ONU

Débat sur le jugement des pirates : la position des Etats

(Analyse) Le débat, le 25 août, au Conseil de sécurité a donné lieu à un échange nourri sur les options à prendre face à la poursuite en justice des pirates (1). Une trentaine d’Etats environ ont pris la parole pour exprimer publiquement leur position sur la question. Si la plupart des pays ont salué l’effort militaire naval poursuivi dans la région pour sécuriser les voies maritimes (2), rappelé la nécessité de renforcer les structures somaliennes et de trouver une solution à terre – particulièrement en renforçant l’AMISOM, les avis divergent cependant sur les solutions à trouver face à la traduction en justice des pirates.

Tous sont bien convaincus qu’il faut faire quelque chose. C’est la Norvège qui a eu les mots les plus durs « l’impunité des pirates lance un mauvais signal. (…) Il est inacceptable que des suspects soient relâchés alors qu’on a des charges suffisantes contre eux. Cela sape la crédibilité et l’efficacité de la présence navale internationale dans le golfe d’Aden. » Et que le « renforcement des capacités nationales des États de la région » (autrement dit l’option 1) est nécessaire. Mais faut-il aller plus loin ? C’est là où les avis divergent.

Un nécessaire partage de la charge

Les pays africains ne souhaitent pas être laissés seuls face à ce problème. « La mise en place de mesures de sécurité au large des côtes somaliennes et la répression contre les auteurs de ces actes ne seraient possibles sans l’appui et le soutien des États Membres » souligne le Gabon. Le Kenya ou l’Ouganda, ont insisté, eux aussi, sur le nécessaire « partage de fardeau ». Pour le représentant ougandais, quelle que soit la solution retenue, il faudrait « accorder des garanties financières suffisantes, afin que le fardeau financier ne soit pas trop lourd pour eux ».

Mais de nombreux pays occidentaux ne souhaitent pas être entraînés dans des solutions couteuses ou compliquées. Quand le Japon recommande « une certaine prudence en ce qui concerne l’idée de créer un nouveau tribunal international« , il n’est pas le seul… et parle d’or ! Les Etats-Unis restent ainsi très engagés sur des solutions à trouver. Mais prudents sur une solution. Ainsi pour Susan Rice (USA), « il n’y a pas de solution facile en ce qui concerne la manière dont pourraient être poursuivis les pirates en rappelant que toute solution à long terme requiert des engagements politiques et financiers ». Elle a approuvé les solutions proposées sur « l’incarcération des pirates condamnés (car) le dispositif carcéral est « aussi important que celui de poursuite et de jugement ».

L’Union européenne divisée

On peut classer les positions en trois groupes : les partisans de la solution internationale emmenée par la Russie, les partisans d’une solution régionale soutenue au niveau international, et les partisans d’une solution minimale sur lequel reste le Royaume-Uni. Les pays de l’Union européenne ne sont pas unis. Ils affichent même des positions si différentes que son représentant, Peter Schwaiger, a dû se montrer plus que prudent. Il faut « discuter plus avant de ces propositions au sein du Groupe de contact » a-t-il expliqué. Audacieux ! Il a cependant confirmé l’engagement de l’UE à « continuer à apporter son soutien aux autres pays de la région afin qu’ils puissent renforcer leur propre capacité judiciaire » ou pour reconstruire les prisons en Somalie. Mais a aussi rappelé l’exigence de « trouver une solution pour l’incarcération des pirates qui soit conforme aux droits de l’homme« .

1. Les partisans d’une solution internationale (Russie, Ukraine, Kenya, Tanzanie, voire Chine).

C’est la solution prônée par la Russie. « La solution idéale serait un mécanisme judiciaire international au niveau régional qui viendrait compléter les juridictions nationales.  Cela permettrait d’appréhender les personnes qui ont jusqu’à présent échappé à la justice. » a expliqué son représentant au Conseil de sécurité, Vitaly Churkin, qui présidait la réunion. « Une solution globale au problème de l’impunité ne sera pas possible sans accroître la participation internationale » a-t-il ajouté.

La solution idéale serait un « mécanisme judiciaire international au niveau régional qui viendrait compléter les juridictions nationales« , a renchéri le Kenya.  « Cela permettrait d’appréhender les personnes qui ont jusqu’à présent échappé à la justice« . Position sensiblement analogue pour la Tanzanie, qui vient de réviser son code pénal pour traduire les pirates en justice et prépare un accord de transfert de suspects avec l’UE. Il faut « une combinaison des approches présentées, instaurer un partage de la responsabilité des poursuites et de l’incarcération, avec aussi un mécanisme des Nations Unies ».

L’Ukraine est moins enthousiaste mais se dit « prêt(e) à discuter de la mise en place éventuelle d’un mécanisme international, régional ou national afin de poursuivre en justice les auteurs. »

Enfin pour la Chine, la coopération internationale  doit être « renforcée« . Sans se prononcer précisément sur les options, le pays se montre favorable à une « coopération internationale » en matière de poursuite des pirates et à « un appui aux pays côtiers« .

2. Les partisans d’une solution régionale, avec un soutien international (Danemark, Inde) incluant des Somaliens (France, Turquie, Nigeria…).

Pour la France, si à court terme, la solution repose sur la conclusion par les États de la région « des accords de transfert à l’instar de ceux conclus par le Kenya et les Seychelles« , la solution « à moyen terme, est celle d’une chambre de jugement somalienne délocalisée » car elle « prépare le mieux l’avenir tout en étant réaliste« .

Point de vue plutôt partagé par la Turquie pour qui la solution idéale est « de permettre aux autorités somaliennes de prendre de plus en plus de responsabilités dans les poursuites, en renforçant leur système judiciaire« .  En attendant que cela soit possible, ce sont « les pays de la région (qui) jouent un rôle important dans la lutte contre la piraterie« . Et les Nations-unies doivent faire des « efforts de renforcement des capacités ».

Qu’un tribunal somalien puisse prendre en charge les poursuites est une solution « idéale » également pour le Nigeria qui estime que « les Nations Unies (doivent) jouer un rôle actif pour trouver une solution adéquate dans ce domaine« . A long terme, il plaide pour « une coopération internationale permettant aux États de la région d’engager les poursuites » et de résoudre la question du financement sur le tribunal international.

Le Danemark se montre partisan de chambres spéciales avec un fort soutien international (l’option 4 du secrétaire général). C’est-à-dire des « chambres judiciaires existant déjà dans un ou plusieurs pays de la région (qui) se consacreraient exclusivement au jugement des pirates, avec un soutien financier et en personnel important de la part d’autres États ou organisations« .  Il estime également que « tous les États devaient commencer par prendre des mesures nationales pour veiller à ce que leur propre législation leur permette de poursuivre les pirates« . Ce qui est assez … intéressant pour un pays qui s’est jusqu’ici refusé à poursuivre les pirates arrêtés par ses navires. « La mise en place d’une chambre spéciale au sein de la juridiction nationale de l’État ou des États concernés de la région, soutenue par les Nations Unies » est aussi « la solution la plus appropriée » pour l’Inde.

