2816 militaires espagnols et gardes civils déployés à l’étranger

(B2) Dans le dernier bilan dressé par le ministère de la Défense, 2.816 militaires et gardes civils sont déployés dans 16 opérations extérieures sous drapeau de l’Union européenne, de l’OTAN, de l’ONU ou à titre multilatéral

(crédit : Gouvernement espagnol)

Sous le drapeau de l’Union européenne, les Espagnols sont ainsi présents au Mali (EUTM Mali), en Somalie (EUTM Somalia), en République centrafricaine (EUTM RCA), en Bosnie-Herzégovine (EUFOR Althea), sur les côtes somaliennes contre la piraterie (EUNAVFOR Atalanta) et en Méditerranée contre les trafics d’êtres humains (EUNAVFOR Med / Sophia).

Deux détachements d’appui aérien sont présents au Sénégal et au Gabon afin de soutenir l’opération française Barkhane dans la région du Sahel. Précisons aussi que la Guardia Civil espagnole a dirigé le projet GAR-SI Sahel de l’Union européenne avec pour objectif de créer des unités de gendarmerie dans les pays du G5 Sahel (Mali, Burkina Faso, Tchad et Niger) et au Sénégal.

Sous drapeau de l’OTAN, l’Espagne fait partie d’un bataillon multinational en Lettonie au titre de la présence avancée renforcée à l’Est de l’Europe (EFP), contribue à la mission Resolute Support en Afghanistan, et maintient toujours une batterie Patriot en Turquie. Malgré les atermoiements, Madrid a en effet annoncé lors de la dernière réunion des ministres de la Défense de l’OTAN de maintenir cette présence. Au niveau maritime, l’Armada fournit un sous-marin à l’opération Sea Guardian en Méditerranée et une frégate est intégrée aux Forces navales permanentes alliées, dans l’Atlantique Nord. Engagés dans la coalition contre Daech, des militaires espagnols participent aussi à la formation des forces de sécurité irakiennes.

L’Espagne contribue également aux missions de l’ONU avec un important contingent de casques bleus au Liban (FINUL) et un groupe d’observateurs des accords de paix conclus avec les groupes armés rebelles en Colombie.

(NGV)

Je n’en ai rien à f… d’être populaire en Europe. Les Européens doivent payer (Trump)

(B2) Le président américain n’a pas abandonné son envie de critiquer les Européens. Dans sa première conférence de presse 2019, début janvier, Donald Trump a répété son antienne favorite : l’Europe profite et ne paie pas assez

Donald Trump (crédit : Maison Blanche)

Il met la barre non pas à 2% (comme la norme OTAN) mais à 4% pour les budgets de défense

L’Europe, je m’en fiche

Interrogé sur son éventuelle impopularité en Europe, l’hôte de la Maison Blanche a eu cette phrase « Je me fiche de l’Europe. Je ne suis pas élu par les Européens. Je suis élu par les Américains, par les contribuables américains ».

Les Européens profitent

Donald Trump a ensuite répété son antienne favorite : les Européens (ou les Japonais), sont des profiteurs ! « Beaucoup de pays ont profité de notre armée.  […] Nous accordons une protection militaire aux pays très riches et ils ne font rien pour nous. Vous pouvez les appeler alliés si vous le souhaitez, […], mais nombre de nos alliés profitent de nos contribuables et de notre pays. Nous ne pouvons pas laisser cela se produire. »

Ils vont devoir payer

« Nous négocions actuellement avec de nombreux pays pour verser plus d’argent aux États-Unis pour ce que nous faisons pour eux. Je ne dirais pas qu’ils sont ravis. Parce qu’ils ont passé de nombreuses années sans payer. Mais, maintenant, ils vont devoir payer. »

La barre placée à 4%

Et d’ajouter de façon précise : « Je veux que l’Europe paye. L’Allemagne paie 1%. Ils devraient payer plus que cela. Ils devraient payer 4% (1). D’autres pays paient un petit pourcentage de ce qu’ils devraient payer. »

La contribution aux opérations en Irak et en Afghanistan, insuffisante

Pour le président américain, la contribution des Européens dans les opérations conduites par les Américains, que ce soit en Irak ou en Afghanistan, est aussi minime. « Vous savez, quand un pays nous envoie 200 soldats en Irak ou 100 soldats d’un grand pays en Syrie ou en Afghanistan, ils me disent cent fois : « Oh, nous vous avons envoyé des soldats. Nous vous avons envoyé des soldats’. Mais c’est un centième de l’argent dont ils profitent. »

Les militaires US mauvais en Afghanistan

Au passage, Donald Trump égratigne les généraux américains et, en particulier, son ancien secrétaire à la Défense, Jim Mattis, démissionnaire, pour n’avoir pas fait le ‘job’ en Afghanistan. « J’ai donné à nos généraux tout l’argent qu’ils voulaient. [Mais] Ils n’ont pas fait un si bon travail en Afghanistan. […] Le général Mattis était tellement ravi [de la rallonge budgétaire]. Eh bien, qu’a-t-il fait pour moi? Qu’est-ce qu’il fait en Afghanistan ? Pas vraiment bien. Pas vraiment bien. »

Objectif : sortir de l’OTAN ?

