Nucléaire

Iran. La victoire de Janus. Premières leçons d’un accord historique

Les négociateurs. (De gauche à droite) Jacques Audibert (France), Sergei Ryabkhov (Russie), Helga Schmid (SEAE), Catherine Ashton (UE au nom des 5+1), Mohamad Javad Zarif (ministre iranien des affaires étrangères), Seyyed Abbas Araghchi (Iran) (crédit : SEAE)

Les négociateurs. (De gauche à droite) Jacques Audibert (France), Sergei Ryabkhov (Russie), Helga Schmid (SEAE), Catherine Ashton (UE au nom des 5+1), Mohamad Javad Zarif (ministre iranien des affaires étrangères), Seyyed Abbas Araghchi (Iran) (crédit : SEAE)

(BRUXELLES2) Le pouvoir de la négociation, et des sanctions, ont gagné sur le sentiment guerrier. Autrement dit la victoire de Janus (Dieu des portes) sur Mars (Dieu de la guerre). Voici en quelques mots le sentiment que l’on peut avoir immédiatement après l’annonce à Genève d’un accord sur le nucléaire iranien. Certes, ce n’est qu’un accord intérimaire valable pour six mois. Et il faudra voir si Téhéran respecte tous les termes du contrat. Mais on peut réellement employer le terme de « historique ». Et on peut commencer à tirer, à chaud, quelques leçons pour l’avenir.

Le grand jeu diplomatique

Cet accord pourrait sceller le grand retour de l’Iran sur la scène diplomatique internationale. Il pourrait ainsi produire des effets par ricochet sur la scène régionale. Pour la situation en Syrie comme en Afghanistan, ou en Palestine, on peut espérer que cet accord sera positif. Espérons ainsi que la prochaine conférence de Genève qui devrait s’engager prochainement entre les Syriens et la communauté internationale soit aussi couronnée de succès. Pour les pays du Golfe (Arabie Saoudite, Qatar…) qui, jusqu’ici, disposaient d’une position « privilégiée », cela signifie sans doute un certain amoindrissement de leur puissance ou, plutôt, le juste retour, à leur place originelle. Pour Israël, cet accord pourrait être à double effet : version négative, cela redonne à l’Iran du souffle financier et lui permet de soutenir financièrement ses alliés du Hezbollah ou du Hamas ; version positive (à plus long terme), les deux grands pays « non arabes » de la région rétablissent des liens qu’ils avaient perdus.

Pour la Russie, c’est aussi une nouvelle victoire. La diplomatie russe a joué un rôle non négligeable en poussant à un accord avec l’Iran et en refusant d’aller plus loin dans de nouvelles sanctions. « La coalition des sanctions menaçait de s’effilocher. Car l’Iran offrait une solution diplomatique. Et nous aurions été incapable d’amener nos partenaires à faire le travail essentiel nécessaire pour renforcer nos sanctions » reconnait le département d’Etat US.

La France a sans doute eu raison de bloquer les premiers éléments de l’accord. Paris a joué un rôle clé dans le maintien d’une pression sur l’Iran (d’où les éléments d’avancées « non réversibles »). On a pu s’interroger sur les raisons de ce blocage. Plusieurs éléments ont joué. Mais il ne faut pas oublier que parmi les pays négociateurs, la France a été un des seuls pays à être victime du terrorisme animé par l’Iran. Du même coup, le gouvernement français a réussi à renouer des liens plus solides avec Israël.

L’effet « sanctions » : la victoire de Janus

Côté européen, et international, on ne peut que se satisfaire de ce résultat qui valide la position de la diplomatie européenne comme du dispositif européen de sanctions. Au résultat, on peut effectivement considérer que c’est une victoire de l’esprit de Janus, qui était traditionnellement représenté comme tenant une clef dans une main (la négociation, l’ouverture) et de l’autre des verges (les sanctions).