3. Les partisans d’une solution minimale de soutien aux structures existantes (Royaume-Uni, Norvège, Liban, Mexique).

Le Royaume-Uni a « des doutes » sur la viabilité de la création de nouveaux mécanismes régionaux ou internationaux pour poursuivre les pirates, y voyant un « risque de gâcher les ressources ». Il préfère la solution du « renforcement par la communauté internationale des capacités des États de la région à poursuivre un grand nombre de suspects ».

Pour la Norvège, aussi, « l’idéal serait que la Somalie juge et détienne elle-même les pirates qui sont ses nationaux.  C’est d’ailleurs le cas dans certaines parties du pays. Et de tels efforts devaient être encouragés.  » Mais « l’extradition vers la Somalie n’est pas encore possible, et il est donc nécessaire de disposer de mécanismes alternatifs efficaces et dotés de capacités suffisantes ».  La Norvège souhaite que les pirates soient jugés dans la région où a lieu le crime, près du lieu où ils ont commis leurs forfaits, pour des raisons de dissuasion, mais aussi culturelles, linguistiques. Et se prononce donc en faveur de « l’option 1″. Joignant le geste à la parole (c’est le seul pays à l’avoir fait !), elle a annoncé que son pays allait « immédiatement doubler sa contribution » au Fonds d’affectation spéciale créé par le Groupe de contact sur la lutte contre la piraterie au large des côtes somaliennes.

D’autres mesures

Plusieurs Etats ont évoqué des mesures complémentaires à la traduction en justice des pirates suspects arrêtés par les forces multinationales.

Des sanctions ciblées sur les instigateurs. Le « problème de l’établissement des preuves » et la nécessité de « s’attaquer à l’impunité de ceux qui financent et équipent les pirates » pour le Brésil qui a appelé « à faire le meilleur usage possible du régime de sanctions ciblées contre les chefs des pirates, en renforçant notamment le partage d’informations ».

L’interdiction du versement des rançons. Plusieurs Etats notamment africains se sont prononcés pour une interdiction du versement de rançons (Afrique du Sud). Une « réponse harmonisée aux demandes de rançon » est nécessaire « afin d’éviter les mesures prises dans la panique par les armateurs » (Kenya).

Faire contribuer les armateurs. C’est une proposition intéressante faire par la Turquie pour trouver des financements complémentaires aux contributions fixes des Etats : « faire contribuer l’industrie maritime« .

Développer des gardes-côtes somaliens. La « formation des garde-côtes » a été évoquée par plusieurs pays (Afrique du Sud, Gabon).

Assurer la surveillance de la pêche illégale. Une proposition de l’Afrique du Sud qui est le seul, selon mes informations, à en avoir parlé : « Les pirates justifient leurs actes en invoquant le problème de la pêche illicite au large de la Somalie avant d’inviter chaque État à respecter le droit international applicable en la matière ».

Renforcer l’AMISOM ou Mission de l’ONU. L’Ouganda a insisté sur ce point, naturellement. On sait que les Ougandais – avec les Burundais – sont les seules forces présentes et actives en Somalie pour défendre le gouvernement provisoire contre les milices rebelles. Il n’a pas été le seul. Mais le plus ambitieux a été l’Afrique du sud qui a prôné « le déploiement d’une mission des Nations-Unies pour prendre le relais« .

(1) Lire : Les 7 ptions de Ban Ki Moon

(2) On peut remarquer que la représentante américaine, Susan Rice, a pris bien soin de saluer non seulement « le rôle de l’OTAN » mais aussi « celui de l’opération Atalante, déployée par l’Union européenne » et des forces engagées au niveau national.

Voir le rapport

PrintFriendlyFacebookShare

Une nouvelle convention internationale pour poursuivre les pirates

C’est une proposition de l’Ukraine annoncée le 25 août. « Le manque d’accord juridique international sur la manière de poursuivre les pirates constitue un obstacle aux efforts de répression de la piraterie », a expliqué le représentant de l’Ukraine à la réunion du Conseil de sécurité sur la piraterie. Et d’annoncer son « intention de soumettre, au cours de la 65e session de l’Assemblée générale – qui s’ouvre le 14 septembre -, un projet de convention globale de lutte contre la piraterie et les vols à main armée en mer ».

PrintFriendlyFacebookShare

Jack Lang devient conseiller de l’ONU sur la poursuite des pirates en justice (maj)

A l’issue de la réunion tenue hier (mer 25 août)  au Conseil de sécurité de l’ONU, Ban Ki Moon avait annoncé son intention de nommer un « Conseiller spécial sur les questions juridiques liées à la piraterie au large de la Somalie » afin de «continuer la réflexion sur les options » juridictionnelles et pénitentiaires sur la poursuite des pirates (1). Le nom du conseiller spécial est désormais connu. Il s’agit de Jack Lang, le ministre de la Culture puis de l’Education de François Mitterand entre 1981 et 2002 et aujourd’hui député élu à Boulogne sur Mer. Mais ce n’est pas ces qualités politiques uniquement qui ont retenu le choix de Ban Ki Moon. Jack Lang est d’abord un professeur de droit public et de droit international, à l’université de Nancy (de 1976 à 1981), puis à l’université de Nanterre durant les périodes de cohabitation (de 1986 à 1988 et de 1993 à 1999). Entre autres commentaires, il a ainsi signé ainsi un ouvrage sur le plateau continental de la mer du Nord et l’arrêt de la CIJ de 1969 (éditions LGDJ, 1988). Coté européen, il a siégé au Parlement européen (de 1994 à 1997), à la Commission « affaires étrangères, sécurité et politique de défense » et à la Sous-commission « sécurité et désarmement ». Et, il aussi un Blog (nul n’est parfait :-) qui n’est pas tout à fait mis à jour depuis 2007…

Mission de Jack, selon l’ONU : « identifier toutes les mesures supplémentaires qui peuvent être prises pour assister les Etats de la région, ainsi que les autres Etats, à poursuivre et emprisonner les personnes qui sont impliquées dans la piraterie » et « explorer la volonté des Etats de la région de servir éventuellement de pays d’accueil » pour l’un des mécanismes judiciaires évoqués dans un récent rapport.

