Opération Artémis : dix leçons pour l’Histoire

(B2) En 2003, l’opération Artémis mettait fin à la crise qui sévissait alors en Ituri, au nord-est de la République démocratique du Congo (RDC). Quinze ans après cette expérience unique, quelles leçons en tirer ? Opinion du général Buchsenschmidt

Une section du 3e RIMa (régiment d’infanterie de marine), s’installe sur le poste Mogador pour contrôler les accès du nord-est de la ville de Bunia (crédit : ECPAD / Thomas Samson)

Sous la bannière européenne, une force multinationale dont la France fournissait l’essentiel des éléments avait assuré, manu militari, la sécurisation des camps de déplacés (7000 personnes), la remise en route de l’aéroport de Bunia, ainsi que la protection des populations civiles et des personnels de la mission de l’ONU et des organisations humanitaires. Elle a en outre contribué, au travers d’une « approche globale », à éviter une crise humanitaire.

L’engagement de la force de l’Union européenne (UE) mettait un terme à des mois de luttes sanglantes entre les ethnies Hema et Lendu. Cet engagement était de plein droit légitimé par la résolution 1484 des Nations unies, datée du 30 mai 2003. Dans la foulée, le 12 juin 2003, à l’issue d’un processus décisionnel inhabituellement « ramassé », le Conseil européen prenait formellement la décision d’intervenir en Ituri.

Au préalable, une équipe de planification multinationale et pluridisciplinaire avait élaboré un plan d’opération, approuvé par l’UE dès le 5 juin 2003… Ce plan consistait à mettre sur pied et à déployer à bref délai une force multinationale intérimaire, chargée de créer les conditions nécessaires et suffisantes à la reprise en main de la région par la mission de l’ONU (MONUC).

En prélude au déploiement du gros des troupes, un détachement d’avant-garde fut déployé à Bunia dès le 6 juin 2003. L’ensemble du contingent Artémis (de l’ordre de 2000 hommes et femmes) s’installa dans la foulée, d’une part à Bunia (centre de gravité de l’opération), sous la forme d’un Groupement Tactique Interarmes Multinational (GTIAM) et d’autre part à Entebbe (Ouganda), sous la forme d’une Base de Soutien à Vocation Interarmées (BSVIA). Le 6 septembre 2003, avec le sentiment légitime du devoir accompli, l’UE passait le témoin à la MONUC.

Premièrement, Artémis est la première opération militaire de l’UE sur le continent africain, là où l’OTAN manque cruellement d’expertise et de volonté politique. A n’en pas douter, la connaissance du terrain par des nations comme la France, la Belgique et le Royaume-Uni notamment, a contribué à mobiliser l’opinion européenne. La Force intervenait sous le couvert du Chapitre VII de la Charte des Nations unies, ce qui lui conférait, outre une indiscutable légitimité, un mandat robuste, condition sine qua non d’une intervention fructueuse dans une région particulièrement instable.

Deuxièmement, le triangle d’or ‘ONU – Union européenne – Nation cadre’ a payé, grâce à la stricte séparation des tâches dévolues aux trois acteurs…

Troisièmement, la lourdeur des processus décisionnels en matière de politique extérieure européenne est souvent pointée du doigt, à juste titre au demeurant. Avec Artémis, la preuve est faite, néanmoins, que dans des circonstances précises et dans un climat d’extrême urgence, l’ensemble des organes de décision de l’UE peut faire œuvre d’une remarquable réactivité, résultat d’un indéniable pragmatisme et d’une faculté d’anticipation qui force l’admiration.

Quatrièmement, au niveau politique, l’excellente collaboration entre trois des ténors de l’époque : Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU, Javier Solana, Haut représentant de la Politique étrangère et de sécurité commune de l’UE et Aldo Ajello, envoyé spécial de l’UE pour la Région des Grands lacs.

Cinquièmement, la désignation d’une nation-cadre s’est avérée payante. A fortiori lorsque dans le cas présent, c’est à la France qu’échut l’honneur de prendre les rênes du processus, compte tenu de sa connaissance du contexte africain en général et de celui de la RDC en particulier, mais aussi du fait de la disponibilité à très court terme d’éléments de commandement et de combat.

