Nucléaire

Iran. La victoire de Janus. Premières leçons d’un accord historique

Les négociateurs. (De gauche à droite) Jacques Audibert (France), Sergei Ryabkhov (Russie), Helga Schmid (SEAE), Catherine Ashton (UE au nom des 5+1), Mohamad Javad Zarif (ministre iranien des affaires étrangères), Seyyed Abbas Araghchi (Iran) (crédit : SEAE)

Les négociateurs. (De gauche à droite) Jacques Audibert (France), Sergei Ryabkhov (Russie), Helga Schmid (SEAE), Catherine Ashton (UE au nom des 5+1), Mohamad Javad Zarif (ministre iranien des affaires étrangères), Seyyed Abbas Araghchi (Iran) (crédit : SEAE)

(BRUXELLES2) Le pouvoir de la négociation, et des sanctions, ont gagné sur le sentiment guerrier. Autrement dit la victoire de Janus (Dieu des portes) sur Mars (Dieu de la guerre). Voici en quelques mots le sentiment que l’on peut avoir immédiatement après l’annonce à Genève d’un accord sur le nucléaire iranien. Certes, ce n’est qu’un accord intérimaire valable pour six mois. Et il faudra voir si Téhéran respecte tous les termes du contrat. Mais on peut réellement employer le terme de « historique ». Et on peut commencer à tirer, à chaud, quelques leçons pour l’avenir.

Le grand jeu diplomatique

Cet accord pourrait sceller le grand retour de l’Iran sur la scène diplomatique internationale. Il pourrait ainsi produire des effets par ricochet sur la scène régionale. Pour la situation en Syrie comme en Afghanistan, ou en Palestine, on peut espérer que cet accord sera positif. Espérons ainsi que la prochaine conférence de Genève qui devrait s’engager prochainement entre les Syriens et la communauté internationale soit aussi couronnée de succès. Pour les pays du Golfe (Arabie Saoudite, Qatar…) qui, jusqu’ici, disposaient d’une position « privilégiée », cela signifie sans doute un certain amoindrissement de leur puissance ou, plutôt, le juste retour, à leur place originelle. Pour Israël, cet accord pourrait être à double effet : version négative, cela redonne à l’Iran du souffle financier et lui permet de soutenir financièrement ses alliés du Hezbollah ou du Hamas ; version positive (à plus long terme), les deux grands pays « non arabes » de la région rétablissent des liens qu’ils avaient perdus.

Pour la Russie, c’est aussi une nouvelle victoire. La diplomatie russe a joué un rôle non négligeable en poussant à un accord avec l’Iran et en refusant d’aller plus loin dans de nouvelles sanctions. « La coalition des sanctions menaçait de s’effilocher. Car l’Iran offrait une solution diplomatique. Et nous aurions été incapable d’amener nos partenaires à faire le travail essentiel nécessaire pour renforcer nos sanctions » reconnait le département d’Etat US.

La France a sans doute eu raison de bloquer les premiers éléments de l’accord. Paris a joué un rôle clé dans le maintien d’une pression sur l’Iran (d’où les éléments d’avancées « non réversibles »). On a pu s’interroger sur les raisons de ce blocage. Plusieurs éléments ont joué. Mais il ne faut pas oublier que parmi les pays négociateurs, la France a été un des seuls pays à être victime du terrorisme animé par l’Iran. Du même coup, le gouvernement français a réussi à renouer des liens plus solides avec Israël.

L’effet « sanctions » : la victoire de Janus

Côté européen, et international, on ne peut que se satisfaire de ce résultat qui valide la position de la diplomatie européenne comme du dispositif européen de sanctions. Au résultat, on peut effectivement considérer que c’est une victoire de l’esprit de Janus, qui était traditionnellement représenté comme tenant une clef dans une main (la négociation, l’ouverture) et de l’autre des verges (les sanctions).

La montée en puissance, progressive et régulière, des sanctions à la fois de l’Union européenne et des Etats-Unis, qui a visé peu à peu les principaux facteurs de l’économie iranienne (pétrole, finances, assurances, industrie, maritime…), ont eu un effet direct – sur le marché iranien – mais aussi indirect. Elles ont détourné une partie des entreprises occidentales du marché persique considéré comme à risque.

Les Européens sont, en effet, restés unis, tout au long de cette procédure, malgré la difficulté pour certains pays, comme la Grèce, qui ont dû s’adapter et subir les effets pervers des mesures prises par l’Union européenne (par exemple en les privant d’un pétrole à bon marché, car consenti à crédit). Ce fait est à souligner d’autant plus que l’on se plaît souvent à montrer les Européens divisés.

