Nouveau sauvetage en Méditerranée. La voie libyenne est rouverte (maj)

(B2) Le beau temps revenu… ils arrivent. En trois jours, près de 2500 naufragés de la migration ont ainsi été récupérés par les différentes marines déployées au large de la Libye.

Les navires Sphinx et Aliseo de la marine italienne — qui participent à l’opération Mare Sicuro — ont ainsi récupéré ce vendredi (18 mars) plus de 300 personnes qui voguaient dans trois canots différents : 115 d’un premier canot, 130 migrants sur un second canot pour le Sphinx. Tandis que l’Aliseo récupérait 121 migrants, transférés du navire norvégien de Frontex Siem Pilot, selon le fil twitter de la marine italienne. Ils ont été débarqués à Reggio Calabria puis amenés par bus à Tarente. De leur côté, le Peluso des gardes-côtes italiens (CP 905) venait au secours de 243 personnes dans deux opérations. Ils ont récupéré également un corps d’un migrant décédé. Tandis que l’Egeo (CP322) venait au secours dans la nuit de 2 autres canots.

La veille, jeudi (17 mars), le navire océanographique britannique HMS Enterprise (EUNAVFOR MED) est venu au secours de trois canots pneumatiques de sauvetage, précédemment repérés par l’avion de surveillance aérienne espagnol Vigma D4. Il a ainsi récupéré en tout 378 naufragés : 116 naufragés sur un canot, 98 migrants sur un second canot et 164 venant d’un troisième canot.

(NGV)

Le Cavour... © NGV / B2

Le Cavour, navire amiral d’EUNAVFOR Med

Le Cavour... © NGV / B2

Le Cavour… © NGV / B2

(B2, à bord du Cavour) Long de 244 mètres, large de 40 mètres avec une hauteur de 55 mètres (soit 11 étages), quand on monte à bord du Cavour, on pourrait ne pas se sentir en pleine mer. Si ce n’est le petit mouvement de roulis, perceptible de temps à autre, les 27 000 tonnes du navire assurent une certaine stabilité.

Une journée à bord

La journée à bord démarre normalement vers 7h30, avec le petit déjeuner, briefing général dans le hangar, avec les consignes du jour, nettoyage du navire vers 10-12h. L’après midi, entrainement collectif divers (alerte incendie, alerte sauvetage, entrainement militaire, etc.).

Des équipes d’astreinte

Des équipes restent d’astreinte en permanence, au quart mais aussi côté hélico. Il y a ainsi une équipe d’astreinte en permanence 24h sur 24. C’est à dire la nuit comme le jour, avec un temps de décollage fixé à maximum 60 minutes la nuit, 30 minutes le jour. Idem côté du FHQ où hormis les horaires de jour, un capitaine et son assistant se relaient toutes les six heures pour assurer la veille. Une nécessité. « Les premiers appels arrivent la nuit. Et les avions décollent très tôt. »

In arduis servare mentem

Avec 544 hommes et femmes d’équipage, le navire de commandement italien ressemble à un vrai village. Et encore, il parait un peu vide. « On peut aller jusqu’à 1200 personnes en tout avec les aviateurs, les forces spéciales » souligne son commandant Alberto Sodomaco, pas peu fier de commander ce navire, dont la devise est « In arduis servare mentem » qui pourrait être celle de l’opération également.

Le navire le plus imposant de la marine italienne

Troisième du nom dans la marine italienne, le Cavour est aussi un de ses navires les plus imposants et les plus récents. Fabriqué par les chantiers navals italiens, Fincatieri, en 2004, en deux parties (comme les navires civils), assemblées ensuite à la Spezia, il a été engagé en 2008.

Utilisable dans différents types d’opérations

Modulable et adaptable facilement, il est utilisable dans différents types d’opération (à l’image des BPC français). Il peut ainsi servir de bateau de commandement et de contrôle, de navire hôpital, ou de pôle de transport — ou les trois à la fois comme aujourd’hui — comme de transport logistique voire servir à la diplomatie marine. Le navire revient ainsi d’une tournée en Afrique, de l’Arabie saoudite à l’Amérique (6 mois) : 164 jours en mer, 41 jours dans les ports.

