Les bombardements de la coalition en Irak : victoire tactique, défaite stratégique ?

(B2) Alors que les forces arabo-kurdes (FDS) livrent une des dernières batailles contre l’État islamique, un officier français présent sur place avertit : la bataille est gagnée, la guerre… ce n’est pas sûr

Artillerie (Task Force Wagram) de l’opération Chammal (crédit : DICOD / EMA)

Dans un article paru dans la Revue de défense nationale, un des organes de réflexion stratégique de l’armée française, le colonel François-Régis Legrier décortique un aspect de l’opération française et américaine en Irak : La bataille d’Hajin : victoire tactique, défaite stratégique ? ». L’auteur sait de quoi il parle. Chef de corps du 68e régiment d’artillerie d’Afrique, il a été le commandant de la Task Force Wagram au Levant depuis octobre 2018.

L’article serait sans doute passé inaperçu du plus grand nombre, malgré sa qualité, s’il n’avait pas donné lieu à un échauffement politique, révélé par Michel Goya dans son blog La voie de l’épée. L’article a été déprogrammé du site internet de la Revue de défense nationale, au nom d’un principe : « on ne parle pas des opérations en cours sans autorisation » au plus haut niveau.

Une remise en cause de la stratégie actuelle

Le propos du colonel est en effet implacable pour la stratégie de la France et de la coalition militaire en Irak. Il vient poser un désaveu ‘technique’ à toutes les démonstrations politiques tendant à prouver que la bataille contre Daech est en passe d’être gagnée. Au passage, il fustige la tactique américaine, et occidentale du zéro perte dans les rangs des militaires, et d’une campagne essentiellement de bombardement qui est particulièrement destructrice.

Daech n’est pas vaincu

L’ennemi (alias Daech) n’a pas été détruit par les frappes aériennes « autant qu’on a bien voulu le faire croire ». Les compte-rendus réguliers d’estimation des pertes ennemies (BDA comme Battle Damage Assessment) sont « impressionnants » mais ils restent « calculés de façon statistique et non par observation visuelle ».

Le mouvement terroriste peut avoir gardé certaines forces au chaud. La défaite devenue inéluctable, « il s’est exfiltré vers des zones refuges pour poursuivre la lutte en mode insurrectionnel ne laissant sur place qu’une poignée de combattants étrangers. »

Une illusion de l’efficacité aérienne

La ‘projection de puissance’, « c’est-à-dire la projection de destruction, sans ‘projection de forces’, de soldats sur le terrain ne fonctionne pas » dénonce le colonel. « Elle détruit sans maîtriser la reconstruction et crée le chaos. Il y a une vraie illusion de l’efficience aérienne : certes, elle permet quelques économies initiales mais elle ne conduit jamais au résultat espéré. À la fin des fins, il est toujours nécessaire, d’une manière ou d’une autre, de contrôler l’espace. »

Une stratégie qui fait davantage de victimes civiles pour épargner les militaires

Pire… si la bataille d’Hajin a été gagnée, sur le terrain, elle n’a pas été sans conséquences pour les populations. « En refusant l’engagement au sol, nous avons prolongé inutilement le conflit et donc contribué à augmenter le nombre de victimes au sein de la population. Nous avons détruit massivement les infrastructures et donné à la population une détestable image de ce que peut être une libération à l’occidentale laissant derrière nous les germes d’une résurgence prochaine d’un nouvel adversaire. »

Des dommages collatéraux surexploités par Daech

Le mouvement « Daech a su exploiter le moindre succès tactique pour le valoriser et en faire un succès stratégique. De même, les frappes occidentales et leurs dommages collatéraux réels ou fictifs ont aussi été largement médiatisés avec succès.  » De quoi s’interroger sur « le décalage des perspectives : là où Daech, dans une vision stratégique, s’adresse aux opinions publiques occidentales, la Coalition, outil militaire sans réelle pensée politique, est contrainte de rester au niveau tactique et ne peut exploiter ses succès dans le champ informationnel avec la même réactivité que l’ennemi ».