Cette nouvelle sortie, malgré son côté répétitif, arrogante et un rien vulgaire (le style de Donald Trump), doit être prise au sérieux. Car le président américain semble toujours caresser l’envie de se retirer de l’OTAN, organisation ‘obsolète’ comme il la dénommait.

« Le président américain, à plusieurs reprises en 2018, a confié en privé qu’il souhaitait se retirer » de l’Alliance atlantique, affirme ainsi Julian Barnes du New-York Times. « Les responsables actuels et les anciens partisans de l’alliance ont déclaré craindre que M. Trump ne reprenne sa menace, les dépenses militaires des alliés continuant de prendre du retard par rapport aux objectifs fixés par le président » ajoute le quotidien new-yorkais.

Les Européens ont intérêt à se préparer pour ne pas être pris au dépourvu. Car ce que dit un jour Trump, il le fait souvent…

(Nicolas Gros-Verheyde)

Télécharger le compte-rendu officiel

  1. L’objectif fixé par l’OTAN est de 2% du PIB. Mais Donald Trump avait déjà mentionné un nouvel objectif de 4% lors du sommet de l’OTAN en juillet 2018. Ce qui correspond peu ou prou au budget de défense des États-Unis.
  2. C’est la taxation des voitures qui ne passe pas chez l’ancien homme d’affaire. « Lorsque les voitures rentrent chez nous sans taxe, et qu’on nous demande de payer 25, 40, 50% ? Je serai honnête avec vous, ce n’est pas dans mon ADN. nous ne permettons plus que cela se produise » a-t-il précisé dans la même intervention.

Jim Mattis jette l’éponge. Un différentiel stratégique avec Donald Trump

(B2) On pourrait se dire, c’est une démission de plus dans l’entourage de Donald Trump, le président américain. Le départ de Jim Mattis, de son poste de Secrétaire (ministre) à la défense, annoncé jeudi (20 décembre), n’est pas anodin

James Mattis, dans ses adieux de chef du commandement allié de transformation (‘Supreme Allied Commander Transformation’) (crédit : OTAN / Archives B2 juillet 2009)

L’ancien dirigeant des Marines a tout enduré sous Donald Trump : sa manière désinvolte de traiter l’OTAN comme ses insultes aux plus fidèles alliés, ses tentatives de dialogue direct avec Poutine qui ont tourné à la déroute, son absence de respect à certains vétérans ou familles des morts en opération, ses atermoiements dans les opérations…. Le départ décidé de Syrie, abandonnant les alliés kurdes et arabes à leur sort, face à la Turquie comme face à Daesh, a sans doute été la goutte qui a fait déborder le vase.

Il faut traiter les alliés avec respect

Dans une lettre du 20 décembre, révélée par plusieurs médias américains, et obtenue par B2, le ministre ne cache pas cette différence de vision : « Ma vision [est] de traiter les alliés avec respect et aussi d’avoir les yeux ouverts sur nos concurrents stratégiques et acteurs malins. […] Nous devons faire tout notre possible pour avancer vers un ordre international qui est le plus conduction pour notre sécurité, prospérité et valeurs. Et nous devons renforcer notre effort par la solidarité de nos alliances ». Mais vous avez le droit d’avoir un ministre qui partage mieux vos vues. »

Deux mois de préavis

Pour autant, il ne claque pas la porte, comme pourrait le faire un ministre français, du jour au lendemain. Il laisse un délai « suffisant », jusqu’au 28 février 2019, à Donald Trump pour lui trouver un successeur… Celui-ci devra composer avec un Sénat où il a fort à faire non seulement avec l’opposition démocrate, mais aussi certains élus républicains critiques de sa politique étrangère, comme l’a montré le refus de l’assistance militaire à l’Arabie Saoudite.

(NGV)

Frappes françaises en Syrie : un débat pour la forme au Parlement français

(B2) Les parlementaires français débattront, sans voter, lundi (16 avril), à partir de 17h de l’opération militaire menée par la France, les États-Unis et la Grande-Bretagne contre la Syrie, a annoncé dimanche le président de l’Assemblée nationale, François de Rugy. « Cela permettra(it) au gouvernement de s’exprimer devant tous les députés et à tous les groupes parlementaires d’exprimer leurs positions » a-t-il ajouté sur twitter.

Une simple information sans vote

La France n’a pas de tradition de consultation du Parlement (de façon préalable, avec vote), contrairement à la plupart des pays européens. L’article 35 de la Constitution prévoit ainsi seulement que le gouvernement « informe le Parlement de sa décision de faire intervenir les forces armées à l’étranger, au plus tard trois jours après le début de l’intervention ». Cette procédure peut toujours être faite a posteriori. « Il précise les objectifs poursuivis. Cette information peut donner lieu à un débat qui n’est suivi d’aucun vote », ajoute l’article.

