La France critique à mi-mot le pied sur le frein de l’OTAN

(BRUXELLES2) Face aux déclarations de l’opposition libyenne accusant l’OTAN de laisser tomber Misrata, Alain Juppé a assuré, ce matin, sur France-info, avoir « bien entendu l’appel ». La ville de « Misrata est dans une situation qui ne peut plus durer. Je vais d’ailleurs m’en entretenir dans quelques heures avec le secrétaire général de l’OTAN.  »

Cet entretien doit être écouté avec attention, avec ce que le Ministre dit, ce qu’il ne dit pas, et les distinguo qu’il donne : sur l’action de l’OTAN aujourd’hui, plus difficile qu’hier, sur le soutien au CNT, sur les livraisons d’armes aux rebelles et la discussion politique. NB : le ministre a aussi longuement commenté l’action en Côte d’Ivoire. (1)

La seconde génération de frappes plus difficile que la première

Le ministre a aussi reconnu toute la difficulté de ce qu’on peut appeler, la seconde génération de frappes car la situation a changé. « L’essentiel des avions, des hélicoptères et des blindés de Kadhafi ont été détruits. Aujourd’hui, il agit avec des pick-ups sur lesquels il y a quelques troupes armées de kalachnikovs et de mitrailleuses : c’est beaucoup plus difficile à localiser (...) Sur le terrain, la situation militaire est confuse et indécise, et le risque d’enlisement existe. » (…) « Nous avons demandé formellement qu’il n’y ait pas de dommages collatéraux sur les populations civiles. Cela rend l’intervention plus difficile. Car les troupes de Kadhafi ont bien compris les choses et ont tendance à se rapprocher des populations civiles. »

Soutien au CNT mais pas d’action de reconquête (directe)

Mais le ministre des Affaires étrangères a rappelé les limites du mandat confié par l’ONU « Nous soutenons tout l’effort du CNT. Mais il faut aussi qu’il s’organise. Finalement sur le terrain tout dépendra d’eux. Nous sommes là pour protéger les populations civiles et pas pour partir à la reconquête du territoire. »

Pas de livraisons d’armes mais

De la même façon, sur l’embargo des armes le Ministre a assuré « ne pas être entré dans un processus de livraison d’armes ». Mais il a aussi fait un distinguo utile assurant que « l’embargo des armes vise la Jamahiriya libyenne, c’est-à-dire les troupes de Kadhafi ». Autrement dit, l’embargo ne vise pas… l’opposition

La phase politique doit venir maintenant

Il faut « passer à une autre phase, la phase politique. (…) Pousser la solution politique, c’est-à-dire des discussions entre le Conseil national de transition et ceux qui, à Tripoli, ont bien compris qu’il n’y avait pas d’avenir pour Kadhafi », conclut le ministre des Affaires étrangères. » Ce sera notamment l’objectif de la réunion de Doha, du groupe de contact la semaine prochaine, a précisé le Ministre.

(1) Ecoutez (et regardez) la vidéo de l’enregistrement :

La moitié des frappes sur la Libye, made in USA (maj)

(BRUXELLES2) Même si leur désir est d’assurer un rôle plus discret de soutien (ravitaillement, renseignement, guerre électronique…), les Américains sont encore très engagés dans l’action militaire en Libye. Ils ont effectué la moitié des frappes (« strike ») depuis le début de l’opération. En témoigne le compte-rendu fait par le vice-amiral Gortney, le 28 mars.

Sur un total de 735 sorties pour frappes, 370 sorties de frappes ont été assurées par les Américains et 365 par les partenaires de la coalition. Et l’opération monte plutôt en puissance qu’elle ne diminue: 91 sorties (41 Us / 50 alliés) vendredi (25 mars), 88 sorties (40 Us / 48 alliés), samedi (26 mars) et 107 sorties (52 Us / 55 alliés) dimanche (27 mars).

NB : quand on parle de sorties, il s’agit d’un avion qui sort. En général, les avions sortent par paire. Il faut donc diviser ce chiffre au moins par deux, sans compter les missions qui n’ont pas abouti à un tir au final.

Parmi les cibles atteintes, carte à l’appui, on apprend ainsi que les Belges ont frappé à Mesdah/Mizdah sur un dépôt d’armements (frappes US, danoises, canadiennes, belges). D’autres frappes ont eu lieu à Misrata, Syrte/Surt, et Ras Lanuf (Us et Uk sur des forces en manoeuvre), Sabha (US sur des bunkers d’armements) et Tripoli (Us sur des forces en manoeuvre et batteries  anti-aériennes mobiles de missiles sol-air SAM 6). Les Américains ont notamment visé, dans la nuit de samedi à dimanche, le quartier-général de l’unité d’élite de Kadhafi, la 32e Brigade. Six missiles Tomahawk (TLAM) ont été tiré sur des installations sur cette unité d’élite du régime, dirigée par Khamis, un des fils Kadhafi.

Si on prend le total des sorties (chasse, surveillance, ravitaillement, commandement et frappes), on arrive à un total de 1602 sorties, dont 983 assurées par les Américains et 619 par la coalition. Le Qatar ayant rejoint la coalition le 25 mars et la Belgique le 27 mars. NB : De leur coté, les Français ont effectué 200 sorties au total, affirme l’Etat-Major des armées.

Les Etats-Unis assurent une partie majeure du soutien : 80% des ravitaillements en l’air, presque 75% des heures de surveillance et 100% des missions de guerre électronique, affirme le vice-amiral Gortney.

Quelques précisions sur le commandement de l’OTAN pour la Libye

Patrouille F-16 (© NGV / Bruxelles2)

(BRUXELLES2) L’OTAN ne devrait prendre le commandement de toutes les opérations sur la Libye que d’ici vendredi. « Le full C2 (Command and Control) est prévu avant le 2 avril au plus tard », selon un document que j’ai pu consulter. « Il faut, en effet, un peu de temps pour assurer la transmission des commandements » explique un diplomate. « Cela fait partie des conditions qui ont été négociées » explique un militaire. De fait, plusieurs militaires du Shape semblaient sur le départ vers l’Italie, sur le tarmac de l’aéroport militaire de Bruxelles, lundi matin.

