TuskErdoganAnkara@UE160304

Erdogan muselle le journal d’opposition. Les Européens (un peu) préoccupés. Tusk silencieux

TuskErdoganAnkara@UE160304

Donald Tusk et Recep Tayyip Erdogan à Ankara (crédit : CUE)

(B2) Le président du Conseil européen, Donald Tusk, avait à peine quitté Ankara que le pouvoir turc envoyait la police sur le journal d’opposition Zaman. La justice a nommé un administrateur provisoire à la tête du journal pour en prendre le contrôle. À 48 heures du sommet entre l’UE et la Turquie, cela peut apparaitre à la fois comme une manifestation de force interne mais également une provocation à l’égard des Européens. Sachant que les Européens sont pris à la gorge par la crise des réfugiés, Ankara se sent pousser des ailes.

Face à cela, la réaction européenne a été plutôt mesurée. Le rappel à la liberté des médias est très clair, adressé à un pays tout autant candidat à l’adhésion que membre de la Convention européenne des droits de l’Homme. En fait, seule la Haute représentante de l’UE, Federica Mogherini, a réagi mais pas au nom des 28 (la procédure la plus solennelle) ou en son nom (la voix normale), mais uniquement par le biais de son porte-parole (ce qui normalement en termes diplomatiques et le plus petit dénominateur de la réaction européenne).

« L’UE a souligné à plusieurs reprises que la Turquie, en tant que pays candidat, doit respecter et promouvoir les normes et les pratiques démocratiques élevées, notamment la liberté des médias.  Des médias libres, diversifiés et indépendants constituent une des pierres angulaires d’une société démocratique en facilitant la libre circulation des informations et des idées, et en assurant la transparence et la responsabilité.  Tous les pays, et en particulier ceux qui négocient l’adhésion de l’UE, doivent garantir les droits fondamentaux, y compris la liberté d’expression, et le processus judiciaire, en conformité avec la Convention européenne des Droits de l’Homme (CEDH). »

Donald Tusk s’est bien gardé de tout commentaire sur la question préférant mettre en avant sur son fil twitter des photos le montrant en compagnie du président Erdogan et du Premier ministre Davutoglu, voire relater un coup de fil avec le secrétaire général de l’OTAN pour se féliciter de la bonne coopération OTAN-Frontex.

Face à la réelle menace de la crise migratoire et au besoin européen de la Turquie, la liberté de la presse peut bien patienter 48 heures…

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Distribué à plus de 600 000 exemplaires, Zaman est proche de la communauté religieuse de Fethullah Gülen, laquelle a entretenu des liens étroits avec Erdogan pendant plus de dix ans, avant la rupture en 2012, explique Reporters sans frontières. « Depuis plus de trois ans, des médias pro-Gülen ont fait l’objet de suspension de leurs licences officielles et leurs journalistes sont régulièrement mis en accusation. »

Lire aussi : turlute

parachutiste de la 80e Brigade en exercice dans la région de Lviv (crédit : armée ukrainienne)

Le chef d’Etat-Major des armées d’Ukraine viré. Pas un bon signe

parachutiste de la 80e Brigade en exercice dans la région de Lviv (crédit : armée ukrainienne)

parachutiste de la 80e Brigade en exercice dans la région de Lviv (crédit : armée ukrainienne)

(BRUXELLES2) L’éviction du chef d’Etat major des armées ukrainiennes par Viktor Iaounoukovitch n’est effectivement pas un signe d’apaisement. On pourrait même dire le contraire. D’autant qu’il s’accompagne de mouvements de troupes et de mise en place de la loi anti-terroriste qui signifient que la phase de répression n’est pas terminée.

Un général « constitutionnel »

Intervenant devant ses troupes, il y a quelques jours, le général Volodymyr Zamana avait – sous couvert d’un discours très ferme – placé l’armée dans une stricte position de neutralité, arguant du nécessaire respect de la Constitution, et appelant ses troupes à ne pas céder à des appels, de part et d’autre, d’intervenir dans la vie politique du pays. En quelque sorte, ainsi que nous l’écrivions, il refusait que l’armée sorte de son devoir de réserve (Lire : L’armée ne participera pas à un coup d’Etat. Mais l’état d’urgence plâne).