(1) Lire: Les 7 options

PrintFriendlyFacebookShare

Les violences sexuelles continuent au Congo. Bis repetita

Au Congo (RDC), les jours se suivent, les rapports se succèdent, et on l’a l’impression d’un « bis repetita » permanent. « Au moins 170 femmes ont été violées par des hommes armés présumés appartenir à la coalition May-May Checka -Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) fin juillet – début août à Luvungi, dans le Territoire de Walikale » (au nord-Kivu), rapporte ainsi dernièrement l’ONG International Medical Corps (IMC), cité dans le dernier bulletin de situation du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA). Ce n’est pas le premier bulletin faisant état de viols en masse. Et sans doute pas le dernier…

Tragédie congolaise

Pour le représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU au Congo, Roger Meece, « les gens qui vivent dans cette zone sont victimes depuis des années d’une violence extrême. Des millions de personnes sont mortes, et des millions d’autres ont été victimes de violences sexuelles », a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse tenue par vidéoconférence le 25 août. Ces incidents n’avaient pas été rapportés, tout de suite, à la force de l’ONU présente dans le pays, précise-t-il. « Ils n’ont été rapportés à la Mission que le 12 août » soit plus de 10 jours après les faits. Explication : souvent, « les villageois ont peur des représailles, ou alors ils sont paralysés par un sentiment de honte après ce qu’on vient de leur faire subir, à eux-mêmes ou à leurs proches ».

Le conflit – ou plutôt cette succession de conflits, qui ont surgi après le génocide rwandais de 1994 en RDC (république démocratique du Congo) – est responsable de 5,4 millions de morts. Et selon l’ONU, au moins 200.000 femmes et filles ont été victimes d’agressions sexuelles ces 12 dernières années. Rien que sur le premier trimestre 2010, on recense 1244 viols rapportés, selon le Haut commissariat pour les réfugiés (UNHCR). Un chiffre qui serait en diminution (!) cependant par rapport aux années précédentes.

Une « arme de guerre »

Cette vraie guerre « silencieuse » -  qui ne suscite pas grande émotion – et qualifiée de « Africa’s World War » dans une étude publiée, en avril dernier, par l’ONG Oxfam et l’université américaine d’Harvard. Ces experts qui ont étudié, dans le détail, plus de 4000 cas de viols dans le sud-Kivu, parle d’une « vraie arme de guerre« . « Les femmes de tous âges sont frappées. Elles ne sont en sécurité nulle part« . Perpétrées à près de 50% par des militaires en armes, le mécanisme du viol est aussi de plus en plus perpétré par des civils – notent-ils – témoignant ainsi d’une « normalisation » de cette violence et d’une « érosion » des barrières habituelles de la société (2). Une autre étude menée par l’United States Institute of Peace (USIP), et publiée en juin, tentent de cerner les motivations des violeurs. Chez les Mai-Mai, ainsi, « les violences sexuelles sont une motivation pour combattre » à la fois, un sentiment contradictoire également de pouvoir exploiter les civils (3).

A noter que l’UE a étendu en octobre 2009, le mandat de la mission de police EUPOL Rdc à cette question des violences sexuelles (4).

Pour compléter :

PrintFriendlyFacebookShare

Les 7 options de Ban Ki Moon pour traduire les pirates en justice

Au Conseil de sécurité de l’ONU, ce 25 août, il sera normalement question de piraterie et notamment de la traduction en justice des suspects arrêtés par les forces internationales dans l’Océan indien (1). Même si ce sujet peut passer au second plan avec la situation qui se dégrade autour de Mogadiscio, les plénipotentiaires auront certainement lu attentivement le rapport (2) que Ban Ki Moon leur aura fait passer. Détails…

Sept options étudiées

Le secrétaire général de l’Onu présente sept options : du dispositif (déjà entamé) de soutien aux tribunaux existants au Kenya ou aux Seychelles (Option 1) jusqu’au tribunal international, sur la base d’un accord entre un État de la région et l’ONU (Option 6) ou créé par une résolution du Conseil de sécurité en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies (Option 7) en passant par la création d’un tribunal somalien siégeant sur le territoire d’un État tiers de la région, avec ou sans la participation de l’ONU (option 2), la chambre spéciale relevant de la juridiction d’un État de la région, sans participation de l’ONU (option 3), ou avec la participation de l’ONU (Option 4), la création d’un tribunal régional sur la base d’un accord multilatéral entre États de la région, avec la participation de l’ONU (Option 5).

Chacun de ses solutions est analysée en pesant les avantages et les inconvénients, tant au niveau de la faisabilité politique, des difficultés juridiques, des moyens financiers nécessaires (une condition principale aujourd’hui) et du délai nécessaire. Clairement l’option qui a la préférence de Ban Ki Moon est la consolidation des juridictions existantes (option 1), voire la création d’une chambre spéciale (option 3). Les solutions de tribunal régional ou de tribunal international nécessitent un délai de mise en place (de 2 à 10 ans) et auront un coût trop important, surtout en pleine période de rigueur budgétaire. Pour mémoire, le budget annuel des tribunaux existants et autres mécanismes judiciaires internationaux a atteint, un maximum situé « entre 36,1 millions de dollars (tribunal spécial du Sierra Leone) et 376,2 millions de dollars environ (tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie pour un exercice biennal) ».

Les options réalistes : la poursuite en justice dans les Etats riverains de l’Océan indien

L’option 1 (soutien aux structures existantes) est celle qui est la plus réaliste, à court terme… Et la moins couteuse. L’UNODC a déjà entamé ce programme au Kenya et aux Seychelles. Trois autres pays sont susceptibles d’accueillir des pirates : Maurice, Maldives et Tanzanie. L’Ile Maurice étant le plus avancé (3). Des missions exploratoires sont encore en cours. C’est au Kenya, le programme le plus ancien, que l’engagement est le plus lourd, avec notamment la construction d’un tribunal spécial dans l’enceinte de la prison de Shimo La Tewa, à Mombasa (inaugurée le 24 juin dernier). Un budget de 2,3 millions de dollars, pour une durée de 18 mois, couvre une trentaine de poursuites.  Le programme aux Seychelles bénéficie d’un financement de 1,1 million de dollars, pour une durée de 18 mois, portant sur des poursuites contre une quarantaine de suspects. Par ailleurs, un manuel d’orientation sur les transferts établi, en collaboration avec le Kenya et les Seychelles, a permis « d’améliorer la qualité des preuves collectées et transférées par les États dont les navires effectuent des patrouilles, et devrait aider à garantir le bon déroulement des actions en justice ». Selon les estimations de l’UNODC si le Kenya, les Seychelles, la Tanzanie et Maurice s’associent aux efforts déployés dans ce domaine, ils pourraient poursuivre jusqu’à 600 à 800 suspects par an, en rythme de croisière.

En Somalie (l’option 2), même si les Nations unies ont un programme de formation du personnel judiciaire et de police, de renforcement des moyens en matière de poursuites judiciaires et de réforme du système juridique (activités financées par le Fonds international d’affectation spéciale (1,2 million de dollars pour les projets de l’UNODC)), il paraît trop tôt pour envisager que des poursuites judiciaires puissent s’établir de manière régulière. « Même si en principe une telle option pourrait figurer parmi les plus économiques, dans la pratique, l’aide que devrait fournir l’ONU serait considérable. Les coûts seraient donc probablement bien plus élevés que ceux de la chambre spéciale, et le délai de mise en place du tribunal beaucoup plus long. (…) Même si une telle option présenterait l’avantage de permettre à la Somalie de participer directement au règlement du problème que pose la répression des actes de piraterie, elle n’est peut-être pas envisageable pour l’instant » explique le secrétaire général. Faut-il préciser que cette option n’avait pas été expressément envisagée dans la résolution 1918 (2) mais avait été soulevée par certains Etats, notamment le Portugal.

