(crédit : legrandroque)

Le roque russe : un caillou dans le jardin européen

(crédit : legrandroque)

(crédit : legrandroque)

(BRUXELLES2 à Strasbourg) En jargon d’échec, cela pourrait se dénommer un roque. La Russie a mis le régime syrien à l’abri des frappes pour quelque temps. Moscou a ainsi fait une totale volte-face par rapport à sa position précédente – qui visait à dénier toute implication du régime dans les attaques chimiques du 21 août. Et Poutine s’est positionné comme un offreur de paix, se mettant ainsi en pole position sur tout le processus du Moyen-Orient mais aussi pour d’autres étapes ultérieures. Au passage, il a ravi la place de « pacifique intermédiaire » qu’aurait pu, qu’aurait dû… tenir l’Union européenne.

L’Europe s’est fait piquée la place de « gentil » pacifique

Cela fait deux ans que l’Union européenne défend en effet – non sans raison – une solution politique au conflit syrien. Mais elle a jusqu’ici été incapable de présenter des initiatives majeures pour soutenir cet leitmotiv. Les ministres des Affaires étrangères européens, pourtant réunis à Vilnius il y a quelques jours, divisés sur l’initiative franco-américaine, se sont montrés incapables de formuler une proposition concrète pour sortir de l’épreuve de force. Tout à leur joie de recevoir John Kerry – la tournée de poignée de mains a duré une bonne dizaine de minutes -, ils en ont oublié de prendre une position commune qui ne soit pas seulement réactive mais impulsive. Résultat : C’est Moscou, qu’on ne peut qualifier d’artisan de la paix depuis 2 ans (notamment en bloquant toute initiative au Conseil de sécurité), qui a sorti de son chapeau « la » solution. Et l’Europe apparait à la remorque des Russes. Ce qui est de bien mauvais augure face aux négociations à venir, notamment sur le partenariat oriental.

Une politique étrangère pas encore commune

Le président du Parlement européen, Martin Schulz, que j’ai questionné, n’a pu que reconnaitre cette absence. « J’avoue que mettre les armes chimiques n’est pas venu du SEAE (le service diplomatique européen) ni du Parlement européen. » Même s’il a estimé que la voie suivie par l’Europe était la bonne. « Nous avons insisté une procédure : attendre que les inspecteurs donnent (non seulement) le résultat des enquêtes (mais aussi) leurs propositions. C’était cela l’objectif. Et le Parlement européen a insisté pour que se tienne Genève II. » La raison selon lui : la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) n’est pas très commune. « On peut, à chaque fois, reproché à l’Europe de ne pas avoir de position commune sur la politique extérieure et de sécurité. Car les Etats se considèrent comme un point de vue de politique nationale. D’un côté, on en appelle à l’Union mais les États mènent une politique nationale »

Un bras de fer face à un empiètement sur la zone d’influence naturelle

L’Europe est en effet engagé dans un bras de fer qui ne dit pas son nom avec Moscou. La négociation du partenariat oriental et d’accords d’association avec plusieurs pays du proche horizon russe comme l’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie devrait aboutir lors du sommet du Partenariat oriental fin novembre à Vilnius. Mais rien n’est moins sûr que les partants sur la ligne de départ soient aussi nombreux à l’arrivée. L’Arménie a déjà déclaré, sinon forfait, du moins préfère garder ses atouts de proche allié de Moscou et se rallier au projet d’Union douanière initiée par la Russie. Cette initiative européenne est perçu comme un empiètement dans le domaine traditionnel de Moscou. Inutile de se le cacher !

… et militaire

En signant cet accord, l’Union européenne enlève à la Russie une partie de son domaine « naturel » d’influence. Des pays où la Russie dispose de nombreux intérêts — économiques, politiques, démographiques et… militaires — et de nombreux atouts. La Russie dispose de plusieurs bases militaires : maritime en Ukraine (à Sébastopol), des unités blindées « forces de paix » dans la province sécesionniste de Transnistrie (Moldavie), et des militaires « forces de paix » dans les provinces indépendantistes de Ossétie du Sud et Abkhazie (Géorgie).

Attention ! zone dangereuse …

Ces unités vont-elles rester sans « bouger » ? Les Européens seront-ils capables de réagir, vite, de façon assez forte pour ne pas apparaitre comme le « faible du continent » ? Que faire si la Russie accède par exemple à une demande de l’Ossétie du Sud de se rattacher à la Russie ? Ou si Moscou reconnait le bien-fondé des transnistriens à accéder à l’indépendance – ou plus utilement monnaye cette (non)reconnaissance en échange du retrait de la Moldavie du projet européen ? Il faut s’attendre à toute provocation, y compris les plus tordus ou les plus tragiques… Les Européens seront-ils prêts à jouer « fort, ensemble et rapidement »… Ce serait souhaitable. Le faible sera-t-il fort. J’ai comme un doute…

A lire sur le Club, le compte du débat au parlement européen sur la Syrie

(Nicolas Gros-Verheyde)

Une solution politique en Egypte. « L’Union Européenne doit y croire »

(BRUXELLES2) Les ministres des Affaires étrangères de l’UE se réunissent ce mercredi (21 août) pour une réunion exceptionnelle consacrée à la situation en Egypte. En fait de réunion, ce sera un déjeuner puisque les ministres arriveront vers midi. Et le « tour de table » est prévu pour démarrer à 13h. Objectif comme l’a défini Lady Ashton (la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères) qui présidera la réunion : « débattre et coordonner les mesures appropriées qui doivent être prises par l’Union européenne en réponse à la situation en Egypte ».

(C.S.)

Détails sur le Club (version abonnés) :

Égypte : mission de médiation de l’Union européenne

(B2) « Nous sommes ici pour aider, pas pour imposer » a déclaré la Haute représentante Catherine Ashton lors de sa visite en Egypte le 30 juillet. La chef de la diplomatie européenne était, une nouvelle fois, sur place et a rencontré l’ancien président, Mohamed Morsi avec qui elle a eu une « discussion amicale, ouverte et très franche pendant deux heures ».