Une reprise en main

Un message qui n’a pas apparemment eu l’heur de plaire au principal dirigeant du pays qui a décidé aujourd’hui de le remplacer par le chef de la marine, l’amiral Yurii Ilyin. Dans la réalité, c’est plutôt à une reprise en main directe par le commandant en chef des armées, le président Iaounoukovitch, lui-même qui semble se profiler. La 80e brigade parachutiste est d’ailleurs en manoeuvre dans le centre de formation au « maintien de la paix » situé dans l’oblast (région) de Lviv, un des fiefs des opposants au régime ! Un exercice qui se « déroule selon un calendrier prévu » d’avance, jure-t-on au ministère de la Défense…

Application de la loi anti-terroriste et pouvoirs spéciaux

Autre point inquiétant, le ministère ukrainien de la Défense a décidé de faire appliquer la loi « anti-terroriste ». Objectif annoncé : « arrêter l’extrémisme et les actions illégales des groupes radicaux qui menacent la vie de millions d’ukrainiens, protéger les civils et empêcher une guerre civile en Ukraine ». Une loi qui permet aux Forces armées de l’Ukraine « dans la zone d’opérations contre-terroristes » d’utiliser « les armes et autres moyens spéciaux, d’appréhender et de traduire les auteurs d’infraction ou qui s’apprêtent à commettre d’autres actes, de vérifier les documents d’identité des citoyens ou fonctionnaires, et en l’absence de documents de les détenir pour identification, de fouiller les véhicules, de restreindre ou interdire provisoirement la circulation des véhicules et des piétons sur les rues et les routes », etc. Bref c’est l’application de pouvoirs spéciaux. Les manifestants de tout acabit pouvant être traités de « terroristes ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

(crédit : Euromaidan)

Le bilan de la place Maidan, plus lourd que ce que disent les autorités

(crédit : Euromaidan)

(crédit : Euromaidan)

(BRUXELLES2) Selon des informations reçues directement par B2 des portes-paroles de l’opposition ukrainienne, le bilan donné par les autorités officielles, de 25 morts, est largement minoré. « Maintenant nous sommes sûr qu’il est bien supérieur. Il y a beaucoup de blessés (NB : plus de 500 selon l’opposition). Certains ont reçus des premiers secours dans nos différents postes de secours mobile. Mais ils ne peuvent pas aller vraiment à l’hôpital. Car ils risquent d’être arrêtés » indique Kateryna Maksym, une des portes-paroles du Secteur civique d’Euromaidan. Et, encore, « s’ils sont arrêtés, et pas kidnappés ou tués comme cela a été dans le passé, ils s’en sortent bien ». Ils sont « donc soignés chez des habitants ou envoyés dans les églises qui leur donnent des soins ». NB : Une méthode clandestine déjà utilisée dans d’autres révoltes populaires. (bilan détaillé ci-dessous)

Usage de balles réelles et de grenades

De véritables combats de rues ont opposé manifestants et forces de l’ordre sur la place Maidan dans la soirée et la nuit de mardi (18 février). Deux des trois camions à eaux employés par la police ont été brûlés. Certains des manifestants ont été « tués par des balles réelles. Rien que dans le centre médical installé à l’hôtel de ville, le responsable des secours médicaux a rapporté que 12 personnes étaient soignées, victimes de balles réelles ». Pour avoir un exemple d’un manifestant frappé par un tir (on les entend les armes crépiter, et cette personne s’écrouler, mortellement touchée), video diffusée sur facebook

Il n’y a eu que des tirs mais aussi l’usage de grenades — qui n’étaient pas uniquement lacrymogènes apparemment — mais explosives, du même type que celles utilisées le 19 janvier (voir cet article et cette photo publiées dans un journal ukrainien). Lire aussi le reportage du Kiev Post

Un Berkout transportant des grenades (pris en photo par les manifestants)

Un Berkout transportant des grenades, selon l’opposition (pris en photo par les manifestants)

Depuis minuit, un « état d’urgence de fait » a été instauré. Les lignes de métro ont été interrompues, tout comme la circulation, et toutes les entrées dans la ville.

NB Bilan dressé le 19 février à 1h du matin (GMT+2) – en anglais

At least 14 people reported dead (+ 7 unconfirmed at this moment) .
– 3 dead bodies at the Officers house at Hrushevskogo street (photo proofed)
– 2 older people (man and woman) found dead at the barricades at the Institutska streeet (near the entrance to the Khreschatyk metro station) (photo proofed)
– 1 man died near the National Bank building (photo proofed)
– 1 protestor was founded with had cut near the Parliament building (BBC journalists report)
– 5 people killed during the Maidan crackdown (The Mirrow of Week journalist report)
– 2 dead people just brought to the Kyiv city hospital #17 (information from MP Iryna Geraschenko)
– 7 people brought to the Kyiv city morgue (to be confirmed)