Pour la diplomatie européenne, c’est aussi incontestablement une victoire. Et non des moindres ! Car elle a durant toutes ces années coordonné les efforts des 5+1 et mené les débats. Elle a su maintenir au fil du temps, et malgré les difficultés ou échecs, le fil du dialogue.

Naturellement, ce bon résultat sera à porter au crédit de la Haute représentante de l’UE, Catherine Ashton, qui négociait au nom des P5+1  quand on fera le bilan de son action dans quelques mois, au même titre que le dialogue dans les Balkans.

Il ne faut pas cependant oublier d’associer à cette action celle de son prédécesseur, Javier Solana, qui avait fait du dossier iranien un de ces sujets favoris. Et il ne faut pas négliger un fait important : cette avancée est avant tout due au changement de position et de régime à Téhéran.

Il ne faut pas minorer non plus l’effet « matraque ». En agitant à quelques reprises la menace de frappes, Israël a joué le rôle du bad boy. De la même façon, les actions discrètes comme l’introduction de virus informatique dans les systèmes d’information iranien ont été un marqueur de la négociation.

Les détails de l’accord intérimaire sur le Club

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Nucléaire iranien : Attention au jeu de dupes (L. Fabius)

LaurentFabiusJavadZarif@Fr131105(BRUXELLES2) A l’entame du troisième jour des négociations sur le nucléaire iranien à genève, entre les membres du Conseil de sécurité (+ l’Allemagne *) et leur homologue iranien, Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères, s’est voulu modérément optimiste. Ce matin sur France-Inter, il a notamment rappelé la position de la France qui se veut ferme. Mais aussi très claire. (écoute audio ci-dessous).

Un texte initial pas satisfaisant

« Le texte initial avancé n’est pas satisfaisant. Nous voulons un accord mais pas un jeu de dupes » a ainsi expliqué le ministre. « Pendant des années, l’Iran a développé un programme dont nous suspectons qu’il soit militaire. Si nous acceptons que l’Iran se dote de capacités nucléaires civiles, Car ce serait extrêmement dangereux dans la région et plus généralement » dans le monde. « Il y a eu des avancées. Mais nous n’avons aucune certitude de conclure. »

Deux conditions à respecter

Laurent Fabius a mis en avant deux questions majeures à régler. Premièrement, « le réacteur de Arak produit beaucoup de plutonium qui est très proliférant. Nous ne voulons pas que durant la négociation cela continue. » Deuxièmement, l’enrichissement. « Il y a tout un stock d’uranium enrichi à 20%, ce qui permet d’aller à 90% (**). C’est-à-dire militaire. Comment redescendre le stock de 20 à 5% ? Et que faire pour le futur ? » Si ces questions là « ne sont pas réglées, ce n’est pas possible ». 

Pas de levée des sanctions sans concession majeure

Quant à réduire les sanctions, la France n’y voit pas d’obstacle à condition que le processus de réduction soit « ciblé et réversible ». « Il n’est pas possible de lever cette arme, sans concessions majeures ».

(*) Négociation dite 5+1 en langage international (5 membres permanent du Conseil de sécurité de l’ONU + l’Allemagne) ou E3+3 en langage européen car désignant France-Allemagne-Royaume-Uni d’un coté et Usa-Chine-Russie de l’autre (dénomination préférée au niveau européen car elle n’isole pas l’Allemagne).

(**) Pour les experts du nucléaire, l’essentiel de l’effort a déjà été accompli par les Iraniens. Il ne faut se fier à l’apparence des pourcentages, comme l’a expliqué récemment un expert de haut niveau à B2. Aller de 3-5% à 20% « c’est plus que la moitié de l’effort pour atteindre 97% », soit le taux d’usage militaire. D’où l’inquiétude des alliés sur l’existence d’un stock très important à 20% et de la question de sa destination.