TweetCarlBildtEgypte

Egypte. Des Européens prudents. Bildt veut aller plus loin (Maj)

(BRUXELLES2) L’Union africaine a suspendu l’Egypte de son siège à l’Union Africaine. Cela mérite réflexion estime Carl Bildt, le ministre suédois des Affaires étrangères dans un tweet publié dimanche dans la journée. « L’Union européenne ne peut pas se sentir moins concerné que l’Union africaine avec la démocratie ». Et il ajoute dans un second tweet. « J’ai parlé avec un certain nombre de collègues, y compris le Premier ministre d’Italie et de Turquie, de l’implication large des évènements en Egypte. Il y a le risque de créer un précédent ».

TweetCarlBildtEgypteVoilà qui tranche avec l’opinion communément admise par les Européens où on semble faire confiance aux militaires pour accompagner le processus démocratique (lire : Egypte. L’UE demande de revenir rapidement au processus démocratique)

Un échec de la transition démocratique

• En France, le président Hollande en déplacement à Tunis , le 4 juillet, a parlé d’un aveu échec de la transition démocratique. « C’est un échec quand un Président, élu démocratiquement, est déposé par l’armée. C’est un échec quand des millions d’Egyptiens veulent aussi, après un an, exprimer leur aspiration à la liberté. » Mais il s’est refusé à le condamner estimant que la leçon égyptienne était plutôt de montrer « combien les processus de transition démocratique sont fragiles ». L’important maintenant est « d’organiser le plus vite possible, des élections » en respectant certains principes « la démocratie, la liberté, le pluralisme ».Au nouveau gouvernement de faire ses preuves

• En Belgique, le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders a pris « acte  » le 4 juillet de « l’annonce de la suspension de la Constitution égyptienne, et du transfert du pouvoir exécutif au Président de la Cour constitutionnelle, ainsi que la mise en place d’une feuille de route prévoyant la formation d’un gouvernement technocratique, l’organisation de nouvelles élections et la rédaction d’une nouvelle Constitution ». Il a appelé «  au dialogue entre toutes les parties » afin d’assurer une « transition démocratique inclusive répondant aux aspirations démocratiques de toutes les composantes de la société égyptienne ». Il espère que « le nouveau gouvernement saura conduire le pays dans le respect de l’Etat de droit et en assurant les droits et libertés fondamentaux de tous les Egyptiens, et s’attèlera au redressement économique du pays. »

Quand des civils entourent des militaires, ce n’est pas un Coup d’Etat

• En Lituanie, le pays qui assure la présidence de l’Union européenne, la présidente Grybauskaite a tenu à marquer sa « préoccupation » par rapport aux évènements. Mais pas plus. Et du côté du ministre des Affaires étrangères, que j’ai interrogé, on tient aussi à rappeler que quand le général Abdelfattah Al Sissi est intervenu, il était entouré de personnes de la société civile (religieux et laics). Ce n’est pas un « Coup » d’Etat militaire au sens strict souligne-t-on ainsi à Vilnius.

Soutien continu aux Egyptiens

Cette position prudente est partagée aux Etats-Unis. Pour le secrétaire d’Etat John Kerry qui s’exprimait samedi (6 juillet) a condamné la « violence d’où qu’elle vienne« . Il a aussi souligné que la « seule solution » pour sortir de l’impasse était pour « toutes les parties de travailler ensemble et pacifiquement« , avant de rappeler l’engagement « continu » des Etats-Unis « en faveur du « processus démocratique« . Mais il aussi souligne « la grande importance » du partenariat et de l’amitié entre les USA et l’Egypte et l’assurance que « nous continuerons à soutenir le peuple égyptien pour le succès de la transition vers la démocratie » (*).

(*) « The United States strongly condemns the violence by all parties and urges calm (…) The only solution to the current impasse is for all parties to work together peacefully to address the many legitimate concerns and needs of the people and to ensure Egypt has a government that is responsive to the aspirations of the millions of Egyptians who have taken to the streets to demand a better future. (…) The United States has always been and remains committed to the democratic process, not to any party or personality. We want Egyptians to make their democracy work for the good of all Egyptians (…) The longstanding partnership and friendship between the United States and Egypt is of great importance to the United States, and we will continue to support the Egyptian people to ensure that Egypt’s transition to democracy succeeds ».

L’Europe lève à moitié son embargo sur les armes. Un choix très politique

Est autorisé la vente de matériel non lethal à des fins de protection des civils (© NGV / B2)

(BRUXELLES2) L’assouplissement de l’embargo sur les armes à l’encontre de la Syrie – décidé le 18 février dernier par les ministres des Affaires étrangères – entre en vigueur aujourd’hui, après avoir été validé jeudi (28 février) par le conseil des ministres de l’UE. Elle autorise de façon désormais très explicite la fourniture d’équipements militaires ou de services à l’opposition syrienne.

Un soutien, quel soutien ?

Certes le type d’équipement parait bien défini et l’objectif est bien encadré = « la protection des populations civiles ». Il n’est pas question ainsi officiellement de fournir des armes destinés à mener l’offensive, comme des fusils, des lance-roquettes, etc. Ceux-ci seront fournis par d’autres moyens (cf. armes croates). Mais, de fait, le champ du « non lethal » peut être assez large. Du gilet-pare balles au radar sophistiqué en passant par la fourniture de cartes satellites, le champ du possible est large. Le fait de désigner nommément la « Coalition » permet aussi « légalement » de pouvoir fournir ces équipements (type soutien médical) directement dans les zones contrôlées par l’opposition, et via les points frontières contrôlés par elle.

Un choix très politique d’un embargo « intelligent »

Cette décision — que j’ai commenté, jeudi soir, sur Al Jazeera — marque une évolution de la politique de l’Union européenne, même si on ne va pas jusqu’à la livraison d’armes. Le précédent règlement englobait la possibilité de livrer des armes à des fins de « protection ». Ce qui était une porte ouverte à certaines livraisons d’armes. Mais ce n’était pas très explicite. Ici, il y a une prise de position très claire, juridiquement actée, et politiquement endossée, pour livrer certains équipements à l’opposition mais refuser les livraisons au gouvernement. Un embargo « intelligent » en quelque sorte puisque « ciblé ». L’Union européenne a clairement « choisi » son camp. Mais il y a un risque d’escalade du conflit. Car les alliés de Bachar (Russie, Iran, …) peuvent aussi décider d’augmenter leur aide.