Sixièmement, la relative simplicité de la chaîne de commandement. Au niveau stratégique, le Comité politique et de sécurité (COPS), coiffant le Comité militaire de l’Union européenne (EUMC), lui-même assisté pour les aspects techniques par l’Etat-major militaire de l’Union européenne (EUMS). Au niveau de l’exécution, le général de division (FRA) Neveux, à la tête d’un Quartier-général opérationnel (OHQ) basé à Paris, coiffant le général de brigade (FRA) Thonier, Force Commander, basé à Bunia.

Septièmement, Artémis était une opération purement Union européenne (avec certes la participation de nations non européennes telles que le Brésil, le Canada et l’Afrique du Sud), indépendamment de toute intervention de l’OTAN. Une première, même si ceci souleva quelques difficultés.

Huitièmement, une clé du succès, contre toute attente : la multinationalité, avec pas moins de 17 pays européens, augmentés des nations non-européennes déjà mentionnées. Bien sûr, chacun contribua à sa façon, avec plus ou moins de restrictions (« caveats »). Il n’empêche que réunir autant de partenaires – dont les intérêts stratégiques ne sont pas nécessairement convergents – a constitué une performance hors norme.

Neuvièmement, immanquablement, Artémis a mis en évidence quelques faiblesses bien connues, et toujours d’actualité en 2018 : coopération timide en matière d’échange de renseignement, manque de standardisation des équipements, insuffisance de moyens de transport stratégique, etc.

Dixièmement, de novembre à décembre 2004, j’ai personnellement conduit une mission d’évaluation de la 1ère brigade « intégrée » congolaise à Bunia. Une brigade formée à Kisangani puis déployée à Bunia par les Forces armées belges. A l’époque, déjà, l’insécurité reprenait le pas sur la stabilisation. La leçon est simple : pacifier et « normaliser » une zone de conflit n’a rien de simple en soi. Mais il faut s’inscrire dans la durée. A défaut, toute l’énergie et tous les moyens investis ne résistent pas aux vicissitudes du temps qui passe…

Conclusion

Tant sur le plan politique que sur le plan diplomatique, les succès de l’opération Artémis sont indiscutables et ont vraisemblablement inspiré les concepteurs des « battlegroups de l’UE » (EUBG). Sur le terrain, la situation sécuritaire reste précaire, pour ne pas dire très instable. En cause, malheureusement, l’incapacité de la MONUSCO (ex-MONUC) à utiliser toutes les ressources du Chapitre VII de la Charte de l’ONU. En cause également, le manque de volonté de l’UE d’inscrire le succès militaire dans la durée, en lui substituant, main dans la main avec l’ONU, un processus de coopération au développement pérenne.

Quant aux battlegroups, force est de constater que si l’outil militaire est performant, la volonté du monde politique de l’utiliser fait cruellement défaut. Mais ceci est une autre histoire…

(Guy Buchsenschmidt)

Ancien commandant de l’Eurocorps, vice-président de la Société européenne de défense. Il a été de 2003 à 2005 chef de la section « Evaluation and Lessons Learned » de l’état-major belge

La Pologne claque la porte de l’Eurocorps, par rancoeur politicienne. Une erreur stratégique (V2)

La Pologne renie sa signature. Elle revient sur sa décision de faire partie de l’Eurocorps – en septembre 2016 le général C. Podlasiński avec le général Ramirez commmandant l’Eurocorps (crédit : Eurocorps)

(B2) Les lecteurs de B2 pro (lire : Carnet 24.03.2017) en avaient eu la primeur. L’information est désormais officielle et a fait le tour des gazettes. Le gouvernement polonais a choisi, délibérément, de se retirer de l’Eurocorps. Officiellement, il s’agit d’avoir plus d’effectifs pour faire front à l’Est (voir encadré). Officieusement, on le sait très bien, la réalité est tout autre… il s’agit d’une décision proprement politique, voire politicienne, qui n’a rien à voir avec les intérêts historiques de la Pologne, mais est un des nombreux avatars de la rancœur entre les deux partis frères de la droite polonaise – la Plate-forme civique (PO) et Droit et Justice (PiS) (1) – et de la volonté du nouveau gouvernement de refuser tout pas supplémentaire d’intégration européenne comme de développer l’Europe de la défense.