Ne pas offrir les JO de Sotchi sur un plateau d’argent à Poutine (Verhofstadt)

(BRUXELLES2 à Moscou) Le dirigeant du groupe libéral et démocrate était à Moscou vendredi pour soutenir le parti républicain-Parnas de l’ancien Premier ministre, ‪Mikhaïl Kassianov‬. L’occasion aussi d’affirmer que les Européens devraient avoir une attitude plus directe avec les autorités russes et ne pas céder aux pressions. Entretien…

Partenariat oriental : aller de l’avant

« Qu’est-ce qui se passe dans les sommets Russie ? De quoi discute-t-on vraiment à part se faire des sourires ? explique-t-il. « On doit faire davantage pression sur la situation interne en Russie, soutenir la société civile, exiger l’application de la règle de droit. Si déjà les règles de droit étaient appliquées, ce serait un progrès. » Quant au partenariat oriental, « il faut aller de l’avant et ne pas céder aux pressions ». Face à l’éventuel chantage au gaz russe, il y a une solution, l’Europe doit aussi réfléchir à sa politique énergétique, pour être autonome. « Sous la présidence britannique, en 2005, Tony Blair avait proclamé une politique commune de l’énergie. Où en est-on ? Des projets d’interconnexion, de gazoduc… Que fait-on sur le gaz de schiste ? On est encore en train de réfléchir quand les Américains en sont déjà à exporter. Il faut définir en Europe une orientation pour la politique énergétique ».

Pas de boycott à Sotchi mais une mise en garde politique

« Les violations systématiques des droits de l’homme en Russie ne doivent pas rester sans réponse. » S’il le boycott des Jeux olympiques de Sotchi ne lui apparait pas nécessaire, en revanche, une attitude concertée des dirigeants européens, comme lors du championnat d’Europe football en Ukraine (où aucun fonctionnaire européen ou chef d’Etat de l’UE n’était présent), lui apparait nécessaire. « Les athlètes et les spectateurs ont passé des années à travailler avec acharnement pour se préparer et participer à une compétition d’un tel niveau. Ces athlètes et spectateurs ne doivent pas être punis, mais nous ne devrions pas offrir sur un plateau d’argent l’occasion d’un coup de publicité politique au président Poutine. » Pour le dirigeant libéral, on devrait s’inspirer du « précédent lors du championnat d’Europe de football en Ukraine où aucun fonctionnaire de l’UE ou chef d’Etat de l’UE n’était présent ».

Une loi Magnitski à l’échelle européenne

Guy Verhofstadt insiste aussi sur la mise en place d’une liste type Magnitski comme aux Etats-Unis. Le Parlement européen a demandé dans une résolution cette liste. Pour l’instant sans résultat. Le seul pays qui a fait une tentative, l’Irlande, a battu en retraite sous pression russe. « D’ici la fin de l’année, nous comptons bien au Parlement européen, adopter une nouvelle résolution accompagnée cette fois d’une proposition de liste de noms. »

Syrie : le siège au Conseil de sécurité existe la responsabilité

Sur la Syrie, la vigilance demeure. « Nous ne pouvons pas donner l’impression de reconnaître que tant que les armes chimiques sont sous contrôle international alors que les massacres peuvent continuer par les moyens conventionnels. Ce serait immoral, hypocrite et irresponsable. » Il faut là aussi que Moscou choisisse un autre chemin. « Le siège permanent de la Russie au Conseil de sécurité et son droit de veto exigent des responsabilités. La Russie doit d’agir maintenant et s’engager dans la résolution du conflit en Syrie. »

Navalny9141a

La corruption russe, un enjeu européen (Navalny)

Navalny9141a(BRUXELLES2 à Moscou) Un petit bureau de la capitale russe. On y entre après le traditionnel passage devant un gardien plutôt débonnaire. Devant, la (traditionnelle) voiture d’agents en civil veille. Au premier étage, une porte blindée. Et à l’intérieur, au fond du couloir, une pièce où une quinzaine de jeunes sont attablés, devant des ordinateurs. Ceux qui ont connu leurs illustres prédécesseurs de Solidarnosc ou de l’opposition biélorusse en Pologne ne seront pas dépaysés. Même ambiance, hésitant entre une certaine concentration et une ambiance détendue. Ce qui frappe, ici, est la jeunesse et l’utilisation des moyens modernes de communication rapides (laptops, blogs, réseaux sociaux).