Deux lectures possibles pour l’avenir

De ce fait, deux lectures semblent aujourd’hui possibles pour l’évolution future. Première version optimiste. L’équilibre de la terreur et la création de zones sûres aux mains de l’opposition pousse à la négociation d’un accord politique. Et on peut alors entrevoir une porte de sortie. Avec un autre risque cependant celui de la création d’une ligne verte, séparant la Syrie en deux zones. Seconde version pessimiste. Les armes affluent de part et d’autre. Le régime renforce sa répression (encore). L’opposition reconquiert certains territoires. Mais il n’y a pas de zone sûre créée. La population fuit vers les pays avoisinants, contribuant un peu plus à la dislocation de la Syrie et à la déstabilisation des pays environnants (à commencer par la Jordanie).

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La reconnaissance de l’opposition syrienne, un dilemme pour l’Europe

(BRUXELLES2, opinion) Avec la Syrie, l’Union européenne retrouve les mêmes dilemmes qu’elle avait face avec la Libye. Comment traiter une opposition constituée face à un pouvoir qu’on ne soutient pas ? Et l’Europe se trouve là face à une contradiction. Elle a soutenu, mordicus, que l’opposition devait s’unir, qu’elle appelait cette union de ses voeux, que c’était une des conditions du processus politique. Aujourd’hui que cette étape est franchie, non sans difficulté, elle cale. Avec une argutie pseudo juridico-politique : « Ce sont aux Etats de prendre position, pas à l’Union européenne« . Une position qui rappelle celle prise lors de la formation du gouvernement libyen. « On ne reconnait que les Etats pas les mouvements politiques« .

Le danger de la poule mouillée

Tout est cela est juste, sans doute, du point de vue de l’esthète juridique. C’est une faute politique. Le danger est grand de ne voir dans l’Europe qu’une pouille mouillée qui s’alarme, condamne, regrette régulièrement ; mais dès qu’il s’agit de s’avancer, de se positionner, elle se réfugie prudemment derrière les Etats membres. C’est sage en terme de politique intérieure ; c’est limité en terme d’ambition. Il faudra, un jour, sortir de cette mécanique. Si on soutient un mouvement d’opposition, si on estime que le régime de Bachar n’est pas le bon, on doit franchir le cap de la reconnaissance.

Des possibilités existent

Il y a de multiples possibilités pour reconnaitre une opposition – contrairement à ce que certains prétendent – et ce de façon très graduelle. Un accueil officiel, donc public, du représentant de la coalition par un directeur ou directement par la Haute représentante, avec organisation d’un VIP Corner, constitue un geste politique notable. L’accueil à un conseil des ministres ou une conférence de presse peut l’être également. Il ne manque pas, en la matière, d’astuces diplomatiques pour faire de la reconnaissance sans reconnaissance…

Un Nobel pour l’Union européenne, riche idée… (Maj)

(BRUXELLES2) Attribuer le prix Nobel à l’Union européenne est une riche idée. Et c’est un beau cadeau fait actuellement aux Européens qui sont tellement préoccupés aujourd’hui par leurs problèmes internes qu’ils en ont oublié qu’ils avaient un rôle dans le monde. Vu de l’extérieur, l’UE reste une réussite. Cela paraître surprenant. Mais c’est une réalité…

Effectivement depuis plus de 60 ans, ses Etats membres ont renoncé à la guerre comme un moyen de conflit. Ils guerroient désormais à coups de papier, de portes claquées au Conseil, voire de chaises vides ou de recours à la Cour de justice. Les oppositions sont toujours aussi féroces. Mais elles font moins de morts… Sur ce sujet on peut parler de réussite, la paix a succédé sur le continent à plusieurs siècles de guerres et conflits.

Pour le Comité Nobel, une belle idée de réconciliation

Le comité a tout d’abord voulu saluer la réconciliation franco-allemande. « Aujourd’hui, la guerre entre l’Allemagne et la France est impensable. Cela montre comment, grâce à des efforts visant le bien-et en renforçant la confiance mutuelle, les ennemis historiques peuvent devenir des partenaires proches. » Elle a aussi salué la consolidation de la démocratie dans nombre de pays : « en Grèce, en Espagne, au Portugal ». On a tendance peut-être à l’oublier parfois du moins dans certains pays. Quant à la chute du mur de Berlin et l’adhésion des pays d’Europe centrale et orientale, elle a ouvert « une nouvelle ère dans l’histoire européenne. La division entre l’Est et l’Ouest a, dans une large mesure, été terminée, la démocratie a été renforcée, de nombreux conflits à base ethnique nationale ont été réglés. » Et la dernière étape de réconciliation du continent est en cours. « L’admission de la Croatie en tant que membre de l’année prochaine, l’ouverture des négociations d’adhésion avec le Monténégro, ainsi que l’octroi du statut de candidat à la Serbie vont renforcer le processus de réconciliation dans les Balkans. »

Certes l’UE est « actuellement l’objet de graves difficultés économiques et des troubles sociaux considérables ». Mais le comité Nobel a souhaité dépassé ces contingences et « se concentrer sur ce qu’il considère comme la conséquence la plus importante de l’UE : le succès de la lutte pour la paix et la réconciliation, la démocratie et les droits de l’homme ». Le travail de l’Union européenne « représente « la fraternité entre les nations », et équivaut à une forme de «congrès de la paix» à laquelle se réfèrait Alfred Nobel comme critères pour le Prix de la Paix dans ses dernières volontés de 1895 ».

Nuance

Malgré tous ces louanges, mérités, il est un fait à ne jamais oublier, à mon sens, dans notre mémoire continentale : l’Europe n’a pas réussi à éviter la guerre à ses frontières et un nouveau génocide. Sa plus grosse absence concerne les Balkans au début des années 1990. L’Europe a signé, là, une absence coupable. Elle a, à l’époque, préféré régler ses « petits » problèmes internes, la construction de l’Union économique et monétaire, plutôt que de mettre tout son poids dans la balance pour éviter ou limiter le conflit. Ce qui était tout à fait à sa portée à l’époque (contrairement à ce qu’en pensent certains commentaires). Le risque aujourd’hui ou demain est avéré, l’Europe pourrait se retrouver dans une même position d’aveuglement égoïste et d’abstention coupable.

