : Un battlegroup de l’UE en République centrafricaine ? La discussion continue) était de compléter l’action des troupes françaises, qui se préparaient à « entrer en premier », et de faire la liaison avec les troupes africaines, pour faire cesser les massacres et rétablir une certaine sécurité.

Faire cesser les massacres, ça peut attendre !

Las… la Haute représentante y a mis le holà. « Je ne suis pas opposée sur le principe » a-t-elle expliqué à ses équipes fin novembre en marge du sommet sur le partenariat oriental de Vilnius. « Mais il est vital que la France approche le Royaume-Uni au niveau ministériel pour cela. Il est essentiel d’avoir un « Yes » du Royaume-Uni avant d’aller plus loin. ». Et d’ajouter « Je ne peux pas aller devant les ministres des Affaires étrangères (avec) cela ». Rompez !

David Cameron : le Mister No de la défense européenne

Le « no » britannique est, en fait, connu. Si quelques militaires seraient prêts à y aller. Au Number 10, la résidence du Premier ministre, David Cameron, comme au Whitehall, le siège du ministère de la Défense, la réponse est claire et sans ambages, c’est « No ». Les responsables du SEAE sont rapidement fixés. Il n’y aura pas de battlegroup, pas d’option militaire, ni même l’ombre d’une approche modulaire. Pour Londres, la pierre angulaire de la sécurité européenne est l’OTAN (détails dans le Club : L’OTAN la pierre angulaire, l’Europe le cale-pied (Lidington)). Et quand elle prend la permanence du battlegroup, c’est pour qu’il reste à terre (sauf intérêt suprême de la Couronne en jeu). L’Union européenne n’a un objectif d’action que « complémentaire » et de préférence « civile ».

Et si on mettait un peu d’humanitaire, ca ne serait pas plus beau ?

Peu après un des hauts responsables du SEAE, en charge de la PSDC, Maciej Popowski, prend à son tour la plume. Au nom du principe de réalité, il propose une solution qui se veut consensuelle. « Il serait plus intéressant de présenter l’engagement européen en Centrafrique dans un cadre plus large, en impliquant l’humanitaire, le développement et le travail de sécurité, ensemble ». Un « truc de marketing » comme il le reconnaitra lui-même. Mais « çà pourrait mieux passer », assure-t-il.

L’esprit de Chamberlain …

Or, chacun le sait. Même les humanitaires et les ONGs de tout poils le disent – même Human Right Watch, pourtant peu soupçonnée d’être complaisante envers les forces françaises en Afrique. Il faut rétablir un semblant d’ordre. Nous sommes face à une tragédie. La commissaire européenne à l’Aide humanitaire le dira d’ailleurs : « la question du génocide n’est pas purement hypothétique » (lire sur le Club). Rien n’y fait. En costards-cravates, dans leurs bureaux, quelques responsables ont décidé que cela ne valait même le coup de tenter d’agir et qu’il valait mieux rendre les armes tout de suite.

… plutôt que l’esprit européen et humaniste

Ce refus est problématique. Ce qui s’est passé en Centrafrique ressort de massacres et de crimes de guerre (puisque commis par des forces armées contre des civils). L’intensité des massacres et leur ciblage pourrait peut-être les requalifier en crimes contre l’humanité voire en génocide (l’histoire le dira). En laissant les Français, seuls, aller au combat et perdre des hommes ; en refusant de donner un « feu vert » à la force de réaction rapide de l’UE ; alors qu’il y avait un mandat des Nations-Unies, il y a là un manquement très clair au mandat confié aux autorités européennes par les Traités dans le cadre de la PSDC – la politique de sécurité et de défense commune = « assurer le maintien de la paix, la prévention des conflits et le renforcement de la sécurité internationale conformément aux principes de la charte des Nations unies ». Cet acte ne peut rester sans responsabilité au plan politique. Il faut en tirer les conséquences…