Dans son bureau, encadré de ses trois conseillers, Alexey Navalny, sait qu’il doit faire face à des inculpations pour détournement de fond et qu’il s’agit de ne pas donner des armes au pouvoir. Alors il pèse chacun de ses réponses qu’il donne aux trois journalistes présents (Die Welt, De Morgen et B2), se refusant aux questions trop politiques et préférant se concentrer sur son sujet préféré : la lutte contre la corruption.

L’arrestation ou la mort… pour ceux qui luttent contre la corruption

Navalny ne sait pas quoi quelle sentence il va récolter : non-lieu (à peine 1% des peines prononcées en Russie, selon une confrère correspondante à Moscou), peine ferme ou sous suspension… Vous savez – ajoute-t-il – un peu fataliste, « ils peuvent m’emprisonner à tout moment, pour mes activités. (…) Pour tous les politiciens c’est un peu de la routine que d’être arrêté. » Mais « Ma situation est un peu meilleure en ce sens », ajoute-t-il. « J’ai une certaine célébrité, qui me protège. C’est donc un peu moins facile de m’arrêter. Dans certaines régions, la situation est pire pour ceux qui combattent la corruption, ils peuvent être menacés, battus, arrêtés. Dans le Caucase, c’est plus dangereux, beaucoup de gens ont été tués ».

Une nouvelle manière de faire de la politique

Cette lutte contre la corruption est une nouvelle manière de la politique. « Beaucoup de personnes ont compris que notre activité n’était pas seulement de faire de la lutte anti-corruption mais aussi une nouvelle façon de faire la politique. » Il dément ainsi une certaine lassitude « Ce n’est pas vrai que les gens ne sont pas intéressés par la politique. Mais ils ne sont pas intéressés de participer à des élections où les jeux sont faits d’avance. C’est çà qui est décourageant. »

Le schéma de la corruption qui contamine l’Europe

Derrière Navalny, une carte illustrant les liens d’un vrai empire de la corruption qui part de proches de Poutine et étendent leurs ramifications jusqu’à l’Ouest de l’Europe : Chypre et Côte d’Azur notamment sont des cibles privilégies. A la tête de cet empire, le chef du SAO « Chemins de fer russes » Vladimir Yakounine, un très proche ami de Poutine. « C’est choquant, Yakounine proclame à tout bout de champ son patriotisme orthodoxe, blâme ceux qui sont orientés vers l’Ouest, … et lui-même investit à l’étranger » dans des conditions plus que douteuses. Cette situation est parfaitement connue du pouvoir qui ferme les yeux selon lui. « Les services connaissent parfaitement la situation. Et Poutine également. Mais ils se satisfont de cette situation. Poutine sait bien que, sans corruption, il ne pourra pas gouverner le pays, servir ses amis. »

Le jeu de Poutine

Vladimir Poutine est assez malin. Il n’a de cesse de répéter que la corruption en Russie n’est pas anormale par rapport à ce qui existe dans les autres pays. Combien de temps cela peut durer ? « tant que les gens le supporteront ». Cependant il estime que cela peut changer. Lui, ses experts, et des jeunes, combatifs, ont des propositions à revendre. « Nous avons rédigé des projets de loi ». Mais, pour l’instant, aucune n’a retenu l’attention du pouvoir

Laissez-faire européen ?

Face à cette présence, l’Europe a une attitude assez laxiste, selon lui. « C’est assez décourageant que l’Europe ne fait pas attention aux investissements. Nous avons toutes les preuves. Ils utilisent les banques, le système financier européen…  Nous nous sommes adressé à la Banque centrale européenne, à Europol,…, Pour l’instant, pas de réponse ». Même au Royaume-Uni, la prudence reste la règle, face à ce type de dossiers. Les Britanniques « préfèrent se concentrer sur la corruption de leurs entreprises. »

Un risque sous-estimé pour la sécurité

Pourquoi ? « Pour des raisons politiques. Personne ne veut avoir de problème avec Poutine. Tout le monde sait que c’est un « bad guy ». Mais chacun que c’est mieux d’avoir un deal avec Poutine qu’un strange guy. » Cette attitude est « une erreur » pour Navalny. Les gouvernements européens doivent comprendre que la corruption russe n’est « pas seulement un problème domestique russe mais est exportée dans les pays occidentaux, qu’elle peut perturber les marchés financiers, les banques européennes ; qu’elle constitue aussi une menace pour la sécurité » avec des ramifications dans le trafic d’armes, voire le terrorisme.