La montée en puissance, progressive et régulière, des sanctions à la fois de l’Union européenne et des Etats-Unis, qui a visé peu à peu les principaux facteurs de l’économie iranienne (pétrole, finances, assurances, industrie, maritime…), ont eu un effet direct – sur le marché iranien – mais aussi indirect. Elles ont détourné une partie des entreprises occidentales du marché persique considéré comme à risque.

Les Européens sont, en effet, restés unis, tout au long de cette procédure, malgré la difficulté pour certains pays, comme la Grèce, qui ont dû s’adapter et subir les effets pervers des mesures prises par l’Union européenne (par exemple en les privant d’un pétrole à bon marché, car consenti à crédit). Ce fait est à souligner d’autant plus que l’on se plaît souvent à montrer les Européens divisés.

Pour la diplomatie européenne, c’est aussi incontestablement une victoire. Et non des moindres ! Car elle a durant toutes ces années coordonné les efforts des 5+1 et mené les débats. Elle a su maintenir au fil du temps, et malgré les difficultés ou échecs, le fil du dialogue.

Naturellement, ce bon résultat sera à porter au crédit de la Haute représentante de l’UE, Catherine Ashton, qui négociait au nom des P5+1  quand on fera le bilan de son action dans quelques mois, au même titre que le dialogue dans les Balkans.

Il ne faut pas cependant oublier d’associer à cette action celle de son prédécesseur, Javier Solana, qui avait fait du dossier iranien un de ces sujets favoris. Et il ne faut pas négliger un fait important : cette avancée est avant tout due au changement de position et de régime à Téhéran.

Il ne faut pas minorer non plus l’effet « matraque ». En agitant à quelques reprises la menace de frappes, Israël a joué le rôle du bad boy. De la même façon, les actions discrètes comme l’introduction de virus informatique dans les systèmes d’information iranien ont été un marqueur de la négociation.

Les détails de l’accord intérimaire sur le Club

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Nucléaire iranien : Attention au jeu de dupes (L. Fabius)

LaurentFabiusJavadZarif@Fr131105(BRUXELLES2) A l’entame du troisième jour des négociations sur le nucléaire iranien à genève, entre les membres du Conseil de sécurité (+ l’Allemagne *) et leur homologue iranien, Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères, s’est voulu modérément optimiste. Ce matin sur France-Inter, il a notamment rappelé la position de la France qui se veut ferme. Mais aussi très claire. (écoute audio ci-dessous).

Un texte initial pas satisfaisant

« Le texte initial avancé n’est pas satisfaisant. Nous voulons un accord mais pas un jeu de dupes » a ainsi expliqué le ministre. « Pendant des années, l’Iran a développé un programme dont nous suspectons qu’il soit militaire. Si nous acceptons que l’Iran se dote de capacités nucléaires civiles, Car ce serait extrêmement dangereux dans la région et plus généralement » dans le monde. « Il y a eu des avancées. Mais nous n’avons aucune certitude de conclure. »

Deux conditions à respecter

Laurent Fabius a mis en avant deux questions majeures à régler. Premièrement, « le réacteur de Arak produit beaucoup de plutonium qui est très proliférant. Nous ne voulons pas que durant la négociation cela continue. » Deuxièmement, l’enrichissement. « Il y a tout un stock d’uranium enrichi à 20%, ce qui permet d’aller à 90% (**). C’est-à-dire militaire. Comment redescendre le stock de 20 à 5% ? Et que faire pour le futur ? » Si ces questions là « ne sont pas réglées, ce n’est pas possible ». 

Pas de levée des sanctions sans concession majeure

Quant à réduire les sanctions, la France n’y voit pas d’obstacle à condition que le processus de réduction soit « ciblé et réversible ». « Il n’est pas possible de lever cette arme, sans concessions majeures ».

(*) Négociation dite 5+1 en langage international (5 membres permanent du Conseil de sécurité de l’ONU + l’Allemagne) ou E3+3 en langage européen car désignant France-Allemagne-Royaume-Uni d’un coté et Usa-Chine-Russie de l’autre (dénomination préférée au niveau européen car elle n’isole pas l’Allemagne).