Une montée en puissance un peu improvisée

Même si les militaires répugnent à ce terme, l’opération vers la Libye s’est largement « improvisée », du moins dans les premiers jours. « Là où d’ordinaire on passe plusieurs semaines, plusieurs mois à planifier une opération. Ici, pour la Libye, cela a été très vite. Effectivement les diplomates ont été plus vite que les militaires. » raconte un expert la chose militaire. Lors des premières frappes, dans les premières heures, « il n’y avait même pas de coordination. Au mieux un partage des informations. De fait, chaque pays, au tout début, un peu ce qu’il voulait, avertissant les autres » m’a expliqué un militaire d’un pays qui a initié les premières frappes. Les jours suivants, les opérations menées en coalition étaient simplement coordonnées entre les Etats. Puis, très vite, est venue l’organisation, avec le commandement américain à Ramstein ; chaque pays y a des officiers de liaison. « Ce qui est plus facile. Nous avons l’habitude de travailler en coalition, avec des normes OTAN que chacun connaît et a intégré » explique un haut gradé qui a rejoint la « Coalition de Paris ». « Le commandement de Ramstein désigne et prioritise les cibles pour chacun des partenaires de la coalition

Les commandements OTAN : Poggio Renatico (Air), Naples (Mer)

Avec la prise de commandement par l’OTAN, l’intégration sera plus complète. Tous les commandements seront, en fait, placés en Italie. C’est le CAOC (Combined Air Operations Center) de Poggio Renatico (près de Ferrara et Bologne) qui servira de quartier général pour l’aérien (No fly zone et frappes), formé à partir du Commandement de la Composante Air d’Izmir (Turquie) et d’éléments de Ramstein. Tandis que le MCC de Naples servira de quartier général pour le maritime (embargo).

Le tout coordonné au JFC de Naples, sous la direction du général canadien Bouchard, qui devrait coordonner les trois opérations (embargo sur les armes, no fly zone, frappes – protection des civils). « Il fallait éviter – estime un officier de la coalition – le double hatted comme on le connaît en Afghanistan ». Autrement dit, ce ne pouvait être l’amiral Lockwear qui coordonne l’opération, ayant un titre à l’OTAN (celui de commandant du JFC) mais aussi étant le commandant des forces navales de l’Africom et de l’Eucom.

Une journée avec les F-16 belges à Araxos. Reportage

le logo de l'opération Araxos 2011 sur l'épaule d'un aviateur (© NGV /Bruxelles2)

(BRUXELLES2 à Araxos – Grèce) Huitième jour de mission pour la mission belge « Falcon Freedom » déployée sur la Libye. Le détachement du 349e squadron de Kleine-Brogel, qui était venu pour un entraînement F-16, a basculé dans l’opération sans coup férir. Comme l’explique le ministre belge de la Défense, Pieter De Crem : « En quelques jours, nous avons transformé ce qui était un exercice en un véritable engagement. Immédiatement après la résolution des Nations-Unies, il y a eu la décision du gouvernement, un débat et l’approbation au Parlement ». C’est la démonstration que la « Belgique est un partenaire fiable pour les Alliés ».

36 heures pour transformer un entraînement en mission de combat

Plusieurs rotations de C130 ont été nécessaires pour acheminer tout le matériel nécessaire (© NGV / Bruxelles2)

Les Belges sont installés à Araxos, avec une infrastructure toute neuve, jamais utilisée encore par les Grecs. « Le vendredi, les Grecs nous ont quitté en situation d’entraînement. Le lundi, ils nous ont retrouvé en position de combat. » « Durant tout le week-end, plusieurs rotations de C-130 Hercules ont amené le matériel nécessaire » pour transformer l’équipe d’entraînement en équipe de combat, témoigne le Ltt « M » (*), chef du DMO (le département maintenance). Il a fallu ainsi venir les armements mais aussi le matériel et le personnel de CIS (communication and information systems). Les avions – en entraînement n’avaient pas ainsi le dispositif de cryptage « Net centric warfare », standard OTAN qui permet d’échanger des informations cryptées entre les avions, avec les Awacs et les G. De même, il fallait disposer sur la base d’un système de sécurisation des messages avec les quartiers général à Ramstein, notamment pour recevoir les ATO (les ordres de route. Une centaine de personnes travaillent maintenant sur la base

Les Grecs ont facilité énormément la tâche

Vue partielle de la base d'Araxos (© NGV / Bruxelles2)

Il a fallu aussi adapter le dispositif sur la base, notamment en matière de sécurisation des armements. Chaque avion F16 qui est armé doit être ainsi placé à une distance de sécurité supérieure (au moins 50 mètres). Du coup, des hangars supplémentaires ont été nécessaires. « Nos collègues grecs nous ont bien aidé – explique un militaire –. Sans eux, il aurait été difficile de faire si vite. Et cela aurait nécessité plus de moyens ». Un accord technique (type Sofa allégé) a été passé avec les Grecs pour partager les frais, prolongeant en quelque sorte l’accord passé pour l’exercice. En gros, les Grecs fournissent les équipements et mettent à disposition la base (c’est leur contribution à l’opération), les Belges paient ce qu’ils consomment (nourriture, essence…).

6 missions de « No Fly Zone » et 2 missions de frappes

Les Belges ont, très vite, été engagés dans la « coalition de Paris » et l’opération Odyssey Dawn, depuis vendredi 18 mars, 12 h zoulou. Le « ready to operate » (Rto) a été atteint le samedi à 17h pour l’interdiction d’avion et le dimanche à 20h pour la « No fly zone / embargo », à 18h Zoulou.