Une interrogation stratégique

La façon dont le discours officiel mettant en avant la réduction des poches qui a traîné à une question sur la « stratégie suivie depuis des années. Où est le véritable enjeu ? Détruire Daech ou contenir l’Iran ? » Au final, l’officier s’interroge : « Nous n’avons en aucune façon gagné la guerre faute d’une politique réaliste et persévérante et d’une stratégie adéquate. Combien d’Hajin faudra-t-il pour comprendre que nous faisons fausse route. »

Commentaire : se taire ou débattre

On peut comprendre que le ministère et l’état-major des armées se soit émus d’une remise en cause aussi féroce de l’intervention en Irak, alors que celle-ci n’est pas terminée. Mais le propos est argumenté, et les questions posées sont légitimes. On peut même se demander si cela ne nécessiterait pas un vrai débat, plus large, au sein du parlement national sur les contours de l’intervention française en Irak.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Un légionnaire du 2e REI décède en Irak. Une cause accidentelle dit l’état-major

(B2) Un légionnaire du 2e REI de la Légion étrangère est décédé suite mercredi (21 mars) après-midi, à Bagdad à une chute accidentelle a indiqué l’état-major des armées en fin de soirée.

Né le 14 mars 1987 en Pologne, il s’était engagé le 14 août 2013 dans la légion étrangère et a accomplit la totalité de sa carrière au sein du 2e Régiment étranger d’infanterie de Nîmes. En service au 2e Régiment étranger d’infanterie, le caporal Bogusz Pochylski était engagé en Irak au sein de la Task Force Narvik en charge de la formation des soldats irakiens de l’Iraki Counter Terrorism Service. Sa section procédait à une reconnaissance du site du Radwanya Palace Complex, ancienne résidence Saddam Hussein, en vue de l’organisation d’une séance d’entrainement au profit de forces de sécurité irakiennes.

« Durant la reconnaissance du site, le caporal a chuté dans une cage d’ascenseur ». Il a été pris en charge par les équipes médicales sur place et évacué vers l’hôpital militaire de Rôle 3 américain où il a été pris en charge. Il n’a « pas pu être réanimé et est décédé peu de temps après des suites de ses blessures » indique le communiqué.

(NGV)

Télécharger sa bio

CholleyCommandementChammal@160810

Un Aérien aux commandes de l’opération Chammal

CholleyCommandementChammal@160810(BRUXELLES2) Le général de brigade aérienne Serge Cholley a pris le commandement de l’opération Chammal, l’opération française contre Daesh, depuis début août. Son mandat évolue. En plus de commander les militaires déployés, le chef de mission aura désormais l’unité de la chaine de commandement sur toute la palette des moyens engagés dans la coalition « Inherent Resolve » : sur terre, sur mer et dans les airs.

Simplification de la chaîne de commandement

La France semble, en effet, avoir fait le choix d’une « simplification » de la chaine de commandement de l’opération. Le chef de l’opération « concentre l’ensemble des responsabilités opérationnelles de l’opération Chammal » annonce l’état-major des armées. Jusqu’ici, le commandement était assuré par différentes autorités militaires. A savoir, le Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO), situé à Paris, au ministère de la Défense, sous le commandement du général de Villiers, chef d’état-major des armées (CEMA) et l’amiral commandant la zone Océan Indien (ALINDIEN), actuellement le contre-amiral Beaussant — qui exerçait un contrôle opérationnel sur les navires évoluant dans la zone du Golfe notamment —.

Représenter et assurer le fonctionnement de Chammal

Depuis le Koweit, le chef de l’opération Chammal aura ainsi toute l’autorité pour représenter la France au sein de l’Etat-major de la coalition internationale contre Daesh ainsi qu’auprès des autorités irakiennes et des alliés engagés dans la lutte contre l’organisation de l’Etat islamique. Il a, à la fois, le pouvoir d’« assure(r) aux soldats français les moyens nécessaires pour réaliser leur mission » comme de contrôler « le bon emploi des moyens français » dans le cadre de l’opération de la coalition « Inherent resolve ».