Petit dérapage démocratique à Djibouti. Pas grave se dit Bruxelles… (maj)

(BRUXELLES2) Il aura fallu un peu de temps pour que l’Union européenne réagisse aux élections du 22 février à Djibouti. A Bruxelles, on traite la petite république de l’Afrique de l’Est avec égard… encore plus qu’à Paris. La Haute Représentante (de l’UE pour les Affaires étrangères) « salue le déroulement pacifique du scrutin législatif du 22 février 2013 à Djibouti et l’engagement civique de la population et de l’ensemble des parties politiques pour l’avenir du pays » indique le communiqué publié ce jour. Les habituels termes diplomatiques utilisés au niveau européen pour montrer un certain courroux – « vigilant », « préoccupé », « très préoccupé » – sont même absents de la communication officielle. Et cependant, il y aurait de quoi…

Contestations des élections

Face aux accusations de fraude, et alors que les résultats ne sont encore que provisoires, Catherine Ashton « appelle les autorités responsables à procéder à une publication rapide et transparente des résultats du scrutin. Les contestations devraient être traitées suivant les procédures de recours prévues par la loi. » L’UMP (djiboutienne) – l’union pour la majorité présidentielle – l’a emporté d’une courte tête à Djibouti (où ont été publiés les premiers résultats). Ce qui lui permet d’emporter la majorité (80%) des sièges au Parlement, comme le relatent nos confrères de Radio France internationale. Le mode de scrutin a été amendé pour instiller une dose de proportionnelle. L’opposition qui, pour la première fois, se présentait unie à ces élections crie cependant à la manipulation des urnes.

Manifestations réprimées : appel à s’abstenir de toute violence

Les manifestations ont vite dérapé, réprimées par la police nationale est intervenue « tirant à balles réelles » ; bilan : « 10 morts minimum et plusieurs blessés graves » selon la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH, lire ici). Ce bilan n’a cependant pas été confirmé. Dans la foulée, plusieurs responsables de l’opposition dont le dirigeant de l’Union pour le salut national, Hamed Youssouf, Hamed, ont été arrêtés. La quasi-totalité des membres de l’opposition ont été interpellés par la police et certains placés en résidence surveillée, souligne l’organisation des droits des l’Homme. Le Maire de Djibouti, Abdourahman Mohamed Guelle, et deux de ses adjoints ont aussi fait le détour par le commissariat de la ville (lire et écoutez sur Rfi). La réaction de l’Europe, là encore, est tout à faire mesurée. « La Haute Représentante appelle l’ensemble des forces politiques djiboutiennes à respecter l’Etat de droit, y compris le droit de manifestation pacifique, et à s’abstenir de faire appel à la violence. »

La realpolitik peut souffrir une entorse aux principes…

Cela pourrait paraître une évidence, mais dans l’environnement mouvementé de la Corne de l’Afrique entre Somalie troublée et Erythrée fermée, Djibouti apparait comme un havre de paix. La base logistique de l’opération Eunavfor Atalanta s’y trouve tout comme la mission de renforcement des capacités maritimes EUCAP Nestor. Et cet aspect est clairement mis en avant dans la déclaration de l’Union européenne « En tant que partenaire de long terme, l’UE souhaite continuer son partenariat avec le gouvernement de Djibouti, avec tous les partis politiques, la société civile et le peuple de Djibouti dans le but de poursuivre le développement social, économique et démocratique du pays. »

Commentaire : Attention !

La situation sur place, si elle ne fait pas la Une des médias, mériterait une attention plus soutenue. Le pays présente nombre de symptômes du « printemps arabe ». Une population jeune qui ne recueille pas les fruits de la croissance. Autour de Djibouti, il y a une ceinture de bidonvilles qui ne bénéficient pas apparemment d’un grand intérêt. Et le régime du président Guelleh est sévèrement critiqué sur place, surtout son entourage qui s’accaparerait certains marchés. Un régime qui ressemble étrangement au régime « Ben Ali » en Tunisie, où une famille s’accapare les biens de l’Etat, comme me l’ont relaté quelques observateurs sur place. Méfiance…

NB : le site du quotidien national, proche du pouvoir, La Nation était inaccessible aujourd’hui (plantage interne, cyberattaque ou coupure ?) faisant apparaitre un message de « problème de connexion au serveur de Djibouti Telecom » du à un « trop grand nombre de connections ».