En revanche, coté incarcération, la solution somalienne semble non seulement plus probable mais nécessaire au regard des différents accords passés avec les Etats riverains de l’Océan indien.

La solution de la chambre spéciale (option 3) est celle qui, à moyen terme, paraît la plus réalisable et la plus soutenable (financièrement). Il s’agit d’encourager la création par un État ou plusieurs États de la région d’un tribunal ou d’une chambre spéciale relevant de sa structure judiciaire nationale pour poursuivre les auteurs d’actes de piraterie et de vols à main armée  commis en mer au large des côtes somaliennes. L’avantage est de pouvoir se reposer sur la structure judiciaire, policière et pénitentiaire d’un Etat et d’avoir la proximité (culturelle pour les prisonniers, ). L’inconvénient est le risque de créer, dans le pays même, une justice à 2 vitesses (NB : mais n’existe-t-elle pas déjà ?) ou de détourner des ressources humaines judiciaires et pénitentiaires qui ne sont sans doute pas légion. Cette solution peut être complétée par la participation de personnels internationaux (option 4), mais « aiderait à renforcer les capacités de cette juridiction » et permettrait même – si le personnel judiciaire est choisi dans les Etats de la région – « de mieux renforcer les capacités régionales et de participer aux efforts à long terme déployés pour instaurer la paix et la stabilité en Somalie. » Mais cela ajoute de la complexité juridique (que le droit local le permette) et est un peu plus chère (14 millions $ en rythme annuel pour les chambres spéciales du Timor Est).

Sur les autres solutions, on voit bien qu’elles sont envisagées mais requièrent un investissement financier et humain (temps de préparation) qui ne sont pas en adéquation avec la volonté d’aboutir à un résultat à court terme pour les Etats.  

La question de l’emprisonnement : en Somalie ?

C’est une question cruciale. Tout autant sinon plus que la question judiciaire. L’idée est donc de pouvoir juger les pirates dans un lieu mais, dans la plupart des cas, de les incarcérer dans d’autres pays, le pays d’origine. Vu l’extension de la piraterie, il n’agit pas là de juger quelques dizaines de personnes. Le Secrétaire général estime ainsi que « les besoins en matière d’incarcération pourraient atteindre 2000 personnes d’ici à la fin de 2011 ».  Un chiffre beaucoup plus élevé que celui publié par tous les tribunaux existants. Car il faut prendre en compte : les suspects en détention provisoire avant jugement et la durée des peines, assez longues, de ceux qui ont été condamnés (8 à 20 ans au Kenya). Comme le résume un expert du Groupe de contact « le fardeau à long terme imposé par les poursuites en justice réside non pas dans les poursuites elles-mêmes mais dans l’emprisonnement qui en résulte. »

Et la plupart des experts internationaux comme ceux de la région estiment qu’il faut incarcérer les condamnés dans leur pays d’origine, pour différentes considérations « culturelles, linguistiques et familiales » (il faudrait ajouter : politique et sécuritaire). A cela, s’ajoute l’exiguité de certains territoires. Ainsi les 31 suspects mis en détention provisoire, attendant d’être jugés, aux Seychelles représentent déjà près « de 10 % de la population carcérale » ! Le poids n’est pas identique, bien entendu, au Kenya, où les « 123 personnes détenues représentent 0,2 % de la population carcérale ».

L’UNDOC a déjà commencé à rénover des prisons au Somaliland et Puntland, deux régions largement autonomes de Somalie où la violence est moins forte que dans la partie centrale.

La Somalie (plus précisément la région du Puntland), a « indiqué qu’elle était prête à accepter des Somaliens condamnés à une peine de prison dans d’autres juridictions ». Mais, souligne le secrétaire général, « une assistance est indispensable pour mettre les centres de détention en conformité avec les normes internationales ». Au Somaliland, le PNUD et l’UNODC achèvent la construction d’une nouvelle prison au Somaliland. Au Puntland, le PNUD achèvera la construction d’une nouvelle prison d’ici à la fin de 2010 et l’UNODC remet en état un centre de détention. Un programme de formation du personnel est aussi en cours d’élaboration pour « améliorer les conditions de détention ».

Restera alors à régler la question du rapatriement non seulement des condamnés mais surtout des acquittés. « Le problème se pose, que des poursuites soient abandonnées faute de preuve, par exemple, ou que l’accusé soit acquitté ». La plupart des États accueillants veulent avoir, maintenant, « l’assurance que ces personnes puissent être rapatriées, généralement en Somalie, et que les dépenses liées à ce rapatriement ne leur soient pas imputées ».

Lire également :

PrintFriendlyFacebookShare

700 pirates libérés au 1er semestre. Dernier bilan… officiel

crédit photo : EUNAVFOR

Nous avons désormais un chiffre officiel pour les arrestations de pirates et leur traduction en justice. Un chiffre qui correspond – à peu de choses près au bilan que j’avais publié (nos méthodes sont différentes). Mais, surtout, nous avons un chiffre des suspects d’actes de piraterie, appréhendés puis libérés. Les causes sont multiples mais on peut les résumer à quelques mots : défaut de preuves (notamment pas de flagrant délit), pas de pays d’accueil, difficulté opérationnelle (éloignement).

Au premier semestre 2010, les commandants des forces navales européennes et de l’OTAN au large des côtes somaliennes ont ainsi du libérer environ 700 suspects qu’elles avaient auparavant appréhendés. Un chiffre – cité dans un rapport de Ban Ki Moon, le secrétaire général de l’ONU – à comparer aux un peu plus de 100 suspects qui ont été traduits en justice. Ce qui fait un ratio de traduction en justice d’environ 13% (un sur six). Ce est bien peu.

Depuis le début des opérations navales, des poursuites pour des actes de piraterie sont en cours dans 10 États : Kenya, Seychelles, Somalie (dans les régions du Somaliland et du Puntland), Maldives, Yémen, Pays-Bas, États-Unis, France, Espagne et Allemagne. Les poursuites  intentées dans les États de la région suivent l’arrestation et le transfert des auteurs  présumés par les États effectuant des patrouilles navales ou leur arrestation par les  services de répression et les forces militaires de l’État qui engage les poursuites. On dénombre ainsi 528 suspects qui ont été confiés à la justice d’un Etat riverain.