Un F16 atterrit sur la base d'Araxos de retour de mission, lundi (© NGV / Bruxelles2)

Les F-16 ont déjà effectué 5 missions de « no fly zone » sans problème. Et une mission (samedi) avec frappes au sol. Plusieurs installations de défense aérienne ont été visées, avec au moins deux tirs au but. Et les missions continuent. Ce lundi, 2 missions (4 F-16 en tout) viennent de rentrer : une de « No Fly zone » et une mission planifiée sur tirs au sol. « Mission réussie. » On n’en apprendra pas plus. Les Belges veulent rester discret. « C’est une obligation en opération. Et les Américains sont très sourcilleux sur ce point » commente un habitué des opérations.

« Au début de l’opération, la Libye avait beaucoup d’installations, avec des menaces pour les avions venant de terre, des systèmes stratégiques et tactiques (SA5, SA3, SA2) qui peuvent dépasser 50.000 pieds, et constituent donc une vraie menace pour les avions » explique un expert aérien belge. « Il a fallu donc d’abord acquérir une supériorité aérienne puis ce qu’on appelle la suprématie aérienne. Maintenant toutes les grandes menaces ne sont plus là. On peut opérer au-dessus de la Libye sans risque élevé, le risque est acceptable. »

Un pilote, bien équipé, paré au désert

Equipement standard d'un pilote de F-16 belge (© NGV / Bruxelles2)

Quand le pilote part, il s’équipe cependant avec une combinaison couleur « désert » permettant d’avoir sur lui tout le matériel nécessaire en cas de problème et d’éjection : eau, nourriture, matériel de soins, balise de survie et matériel radio spécifique permettant de déclencher le dispositif SaR (Search and Rescue). « Cela fait quelques kilos. C’est assez lourd – commente un pilote. Mais c’est nécessaire ». Précautions pas tout à fait inutiles au vu des évènements (cf. le F-15 américain qui s’est crashé suite à un problème technique).

Quand l’avion s’approche de sa cible, il a sur l’écran à la fois la cible et le cercle d’armement qui trace la zone où des dégâts potentiels sont possibles (ce qui permet d’évaluer d’éventuels dégâts collatéraux et de renoncer au cas où). Les bombes guidées laser (ou GPS selon le cas) GBU 31 , GBU 24 et GBU 10 sont calculées au plus près des cibles à effectuer. On « va calculer l’impact pour que l’ensemble des installations à viser soient détruites, même si l’impact vu du ciel paraît peu atteint ». Par exemple, le toit d’un hangar atteint par une bombe peut rester intact (ou presque) alors que la bombe qui a pénétré à l’intérieur a tout ravagé (avions, matériel…).

Les Belges restent en Grèce (pour l’instant)

Retour de mission, entretien, 1er debrief technique (© NGV / Bruxelles2)

Les Belges se sont fait à la base grecque et n’envisagent pas – comme cela avait été, un moment, envisagé – de déménager pour aller en Italie, près d’autres F-16 de la coalition. « Le fait que les Grecs ont aussi des F-16 nous facilite énormément la tâche » explique un aviateur. « Les pistes sont bien adaptées aux F-16. Ils nous fournissent le matériel d’arrêt, l’électricité aux normes OTAN… ». Et en matière de délai de route sur la zone, « nous ne sommes pas vraiment beaucoup plus loin » qu’en Italie.

« Ils nous ont donné plus qu’un coup de main – acquiesce Pieter de Crem – ne serait-ce que pour le contrôle du trafic, la garde de la base, le soutien et le support… Cela nous a permis de nous concentrer sur la mission ».

Etre en affaires courantes n’a pas gêné. Il y a un consensus belge

(© NGV / Bruxelles2)

« Nous sommes un pays de tradition latine, où la guerre est la prérogative du gouvernement, le Parlement est généralement simplement informé et son approbation n’est pas obligatoire », précise le ministre de la Défense. Le « fait d’être en affaires courantes a conduit à une situation différente. Cela nous a permis d’avoir du Parlement un mandat très clair (1), peut-être plus clair que si on avait été dans un gouvernement normalement constitué. Nous vivons dans un pays compliqué à une époque difficile. Et des clivages auraient pu apparaître alors, pas seulement Nord / Sud, mais gauche / droite ou Otan / anti-Otan. »

Et le ministre de préciser à une question de « B2 », « Le placement sous commandement de l’OTAN n’était pas une condition de notre engagement. Nous sommes immédiatement ralliés à la coalition de Paris. Car il fallait aller vite » confirme le ministre belge de la Défense. Mais « l’OTAN nous simplifie la tâche. Ne serait-ce que pour définir les règles d’engagement ».

(*) L’anonymat des personnels engagés est préservé

(1) Le Parlement belge a voté, lundi 21 mars,  « la résolution concernant la situation en Libye »  à l’unanimité moins une voix (celle de l’ex-député du Parti populaire)

Lire également :

Les opérations sur la Libye. Qui commande qui ? Qui contrôle quoi ? Synthèse (maj2)

(BRUXELLES2/Synthèse) Sur les interventions militaires en Libye, la confusion règne, habilement entretenue, par plusieurs des acteurs du dossier. Il n’y a pas une opération en Libye mais quatre, voire cinq (si on compte la mission Frontex). Tour du(des) propriétaire(s)…

La répartition des tâches paraît claire sur quatre de ces cinq missions. L’opération « No Fly Zone » devant passer sous contrôle de l’OTAN dim 27 mars.  Il ne reste, en fait que, sur la « protection des civils », le partage des tâches entre OTAN et Coalition reste encore à préciser (1). La première réunion du groupe de contact a lieu à Londres le 29 mars 2011. L’avancée de l’opposition sur le terrain pourrait faciliter et accélérer la recherche d’une solution.

Un partage de moyens et une confusion des rôles

Avant tout, il faut savoir qu’il n’y a pas d’étanchéité totale entre toutes ces opérations. Notamment au niveau des moyens employés. Ceux-ci (navires, avions et militaires/experts) restent essentiellement sous contrôle des Etats membres qui ne font que déléguer – sous des degrés divers le commandement aux structures multinationales (OTAN, UE, Coalition). Comme aucun pays n’a de moyens illimités, des moyens affectés à une opération peuvent servir à une autre, notamment en matière de renseignement aérien ou de surveillance aérienne. C’est plutôt classique dans certaines opérations internationales où coexistent plusieurs missions. Ainsi au Tchad, lors de l’opération Eufor Tchad, les avions français faisaient lors d’une même sortie des missions dénommées « Alpha » et « Bravo, » l’une pour le compte d’Eufor Tchad, l’autre pour le compte de la mission nationale Epervier.