Un homme du renseignement aérien aux commandes

Né en 1961 (55 ans), diplômé du Lycée Kléber de Strasbourg (Sup et Spé), Serge Cholley intègre ensuite l’Ecole de l’air de Salon de Provence et suivra aussi les cours de chinois à l’Inalco / Langues O (1991). Membre du corps des officiers des bases de l’Air et auditeur de la 62e session de l’Institut des Hautes études de défense nationale (IHEDN), il débute dans les escadrons de chasse mais se spécialise assez vite dans la guerre électronique. Il a notamment commandé la 54ème escadre (Air) électronique tactique de Metz (qui dispose du Transall C160 configuré en mode « Gabriel »), la BA 190 — la base aérienne de Tahiti — et a servi comme adjoint, en charge de la composante aérienne, du commandant supérieur des forces armées (Comsup) en Polynésie française. Il a aussi été engagé dans différentes opérations extérieures en coalition, comme l’opération Enduring Freedom en Afghanistan.

Habitué de la DRM

Le général Cholley est aussi un féru du renseignement et de la guerre électronique. Depuis 2014, il occupait le poste de sous-directeur « opérations » à la DRM, la direction du renseignement militaire. Une direction qu’il connait bien pour avoir été sous-directeur adjoint « exploitations » de 2005 à 2007. Une double expérience (aérienne / renseignement) d’une grande utilité. L’opération Chammal comportant tout un volet de frappes aériennes pour détruire les infrastructures contrôlées par Daesh, la préparation comme la planification de ces frappes reposent sur une bonne analyse et le croisement des sources de renseignement.

Quant au chinois, cet ancien attaché militaire « Air » en Chine, devrait pouvoir y puiser les ressources nécessaires en « zenitude » pour pouvoir apprécier les complexités du travail en coalition et imposer un certain regard français sur la conduite des opérations qui reste, essentiellement, assurée par les Américains.

(Lucas Millet, avec NGV)

Décollage d'un Mirage 2000 (crédit : DICOD / EMA - archives)

Frappe combinée belgo-française dans la région de Mossoul

Décollage d'un Mirage 2000 (crédit : DICOD / EMA - archives)

Décollage d’un Mirage 2000 (crédit : DICOD / EMA – archives)

(B2) Deux Mirage 2000D de la base aérienne projetée H5 (au nord-est d’Amman en Jordanie) et quatre F16 belges ont participé à une mission de frappe « planifiée » contre un site de Daech dans la région de Mossoul dans la nuit du 5 juillet, annonce l’état-major de l’armée française le 8 juillet. Ils ont « frappé simultanément plusieurs bâtiments d’un vaste site servant à fabriquer et à stocker des bombes artisanales ».

La veille, lundi (4 juillet), cinq avions — deux Mirage 2000D et un Atlantique2 de la base de Jordanie  et deux Rafale stationnés dans le golfe arabo-persique — avaient réalisé plusieurs frappes au sud-est de Mossoul.  Les deux Mirage 2000D et un Rafale ont « dans un premier temps frappé simultanément plusieurs bâtiments, dans lesquels les combattants ennemis se trouvaient retranchés ». Après un ravitaillement en vol, les Mirage 2000D ont ensuite « illuminé des cibles dans la même zone au profit de l’Atlantique2 et d’un Rafale ». Ceux-ci ont, à leur tour, « pu procéder à deux tirs ».

L’opération Chammal – nom de code de l’engagement français contre Daech en Irak et Syrie – mobilise aujourd’hui 1900 militaires selon les sources officielles, 14 avions de chasse de l’armée de l’Air (6 Rafale, 5 Mirage 2000D et 3 Mirage 2000N), un avion de patrouille maritime Atlantique2 de la Marine nationale ainsi que des « capacités renseignement, de commandement, de contrôle et de ravitaillement », une centaine de militaires à Bagdad et Erbil pour la formation et le conseil des états-majors et unités irakiennes. Coté maritime, c’est la frégate de défense aérienne Forbin (D-620) qui est présente en mer Méditerranée depuis mai.

