Bavure US près de Dubai. 1 Indien tué. L’Inde bouge à peine le petit doigt

Le skiff en cause (crédit : U.S. Navy photo)

(BRUXELLES2) Un navire de pêche indien a été pris sous le feu d’un navire ravitailleur américain, l’ lundi (16 juillet) à proximité du port de Jebel Ali à Dubai. Résultat : 1 pêcheur décédé et trois autres blessés. Deux seraient blessés au bras, un au dos, selon le diplomate indien qui leur a rendu visite aujourd’hui.

Selon la version officielle Us, l’équipe de sécurité embarquée à bord de l’USNS Rappahannock (T-AO-204) *, a tiré car le navire n’avait « pas réagi aux avertissements et approchait rapidement du navire US ». Les procédures de réaction graduelle ont été respectées selon le responsable de communication de la Ve flotte. Les marins ont d’abord utilisé des « moyens non-léthaux, des avertissements au navire (NB: normalement sonores et visuels) avant de passer aux moyens létaux ». Même si une attaque pirates parait peu probable dans le port de Dubai, on peut surtout penser que les Américains ont craint à un navire suicide de type de celui de l’USS Cole, alors que la tension bat son plein avec l’Iran. Les Américains ont d’ailleurs utilisé les tirs à la mitrailleuse, utilisant du gros calibre (.50), visant à tuer voire détruire le petit navire de pêche.

L’ambassadeur américain en Inde, Nancy Powell, a téléphoné au ministre des Affaires étrangères indien, Ranjan Mathai, ce matin pour « exprimer ses regrets pour la perte d’une vie et assuré que le gouvernement US conduirait une enquête complète  ». Les autorités emirati mènent également une enquête. Mais les autorités indiennes ont affiché un ton plutôt mesuré. Le ministère des Affaires étrangères indien s’est certes fendu d’un communiqué aujourd’hui (17 juillet) pour « déplorer profondément » cet incident. « Notre ambassade à Washington est en contact avec le gouvernement américain depuis hier. Notre ambassade à Abu Dhabi travaille avec les autorités locales pour apporter toute la lumière sur les circonstances entourant ce tragique et infortuné incident. Le consul général faisant fonction est à Jebel Ali pour assurer toute l’assistance nécessaire ».

Commentaire : Il semblerait ainsi que l’Inde affiche deux poids, deux mesures dans la protection de ses pêcheurs sur les mers. On ne peut s’empêcher de rapprocher cet « incident » de celui intervenu en février dernier impliquant cette fois la marine italienne, au large des côtes indiennes, quand 2 pêcheurs indiens avaient été tués par « mégarde » par les fusiliers-marins italiens à bord du navire marchand Enrica Lexie. Il faut cependant bien noter les différences. Premièrement, l’incident de lundi se déroule dans les eaux de Dubai tandis que l’incident de l’Enrica Lexie se situait dans les eaux territoriales indiennes (ou à proximité, selon les versions). Et l’objectif indien était tout autant de défendre ses pêcheurs que de montrer au reste du monde (Pakistan, Chine…) qu’il savait défendre ses côtes. Deuxièmement, les coups de feux sont partis d’un navire militaire et non d’un navire civil, ce qui change la donne en droit de la mer. Enfin, c’est un navire Us qui est en cause… non un navire italien. NB : on peut remarquer que la marine US a très rapidement communiqué sur le sujet, donnant sa version des faits pour ce qui apparait néanmoins comme une bavure…

(*) un navire de soutien et de ravitaillement en pétrole dont l’équipage est en grande partie civil.

Formateur privé sud-africain tué

(B2) Un formateur sud-africain de gardes de sécurité a été tué par son garde du corps vendredi (27 avril) dans la région semi-autonome du Puntland, en Somalie, selon un communiqué diffusé par le gouvernement du Puntland. Il appartenait à la société Saracen international alors qu’il accompagnait les forces maritimes du Puntland. Il se serait « disputé » avec un de ses gardes du corps qui l’aurait abattu. Une enquête a été ouverte.