Pas de tradition de consultation

Le débat n’est même pas obligatoire. Ce n’est que « lorsque la durée de l’intervention excède quatre mois », que le Parlement acquiert le pouvoir d’autoriser (ou non) la prolongation de l’opération. Ce qui donne à la France un ‘avantage compétitif’ sur la plupart de ses homologues européens dans le déclenchement et la conduite des opérations militaires.

NB : En Europe, la France est ainsi la seule à bénéficier d’une telle procédure exceptionnelle… avec la Russie et quelques pays d’Europe centrale. Les différents présidents français ont bien veillé à ne pas aller au-delà de cette procédure (même si rien ne leur interdirait de consulter au préalable les parlementaires).

Une information des principaux groupes

Le Premier ministre Edouard Philippe avait réuni dimanche matin (15 avril) les responsables de l’Assemblée et du Sénat, après les frappes menées dans la nuit de vendredi à samedi contre l’arsenal chimique du régime de Damas, pour les informer et recueillir leur avis.

NB : Cette réunion, tenue près de 24 heures après une conférence de presse des deux ministres concernées (Le Drian pour les Affaires étrangères et Parly pour la Défense) et celle de l’état-major des armées parait constituer plutôt une tentative de rattrapage d’une boulette commise par le gouvernement d’Emmanuel Macron qui a préféré assurer la communication avec la presse qu’avec les représentants élus.

Pas d’Union sacrée

Contrairement à certaines interventions précédentes (au Mali par exemple), l’intervention française n’a pas vraiment suscité d’union sacrée, de nombreuses voix critiquant cette action menée sans mandat de l’ONU : Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise), Marine Le Pen (Front National) et Laurent Wauquiez (Les Républicains) l’ont ainsi dénoncée. Le parti socialiste, des personnalités ex -Républicains comme Alain Juppé et Xavier Bertrand, ou encore les centristes de l’UDI soutiennent en revanche cette opération.

(NGV avec AFP)

Des Estoniens en soutien aux Français de Barkhane à Gao

Les Estoniens avaient déjà participé à l’opération EUFOR RCA aux côtés des Français (crédit : MOD estonie)

(B2) Le gouvernement estonien a décidé aujourd’hui (22 mars) de déployer un détachement de 50 militaires aux côtés des Français, à Gao, dans le cadre de l’opération Barkhane. C’est devenu une tradition pour le pays balte le plus au nord de l’Europe, qui n’hésite pas à être solidaire là où d’autres pays, plus grands, mieux dotés préfèrent rester dans leurs pantoufles.

Cette proposition de mandat a été approuvée par le gouvernement ce jeudi. Le Riigikogu (l’assemblée estonienne) doit encore donner son aval.

Chargé de la protection de la base de Gao

Dans l’opération Barkhane, le contingent estonien sera chargé, sous commandement français, d’assurer la sécurité de la base et de ses environs immédiats. Y participeront, selon nos informations, une unité d’infanterie, une unité de transport et l’élément de support. La durée de la mission sera de un an.

Un exemple de solidarité réciproque

Pour le Premier ministre Jüri Ratas, cette décision de contribuer à une opération terroriste est un « autre » exemple de la « très bonne coopération » entre l’Estonie et la France. « Les pays ne prennent pas à la légère les décisions d’envoyer leurs troupes. Le fait que la France et l’Estonie, à plusieurs reprises, au cours des dernières années, ont trouvé des façons d’avoir une coopération pratique entre les deux pays est sans aucun doute un signe d’une relation très proche », a-t-il déclaré.

Affirmer l’image d’une Estonie réactive

Pour le ministre de la Défense, Juri Luik, il y a deux raisons supplémentaires à cette participation. Un objectif stratégique tout d’abord. « En participant à une opération visant à créer une stabilité pour la zone Sud et l’Union européenne, nous soutenons notre puissant allié en Europe ». Deuxièmement, il s’agit « d’affirmer l’image de l’Estonie en tant que pays prêt à contribuer à assurer la sécurité partout où il existe des menaces sécuritaires majeures pour l’Europe ».

Les Estoniens, partisans de l’entrée en premier

L’Estonie est un des premiers pays partenaires invités par la France à participer à l’opération Barkhane. Cette participation répond, en effet, à une invitation française. La ministre française de la Défense, Florence Parly, avait invité l’Estonie à y participer en janvier. Le gouvernement malien a ensuite donné son approbation formelle.

En plus de l’Estonie, le Royaume-Uni a également annoncé sa contribution prévue à l’opération. Et l’Espagne participe déjà, en soutien logistique aérien, à partir du Sénégal.

Les Estoniens sont cependant le premier pays européen à avoir des hommes engagés au sol, dans une région — Gao — qui n’est pas tout à fait la plus calme… Le risque est certain. Les Estoniens le connaissent (1), le mesurent et sont prêts à l’assumer. Cet engagement, important pour un pays de cette taille, doit, donc, être salué à sa juste mesure.