Le général Idriss (ALS) aux Européens : Aidez-nous ! Levez l’embargo sur les armes

Le général Selim Idris aux cotés de Guy Verhofstadt, le président du groupe des Démocrates et Libéraux au Parlement européen (© NGV / B2)

(BRUXELLES2 au Parlement européen) C’est le message adressé par le général syrien, Selim Idriss, chef de l’Etat-Major de l’armée libre syrienne (ALS) (*), aujourd’hui à Bruxelles. Invité par le groupe des Libéraux et Démocrates au Parlement européen (**) — près de deux ans après le début du conflit —, il l’a dit et redit sur tous les tons dans les eurodéputés comme devant la presse : « Aidez-nous » ! « Levez l’embargo sur les armes ».

Il a ainsi demandé à ce que des armes et des munitions mais aussi des « missiles anti-chars et des missiles sol-air » soient livrés à l’ALS. Il aussi fait deux autres demandes : qu’une aide humanitaire « directe » soit délivrée dans les zones tenues par l’opposition syrienne ; que les Syriens puissent être accueillis de façon temporaire en Europe.  Un message qu’il a également délivré à Catherine Ashton, la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, que le général a rencontré mardi soir comme à Kristalina Georgieva, la commissaire européenne à l’Aide humanitaire.

Un bilan déjà dramatique

Le « peuple syrien vit sous pression et souffre énormément des exactions du régime ». Le bilan est aujourd’hui dramatique, a-t-il expliqué. « 70.000 morts, 100.000 arrestations et 100.000 disparus, 1 million de réfugiés dans les pays avoisinants, 5 millions de déplacés à l’intérieur du pays ». Et « je m’attends à ce que le nombre de déplacés augmente ». « Le régime a pris pour cible les hôpitaux, les écoles, les infrastructures dans les zones libérées ». « N’attentez pas qu’ils soit trop tard avant de nous aider.  »

La communauté internationale parle mais agit peu

Idriss a critiqué la communauté internationale qui se contente de « regarder le régime, de dire que le régime n’est pas bon, qu’il doit partir » mais n’agit pas. « Nous avons reçu des promesses de soutien. Mais reçu très peu ». « Comment la communauté internationale peut être impuissante face à ce régime ? » s’est-il interrogé. « Comment elle ne peut pas empêcher l’Iran et la Russie d’apporter son aide à ces bourreaux ? Tous les satellites, les moyens d’information permettent bien de voir les crimes commis. (…) Il faut faire des pressions sur la Russie, afin que la Fédération de Russie arrête son aide, indéfectible, au régime. »

La levée de l’embargo : nécessaire car le combat est inégal

Pour le commandant en chef de l’ALS, « Il  faut des armes et des munitions, pour défendre les citoyens, contraindre le régime à mettre fin aux massacres, à négocier. » Il a ainsi appelé « à mettre un terme à l’embargo sur les armes en Syrie. » embargo proclamé de façon autonome par les Européens. « L’embargo est regrettable. Nous le subissons. Et n’avons pas de moyens de nous défendre. (…) Nous sommes les premiers à souffrir et les premiers à être lésés. » « Si on a les armes nécessaires, on peut faire chuter le régime en moins d’un mois » a-t-il affirmé devant les députés.

Car de l’autre côté, du côté du gouvernement de Bachar , il n’y a pas de problème. « Les Russes et Iraniens aident le régime, et le disent clairement. » Le combat est donc inégal. Le « régime utilise de l’armement lourd, de l’artillerie de longue distance, des missiles Scud contre les civils et dispose d’une force aérienne très puissante. (…) Quelques armes légères ne suffisent pas à faire face. »

L’aggravation du conflit existe déjà

La levée de l’embargo ne causera pas une aggravation du conflit, souligne le général. C’est plutôt le contraire. « Quand on dit que plus d’armes fera couler plus de sang, nous ne sommes pas d’accord. Il fait couler plus de sang des civils. Le régime, lui, n’est pas concerné par cet embargo. Car il reçoit plus d’armes de la Russie et de l’Iran. S’il n’y a pas d’armes et les munitions nécessaires, la confrontation pourrait se prolonger. Le pays sera entièrement détruit.  »

Un propos partagé par Guy Verhofstadt, l’ancien Premier ministre belge (président du groupe des Libéraux et Démocrates) qui a été un des premiers à militer pour un engagement plus actif des Européens aux côtés des Syriens. « Il y a un manque de courage, une forme de lâcheté et une sorte d’irresponsabilité » en Europe. « Si on ne fait rien, ce conflit va continuer, il y aura davantage de morts. » Une évolution est cependant en marche « Je suis de retour des Etats-Unis. Et on sent une évolution. La discussion entre le Département d’État et le Pentagone semble se terminer. On parle de certains types d’aides (véhicules…) qui peuvent être livrées. » Mais tout cela est très lent.