Une décision longuement préparée

Le précédent gouvernement (de la plate-forme civique PO, dirigée successivement par Donald Tusk et Ewa Kopacz) avait préparé le passage de la Pologne en tant que nation-cadre du Corps européen. Une décision mûrement réfléchie qui n’était pas que symbolique mais avait un sens politique profond : la Pologne réintégrait le cœur européen. Elle obtenait en effet de participer à toutes les décisions et avait « droit », par rotation, à commander le corps européen.Le 1er septembre 2014, un accord est signé permettant l’accession de la Pologne à ce statut. De nombreux officiers polonais prennent peu à peu le chemin de Strasbourg dans cet objectif. Il y en a 120 encore aujourd’hui. Et ce chiffre devait monter à près de 200. Le passage officiel était normalement prévu pour 2016 au plus tard (avec une prise de commandement prévue en 2019).

En septembre 2016, d’ailleurs l’Eurocorps avait annoncé officiellement la nouvelle, photo du commandant des forces terrestres polonaises, le général Cezary Podlasiński, à l’appui. Et une photo du commandement tel qu’il devait être avait même été prise.

Une décision « Exit » très personnelle

Mais le nouveau gouvernement PiS a choisi de tourner casaque. D’abord, il a joué la montre, repoussant l’adhésion à l’Eurocorps, de 2016 à 2017. En interne, comme du côté diplomatique (français, allemand, belge…), il devenait très perceptible que Varsovie n’avait plus « vraiment envie de monter à bord » comme le raconte à B2 un diplomate. Dans un papier que nous préparions sur l’Eurocorps, un officier avait obligeamment indiqué à B2 que notre propos sur l’accession de la Pologne (tiré cependant des documents officiels) était « inexact », ou plutôt « un peu optimiste », nous conseillant si on voulait être exact d’être le plus « évasif possible sur une date d’accession ». Mais tout le monde faisait comme si tout restait possible. Aucune notification officielle n’avait eu lieu.

La Pologne rétrograde en seconde voire en troisième vitesse

C’est le ministre polonais de la Défense, Antoni Macierewicz, qui a fait connaître sa décision – qui ne semble pas avoir été très collégiale apparemment. Cette décision a été prise sans vraiment de consultation de ses homologues des Affaires étrangères. Et le gouvernement s’est bien gardé d’en informer son opinion publique. Quand la nouvelle de B2 a été reprise côté polonais, par la radio RMF (ou ici), le gouvernement a d’abord nié l’information, estimant qu’il s’agissait d’une « fake news » avant de reconnaître les faits, à mi-mots. La Pologne pourrait néanmoins rester nation associée (voir encadré), c’est-à-dire sans aucun pouvoir sur les décisions de l’Eurocorps.

Pour l’Eurocorps une perte politique plus que militaire

Pour le corps européen, cette défection est une perte au plan politique. La Pologne aurait été un des premiers pays de l’Est à rejoindre le cœur européen formé par le couple franco-allemand, l’Espagne, la Belgique et le Luxembourg. Mais, au plan militaire, ce n’est pas dramatique. Ce n’est pas quelques officiers de plus ou de moins qui feront la valeur, ou non, de ce corps européen. Et, de fait, compter dans ses rangs qui n’a pas envie que l’Eurocorps soit engagé sur les opérations européennes aurait été plutôt négatif pour tous ceux qui veulent que celui-ci soit impliqué de façon plus importante dans les opérations européennes (ou de l’OTAN).

Un pays qui ne compte plus vraiment militairement

Cela fait plusieurs années que la Pologne a cessé de compter en Europe comme un pays qui s’engage en matière militaire. C’est en soi paradoxal : alors que le budget pour l’armée augmente (la Pologne a atteint un budget de 2% du PiB), ses troupes se cantonnent aujourd’hui à faire « joujou » dans les casernes ou dans les bois pour s’entraîner au cas où les Russes passeraient la frontière… dans le plus pur remake du désert des Tartares. Le temps de l’engagement important en Irak en 2003 ou en Afghanistan voire du Tchad en 2008 est révolu. Aujourd’hui, l’armée polonaise n’est quasiment engagée dans aucune des missions ou opérations militaires européennes : ni en Méditerranée ni dans l’Océan indien, encore moins sur le continent africain, à l’inverse de ses voisins de l’Est, qui ont toujours tenu, à participer au moins à une ou deux opérations/missions, certains de façon notable (2). Un non-engagement qui a une raison davantage politique que militaire.