Une tradition bien établie …

On peut préciser aussi que le petit pays balte a été un des premiers à répondre ‘présent’ pour mettre en place la coopération structurée permanente (PESCO), dans un esprit sans doute plus proche de l’ambition française que certains pays.

faite de solidarité réciproque

En 2014, l’Estonie avait participé avec une unité d’infanterie de 50 membres à l’opération de stabilisation de l’UE en République centrafricaine (EUFOR RCA). Une opération largement initiée par la France. Tallinn avait même été un des premiers pays à officialiser cette participation (2), suivi ensuite par son voisin, la Lettonie (lire : L’Estonie confirme une participation notable à EUFOR RCA Bangui).

En 2017, la réciprocité avait joué, la France avait décidé d’envoyer à Tapa (Estonie) un détachement de 300 hommes et blindés (véhicules de combat d’infanterie et chars) dans le groupement tactique de l’OTAN présent en Estonie dans le cadre de la présence renforcée de l’Alliance aux frontières russes (lire : Tapa : réassurer l’Estonie… et un excellent lieu d’entraînement). Une présence qui sera renouvelé en 2019.

 

Commentaire : On peut ajouter à tous les arguments indiqués par Tallinn à ce déploiement un autre, sans doute plus local. En montrant qu’ils sont capables de se déployer dans une zone ardue, où le risque est avéré, et le combat probable, les Estoniens montrent à leur grand voisin russe, qu’ils sont prêts à combattre. Cela vaut sans doute toutes les belles déclarations de robustesse. C’est stratégique … et intelligent.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Les Estoniens ont déjà quelques soldats au Mali, quatre dans le cadre de la mission de formation de l’armée malienne (EUTM Mali) et trois dans le cadre de la Minusma.

(2) Une participation qui n’était sans doute pas tout à fait étrangère au soutien apporté par la France à la libération d’otages estoniens au Liban

Les Européens dépensent-ils plus pour leur défense. Et mieux ? Six observations

(B2) Nous avons effectué une lecture attentive des dernières statistiques produites par l’Agence européenne de défense. Même si elles ne concernent que les années 2015 et 2016, elles sont intéressantes. Voici quelques leçons qu’on peut en tirer, qui diffèrent sensiblement de l’ambiance officielle, toujours propice à l’optimisme.

Première leçon : Un déficit de presque 20 milliards par rapport à 2005

Malgré une remontée nette des dépenses de défense, les pays européens n’ont pas encore vraiment rattrapé les six années de restriction (2008-2013). Et ces chiffres doivent être pris avec beaucoup précaution, car ils se basent souvent sur les chiffres courants (hors inflation) et ne prennent pas en compte les élargissements. Si on tient compte des chiffres réels, la montée est moins rapide. Le déficit est encore de 18,4 milliards en 2016 par rapport aux chiffres de 2005.

Deuxième leçon : Une chute notable du poids de la défense dans le PIB en dix ans

Alors qu’en 2006, les Européens dépensaient 1,8% de leur PIB pour la défense, ce chiffre n’atteint en 2016 que 1,43%. Malgré toutes les augmentations de budget, et au coup de clairon entamé par les autorités otaniennes, il reste quasi stable durant les trois dernières années. Cela tient à deux éléments : certains grands pays n’augmentent que faiblement leur budget de défense, mais surtout l’augmentation de la croissance a annulé les gains de l’augmentation. Cela signifie que les Européens ont stabilisé la baisse mais qu’ils ne parviennent pas encore à récupérer les coupes franches réalisées dans les dernières années.

Troisième leçon : La défense variable d’ajustement des dépenses publiques

Représentant presque 4% des dépenses publiques en 2005 (3,88%), les dépenses de défense sont passées à presque 3% en 2014 (2,97%) pour remonter légèrement en 2016 au-dessus de la barre des 3% (à 3,08%).  Cette baisse confirme une impression ressentie dans nombre d’armées : dans l’effort des restrictions budgétaires, la défense a assuré davantage que sa part de l’effort.

Quatrième leçon : Une atonie de l’engagement extérieur

Le nombre de soldats déployés est en diminution constante. Il est aujourd’hui de 32.000, le chiffre le plus faible depuis dix ans (et de loin) ! Idem pour le coût en opérations qui a diminué de façon considérable, en quelques années : 5,3 milliards en 2016. C’est moitié moins que le pic de 2011 mais aussi au-dessous du montant de 6,7 milliards d’euros en 2006, avant le surge en Irak puis en Afghanistan et les grosses opérations de la PSDC en 2008-2009, et la crise financière.

Cinquième leçon : La faiblesse des investissements en recherche

Les dépenses de recherche et technologie (R&T) ont diminué régulièrement de 2006 à 2016, passant de 2,7 milliards d’euros à 2,1 ou 2,2 milliards d’euros, selon les années. Elle atteignent ainsi péniblement des taux de 1,06% (2015) et 1,0% (2016) des dépenses de défense contre 1,32% en 2006. Soit la moitié de l’objectif fixé. C’est insuffisant pour faire la différence.

