Olli Rehn partira-t-il ? Qui le remplacera ?

(Bruxelles2) Alors que le commissaire chargé de l’Economie, Olli Rehn continue de réfléchir à son éventuelle candidature à la présidence de la République dans son pays (la Finlande), on apprend que l’eurodéputée Annelie Jäätteenmäki suit actuellement des cours de français, selon ce que relate la presse finlandaise. Un signe possible d’un switch entre deux Finlandais sur ce poste. Membre du parti du centre comme Olli, Annelie a été Premier ministre en Finlande durant un temps express, trois mois en 2003. Elle avait du démissionner suite à une affaire de révélation de documents secrets sur le rôle discret de la Finlande en appui à l’intervention de la coalition emmenée par les Etats-Unis en Irak. Une précédente rumeur donnait Alexander Stubb (aujourd’hui ministre pour le Commerce extérieur) partant pour Bruxelles. Mais tout reste suspendu à la décision de Olli Rehn, dont les chances de l’emporter à la présidentielle finlandaise restent très tendues. Le favori étant l’ancien ministre de l’Economie, Niinistö.

Adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie : encore un petit effort, svp

(Archives B2) Après quelques hésitations, la Commission européenne a finalement décidé, hier (16 mai), de se donner un petit délai supplémentaire pour apprécier si, réellement, la Roumanie et la Bulgarie peuvent devenir, à part entière, membres du club européen. « Ils devraient entrer dans l’Union au 1er janvier 2007 à condition de régler certains problèmes » a assuré à Strasbourg le président de la Commission européenne, José-Manuel Barroso. La Commission compte donc préparer un nouveau, et ultime rapport, début octobre.

Plusieurs domaines préoccupants

D’ici là, les deux prétendants riverains de la mer noire devront s’attaquer franchement à toute une série de questions. Dans son évaluation, la Commission remarque que six domaines demeurent préoccupants en Bulgarie, notamment la lutte contre la corruption et contre les mafias, l’organisation du système judiciaire, la gestion des fonds structurels, la sécurité alimentaire et la prévention des encéphalopathies spongiformes bovines (la maladie de la vache folle). Quatre domaines préoccupants pour la Quatre domaines restent à améliorer en Roumanie : la lutte contre la corruption, la collecte de la TVA, la lutte contre la maladie de la vache folle et la gestion des fonds agricoles européens.

Pas la perfection mais un ultime effort

« Les progrès que nous demandons de ces pays ne sont pas irréalistes », estime le commissaire européen à l’élargissement, Olli Rehn. « Nous ne leur demandons pas la perfection totale mais un ultime effort ». Mais cet optimisme modéré n’a pas vraiment convaincu. Cette indécision a même irrité plusieurs députés, particulièrement les Français, plutôt partisans de l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie.

L’important : lancer un signal clair

« Il serait temps de lancer un signal clair » a commenté Pierre Moscovici, rapporteur au Parlement européen sur l’adhésion de la Roumanie. Pour l’ancien ministre des affaires européennes de Lionel Jospin, « les avancées sont suffisantes pour pouvoir entrer ». Propos approuvé par Alain Lamassoure (UMP) : « Je ne vois pas très bien ce qu’en trois mois, il est possible de faire, s’agissant de réformes aussi douloureuses. Il fallait tout de suite décider si c’était 2008 ou 2007, quitte à mettre des clauses de sauvegarde. Il sera très difficile, au dernier moment, de repousser la date d’adhésion. »

Une prudence de loup

L’élargissement de la Roumanie et de la Bulgarie est, en effet, programmé au 1er janvier 2007, avec possibilité pour les chefs d’Etat et de gouvernement, de différer cette date d’un an, sur un rapport de la Commission. Comme l’ont remarqué plusieurs députés, la Commission n’avait pas eu ce tel niveau d’exigence lors du précédent élargissement. Mais est-ce l’effet des « Non » aux référenda, surtout aux Pays-Bas, ou de l’évolution des opinions publiques en Europe, la Commission est devenue d’une prudence de loup avec les pays candidats.

(Nicolas Gros-Verheyde)

version complétée d’un article paru dans Ouest-France, mai 2006

Le grand oral des commissaires n’est pas une synécure

(B2) Depuis une semaine, le Parlement européen est en ébullition. C’est le grand oral des futurs commissaires européens. Un exercice qui se poursuit jusqu’à mardi soir et est tout sauf une formalité… Chaque candidat est entendu par « sa » commission parlementaire durant trois heures non-stop.