On peut aussi se poser la question de l’attitude européenne face aux conflits dans le monde. Présente en Somalie, et peut-être bientôt au Sahel, elle reste absente des principaux conflits en cours – en Afghanistan, au Moyen-Orient – se contentant de la politique du chèque, habituelle et ancestrale. La « politique de sécurité » est aussi une des dernières roues du carrosse européen actuellement. Et il importe de remettre au goût du jour cette politique. D’une certaine façon, le Nobel va ainsi obliger les Européens à se remettre en selle…

  • Reste une, petit, question, une question de détail qui va sans doute encore susciter une guerre de couloirs. Qui se déplacera à Oslo pour recevoir ce prix Nobel ? Sans doute Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen. Mais il parait aussi nécessaire que José-Manuel Barroso, le président de la Commission européenne soit là. Voire Catherine Ashton qui est tout de même la responsable de la politique étrangère et de sécurité de l’UE. Cela va se bousculer au portillon… 🙂 Et ce serait bon et sain pour l’Union européenne que ce genre de guérilla interne cesse.

L’UE soutient la « difficile » mission de Brahimi pour la Syrie

(B2) La Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères s’est entretenue – par téléphone – mardi (4 septembre) avec  Lakhdar Brahimi, le nouvel envoyé spécial de l’ONU et de la Ligue Arabe pour la Syrie. Face à la « situation extrêmement difficile », les deux interlocuteurs ont discuté de la « priorité immédiate pour réduire la violence », précise un communiqué de la Haute représentante. La situation humanitaire reste une « priorité absolue pour l’UE » a-t-elle précisé. Catherine Ashton a réaffirmé le « soutien total de l’UE à la difficile mission » de M. Brahimi. Une aide qui ne passe pas seulement par un « engagement personnel » mais aussi par l’aide européenne « à lui et à son équipe » pour œuvrer en faveur d’une « solution politique et pacifique à la crise ». Une « action diplomatique unie et en étroite coordination de la communauté internationale » est une condition préalable au succès de sa mission. Et l’Union européenne « invite » les membres du Conseil de sécurité de l’ONU et toutes les parties de fournir à M. Brahimi, le soutien dont il a besoin. La discussion autour de la Syrie

Quatre pays pour une Europe plus forte dans le monde

(BRUXELLES2) Les ministres des affaires étrangères polonais (Radoslaw Sikorski), suédois (Carl Bildt), italien et le secrétaire d’Etat espagnol (Gonzalo De Benito) ont profité du dernier conseil des ministres des Affaires étrangères lundi (23 juillet), pour poser les termes d’une approche globale européenne sur les relations extérieures : une « European Global Strategy » (EGS) comme ils la définissent. Ces quatre pays veulent mettre en commun les travaux de certains de leurs think tanks nationaux. Ceux-ci devraient fournir d’ici mai 2013 un rapport sur les possibilité d’une EGS.

L’objectif de cette initiative est de remédier à un défaut de réflexion pour R. Sikorski « Nous pensons et agissons trop rarement de manière stratégique. Un tel outil consistera in fine à promouvoir les intérêts européens de manière commune » explique-t-il. « Il existe déjà une Stratégie européenne de sécurité depuis 2008 mais cette dernière tend à se focaliser toujours sur les « menaces« .  « Tony Blair disait vouloir que l’Europe soit un Super Power mais pas un Super State » poursuit R. Sikorski. « Nous avons abandonné notre souveraineté dans le domaine commercial. Le résultat a été de voir que pour certains d’entre nous ça a été une bonne affaire. Si ça fonctionne dans ce domaine particulier du commerce, alors nous devrions appliquer cette économie d’échelle à d’autres domaines, y compris la défense. » La politique énergétique, aussi, devrait être prise en compte lors des décisions en affaires extérieures, selon lui.

Entre soft et hard power, pour le ministre polonais, il manque encore quelques éléments. « Cathy serait plus efficace si elle pouvait parler avec douceur de moyens de force (if she could talk softly of hard forces). Mais elle a besoin d’outils pour cela ». Mais la notion de sécurité n’est pas au premier chef dans les préoccupations des signataires. « Ce qui transforme le monde aujourd’hui, c’est l’économie » précise ainsi Carl Bildt. Et dans ce domaine, l’Europe est un hard power. Avec une inconnue : la crise financière. « Il y a un monde après la crise  économique, il y aura un monde après 2014 ».

« Revitalisons la politique de défense commune » disent Dix ministres

(BRUXELLES2) Oubliés dans l’architecture du Traité de Lisbonne, les ministres des Affaires étrangères se sont trouvés un nouveau rôle au niveau européen : servir de boites à idée. Ainsi sous la houlette de Guido Westerwelle, le ministre allemand des Affaires étrangères, ils phosphorent sur le « futur de l’Europe ». Feuille de route de la dizaine de ministres : « tirer les leçons de la crise actuelle de la dette et voir comment l’Union européenne peut être plus efficace et  plus démocratique ».

Le compte-rendu de ces discussions est prévu pour septembre. Mais un rapport « intermédiaire » de 8 pages donne déjà, en guise de première réflexion, des premières pistes sur la gouvernance économique, l’efficacité démocratique et… la politique extérieure. Et quelles pistes ! Au menu, regroupement une seule tête pour le président du Conseil et le président de la Commission, mise en place d’une chambre des Etats (avec le Parlement européen et les parlements nationaux), … et au niveau de la politique étrangère et de défense (ce qui nous intéresse particulièrement), majorité qualifiée, revitalisation, regroupement, mise en commun voire… armée européenne !

Une réflexion « germanique »

Cette réflexion n’est pas entièrement nouvelle. De nombreuses personnalités ont réfléchi sur l’avenir de l’Europe à plusieurs reprises. Si le travail reste encore très théorique, avec de grandes idées. Mais cette fois, plutôt que d’envisager un nouveau cadre législatif, les ministres ont souhaité « concentrer leurs propositions dans le cadre des traités existants ». La troisième réunion du genre, à Berlin le 19 juin, a réuni environ une dizaine de ministres du centre (Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Luxembourg, Pays-Bas, Pologne) et du sud de l’Europe (Italie, Portugal et Espagne).