Sixième leçon : Face à la crise financière le repli

Les différents ‘benchmarks‘ (objectifs) fixés par l’Union européenne ne sont pas atteints, particulièrement en matière de travail en commun. Les marchés publics passés en commun atteignent péniblement 16% en 2015 contre près de 21% en 2006, soit environ la moitié de l’objectif fixé (35%). La recherche et technologie (R&T) assurée en mode collaboratif a baissé également, passant de 16,6% en 2008 (le pic le plus haut) à 7,2% des dépenses de R&T en 2015, loin de l’objectif des 20%.

Le travail en commun n’est donc non seulement pas développé, mais il régresse. Cela confirme que face à la crise financière, les États ont préféré assurer leurs appels d’offres en solo – leur permettant à la fois d’avoir une maitrise du calendrier, des spécifications… et du bénéficiaire final – que de recourir à des appels en commun, plus lourds à mettre en œuvre et plus risqués en termes de retour.

(Nicolas Gros-Verheyde)

En savoir plus, lire notre analyse complète sur B2 pro : Défense, Opex, Recherche… Combien l’Europe investit ? Les chiffres 2015 et 2016 analysés

Crédit photo : ministère de la Défense de Bulgarie – mai 2013

Des hélicos britanniques en soutien de l’opération Barkhane au Sahel (V2)

Un hélicoptère Chinook de l’armée britannique bientôt au Sahel en appui des forces frnaçaises (crédit : MOD.uk)

(B2) Le Royaume-Uni pourrait bientôt envoyer des hélicoptères Chinook en soutien de l’opération Barkhane menée par la France au Sahel. Cette décision devrait être annoncée demain (jeudi) à l’occasion du sommet franco-britannique. Réunion qui se déroulera dans un lieu on ne peut plus symbolique : l’académie militaire de Sandhurst.

Des hélicoptères et d’autres moyens

« Pour pallier le manque d’hélicoptères français disponibles, les Britanniques ont offert des moyens de transport », explique le quotidien The Telegraph qui s’appuie sur des sources internes au ministère britannique de la Défense. Les hélicoptères lourds Chinook de la RAF ont été proposés pour transporter les troupes françaises ainsi que le matériel. Ce soutien pourrait aussi concerner du transport stratégique par C-17. « Le Royaume-Uni s’était opposé à l’envoi d’un avion C-17 pour assurer des rotations dans la région du fait de l’engagement des opérations en Irak, en Syrie et en Afghanistan » rappelle Roger Boyes du Times. Ce soutien venu d’outre-manche pourrait aussi concerner des moyens ISTAR (renseignement, surveillance, acquisition de cibles, reconnaissance) avec notamment des drones de surveillance Watchkeeper, précise le quotidien britannique.

Une nouvelle présence en Estonie

Afin d’assurer une certaine réciproque, les  Français pourraient revenir en Estonie, participant lors d’une prochaine rotation (en 2019 par exemple) au groupement tactique dirigé par les Britanniques en Estonie dans le cadre de l’opération de l’OTAN, « Présence avancée renforcée (EFP) », visant à montrer les muscles de l’Alliance atlantique face à la Russie (lire : Tapa : réassurer l’Estonie… et un excellent lieu d’entraînement).

(Maj*) Une présence confirmée

Le sommet franco-britannique a confirmé cet engagement, pour partie. Les Britanniques fourniront trois hélicoptères Chinook CH-47, ainsi qu’un avion C-17. En revanche, il n’est pas question (du moins officiellement) de moyens Istar. Les Français seront bien présents en Estonie en 2019.

Quatre pays engagés à des titres divers

Le Royaume-Uni serait ainsi le quatrième pays européen à s’engager de façon concrète dans le Sahel. L’Espagne assure depuis le début de l’opération Serval (devenue Barkhane), un soutien logistique, avec un détachement aérien. L’Allemagne a engagé des hommes dans la Minusma. L’Italie a confirmé qu’elle s’engageait au Niger dans une mission de formation et structuration de l’armée nigérienne. Les Italiens sont, ainsi les seuls pour l’instant à vouloir s’engager au sol, avec un contingent d’environ 500 personnels (lire : Les Italiens en renfort des Français au Niger).

Conclusion : Un peu de temps

Il aura fallu un peu de temps (deux à trois ans) pour avoir autre chose qu’une participation symbolique ou épisodique de la part des différents partenaires européens. Mais la menace terroriste aidant et le désengagement en cours en Irak – qui libère des moyens – pourrait ainsi favoriser un engagement plus soutenu et complet des Européens aux côtés des Français au Sahel.

(Nicolas Gros-Verheyde)

* Mis à jour jeudi 18 janvier 23h, avec les résultats du sommet franco-britannique

Les Italiens en renfort des Français au Niger

(B2) En visitant le navire Etna qui assure depuis peu le rôle de navire amiral de l’opération EUNAVFOR Med / Sophia, le Premier ministre italien Paolo Gentiloni a confirmé que l’Italie allait s’investir davantage dans le Sahel. « Nous devons continuer à concentrer notre attention et notre énergie sur la menace du trafic des humains et le terrorisme dans le Sahel ».