Toutes les questions sont permises

Une audition où toutes les questions sont permises : politique, technique, personnelle, etc. Et, pas le temps d’hésiter : une minute pour la question, une minute pour la réponse. À ce petit jeu, le moindre faux-pas et c’est la porte ! La tension est donc grande. Certains l’ont déjà réussi haut la main comme le Français Michel Barnier (marché intérieur) ou l’Espagnol Joaquin Almunia (Concurrence), avec les « compliments du jury », dirait-on à l’université. Pour d’autres, cela a été plus laborieux. Le Finlandais Olli Rehn (Economie) ou la Britannique Catherine Ashton (Affaires étrangères) n’ont reçu qu’une mention passable. Même les plus expérimentés peuvent trébucher. La Néerlandaise Neelie Kroes (Société digitale), jusqu’ici commissaire à la Concurrence, a ainsi été priée de passer cette semaine un « oral de rattrapage ».

Une recalée…

Pour l’instant, il n’y a qu’une recalée : la commissaire bulgare, Rumiana Jeleva. Celle, qui devait prendre le portefeuille de l’aide humanitaire et la réponse de crise, a totalement raté l’examen de passage. Elle n’a ainsi pas pu justifier clairement avoir bien rempli sa déclaration d’intérêts sur ses parts dans une société de consultance. Le montant en jeu est ridicule (quelques centaines d’euros) mais il s’agit d’une « question de principe » pour le Parlement. Et, surtout, elle a montré une mauvaise connaissance du dossier, avouant son ignorance sur le Congo ou la Somalie. Si les Chrétiens-démocrates – son parti – la soutiennent, Socialistes, Libéraux et Verts ont demandé son renvoi à José-Manuel Barroso.

Hésitations présidentielles

Le président de la Commission hésite cependant. Certes il n’a pas envie de revivre le calvaire d’il y a cinq ans, quand « sa » Commission avait été à deux doigts d’être renversée par des députés furieux des déclarations sur les homosexuels du candidat italien Enrico Buttiglione (lire : Il y a cinq ans ! Trois commissaires recalés). Mais il ne veut pas céder à ce qu’il considère comme une cabale. Le rapport de force est engagé…

(Nicolas Gros-Verheyde)

(article paru dans Ouest-France, janvier 2010)

Olli Rehn : nous avons beaucoup appris de l’échec des années 1990 dans les Balkans

(BRUXELLES2)

Olli Rehn est commissaire européen à l’Elargissement

Les Balkans sont à la porte de l’Union européenne. Quand entreront-ils dans la famille ?

O.R. – Je suis très prudent quant à donner quelques dates. Car la qualité du processus d’adhésion est plus importante que la vitesse. Quand les pays des Balkans occidentaux vont devenir membres Union européenne, chacun doit remplir les conditions d’adhésion, politique et économique. Ca va prendre beaucoup de temps. La Croatie pourrait devenir un des premiers Etats membres autour de la fin de la décennie présente. Mais tout dépend de la Croatie, si elle peut réformer son système de réforme juridique.

Ce processus vous paraît-il essentiel la stabilisation de la région ?

O.R. – Oui. La perspective européenne est la clé pour maintenir les pays des Balkans dans la voie pacifique et des réformes. Nous avons un accord technique sur le contenu et le texte d’un accord d’association et de stabilisation (ASA) avec la Serbie. Il est possible de signer cet accord de stabilité en décembre ou janvier, si la Serbie va pleinement coopérer avec le TPiY

Et la négociation sur l’adhésion dans la foulée ?

O.R. – L’ASA est la porte ouverte, et la condition, pour être ensuite candidat et finalement membre de l’Union européenne. Mais cela ne va pas se faire tout de suite. Il faut déposer la candidature, avoir l’avis de la Commission européenne. Cela va prendre des mois, un peu plus qu’une demi-année ; moins qu’une année.

Avez-vous une idée de quand cette demande pourrait se faire ?

O.R. – Kostunica n’a fait aucune référence exacte à la candidature exactement. Mais certainement il pense que la Serbie pourrait poser candidature après l’accord ASA.

C’est un tournant important ?

O.R. – Oui. C’est important de pouvoir aider la Serbie à pouvoir changer le ton du débat politique dans le pays, pour changer d’un passé nationaliste, à un avenir européen. C’est l’ASA et accord de facilitation des visas et de réadmission est important. Il va être signé lundi prochain. Ce qui permettra un accès plus facile et moins cher aux visas pour les Serbes. (…) Il faut faire toutes les choses possibles pour concrétiser la perspective européenne pour la Serbie et aussi pour les citoyens serbes. L’Union européenne investit beaucoup d’assistance économique.

Quelle est la leçon que vous tirez du passé ?