(NGV)

Un important site de fabrication d’IED détruit en Irak

(B2) Un « important » site de fabrication d’explosifs et de véhicules suicides a été détruit cette semaine, en Irak, annonce l’Etat-major des armées françaises. Sa taille a nécessité la réalisation de « deux raids consécutifs pour permettre sa mise hors d’état de production ».

Cet ancien site industriel situé dans la région de Al Qaim avait été transformé en centre de fabrication d’engins explosifs improvisés (IED) et de véhicules suicides. Le 29 avril, ainsi une patrouille de 4 Mirage 2000D et deux patrouilles de 2 Rafale ont réalisé un premier raid. Le même site a de nouveau été frappé, le lendemain, le 30 avril, par une nouvelle patrouille de 4 Mirage 2000D et deux patrouilles de 2 Rafale.

Entre le 27 avril et le 3 mai 2016, la force Chammal a réalisé au total 50 sorties, dont 40 pour des bombardements et 9 pour le recueil de renseignement. Au total 15 frappes ont été réalisées, détruisant 43 objectifs de l’organisation de l’Etat islamique (Daech / ISIL). Outre le bombardement du site industriel, 13 frappes d’appui au sol en soutien des forces de sécurité irakiennes ont été réalisées, « sur les secteurs de Hit, Fallujah et Mossoul ».

(NGV)

Ash Carter quitte le Charles de gaulle en compagnie du capitaine de vaisseau Eric Malbrunot, du secrétaire d'Etat français Jean-Marc Todeschini de l'amiral René-Jean Crignola

La visite au plus ancien ami et allié (maj2)

Ash Carter quitte le Charles de gaulle en compagnie du capitaine de vaisseau Eric Malbrunot, du secrétaire d'Etat français Jean-Marc Todeschini de l'amiral René-Jean Crignola

Le secrétaire d’Etat US Ash Carter quitte le Charles de gaulle en compagnie (si j’ai bien noté) du capitaine de vaisseau Eric Malbrunot (à sa droite), du secrétaire d’Etat français Jean-Marc Todeschini de l’amiral René-Jean Crignola (à sa gauche) (crédit : DoD photo – Army Sgt. 1st Class Clydell Kinchen )

(B2) En posant le pied sur le Charles de Gaulle, le secrétaire d’Etat US à la Défense a voulu rendre hommage au « plus ancien ami et allié » qu’aient eu les Etats-Unis. « La France est – peut-être certains d’entre vous ne savent pas – le plus ancien allié de l’Amérique. Le plus ancien ami et allié » a déclaré Ash Carter.

Le Charles de la Gaulle à la tête de la TF 50

Le contre-amiral René-Jean Crignola, commandant du Groupe aéronaval, a en effet pris les fonctions de commandant de la Task Force 50, la composante navale de la coalition contre Daech (1). C’est la première fois que la fonction de commandant de la TF50, est exercée par un non Américain. D’ordinaire, elle est assurée par un amiral américain. Ce dont on n’est pas peu fier au niveau français qui ravit ainsi la place de premier allié aux Britanniques à qui ce rôle est d’ordinaire dévolu (2). Le commandant de la TF50 travaille d’ailleurs en étroite collaboration avec USNAVCENT, l’état-major naval régional américain de la coalition contre Daech.

Fiers du travail des frenchies !

« Nous sommes fiers que vous commandiez la Task Force 50 » a salué comme en écho Ash Carter. Le Groupe aéronaval (GAN), formé autour du Charles de Gaulle, assure en effet la permanence de la présence des alliés dans le Golfe, relayant ainsi les navires américains qui ont un « trou d’air ». Côté français, le GAN rassemble — coté français — le Groupe aérien embarqué (GAé), la frégate de défense aérienne Chevalier Paul la frégate anti sous-marine La Motte-Picquet, le bâtiment de commandement et de ravitaillement (BCR) Marne — et au moins trois navires européens : la frégate belge Léopold Ier, de la frégate allemande Augsburg et de la frégate de défense aérienne britannique HMS Defender. Le Charles de Gaulle abrite un état-major multinational, dont quelques Américains que Ash Carter a tenu à saluer personnellement. « Américains, Français et d’autres, nous sommes une seule famille dans ce combat ».