Lire également : Tir contre un hélicoptère européen d’Eunavfor

Afghanistan: le chef d’état-major de l’armée de terre polonaise l’ouvre… et dégage

(BRUXELLES2) En Pologne, après la mort du capitaine Daniel Ambrozinski en Afghanistan (1) et le coup de gueule, suivi d’une mise à la porte, du chef d’Etat major de l’armée de terre, la polémique fait rage. Et « Skrzypczak » qui est entré à l’armée à 20 ans en 1976 et a fait une partie de la campagne d’Irak est aujourd’hui devenu un symbole, une marque de fabrique du fort en gueule

Le général Waldemar Skrzypczak, visiblement ému de la mort du capitaine (2), a, en effet, profité de la cérémonie en son hommage, le 16 août, puis de plusieurs interviews données dans la presse, pour régler ses comptes avec le ministre de la Défense, Bogdan Klich, et son administration. Des propos d’une certaine brutalité, rarement entendus en public, entre un militaire de haut rang et son supérieur politique (à l’exception sans doute du général britannique Richard Dannat).

Une remise en cause du pouvoir politique.

Le premier acte se pose le 16 août, lors de la cérémonie en hommage au capitaine décédé. Le général s’interroge publiquement pour savoir si le moment n’est pas venu que l’armée cesse de fonctionner dans une atmosphère  d’accusation sur son incompétence. « Tout indique que (l’armée en) Afghanistan a besoin de plus d’équipement. En tant que commandant, j’ai le droit de dire que nous savons ce qu’il nous faut pour combattre. Aucun des responsables militaires, la bureaucratie, doit nous dire ce que nous devons faire. Nous savons ce qu’il faut pour combattre. Et nous voulons être écoutés. » Une remise en cause, d’une certaine façon, de l’autorité politique et qui a été immédiatement perçue comme telle par le ministre de la Défense. Le général est sur la sellette…

Des « procédures d’équipement trop bureaucratiques ».

Le lendemain, même s’il se prévaut de son « droit à l’émotion (…) sur le cercueil de mon soldat », Skrzypczak confirme ses propos et enfonce le clou, particulièrement dans le quotidien Dziennik et la télévision d’info en continue TVN24. Il s’en prend, à nouveau, à la « vaste bureaucratie » qui règne à Varsovie et les procédures « trop bureaucratiques » pour équiper les soldats et les armées (voir ci-dessous), estimant que c’est ce qui a pu causer la mort du capitaine Ambrozinski. Se sentant « responsable » de ses hommes, le général met en cause, nommément, le ministre de la Défense, Bogdan Klich — qui a « une image déformée de la réalité. Il croit que tout est OK. Et ce n’est pas le cas » — et plus généralement son administration — le ministère qui a le pouvoir de sélection de l’équipement militaire est « mal préparé et n’assume pas ses responsabilités ».  « Je pense que quelqu’un va répondre devant la justice du fait que nous n’avons pas les moyens de se battre pour assurer la sécurité des soldats polonais ».

Skrzypczak souligne aussi que « L’armée est fatiguée de la peur hystérique et la méfiance. (…) « Nous vivons dans la peur constante. Toute décision doit être contrôlée: si elle était bonne ? pourquoi elle a été prise ? ec.. C’est un manque de confiance pour nous. Si vous ne faites pas confiance aux militaires, quelqu’un doit s’en aller: les forces militaires ou ceux qui ne font pas confiance » (écouter/lire l’interview – en polonais).

La démission au bout du chemin.

La coupe est dès lors pleine. Et le départ du bouillant général programmé. Malgré quelques tentatives de réconciliation, trop de paroles avaient coulé publiquement pour qu’un exemple ne soit pas fait. Le général Skrzypczak qui a brûlé ses dernières cartouches (il est en fin de carrière), tire conséquence de ses propos et se remet « à disposition » du président, Lech Kaczinski, « suite à la perte de confiance en ma personne par le ministre de la Défense » (2). Décision actée le 20 août.