(*) Professeur d’électronique formé en Allemagne, Selim Idriss était professeur à l’école militaire du génie d’Alep avant de faire défection en juillet 2012.

NB : Le général s’est exprimé aussi sur la menace chiite, le mouvement Al Nosra, l’organisation de l’opposition, le futur régime de la Syrie. L’intégrale de son intervention au Parlement sera disponible aux abonnés du Club

Les opposants iraniens en résidence surveillée depuis 2 ans. L’UE proteste

(BRUXELLES2) La mise en résidence surveillée – depuis deux ans déjà – des dirigeants de l’opposition iranienne Mehdi Karroub et Mir Hossein Moussavi, ainsi que de l’épouse de Moussavi, Zahra Rahnavard, a appelé une réaction d’inquiétude de la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères. Celle-ci, par la voix du son porte-parole, a expliqué sa « très vive préoccupation » et lancé un appel aux autorités de la République islamique d’Iran « de leur accorder leur droit à la liberté de mouvement ».

Violation des droits de l’homme

La mise en résidence surveillée a « été faite sans aucune procédure légale, en violation des obligations internationales de l’Iran à respecter les droits fondamentaux de tous ses citoyens » a-t-elle rappelé. « À la connaissance de l’UE, ils ont eu accès très limité à des visites, y compris de leurs propres membres de famille, qui ont été harcelés: et ce malgré les appels répétés de la communauté internationale pour remédier à la situation. »

Syrie : est-ce le début de la fin ? Un trio de négociation Onu-Us-Russie, sans l’UE ?

(BRUXELLES2) « Les jours de Assad sont comptés ». C’est la phrase qu’a employée Barbara Nuland, la porte-parole du Département d’Etat à Washington lors de son point de presse quotidien jeudi (13 décembre). « Nous voyons que l’opposition présente des gains importants sur le terrain. L’opposition, ces derniers jours et semaines, a fait un certain nombre de captures importantes, en particulier, une importante installation militaire à l’extérieur d’Alep, la grande base Cheikh Suleiman, et d’autres installations militaires importantes. Le régime fait dans ses efforts désespérés pour prévenir l’inévitable. (…) Les combats continuent, dans Damas, à Alep. Mais il est clair que les efforts du régime pour vaincre militairement l’opposition ne suffisent manifestement pas ». Un tel discours pourrait paraître évident venant des Etats-Unis qui ont condamné Assad. Mais – cela est nouveau – il est aujourd’hui relayé à Moscou. Sans doute un résultat de la dernière réunion OTAN-Russie il y a quelques jours à Bruxelles – même si rien n’en avait transpiré à l’époque.

Moscou veut regarder la réalité en face : l’opposition gagne du terrain

« On doit regarder la réalité en face. Selon la tendance actuelle, le régime et le gouvernement en Syrie perdent de plus en plus le contrôle du territoire national. La victoire de l’opposition syrienne n’est malheureusement pas à exclure » a reconnu le vice-ministre russe des Affaires étrangères Mikhaïl Bogdanov, jeudi, lors d’une réunion du conseil pour la coopération internationale selon l’agence Ria Novosti. Les opposants syriens « affirment que la victoire est proche (…) et qu’ils contrôlent d’ores et déjà 60% du territoire du pays », a-t-il ajouté.

Un trio de négociateurs ONU-US-Russie

Un mouvement observé avec chaleur à Washington. Barbara Nuland a ainsi appelé Russes « à travailler avec nous » pour faciliter une transition politique. Elle a ainsi proposé dans cet objectif d’utilisé le trio « Brahimi-Burns-Bogdanov », faisant référence ainsi à l’envoyé spécial de l’ONU, au secrétaire d’Etat adjoint américain et à son homologue russe. Les Russes peuvent déjà cesser leur aide au régime – a-t-elle ajouté – mais aussi « nous aider à identifier les personnes qui pourraient être disposés à l’intérieur de la Syrie, de travailler sur une structure de transition ».

Notons que l’Union européenne semble exclue de cette approche

L’Europe appelle à la saisine de la Cour pénale internationale sur le régime syrien

Catherine Ashton en compagnie de Sheikh Mouaz Al-Khatib (Crédit : SEAE)

(BRUXELLES2) Alors que le chef de l’opposition syrienne leurs rendait visite, les 27 ont une nouvelle fois condamné la situation en Syrie et les massacres des civils. Nouvelle étape diplomatique, ils ont appelé le Conseil de Sécurité de l’ONU à saisir la Cour Pénale Internationale sur le cas Assad.