Vaincre une force maléfique

Daech / Isil « est une force maléfique (3) qui sera vaincue, doit être vaincue … vite — a déclaré le secrétaire d’Etat US. Ce sont les instructions du président Obama. Et je sais que ce sont aussi les instructions du président Hollande : accélérer la défaite de Daech. » Et d’ajouter : la « France n’est pas seule à contribuer aux efforts pour vaincre ISIL. (Mais) la présence du ‘De Gaulle’, ici, dans le Golfe Persique signifie que la nation est dans une mission plus large pour la sécurité de la région. Cela nous rappelle que la France (a) une réputation mondiale d’une force pour la civilisation. C’est (au) monde civilisé de se défendre et défendre ce que nous représentons. »

Dernier bilan

Depuis le 9 décembre, les équipages français ont réalisé 54 sorties au-dessus des zones contrôlées par Daech : 45 de bombardements en appui des troupes irakiennes au sol (Close Air Support) ou sur objectif planifié, 4 vols de recueil de renseignement et 5 sorties de ravitaillement, selon un dernier bilan de l’état-major des armées, présenté le 17 décembre. Au total, 12 frappes ont détruit 22 objectifs tenus par Daech. Le 15 décembre 2015, des Mirage 2000 et des Rafale de l’armée de l’air ont « frappé un objectif planifié (deliberate) dans la région d’Al Qaim. Des bâtiments de commandement, d’entraînement et des dépôts logistique ont été détruits ». Des missiles de croisière SCALP ont été utilisés pour la première fois depuis le lancement de l’opération Chammal, lord de ce raid.

(NGV)

En images, la visite du Secrétaire d’Etat US à la défense

(1) Un commandement pris quand le navire est passé en mer rouge, le 7 décembre dernier, après avoir franchi le canal de Suez pour rejoindre le golfe arabo-persique, le GAP, comme disent les marins, pas avares d’initiales, après MEDOR (la Méditerranée orientale), çà sonne…

TrajetGANCharlesDeGaulle@Def151219

(2) Pas tout à fait cependant, ainsi que me le signale un lecteur attentif, Ash Carter a parlé de « vieil » allié. Pas de « premier allié ». Attention donc à ne pas prendre ses désirs pour des réalités…

(3) Un langage très messianique en quelque sorte, qui est une permanence du discours  américain, depuis longtemps, et qui tient toujours à rappeler le combat pour la civilisation et contre le diable.

(Mis à jour) détails sur la composition du GAN et le rôle de la TF50, et dernier bilan des frappes + video

CharlesDeGaulleToulon@Def151118

Cap au sud-est pour le porte-avions Charles-de-Gaulle

CharlesDeGaulleToulon@Def151118(B2) Le Charles-de-Gaulle, le porte-avions français, a quitté Toulon ce matin et mis le cap à l’est de la Méditerranée. Objectif : prendre part rapidement aux opérations contre Daech.

Tripler la force de frappe sur la Syrie

Avec ses 18 Rafale Marine et 8 Super Etendard (modernisés), le navire dispose d’une force de frappe conséquente qui « va permettre de multiplier par trois le potentiel miliaire des moyens français engagés au Levant contre Daech » précise-t-on à l’état-major des armées. La distance sera aussi plus courte vers la Syrie. Le Charles-de-Gaulle s’en ira ensuite dans le Golfe arabo persique.

Un groupe de 6 navires au minimum

Le groupe aéronaval qui est constitué autour du Charles-De-Gaulle comprend 5 autres bâtiments dont un Belge et un Britannique :

  • la frégate de défense aérienne Chevalier Paul (+ hélicoptère Caïman Marine) ;
  • la frégate anti-aérienne britannique HMS Defender (+ hélicoptères Lynx et Merlin) ;
  • la frégate anti sous-marine La Motte Piquet (+ hélicoptère Lynx) jusqu’à mi-janvier 2016 relayée ensuite par la frégate FREMM Aquitaine (avec 1 hélicoptère Caïman Marine) ;
  • la frégate belge Léopold Ier (+ hélicoptère Alouette III) jusqu’au 4 janvier qui devrait assurer selon nos informations la protection de patrouille du GAN ;
  • le bâtiment de commandement et de ravitaillement BCR Marne (+ hélicoptère Alouette III)

La frégate FREMM Provence (+ 1 Caïman Marine) viendra prendre le relais dans le Golfe persique lors du déploiement de longue durée. Ponctuellement des moyens américains navals et aériens viendront le renforcer. Et la présence d’autres bâtiments d’autres nations alliées – sans préciser la nationalité – est annoncée.