Une décision qui va à l’inverse de l’histoire… européenne et de la Pologne

Au plan politique, pour la Pologne, cette nouvelle est plutôt contradictoire. Après s’être battue officiellement à Rome contre une Europe à plusieurs vitesses (3), Varsovie décide de quitter le premier cercle, pour rétrograder en seconde voire en troisième vitesse. C’est un signe de plus que la Pologne ne veut ni d’une intégration européenne ni d’une Europe de la Défense. Mais ce n’est pas vraiment en ligne avec la tradition issue du syndicat Solidarność, portée par toute l’intelligentsia… et la paysannerie polonaises, d’une intégration la plus proche possible du cœur européen, pour être présent politiquement, pour peser sur les décisions, pour montrer que la Pologne est un pays qui compte. C’est une erreur stratégique…

(Nicolas Gros-Verheyde)


La réaction pour le moins contradictoire du gouvernement polonais

Le ministère polonais de la Défense a tenu à réagir mardi dans un communiqué publié – uniquement en polonais, l’anglais n’étant réservé que pour les nouvelles « positives ». Un communiqué (traduit par nos soins) on ne peut plus contradictoire. D’un côté, le ministère conteste s’être retiré de l’Eurocorps. De l’autre côté, il confirme avoir délibérément « abandonné le rôle de nation cadre dans le commandement de l’Eurocorps » et « diminuer son engagement dans un délai de 3-4 ans ». Cette décision étant « due » selon lui à trois causes. La première est opérationnelle. Elle découle de « la nécessité de réduire la participation » en vue d’une « augmentation de la charge sur les forces armées découlant de la mise en œuvre des résolutions du sommet de l’OTAN à Newport et à Varsovie, y compris le renforcement du flanc Est de l’OTAN dans le cadre de la défense collective ». La seconde raison est plus politique, Varsovie critique « le changement de la nature de l’activité de l’Eurocorps, qui risque d’affaiblir le rôle de l’Eurocorps dans la mise en œuvre des tâches au sein de l’OTAN, en particulier la défense collective » (NB : On a ici la traduction officielle de l’intention politique et non militaire de ce retrait). Enfin, Varsovie se plaint d’être maltraité de devoir « engager des ressources trop importantes [proportionnellement] par rapport aux autres nations cadre, comme nous l’avons souligné à plusieurs reprises » (NB : une rengaine assez courante sur le ton de la victimation). De fait ce qui semble surtout gêner le ministère polonais dans le mot « Eurocorps », c’est le mot « Euro ». Il considère, en effet, que selon « ses projets et ses attentes, l’Eurocorps devrait conserver la capacité à accomplir des tâches découlant de la participation à la structure des forces de l’OTAN en tant qu’organe de haut niveau de préparation », comme la VJTF.


(1) On peut aussi y voir une décision dans la suite logique de l’affaire du Caracal avec Airbus : il s’agit de « casser les pieds » aux alliés, notamment la France, l’Allemagne et l’Espagne le plus engagés dans l’Europe de la défense. Une décision qui ressemble à s’y méprendre aux décisions prises par le Portugal de Barroso ou l’Italie de Berlusconi qui n’avaient de cesse dans les années 2000 de mettre des bâtons dans les roues des pays les plus aptes à défendre une certaine autonomie de la défense européenne. Le tout sous influence de certains responsables américains (pas de tous) estimant que l’OTAN devait avoir la primeur sur tout engagement de défense. On retrouve ce tropisme et cette influence dans le gouvernement polonais actuel qui n’avait de cesse (avant l’arrivée d’Obama) de défendre la mise en place d’un bouclier anti-missiles, américain, même si ce dispositif n’était pas partagé par tous les Européens.

(2) Les pays baltes (Lettonie, Estonie) ont ainsi tenu à participer de façon parfois notable aux missions en Centrafrique. Ils ont aussi fourni régulièrement (avec la Lituanie) des équipes de protection embarquée (VPD) pour les navires contre la piraterie (EUNAVFOR Atalanta). Les Tchèques sont présents au Mali depuis le début assurant la force protection de EUTM Mali, avec courage (lire Le QG d’EUTM Mali attaqué à Bamako. Une cible nouvelle au Sahel : l’Europe), les Slovaques envoient un petit contingent à bord du navire allemand participant à l’opération Sophia (lire : Des Slovaques en Méditerranée), les Hongrois assurent (avec les Autrichiens) le noyau dur de l’opération EUFOR en Bosnie-Herzégovine. Hors de l’UE, les Géorgiens, les Ukrainiens, les Serbes sont présents régulièrement dans les opérations militaires de l’UE : Centrafrique pour les premiers, anti-piraterie pour les seconds, missions de formation pour les troisièmes.