Une bascule de l’Irak vers la Niger

Le gouvernement va faire dans les prochains jours une proposition législative au Parlement pour permettre ce déploiement. Il s’agit de faire une bascule entre les effectifs se trouvant actuellement en Irak (1400 personnels) vers le Niger. « Plusieurs des forces en Irak seront déployées dans les prochains mois au Niger » a indiqué le Premier ministre.

Une force d’environ 500 militaires

De façon concrète, cette opération italienne bilatérale aura pour rôle de former l’armée nigériane, avec un rôle particulier contre la lutte contre la traite des êtres humains et le terrorisme. L’opération devrait comprendre 470 soldats et 150 véhicules.

Un premier contingent à Madama

Selon La Repubblica, les 150 premiers soldats pourraient partir rapidement, avant la fin de l’année ou dans les premiers jours de janvier. Le contingent italien devrait être déployé à Madama, en renfort des Français. Cet ancien fort de la Légion étrangère, aujourd’hui réactivé, placé dans un endroit stratégique à environ 100 km de la frontière libyenne et 260 km de la passe de Salvador (lieu de passage de tous les trafiquants), sert actuellement de base opérationnelle avancée pour l’opération Barkhane.

Commentaire : L’objectif des Italiens qui avait été annoncé il y a plusieurs mois déjà est de pouvoir bloquer les routes des trafics d’êtres humains du Sahel vers la Libye et d’arrêter les trafiquants, afin de contrôler la frontière terrestre, par le sud, de la Libye.

(NGV)

Un Antonov 26 affrété par Barkane s’écrase au large d’Abidjan

(B2) Un avion Antonov 26, affrété par l’armée française, dans le cadre de l’opération Barkhane, a raté son atterrissage près de l’aéroport d’Abidjan, samedi (14 octobre), et s’est écrasé en mer tout près du rivage.

Quatre Moldaves (pilote, copilote et mécaniciens) ont été tués et deux autres blessés – l’avion étant affrété auprès d’une compagnie moldave Valan International Cargo Charter. Quatre Français (trois militaires et un civil) selon une source militaire française citée par l’AFP ont également été blessés dans l’accident. Ils ont été pris en charge dans le camp militaire français, qui est tout près de l’aéroport Félix-Houphouët-Boigny d’Abidjan.

L’avion était parti de Ouagadougou (Burkina Faso) à destination de la capitale ivoirienne. Les conditions météorologiques étaient très mauvaises, sur Abidjan, avec de fortes pluies. L’avion transportait du fret civil à bord (unités de climatisation), selon la compagnie aérienne Valan. Celle-ci fournissait l’Antonov 26 au ministère français de la Défense depuis octobre 2014, au départ via l’entreprise française ICS (International Chartering System SA), fondée par Christian de Fauque de Jonquières.

(NGV)

« L’initiative européenne d’intervention » d’Emmanuel Macron ? Explications

Emmanuel Macron lors de son discours dans le grand amphi de la Sorbonne présente une nouvelle initiative pour la défense européenne (crédit : Elysée)

(B2) Chacun a pu être surpris de « l’initiative européenne d’intervention » mentionnée par Emmanuel Macron dans son discours à la Sorbonne sur le futur de l’Europe. Un projet ambitieux…

« Je propose dès à présent d’essayer de construire cette culture en commun, en proposant une initiative européenne d’intervention visant à développer cette culture stratégique partagée. […] Au début de la prochaine décennie, l’Europe devra ainsi être dotée d’une force commune d’intervention, d’un budget de défense commun et d’une doctrine commune pour agir. »

Cette initiative parait sortie de nulle part et plutôt symbolique. Ne nous y trompons pas, chaque mot a son sens… Et cela mérite quelques détails et explications, puisées aux meilleures sources.

Premièrement, on parle bien ici d’Europe, et non d’Union européenne. Ce n’est pas une clause de style mais une définition politique. Cela signifie que ce projet se préparera avec tous les partenaires européens « qui le veulent et le peuvent » comme précise à B2 un diplomate. Cela inclut nécessairement les Britanniques qui pourraient être ainsi partie prenante de cette initiative et qui partagent avec les Français une doctrine d’intervention assez semblable (même si elle s’exerce sur des terrains parfois différents).

Deuxièmement, il ne s’agit pas de faire du réchauffé avec des dispositifs déjà existants ou non existants. Ce ne sont donc ni les fameux battlegroups, les groupements tactiques de l’Union européenne, qui n’ont jamais décollé, et dont la France semble faire son deuil ; ni la fameuse « armée européenne », sorte d’arlésienne très commode, permettant de ne pas parler de projets plus concrets. C’est … entre les deux.

Troisièmement, c’est un projet pour l’avenir, à l’horizon 2022-2024, et non pour aujourd’hui. Il n’est pas question de la coopération structurée permanente – qui devrait être lancée à la fin de l’année ou début 2018 – ou du fonds européen de défense (dont le premier élément doit voir le jour en 2018). C’est autre chose, d’autrement plus ambitieux en termes opérationnels.