(**) Pour les experts du nucléaire, l’essentiel de l’effort a déjà été accompli par les Iraniens. Il ne faut se fier à l’apparence des pourcentages, comme l’a expliqué récemment un expert de haut niveau à B2. Aller de 3-5% à 20% « c’est plus que la moitié de l’effort pour atteindre 97% », soit le taux d’usage militaire. D’où l’inquiétude des alliés sur l’existence d’un stock très important à 20% et de la question de sa destination.

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Première conversation avec le nouveau chef de la diplomatie iranienne

(BRUXELLES2) Une première discussion entre Catherine Ashton, la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et le ministre des Affaires étrangères, Javad Zarif a eu lieu, samedi (17 août). Et un rendez-vous devrait bientôt suivre… Les deux partenaires en ont convenu. Rendez-vous qui pourrait avoir lieu fin septembre, en marge de l’assemblée générale de l’ONU. L’Iran veut reprendre des discussions a annoncé le ministre iranien. La Haute représentante – qui négocie pour le groupe des E3+3 (*) a, de son côté, souligné combien elle était « déterminée et engagée à rechercher une solution diplomatique sur la question nucléaire iranienne ». Les E3+3 sont prêts à travailler avec la nouvelle équipe de négociation iranienne « aussitôt qu’elle sera nommée ». Des « conversations substantielles pourraient conduire à des résultats concrets rapidement ». Les deux responsables de la diplomatie ont aussi discuté des questions régionales (entendez-là notamment la Syrie …).

(*) les 3 pays européens (France, Royaume-Uni, Allemagne) + États-Unis, Russie et Chine. Ce groupe est aussi dénommé 5+1 (les 5 membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU + l’Allemagne).

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Réunion technique à Istanbul sur le nucléaire iranien

(BRUXELLES2) Les experts des six pays dits « E3+3″ (Allemagne, France, Royaume-Uni, Chine, Russie, Etats-Unis) se sont retrouvés comme prévu à Istanbul, lundi (18 mars), pour « des discussions techniques » avec l’Iran sur la question du nucléaire. Sous la houlette de Stephen Klement, expert nucléaire, qui coordonnait la réunion, les experts des E3+3 ont apporté des « précisions » sur la proposition de renforcement de la confiance révisée présentée à l’Iran lors de la réunion d’Almaty les 26 et 27 Février derniers. La réunion a également « été l’occasion pour les experts de E3+3 et les experts iraniens d’explorer leurs positions sur un certain nombre de sujets techniques » précise un communiqué de la Haute représentante. Prochaine réunion : au niveau politique à Almaty les 5-6 Avril.

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Nucléaire iranien : un processus de discussion engagé

la réunion à Almaty (crédit : EEAS / AFP)

(BRUXELLES2) Le principal résultat de la réunion d’Almaty entre les E3+3 (Européens + USA, Russie, Chine) et l’Iran est d’avoir convenu un planning de rendez-vous. Une réunion entre les experts techniques aura lieu à Istanbul le 18 Mars. « Ceci est important, parce que c’est une occasion pour les Iraniens d’examiner en détail avec leur personnel technique, la proposition que nous mettons sur la table » a expliqué Catherine Ashton, la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères qui présidait la réunion. Et une nouvelle réunion au niveau politique aura lieu à Almaty, les 5 et 6 avril.

Une proposition de confiance

Pour la Haute représentante un premier pas a été franchi. « Nous avons mis ce que nous appelons une proposition de mise en confiance sur la table. C’est l’occasion pour l’Iran de prendre des mesures initiales qui permettraient d’améliorer la confiance de la communauté internationale dans la nature pacifique de tout son programme nucléaire, en échange de quoi nous ferions des choses ainsi. Cela pourrait nous conduire à être en mesure d’avancer davantage avec des discussions substantielles.