NB : on peut ajouter deux remarques. Les ministres de la Défense et des Affaires étrangères viennent tout juste, le 18 novembre, d’approuver une réforme des groupements tactiques européens, permettant d’avoir plus de flexibilité ou de souplesse dans l’envoi d’un battlegroup. Il aurait été possible d’inaugurer cette évolution (une idée britannique d’ailleurs). La Haute représentante pourrait certainement dans quelques jours demander d’étudier de nouvelles options. Une manière de ne pas rester inactive. Ce faisant elle aura évité à son pays un désaveu cinglant (le veto britannique est, en effet, resté très discret). Et elle renvoie la « patate » chaude aux Grecs, Roumains et autres Chypriotes qui assurent le relais de la permanence de la force de réaction rapide à partir du 1er janvier. Au SEAE, on sait pertinemment que cela pose un vrai problème. Ce « battlegroup » étant désargenté, se projeter en Centrafrique (même si une partie du coût – le transport – est pris en charge), est un effort très important… A ceux qui prétendent que Catherine Ashton n’est pas une fine politique, cette manoeuvre en est un désaveu cinglant !

NB : En fait, le seul espoir de « relais » européen des Français repose sur … les Benelux et Allemands qui auront le « tour de rôle » du battlegroup au 1er juillet 2014 !

Lire aussi :

Un battlegroup de l’UE en République centrafricaine ? La discussion continue

Les États membres qui font actuellement parti du Battlegroup sont la Lettonie, la Lithuanie et le Royaume Uni. (Crédits: Ministère défense lithuanien )

Les États membres qui font actuellement parti du Battlegroup sont la Lettonie, la Lithuanie et le Royaume Uni. (Crédits: Ministère défense lithuanien )

(BRUXELLES2, exclusif) Le déploiement des battlegroups en République centrafricaine est une des options sur laquelle l’Union européenne réfléchit. Les lecteurs de B2 en étaient avertis (lire : Centrafrique. Une initiative européenne est-elle possible ? (Maj). Une réflexion confirmée officiellement par Walter Stevens, le président du Comité Politique et de Sécurité (COPS).

Une réflexion entamée au COPS

Cette option est, en effet, arrivée au niveau du Comité Politique et de Sécurité (COPS). Mais sans encore de décision. « On verra dans les prochaines semaines » a-t-il lâché avec prudence, devant la sous-commission Sécurité et Défense du Parlement européen (à laquelle assistait B2). « Nous attendons le feu vert pour poursuivre les négociations avec les Nations Unies, les Français et d’autres partenaires, pour voir ce que l’on peut faire ensemble et ainsi formuler quelque chose de concret. » Le diplomate a salué le « renforcement de la présence française » en expliquant que l’Union européenne travaille pour suivre ce mouvement. « La situation commence à être hors maîtrise. Les forces sur place ne peuvent rien faire. Il y a de plus en plus de rebelles, de bandits. »

Une solution alternative : EUFOR ?

L’alternative au battlegroup serait de mettre en place une mission ou opération militaire européenne, de type EUFOR. Mais la génération de forces nécessaire « retarderait (le processus) plusieurs mois » et serait donc « lente » face à l’urgence.

L’Union européenne en retard d’une guerre ?

Certains eurodéputés ont plaidé l’urgence de la situation et l’indécision de l’Union européenne. L’UE va « encore être accusée de ne rien faire » a ainsi averti la Finlandaise Tarja Cronberg (Verts), s’interrogeant sur les causes du non recours aux battlegroups. Walter Stevens a alors retrouvé tous ses talents de diplomates pour expliquer que le « battlegroup » « est un instrument fantastique de coopération et de travail » mais difficile à utiliser. « Cela fait deux ans que je m’en occupe. Il y a eu beaucoup de propositions mais tout dépend de la volonté politique » et donc des États membres.

Commentaire : Tous les regards se tournent ainsi vers le Royaume-Uni et les Pays-Bas (qui fournissent l’essentiel du battlegroup de permanence ces semaines-ci… Autant dire que ce serait une petite révolution si Londres disait oui ! Quant au battlegroup suivant, le Helbroc, formé des Grecs, Roumains, Bulgares, Chypriotes et… Ukrainiens etc. il manque surtout … des finances. Un point qu’a confirmé à B2 un diplomate proche de ces pays. (NGV)

Lire aussi (sur B2) :

Détails dans le Club

En Centrafrique, urgence notable, lobbying discret, action soutenue

En Centrafrique, urgence notable, lobbying discret, action soutenue

La réunion à New-York sur la RCA le 25 septembre (crédit : Commission européenne)

La réunion à New-York sur la RCA le 25 septembre (crédit : Commission européenne)

(BRUXELLES2) Réunis à Luxembourg, les ministres des Affaires étrangères de l’UE viennent d’appeler « à une mobilisation forte, rapide et coordonnée » face à la crise que traverse la république Centrafricaine.