O.R.Nous avons beaucoup appris de l’échec dans les Balkans dans les années 1990. Ce n’était pas « l’heure de l’Europe » pour reprendre la formule de Jacques Poos. Nous avons aujourd’hui beaucoup plus d’instruments pour avoir une influence positive au développement pour le pays, et pour les Balkans occidentaux, une politique commune étrangère plus efficace avec le Haut représentant, Javier Solana…). On peut citer l’exemple de la Macédoine/ Fyrom, du Kosovo, de la Bosnie-Herzégovine. Les pays européens participent aux missions Otan… tout comme la perspective européenne définie à Thessalonique sont une « colle » qui maintient les pays dans la route pacifique, de la réforme et développement.

Mais l’Europe est toujours divisée sur le Kosovo ?

O.R. – C’est vrai. La discussion a été bonne le week-end dernier. Nous avons pu renforcer notre unité concernant le Kosovo. Nous travaillons fortement et sérieusement pour une solution négociée. Je suis prêt à faciliter solution négociée entre Belgrade et Pristina. Mais nous avons le droit de demander aux deux parties qu’ils vont avoir une approche constructive. Nous avons le droit de demander que nos partenaires internationaux – les États-Unis – et en particulier la Russie ne vont pas avoir d’approche unilatérale, mais au contraire vont soutenir l’approche multilatérale et contribuer à la négociation de la Troïka. On a pu renforcer l’unité européenne. Quand il y aura le rapport final, je suis sûr, que l’Union européenne sera unie. Et j’espère que nous obtiendra une solution négociée. Cela dépendra de Belgrade et Pristina mais aussi comment les partenaires internationaux se positionneront.

Et s’il n’y a pas de solution négociée ?

O.R. – On travaille pour une solution négociée. Ne faisons pas de spéculation. L’avenir des Balkans est dans l’Union européenne mais tout dépend des progrès. L’élargissement, ce n’est pas un TGV, c’est un train normal, qui son chemin, avec parfois des arrêts.

(propos recueillis par Nicolas Gros-Verheyde)

Elargissement : prendre son temps. La commission européenne veut infléchir le tempo

(Archives B2) La Commission a présenté hier (8 novembre) une nouvelle vision, plus lente, pour les élargissements futurs. La Turquie écope d’un avertissement.

Le changement de ton est net

Il ne s’agit plus d’élargir pour élargir. « La qualité prime sur la rapidité » assure le commissaire européen en charge du dossier, le Finlandais Olli Rehn. « L’Europe doit s’assurer qu’elle peut maintenir et approfondir son développement (…). Nous ne sommes pas dans un TGV plutôt dans l’Orient-Express. L’arrivée du train n’est pas affichée en gare » ajoute-t-il. Le double Non, en France et surtout aux Pays-Bas, ont pesé sur cet infléchissement. C’est clair. « Avant tout nouvel élargissement, il faudra un nouvel accord institutionnel » explique Olli Rehn. Autrement dit, un nouveau traité, mais pas automatiquement une nouvelle Constitution. « Il est (aussi) important de mieux informer les citoyens, de s’attaquer à leurs véritables préoccupations, d’opposer des faits aux mythes ».

Sept ou huit pays candidats ou potentiellement candidats

Trois pays ont été officiellement reconnus comme candidats à l’adhésion : Croatie, Macédoine/Fyrom et Turquie. Quatre autres pays des Balkans — Albanie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro — sont des prétendants naturels et doivent encore faire leurs preuves. Sur ces pays qui frappent à la porte de l’Union ou sont susceptibles de le faire, deux posent surtout des problèmes plus politiques : la Turquie et le Kosovo.

La dernière chance d’Ankara

La Turquie, qui refuse d’ouvrir complètement ses ports et aéroports à Chypre tant que le sort des Chypriotes turcs n’est pas amélioré, a écopé d’un avertissement. Ce problème doit être résolu d’ici le sommet européen des 14 et 15 décembre a indiqué le commissaire européen Olli Rehn. Si le terme de « suspension des négociations » n’a pas été prononcé, tout le monde y pense. Si la situation ne change pas, « d’ici la fin de l’année, il me paraît nécessaire de revoir le calendrier de l’adhésion » a commenté Philippe Douste-Blazy, le ministre (français) des Affaires étrangères, devant l’Assemblée nationale. « C’est une dernière chance que la Turquie doit saisir » a renchéri Camiel Eurlings, le spécialiste de la question au Parlement européen. Cette menace n’est pas virtuelle. Chaque Etat peut en effet, à chaque étape de la négociation, la bloquer. Et Chypre menace d’utiliser ce droit de veto.

La question délicate du Kosovo

Autre point sensible, le cas du Kosovo. Tant que le statut de cette région majoritairement albanaise — autonomie ou indépendance — n’est pas réglé, ainsi que ses relations avec la Serbie, ce « pays » reste une poudrière en puissance. Et cinq Etats membres de l’UE ne l’ont toujours pas reconnu.

(Nicolas Gros-Verheyde)
Version longue d’un article publié dans Ouest-France, novembre 2006