La France a participé à ces travaux par le truchement de son ambassadeur. Le ministre était « retenu par d’autres obligations » m’a assuré un diplomate tricolore. Aux premières réunions, aussi, la France n’était pas représentée au rang ministériel. Il faut avouer que cette réflexion sur l’Union politique n’est pas vraiment encore ressentie comme une priorité par Paris : par l’équipe Sarkozy car ce n’était pas son logiciel de pensée, par l’équipe Hollande car elle arrive et est aussi prise en un débat délicat issu du référendum sur la Constitution entre ‘nonistes’ et ‘ouiistes’ que le Président ne souhaite pas vraiment rouvrir. Les plaies ne sont pas encore refermées. Et l’ancien secrétaire général du parti sait combien ce débat a coûté en divisions et en temps perdu. Sur les questions de politique étrangère, la France ne devrait cependant pas ressentir de difficultés à acquiescer (presque) à la plupart des points évoqués, puisqu’ils rencontrent nombre des préoccupations des « Weimar » (les cinq pays signataires de la « lettre de Weimar »).

Etre plus ambitieux sur la politique de défense

Les « Dix » veulent ainsi une « Europe plus engagée dans le monde » (le terme allemand « Globaler Spieler Europa » frappe plus fort). Certaines questions comme l’aide au développement, le contrôle des migrations, les négociations sur le climat, la sécurité énergétique et la politique commerciale doivent être reliées à la PESC et la PSDC. Le service diplomatique européen doit « continuer d’être renforcé », la prochaine étape étant la révision de la décision fondant ce service en 2013. « Pour faire des progrès, nous devons dès maintenant faire les bons choix » précisent-ils cependant. Nous devons également chercher à avoir des « sièges communs » dans les organisations internationales. Nous devons poursuivre le chemin pour pouvoir « parler toujours plus fort à l’extérieur avec une voix ». Les 10 envisagent de prendre davantage de décisions dans le domaine de la PESC à la « majorité qualifiée ». Une petite révolution…

Vers une armée européenne

Les « Dix » affirment surtout la nécessité d’une « revitalisation de la sécurité et de défense commune ». La « plupart » des ministres affichent ainsi des « objectifs ambitieux » en matière de politique de défense. Cela passe par « renforcer la planification civile et militaire et les capacités de conduite de l’Agence européenne de défense, avec davantage de partage et d’exploitation en commun des capacités ». Nous devons passer en revue – ajoutent-ils – ces « possibilités de mutualisation et partage des capacités ». Dans le long terme, nous devrions viser une « politique de défense européenne avec une articulation des efforts de l’industrie de l’armement »,  ce qui pourrait également inclure  pour « certains » États membres « une armée européenne ».

télécharger le rapport dans les Docs de B2

(crédit : Etat-Major des armées / DICOD)

PESC, PSDC, OTAN… Le Glossaire européen

(crédit : Etat-Major des armées / DICOD)

(crédit : Etat-Major des armées / DICOD)

(BRUXELLES2) Pour s’y retrouver dans la jungle des signes utilisés pour l’Europe de la Défense, voici un petit glossaire. En quelques mots, découverte de quelques sigles « barbares »…

NB : Ce glossaire peut être amélioré. N’hésitez pas à indiquer en commentaire les sigles sur lesquelles vous voudriez des informations.

I. Les structures politiques
Les organisations

CED = Communauté européenne de défense. Un projet, avorté, né au lendemain du 2e conflit mondial, dans les années 1950 aux cotés de la Communauté économique du Charbon et de l’Acier (CECA) pour permettre la mise en commun des forces armées en Europe.

UEO (WEU) = Union pour l’Europe Occidentale. Créée le 17 mars 1948 (sous le nom d’Union occidentale), modifié le 23 octobre 1954 (par le Traité de Bruxelles), par 7 pays fondateurs (dont France, Allemagne, Royaume-Uni), réactivée en 1984 dans le but de développer une Identité européenne de défense commune au sein de l’Alliance, puis au début des années 1990, avec le traité de Maastricht, pour devenir la fonction militaire de l’Union européenne, elle ne réussit pas cette mutation et disparait intégrée dans l’Union européenne, le 30 juin 2011 (lire : La fin de l’UEO est effective, dernières tâches à effectuer).

UE = Union européenne ou  « 28 ». On désigne ainsi les pays de l’Union européenne. Ce nombre évolue en fonction des adhésions. Coté européen, ils étaient « 6 » à l’origine de la CEE (Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas) puis « 9 » à partir de 1973 (avec le Danemark, l’Irlande et le Royaume-Uni) et « 10 » (avec la Grèce en 1981), les « 12 » à partir de 1986 (Espagne et Portugal) , puis les « 15 » à partir de 1995 (Autriche, Finlande et Suède), « 25 » avec l’arrivée de 8 pays d’Europe de l’Est le 1er mai 2004 (Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, république Tchèque, Slovaquie, Hongrie, Slovénie) + Malte et Chypre ; »27″ depuis 2007 (Roumanie et Bulgarie) et « 28 » (Croatie). En matière militaire, ce nombre cache une particularité : le Danemark ne participe pas aux décisions en matière d’opérations ou missions militaires de la PSDC, comme de l’Agence européenne de défense, la décision est prise à « 27 ». Le Danemark participe en revanche aux opérations civiles de la PeSDC et au marché de la défense (règles de marchés publics, recherche & développement, etc.).

OTAN (NATO) = Organisation du traité de l’Atlantique Nord / « 28 » (29). Créée en 1949, l’Alliance atlantique comptait 12 membres fondateurs à l’origine : Belgique, Canada, Danemark, États-Unis, France, Islande, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Portugal et Royaume-Uni. La Grèce et Turquie l’ont rejointe en 1952, Allemagne en 1955, Espagne en 1982. Une première vague issue de la chute du Mur de Berlin a adhéré en 1999 (République tchèque, Hongrie et Pologne). Et une seconde vague en 2004 (Bulgarie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Roumanie, Slovaquie, Slovénie). L’Albanie et la Croatie ont été intégrées en 2009. Les Etats membres de l’OTAN sont aujourd’hui sensiblement (2016) le même nombre de membres que l’Union européenne. Mais ils diffèrent sensiblement. 6(7) Etats sont membres de l’OTAN mais non membres de l’UE (USA, Canada, Turquie, Islande, Norvège, Albanie + Montenegro) ; 6 Etats sont membres de l’UE mais non membres de l’OTAN, soit parce qu’ils sont neutres, soit parce qu’ils sont « non alignés » (Irlande, Autriche, Chypre, Malte, Suède et Finlande). NB : Le Montenegro a reçu le feu vert pour l’adhésion en mai 2016.