« L’Union européenne est vivement préoccupée par la situation en République centrafricaine (RCA) où l’insécurité et l’effondrement total de l’ordre public exposent les populations civiles, en particulier les enfants qui sont les plus vulnérables, à des atteintes graves aux droits de l’Homme. La situation humanitaire est alarmante : l’ensemble de la population est considérée en situation de risque grave. »

Ces mots peuvent sembler relever du verbatim diplomatique habituel pour un public français (ou francophone), connaisseur de la république Centrafrique, tant il parait évident que la crise est grave. Mais cette « évidence » n’est pas partagée par tous les Européens. Loin de là ! En Centrafrique, bien que discrète, l’action de la diplomatie européenne a été bien réelle et, surtout, bien coordonnée. Détails…

Conscientiser, tout d’abord

Avant tout, comme l’explique à B2, un expert du dossier, il a fallu « conscientiser, intéresser tous les acteurs européens (et les partenaires internationaux) à cette crise un peu oubliée ». Il a également fallu dénouer une crise entre la CEEAC (la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale) qui s’estimait compétente pour intervenir (mais n’en avait pas les moyens) et l’Union africaine. Un travail de haute couture diplomatique qui mérite un coup de chapeau.

Une action discrète

Alors que ce sujet n’a fait l’actualité des médias que récemment et de façon épisodique, l’Union européenne a pris à bras le corps le problème. « On n’a pas beaucoup communiqué. Mais cette question a, très tôt et bien avant qu’il y ait d’intérêt public sur la question, été prise au sérieux », confirme un haut diplomate européen que j’ai interrogé. « On a été actif sur trois dimensions de cette crise : la sécurité, l’humanitaire, le développement économique et social », sans oublier l’aspect politique.

Visites politiques

La Commissaire européenne à l’Aide humanitaire, Kristalina Georgieva, s’est ainsi « fortement impliquée sur le dossier ». La composante « humanitaire » de la crise est, en effet, très forte. Après une visite cet été en compagnie de Valerie Amos, la coordinatrice de l’ONU pour les affaires humanitaires (OCHA), elle est revenue pour une visite plus officielle avec le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, il y a une semaine (dimanche 13 octobre). Entre les deux, la réunion organisée en marge de l’assemblée générale des Nations-Unies à New-York, le 25 septembre, a certainement constitué un momentum politique important, avant qu’une résolution ne soit votée au Conseil de Sécurité.

Missions d’évaluation

Sur le plan technique, « plusieurs missions d’évaluation ont aussi été envoyées sur le terrain ». Tout d’abord, une mission « mixte » du service diplomatique européen (SEAE), composée de militaires, de spécialistes du développement (Devco), de l’aide humanitaire (ECHO), et des différentes unités concernées du SEAE (unité géographique notamment) se sont rendues à Bangui. Une autre mission s’est rendue également à Addis-Abeba au siège de l’Union européenne.

Contacts discrets

Des délégations de l’Union européenne comme certaines ambassades bilatérales ont été mobilisées pour convaincre, un par un, les pays africains de la CEEAC qu’il en allait de l’intérêt de tous, de faciliter la transition entre la CEEAC et l’Union africaine pour le règlement de cette crise. « Cela a pris un peu de temps et ce n’était pas gagné d’avance » comme l’avoue un Européen qui a suivi de près cette négociation.

Et aide à la planification

On peut aussi ajouter à cette présence diplomatique, une aide à la planification menée par des officiers européens placés auprès de l’Union Africaine (un officier est sur place à Addis Abeba) et auprès de la CEEAC, la communauté économique de l’Afrique centrale). 