Il faut savoir aussi que les commandants ont plusieurs casquettes. Ainsi l’amiral Sam Lockwear qui commande actuellement l’opération Odyssey Dawn (no Fly zone et protection des civils)) est commandant des forces navales américaines d’Africom et d’Eucom mais aussi le commandant OTAN du JFC (commandement conjoint) de Naples qui va superviser et/ou coordonner la plupart des opérations militaires sur la Libye de l’OTAN. Et il a comme adjoint le général Bouchard qui va prendre en charge le commandement de l’opération « No Fly Zone » pour le compte de l’OTAN et rapportera à son supérieur hiérarchique à l’OTAN qui est … Lockwear (2).

Le contrôle du ciel « No Fly zone » (OTAN)

Objectif : « interdire tous les vols dans l’espace aérien de la Jamahiriya arabe libyenne afin d’aider à protéger les civils »

Nom de code : « Odyssey Dawn » (USA), « Harmattan » (france) / Ellamy (Uk). Base juridique : §6 à 12 résolution 1973 NU. Démarrage : 19 mars 2011. La mission passe sous contrôle de l’OTAN dim. 27 mars (2). Durée : 3 mois.

Contrôle politique : les ambassadeurs des 28 pays membres de l’OTAN (NAC), élargi aux autres pays contributeurs. Commandant : Lieutenant General Bouchard (Canada). Chaine de commandement : OTAN (SHAPE) / JFC Naples / QG Aérien d’Izmir (Turquie) / CAOC Poggio-Renatico (Italie). Financement : Etats participants / Etats membres de l’OTAN

Moyens : Belgique, Danemark, Emirats Arabes Unis *, Espagne, France, Grèce, Italie, Norvège, Pays-Bas, Qatar *, Royaume-Uni, Turquie, USA.

La « protection des civils » (Coalition / OTAN)

Objectif : prendre « tous les moyens nécessaires pour protéger les populations et les zones civiles menacées d’attaque », notamment les frappes sur les moyens militaires du régime.

Nom de code : « Odyssey Dawn » (USA), « Harmattan » (france) / Ellamy (Uk). Base juridique : §4 résolution 1973 NU. Démarrage : 19 mars 2011. La mission passe sous contrôle de l’OTAN jeu. 31 mars

Contrôle politique : groupe de contact / ambassadeurs de l’OTAN (NAC). Chaine de commandement : OTAN / USA (Africom) / Coalition.

Structure de commandement : QG Africom (Stuttgart) – USS Mount Whitney) – France (Lyon) – Royaume-Uni (Northwood) =>OTAN (SHAPE) / JFC Naples / QG Aérien d’Izmir (Turquie) / CAOC Poggio-Renatico (Italie).

Commandant : Admiral Sam Lockwear (USA) => Lieutenant General Bouchard (Canada).

Moyens essentiels : France, Royaume-Uni.
Autres moyens : Belgique, Canada, Danemark, Espagne, Qatar *, USA

Le contrôle de l’embargo sur les armes par voie maritime (OTAN)

le porte-avions Garibaldi 551 (crédit : marine italienne)

Objectif : « garantir la stricte application de l’embargo sur les armes, inspecter sur leur territoire et en haute mer, les navires et aéronefs en provenance ou à destination de la (Libye) ».

Nom de code : « Unified Protector ». Base juridique : §9-10 résolution 1970, §13 résolution 1973 ONU. Démarrage : 22 mars 2011. Financement : Etats membres / OTAN

Contrôle politique : les ambassadeurs des 28 pays membres de l’OTAN (NAC).

Chaine de commandement : OTAN (SHAPE) / JFC Naples / MCC Commandement maritime de Naples. Commandant : vice-amiral Rinaldo Veri (Italie).

Moyens essentiels : Italie, Turquie.
Autres moyens : Belgique, Canada, Espagne, Grèce, Pays-Bas, Royaume-Uni, USA, Bulgarie, Roumanie.

Le soutien humanitaire (Union européenne)

Migrants à la frontière tunisienne (Crédit : HCR)

Objectif : fournir des moyens aux organisations internationales « à leur demande » pour : 1) rapatrier les réfugiés et personnes déplacées (pont aérien et maritime), 2) gérer ou sécuriser les camps de réfugiés en Tunisie, Egypte, ou dans « d’autres pays » (NB: Libye, Niger…).

Nom de code « Eufor Libya » (provisoire). Base juridique : §26 résolution 1970 NU / Décision Union européenne. Démarrage : avril 2011 (à préciser)

Contrôle politique : 26 ambassadeurs du COPS de l’UE. Structure de commandement : QG de Bruxelles / OHQ Rome (à définir). Chaine de commandement : UE.

Moyens : à définir (pourraient participer : Finlande, Grèce, Pologne, Suède, Arabie Saoudite * ?).

La surveillance des frontières (Union européenne / Frontex)

Garde-côte sur la Mediterranée (Crédit : UE/ Frontex)

Objectif : surveiller les arrivées de bateaux chargés d’immigrés.

Nom de code : Hermès (mission civile avec les moyens de gardes-côtes et certains moyens militaires). Base juridique : art. 67 et 77 Traité de fonctionnement de l’UE.  Démarrage : 19 février 2011.

Contrôle politique : ministères de l’Intérieur des Etats riverains (Italie / Malte). Structure de commandement : coordination entre Etats membres / Frontex.

Moyens : Italie (navals + aériens) + France, Allemagne, Pays-Bas, Malte, Espagne (+ experts : Espagne, Belgique, Portugal, Allemagne, Autriche, Pays-Bas, Roumanie,  Malte, Suède, Suisse *). Financement : budget CE.