Mais la prudence demeure. « Le sentiment d’Almaty aujourd’hui, c’est que nous avons maintenant un processus (engagé). Mais l’optimisme réel viendra quand nous commencerons à voir des progrès réels. Notre espoir est de voir l’Iran avancer, prendre en compte cette proposition, l’accepter et s’engager à mettre en œuvre leur partie. Ce sera un réel progrès, et ce sera la véritable cause de l’optimisme. »

Télécharger la déclaration de la Haute représentante de l’UE après Almaty pdf

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Les discussions avec l’Iran reprennent… à Almaty. Une offre révisée de l’UE

(BRUXELLES2) C’est finalement au fin fond de l’est européen, à Almaty (Alma-Ata), au Kazakhstan, que se tient aujourd’hui une nouvelle session – la première depuis huit mois sans rencontre – entre Européens et Iraniens. « Nous sommes venus ici avec une offre révisée » a expliqué Catherine Asthon, la Haute représente de l’UE pour les Affaires étrangères, qui préside la réunion. « Nous avons l’intention de conduire ces discussions et de faire des progrès pour répondre aux préoccupations de la communauté internationale sur la nature du programme nucléaire iranien. Notre objectif est de faire en sorte d’avoir une bonne conversation détaillée, avec l’ambition de constater des progrès d’ici la fin de la réunion. » Une offre qui prend « en compte ce que les discussions antérieures ont apporté, les questions soulevées par l’Iran et celles soulevées par les E3 +3 » ainsi que l’évolution de « la situation » en Iran notamment.

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La capacité d’entrer en premier…

(BRUXELLES2, opinion) La réflexion entamée avec le Livre blanc sur un nouveau format pour l’armée française commence à entrer dans le vif. Et d’une façon générale, plusieurs méthodes peuvent permettre de tenter de cerner ce que sera l’armée française du futur.

  • Premièrement, définir le rang que la France doit tenir face aux menaces et au monde. Malheureusement, elle ne peut plus aujourd’hui tenir tout ce qui a fait sa force dans le passé. L’économie française n’est qu’au cinquième rang mondial talonnée par le Brésil (l’Inde rattrape l’Italie). C’est un fait. Il n’est pas nécessaire de pleurer sur le passé. Et la crise financière de la zone Euro a un effet structurel. On a changé d’époque.
  • Deuxièmement, voir ce que la France peut avoir, vu la crise budgétaire, soit de façon isolée ou de façon groupée. C’est tentant. Dans ce cas, la défense devient la clé d’ajustement d’autres décisions. Mais c’est un risque. Les coupes vont être faites de la façon la moins douloureuse possible, selon des choix politiques conjoncturels. Ce n’est pas automatiquement tenable à moyen terme.
  • Troisièmement, raisonner sur ce qui fait la spécificité française, son apport particulier dans la défense européenne, ce que les autres ne peuvent pas (lui) fournir. Cette approche me paraît tout aussi pertinente.

La capacité d’entrer en premier, spécificité française

Qu’est-ce qui qualifie l’armée française ? C’est essentiellement sa capacité opérationnelle « d’entrer en premier », combiné à un système politico-militaire qui permet d’aller vite, « pulse » bien, et une disponibilité de planification qui couvre une large palette d’action. Le tout étant globalement accepté par l’opinion publique, du moment que l’intervention est justifiable pour des objectifs extérieurs et pas seulement par l’intérêt français (*). C’est ce qui fait vraiment la spécificité française parmi les pays européens. Elle est, en ce sens, unique. Cette qualité de « précurseur », l’intervention au Mali l’a mis en évidence (avec l’armée de terre en pôle position) comme l’intervention en Libye l’avait démontré (coté armée de l’air et marine). Au niveau Européen, seul le Royaume-Uni peut avoir la même approche (et encore… car les Britanniques, à part les Malouines, et le Sierra Leone en 2000). Et du coté de l’OTAN, seuls les Etats-Unis remplissent une fonction identique (Mais la France n’a pas le même budget de la Défense, ni le PiB).