Agir tout de suite

Comme l’explique à B2 un expert du dossier, « Il faut agir maintenant et pas dans trois mois ». « Nous sommes sommes face à une crise majeure, aigüe, où toute la population du pays (même si celle-ci n’est pas très nombreuse, environ 4,6 millions d’habitants) est affectée en même temps. Ce qui est rare ». Le positionnement géographique de la Centrafrique, entre le Soudan et le Congo, est crucial. Situé sur une ligne de fracture entre musulmans et chrétiens ou animistes, il pourrait réveiller des conflits apaisés (Tchad-Soudan notamment). Un pays « situé au carrefour de plusieurs zones fragilisées par des années de crise ou de conflit, par le braconnage, la présence de groupes armés étrangers, y compris l’Armée de résistance du Seigneur et par la montée de menaces terroristes transnationales » comme le précisent les 28 dans leur communiqué.

A suivre sur le Club (abonnés) : Centrafrique : ce que peut, ce que va faire l’Union européenne

Pour ceux qui veulent avoir un aperçu de la situation humanitaire, lire sur le blog du « L’humanitaire dans tous ses états » de mon ami Frédéric Joli du CICR à Paris : République centrafricaine : la situation humanitaire continue de se dégrader

Lire aussi :

Dans la cuve…

(BRUXELLES2 à Paris) « Anticiper, Planifier, Conduire« , la devise du Centre de planification et de conduite opérationnel (CPCO) n’est pas un vain mot. J’ai pu ainsi pénétrer dans ce lieu, situé fort discrètement au sous-sol du ministère de la Défense, bd Saint Germain à Paris.

L’ambiance « marine »

Dans la « cuve », au-dessous du niveau de la Seine, avec ses coursives et ses escaliers un peu étroits, l’ambiance ressemble étrangement à celle d’un sous-marin (en un peu plus grand tout de même). Parfois quand il fait humide et que l’eau de la seine monte, la réalité rejoint l’impression. Cela peut fuir et les bassines sont requises. S’il y a des militaires qui sont pressés et heureux de rejoindre le nouveau siège du ministère à Balard, ce sont bien les permanents du CPCO.

Dans la salle opérationnelle, le saint des saints, quelques tables, des postes par zone géographique : Afrique, Océan indien, Europe, Moyen-Orient… Derrière les ordinateurs, au fond de l’espace, sont accrochées au mur les antiques cartes papiers qui témoignent du passage à l’ère numérique. A l’étage, derrière des baies vitrées, les responsables de « quart ». Toujours l’ambiance « marine ».

De Tampa à Kaboul en passant par Paris

Dans la salle de réunion, plusieurs lignes affichent les heures des différents théâtres ou lieux où se trouvent les Français et Alliés : de Tampa à Kaboul en passant par Abidjan, N’Djamena, Pristina et Beyrouth… sans oublier Bamako qui s’est rajouté précédemment.

Près de 24.000 militaires sont actuellement prépositionnés, dans les bases de souveraineté ou zones de présence, ou dans les opérations extérieures (OPEX). Avec le retrait d’Afghanistan et l’opération au Mali, l’essentiel (environ 3/4) des troupes opèrent désormais en Afrique. Le CPCO suit également les forces déployées au niveau national. Elles ne sont pas négligeables : 2600 militaires déployées en mai 2013 (à compter à environ 1800 en 2008), essentiellement pour Vigipirate ou en soutien des forces civiles.

Une spécificité française : une ligne directe entre le Chef de l’Etat et le contrôle des forces

La spécificité française n’a pas « d’équivalent ailleurs » indique un officier. L’Allemagne et le Royaume-Uni, par exemple, n’ont pas ce type d’organisation où le chef d’Etat-Major est à la fois le conseiller militaire du Président et le chef des opérations.

Le Chef d’Etat-Major des Armées (CEMA) garde toujours le contrôle de ses forces. Le commandement opérationnel (OpCon) est effectivement confié au commandant d’opération ou de la force de l’UE ou de l’OTAN. Mais il n’est que « délégué ». Le CEMA donne toujours des directives nationales. Il définit les règles d’emploi et d’engagement opérationnel.