Lire également :

(*) Non membre de l’OTAN, non membre de l’UE
 
(1) Le général américain Carter Ham qui commande l’US Africom a bien distingué les 3 opérations (le 25 mars) : « There are three components of implementing the provision of UN Security Council Resolution 1973. Maritime, which is the arms embargo that has transitioned to NATO and is under the command of an Italian admiral; no-fly zone, which will transition very soon, probably this weekend, and there’ll be a Canadian three-star operating under NATO command for that; and the protect civilians mission, which NATO, as my understanding has agreed to in principal, and I think they’ll have discussions over this weekend as precisely how to accept that mission. That should occur pretty shortly. In the interim, the protect civilians mission and currently the no-fly-zone mission are under my authority, and I work for the secretary of defense and the president of the United States. »
 
(2) Le général américain Carter Ham qui commande l’US Africom a confirmé cette « boucle » à nos confrères de NBC : « the next higher NATO commander is Admiral Sam Locklear, who is, in his NATO capacity, is the commander of Joint Force Command Naples – a NATO position – but he is also the U.S. commander of Joint Task Force Odyssey Dawn, so he is intimately familiar with this mission. And he is exercising presence simultaneously – some U.S. responsibilities and his NATO responsibilities. Ultimately, when the entirety of the mission goes to NATO, assuming that decision is made, there’ll be the three-star Canadian officer who I know and have great confidence in, will be the commander and he will report to Admiral Locklear in his NATO role, and of course Admiral Locklear reports to Admiral Stavridis, U.S. officer who is the Supreme Allied Commander Europe
 
(mis à jour jeudi 31 mars)

L’opération Odyssey Dawn passe sous commandement de l’OTAN. Enfin presque…

Le drapeau de l'OTAN avait été hissé dès le début de l 'opération sur le Charlottetown, le navire canadien (crédit: Forces canadiennes)

(BRUXELLES2) Même si les autorités françaises ne veulent pas l’avouer ouvertement, on semble bien se diriger vers un accord pour permettre un pilotage quasi-total des opérations de No Fly Zone et de frappes aériennes (« protection des civils ») par l’OTAN ? En tout cas, tout le laisse supposer. Certes les réunions se sont succédées à l’OTAN. Plutôt orageuses à en juger par les différentes informations qui transpirent. Les portes ont claqué ces derniers jours. Et, tour à tour, l’Allemagne, la France ou la Turquie ont connu « prises de bec » et « mots doux ». Le secrétaire général, A.F. Rasmussen, ne ménage pas sa peine, depuis plusieurs jours, pour arriver à ses fins : remettre l’opération dans le droit fil de l’OTAN. Mais la discussion a vraiment été tout, sauf amicale. A coté, les discussions à l’Union européenne pouvaient « presque paraître courtoises » raconte un expert au fait du dossier.

Une pression forte de toutes parts

La pression a été, en effet, très forte tant du coté des pays engagés dans la coalition militaire que dans ceux qui y sont hostiles pour que l’OTAN s’implique. En résumé…

Du coté de la coalition, plusieurs pays ont souligné que l’OTAN constitue le seul cadre possible pour leur implication dans l’opération (Italie, Grèce, Danemark, Norvège, voire Belgique…), la Norvège allant même jusqu’à suspendre sa participation tant qu’aucune solution « claire » de commandement n’a pas été trouvée. Quant aux Américains, ils souhaitent se désengager de l’opération sans pour autant laisser une coalition dirigée par les Européens (et les Français). Les Britanniques, alliés de circonstance aux Français, suivent, ils sont décidés avant tout à préserver leur lien « privilégié » avec les Etats-Unis et à conforter l’Alliance atlantique.

Du coté des réticents à l’action militaire, la Turquie qui refuse toute frappe militaire sur un pays arabe et musulman et une solution politique a bloqué l’opération de l’OTAN. Mais joue d’autres cartes en coulisse (cf. plus loin). Quant à l’Allemagne qui ne veut pas être mêlée de près ou de loin à une opération militaire, et juge les frappes militaires inefficaces et contre-productives, ne s’oppose pas à la saisine de l’OTAN. Au contraire, elle la réclame. Selon nos informations, elle ne s’est ainsi ni opposée au plan d’opération (OpPlan) de la « No Fly zone » ni à celui sur le contrôle de l’embargo sur les armes, même si elle a repris le commandement de tous ses navires en Méditerranée.

La France plutôt isolée

Résultat, la France, partisane de garder l’autonomie de l’action de la coalition pour des raisons à la fois opérationnelles (ne pas laisser prendre le pouvoir par les pays réticents aux frappes) et politiques (éviter un coté occidental « croisade » à l’opération) tout en évitant l’extension de l’OTAN sur la rive sud, a dû céder. On est ainsi passé en quelques jours d’une opération « menée en coalition » à une opération « menée avec le soutien de l’OTAN sous contrôle de la coalition » puis à une opération « où l’OTAN aura un rôle-clé« . Un glissement qui n’est pas uniquement sémantique mais recèle également des conséquences politiques et opérationnelles.

La chaine de commandement de l’OTAN, un « NAC + » et/ou un groupe de contact

De fait, la chaîne de commandement de l’OTAN serait ainsi intégralement préservée : du SHAPE avec l’amiral Stravridis au JFC de Naples qui servira de OHQ/FHQ — sous l’autorité de l’amiral … Lockwear (US), qui commande déjà l’opération menée en coalition, et du Ltt Général Bouchard, son adjoint canadien. Coté aérien, ce serait le centre d’Izmir (Turquie) qui pourrait être désigné pour structurer la « No Fly zone ». Ce qui serait de facto l’intégration de la Turquie au dispositif.

Le pilotage politique est le point délicat du dispositif. Certains voulaient que l’OTAN prenne le contrôle politique de l’opération, la France veut conserver l’autonomie stratégique des pays partisans de l’intervention (et la sienne). La solution d’un NAC +, élargi aux pays contributeurs extérieurs (comme le Qatar) était la solution préconisée par les premiers. La solution d’un pilotage politique totalement distinct de l’OTAN avait la préférence de la France. Avec la mise en place d’un « groupe de contact » regroupant les pays participants à l’opération (la première réunion a lieu mardi à Londres). La liaison et le rôle du NAC, dans cette hypothèse, doit encore être précisé.