(3) En fait, quand Beata Szydło a menacé de mettre son veto à la déclaration, les jeux étaient déjà faits, la Pologne avait obtenu tout ce qu’elle pouvait avoir dans cette déclaration, et le sherpa de la Première ministre polonaise avait approuvé le texte de la déclaration sans y trouver à redire, dès le lundi. Le reste n’a été qu’une gesticulation politique destinée à montrer aux yeux de l’opinion publique polonaise combien la diplomatie polonaise est influente, et combien sa Première ministre pèse sur la scène européenne. Lire : L’Europe veut assurer la défense et la protection de la population (déclaration de Rome)

La Grèce comme la France ont proposé leur quartier général pour l'opération EUFOR Rca Bangui. Les ministres Venizelos et Fabius en discussion (© Th. Monasse)

Qui participera à la mission EUFOR RCA Bangui ? Le point (MAJ8)

La Grèce comme la France ont proposé leur quartier général pour l'opération EUFOR Rca Bangui. Les ministres Venizelos et Fabius en discussion (© Th. Monasse)

La Grèce comme la France ont proposé leur quartier général pour l’opération EUFOR Rca Bangui. Les ministres Venizelos et Fabius en discussion (© Th. Monasse)

(BRUXELLES2 – exclusif) Selon le dernier relevé effectué par B2, au moins 7 pays devraient contribuer à la nouvelle opération militaire de l’Union européenne dans « la région de Bangui », EUFOR RCA Bangui.

Il faut d’ailleurs distinguer les pays qui soutiennent l’opération (il y a quasi-unanimité) au plan politique de ceux qui contribueront. Et parmi ceux-là, certains enverront des troupes sur le terrain ; d’autres se contenteront d’envoyer des personnels au quartier général d’opération, dit stratégique, qui sera situé en Europe. Lors de la réunion du 20 janvier, beaucoup de ministres ont souligné qu’il fallait l’accord de leur gouvernement et de leur parlement avant de se prononcer. D’où des déclarations très très prudentes parfois.

Lire aussi : La mission EUFOR RCA restera centrée sur Bangui. La France Nation-Cadre

Quel rôle aura la France ?

La France a proposé d’être la nation-cadre de l’opération en fournissant le FHQ (quartier-général de force), voire si nécessaire l’OHQ (quartier général de l’opération) du Mont-Valérien (qui avait déjà servi pour l’opération EUFOR Tchad).

Paris devrait ainsi logiquement fournir une contribution importante en personnel et une bonne partie de l’Etat-Major. Le principe d’une nation-cadre est de « combler » les trous qui ne sont pas assurés par les autres nations et de fournir l’ossature de l’Etat-Major. Logiquement, la taille de la contribution française devrait donc être connue en dernier.

La Grèce – qui assure en ce moment le commandement du « battlegroup » d’astreinte (auquel participent la Roumanie, la Bulgarie, Chypre et l’Ukraine) – a proposé de mettre à disposition son quartier général de Larissa (situé entre Athènes et Thessalonique). Une manière comme une autre de faire financer une partie de son Etat-major par les autres pays membres. Cette proposition a été acceptée par les ministres des « 28 », le 20 janvier. La Grèce pourrait ainsi fournir une partie de l’effectif du quartier général (environ 60 personnes).

Qui sera le commandant de l’opération ?

Le chef de la force sur le terrain (FHQ) devrait être un officier supérieur français (général voire colonel). En revanche, pour commander l’opération, le chef d’opération devrait être d’une autre nationalité, comme c’est l’usage. C’est souvent un officier supérieur, issu d’un pays qui fournit une forte participation. Ce pourrait être un Polonais, si les Polonais se décident, ou un Allemand, si on veut une symbolique franco-allemande, ou un autre. L’hypothèse la plus vraisemblable après le Conseil était d’avoir un chef d’opération grec.

Quels autres pays contribueront ou pourraient contribuer ?

L’Estonie est le pays qui a la position la plus claire. Tallinn a officialisé rapidement sa participation : 55 hommes et femmes pour la première rotation. Une participation modeste mais qui révèle un engagement régulier de ce pays balte dans les opérations militaires de l’UE (*). L’Estonie confirme une participation notable à EUFOR Rca Bangui

La Pologne, la Slovaquie et la république Tchèque (Visegrad) étudient une participation qui pourrait être commune. Le ministre polonais des Affaires étrangères, Radek Sikorski, a rappelé, lundi, que la Pologne contribuait déjà directement à l’opération française Sangaris avec des avions et une cinquantaine d’hommes. La Slovaquie, en revanche, contribuerait à l’opération, à hauteur d’environ 30-40 militaires, selon nos informations. La Hongrie ne participerait cependant pas selon les dernières informations obtenues à Budapest par B2.