Nombre de suspects poursuivis
dans les Etats bordant l’Océan indien et le Golfe d’Aden

(source : ONU – jusqu’à mai 2010)

Pays Suite à l’arrestation par les États organisant des patrouilles navales Suite à l’arrestation par les Etats d’accueil Total
Kenya 123 0 123
Somalie (Somaliland) 20 80 100
Somalie (Puntland) 60 148 208
Seychelles 11 20 31
Yémen Nombre inconnu mais certaines actions ont été signalées Nombre inconnu 60 (estimation)
Total 528

Détails des poursuites au Kenya et aux Seychelles

Au Kenya, 14 procédures ont été engagées contre 123 suspects depuis 2006. Neuf d’entre elles concernent des suspects transférés par l’Union européenne, 3 des suspects transférés par les États-Unis et 2 des suspects transférés par le Royaume-Uni. Deux procédures sont terminées : 10 pirates transférés par les États-Unis ont chacun été condamnés à huit ans de prison et 8 pirates transférés par le Royaume-Uni ont chacun été condamnés à 20 ans de prison. Le nouveau tribunal de haute  sécurité, ouvert le 24 juin 2010 à Shimo La Tewa, Mombasa et construit par le  Programme de lutte contre la piraterie de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime devrait faciliter le traitement au Kenya des suspects d’actes de  piraterie.

Aux Seychelles, trois poursuites ont  été engagées depuis janvier 2010; l’une concerne des suspects transférés par l’Union  européenne et les deux autres des suspects arrêtés par les Seychelles. Des  procédures judiciaires ont été engagées dans les trois cas.

PrintFriendlyFacebookShare

La Russie veut avancer sur l’idée d’un tribunal international pour la piraterie

Vitaly-ChurkinRepSpeRussONU-Rus.jpgLa Russie qui a pris la présidence du Conseil de sécurité de l’ONU pour ce mois d’août entend avancer sur le dossier « piraterie. En présentant son programme pour la présidence, le représentant permanent russe à New-York, Vitaly Churkin (1), a jugé pertinente « la perspective de mettre en place un tribunal international chargé de juger ces pirates« .

Malgré les difficultés, il estime nécessaire de « progresser sur la question« . Des ressources financières importantes ont déjà été perdues et elles le seront encore, a-t-il fait remarqué. Et la mise en place d’une telle juridiction « ne coûtera pas plus cher« . Un débat sera organisé le 25 août à l’ONU, avec comme objectif « prioritaire » d’étudier les différentes solutions proposées par le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, pour poursuivre et incarcérer les personnes responsables d’actes de piraterie, et de vols à main armée commis au large des côtes somaliennes.

Les pistes de la communauté internationale

Trois pistes ont été envisagées par la communauté internationale : 1. Créer dans les juridictions nationales des chambres spéciales, éventuellement dotées d’éléments internationaux (NB : comme par exemple, en matière pénale, pour juger les responsables des Khmers rouges au Cambodge ; 2. Créer un tribunal régional ; 3. Créer un tribunal international.

Ce sans compter les solutions proprement nationales. Faut-il rappeler que la Résolution 1918, adoptée à l’unanimité en avril 2010, sur proposition russe, demandait à tous les États « (d’)ériger la piraterie en infraction pénale dans leur droit interne, (d’)envisager favorablement de poursuivre les personnes soupçonnées de piraterie qui ont été appréhendées au large des côtes somaliennes et de (les) incarcérer ». Une mesure déjà demandée par d’autres résolutions de l’ONU (notamment la 1946 de 2008). Une faible minorité d’Etats membres de l’UE sont en conformité avec cette demande.

(1) Ce nom ne doit pas être inconnu de certains lecteurs. Churkin a été le porte-parole du dernier ministre des Affaires étrangères de l’URSS, Chevardnadze (1990-1991), puis représentant spécial russe pour l’ex-Yougoslavie durant la guerre en Croatie et Bosnie (1992-1994), et ambassadeur en Belgique, auprès de l’OTAN et de l’UEO (1994-1998). Il était déjà en poste à New-York il y a deux ans, lors de la guerre russo-géorgienne, lorsqu’il s’est agi de défendre la position de son pays.
PrintFriendlyFacebookShare

Nouvelle résolution de l’ONU sur la piraterie (1846), décryptage

Le premier effet de la nouvelle résolution 1846, qu’a votée le Conseil de sécurité des Nations-Unies le 2 décembre, est de prolonger de 12 mois la précédente résolution (1816). Dont l’objet essentiel – rappelons-le – est de permettre aux Etats qui le souhaitent – et se sont signalés auprès du gouvernement transitoire somalien (GFT) et du Secrétaire général de l’ONU – de pénétrer dans les eaux territoriales somaliennes pour y « réprimer les actes de piraterie et les vols à main armée en mer, d’une manière conforme à l’action autorisée en haute mer en cas de piraterie en application du droit international applicable ». Le Conseil de sécurité envisage déjà – à la demande du GFT – la prolongation de cette mesure au-delà des 12 mois. Ce qui permettrait à l’UE de poursuivre au-delà des premiers 12 mois l’opération Atalanta qui démarre le 8 décembre (1).

Les moyens à mettre en oeuvre
Cette résolution – comme les précédentes – lance un appel et cautionne l’action militaire des Etats de l’ONU dans la zone, et leur demande également de prêter une assistance technique aux navires civils. Point intéressant : elle envisage le moyen terme avec l’assistance aux pays de la zone pour lutter contre la piraterie. Et un rapport est demandé au secrétaire général de l’ONU sur d’autres moyens à mettre en oeuvre.

L’action militaire

Autre rappel (salué déjà dans la résolution 1838) : l’ONU « accueille avec une vive satisfaction la décision prise par l’UE de mener (…) une opération navale visant à protéger les convois maritimes du PAM qui acheminent l’aide humanitaire en Somalie ainsi que d’autres navires vulnérables et de réprimer les actes de piraterie et les vols à main armée au large des côtes somaliennes ».

Plus généralement, elle demande « aux États et les organisations régionales qui en ont les moyens de participer activement à la lutte contre la piraterie et les vols à main armée au large des côtes somaliennes, en particulier, conformément à la présente résolution et au droit international applicable, en y déployant des navires de guerre ou des aéronefs militaires, et en saisissant et en détruisant les embarcations, navires, armes et autre matériel apparenté qui servent ou dont on a de bonnes raisons de penser qu’ils serviront à commettre des actes de piraterie et des vols à main armée au large des côtes somaliennes ».

Assistance aux navires de commerce

Elle demande également aux Etats de « veiller à ce que les navires battant leur pavillon reçoivent les informations et les directives appropriées concernant les techniques d’évitement, d’évasion et de défense et les mesures à prendre en cas d’attaque ou de menace d’attaque au large des côtes somaliennes ».

Renforcement des moyens des Etats côtiers

L’ONU préconise « une assistance technique visant à renforcer la capacité de ces États d’assurer la sécurité côtière et maritime, y compris la lutte contre les actes de piraterie et les vols à main armée au large des côtes somaliennes et des côtes des pays voisins ».

Un rapport devra être fourni dans les trois mois, « sur les moyens de garantir durablement la sécurité de la navigation internationale au large des côtes somaliennes, y compris la sécurité des convois maritimes du PAM effectuant des livraisons en Somalie ». Le rôle de coordination et de direction de l’ONU ou d’autres organisations régionales, devra également être précisé.