* Précisons que l’opération « Odyssey Dawn/Harmattan » regroupe en fait deux opérations aux objectifs et bases juridiques différentes : la No Fly Zone et la Protection des civils (qui obéissent à deux chapitres distincts de la résolution 1973 de l’ONU). Des solutions différenciées peuvent être trouvées pour chacune de ces deux opérations. Sans compter des solutions pragmatiques qui pourraient permettre à la France de garder une certaine autonomie d’action tactique, sur certaines zones géographiques ou certains objectifs (une sorte de caveat à l’envers).

* Un haut diplomate français a confirmé que l’on s’orientait vers cette solution : un NAC+ pour la « no fly zone » et un groupe de contact pour l’opération « protection des civils ». Les deux opérations étant de toute façon coordonnées et centralisées par le QG de l’OTAN à Naples, sorte de tour de contrôle pour la soixantaine d’avions qui vont participer à l’opération.

Derrière cette discussion…

D’autres intérêts sonnants et trébuchants

Hormis les grandes idées géostratégiques, il y a des intérêts sonnants et trébuchants, notamment du coté des Etats-Unis et du Royaume-Uni. Faire intervenir l’OTAN, c’est aussi s’assurer qu’ils ne seront pas les seuls à payer mais que tous les pays contribueront à hauteur de leur engagement. Du coté du secrétaire général, A.F. Rasmussen, cela permet de masquer que le budget de l’OTAN ne sera pas tenu dans d’aussi étroites marges budgétaires que voulues. Une opération générant des dépenses, il peut être logique de voter une rallonge budgétaire, ou à tout le moins de desserrer l’étau budgétaire.

Les suites du sommet de Lisbonne

Et, surtout, il y a les suites du sommet de Lisbonne de l’OTAN, avec l’engagement de réduction du personnel, du nombre de bases, et une nouvelle répartition des commandements. Une décision devrait être prise avant juin au plus tard. Le nombre de quartiers généraux de composantes doit être réduit de moitié. On passe de 6 à 3. Si on sait que coté maritime sont en concurrence Naples (Italie) et Northwood (Royaume-Uni), que coté aérien sont en « concurrence » Ramstein (Allemagne) et Izmir (Turquie), si on sait que parmi les trois commandements de Brunssum (Pays-Bas), Naples (Italie) ou Lisbonne (Portugal – commandé par un Français), un doit disparaître également, … on comprend mieux certaines positions. Certains sont en apparence durs mais ouverts à la négociation (Turquie), d’autres réticents à l’opération au départ mais enthousiastes ensuite (Italie) ou plein d’hésitations (Allemagne). Au final, l’Allemagne pourrait avoir perdu Ramstein et l’Italie sécurisé un des commandements à Naples (pour le JFC).

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(Mis à jour 23h, opération différenciée, et 1h du matin, haut diplomate)

Deux anciens d’Atalanta aux commandes d’Odyssey Dawn coté français

(BRUXELLES2) Deux anciens commandants de l’opération anti-pirates de l’Union européenne (Eunavfor Atalanta) sont actuellement aux commandes coté français de l’opération Odyssey Dawn, menée en coalition sur la Libye. La JTF étant placée pour l’instant sous le commandement des Américains, de l’amiral Samuel J. Locklear

L'amiral Locklear (US) et le Va Labonne (Fra) sur l'Uss Mount Whitney (crédit : U.S. Navy / Petty Officer 2nd Class Daniel Viramontes.)

Le vice-amiral Jean-Pierre Labonne, bien connu des lecteurs de ce blog quand il était le commandant adjoint de l’opération Atalanta les six premiers mois de son lancement (1), assure le rôle de « senior national representative » pour la France. Il est chargé de défendre les positions françaises dans l’Etat-major de la coalition (JTF), notamment pour veiller à ce que les règles d’engagement et les caveats, le respect du cadre d’engagement, soient respectées.

Coté britannique, ce rôle est assuré par le Rear Admiral Russ Hardy.

Coindreau (FR) et Locklear (US) à bord du Charles de Gaulles (crédit : ministère Fr de la Défense)

Quant à la force navale (CTF473) engagée sur place, elle est commandée par le contre-amiral Philippe Coindreau, à bord du Charles de Gaulle. Cet officier assurait le commandement de la force navale européenne anti-piraterie dans l’Océan indien les quatre derniers mois de 2010.

On peut remarquer que généralement le commandement de l’opération Atalanta constitue sinon un « propulseur de carrière », du moins un passage obligé pour la carrière dans la marine, en France comme au Royaume-Uni d’ailleurs.

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La Norvège précise les conditions de leur participation à l’opération Odyssey Dawn

Le C130 norvégien en Crète pour l'opération sur la Libye (crédit : armée norvégienne)

(BRUXELLES2) Cela a été un petit coup de tonnerre dans la coalition « Odyssey Dawn ». La décision norvégienne de suspendre la participation de ses F-16 à la « No Fly Zone » au-dessus de la Libye tant que « la structure de commandement n’est pas définie » méritait d’être expliquée. C’est chose faite. La ministre de la Défense norvégienne, Grete Faremo, a publié une note dans laquelle elle exprime ses conditions pour participer à une mission de coalition, une coalition internationale qui doit être aussi « large que possible, avec une participation importante des pays de la région ».

Des conditions qui ne sont pas vraiment différentes des conditions fixées lors de « toute participation de la Norvège à des opérations internationales » a-t-elle précisé :

  • faire partie d’un commandement efficace et de contrôle;
  • avoir accès à et approuver les plans d’opération;
  • avoir le plein contrôle de la façon dont les forces norvégiennes norvégiens sont utilisés;
  • la loi norvégienne et le droit international, base de la contribution de la Norvège;
  • soumission du personnel norvégien à la juridiction norvégienne;
  • règles pour l’utilisation de la force (règles d’engagement) satisfaisantes par rapport aux objectifs de l’opération et la sécurité pour les forces armées norvégienne;
  • inclusion des officiers norvégiens dans la chaîne de commandement pour s’assurer que les contributions des forces norvégiennes n’est pas en conflit avec la loi norvégienne.