La Suède réfléchit sérieusement à une contribution, selon nos informations. Le ministre Carl Bildt l’a confirmé à son arrivée à Bruxelles lundi (20 Janvier) : « la Suède pourra s’engager et contribuer à l’opération ». Mais le Suédois est très déçu de ne pas voir employer les « battlegroups » et devrait le dire à ses collègues. « Nous pensons qu’il aurait été assez évident d’utiliser les groupements tactiques de l’UE » écrit-il ainsi sur son blog. « Si nous ne les utilisons pas maintenant, cela montre qu’ils ne sont pas utiles et ne pourront jamais être utilisés. Sinon, certains pays vont hésiter à faire les investissements importants (que cela nécessite) et diminuer leur engagement. » Autrement dit comme il l’a répété lundi matin à son arrivée au Conseil, c’est « maintenant ou jamais ».

La Lituanie « considère » sérieusement une « contribution à l’opération », a annoncé le ministre lors de la réunion. Selon nos informations, la Lituanie devrait aussi mettre à disposition de l’opération Sangaris un avion de transport tactique (intra-théâtre) C-27J Spartan pour un mois à partir d’avril (le parlement lituanien doit se prononcer en mars).

Le Portugal pourrait fournir un appui logistique d’une vingtaine de personnes avec un avion.

L’Allemagne ne participerait pas à la mission avec des troupes au sol mais prêtera une assistance logistique, notamment aérienne. « Nous devons penser, comme au Mali, à des possibilités de soutien plus importantes. Cela fait partie de notre responsabilité » a précisé le Ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, au FAZ. « L’Europe ne peut pas laisser la France seule ». C’est également des intérêts européens. « Si en Afrique noire l’instabilité, les violences et le terrorisme menacent, il y aura des conséquences en Europe » (*). Concrètement, Berlin pourrait modifier le mandat, permettant aux avions d’atterrir non plus dans un pays voisin (Cameroun) mais directement en République centrafricaine, comme l’a indiqué notre collègue Thomas Wiegold. 4 avions pourraient être mis à disposition des Européens (comme de la Misca ou des Africains). Ces avions sont mis en pool au sein de EATC. La participation allemande pourrait être aussi au niveau du quartier général.

Ceux qui réfléchissent… = plutôt Oui

Plusieurs pays n’ont pas prévu de contribution en l’état mais ne l’excluent pas

La Finlande, n’a défini « aucune position encore » a précisé un diplomate finlandais à B2. « Il existe différentes vues sur une participation. Et la décision pourrait ne pas être prise avant une semaine voire plus » souligne-t-on à Helsinki. Quelques officiers finlandais pourraient cependant participer à la mission au quartier général, voire un groupe d’une vingtaine de soldats, a indiqué le ministre des Affaires étrangères Erkki Tuomoja. Mais il faut auparavant un aval du Parlement avant toute participation a rappelé le ministre lors de la réunion. A noter que le ministre finlandais de la Défense, Carl Haglund, était lundi aux Pays-Bas pour parler de coopération bilatérale essentiellement mais aussi de Centrafrique semble-t-il.

En Lettonie, « une participation est discutée et est possible. Tout doit se faire en coordination avec les acteurs internationaux ».

La Roumanie n’a encore rien décidé mais pourrait fournir une contribution à l’opération. Le ministre l’a confirmé de façon officieuse.

Pour Chypre, la tendance est, pour l’instant, à ne pas participer. Mais, selon certaines indications, il y a une discussion à Nicosie car il n’y a pas unanimité de position. Nb : Un changement pourrait donc avoir lieu d’autant plus si le quartier général est en Grèce.