Un porte-hélicoptères

Il dispose de six places (spot) hélicoptères + une place pour l’hélicoptère réservé au SAR. 2 ascenseurs sont prévus pour monter (ou descendre) les avions/hélicoptères du hangar vers le pont, ou vice versa.  Plusieurs configurations sont possibles : 14 avions AV8B + 6 hélicoptères EH101 en mission « projection », ou 10 avions AV8B + 8 hélicoptères EH101 et 2 hélicoptères NH90 en mission « soutien amphibie ».

Un hangar modulable

Le hangar en lui-même a une bonne taille : 134 mètres de long, 21 mètres de large, 7 mètres de haut. En temps ordinaire, il peut abriter du matériel ou du fret humanitaire, comme en janvier – avril 2010 pour l’opération White Crane vers Haïti — les hélicoptères ou les avions. Aujourd’hui, à bord, il n’y a (que) trois hélicoptères. Une partie a donc été transformée en salle de sport. Le navire a aussi une centrale énergétique à bord (de 18 Megawatt) et autoproduit toute l’eau nécessaire, recyclant l’eau ou celle de mer… sauf l’eau gazeuse servie à table.

Un véritable hôpital flottant

Le Cavour dispose d’un hôpital flottant, avec 4 lits de réanimation, 20 lits d’hospitalisation, une unité pour les brûlés, 2 tables d’opération et 8 unités de soins d’urgence. Il sert ainsi de rôle 2 à l’opération. Son emplacement sur zone est souvent à l’arrière de la zone de récupération des canots de migrants, à mi-chemin entre eux et la terre. L’objectif est d’avoir une évacuation possible dans un temps rapide, soit vers le Cavour, soit vers la terre.

(Nicolas Gros-Verheyde)

CanotMigrantsMedit@Ita160316

De nouveaux migrants récupérés ce matin en Méditerranée

CanotMigrantsMedit@Ita160316(B2 à Rome) En quittant le Cavour ce matin par hélicoptère, on savait déjà que la journée serait chargée en mer. Dès la nuit, plusieurs appels étaient arrivés au centre de sauvetage en mer (MRCC) de Rome, signalant des bateaux. Ce sont les garde-côtes italiens et la marine italienne, avec le navire norvégien de Frontex, le Siem Pilot, qui ont été en action.

Près de 509 migrants ont ainsi été récupérés par le navire Aviere, lors de plusieurs opérations de sauvetage, dont 83 qu’il a récupérés du Siem Pilot, mercredi (16 mars). Parmi eux, 151 mineurs, 361 hommes et 79 femmes. On déplore un mort (le cadavre d’une femme a été découvert lors d’un des premiers sauvetages du matin). Ils ont été débarqués au port de Reggio Calabria.

Le Sirio a débarqué aujourd’hui à Lampedusa, avec le soutien du Grecale, 283 autres migrants (126 qu’il avait secourus et 156 récupérés du Diciotti (CP941). Tandis que les navires Vega et Grecale ont amené à Augusta 218 migrants secourus hier (mardi 15 mars).

(NGV)

Lire aussi : Reportage EUNAVFOR Med. Alerte ! canots à la mer

 

Le Tornado (crédit : marine espagnole)

Relais espagnol au sein d’Atalanta

Le Tornado (crédit : marine espagnole)

Le Tornado au large de la Corne de l’Afrique (crédit : marine espagnole)

(B2) Le navire d’action maritime Tornado (*) a remplacé la frégate ‘Victoria‘ qui a quitté fin février l’opération anti-piraterie de l’Union européenne dans l’océan Indien (EUNAVFOR Atalanta). Il y sera déployé dans la Corne de l’Afrique jusqu’à la mi-mai. Le Tornado est le plus moderne des quatre navires BAM (‘buque de acción marítima’) de la marine espagnole.

Construit par les chantiers navals Navantia à San Fernando (Cádiz), il a été livré en juillet 2012. Long de 93,90 mètres et large de 14,20 mètres, il dispose également d’un hélicoptère SH-60B et de forces de sécurité de la Marine, des « éléments clés pour une mission comme Atalanta » précise-t-on à l’état-major de la marine espagnole.