Le groupe aérien embarqué à bord du « Charles » comprend outre les Rafale Marine et Super étendard déjà mentionnés : 2 Hawkeye, 2 Dauphin et 1 Alouette III.

Manoeuvres conjointes et diplomatie navale

Au cours de son déploiement, le groupe aéronaval participera également à des manœuvres conjointes dans un cadre multinational et interalliés, ainsi qu’à des manœuvres bilatérales avec les pays de la région. Dans le golfe Arabo-Persique, le GAN assurera durant plusieurs semaines le commandement de la Task Force 50.

Mission Arromanches 2 pour la TF 473

Petit nom de cette Task Force, commandée par le contre-amiral René-Jean Crignola = la TF 473 ou Mission « Arromanches 2 » pour les plus romantiques. Précision importante : le GAN sera placé d’abord sous le contrôle opérationnel (OpCon) du commandant de la zone maritime en Méditerranée puis, dès son entrée en Océan Indien et jusqu’à sa sortie du golfe Arabo-Persique, sous le commandement de la composante navale de la coalition et, enfin, sur le trajet du retour, jusqu’au franchissement du canal de Suez, sous l’autorité commandant de la zone maritime de l’Océan Indien (Alindien).

Une question

Reste à savoir quelle attitude adoptera le commandement si des bateaux de réfugiés s’approchent du bord. La loi de la mer impose de venir au secours s’ils sont en détresse. Mais se poseront immanquablement des questions de sécurité, plus importantes qu’auparavant, dans le contexte post-attentats de Paris. Question sans doute théorique vu la distance des côtes auxquelles évoluera le groupe aéronaval. Mais néanmoins pas tout à fait exclue…

(Nicolas Gros-Verheyde)


A quoi sert un groupe aéronaval ? Un bon schéma vaut mieux qu’un long discours

RoleGroupeActionNavale@Def15

© Marine nationale / Cols Bleus

Nouveau raid en Syrie

(B2) Les avions français ont mené à nouveau un raid contre Daech (organisation de l’Etat islamique / ISIS) à Raqqah en Syrie, annonce l’état-major des armées. Dix avions de combat étaient de la partie : 6 Mirage 2000 et 4 Rafale. Comme dans la nuit de dimanche à lundi (lire : Deux frappes de représailles sur Raqqah), les équipages ont décollé à partir des bases situées en Jordanie et dans le Golfe arabo-persique (GAP) pour se rejoindre au-dessus de la Syrie. Ils ont frappé « simultanément un centre de commandement qui abrite l’un des quartiers généraux de Daech, et un centre d’entraînement ». Au total 16 bombes ont été larguées.

(NGV)

Opération CHAMMAL

Deux frappes de représailles sur Raqqah

Opération CHAMMAL

Rafale engagé dans l’opération Chammal (crédit : EMA / DICOD)

(B2)  Les avions français ont effectué dimanche (15 novembre) deux raids sur Raqqah en Syrie, respectivement « à 19h50 et 20h25 » indique l’état-major des armées. Les deux objectifs visés par les frappes — 1 centre de commandement et 1 camp d’entraînement de Daech — ont été détruits. 12 avions dont 10 chasseurs – 6 Rafale, 4 Mirage 2000 (2 M2000D et 2 M2000N) — ont participé à l’opération. Celle-ci a été menée « de façon simultanée, à partir des bases du golfe arabo-persique et de Jordanie ; les équipages se sont rejoints au-dessus de la Syrie pour attaquer les deux objectifs occupés par Daech ».