Les organes politiques (UE)

HR (ou) HRUE (ou) HR/VP = Haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité. Cette fonction a été créée par le Traité d’Amsterdam sous la dénomination de Haut représentant de l’UE pour la politique étrangère et de sécurité commune. Elle était conjointe avec la fonction de secrétaire général (SG) du Conseil de l’Union européenne. Elle a été transformée par le Traité de Lisbonne en lui accolant la fonction de Vice président de la Commission (d’où la dénomination HR/VP) et de président du Conseil des ministres des Affaires étrangères mais en la détachant de la fonction de SG du Conseil. Communément désigné par « Haut représentant de l’UE ». Ce poste a été occupé successivement par Javier Solana (1999-2009), Catherine Ashton (2009-2014), Federica Mogherini (2014-2019). Depuis les deux dernières nominations, l’usage a été pris de féminiser ce terme = Haute représentante. Lire notre fiche : Le Haut représentant, d’après le Traité de Lisbonne ? (12.2009)

FAC ou CAE = Conseil des ministres des Affaires étrangères. C’est le format décisionnel en matière de politique étrangère et de sécurité. Il se réunit en format « Affaires étrangères » ou en format « Défense », ou en format « Jumbo » (les deux ensemble). La réunion est présidée par le Haut représentant de l’UE qui définit l’ordre du jour, l’organisation de la réunion et signe les documents législatifs (et non plus par la présidence tournante de l’UE comme avant l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne). Lire notre fiche : Le Conseil des ministres de l’UE

COREPER = COmité des REPrésentants PERmanents, regroupant les ambassadeurs des Etats Membres auprès de l’Union (les « RP » en langage courant, comme représentants permanents). Il prépare les travaux du Conseil. La formation « COREPER II » a en charge de préparer les matières « régaliennes » (Relations extérieures, Justice et Affaires intérieures, Economie et finances) issues du Traité sur l’UE de Maastricht tandis que la formation « COREPER I » a en charge les matières classiques issues des origines de la CEE (Agriculture et Pêche, Emploi et social, Industrie et Compétitivité, Télécoms ou Société de l’information, Transport). Lire notre fiche : Le Coreper, instance de tous les compromis

COPS / PSC = COmité Politique et de Sécurité. Créé en 2001 (par le Traité de Nice), il regroupe les ambassadeurs des Etats membres de l’Union européenne, spécialisés dans les questions des affaires étrangères et de politique de défense. C’est l’instance qui définit les positions communes avant les Conseils des Affaires étrangères, les sommets bilatéraux ou les missions/opérations de la PeSDC. Elle est présidée par un délégué du Haut représentant de l’UE. Réunion normalement les mardi et vendredi, ainsi que le matin précédant chaque Conseil des Affaires étrangères. Lire notre fiche : Le Comité politique et de sécurité (COPS), creuset de la politique étrangère de l’UE

Représentation permanente (RP / PR ou PermRep pour les intimes). C’est l’ambassade de chaque Etat membre auprès de l’Union européenne. En fait, bien souvent c’est un petit ministère regroupant toutes les spécialités utiles pour un gouvernement afin de suivre toutes les politiques européennes : de la politique étrangère ou de défense à l’agriculture en passant par l’économie et finances, la justice, les affaires intérieures, l’industrie, les télécoms… Le représentant permanent (qui a rang d’ambassadeur) siège au Coreper II, son adjoint au Coreper I. Un troisième ambassadeur siège au COPS. Le représentant militaire siège au Comité militaire de l’UE.

CMUE / EUMC = Comité militaire de l’Union européenne. Il réunit de façon ordinaire les représentants militaires de l’UE. Il se réunit au moins une fois par semestre au niveau des chefs d’Etat-Major de chacun des Etats membres (CHOD). Situé avenue Cortenbergh à Bruxelles, dans l’enceinte de l’Ecole militaire royale (Belgique). Lire notre fiche : Le Comité militaire de l’UE (CMUE)

Les structures de la PESC / PSDC (UE)

SEAE / EEAS = Service européen pour l’action extérieure. Il n’a rien d’un « service action ». C’est tout simplement le Service diplomatique européen. Son siège est à Bruxelles, sur le rond-point Schuman. Il dispose de délégations (véritables ambassades) situées dans près de 140 pays dans le monde. C’est un des organes les plus récents de l’UE et une des principales innovations du Traité de Lisbonne (et les plus efficaces).

EUMS / EMUE = Etat-Major de l’Union Européenne. Il conseille le Comité militaire sur les missions et les capacités militaires de l’UE. Il produit les concepts militaires et prépare les exercices. Lire notre fiche : L’Etat-Major militaire de l’Union européenne (EUMS) : le coeur de l’expertise militaire de l’UE.

OpsCenter = Centre d’opérations. Activé le 23 mars 2012 pour la première fois, pour une durée de deux ans. Il a pour objectif de coordonner les missions européennes dans la Corne de l’Afrique (RMCB, EUTM Somalia, EUNAVFOR Atalanta) et notamment créer des synergies entre les aspects civils et militaires. Le centre est basé au sein de l’Etat-Major militaire. Lire notre fiche : le Centre d’opérations (OpsCenter)

CMPD = Crisis Management and Planning Directorate. La direction chargée au Service diplomatique européen d’anticiper et planifier les missions civiles comme militaires de la PSDC. Lire notre fiche : La CMPD, la planification des futures missions et opérations

CPCC = Civilian Planning and Conduct Capability. La direction chargée au Service diplomatique européen de préparer et gérer les missions civiles de la PSDC. Lire notre fiche : La CPCC, le commandement des missions civiles

IntCen (ex SitCen) = Intelligence Center. Le direction chargée au sein du Service diplomatique européen de l’analyse du renseignement extérieur et intérieur. Lire aussi : dossier N°21. Au coeur de l’IntCen (ex SitCen)

QG – OHQ = Quartier général. L’Union européenne ne dispose pas de quartier général permanent militaire. Elle peut activer, quand une opération est mise en place, un des six quartiers généraux répertoriés : Paris-Mont Valérien (France), Londres-Northwood (Royaume-Uni), Potsdam (Allemagne), Rome (Italie), Larissa (Grèce) ainsi que le Shape – Mons (OTAN). Lire notre fiche : Les différents QG des opérations européennes

EU XXX le nom de code des missions/opérations de l’Union européenne est composé généralement du préfixe EU (European Union)