(NGV)

L'hélicoptère de bord Wildcat alias AW159 SuperLynx (crédit : MOD uk)

La Royale et la Navy passent en mer Egée

L'hélicoptère de bord Wildcat alias AW159 SuperLynx (crédit : MOD uk)

L’hélicoptère de bord Wildcat alias AW159 SuperLynx (crédit : MOD uk)

(B2) Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, l’a confirmé juste après le mini sommet franco-allemand à l’Elysée, vendredi (4 mars) : un navire français part de Toulon cette semaine. Direction : la mer Egée pour compléter le déploiement de l’OTAN sur place. C’est l’aviso Commandant Bouan (F-797), commandé depuis peu par le capitaine de corvette Lucas Saliou, qui a été désigné pour cette mission, comme l’a précisé l’Etat-major des armées. Les opérations de sauvetage en mer, ce patrouilleur de haute mer les connait quelque peu. Il avait participé à l’automne dernier à l’opération menée par l’agence européenne Frontex en mer Ionienne, au large de l’Italie, récupérant plusieurs centaines de réfugiés (lire sur le journal du navire). Il avait fait escale à Malte lors du sommet UE-Afrique sur les migrations et avait reçu, à ce moment la visite du chef de l’Etat, François Hollande.

La Royal Navy également présente

Coté britannique, c’est David Cameron qui, avant le début du sommet de Bruxelles, a annoncé que le navire amphibie RFA Mounts Bay partira en mer Egée dans le même cadre. « Cette migration est le plus grand défi auquel fait face l’Europe aujourd’hui » a-t-il déclaré. Le locataire de Downing street poursuit ainsi sa diplomatie maritime. On se rappelle effectivement qu’en avril, très vite après la réunion européenne sur l’alerte migratoire en Méditerranée, il avait rapidement décidé d’envoyer une frégate britannique (lire : Face à la tragédie en Méditerranée, le Royaume-Uni répond « présent »).

Mission : identifier les passeurs

La mission assignée par le Premier ministre à son navire est d’ « identifier les passeurs et passer les informations aux garde-côtes turcs afin qu’ils puissent intercepter ces bateaux ». Dans sa tâche le RFA Mounts bay sera soutenus par 3 bateaux des garde-frontières : le VOS Grace « qui est déjà dans la mer Egée », avec une équipe de garde-frontières britanniques (grecs et italiens), une équipe médicale dans le cadre de l’opération Frontex, un autre patrouilleur « qui se trouve en chemin vers la région ». Un troisième devrait le rejoindre « ce mois-ci » (pour prendre le relais du premier).

Mais aussi du sauvetage en mer ?

Le RFA Mounts Bay (L-3008) est un navire amphibie, doté d’un hélicoptère de bord de type Wildcat. Il a notamment été déployé lors de l’opération en Sierra Leone en 2006 et a participé à l’exercice Corsican Lion en 2002 (lire : Les Royal(es) encerclent la Corse). Ce n’est pas vraiment le navire idéal pour faire de l’observation et du recueil d’information, discrètement. En revanche, il peut accueillir beaucoup de monde à bord : un Etat-major ou des réfugiés. Voire les deux. Il disposera à bord de deux patrouilleurs de côtes permettant ainsi de venir en aide aux « naufragés ».

(NGV)

Lire :

(Crédit : EUNAVFOR Med / Sophia)

Plusieurs dizaines de migrants sauvés à 30 miles des côtes libyennes (maj)

(Crédit : EUNAVFOR Med / Sophia)

Vu de l’avion espagnol (Crédit : EUNAVFOR Med / Sophia)

(B2) Ce dimanche matin (6 mars), une opération menée de concert par la marine italienne et européenne au large de la Libye a permis de récupérer plusieurs dizaines de migrants, près des côtes libyennes.

Repérage par un avion de patrouille espagnole

C’est l’avion de patrouille espagnole VIGMA D-4 qui a d’abord repéré deux navires en caoutchouc en détresse, à 30 miles nautiques des côtes libyennes.

Sauvetage par des navires allemand et italien, et relais britannique

L’alerte a été donnée aux navires à proximité. Le patrouilleur de haute mer  Aviere (F-583) de la marine italienne (*) qui participe à l’opération nationale Mare Sicuro récupérait 87 migrants. Ils ont ensuite été transférés vers le HMS Enterprise (H-88), le navire de recherche océanographique britannique qui participe à l’opération européenne EUNAVFOR Med / Sophia. De son côté, la corvette allemande FGS Ludwigshafen am Rhein (F-264) est venue au secours de 121 autres migrants.

(NGV)

(*) Traduction ‘maison’ de l’Italien Pattugliatori di Squadra. Ce navire – et ses soeurs – a été construit sur le même modèle que les frégates lance missiles Lupo mais ne dispose pas d’armement anti-sous marin. Il était destiné à l’origine à la marine irakienne mais est resté sur les bras de la marine italienne, du fait de l’embargo mis en place après la guerre Iran-Irak et la première guerre Golfe, et a été intégré dans la flotte tricolore, après mise aux normes de l’OTAN

Lire aussi :

maj : 19h, avec précisions sur le sauvetage italo-britannique qui ne formait qu’une seule opération en fait, et le renfort allemand.

Consigne devrait être donnée aux navires de l'OTAN de se tenir éloignés des couloirs de migrants (J. Stoltenberg au conseil des ministres de la défense, début février, crédit : OTAN)

Ne dites plus opération de l’OTAN en mer Egée, dites déploiement ! Plouf plouf

Consigne devrait être donnée aux navires de l'OTAN de se tenir éloignés des couloirs de migrants (J. Stoltenberg au conseil des ministres de la défense, début février, crédit : OTAN)

Consigne devrait être donnée aux navires de l’OTAN de se tenir éloignés des couloirs de migrants (J. Stoltenberg au conseil des ministres de la défense, début février, crédit : OTAN)

(B2) « L’opération » de l’OTAN en mer Egée n’a pas vraiment commencé. Malgré toutes les déclarations les plus vibrionnantes les unes que les autres. On est encore, comme l’a indiqué le secrétaire général de l’organisation, Jens Stoltenberg devant les eurodéputés hier mardi (23 février), « à régler les détails techniques et opérationnels ». Il n’a pas voulu vraiment en dire plus devant les journalistes (1). On le comprend. En matière de détails, tout est loin d’être réglé. Et pour obtenir l’accord de tous, l’imprécision devrait faire force de loi… Tentons d’y voir clair.

Une décision est-elle prise ?

A l’heure où est bouclé cet article (19h30) = Non. Le comité des opérations de l’OTAN était en réunion aujourd’hui, suivi normalement de la réunion des ambassadeurs du NAC (qui n’a pas encore eu lieu). Si la Turquie semble avoir donné son aval, on attend encore celui de son homologue grec (il est dans l’avion…). Mais cela pourrait être fait dans les heures qui viennent, ou d’ici vendredi. Sauf si un nouveau problème survient… (Maj jeu 25.2) Une décision a pu être prise jeudi matin au sein des ambassadeurs de l’OTAN. « Nous pourrons fournir les informations critiques à la Grèce, la Turquie, et Frontex » a-t-il indiqué dans un tweet.

Serait-ce une opération de l’OTAN ?

Non. Il ne s’agit pas du tout d’une ‘opération’ militaire de l’OTAN comme cela a pu être présenté ou compris. Il n’y a, pour l’instant, pas de concept d’opération (CONOPS), de plan d’opération (OpPlan), ou de commandement militaire autonome. Tout préalable nécessaire normalement au déclenchement d’une ‘opération’ militaire. Il s’agit davantage d’une mission supplémentaire donnée aux groupements maritimes de l’OTAN (les SNMG). De façon concrète, c’est la rotation habituelle de ces SNMG déployés, qui permettra d’assurer une permanence sur zone. Avec un avantage : aucun nouveau moyen n’est ainsi réellement nécessaire. A l’OTAN, on préfère d’ailleurs mettre désormais en avant le mot « déploiement ». NB : Ce qui ne correspond à rien. C’est comme le Canada Dry, çà a un côté opérationnel. Mais cela n’en est pas un.

Quel sera le rôle de ces navires ?

Les navires de l’OTAN auront un « travail de contrôle et de surveillance, ainsi que de fournir des informations aux autorités locales » selon Jens Stoltenberg. « Nous voulons aider les garde-côtes turcs et grecs à faire leur travail. Nous n’allons pas faire leur travail. » Dans la pratique, les navires auront effectivement pour tâche de surveiller la zone, de repérer des navires suspects (migrants ou trafiquants) et de les signaler aux autorités des pays riverains concernés (Grèce ou Turquie selon la trajectoire du bateau). Mais c’est tout.

Où vont patrouiller les navires de l’OTAN ?

La règle fixée au conseil des ministres sera sagement respectée. Pas de navire grec dans les eaux territoriales de l’OTAN. Pas de navire turc dans les eaux territoriales de l’UE. Il n’y aura pas de droit de pénétrer dans les eaux territoriales pour les navires de l’OTAN. Il leur faudra respecter les règles habituelles (signalement diplomatique, etc.). Dans la pratique, les navires de l’OTAN auront consigne de se placer à une « distance sage » des couloirs de migrants pour éviter de tomber sur un bateau de réfugiés et être obligé de les recueillir … (voir plus loin).

Comment va se faire la surveillance alors ?

La surveillance pourra se faire par les moyens de surveillance des navires (radars, etc.) voire des sous-marins, mais surtout par voie aérienne : avions de patrouille maritime, hélicoptères de bord, etc. C’est davantage l’aspect aérien du déploiement qui sera important.

Comment va se produire l’échange d’informations entre l’OTAN, Grèce et Turquie et l’UE ?

Tout n’est pas réglé. L’échange d’informations, qui reste, normalement, classifié n’est pas aisé. Mais il pourra être procédé, comme d’habitude, dans des exercices, déploiements ou opérations de l’OTAN. Les informations transiteront par le commandement maritime de l’OTAN (le Marcom) avant d’être redispatchés aux intéressés (UE, Frontex, Grèce, Turquie). De façon pratique, et informelle, il n’est pas interdit de penser que des officiers de liaison (grec ou turc) pourront être à bord du navire amiral concerné (s’il n’est pas turc pour les Grecs et vice-versa 😉

Que doit-il se passer face à des bateaux de réfugiés ?

Si un navire de l’OTAN croise un navire en détresse, il doit (selon le droit de la mer) lui porter secours et mettre les ‘naufragés’ à l’abri dans le port le plus proche. Stoltenberg l’a confirmé. « Si un navire de l’OTAN se retrouve à proximité de bateaux de réfugiés, comme tous les navires ont l’obligation de venir en aide à ces personnes, ils assureront le sauvetage des réfugiés. »

Si un navire de l’OTAN recueilli à bord des réfugiés, qui les prend en charge ?

Après la réunion des ministres de la Défense, il était clair que, c’est la Turquie qui doit prendre en charge les réfugiés récupérés en mer (lire : L’OTAN déclenche une opération en mer Egée). Ce qu’a encore confirmé J. Stoltenberg, hier devant le Parlement européen « si ces personnes sont récupérées par les forces de l’OTAN, elles seraient renvoyées en Turquie ». Avec une précision nouvelle : « si ces personnes viennent de Turquie » (il va donc falloir prouver qu’elles viennent de Turquie). Il semble que la réalité soit un peu moins simple. La Turquie n’a pour l’instant pas formellement autoriser ce retour des réfugiés (dans un accord juridiquement contraignant, qui équivaut à un accord de réadmission). Cette question du droit d’asile pourrait d’ailleurs poser un problème délicat, juridique et éthique, aux commandants des navires concernés. En cas de présence dans les eaux territoriales, quelle est la loi applicable, celle des eaux territoriales (turque ou grecque), ou celle du pavillon du navire (allemand, canadien, espagnol, britannique) ? En cas de présence dans les eaux internationales, quid du droit de la personne qui demande l’asile au commandant du navire allemand, canadien ? N’y-t-il pas un léger problème, politique et juridique, à le renvoyer s’il est kurde (syrien, ou turc, etc.), s’il appartient à une minorité syrienne persécutée, si c’est un enfant isolé, etc. ? A l’OTAN on a décidé de résoudre la question, on parlera de ‘selon le droit international’. Autrement dit : on verra plus tard.

Quel est le pouvoir des navires de l’OTAN par rapport à d’éventuels suspects ?

Aucun normalement. Dans les eaux territoriales, les navires de l’OTAN devront respecter scrupuleusement le droit de la mer et le champ de l’autorisation donnée par les autorités (turques ou grecques). En clair, ils n’ont normalement pas le droit de police qui appartient aux seules autorités de ces Etats. Dans les eaux internationales, en l’absence de résolution spéciale des Nations unies, les navires de l’OTAN en seront réduits à utiliser le droit de la mer, par exemple les droits de visite de navires suspects (sans pavillon) mais pas plus. En matière judiciaire, les navires militaires n’ayant pas de pouvoir de police, l’arrestation d’un suspect pourrait être annulée, devant un juge, pour vice de procédure (incompétence de l’officier, séquestration arbitraire, etc. les avocats des suspects vont pouvoir s’en donner à coeur joie). De fait, ce sera comme pour les réfugiés, les navires de l’OTAN s’arrangeront pour ne pas croiser de suspects et juste les signaler aux autorités concernées. Ce sera à eux d’agir.

Une belle opération de… communication politique

Au final, « l’opération » de l’OTAN en mer Egée apparait aujourd’hui davantage comme une (très) belle opération de com’ politique, permettant à chacun de prouver à son opinion qu’il agit. La Chancelière allemande, Angela Merkel, les Turcs comme les Grecs peuvent ainsi justifier qu’ils sont tous engagés dans la sécurisation des frontières. Les autorités turques peuvent se targuer au surplus d’y voir une implication supplémentaire de l’OTAN dans la région (notamment via les Awacs de l’OTAN engagés dans la surveillance). Les Grecs peuvent démontrer à l’Union européenne qu’ils font le maximum pour suivre les recommandations de l’UE. Et puisque l’OTAN est là, s’il y a un problème, ce sera sa faute… Et l’organisation de l’Alliance atlantique est heureuse de trouver là un débouché permanent à l’est de la Méditerranée pour ses SNMG et, accessoirement, un jour, le prolongement de son opération Active Endeavour (en fin de mandat). Tout le monde est content. Fermez le ban !

(NGV)

(1) Interrogé par B2, hier au Parlement européen, le SG de l’OTAN a refusé de répondre à nos questions. Courage fuyons 😉

Lire :

(crédit : EUNAVFOR Med)

Le Cavour reprend le commandement de EUNAVFOR Med. Rotations espagnole et allemande

(crédit : EUNAVFOR Med)

(crédit : EUNAVFOR Med)

(B2) Le porte-aéronef italien Cavour a repris le commandement cette semaine de l’opération européenne de lutte contre les trafiquants en Méditerranée (EUNAVFOR Med / Op. Sophia) remplaçant son alter ego Garibaldi. L’état-major de force de 50 militaires de 22 Etats membres ont embarqué à bord. 

La frégate espagnole ESPS Numancia (F-83) remplace son alter ego l’ESPS Canarias (F-86), tous deux de la classe Santa Maria, après presque 4 mois d’engagement en mer tandis que la corvette allemande FGS Ludwigshafen am Rhein (F-264) et le navire auxiliaire FGS Frankfurt am Main ont relayé, respectivement, le chasseur de mines FGS Weilheim, présent depuis 2 mois sur zone, et le navire de soutien FGS Berlin, engagé dans l’opéraiton depuis plus de 100 jours.

Durant ces deux mois d’engagement, les deux hélicoptères de bord EH 101 du Garibaldi ont effectué 27 missions de surveillance et de patrouille, volant plus de 58 heures pour « recueillir des éléments d’information sur les activités suspectes en mer » souligne-t-on au QG de l’opération européenne.

(NGV)

FgsBerlinVueAerienne@EunavforMed160127

Le ‘Berlin’ vient au secours de 245 réfugiés

FgsBerlinVueAerienne@EunavforMed160127(BRUXELLES2) Le navire de soutien allemand « Berlin » a secouru, vendredi (22 janvier), 245 personnes — y compris 17 femmes dont trois enceintes et un enfant. A 7h48, il avait été informé par le MRCC italien qu’un navire était en détresse à environ 87 km au nord-ouest de la côte libyenne.

Durant le sauvetage, un autre bateau en détresse a été découvert à environ six km et ses passagers secourus. Après le sauvetage, les canots ont été coulés, considérés comme un obstacle à la navigation. Les migrants et réfugiés ont été débarqués à Lampedusa. C’était normalement la dernière opération du Berlin dans le cadre de l’opération.

Depuis le 7 mai dernier et l’engagement de la marine allemande en Méditerranée, 10.773 personnes ont été ainsi récupérées et sauvées.

Corvette LUDWIGSHAFEN_AM_RHEIN@De14

Relais allemand en Méditerranée

Corvette LUDWIGSHAFEN_AM_RHEIN@De14(B2) Le navire de soutien Frankfurt am Main‘ (A1412) et la corvette ‘Ludwigshafen am Rhein‘ (F-264) quittent leur port d’attache, respectivement Wilhemhaven et Warnemünde (près de Rostock), lundi (11 janvier), pour rejoindre la Méditerranée et l’opération européenne contre les trafiquants EUNAVFOR Med (opération Sophia).

Ces navires, placés respectivement sous le commandement du capitaine de frégate Andreas Schmekel et du capitaine de corvette Marco Köster, resteront en mission jusqu’à la mi-avril. Le retour au port est prévu fin avril. Ils viennent relayer le navire de soutien Berlin (A1411) et le Weilheim (M 1059).

Du coté allemand, c’est la première fois qu’une corvette est engagée dans l’opération européenne. Le Ludwigshafen est la plus récente des corvettes de haute mer de la série Classe 130 enrôlées dans la flotte allemande entre 2008 et 2013. Un navire de la même classe, le Erfurt, a été engagé, tout au long de l’année dernière, dans le versant maritime de l’opération de l’ONU au Liban (FINUL). Le commandant du Ludwigshafen Marco Köster et son équipage de 65 hommes et femmes ont d’ailleurs pris un tour d’astreinte. La marine allemande avait, en effet, choisi de maintenir sur place le même navire mais de faire tourner les équipages tous les 4 mois.

le Ludwigshafen am Rhein est conçu aux normes modernes avec un degré important d’automatisation permettant de n’avoir qu’un équipage plus limité (58 personnes au minimum, en général un peu plus, environ 65 personnes). Long de 90 mètres, la corvette a une autonomie notable en mer, pouvant tenir 21 jours en mer sans refaire le plein. Elle peut ainsi parcourir 4000 miles à une vitesse de 14 noeuds. Elle peut atteindre une vitesse de pointe de 26 noeuds (environ 48 km / heure). Disposant d’une faible signature radar, elle est équipée de trois lance-missiles anti-navires et terrestres RBS15 Mk3 de fabrication suédoise.

Le Frankfurt am Main est d’un autre gabarit. Long de 174 m, large de 24 m, c’est avec les navires de sa classe (Berlin), le plus gros navire de la marine allemande. Il déplace 20.000 tonnes, à une vitesse de 20 noeuds, il dispose de deux hélicoptères Sea King et d’un équipage d’environ 160 personnes. Il a été engagé dans l’opération Enduring Freedom au large de Djibouti (mai à octobre 2003), dans la FINUL au Liban (octobre 2006-mars 2007) et dans l’opération active Active Endeavour (mai-juin 2010)

(NGV)

ItsGaribaldi551@EunavforMed151126

Le Garibaldi nouveau navire amiral de l’opération Sophia en Méditerranée

ItsGaribaldi551@EunavforMed151126(B2) La force maritime européenne de lutte déployée en Méditerranée contre les trafiquants et passeurs (EUNAVFOR Med / Sophia) a un nouveau navire-amiral : le porte aéronef italien Garibaldi. Il remplace son alter ego, le Cavour, qui a assuré les débuts de l’opération depuis juin 2015. Le transfert d’autorité s’est fait, mercredi (25 novembre). Le Garibaldi devrait porter le fanion amiral de l’opération durant les cinq prochains mois.

Première mission : accueillir le FHQ

Le navire amiral a pour premier objet d’accueillir le commandement de la force. Le FHQ d’EUNAVFOR Med comprend ainsi 50 officiers et sous-officiers, d’une vingtaine d’États membres. C’est lui qui assure évalue les besoins, envoie les moyens nécessaires en première urgence ou en renfort (navires, hélicoptères…), assure le commandement tactique sur zone. Le Centre de commandement du navire a plus de 65 postes de travail. Ce qui permet de gérer confortablement tout type d’opération.

Des capacités opérationnelles notables

Plusieurs hélicoptères seront à bord (des Merlin EH 101 normalement). Sur le Cavour, les hélicoptères embarqués n’ont pas trop chômé. Selon le bilan dressé par EUNAFOR, les 2 hélicoptères EH 101 embarqués sur le navire ont effectué 154 missions de patrouille et de surveillance, volant plus de 240 heures. L’objectif étant surtout de recueillir des éléments d’information sur les activités suspectes en mer. C’est « la clé du succès dans la lutte contre les passeurs et les trafiquants en Méditerranée centrale » estime-t-on au quartier général de l’opération. Le Garibaldi dispose également d’une infirmerie renforcée (type rôle 2), à même d’assurer des actes médicaux les plus courants. 

Des capacités aériennes plus importantes

Le Garibaldi ne sera cependant pas au maximum de ses capacités militaires aériennes. Il peut, en effet, accueillir jusqu’à 18 appareils (avions type STOVL AV 8B Harrier II ou hélicoptères type EH 101 ou Seaking). Il dispose à cet effet de 12 places de parking dans le hangar auxquels s’ajoutent les 6 places sur le pont d’envol (six spots d’appontage sur le pont d’envol). Mais c’est un grand maximum. En général, l’effectif est de 12 hélicoptères ou 11 avions et 1 hélicoptère, ou un ‘mix’ entre les deux. Le porte-aéronefs dispose également d’une panoplie de capteurs embarqués (davantage tournés vers la guerre aéronavale que la surveillance policière cependant) : radar de longue portée aérienne, radar de moyenne aérien, détecteurs aériens et de surface, radars de navigation et d’approche, etc.

Le premier porte-aéronefs italien

L’ITS Garibaldi (551) est le premier navire de ce type construit pour la marine italienne, permettant le décollage des avions à court rayon d’action (catapulte) et atterrissage vertical (STOVL). NB : après la Seconde guerre mondiale, l’Italie avait reçu interdiction de se doter de portes-avions, seulement de porte-hélicoptères. Interdiction levée que dans les années 1980. Construit par Fincantieri (Italcantieri) dans les chantiers navals de Monfalcone, à partir de 1978, il été terminé en mars 1981, lancé en juin 1983, et engagé en juillet 1985. Il dispose de quatre turbines à gaz Fiat COGAG, permettant d’atteindre une vitesse maximale de 29 noeuds. La vitesse de croisière se situe plutôt à 20 noeuds avec une autonomie de 7.000 miles nautiques.

Engagé de la Somalie au Kosovo en passant par la Libye

Le Garibaldi a été de toutes les grandes opérations extérieures italiennes. Il a pris ainsi part aux opérations en Somalie dans le début des années 1990. Il a assuré notamment le retrait du contingent italien engagé dans l’opération Restore Hope et des autres casques bleus ensuite. En 1997, il prend part à l’opération « Alba Neo » (opération d’évacuation) en Albanie, avec des avions armés, qui ont effectué des décollages quotidiens de la base de Grottaglie. En 1999, c’est la guerre du Kosovo. Et l’Italie est engagée dans l’opération Allied Force de l’OTAN. Les avions AV-8B Harrier II + embarqués à bord du Garibaldi, effectuent du 13 mai à début juin 1999, 30 sorties et 63 heures de vol. En 2011, il participe à l’opération de surveillance maritime au large de la Libye, notamment pour veiller au respect de l’embargo sur les armes (lire : Les moyens de l’opération d’embargo sur les armes « Unified Protector »). Depuis 2014, et la restructuration des forces maritimes italiennes, il est placé dans COMGRUPNAV Trois avec le San George, le San Marco et San Giusto et est basé à Tarente.

(Nicolas Gros-Verheyde avec Leonor Hubaut)


Un navire allemand en rotation

Autre changement pour l’opération EUNAVFOR Med. Le FSG Augsburg (F-213), une frégate allemande de la classe Bremen, a également rejoint l’opération de lutte contre les trafiquants en Méditerranée, fin novembre.