Une fois que le dispositif de commandement est en place, les forces norvégiennes sont prêtes à « s’acquitter du respect de tous les aspects de la résolution 1973, dans une fonction  air-air comme air-sol. » Et ce dans un délai « rapide », souligne la ministre de la Défense. NB : Les avions de combat norvégiens sont aujourd’hui déployés avec les éléments de soutien dans la base de Souda, en Crète. La Norvège prévoit un premier mandat à ses avions de 3 mois, pour un budget dégagé de 70 millions de couronnes (environ 8,9 millions d’euros).

A. Juppé. « L’UE ne peut être seulement une ONG humanitaire »

Alain Juppé au Conseil (Crédit : Conseil de l'UE)

(BRUXELLES2) Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé a fait un petit debrief du Conseil des ministres de l’UE devant les journalistes. Mots choisis…

La France n’entend pas baisser la garde sur l’Europe de la défense

Alain Juppé l’a répété hier « C’est une réflexion qu’il faut poursuivre. L’UE ne peut pas être seulement une ONG humanitaire. Elle doit avoir, au titre avec la PSDC sa propre capacité d’intervention, en complémentarité de l’OTAN. J’ai demandé un sommet européen d’ici la fin de l’année sur le sujet.  (…) Nous demandons à la Haute représentante de l’UE de « redonner des couleurs à la PSDC » notamment pour permettre à l’Agence européenne de Défense de jouer son rôle. Cela a toujours été la position France et nous entendons la défendre. »

L’action militaire nécessaire en Libye

Le Ministre de Nicolas Sarkozy a aussi tenu à défendre l’action entreprise par la France en coalition avec le Royaume-Uni et les USA. « Le seul renforcement des sanctions n’aurait pas pu sauver Benghazi. (…) Regardez ce qui se passe en Côte d’Ivoire. Si nous n’avons pas agi, il serait probable que Benghazi serait dans un bain de sang. Nous avons sauvé la ville de Benghazi » explique Alain Juppé. L’action va se poursuivre « de façon à neutraliser la possibilité de Kadhafi de viser la population civile, c’est l’objectif assigné par la résolution ».

« Le seul renforcement des sanctions n’aurait pas pu sauver Benghazi
Sans action militaire, Benghazi serait dans un bain de sang »

Le départ de Kadhafi mais pas un changement de régime

« La résolution nous oblige à protéger les civils, pas de changer le régime. C’est au Conseil de transition et à toutes les forces de choisir le régime qu’ils veulent. Ce qui ne nous empêche pas de demander le départ de Kadhafi. Nous envisageons de réunir différents partenaires pour proposer solution politique. »

Des sensibilités différentes autour de la table

Alain Juppé a tenu à dédramatiser les différences au sein de l’UE. « Nous avons eu une discussion où sont apparues des sensibilités différentes. Il existe des différences d’approches : des pays se sont abstenus et ne participent pas à l’opération. Mais l’objectif est commun ». Mais il n’y a pas de scepticisme partagé (comme le proclamait urbi et orbi Westerwelle) estime le Ministre. Reprenant une formule utilisée juste auparavant par le ministre délégué aux Affaires européennes, Laurent Wauquiez, il a ajouté : « Il ne faut pas hyperboliser d’éventuelles différences. » Et concernant le couple franco-allemand, Alain Juppé tient à prendre un peu de distance : « Ce n’est pas un drame. Nous n’avons pas été toujours d’accord. Je dis ce que je pense. Et Westerwelle aussi. On a déjà un point d’accord. »

Mais une unanimité au final

Effectivement, il faut relire les conclusions du Conseil (télécharger ici version anglaise) qui marque un accord des 27 : « les partenaires sont déterminés résolument et collectivement, avec tous les partenaires internationaux, particulièrement la Ligue arabe et les autres acteurs régionaux, pour donner plein effet à ces décisions » même « s’ils (y) contribuent par des voies différentes ». Ces « décisions » visent d’une part l’adoption de la résolution 1973 du conseil de sécurité de l’ONU pour laquelle les 27 affirment leur « détermination à contribuer à sa mise en oeuvre », d’autre part le Sommet de Paris, défini comme une « contribution décisive à sa mise en oeuvre ».

NB : Une tournure de phrase qui a été rajoutée par rapport à la première proposition qui était sur la table des 27 et est essentiellement due à la volonté de la diplomatie française de ne pas laisser le Sommet de Paris de coté.

Le problème : l’Union africaine

Alain Juppé ne se l’est pas caché. C’est un problème. « L’Union africaine, c’est vrai n’a pas pris de position. Il faut poursuivre le dialogue avec Jean Ping et les pays africains. C’est important de les associer à l’opération et de l’entraîner ».

« Nous soutenons l’aspiration de tous ces peuples
à la liberté et à la démocratie face à des régimes épuisés »

La révolution continue : au président Saleh de dégager !

Enfin  le ministre a tenu à souligner que « du Maroc au Golfe persique, il y a une ligne cohérente. Nous soutenons l’aspiration de tous ces peuples à la liberté et à la démocratie face à des régimes épuisés par la corruption, des pratiques dictatoriales…. Il faut construire des démocraties qui ne seront pas forcément les copies des démocraties occidentales. Nous le disons avec beaucoup de force au Yemen. Le départ du président Saleh est incontournable. Nous apportons notre soutien à tous ceux qui se battent pour la démocratie, en faisant appel au dialogue, et à la retenue. »

La coalition déborde-t-elle des clous de la résolution de l’ONU ?