Ceux qui hésitent : ni oui, ni non

La Belgique joue les hésitants qu’il faut convaincre. L’idée de l’engagement d’une compagnie (parachutistes le cas échéant) a été balayée par Pieter De Crem, le ministre de la Défense, qui assistait samedi au départ d’un C-130 Hercules pour le Gabon afin de prêter main forte aux Français de Sangaris (une promesse faite en décembre. Un second avion part mardi). « Aucune demande de l’UE n’a formellement été adressée à la Belgique ». Une manière de jouer sur les mots. Effectivement il n’y a pas eu de conférence (formelle) de génération de forces. Mais tous les Etats membres ont été déjà testés individuellement. Le Premier ministre Elio di Rupo avait cependant indiqué les conditions belges au dernier Conseil européen de décembre (pas de participation si ce n’est pas une opération européenne). Mais à la Défense, on semble perplexe. Le budget de la Défense est, au plus serré, affirment mes collègues flamands du Morgen, « Wie betaalt de factuur voor de CAR? Defensie is virtueel failliet » (point besoin d’être parfait néerlandophone pour comprendre ;-). Et le climat préélectoral n’arrange rien comme me l’a confirmé un journaliste belge bien au fait du système décisionnel. De fait, rien n’est encore décidé. Et le dossier n’a pas été soumis à une quelconque décision du kern (le conseil ministériel restreint). Didier Reynders La relève de la force protection dans l’opération EUTM Mali promise par l’Allemagne, pourrait permettre à ces pays (Belgique, Espagne) d’avoir des troupes disponibles pour la Centrafrique, peut-être pour une éventuelle seconde rotation.

L’Italie se tâte. « A priori il ne devrait pas y avoir de contribution. Mais on ne sait jamais » se hasarde un diplomate. L’Italie « est déjà très engagée sur d’autres terrains et ne devrait pas envoyer de troupes, sauf éventuellement au niveau logistique » a complété une source italienne lors du Conseil des Affaires étrangères. NB : l’Italie a, en ce moment, un projet pilote d’hôpital de campagne mené dans le cadre de l’agence européenne de défense (lire : L’Europe muscle sa défense. 11 projets opérationnels). Ce serait l’occasion de le tester… Mais il y a beaucoup de contraintes (opérationnelles, financières…) qui limitent la participation italienne qui préfère se concentrer sur d’autres terrains africains (Corne de l’Afrique, Sahel). Et la question de la détention des « Maro » (fusiliers-marins) empoisonne la vie politique à Rome qui ne voudrait pas se retrouver avec un second problème de type-là. Ce serait donc plutôt Non.

Ceux qui n’ont rien décidé … mais plutôt Non

L’Autriche n’a encore rien décidé. Un ou deux articles faisait état vendredi d’une participation décidée de Vienne. Démenti catégorique effectué par un diplomate à B2. « Aucune décision n’a été prise ». Ce qui est certain, poursuit un autre, c’est que le gouvernement de coalition a « décidé d’augmenter sa participation dans les opérations extérieures ». En fait, l’Autriche pourrait augmenter surtout sa contribution aux opérations de maintien de la paix au Mali (ONU et/ou EUTM Mali) et au Kosovo.

L’Espagne est silencieuse. A priori, Madrid reste « plutôt favorable à faire un soutien bilatéral » à la France si Paris en fait la « demande expresse ». L’Espagne a déjà basé un C-130 Hercules à Libreville avec un petit détachement Air qui va faire des navettes avec la Centrafrique. Une dizaine de rotations sont prévues ce mois. Le ministre des Affaires étrangères devrait cependant indiquer la position du gouvernement lors de la réunion.

Le Luxembourg pourrait participer. Aucune décision n’a cependant été prise au sein du gouvernement. Signalons que le pays a décidé de participer à la mission au Mali (avec la participation de 2 soldats luxembourgeois). Un pays important pour le Grand-Duché qui compte sur une relance des projets de coopération, surtout dans la région de Tombouctou.

Ceux qui ne participeraient pas

En l’état, certains pays (Pays-Bas, Bulgarie, Royaume-Uni, Slovénie, Irlande, Croatie) ne comptent pas vraiment participer à l’opération.

La Bulgarie ne compte pas contribuer, sauf si c’est dans le cadre du battlegroup, que personne ne songe à envoyer…

La Croatie n’a pas l’intention d’envoyer des troupes « pour le moment, à moins que ce soit dans des situations extraordinaires ». La ministre Vesna Pusic l’a confirmé à nos collègues du quotidien Vecernji. « Nous avons nos soldats en plusieurs points, et nous nous sommes concentrés sur la mission militaire où nous avons une forte présence, comme l’Afghanistan, ou dans des zones que nous considérons comme notre grand voisinage » (Balkans, Géorgie…).

En Irlande, « aucun envoi de troupes ne sera étudié avant que la mission soit autorisée », par l’ONU comme par une décision-cadre de l’UE. Et actuellement , une participation ne parait « pas envisageable », a précisé le ministre des Affaires étrangères, Eamon Gilmore, le 20 janvier, « nous sommes déjà engagés dans la mission en Syrie » (mission de l’ONU au Golan).