Un sous équipement dramatique.

Le général dénonce des faits précis. Certains équipements, pourtant ultra-nécessaires, mettent des années à arriver sur le terrain. Les soldats manquent de « radios portatives, de systèmes brouilleurs (pour éviter les IAD), d’engins de vision nocturne. (…) Une simple demande simple comme des mitrailleurs pour des hélicoptères prend une éternité avant d’arriver ». Selon lui, également, « l’argent consacré aux armements et à l’armée sont mal dépensés ».  Il est un fait également énoncé par le militaire : l’armée n’arrive pas à suivre le rythme de renouvellement des équipements imposé par les Américains. Exemples à l’appui, plusieurs militaires revenus d’Afghanistan affirment devoir acheter leurs propres équipements (écouter ou lire le reportage de TVN24). Les familles également confirment. La veuve du capitaine Ambrozinski témoigne: Mon mari a dû s’acheter sur ses deniers « chaussures, lunettes, gilets pare-balles… et même un convertisseur de données pour cartes« . Dans certains bases, « la nourriture n’est pas satisfaisante« . Autre problème, que Natalia Ambrozinski dénonce : le transport. Les Polonais « dépendent des Américains. Mais ceux-ci ont la priorité. Alors les Polonais attendent. Il faut parfois attendre plusieurs jours sur une base pour aller dans l’autre. C’est humiliant » (écouter ou lire l’autre reportage de TVN24).

Sentiment d’amertume de ne pas avoir été écouté.

Démissionné illico, le général continue de l’ouvrir. Il l’a un peu mauvaise, comme il le confie au quotidien Rzespospolita, encore récemment (lire l’article, en polonais). Suis-je gagnant ou perdant ? « Je ne sais pas très bien. Je me sens mal. J’espère simplement que la poussière retombée, l’armée sera gagnante. Alors seulement je me sentirais victorieux. Car ce que j’ai fait, je l’ai fait pour le bien de mes soldats. ». Un sentiment d’amertume également, car le militaire a, à plusieurs reprises, tiré la sonnette d’alarme et n’a pas été entendu. Il persiste et signe encore aujourd’hui. « J’ai envoyé plusieurs documents. Et ceux-ci sont à disposition de tous ceux qui en sont soucieux ». Se défendant de vouloir éluder le contrôle politique, il précise « J’ai présenté des allégations précises.  Pourtant, ils n’ont rien fait ». Le ministre rétorque, mettant en avant les demandes irrationnelles du soldat. Skrzypczak est coutumier des coups d’éclat. En 2007, il avait menacé de démissionner si « ses » soldats, accusés de crime de guerre pour avoir mené une attaque contre des civils sans défense en Afghanistan étaient condamnés.

Contexte difficile.

L’armée polonaise vit actuellement une période intense de réformes, avec la mise en place de la professionnalisation, l’abandon de la conscription, dans un contexte économique difficile (plusieurs décisions d’équipement ont été supprimées) et alors qu’il lui est demandé de plus en plus d’efforts pour l’Afghanistan (après celui requis en Irak). Après des années d’engagement, la grogne monte. Les soldats polonais, placés en zone à risque, ne sont pas vraiment bien équipés, et moins payés, que leurs voisins américains ou européens. La décision annoncée début août du Ministre de la Défense d’envoyer 200 hommes en renfort pour l’opération de l’OTAN a été un peu une goutte d’eau qui a fait déborder le vase.
Elle a d’ailleurs été vite démentie par le Premier ministre, jugeant qu’une évaluation était d’abord nécessaire s’il fallait plus d’hommes ou davantage d’équipements plus performants.

Une refonte de la loi sur les équipements.