Situé à 6 km au Sud de Raqqah, le premier objectif a été frappé par une patrouille de 2 Mirage 2000D. Le site était utilisé par Daech comme « poste de commandement, centre de recrutement djihadiste et dépôt d’armes et de munitions ». Une patrouille de 4 Rafale et 2 Mirage 2000D a détruit le deuxième objectif localisé à l’Ouest de Raqqah. « Infrastructure industrielle inachevée, l’objectif abritait un camp d’entraînement terroriste et des cellules de recrutement ».

Planifiée sur des sites préalablement identifiés lors des missions de reconnaissance réalisées par la France, cette opération a été « conduite en coordination avec la Coalition » précise le communiqué. Les deux sites ont fait « l’objet d’une longue observation préalable ». Le raid a pu être conduit grâce aux vols de renseignement réalisés au-dessus des zones contrôlées par Daech en Syrie depuis le 8 septembre. Les Français ont également bénéficié d’une aide précieuse des Américains, comme l’a précisé le président de la République.

Le Charles de Gaulle en Méditerranée

A noter que le porte-avion Charles de Gaulle appareillera jeudi (19 novembre) finalement et non mercredi de Toulon. Et il se rendra tout d’abord « en Méditerranée orientale » et non directement dans le Golfe persique comme annoncé (lire : Le Charles-de-Gaulle en mission anti-Daech avec une escorte belgo-britannique).

 

(NGV)

Un Rafale à l'appontage sur le Charles de Gaulle (crédit : DICOD / Ministère Fr de la Défense)

Le « Charles De Gaulle » envoie ses Rafale frapper Daech. Un acte de diplomatie navale également

Un Rafale à l'appontage sur le Charles de Gaulle (crédit : DICOD / Ministère Fr de la Défense)

Un Rafale à l’appontage sur le Charles de Gaulle (crédit : DICOD / Ministère Fr de la Défense)

(B2) Les avions Rafale embarqués sur le porte-avions français Charles de Gaulle ont effectué une première frappe sur l’Irak, a annoncé ce mercredi (25 février), le ministère français de la Défense. « Au cours de cette mission de frappe planifiée, la patrouille a détruit un camp utilisé par Daech pour entraîner des combattants dans la région d’Al Quaim, non loin de la frontière syrienne ».

Les chasseurs « gaulliens » n’auront donc pas attendu longtemps avant de passer à l’action. L’unique porte-avions français est, en effet, à pied d’oeuvre dans le golfe arabo-persique, avec son groupe aéronaval, dans l’opération Chammal, depuis lundi (23 février).

Phase d’endiguement terminée, on passe à la phase de reconquête

Pour le ministre français de la Défense, venu saluer les marins du Charles de Gaulle, lundi, cet « appui aérien aux opérations défensives et offensives de nos alliés irakien et kurde (1) a d’abord permis d’endiguer la dynamique de conquête territoriale de Daech, et de stabiliser ainsi les lignes de front ». Ce premier objectif est « atteint ». Mais « la menace persiste. (..) Gagner des batailles suffit rarement à briser l’agressivité d’un adversaire aussi déterminé. » La mission des militaires est donc désormais « de permettre aux forces irakiennes de restaurer et de contrôler leur territoire ». Cela passe – selon le ministre – par « le renseignement que nous apportons à nos alliés, l’appui aérien de nos chasseurs au- dessus de l’Irak, mais également le renforcement des capacités militaires des acteurs locaux ».

3200 hommes mobilisés

Renfort après renfort, l’engagement français dans le Golfe contre Daech (l’organisation de l’état islamique) s’est, en effet, « épaissi ». Tous confondus — aviateurs, marins (sur d’autres bâtiments), et forces à terre qui assurent la formation des « forces irakiennes et des Peschmerga » (1). L’opération mobilise aujourd’hui 3200 militaires. Ce qui en fait le plus gros déploiement français en OPEX (on n’est pas loin du « 4000 + » engagés en Afghanistan). Au niveau aérien, outre les engins présents du Charles de Gaulle, la France a engagé 12 avions de chasse de l’armée de l’Air (six Rafale et six Mirage 2000D), 1 avion ravitailleur C-135 FR, 1 avion de patrouille maritime Atlantique 2.