  • EUFOR (opération militaire de force)
  • EUNAVFOR (opération maritime militaire)
  • EUAM (mission de conseil)
  • EUMAM (mission militaire de conseil)
  • EUBAM (mission d’assistance aux frontières)
  • EUCAP (mission de renforcement des capacités)
  • EUJUST (mission de renforcement de la justice)
  • EULEX (mission de renforcement de l’Etat de droit)
  • EUMM (mission d’observation)
  • EUPOL (mission d’assistance à la Police)
  • EUTM (mission militaire de formation)
  • EUSEC (mission de réforme des structures de sécurité)
Les agences dépendantes du Haut représentant (UE)

Agence Européenne de Défense (AED / EDA). Basée à Bruxelles. L’agence a pour objectif  le développement des capacités de défense européenne et agit comme catalyseur pour la promotion de la collaboration capacitaire entre les Etats Membres. Lire notre fiche : L’Agence européenne de Défense (EDA)

Institut d’études de sécurité de l’UE (IESUE / EUISS). Basé à Paris. Il se veut le think tank pour les questions de sécurité de l’Union européenne. Lire notre fiche : L’institut d’études de sécurité de l’Union européenne (IEUSS)

Centre satellitaire de l’UE (CSUE OU SATCEN). Basé à Torrejon (Espagne). Il a pour mission d’exploiter et produire des informations résultant de l’analyse des images terrestres, en soutien à la prise de décision de l’UE en matière de PSDC. Lire notre fiche : Le Centre satellitaire de l’Union européenne (Satcen)

Les groupes de travail du Conseil de l’UE

CivCom (Comité chargé des aspects civils de la gestion des crises). Groupe de travail en charge de la gestion civile des crises (missions de police, Etat de droit, administration civile et protection civile). Il évalue les différentes options stratégiques (réponse aux crises, déroulement des opérations et sortie de crise) et formule des recommandations au COPS.

GPM (groupe politico-militaire). Il est en charge des aspects politico-militaires de la PSDC. Composé en général de militaire, il suit de façon technique les différents dossiers qui seront examinés au COPS. Parmi ses domaines de compétence: les opérations militaires, les missions de réforme du secteur de sécurité (RSS) ou de renforcement des capacités militaires.

RELEX (groupe Relations extérieures). Composé de diplomates, il élabore les décisions de la politique étrangère, notamment en matière de sanctions. Du coté de la Défense, il se concentre, en particulier, sur les accords signés avec les pays tiers (participation aux opérations, transfert de pirates, SOFA/SOMA…) et sur les aspects budgétaires. Il est présidé par un diplomate national appartenant à la présidence tournante.

Les autres groupes sont organisés par zone géographique  — COWEB (Balkans), MaMa (Maghreb/Mashrek), COEST (Europe de l’est), COAFR (Afrique) etc. — ou par thématique : CONOP (Non prolifération), COHOM (Droits de l’homme), CODUN (Contrôle des armements et Désarmement global), COARM (Exportation des armes conventionnelles), etc. Ils préparent les décisions dans leurs domaines respectifs qui montent ensuite dans les autres groupes (COPS / COREPER). Ils sont généralement présidés par un diplomate européen nommé par la Haute représentante.

Les structures alliées (Otan / Usa)

NAC = North Atlantic Council. L’instance de concertation et de décision politique de l’Alliance atlantique. Il réunit, à titre usuel, les ambassadeurs des Etats membres auprès de l’Alliance, en général les mercredis. Les réunions peuvent aussi se tenir au niveau ministériel (format Défense ou Affaires étrangères).

SHAPE = Supreme Headquarters Allied Powers Europe. Le quartier général des opérations de l’OTAN, basé à Mons (Belgique). Il peut servir également de QG des opérations de l’Union européenne dans le cadre des accords « Berlin Plus ».

SACEUR = Supreme Allied Commander Europe. Le commandant en chef (militaire) de l’OTAN. C’est toujours un Américain qui a une double casquette car il commande également les forces des Etats-Unis en Europe (EUCOM). Le D-SACEUR – son adjoint (D = deputy) – est toujours un Européen, en général un Britannique.

JFC. Le Commandement conjoint des forces. Au sein de l’OTAN, il existe trois commandements permanents : à Naples, Lisbonne et Brunssum.

ACT. Le Commandement pour la transformation des forces. Basé à Norfolk (USA), il a pour tâche la formation, l’entraînement et les exercices, la conduite d’expériences pour évaluer de nouveaux concepts, et l’interopérabilité.

US Africom. Le commandement pour l’Afrique de l’armée américaine. Basé à Stuttgart (Allemagne).

II. Les Opérations

Mission ou Opération de la PSDC ? On parle également de « missions » pour les actions civiles ou les actions militaires sans mandat exécutif, généralement avec une fonction de formation ou conseil (ex. EUTM Somalia ou EUTM Mali qui ont pour objectif la formation et la restructuration des armées somalienne ou malienne) et d’opérations pour les actions militaires avec mandat exécutif ou assimilé.

Les documents de planification militaire (UE)

Options. Toute opération/mission, civile ou militaire, de la PSDC démarre par des options, définie de façon plus ou moins formelles. Puis suivent une série de documents de planification de plus en plus précis. Lire notre fiche : La planification d’une mission / opération

PFCA = Political Framework for Crisis Approach. Ce document politique de cadrage est préalable à la planification d’une opération/mission de la PSDC. Il indique les options possibles de réponse par l’Union européenne, qu’il s’agisse d’instruments de la PSDC ou d’autres instruments (financiers, diplomatiques, développement, etc.).

CMC = « Concept de gestion de crises ». C’est le document cadre conceptuel décrivant l’approche générale de l’UE dans la gestion d’une crise particulière. C’est le préalable à toute opération menée au titre de la PeSDC. Quand il est adopté, cela équivaut à un feu vert officiel au reste de la planification.

Décision (cadre). Cette décision adoptée par le Conseil des ministres de l’UE établit le cadre de l’opération/mission, précise les objectifs de la mission, la durée, la chaîne hiérarchique. Normalement, elle désigne le chef d’opération/mission ainsi que le budget minimal. NB : Avant le Traité de Lisbonne, on parlait d’Action commune

CONOPS = « Concept d’opération ». Ce document décrit les objectifs fixés, les forces requises, la manière de les utiliser, la chronologie retenue, et la montée en puissance du dispositif retenu.