Première conversation avec le nouveau chef de la diplomatie iranienne

(BRUXELLES2) Une première discussion entre Catherine Ashton, la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et le ministre des Affaires étrangères, Javad Zarif a eu lieu, samedi (17 août). Et un rendez-vous devrait bientôt suivre… Les deux partenaires en ont convenu. Rendez-vous qui pourrait avoir lieu fin septembre, en marge de l’assemblée générale de l’ONU. L’Iran veut reprendre des discussions a annoncé le ministre iranien. La Haute représentante – qui négocie pour le groupe des E3+3 (*) a, de son côté, souligné combien elle était « déterminée et engagée à rechercher une solution diplomatique sur la question nucléaire iranienne ». Les E3+3 sont prêts à travailler avec la nouvelle équipe de négociation iranienne « aussitôt qu’elle sera nommée ». Des « conversations substantielles pourraient conduire à des résultats concrets rapidement ». Les deux responsables de la diplomatie ont aussi discuté des questions régionales (entendez-là notamment la Syrie …).

(*) les 3 pays européens (France, Royaume-Uni, Allemagne) + États-Unis, Russie et Chine. Ce groupe est aussi dénommé 5+1 (les 5 membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU + l’Allemagne).

Réunion technique à Istanbul sur le nucléaire iranien

(BRUXELLES2) Les experts des six pays dits « E3+3″ (Allemagne, France, Royaume-Uni, Chine, Russie, Etats-Unis) se sont retrouvés comme prévu à Istanbul, lundi (18 mars), pour « des discussions techniques » avec l’Iran sur la question du nucléaire. Sous la houlette de Stephen Klement, expert nucléaire, qui coordonnait la réunion, les experts des E3+3 ont apporté des « précisions » sur la proposition de renforcement de la confiance révisée présentée à l’Iran lors de la réunion d’Almaty les 26 et 27 Février derniers. La réunion a également « été l’occasion pour les experts de E3+3 et les experts iraniens d’explorer leurs positions sur un certain nombre de sujets techniques » précise un communiqué de la Haute représentante. Prochaine réunion : au niveau politique à Almaty les 5-6 Avril.

Nucléaire iranien : un processus de discussion engagé

la réunion à Almaty (crédit : EEAS / AFP)

(BRUXELLES2) Le principal résultat de la réunion d’Almaty entre les E3+3 (Européens + USA, Russie, Chine) et l’Iran est d’avoir convenu un planning de rendez-vous. Une réunion entre les experts techniques aura lieu à Istanbul le 18 Mars. « Ceci est important, parce que c’est une occasion pour les Iraniens d’examiner en détail avec leur personnel technique, la proposition que nous mettons sur la table » a expliqué Catherine Ashton, la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères qui présidait la réunion. Et une nouvelle réunion au niveau politique aura lieu à Almaty, les 5 et 6 avril.

Une proposition de confiance

Pour la Haute représentante un premier pas a été franchi. « Nous avons mis ce que nous appelons une proposition de mise en confiance sur la table. C’est l’occasion pour l’Iran de prendre des mesures initiales qui permettraient d’améliorer la confiance de la communauté internationale dans la nature pacifique de tout son programme nucléaire, en échange de quoi nous ferions des choses ainsi. Cela pourrait nous conduire à être en mesure d’avancer davantage avec des discussions substantielles.

Mais la prudence demeure. « Le sentiment d’Almaty aujourd’hui, c’est que nous avons maintenant un processus (engagé). Mais l’optimisme réel viendra quand nous commencerons à voir des progrès réels. Notre espoir est de voir l’Iran avancer, prendre en compte cette proposition, l’accepter et s’engager à mettre en œuvre leur partie. Ce sera un réel progrès, et ce sera la véritable cause de l’optimisme. »

Télécharger la déclaration de la Haute représentante de l’UE après Almaty pdf

Les discussions avec l’Iran reprennent… à Almaty. Une offre révisée de l’UE

(BRUXELLES2) C’est finalement au fin fond de l’est européen, à Almaty (Alma-Ata), au Kazakhstan, que se tient aujourd’hui une nouvelle session – la première depuis huit mois sans rencontre – entre Européens et Iraniens. « Nous sommes venus ici avec une offre révisée » a expliqué Catherine Asthon, la Haute représente de l’UE pour les Affaires étrangères, qui préside la réunion. « Nous avons l’intention de conduire ces discussions et de faire des progrès pour répondre aux préoccupations de la communauté internationale sur la nature du programme nucléaire iranien. Notre objectif est de faire en sorte d’avoir une bonne conversation détaillée, avec l’ambition de constater des progrès d’ici la fin de la réunion. » Une offre qui prend « en compte ce que les discussions antérieures ont apporté, les questions soulevées par l’Iran et celles soulevées par les E3 +3 » ainsi que l’évolution de « la situation » en Iran notamment.

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