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Or, avoir la capacité d’entrer en premier – des hélicoptères, des commandos, des avions de chasse, du renseignement, des avions de transport, des blindés de protection, des forces terrestres, sans compter les navires ou les planificateurs, etc… Tout cela a un certain coût, surtout quand on voit qu’à côté de cela il faut entretenir une force nucléaire maritime et aérienne qui nécessite un autre rythme et d’autres sujétions. Il va falloir choisir : soit abandonner certaines des capacités, ce qui est dangereux, soit les partager en bonne intelligence…  Le critère de sélection serait alors : est-ce nécessaire, ou non, à la capacité d’intervention ? Tout le reste devra être mis en pooling and sharing, non plus de façon anecdotique mais de façon systématique, pour dégager des économies significatives. La formation, la maintenance, les pièces détachées par exemple… Il va falloir accélérer ces partages de moyens, en les dotant de mécanismes propres à préserver cette capacité de précurseur.

Ce partage pourra être réalisé avec d’autres pays mais aussi en interne, au niveau national. Les différents ministères (intérieur, défense, équipement…) doivent examiner comment certaines structures peuvent être partagées. Ce dispositif aurait l’avantage de préserver la rapidité de la chaîne de commandement. A cette recette du pooling and sharing, actuellement développée, on pourrait aussi concevoir une autre modalité de partage : sur le temps. Par exemple la France entre en premier, l’Allemagne ou d’autres pays suivent ensuite quelques mois après. En résumé, il faut creuser toutes les possibilités de partage, à tous les niveaux, territorial, fonctionnel, temporel.

Choisir sur le nucléaire

Enfin, on ne peut éluder le nucléaire. Sanctuarisé, pour ne pas dire gélifié, il grève certaines capacités. Faire un choix sur le nucléaire parait imparable. Même si cette technologie a apporté une puissance à la France et aussi un apport important en termes techniques, elle me parait aujourd’hui moins significative qu’avant, en termes de force puissance. Qu’est-ce qui fait la force politique de la France ? Est-ce son réseau diplomatique, sa force de négociation présente sur tous les pans du globe, ses instituts culturels, ou l’arme nucléaire ? Il ne faut pas nier non plus qu’avec l’acquisition de cette arme par de nouveaux acteurs, cela contribue à la démonétiser. Car le posséder n’est plus aujourd’hui l’apanage de quelques uns – sur les doigts d’une main – mais sur les doigts de plusieurs mains. On peut donc légitiment se poser la question si une permanence totale sur les deux plans, maritime et aérien, est aujourd’hui justifiée au regard de l’autre enjeu essentiel : « l’entrée en premier » !

(*) Ce qui place la France en contradiction avec l’Allemagne où la notion d’intérêt national est une condition non écrite de l’intervention

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L’Iran aura la bombe. Changement de donne au Moyen-Orient ?

L’Iran aura la bombe. Changement de donne au Moyen-Orient ?

Le Premier Ministre israélien, Benjamin Netanyahu, s'adresse à l'Assemblée générale des Nations Unies, le 27 septembre 2012 (crédit: ONU/J Carrier)

(BRUXELLES2) Les négociateurs du nucléaire iranien (E3+3) se retrouvent aujourd’hui au service diplomatique européen (SEAE). Mais le dossier semble aujourd’hui dans l’impasse.

Des sanctions qui ralentissent au mieux…

Certes les sanctions – européennes et américaines – font leur effet sur l’Iran ; en témoignent la chute du Rial et la baisse des exportations pétrolières. Certes quelques « frappes » ciblées (cyberattaques, « neutralisation » de chercheurs, explosions subies d’installations…) ont été menées avec succès. Et si la menace d’une frappe plus militaire, menée par les Israéliens est régulièrement agitée. On ne peut pas cependant dire que toutes ces mesures aient un effet radical. Elles ne semblent, en effet, pas réussir à arrêter la volonté iranienne de se doter d’un outil militaire nucléaire. Au mieux, elles le compliquent, le ralentissent… C’est un sentiment partagé par plusieurs experts du dossier. Et le chef de de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AEIA), le Japonais Yukiya Amano, l’a confirmé officiellement mardi lors d’un séjour à Paris. « Nous surveillons les activités des sites nucléaires en Iran et ne voyons aucun effet », a-t-il dit à la presse. « Par exemple, leur production d’uranium enrichi à 5 et 20% se poursuit à un rythme plutôt constant ».