Trois précisions juridiques à retenir

On sait combien la question de l’intervention en mer – en eaux territoriales essentiellement – contre des pirates est délicate comme le sont celles de l’arrestation, détention et du jugement des bandits de mer (2). Trois points méritent ainsi d’être lus avec attention

Les eaux somaliennes uniquement

L’ONU émet une réserve importante au pouvoir donné aux Etats d’intervenir (dans les eaux territoriales somaliennes notamment): « les autorisations données dans la présente résolution s’appliquent à la seule situation en Somalie et n’affectent pas les droits, obligations ou responsabilités dérivant pour les États Membres du droit international, notamment les droits ou obligations résultant de la Convention, pour ce qui est de toute autre situation, et souligne en particulier que la présente résolution ne peut être regardée comme établissant un droit international coutumier ». Cela signifie notamment que les eaux territoriales des autres Etats cotiers (Djbouti, Seychelles, Egypte, Oman…) doivent être préservées et que les règles habituelles du droit de la mer s’appliquent (pas de poursuite) ou que les Etats engagent leur responsabilité en cas de poursuite ou visite non avérée.

Coopération juridique

La résolution demande en effet aux États (du pavillon, du port, côtiers, de nationalité des victimes ou des auteurs d’actes de piraterie ou de vols à main armée…) « de coopérer en vue de déterminer lequel aura compétence et de prendre les mesures voulues d’enquête et de poursuite à l’encontre des auteurs d’actes de piraterie et de vols à main armée commis au large des côtes somaliennes, conformément au droit international applicable, y compris le droit international des droits de l’homme, et de seconder ces efforts, notamment en fournissant une assistance en matière de logistique et d’exercice des voies de droit vis-à-vis des personnes relevant de leur juridiction et de leur contrôle, telles que les victimes, les témoins et les personnes détenues dans le cadre d’opérations menées en vertu de la présente résolution. »

Criminalisation des actes de piraterie en droit international

« Les États parties sont tenus d’ériger en infraction le fait de s’emparer d’un navire ou d’en exercer le contrôle par violence ou menace de violence ou toute autre forme d’intimidation, d’établir leur compétence aux fins de connaître de ces infractions, et d’accepter la remise des personnes responsables ou soupçonnées de tels actes« . La résolution « exhorte (ainisi) les États parties à ladite Convention à s’acquitter pleinement des obligations que celle-ci leur impose et à coopérer avec le Secrétaire général et l’OMI en vue de mettre en place les moyens judiciaires de poursuivre les personnes soupçonnées d’actes de piraterie et de vols à main armée commis au large des côtes somaliennes ».

(1) Dispositif de l’opération Atalanta

(2) Le droit applicable pour la piraterie (Montego bay et code pénal)

PrintFriendlyFacebookShare

Le nom de l’opération EuNavFor en Somalie est… (et autres nouvelles)

L’opération Eunavfor devrait porter le nom de code « Atalanta ». Le général Bentegeat, président du comité militaire, l’a confirmé. Précisons que c’est ainsi la proposition britannique qui est retenue. Ce n’est que justice d’une certaine façon puisque les Britanniques vont commander l’opération.

Le commandement de force pourrait être assuré par rotation entre un officier Grec, Néerlandais ou Espagnol, selon les bateaux présents dans la zone. Le principe retenu pour l’opération serait en effet que le commandant de force sera sur un des bateaux présents dans la zone.

Participation internationale. A ce jour, plusieurs pays supplémentaires ont indiqué qu’ils pourraient se joindre à la force de l’Union. L’Egypte et le Maroc (qui disposent d’une importante flottille de pêche) pourraient envoyer au moins une frégate. Même Israël – présent sur quelques îlots inhabités – pourrait discrètement participer à l’opération en procurant une aide logistique (ravitaillement, renseignement…)…

Pénétration dans les eaux territoriales somaliennes. Selon les informations transmises à New-York, par le Gouvernement provisoire somalien (GFT) au secrétariat général de l’Onu, sept Etats ont fait une offre de collaboration dans la lutte contre la piraterie : trois de l’Union européenne (Danemark, Espagne, France) et quatre hors UE (Canada, Etats-Unis, Inde, Russie). Selon les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU 1816 et 1838, ces pays peuvent ainsi pourchasser les pirates dans les eaux territoriales somaliennes.

NB : On peut remarquer qu’aucun des trois pays de la force SNMG2 de l’Otan (Grèce, Italie, Royaume-Uni) ne figurent pour l’instant parmi ceux-ci. Ce qui signifie que ceux-ci n’ont aucun droit de pénétrer dans les eaux territoriales somaliennes pour poursuivre des pirates… (Lire aussi : Entre l’Otan et l’Ue, un nouvel accord est nécessaire)

PrintFriendlyFacebookShare

Le droit applicable pour la piraterie (Montego Bay et code pénal)

bateau de "liaison" des pirates du Faina (crédit: US Navy)

(BRUXELLES2, Analyse) La piraterie en mer obéit à certaines règles du droit maritime, codifiées notamment par la convention internationale de 1982 (dite Montego Bay). Ce texte précise les conditions dans lesquels des navires militaires peuvent se saisir de bateaux pirates et de façon très limitée le sort des pirates une fois saisi. Premier aperçu.

La piraterie : quelle définition ?

La définition de la piraterie est très précise – « tout acte illicite de violence ou de détention ou toute déprédation commis par l’équipage ou des passagers d’un navire, agissant à des fins privées, et dirigé contre un autre navire ou aéronef, ou contre des personnes ou des biens à leur bord » – et ne s’applique « qu’en haute mer » ou « dans un lieu ne relevant de la juridiction d’aucun Etat« .

Les conditions de l’intervention ?

Face à un acte de piraterie. « Tout Etat peut intervenir ». Deux conditions : ce doit être « en haute mer » ou « dans un lieu ne relevant de la juridiction d’aucun Etat » et seuls les « navires de guerre ou aéronefs militaires » peuvent intervenir ainsi que les navires ou aéronefs affectés à un service public. Ils peuvent saisir le bateau pirate, le bateau pris en otage, les biens des pirates, et appréhender les pirates.

Le droit de visite ?

La convention de Montego bay prévoit également un droit de visite sur tout bateau qui se « se livre à la piraterie » ou est « sans nationalité ». La navire arraisonneur doit dépêcher un bateau « commandé par un officier ». Il peut assurer la « vérification des titres autorisant le port du pavillon » et si « les soupçons subsistent (…) l’examen du navire, en agissant avec tous les égards possibles ». Si les soupçons ne sont pas fondés, le navire doit être « indemnisé de toute perte ou de tout dommage éventuel, à condition qu’il n’ait commis aucun acte le rendant suspect ».

Les suites judiciaires ?