Un groupe naval franco et britannique

Le groupe d’action navale est constitué d’un état-major embarqué, du porte-avions Charles de Gaulle, du groupe aérien embarqué (12 Rafale Marine, 9 Super Étendard Modernisés et 1 Hawkeye), de la frégate de défense aérienne Chevalier Paul, du pétrolier ravitailleur Meuse et d’un sous-marin nucléaire d’attaque, qui agit en « précurseur ». Il faut noter également la présence dans ce groupe d’un bâtiment britannique, la frégate anti-sous-marine HMS Kent, qui est une illustration assez concrète des accords de Lancaster House, permettant aux Britanniques de ne pas perdre la « main » en matière de porte-avions, le temps de retrouver leur navire-amiral.

Un signal politique et militaire fort…

« C’est ici un signal politique fort, qui vient conforter la détermination de la France à arrêter cette barbarie que commet Daech » a souligné, sur le porte-avions, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian. « Le groupe aéronaval constitue une capacité rare dans le monde, et, indéniablement, une vitrine technologique autant qu’un outil de puissance. Où que vous naviguiez, votre présence n’est jamais anodine ; elle montre notre force ; elle est porteuse d’alliances et de coopérations. » 

… mais aussi un acte de diplomatie navale

Quittant sa tenue de chef des opérations, pour revêtir celle de VRP de l’industrie militaire française, le ministre en profite aussi pour adresser un message particulier à « nos partenaires émiriens, qataris et saoudiens qui sont nos plus fidèles alliés dans cette région du monde » et à l’Inde. « Dans quelques semaines, un rendez-vous majeur vous attend aussi avec l’Inde, grande puissance d’Asie, avec qui nous avons su mettre en œuvre un partenariat stratégique de grande qualité. En conduisant l’exercice « Varuna 2015 », vous serez là nos meilleurs ambassadeurs » confie-t-il aux marins du Charles de Gaulle. « Lors de vos interactions avec nos alliés, je veux que vous soyez à la hauteur des partenariats que notre pays a su tisser et souhaite développer plus encore ». De la « diplomatie navale » dans le plus pur style...

(NGV)

(1) On peut remarquer la terminologie officielle qui distingue toujours soigneusement désormais les Kurdes des autres Irakiens, comme si il y avait déjà dans les faits un Kurdistan autonome, et presque indépendant de Bagdad.

L'USS Bush escorté par la frégate Jean Bart au loin en avril 2014 (crédit : U.S. Navy)

Le Jean Bart retrouve son grand frère USS Bush dans le Golfe

L'USS Bush escorté par la frégate Jean Bart au loin en avril 2014 (crédit : U.S. Navy)

L’USS Bush escorté par la frégate Jean Bart au loin en avril 2014 (crédit : U.S. Navy)

(B2) La frégate anti-aérienne Jean Bart (D-615) a appareillé de Toulon, lundi (6 octobre), pour rejoindre le golfe arabo-persique et l’opération « Chammal » (anti-état islamique – Daech). La frégate « participera, en lien étroit avec nos alliés, au contrôle aérien de l’ensemble des moyens présents sur zone » précise l’Etat-major des armées. Cela participe du renforcement des moyens décidés par le président de la République lors du dernier conseil restreint de Défense.

Le choix de cette frégate n’est pas inopiné. L’Océan indien, les marins du Jean Bart le connaissent bien. De février à mai dernier, la frégate était déployée dans le cadre de l’opération Enduring Freedom pour lutter contre le terrorisme et les trafics illicites dans la zone océan Indien. Et, durant une dizaine de jours, elle avait été intégrée au groupe aéronaval américain constitué autour du porte-avions USS George Bush (CVN-77), qui est toujours présent dans la zone et sert de point central maritime aux forces alliées. Le destroyer britannique HMS Defender a également été détaché auprès de lui.

Lire aussi : 2 Tornado et 3 Rafale de plus dans les frappes contre l’EEIL