La Slovénie « soutient l’initiative pour déployer une mission de l’UE » – a indiqué le ministère des Affaires étrangères à Ljubljana. « Mais à cause des ressources militaires et financières limitées, on ne planifie pas de contribution ». Cependant, durant la réunion,  le ministre Erjavec a laissé entendre d’une possible participation.

(*) Europa kann Frankreich dabei nicht alleine lassen. (…) Wenn in Schwarzafrika und Subsahara Instabilität, Vertreibung und Terrorismus drohen, deren Folgen in Europa ankommen.

(Mis à jour – lun 20.01 – 10h, 12h, 13, 15h, 17h lors du Conseil des ministres – Belgique, Irlande, Italie, Suède, Autriche, Croatie, Grèce – 21.01 : Hongrie, Finlande, Slovaquie, Portugal + réorganisation des catégories)

La mission EUFOR RCA restera centrée sur Bangui. La France Nation-Cadre (MAJ)

(BRUXELLES2 – exclusif) Une nouvelle réunion du comité militaire de l’UE devrait se tenir aujourd’hui (ou demain) pour affiner le format de l’opération européenne en République centrafricaine. EUFOR RCA Bangui sera une « petite » opération dans sa taille (environ 600 hommes) et dans sa durée (environ 6 mois). L’objectif étant de faire le « pont » (bridging operation) avant la montée en puissance de la force africaine (MISCA) et l’éventuelle opération des Nations-Unies en RCA. Elle devrait se déployer sur le terrain assez rapidement, au printemps, soit avant, soit de façon simultanée à la relève de l’opération Sangaris (qui doit avoir lieu en avril).

Une mission sur l’aéroport

Lors de leur réunion, hier (mercredi 15 janvier), les 28 ambassadeurs du COPS – le Comité politique et de sécurité – ont, en effet, choisi définitivement une option : celle autour de l’aéroport de Bangui (la seconde option était de sécuriser une zone à l’ouest du Centrafrique vers le Cameroun). L’objectif de l’opération sera triple : 1) contribuer à la sécurisation de l’aéroport, 2) contribuer à la fourniture de l’aide humanitaire, 3) apporter un soutien technique à l’Etat-Major de la Misca qui manque de certains éléments — comme le C2 (Commandement et contrôle) ou les télécommunications satellites.

Une demi-douzaine d’Etats participants selon B2

Aucun pays n’a aujourd’hui formellement indiqué qu’il participerait à l’opération EUFOR RCA Bangui. Mais B2 a effectué un premier tour d’horizon des différentes participations possibles, potentielles ou non. En l’état, un premier relevé donne une demi-douzaine d’Etats (potentiellement) participants à la mission. On ne peut pas dire qu’on se bouscule au portillon. La France a ainsi proposé d’être la nation-cadre de l’opération en fournissant le FHQ (quartier-général de force) voire si nécessaire l’OHQ (quartier général de l’opération) du Mont-Valérien (qui avait déjà servi pour l’opération EUFOR Tchad). Paris devrait ainsi logiquement fournir une contribution importante en personnel et une bonne partie de l’Etat-Major. Une partie de la relève de l’opération Sangaris passerait alors sous mandat européen. A noter que la Grèce – qui assure en ce moment le commandement du « battlegroup » d’astreinte – a aussi proposé de mettre à disposition son quartier général de Larissa.

La Belgique pourrait fournir une compagnie de parachutistes. La Pologne et la république Tchèque étudient une participation qui pourrait être commune. L’Estonie devrait officialiser rapidement sa participation, une participation modeste mais qui révèle un engagement régulier de ce pays balte dans les opérations militaires de l’UE (*).

Les autres pays

L’Allemagne en l’état actuel ne participerait pas à la mission avec des troupes au sol mais prêtera une assistance logistique, notamment aérienne. Plusieurs autres pays (comme la Suède, l’Espagne) ont indiqué réfléchir à une participation. D’autres (Luxembourg, Autriche, Italie, Finlande) n’ont pas prévu de contribution mais ne l’excluent pas. En l’état, certains pays (Pays-Bas, Bulgarie) ne comptent pas vraiment participer à l’opération.

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(*) un commando estonien participe à l’opération EUnavfor Atalanta et un détachement a été envoyé dans la mission EUTM Mali