Tir d'un missile Tomahawk de l'USS Barry en soutien à l'Operation Odyssey Dawn (crédit : U.S. Navy / Petty Officer 3rd Class Jonathan Sunderman)

(BRUXELLES2/Analyse) C’est l’accusation principale portée par l’Union africaine, et certains pays arabes comme européens (l’Allemagne en particulier) sur l’action militaires développée en Libye. En frappant des cibles, la coalition aurait débordé du rôle qui lui était dévolu par la résolution de l’ONU. Point de vue qui n’est pas vraiment confirmé si on lit bien la résolution 1973 de l’ONU.

Deux objectifs différents

La résolution met en place deux objectifs qui font l’objet de deux paragraphes différents : « protection des civils » et « zone d’exclusion aérienne » qui figurent à des paragraphes différents. La protection des civils permet de prendre « toutes les mesures nécessaires pour protéger les civils et zones de populations civiles sous la menace d’une attaque en Libye, incluant Benghazi ». Tandis que la « No Fly Zone » autorise les Etats membres de l’ONU à prendre « toutes les mesures nécessaires pour faire appliquer cette interdiction et prévenir les attaques aériennes contre la population civile ».

Clairement l’action effectuée par les Rafale le premier jour, le 19 mars, répond au premier objectif. Tandis que les frappes effectuées ensuite par les Américains et Britanniques avec les Tomawakh répondaient davantage au second objectif.

Un mode d’action large

Si on prend la zone d’exclusion aérienne, elle peut classiquement être mise en place de deux manières : soit uniquement par intervention après coup – quand l’avion est sorti – avec interception voire destruction de l’appareil en vol ; soit par destruction préalable de toutes les défenses aériennes et tous les avions. Le danger de cette méthode est le possible dégât collatéral. Mais la première méthode, « douce » en apparence, peut se révéler aussi mortifère : pour l’avion chargé de faire respecter la zone d’exclusion aérienne, comme pour les populations qui se trouvent au-dessous de l’échange. La résolution permet d’utiliser les deux méthodes.

Le mode d’action choisi par la résolution de l’ONU est en effet très large qu’il s’agisse de la No Fly Zone ou de la protection des civils. Elle permet l’usage de toutes « mesures nécessaires » à l’objectif poursuivi. Et prévoit non pas seulement des actions défensives (après une attaque) mais préventives (avant une attaque).

Pas de force d’occupation mais…

L’interdiction d’une force d’occupation a souvent été interprétée comme une interdiction de présence au sol. Or, rien n’est prévu de la sorte. Cette action se situant sous le chapitre VII, rien n’interdit a priori le déploiement d’une force de l’ONU destinée à protéger les civils ou plutôt de fixeurs destinés à guider les avions chargés de faire respecter la Non Fly zone.

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Petites discussions entre alliés sur la Libye

Le QG embarqué à bord de l'Uss Mount Whitney. A droite de dos, les officiers de liaison français et, de face, britanniques (Crédit : Us Navy)

(BRUXELLES2) L’opération sur la Libye a démarré sans que toutes les options, souvent, définies, par des plans savamment conçus et discutés, soient finalisées. Résultat, elles doivent être résolues en marchant. Et les différences d’appréciation, les divergences se marquent au grand jour, au lieu de se faire, en catimini, dans le secret du confessionnal des planificateurs militaires et politiques.

Quelle est l’organisation politique qui portera l’opération ?

L’OTAN était candidate à supporter l’opération, pas l’Union européenne. Plusieurs pays souhaitaient que la coordination se fasse au sein de l’OTAN, qu’ils participent à l’opération (Danemark, Norvège, Belgique et Italie) ou non (Allemagne). Mais il semblerait que l’option choisie soit finalement la coalition. D’un coté, la France ne souhaitait pas que l’OTAN soit impliquée, pour des raisons politiques (soutien nécessaire des pays arabes) et de principe (pas d’extension de l’OTAN en Afrique). De l’autre, la Turquie ne veulent pas s’impliquer dans une opération militaire ni voir l’OTAN impliquée.

Ce double blocage devrait aboutir à constituer les structures de commandement sur une base ad hoc, avec le soutien des structures  l’OTAN mais surtout des structures américaines. Le « contrôle politique est assuré par la coalition. Et l’OTAN apporte sa participation pour planification et coordination. » comme le précise Alain Juppé, le ministre français des Affaires étrangères. « Ce seront les Ministres des affaires étrangères piloteront et délégueront aux militaires et à l’OTAN. »

Où sera situé le QG de commandement ?

Il est situé actuellement à Stuttgart à l’Africom (en Allemagne). Les Italiens ont souhaité qu’il soit placé à Naples. Les commandements des composantes : à Ramstein (Allemagne), pour la composante Air ; l’USS Mt. Whitney, pour la composante Marine, en Mediterranée. Les éléments britanniques sont coordonnés à Northwood (Londres) dans leur QG des opérations (qui sert également de QG pour l’opération maritime anti-pirates de l’Union européenne, Atalanta) tandis que les éléments français sont coordonnés à Lyon.

Les généraux Woordward Ham et Johnson sur la base de Ramstein - Allemagne (crédit : US Africom)

Les Américains ont annoncé que la JTF (Joint Task Force) était commandée par l’amiral Samuel J. Locklear, assisté pour la composante maritime par le vice-amiral Harry B. Harris à bord de l’USS Mt. Whitney et pour la composante aérienne par le Maj Gen Margaret Woodward, basée à la Ramstein (Allemagne). Le commandement de « théâtre » est assuré par le commandement d’Africom, le général Carter Ham, au quartier général d’Africom à Stuttgart, solution transitoire avant de passer le flambeau à un « commandement de coalition ». Un commandement franco-britannique pourrait être constitué.

Le nom de l’opération

Enfin, last but not least, il n’y a pas d’opération sans un nom de code. Ainsi que je l’annonçais, chacun des pays impliqués en premier dans la coalition a donné son nom de code : « Harmattan » pour les Français, « Emelly » pour les Britanniques, « Mobile » pour les Canadiens et « Odyssey Dawn » pour les Américains. Ce nom devrait l’emporter, traduit en français par « Aube de l’Odyssée » (ou « l’Odyssée débute »).