Une nouvelle proposition de résolution à l’ONU ?

Pour l’Union européenne, si la situation continue, «la Cour Pénale Internationale devrait s’occuper de la situation». La France, la Grande Bretagne, les USA voire l’Allemagne, le Maroc, le Portugal (membres non-permanents actuels) ou le Luxembourg (membre à partir de 2013) pourraient bien «à n’importe quel moment» proposer une nouvelle résolution devant le Conseil de Sécurité des Nations-Unies appelant la CPI à prendre en main le cas du régime d’Assad. «Nous reconnaissons que ceux responsables des crimes envers la population devront rendre des comptes», a déclaré la Haute Représentante Catherine Ashton, à l’issue du Conseil des Ministres. Les 27 se sont également dit préoccupés par «l’utilisation potentielle et le transfert d’armes chimiques en Syrie et rappellent au régime syrien et à tous les autres acteurs, qu’en cas d’utilisation, les responsables devront répondre de leurs actes».

Petite étape sémantique décisive

Les Ministres avaient invité au dessert, Ahmed Moaz al-Khatib, le leader de la coalition d’opposition syrienne. Un long entretien, après lequel l’Union européenne a reconnu les efforts de la coalition mais toujours pas la coalition elle-même comme « le » représentant légitime du peuple syrien. Une étape sémantique a cependant été franchie, l’UE « accepte » désormais la coalition comme « représentants légitimes du peuple syrien » ; une formulation qui est plus déterminée que la formule trouvée en novembre : « The EU considers them legitimate representatives of the aspirations of the Syrian people ».

« 2013 sera l’année de la Syrie libre ! »

Les 27 demandent cependant à la Coalition de continuer à travailler sur le caractère ouvert du futur front d’opposition, et l’ont exhorté à s’engager dans cette voie aux côté du Représentant Spécial de l’ONU, Lakhdar Brahimi. « Nous avons franchi une étape aujourd’hui en recevant Moaz al-Khatib. Nous en franchirons une autre lors de la réunion à Marakech la semaine prochaine » a déclaré Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères français, avant de déclarer, un rien solennel sur un ton gaullien, avant de quitter le bâtiment : « 2013 sera l’année de la Syrie libre »…

(relu et complété par NGV)

La coalition syrienne reconnue par l’Union européenne, au dessert

Ahmad MOAZ AL-KHATIB lors de sa visite à l’Elysée le 17 novembre dernier (crédit : Présidence de la république)

(B2) Il n’y a pas besoin de mots ou de grandes déclarations parfois. En terme diplomatiques, un bon déjeuner vaut toutes les reconnaissances du monde. C’est le parti pris des Ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne pour faire taire leurs divergences d’approche.

Les « 27 » auront en effet à leur table, lundi, Ahmed Moaz Al-Khatib, le président de la Coalition des forces d’opposition et révolutionnaires syriennes. Certes il ne s’agira que d’un dessert et d’un café pris ensemble. Puisque auparavant les ministres auront eu un autre sujet à débattre aussi épineux : l’évolution de la situation au Moyen-Orient (avec la question également des relations entre l’UE et la Russie). Mais c’est une façon également de prendre les distances avec toutes les précautions littéraires qui avaient été prises lors du dernier conseil des ministres

Le 19 novembre dernier, le débat s’était aiguisé entre les tenants de conférer à la nouvelle coalition de l’opposition syrienne le statut de « représentant légitime unique » et ceux partisans de conférer un statut plus vague, on avait finalement choisi de ne pas choisir, avec une formule équivoque de « représentants légitimes des aspirations de la population syrienne ». Lundi, l’Union européenne aura ainsi délibérément validé le choix de la coalition comme « le représentant légitime » du peuple syrien.

La France (le 13 novembre) suivie par l’Italie (le 19 novembre) et le Royaume-Uni (le 20 novembre) avait choisi de reconnaitre l’opposition comme « le » représentant légitime du peuple syrien. Les Etats-Unis, un temps hésitant, semblent prêts d’adopter ce point de vue puisque mercredi (5 décembre) à Bruxelles, Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat, a reconnu que l’organisation de l’opposition allait « dans la bonne direction ». Et qu’elle avait « l’intention et la volonté de travailler avec (elle) » et même de trouver de « chercher de nouvelles voies de les aider ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi :