Entre Kobler et Mogherini, la prochaine rencontre à New York risque d'être moins souriante (Crédit: Commission européenne / archives B2, février 2016)

Opération Sophia, aide humanitaire… L’action de l’UE en Libye critiquée par l’ONU

Entre Kobler et Mogherini, la prochaine rencontre à New York risque d'être moins souriante (Crédit: Commission européenne / archives B2, février 2016)

Entre Kobler et Mogherini, la prochaine rencontre à New York risque d’être moins souriante (Crédit: Commission européenne / archives B2, février 2016)

(BRUXELLES2) Il y a de l’eau dans le gaz dans les relations entre l’ONU, certains responsables libyens, d’un côté, et l’Union européenne de l’autre. Tour à tour, Martin Kobler, l’envoyé spécial de l’ONU, l’agence de presse de l’ONU, l’IRIN, et plusieurs responsables libyens ont pointé du doigt, l’action de l’Union européenne, notamment l’opération Sophia, inefficace, selon eux. Une critique autrement plus sévère et argumentée que celle des Lords il y a quelques jours qui était somme toute assez plate (lire : Une torpille des Lords sur EUNAVFOR Med. L’échec de qui ?).

Sophia, un appel d’air selon l’ONU

Dans une interview au Journal, dimanche (29 mai), l’envoyé spécial de l’ONU pour la Libye, Martin Kobler, a, en effet, sévèrement critiqué l’inefficacité de l’opération EUNAVFOR MED / Sophia « Elle crée un appel d’air! Elle ne patrouille pas dans les eaux territoriales libyennes. Les passeurs mettent donc les migrants dans les bateaux et ne leur donnent même plus l’essence suffisante pour aller jusqu’à Lampedusa. Ensuite, ils appellent le numéro d’urgence en Italie leur disant : « Eh, préparez-vous, 500 vont arriver! » » Federica Mogherini et Martin Kobler doivent se voir lundi 6 juin à New York. Un café suffira-t-il à résoudre le problème ?

Un porte-parole de la marine libyenne dénonce

Une position reprise par plusieurs acteurs de la scène libyenne qui s’expriment, ce mercredi 1er juin par l’intermédiaire de l’IRIN, l’agence de presse de l’ONU, dans un article très critique. Un porte-parole de la marine libyenne, notamment rend responsable l’Opération Sophia de l’augmentation du flux de migrants qui se lancent en Méditerranée pour rejoindre l’Europe. « Tous les « bateaux » de migrants ont des téléphones par satellite et GPS. Avant, ils devaient atteindre les eaux italiennes pour faire un appel de détresse. Maintenant ils commencent à faire l’appel de SOS dès qu’ils quittent les eaux libyennes. » Bref, l’UE faciliterait presque la tache des trafiquants selon l’ONU.

Le soutien aux garde-côtes libyens ridiculisé

Si le nombre de migrants arrivés en Italie, pour le moment, reste au niveau des chiffres de 2015, il pourrait même diminuer. Comme l’explique le journaliste de l’IRIN, le nombre de bateaux interceptés dans les eaux libyennes augmentera, dès que commencera la formation des garde-côtes libyens par l’UE (Lire : Deux nouvelles tâches pour l’opération EUNAVFOR MED SOPHIA. Feu vert des 28). Mais l’ironie apparait rapidement. Remettant en cause l’utilité de cette formation, l’article de l’IRIN parle d’un « coup de publicité ». Pour le porte-parole de la Marine libyenne, les Libyens et peuvent s’entrainer seuls. Ce qui manque est juste un problème d’équipement. « Nous travaillons avec presque rien. Et nous avons besoin de tout ce que vous pouvez imaginer : bateaux, radars, radios, uniformes. Littéralement tout » insiste le marin, laissant entendre que cela n’entre pas dans le plan de l’UE. 

Le problème du retour des clandestins pas réglé

Selon l’IRIN, « l’offre de soutien de l’UE échoue également à aborder la question de ce qui arrive aux migrants une fois qu’ils sont capturés et renvoyés en Libye ». C’est le responsable du Département de lutte contre l’immigration illégale, le colonel Mohamed Abu Breda, qui le dit. Selon lui, depuis 2011, « l’UE a laissé la Libye régler le problème des migrants seule » explique-t-il. « L’UE et les Italiens ont fait beaucoup de visites et se sont engagés à aider la Libye. Mais malheureusement, tout ce que nous avons reçu, ce sont des promesses vides, et aucune action. »

(LH)


Les camps de réfugiés débordent déjà…

3500 migrants tentant de prendre un bateau ont été arrêtés sur les côtes libyennes entre le 22 et le 28 mai. 850 seraient  morts en mer, dans une série de naufrages, selon l’Organisation internationale pour les migrations. Le responsable de l’ONG en Libye, Othman Belbeisi, averti. « La capacité des centres de détention est sévèrement mise à l’épreuve, en particulier celui de al- Zawyia » qui accueille plus de 2000 personnes alors que sa capacité est de 1000. Son directeur désespère. « La semaine prochaine nous ferons face à un problème très important. Je ne sais pas comment je vais le gérer. »


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(crédit : RTL - archives JYLD en janvier 2015)

Daech pénètre en Libye vers les puits de pétrole (Le Drian)

(crédit : RTL - archives JYLD en janvier 2015)

(crédit : RTL – archives JYLD en janvier 2015)

(B2) L’organisation de l’Etat islamique (Daech) a pris pied sur la côte libyenne, autour de Syrte, l’ancien bastion de Kadhafi. Mais elle commence à progresser « vers l’intérieur » de la Libye avec pour objectif l’accès à des puits de pétrole, a mis en évidence lundi le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian sur la chaîne française RTL : « La situation est préoccupante en Libye. Je l’ai dit depuis des mois. »

De Syrte vers l’intérieur du pays

Les miliciens de Daech « sont à Syrte. Ils étendent leur territoire sur 250 kilomètres linéaires de côte. Mais ils commencent à pénétrer vers l’intérieur et à avoir une tentation d’accès à des puits de pétrole et à des réserves de pétrole. Il faut absolument que cesse des conflits intralibyens, sinon le vainqueur militaire sera Daech ».

Une lente prise de conscience chez les Libyens

« Heureusement, cette prise de conscience commence à se faire à la fois du côté de Tripoli et du côté de Tobrouk. Et on peut penser que les discussions qui sont en cours à la fois sous l’autorité de Martin Kobler, l’envoyé spécial des Nations unies, et dans les réunions de Rome, qui se sont déroulées ce week-end, vont aboutir à une solution politique » a-t-il ajouté.

Pas de frappes aériennes, une solution politique

Des frappes aériennes ne sont pas une option pour Jean-Yves Le Drian. « Il n’y a pas d’autres solutions (que) la solution politique. Il faut aboutir à une solution politique entre les différents clans, les différentes fractions qui aujourd’hui s’opposent en Libye » (…) Ils ont eux-mêmes les moyens militaires entre eux pour enrayer la progression de Daech donc il faut qu’ils s’unissent politiquement ».

Commentaire : Entamer des frappes parait plutôt délicat au plan politique comme militaire. La légitimité internationale de ces frappes serait étroite – sans une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. La résolution votée le 20 novembre vise davantage Daech en Irak et en Syrie. Militairement, outre d’avoir les moyens nécessaires, l’effet pourrait être plus négatif que positif, en déplaçant des populations, donc les éléments de Daech, en suscitant d’autres vocations, et en provoquant chez les milices libyennes, au final, une réaction davantage de solidarité que de d’hostilité.

(NGV)

Ecoutez le fichier audio (source RTL) – Libye (à partir de la 7e minute, après la réaction aux élections régionales)