Une répartition des tâches

Les hommes et femmes du CPCO sont réparties selon les missions (combat, contribution militaire aux actions de l’Etat et postures permanentes) et suivant les secteurs géographiques (National, Europe, Afrique, Monde). De façon classique, l’organisation du CPCO reproduit la répartition des tâches selon la « norme » OTAN : du J1 chargé des effectifs au J9 chargé du Cimic en passant par le J2 (Renseignements), le J3 (conduite), le J4 (logistique), le J5 (Planification), le J6 (Systèmes d’information et de communication ou SIC), le J7 (entrainement) et le J8 (finances). Un peu moins de 200 personnes travaillent ainsi au CPCO auxquels il faut ajouter une cinquantaine de militaires de la DRM (la direction du renseignement militaire) chargés du Renseignement (Rens’ pour les intimes) qui ont une double casquette (DRM et CPCO). « Ce qui permet des économies et évite les doublons ».

Conduire à chaud !

Ce que détestent les planificateurs, mais qu’adorent les opératifs, c’est la « conduite à chaud », quand la crise arrive et que rien n’est prévu. Cela a été le cas pour la prise d’otages du Ponant par exemple. « On a monté la cellule de crise, en quelques heures, en mettant toutes les compétences en interministérielle » raconte un officier. Il fallait conjuguer en effet les moyens des armées, de l’intérieur et des Affaires étrangères… Mais, passées les premières heures, l’impératif très vite est pour « avoir de l’eau sous quille » comme disent les marins sur l’opération. C’est la hantise des planif’ : « pouvoir anticiper les évènements, avoir du recul ». Les planificateurs passent dans une autre salle, avec l’objectif de « regagner du temps » et pouvoir « planifier à quelques heures d’abord, quelques jours ensuite » la suite des opérations.

Opération Serval en commandement

D’une certaine façon, l’opération Serval – au Mali – s’est déroulé selon ce principe. « On n’a pas eu le temps de tout planifier. Le concept d’origine « les Africains par eux-mêmes et la formation par l’Union européenne » n’était plus d’actualité » et jouable. Vu la montée en puissance rapide de l’opération, le CPCO a assuré également le « niveau opératif et stratégique » durant le premier mois de l’opération, jusqu’au 10 février et la mise en place d’un QG d’opération sur place (au Sénégal d’abord). Ce qui est plutôt exceptionnel. Le CPCO a reçu des renforts. Les « opérationnels » se sont réfugiés dans une des salles au sous-sol du CPCO. Une bien petite salle pour tenir jusqu’à 20 et 25 personnes – sans compter les « Rens » placés dans une pièce à côté. Mission : « recevoir les directives politiques et les transformer en ordre pour le théâtre » et répercuter à la chaîne politique ce qui se passe sur le terrain, en proposant des solutions. Ils ont ainsi assuré le commandement et le contrôle, notamment pour la détermination des cibles. Une question sensible qui était suivie en haut lieu. « Il nous est arrivé plusieurs fois d’aller chez le Président de la république pour préciser ou expliquer la question du ciblage. »

Leçons de Bosnie. Innover dans les missions de gestion de crises de l’UE ?

Une autre manière de faire des missions PeSDC est-il possible ? (fontaine à Sarajevo © NGV)

(BRUXELLES2, réflexion) La fin de la mission de police en Bosnie-Herzégovine (MPUE/EUPM) amène son lot de réflexions sur la mécanique de planification et de conduite des missions civiles de crise et plus généralement sur l’orientation de la politique européenne de défense. Avec une question question essentielle : le dispositif existant est-il adapté à la nouvelle donne à la fois au niveau stratégique et du contexte institutionnel (traité de Lisbonne) ?