Ce sont les tribunaux de l’Etat qui a opéré la saisie qui peuvent se prononcer sur les peines à infliger. C’est aussi l’Etat qui assure la responsabilité « en cas de saisie arbitraire ». En effet, « lorsque la saisie d’un navire ou aéronef suspect de piraterie a été effectuée sans motif suffisant, l’Etat qui y a procédé est responsable vis-à-vis de l’Etat dont le navire ou l’aéronef a la nationalité de toute perte ou de tout dommage causé de ce fait ».

La Convention pour la répression des actes illicites contre la sécurité de la navigation maritime (développée par l’Organisation et adoptée à Rome en 1988 – entrée en vigueur le 1er mars 1992) prévoit que « commet une infraction pénale » toute personne qui s’empare ou contrôle un navire par la force, la menace ou l’intimidation; commet un acte de violence à bord du navire qui compromet la sécurité du navire; place un dispositif propre à détruire un navire et autres actes qui compromettent la sécurité des navires. Elle oblige chaque Etat à prévoir dans son droit national, la répression des actes de piraterie qui se déroulent dans ses eaux territoriales, ou à l’encontre d’un de ses bateaux battant pavillon ou commis par un de ses ressortissants. (52 États en font partie dont les Etats européens et les Seychelles mais pas la Somalie). Elle n’oblige pas, en revanche, à prévoir une disposition extra territoriale (pour les faits commis hors des eaux territoriales).

Dans les eaux territoriales somaliennes ?

La convention de Montego Bay ne s’applique donc pas aux actes des eaux territoriales ou zone économique exclusive. Mais la résolution 1816 du Conseil de sécurité de l’Onu autorise les Etats à pénétrer dans les eaux « dans les eaux territoriales de la Somalie » et « utilise (…) tous moyens nécessaires pour réprimer les actes de piraterie et les vols à main armée (…) d’une manière conforme à l’action autorisée en haute mer en cas de piraterie en application du droit international applicable ». Précision importante : le bateau piraté conserve la nationalité du pavillon d’origine.

En droit français ?

Il faut généralement un lien (quelconque) avec la France pour que les juridictions françaises soient compétentes. Ainsi le code pénale s’applique aux infractions :
1) commises sur le territoire de la République (article 113-2);
2) (ou) commis par un Français hors du territoire de la République (article 113-6);
3) (ou) crimes lorsque la victime est de nationalité française au moment de l’infraction (article 113-8);

Mais le code pénal couvre également deux cas spécifiques pour les navires pour les infractions commises :
4) à bord des navires battant un pavillon français, ou à l’encontre de tels navires, en quelque lieu qu’ils se trouvent. Elle est seule applicable aux infractions commises à bord des navires de la marine nationale, ou à l’encontre de tels navires, en quelque lieu qu’ils se trouvent. » (article 113-3);
5) au-delà de la mer territoriale, dès lors que les conventions internationales et la loi le prévoient (article 113-12). Là se pose le problème de l’application directe de la convention de Montego Bay. Est-elle d’application directe ou non ?

La piraterie est ainsi punie de 20 ans de réclusion criminelle (nb : réclusion criminelle à perpétuité si tortures, actes de barbarie ou mort d’une ou plusieurs personnes »). Celle-ci étant définie comme « Le fait de s’emparer ou de prendre le contrôle par violence ou menace de violence d’un aéronef, d’un navire ou de tout autre moyen de transport à bord desquels des personnes ont pris place, ainsi que d’une plate-forme fixe située sur le plateau continental » (Article 224-6).

Voir :

PrintFriendlyFacebookShare

Une nouvelle résolution à l’ONU pour la lutte anti-pirates

Le Conseil de sécurité de l’Onu a voté, le 7 octobre, à l’unanimité, une nouvelle résolution sur la lutte anti-piraterie en Somalie (résolution 1838), après celle votée en juin (résolution 1816, (1)).

Ce texte a plusieurs intérêts :

- il permet le déploiement de navires de guerres ET (surtout) de moyens aériens pour lutter contre la piraterie au large de la Somalie. Il autorise ainsi l’intervention non seulement « au large des côtes » (la résolution 1816 autorisait de pénétrer dans les eaux territoriales) mais aussi dans « l’espace aérien surjacent ». Ce, sans limite de durée.

- il indique la volonté du Conseil de sécurité de reconduire la résolution 1816 (limitée à 6 mois).

- il incite à la coordination non seulement les Etats mais aussi les organisations régionales – agissant dans l’usage de la force, la prévention de la piraterie ou l’assistance technique aux autorités somaliennes.

- il demande (à nouveau – (voir la résolution 1814)) aux Etats d’assurer la « protection des convois maritimes du Programme alimentaire mondial ». Cela « revêt une importance vitale pour l’acheminement de l’aide humanitaire à la population somalienne » est-il mentionné.

Ce projet – porté par la France au nom de l’Union européenne – a été soutenu par une dizaine de pays européens (Belgique, Croatie, Danemark, Grèce, Italie, Lituanie, Pays-Bas, Norvège, Portugal, Espagne, Royaume-Uni) ou non (Japon, Malaise, Corée, Panama et Etats-Unis). Seule fausse note : l’Afrique du Sud qui a finalement voté pour la résolution tout en estimant que l’urgence était aussi d’aider le gouvernement de transition. Même préoccupation de l’Indonésie qui a souligné que la piraterie n’était pas le seul problème, mais une part de l’instabilité du pays, et qu’il fallait pousser à une solution politique en Somalie.

Pour lire, le texte de la résolution 1838, c’est ici! (octobre 2008)

Pour lire, la résolution 1816 (juin 2008), la résolution 1814 (mai 2008), allez sur la page « Textes – piraterie maritime »

(1) Lire aussi :

PrintFriendlyFacebookShare

P.Goossens (PAM): nous n’avons toujours pas d’escorte pour nos bateaux

Peter Goossens est coordinateur du Programme alimentaire mondial (PAM) pour la Somalie.

Vous venez de rencontrer plusieurs responsables européens de la Commission, du Parlement à Bruxelles quel est votre message ?
Premièrement, nous faisons face à une extension de la crise alimentaire dans la Corne de l’Afrique. Nous avons de la nourriture pour les 3-4 mois. Mais ce qu’il faut préparer ce sont les mois suivants. Il nous faut donc 35 millions de $ par mois. Deuxièmement, vous pouvez nous donner tout l’argent et la nourriture nécessaire. Si je ne peux pas l’acheminer sur place, c’est perdu.

Il vous faut donc une escorte maritime ?
Oui. Toute la nourriture vient de la mer. Il n’y a pas d’autres possibilités pour de telles quantités. Je peux trouver facilement les cinq à quinze bateaux nécessaires pour acheminer l’aide alimentaire nécessaire. Mais aucun armateur, aucun capitaine ne veut s’aventurer près des côtes somaliennes, où les pirates font la loi, sans de sérieuses garanties de sécurité. Donc sans une escorte militaire solide.