Quatrièmement, la préparation devrait commencer rapidement. Selon nos informations, l’ouverture des armées françaises aux cadres d’autres armées européennes devrait commencer ainsi rapidement. Cette ouverture serait, sans commune mesure, avec ce qui est pratiqué actuellement. Il ne s’agit donc pas juste d’avoir des officiers de liaison placés au sein des armées ou d’accueillir quelques (sous) officiers dans les écoles ou dans les forces françaises. Cette initiative se situe sur « une autre échelle », avec une présence « plus intensive » de militaires à tous les échelons d’une intervention : de la planification (des opérations) et du soutien aux opérations en passant par l’anticipation et le renseignement. Cela signifie qu’on retrouverait des militaires européens à différents niveaux et dans tous les corps : à la DGSE (la direction générale de la sécurité extérieure) comme au CPCO (centre de planification et de conduite des opérations), dans les état-majors ou dans le service des essences des armées…

Cinquièmement, l’intention est bien de changer l’état d’esprit, de bâtir une nouvelle doctrine militaire d’intervention, plus européenne, où chacun tienne compte des autres modes d’intervention, de développer ce qu’appelle Emmanuel Macron « une culture stratégique partagée ». Cela pourrait conduire alors tout autant à changer les modes d’intervention des armées françaises que celles des autres. L’objectif est ainsi durant les six années à venir (2018-2024) d’aboutir à ce changement qui est autant « technique » que « psychologique ». Il s’agit de doter les Européens « d’une capacité d’action autonome de l’Europe, en complément de l’OTAN », qui pourra être mise au service de l’Union européenne ou… d’autres organisations.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : L’Europe de 2024 selon Macron : souveraine, stratégique, autonome

Guerre ou paix (4). Faire contribuer les autres aux opérations françaises ? Une idée géniale… inapplicable

(crédit : EMA / DICOD)

(B2) « La France doit être exonérée de certaines dépenses de défense, voire de toutes, du fait de ses engagements multiples » ; « les Européens doivent payer pour les opérations françaises » (1). Chez les ‘intellectuels’ et ‘fournisseurs’ d’idées dans l’hexagone, la « cocotte à initiatives » bout régulièrement, surtout quand il s’agit de trouver des ficelles budgétaires pour boucler le budget de l’armée.

Ces idées sont si géniales qu’elles ne semblent pas rencontrer beaucoup d’adeptes en dehors de St Germain des Prés. Et pour cause… En pratique, elles semblent difficilement applicables et acceptables par les partenaires européens. Mais, surtout, elles risquent de se retourner contre leurs concepteurs, privant la France d’un de ses plus beaux atouts : sa capacité d’initiative et de transmission rapide des ordres du niveau politique le plus haut au terrain.

La France peut-elle décider des opérations et les autres les financer ?

Pour pouvoir passer la rampe européenne, ces idées doivent, en effet, être crédibles et respecter un certain nombre de principes. Premièrement, les décisions sur le Pacte de stabilité impliquent à la fois la Commission européenne et les autres États membres. Elles nécessitent donc à défaut d’une parfaite unanimité, un consensus minimal. Deuxièmement, une fois cet accord trouvé, il importe de trouver un modus operandis, de définir des règles et des modalités, acceptables par tous, durables… Troisièmement, s’il y une dérogation ou un financement extérieur, il faudra accepter une certaine discipline, un certain contrôle. Selon le principe « qui paie décide », la France ne pourrait plus alors décider toute seule des opérations qu’elle entend mener. Enfin, ces règles devront être non pas réservées uniquement à la France mais utilisables par tous. Autrement dit, si la France bénéficie de dérogations ou reçoit des fonds, aujourd’hui, elle devrait pouvoir demain… contribuer à celles des autres.

Une règle peut-elle conçue seulement pour la France ?

Il est assez étrange que les auteurs de ces propositions génialement hexagonales n’aient pas pensé également à apporter quelques réflexions sur la suite. Si on considère que les opérations au Mali ou dans le Levant sont des opérations d’utilité publique européenne qui nécessitent un investissement ou une dérogation commune, il faut le faire pour les autres actions, jugées utiles par les autres pays, pour la défense et la sécurité européennes. Cela suppose, par exemple, d’aider l’Italie pour son action en Méditerranée, au large de la Libye (et de l’Égypte) comme on a aidé la Grèce, ou d’aider les pays d’Europe de l’Est par rapport aux mesures prises pour solidifier leurs frontières à l’Est (après tout leurs frontières sont nos frontières). Ensuite, il faudra étendre ces exceptions aux autres actions entreprises pour assurer la gestion de crises : la Suède* et l’Allemagne, par exemple, ont engagé d’importants financements pour accueillir les réfugiés en provenance de Syrie. Il serait logique également que ces dépenses soient déduites. De même, en utilisant son puissant budget de développement, la Suède ou le Royaume-Uni*, concourent à une certaine stabilisation du monde. Enfin, pourquoi ne pas accorder une telle dérogation aux autres domaines, comme la sécurité intérieure, la lutte contre le terrorisme, ou l’éducation et la santé. On le voit. L’exception du pacte de stabilité pour certaines dépenses extérieures de défense revient à ouvrir une boite de Pandore avec un résultat très limité. Le coût de l’OPEX Barkhane représente une somme plutôt dérisoire sur l’endettement et le déficit existant de la France (2). Soyons honnêtes, c’est de l’ordre de la symbolique… coûteuse.