Nous savons qu’une réflexion est en cours sur ce point au sein du service diplomatique, menée par le général Janvier (ancien chef-adjoint de l’opération d’observateurs en Géorgie), visant notamment à permettre une adoption et une adaptation plus souple des instruments de planification (Conops, OpPlan…). Je ne veux pas intervenir dans ce débat ici. D’autant que le dispositif actuel permet certaines adaptations « ad hoc » pour peu qu’il y ait une certaine volonté politique. Le processus de déclenchement mission en Géorgie l’a démontré hier (2008) – avec un délai raccourci à 6 semaines « tous compris » (:-). Le processus de planification de la mission Eucap Niger le montre aujourd’hui, avec la mise en place d’un ConopsPlus (lire : L’innovation planificatrice : le ConopsPlus)…

Ce qui m’intéresse ici est davantage l’orientation ou plutôt la palette d’instruments à disposition de l’Europe de la défense, avec une idée : ce qui sert aujourd’hui d’ « exit strategy » (de stratégie de sortie) pour la mission MPUE/EUPM en Bosnie – faire passer certaines fonctions de la mission européenne de défense à une équipe renforcée auprès du représentant spécial – ne pourrait-il pas servir de « entry strategy » (strategie d’entrée) ?

La nouvelle architecture de la politique étrangère européenne permet d’innover

Entre le déploiement d’une mission PeSDC pleine et entière et l’envoi de quelques experts par la Commission européenne ou le service diplomatique européen, détachés des services (cas du SEAE) ou contractualisés pour certains besoins (cas de la Commission européenne), il y a en effet aujourd’hui pour une voie intermédiaire. Les instruments à disposition de la Haute représentante aujourd’hui ne sont pas tout à fait les mêmes qu’il y a cinq ou dix ans. Puisque du terrain – des délégations – à la planification opérationnelle – CMPD et CPCC – et aux experts politiques, dépendent d’une même hiérarchie. La nouvelle architecture de la politique extérieure européenne permet donc beaucoup plus qu’hier. Et il est permis d’innover.

Une équipe en forme de « mini-mission » PeSDC

On pourrait avoir ainsi une équipe, organisée et structurée comme une mini-mission PeSDC, qui viendrait en renfort/complément d’une délégation de l’Union européenne. Ce « team » (soyons modernes :-)) pourrait être préconstitué en fonction de certains sujets – DDR, police, douanes… – ou composée ad hoc. Dans tous les cas, il devrait être déployable rapidement en renfort d’une ambassade de l’UE (délégation) ou d’un représentant spécial, sur laquelle elle se grefferait et serait rattachée hiérarchiquement. Le « team » serait localisé au sein de la délégation ou à proximité, ou au contraire dans une sorte de délégation provisoire. Sa durée de déploiement pourrait être courte (3 mois) ou plus longue (1, 2, 3 ans). Il pourrait évoluer rapidement par l’adjonction d’un autre team, plus spécialisé, permettant ainsi de compléter ou réorienter son action.

Allier la force d’une mission PESDC à l’expertise de la délégation

Cette structure pourrait servir d’équipe de préparation à une mission PeSDC plus large ou à un renfort plus structurel de la délégation. On me dira que ceci est déjà fait avec les Crisis Response Team. Je pense que ce n’est pas suffisant. On reste à mi-chemin. Ce n’est pas suffisant pour former une « équipe » capable d’agir de façon autonome. Il faut un concept, une structure, une préparation et surtout un effet d’entraînement, de démonstration sur le terrain.

Dans l’idée, il s’agit d’additionner la force d’une mission PeSDC – un chef légitime, reconnu qui a une autorité certaine sur ses « troupes », une capacité d’entraînement, et aussi une certaine légitimité vis-à-vis de l’extérieur, une autonomie d’action, une relation directe au commandement des opérations à Bruxelles, capable d’agir dans un contexte sécuritaire troublé… – à des compétences d’expertise en matière de sécurité (police, armée, sécurité civile…) qui ne sont pas nécessairement le propre du personnel d’une délégation, plus tournée vers les affaires politiques, économiques ou de développement.

Le tout accompagné d’un financement communautaire – comme les missions civiles. Mais de manière moins couteuse. Ce qui éviterait ainsi certains débats qui ralentissent l’envoi d’une mission européenne de défense. En fait, on n’est pas très éloigné du concept de « battlegroup » mais civilisé et en évitant les écueils et ralentisseurs qui grèvent ce concept… Et cela permettrait un moyen terme entre « ne rien faire » ou vouloir « tout faire ».

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