Un changement de régime changerait-il la donne ?

Les occidentaux parient sur une colère de la population qui puisse aboutir à un renversement de régime. Mais à supposer que cela se produise, il n’est pas sûr qu’un autre régime change la marche de l’ancien empire perse vers le nucléaire. Cela semble une hypothèse tout à fait crédible aujourd’hui : Téhéran aura, un jour ou l’autre, la bombe nucléaire. Et ce jour pourrait s’inscrire dans la prochaine décennie. Ce programme a d’ailleurs été démarré sous le régime du shah Il faudra alors s’habituer à cette nouvelle donne qui est, somme toute, logique. Le premier « ennemi » ou rival pour l’Iran n’est pas Israël souvent désigné mais ses voisins arabes ou musulmans. Si on se met à la place de l’Iran, avec d’un coté le Pakistan doté de la bombe, de l’autre l’Arabie saoudite, officiellement non nucléarisée, mais pouvant bénéficier d’engins disposant de la bombe, voire Israël qui a cette arme (même si elle ne l’a pas déclaré officiellement), on serait tenter d’adopter la même position.

La bombe iranienne aggravera la tension ou l’abaisser

Cette nouvelle donne va-t-elle aggraver l’instabilité dans la région ? Ou d’une certaine façon, arrivera-t-on à un équilibre de la terreur, comme celui qui a présidé en Europe ? Et ce de fait à une régulation des tensions ? Quelle conséquence cela aura sur le traité de non prolifération (dont l’Iran est partie contrairement au Pakistan) ? L’Iran quittera-t-il le traité ? D’autres pays qui n’ont pas aujourd’hui la bombe ou du moins officiellement vont-ils se doter de cette arme ou l’afficher publiquement ? Quelle importance aura cette « nouvelle » vague de « nucléarisation » ? La notion de dissuasion nucléaire ne va-t-elle pas subir de ce fait une « démonétisation » puisqu’elle sera partagée désormais par davantage de pays ? C’est là où doit peut-être aussi se concentrer désormais notre analyse.

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L’Iran privé de débouché européen pour son pétrole

(BRUXELLES2) Dans quelques heures, le 1er juillet à 0h00, plus une goutte de pétrole iranien ne devra entrer dans l’Union européenne. C’est la conséquence d’une mesure prise en janvier par l’Union européenne pour sanctionner le régime iranien pour la poursuite de son programme nucléaire pas tout à fait civil…

Une mesure unique

Une mesure pour le moins peu courante qui n’a pas été prise sans douleur. Les temps ne sont guère propices à se priver de ressources énergétiques à bon marché. « L’Europe n’a jamais pris de telles mesures dans de telles conditions. En décembre, on aurait pu dire que c’était mission impossible » souligne en effet un expert du dossier. D’autant qu’elle s’accompagne de mesures complémentaires, frappant le transport du pétrole, le crédit et l’assurance.

Il a donc fallu donner un délai aux différents pays européens qui ont l’Iran comme fournisseur : la Grèce essentiellement, l’Espagne ou l’Italie également. Des pays qui ont plutôt quelques soucis de trésorerie en ce moment ; la fin du pétrole iranien, acheté à crédit, tombait on ne peut plus mal. Mais les ministres des Affaires étrangères, le 25 juin dernier à Luxembourg, n’ont pas voulu revoir cette décision prise en janvier dernier. Pour prolonger la dérogation, il aurait d’ailleurs fallu l’unanimité (c’est d’ailleurs l’aspect « intéressant » de cette décision : avoir acté en janvier un embargo, avec une dérogation laissée jusqu’à fin juin, sans prévoir de prolongation automatique).