CONOPS +. Un Concept d’opération plus détaillé qui englobe également le plan d’opération (OpPlan). Ce qui permet d’aller plus vite ou est plus simple à élaborer dans les missions au profil moins complexe.

OpPlan = « Plan d’opération ». Il détaille toutes les forces nécessaires, leur organisation et leur répartition sur le terrain, la structure de commandement, les relèves éventuelles.

MisPlan = « Plan de mission ». Même objectif que l’OpPlan pour les missions civiles ou militaires (sans fonction exécutive)

ROE = « Rules of engagement«  (règles d’engagement). Ces directives fixent l’emploi de la force armée par les militaires sur le théâtre d’opérations. Elles définissent les circonstances et les limites relatives à l’utilisation de cette force comme le degré et le type de force à laquelle les soldats peuvent avoir recours, ainsi que leur hiérarchisation (semonce ou avertissement, tir d’immobilisation ou de neutralisation).

Décision de lancement. Une ultime décision politique, prise par le Conseil des ministres (généralement en point A = sans débat) officialise le lancement de l’opération. C’est généralement le point de départ de la durée de mission, qui coïncide (le plus souvent) avec la Capacité initiale opérationnelle (IOC).

voir fiche-mémo : La « planification » stratégique, comment çà marche? (et) Comment se passe la « génération de forces » ?

Les documents diplomatiques (UE)

COREU = CORrespondance EUropéenne. C’est l’équivalent du télégramme diplomatique au niveau européen. Il désigne à l’origine le réseau de communication de l’Union européenne entre les États membres et la Commission pour la coopération dans les domaines de la politique étrangère. Il facilite une prise de décision rapide en cas de crise.

Non Paper / Thinking for Food, etc. Document rédigé par un ou plusieurs Etats membres, ou une structure européenne, destinée à alimenter la discussion. Par nature, non officielle, il sert aussi à émettre des idées, un peu hors normes, de façon à stimuler ou réorienter le débat.

Les sigles en opération (OTAN/UE)

C2 = Command and Control. En gros le dispositif de commandement.

CIS = Communication and Information Systems. Les systèmes d’information sécurisés en opération.

CoO / HoM = Chief of Operation / Head of Mission : commandant d’opération ou chef de la mission.

Chief of Staff (COS) : un officier supérieur qui commande le quartier général quotidiennement et souvent agit comme numéro 2 du commandement.

FHQ / OHQ. On distingue généralement le quartier général d’opération (OHQ) – qui dirige l’opération militaire d’un point de vue stratégique (= politico – militaire) et le quartier général de force (FHQ) – qui dirige l’opération militaire d’un point de vue tactique (gestion des forces au quotidien et définition des différentes actions (patrouilles, observation, arrestation…) et réaction en cas d’incident). Le premier est situé généralement hors zone d’opération, le second est situé en général dans la zone d’opérations ou à proximité immédiate. Dans certaines opérations/missions, un seul quartier-général est établi servant à la fois d’OHQ et de FHQ, notamment pour les missions de formation et d’entraînement.

ForceCommander : le commandant de la force (militaire) au niveau tactique, sur zone (terre, mer).

MisCommander : le chef d’une mission (militaire)

OPsCommander : le commandant de l’opération (militaire) au niveau stratégique et politique.

Medevac ou Evasan : Evacuation sanitaire ou Medical evacuation. Rapatriement sanitaire ou médicalisé d’un blessé ou malade de la zone d’action vers l’hôpital de première urgence (sur place) ou de traitement complet (sur territoire européen).

Rôle 1, 2, 3. Dispositif médical en opération. Le Rôle 1 correspond au poste d’infirmerie renforcé. Le Rôle 2 à un hôpital de campagne (avec bloc(s) opératoire(s) et petit labo d’analyse). Le Rôle 3 à un hôpital complet (de ville), avec toute la palette des soins. Exemple : l’hôpital français de KAIA (à Kaboul) est un rôle 3.

SAR = Search and Rescue. La faculté d’aller récupérer un militaire perdu en opération. Dispositif obligatoire pour toute opération. S’emploie également en matière de protection civile, de secours en mer, en montagne, en désert…

Codes couleur exercice (OTAN) : Blue (bleu) = amis. Green (vert) = neutre. Red (rouge) = hostile. Yellow (jaune) = inconnu. Par exemple une attaque « blue on blue » = tir fratricide, « green on blue » souvent utilisé pour les attaques subies par des éléments de police en Afghanistan sur les forces de l’ISAF.

Fonctions dans un Etat-Major (OTAN / UE). Une nomenclature commune aux opérations OTAN/UE est utilisée, avec une lettre (désignant le type d’opération) et un chiffre (désignant la fonction). Nomenclature utilisée également dans plusieurs armées nationales (Etats-Unis, Royaume-Uni, Suisse…) pour l’Etat-major interarmées.

  • « J » pour Joint Operation (d’autres signes peuvent être utilisés : « G » Ground, « N » = pour la marine (Naval))
    J1 = Personnel
    J2 = Renseignement (Intelligence)
    J3 = Opérations (current operations)
    J4 = Logistique (logistics)
    J5 = Planification stratégique et politique (Strategic Plans and Policy)
    J6 = Systèmes d’informations et communications (Sic) (communication and information systems)
    J7 = Exercices et retour d’expérience (Retex)
    J8 = Budget et financement (Finance and human resources)
    J9 = actions civilo-militaires (Cimic)
Les sigles industriels (OTAN/UE)

BITDE = Base industrielle et technologique de défense européenne. Un bel acronyme qui désigne l’industrie de défense mais très flou dans ses conséquences.

CDP = Capability Development Plan (plan de développement des capacités). Ce document liste les capacités (de défense) nécessaires pour l’Union européenne. Il a été rédigé à partir des Objectifs 2010 (Headline Goal 2010) et du Catalogue de progrès 2007 (Progress Catalogue 2007). NB : son rôle reste assez théorique.

LOI = Letter of intent (lettre d’intention). Un terme qui désigne un accord passé entre plusieurs Etats membres pour entreprendre certaines tâches en commun. Peut précéder un accord international en bonne et due forme. Par défaut, il indique la volonté de six Etats membres les plus importants en matière d’industrie de défense (Allemagne, Espagne, France, Italie, Royaume-Uni, Suède) de coordonner leurs industries de défense.

(Nicolas Gros-Verheyde)