D’autres pistes sont-elles possibles ?

Faut-il pour autant abandonner toute piste de financement solidaire ? Non… Il faut engager une réflexion et une politique dégageant des marges de solidarité supplémentaires, permettant aux États qui peuvent, et veulent le faire, de s’engager, sans que tous les coûts pèsent sur eux, tout en gardant une certaine souveraineté et autonomie d’engagement (pour plus d’efficacité). C’est un peu la quadrature du cercle. Mais des solutions existent et peuvent être mises en place dans le cadre du Traité existant (il suffit, pour cela, d’un peu d’imagination… et de la volonté des États membres).

1. L’article 44 du Traité permet ainsi à l’Union de confier à un ou plusieurs États une mission commune. On pourrait considérer que les dépenses consacrées dans ces missions « déléguées » bénéficient d’un financement solidaire (3).

2. Le mécanisme Athena qui finance de manière « solidaire » les coûts communs des missions et opérations devrait être élargi. Le travail devrait aboutir d’ici la fin 2017. Espérons que le résultat sera autrement plus conséquent que celui entamé en 2008 (qui n’avait abouti, au final, à des changements assez cosmétiques, incapables de faire la différence pour inciter un État à intervenir).

3. Tous les frais restants à charge d’un État membre – dans le cadre d’une mission ou opération européenne – devraient bénéficier d’un coup de pouce, par exemple sous forme une déduction de la contribution à l’UE. Il n’est pas illogique qu’un État qui s’engage dans une opération décidée par l’UE et pour l’UE bénéficie d’une incitation à le faire.

4. Il pourrait aussi être possible d’exonérer, totalement ou partiellement, de contribution aux opérations européennes (dans le cadre du mécanisme Athena) un État qui fournit des moyens importants pour une mission (plus de 40% de l’opération par exemple), afin de ne pas le faire « payer deux fois ». Le dosage du taux d’exonération comme du seuil de déclenchement pourrait être relativisé selon la richesse du pays.

Ces solutions sont à dispositif inchangé. Il suffit aux 27 de le vouloir et de le décider. Mais on peut imaginer d’autres solutions.

… et des solutions plus audacieuses, plus nouvelles ?

1. Un fonds pour les missions et opérations européennes pourrait être créé, chargé de prendre en charge ces frais. Ce fonds pourrait être externe au budget communautaire (4) à la manière du Fonds européen du développement. Il pourrait être alimenté non seulement par les contributions des États membres mais aussi des contributions de pays tiers dont l’UE assure d’une certaine façon la sécurité par sa seule présence (Monaco, Andorre, Liechtenstein, Islande, etc.) ou d’autres contributions nouvelles. Pourquoi ne pas envisager le reversement d’une partie de la surcotisation « terrorisme » des contrats d’assurance ou de la taxe d’aéroport, par exemple ?

2. Le financement par les ressources propres. La TVA est aujourd’hui perçue sur les différents projets menés en coopération au sein de l’Union européenne (mais pas pour ceux menés en coopération au sein de l’OTAN). Cette anomalie pourrait être corrigée (par une décision à l’unanimité). Elle ne dégagerait pas de ressources supplémentaires pour l’État mais éviterait aux ministères de la défense de contribuer au budget général. On pourrait même concevoir un dispositif de reversement de cette TVA collectée sur les équipements de défense, dans un pot commun, à la manière ce qui se faisait pour la CECA, finançant opérations ou formations. Ce dispositif nécessiterait une modification de la directive TVA (à l’unanimité) et l’adoption d’un règlement pour créer ce fonds (ou un dispositif extra-communautaire).

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Pays non membres de la Zone euro mais soumis aux respects des critères de déficit et d’endettement.

(1) Jean-Luc Sauron défend ainsi un financement communautaire de l’effort militaire de la France (lire sur les Coulisses de Bruxelles de mon camarade Jean Quatremer).

(2) La dette publique française atteignait 2.147 milliards d’euros fin de 2016 (96 % du PIB, loin de la limite fixée par le pacte de stabilité de 60%). Le montant des opérations extérieures (OPEX), toutes opérations confondues, se monte à 1,1 milliard d’euros par an (chiffre 2015, et moyenne 2012-2015, selon le rapport de la Cour des comptes, l’opération Barkhane représentant la moitié de ces coûts. On est donc à 0,02% de l’endettement public…

(3) Un débat a déjà eu lieu sur cette question. Il s’est interrompu par une triple opposition : des pays opposés à mettre trop d’argent au pot commun, des pays réticents à subir le contrôle des autres, des pays opposés à tout système plus efficace au plan européen.

(4) Un abondement par le budget communautaire est normalement impossible. Le financement des opérations militaires de l’UE étant la seule interdiction figurant expressément dans le Traité en matière de politique extérieure et de sécurité commune (article 42). Il en est de même pour les ressources communautaires propres (droits de douane, TVA, etc.)