Frapper l’Iran au portefeuille

L’UE – comme les USA – sont, en effet, bien décidés à toucher l’Iran là où çà fait mal : au portefeuille ! Comme l’explique un officiel européen, le pétrole représente 80% des recettes extérieures de l’Iran et 50% de son budget. Et, environ 20% du pétrole exporté l’est à destination de l’Union européenne (*). « L’effet n’est pas négligeable. » Il ne se manifestera pas tout de suite à plein , selon lui. « On peut s’attendre à un plein effet de cette mesure plutôt à la fin du second semestre 2012 ». Mais « On le voit déjà dans les chiffres, bien sûr, pas officiels. Il y a une diminution (des exportations de pétrole), selon les chiffres officieux. »

Compensation difficile pour l’Iran dans un contexte de crise

Les risques pervers de cette mesure semblent limités, selon lui.  « L’Iran ne pourra pas compenser. Ce n’est pas toujours facile pour ces États de substituer l’UE aux autres. » Le danger était, en effet, de voir le régime trouver d’autres clients sur le marché ou profiter d’une hausse du pétrole et compenser par la hausse du prix la baisse de la quantité. Ce double risque est pour l’instant contourné. « Il n’y a pas d’augmentation du prix ».

D’une part, la crise économique rend plutôt les cours de pétrole bas, la demande ayant tari l’effet inflationniste. Un léger rebond vient d’avoir lieu aujourd’hui en fin de sommet européen. Mais on ne peut se hasarder à faire des conjonctures pour l’avenir. Et, plusieurs pays pétroliers, du Golfe, notamment ont promis de compenser la diminution du brut iranien, pour éviter un emballement des prix. Ce qui a permis aujourd’hui de limiter le cours du pétrole.

Un embargo suivi d’autres mesures

D’autre part, plusieurs pays ont déjà suivi ou s’apprêtent à suivre l’Union européenne. La voie généralement trouvée n’est pas l’embargo total – seule l’Europe l’a imposé. « L’interdiction totale est une exclusivité européenne ». Le Japon et la Corée du Sud notamment (10% chacun des importations du brut iranien), l’Inde également se sont engagés à baisser leurs importations. Une décision qui ne s’est pas toujours prise de façon tout à fait spontanée. Elle suit un engagement américain d’accorder des dérogations aux pays commerçant avec l’Iran qui acceptent de baisser leurs importations de pétrole.

Enfin, l’Europe a rajouté une louche dans son embargo européen en prenant deux mesures complémentaires : l’interdiction de l’assurance et le transport de produits pétroliers iraniens. Ce qui touche de façon indirecte les exportations iraniennes vers d’autres pays ; il rend ainsi plus risqué les achats de pétrole iranien (ailleurs que sur le spot market). Et, là, c’est encore moins facile pour trouver des « assureurs » ou « financeurs » prêts à prendre le relais. « Une lettre de crédit nécessite d’être émise par une banque ayant une excellente note » par les agences de notation. De plus en plus rare, en ce moment…

D’autres sanctions : pas tout de suite

Quant à prédire d’autres sanctions contre l’Iran, notre interlocuteur se montrer prudent « Beaucoup de ce qui pouvait être fait a été fait. Car le pétrole est la principale source (d’argent) du régime. » « Des mesures additionnelles peuvent être prises, mais ce ne sera pas facile. (…) Une mesure (d’embargo, de sanction)s doit viser le régime et, dans le même temps limiter, l’effet pour la population. » « Il ne s’agit pas simplement de prendre les principaux secteurs de l’économie iranienne et de viser les principaux, il faut mesurer l’effet exact sur le régime et sur la population. »

(*) L’Union européenne est le second client du pétrole iranien (18%) après la Chine (22%), devant le Japon (14%), l’Inde (13%), la Corée du sud (10%) et la Turquie (7%)

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