Vous en avez une actuellement ?
Oui ce sont les Canadiens depuis la mi-août. Mais leur mission s’arrête fin septembre. Et, après, je n’ai plus personne. Les Etats européens ont été parmi les plus actifs. C’est à l’initiative de la France que les escortes ont démarré, en octobre dernier. Les Danois les ont relayé ; puis les Néerlandais jusqu’à fin juin. Sérieusement, j’espère qu’ils trouveront une solution.

Personne ne s’est proposé ?
Non. Les Allemands ou les Espagnols, Italiens, Sud-Africains, Indiens y pensent, apparemment. Mais je n’ai reçu aucune offre précise et concrète. Et la fin septembre se rapproche. je dis donc que « c’est bien de penser à nous et de vouloir nous aider. Mais c’est mieux de passer à l’acte, de vraiment nous aider ». Je sais que c’est difficile, que cela coûte aux Etats. Mais je sais aussi que c’est la seule solution.

Vous n’avez pas des stocks suffisants sur place pour faire face ?
Pour quelques jours, oui. Mais si ca dure, non. Nous n’avons plus assez de nourriture sur place. Entre la mission des Danois et des Canadiens, nous avons eu six semaines d’intervalle, sans escorte. Nous avons pu trouver deux petits navires qui ont accepté de nous acheminer 9 000 tonnes. Mais ce n’était pas suffisant (et loin des 35 000 nécessaires par mois). Les stocks qui nous ont permis de tenir dans cet intervalle sont désormais presque épuisés. Et si un tel intervalle se renouvelle, nous n’avons pas vraiment moyen de faire face.

La situation alimentaire en Somalie est si grave ?
Tout dépendra en fait des pluies de l’automne (en octobre – novembre). Combien de temps cette pluie va durer et combien d’eau va-t-elle amener ? Les pluies du printemps (avril – juin) n’ont en effet pas été suffisantes. Et la situation est mauvaise depuis trois années consécutives. Si cette pluie d’automne est mauvaise encore, on aura vraiment des problèmes. Si elle sera bonne ou tout simplement normale, on pourra stabiliser la situation.

Sinon…
Ce sera la famine. Une famine comme on n’en a pas vu depuis 25 ans. On reverra les images des années 1980. Et on pourra compter les morts en milliers, voire plus. La crise est vraiment sérieuse. Il faut prendre la situation vraiment au sérieux. Et nous assurer cette escorte navale militaire dont nous avons besoin.

Vous venez de rencontrer la nouvelle cellule de coordination « piraterie » pour la Somalie (Eu Navco). Qu’est-ce qu’il en ressort ?
Nous avons discuté en termes très opérationnels et concrets du type et du nombre de bateaux dont nous avions besoin, et des différentes modalités de protection. Par exemple, des patrouilles ou des escortes navales …

Entre les deux, vous préférez ?
Nous n’avons pas besoin de patrouilles mais surtout d’escortes (1). Nous voulons être sûr que nos bateaux arrivent. Et non d’une probabilité. Avec l’organisation et la vitesse d’intervention des pirates, le temps que le bateau patrouilleur arrive sur la zone, les pirates seront déjà passés à l’attaque. Seule l’escorte assure cette sécurité et une dissuasion suffisante. Sans elle, il n’y a aucune possibilité d’affréter des bateaux.

N’y a-t-il pas une autre alternative aux bateaux des Etats, les sociétés privées ?
Si on ne trouve pas d’autre moyen, il faudra bien y réfléchir. Mais je ne préfère pas utiliser cette solution. Je ne suis pas sûr que ce soit la solution la plus efficace. Et aussi pour des questions plus éthiques, on ne sait pas vraiment ce que ces sociétés font en dehors. Et on préfère ne pas avoir affaire à eux.

A plus long terme, quelle solution vous paraît envisageable envers les pirates ?
Je ne vois que deux solutions. Soit on attaque les bases terrestres des pirates (et tout le monde sait où elles sont). Soit on arrive à un accord global de paix en Somalie. Je ne sais pas ce qui est le plus difficile. (…) Si vous demandez mon avis personnel, je ne suis pas un expert militaire, mais l’attaque terrestre me paraît plus facile qu’un accord de paix !

Cela nécessite un accord aux Nations-Unies ?
Oui. Car la résolution du Conseil de sécurité 1816 qui permet l’emploi de la force, permet une action maritime mais pas terrestre.

(1) Une patrouille évolue dans une zone plus ou moins large, aux fins de la sécuriser et se tient prêt à intervenir dans un délai plus ou moins variable (heures ou journées). Une escorte accompagne les bateaux à protéger (par air et/ou mer), voire en plaçant des commandos d’intervention à bord des navires et a donc un délai d’intervention très court.

(article paru dans Europolitique le 22 septembre)

PrintFriendlyFacebookShare

Touche européenne au défilé du 14 juillet, placé sous le sceau de l’ONU


Le défilé militaire français, le
14 juillet, s’est déroulé – cette année – sous le symbole des Nations-Unies et des forces de maintien de la paix, avec la participation de différentes forces européennes.

De façon symbolique, le défilé était ouvert par les Casques bleus. Et, le drapeau des Nations-Unies était porté par un Français accompagné d’un aviateur italien et un marin espagnol. Des forces
de 12 Etats membres
y ont participé :  3 Allemands, 10 Autrichiens, 4 Belges, 1 Chypriote, 7 Espagnols, 6 Britanniques, 3 Grecs, 1 Hongrois, 9 Italiens, 16 Polonais, 2 Portugais, 1 Slovène
(ainsi que 5 Croates). Ces bérets bleus sont actuellement déployés de Chypre, du Liban et du Golan (seuls peuvent en effet porter le béret bleu, selon le code des Nations-Unies, ceux qui sont en
poste ; suivaient d’ailleurs plusieurs Français en béret foncé, qui étaient déployés dans les mois précédents).

Une dizaine d’appareils de différents Etats membres participaient également au défilé :

9 avions européens : 1 Eurofighter 2000 espagnol et 1 italien (pour le ravitaillement en vol et la projection de puissance), 2 Mig – 1 MIG 29 Slovaque et 1 MIG21 roumain – 1 Gripen hongrois
(aux cotés des Mirage français), 3 Alpha Jet belges (en patrouille commune avec les Alphajet français), 1 Transall C160 allemand (aux cotés des Transall français pour la projection de forces). Et
deux hélicoptères européens : 1 cougar slovène, 1 tigre allemand.

A signaler également la participation de troupes françaises qui ont connu un engagement européen notable:
• le 21e Rima (infanterie de marine) qui était présent au Tchad le 1er février pour l’évacuation des citoyens européens, à N’Djamena, face à l’offensive des rebelles.
• Le 61e régiment d’artillerie, qui a déployé les Drones SDTI au Kosovo, pour surveiller les frontières du nouvel Etat, en février.
• Le 1er régiment de tirailleurs, qui a été le premier engagé au Liban en 1996.

(pour l’ordre du défilé, cliquez ici)

Crédit photo : (haut) CCH Fiard – DICOD – (bas) Tigre allemand

PrintFriendlyFacebookShare