Le gouvernement polonais étudie aussi actuellement la simplification de la loi d’équipement de l’armée. Est en cause, notamment, la recherche par la Pologne de contreparties (en termes de retombées économiques ou d’emploi) auprès des industriels à qui elle achète du matériel. Selon la loi polonaise, tout achat portant sur plus de 5 millions de Zlotys doit être compensé. Ces « offsets » utiles en termes économiques sont souvent longs à négocier et retardent l’arrivée des équipements nécessaires.

NB : un remplaçant pourrait être nommé. Il s’agit du général Tadeusz Buk, un ancien de l’Irak également (du 9e contingent polonais) qui a notamment rétabli l’ordre dans la province où les troupes polonaises étaient stationnées.

(1) Parmi les 10 morts polonais depuis le début de l’engagement en Afghanistan (dont un dans un accident de la route), c’est le premier officier de ce grade à décéder.
(2) Le capitaine n’a pas sauté sur une mine mais a été victime d’un snipper, d’un tireur d’élite.
(3) Formule consacrée en Pologne où la démission d’un général est délicate d’un point de vue juridique.

(crédit photo : TVN24)

Hommage au premier soldat mort au Tchad

N. Sarkozy, J. Solana - haut représentant UE -, B. Kouchner - affaires étrangères -, H. Morin - défense - aux obsèques du sergent/adjudant Polin (crédit : ministère français de la Défense)

(BRUXELLES2) Les drapeaux étaient en berne au siège du Conseil de l’Union européenne, le 12 mars à Bruxelles, en mémoire du premier soldat, mort en action, depuis la création de la Politique européenne de sécurité et de défense.

Le sergent-chef Polin du 1er régiment de parachutistes d’infanterie de marine a, en effet, été enterré à Bayonne, en présence de Javier Solana, Haut représentant pour la politique extérieure et de défense, du Général Nash, commandant l’opération Eufor et des autorités politiques et militaires françaises au plus haut niveau. « Gilles Polin est tombé sous les balles de ce qu’il faut bien appeler des assassins, alors qu’il menait une opération de paix, victime de lâches animés d’une violence aveugle et coupable », a déclaré à cette occasion le président français, Nicolas Sarkozy. (Paru dans Europolitique, mars 2008)

Premier mort en opération pour l’Eufor

(BRUXELLES2) Un soldat français de l’Eufor au Tchad / RCA a été tué le 3 mars à la suite d’un accrochage avec les forces soudanaises. Il avait franchi « accidentellement » la frontière. Frontière considérée comme peu stable. C’est le premier incident de la force militaire envoyée au Tchad et Centrafrique pour protéger les réfugiés et déplacés nombreux dans cette zone,  à la suite des combats entre rebelles et forces gouvernementales dans la région du Darfour voisin.

(Mis à jour) Il s’agit du sergent Gilles Polin du 1er régiment parachutiste d’infanterie de marine (1er RPIMa) de Bayonne. Il a été élevé à titre posthume au grade d’adjudant et fait chevalier de la Légion d’Honneur. Ses obsèques se sont déroulées le 13 mars en présence du chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy.

C’est le premier incident suite à des actions violentes sur une opération de l’Europe de défense. Ou, pour être exact, le deuxième. En janvier 1992 – au moment où la politique européenne de la défense n’existait pas officiellement mais fonctionnait quand même -, en pleine guerre de Croatie, cinq observateurs européens – quatre Italiens et un Français – étaient décédés après que leur hélicoptère ait été atteint « par erreur » par l’armée de l’air yougoslave (serbe). « Un malheureux concours de circonstances  » lié à la « situation extrêmement difficile régnant dans l’espace aérien », avait expliqué, à l’époque, pince-sans rires, le ministère yougoslave de la défense.

Les missions européennes ont subi certaines pertes souvent par accident. Récemment, le 11 janvier, un hélicoptère des forces macédoniennes, MI-17, transportant des militaires de retour de la mission Eufor en Bosnie, s’est écrasé, faisant 11 morts (équipage et passagers).

(NGV)

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