Dernières nouvelles des missions de maintien de la paix de l’UE – PSDC (juin 2019)

(B2) Au Niger, les forces de sécurité se préparent à la tenue du sommet de l’Union africaine. Dans le Golfe d’Aden, les coréens participent aux exercices de l’opération Atalanta. Des officiers ukrainiens sont formés à la lutte contre la corruption en Lituanie. Les palestiniens visitent Bruxelles et la Jordanie afin de renforcer leurs capacités de lutte contre la fraude et la cyber-criminalité

Niamey. Simulation d’attaques terroristes simultanées

Les forces de sécurité intérieures nigériennes ont effectué un exercice de gestion de multiples attaques terroristes simultanées le 18 juin à Niamey. Objectif : préparer le centre opérationnel régional et les différentes forces (police nationale, garde nationale, gendarmerie nationale, pompiers et SAMU) à réagir de manière coordonnée et efficace, en vue de la tenue du sommet de l’Union africaine du 6 au 9 juillet dans la capitale nigérienne. L’exercice a été créé et codirigé par EUCAP Sahel Niger et l’ambassade de France.

(crédit: EUTM RCA)

Golfe d’Aden. Coopération avec la Corée du Sud au sein d’EUNAVFOR Atalanta

Le navire sud-coréen Dae Jo Yeong a rejoint l’opération européenne de lutte contre la piraterie au large de la Somalie à la mi-juin. Les Coréens ont ainsi accompagné l’ESPS Navarra dans la réalisation d’approche amicales et d’exercices d’arraisonnement. Cette collaboration s’inscrit dans le cadre plus général de la collaboration entre coréens et européens pour la sécurisation de la route maritime entre le Golfe d’Aden et l’Océan indien.

Vilnius. La lutte contre la corruption enseignée par la police lituanienne aux ukrainiens

Un groupe d’officiers de la police nationale ukrainienne a visité la Lituanie début juin. Les policiers lituaniens ont partagé avec eux leur expérience en matière de prévention et de lutte contre la corruption, qui leur a permis d’améliorer de manière significative la confiance de la population dans les forces de police. L’accent fut mis sur l’éducation, la résilience face à la corruption, et le travail avec les lanceurs d’alerte.

(crédit: EUAM Ukraine)

Bruxelles. Mission anti-fraude palestinienne à Bruxelles

Du 18 au 20 juin, cinq représentants de l’Administration générale des frontières et points de passage palestinienne ont eu l’occasion de visiter l’organisation européenne de lutte contre la fraude (OLAF). L’occasion d’échanger de vive voix sur les procédures d’enquête, les méthodes de prévention de la fraude, et la lutte contre la fraude transfrontalière.

(crédit: EUPOL COPPS)

Jordanie. 13 juges palestiniens formés en cybercriminalité

13 juges palestiniens ont assisté à une formation de quatre jours sur la cybercriminalité. Répondre à la spécificité de ce type de crimes, contourner les limites de la loi palestinienne actuelle en la matière, comprendre les modes opératoires des cybercriminels ont été au cœur de cette formation. Les juges formés en Jordanie se chargeront de former eux-mêmes près de 50 autres juges palestiniens. La formation a été organisée et financée par EUPOL COPPS.

(crédit: EUPOL COPPS)

(MHA)

Derniers préparatifs pour le lancement de la cour anti-corruption d’Ukraine

(B2) La mission de l’Union européenne de conseil aux forces de sécurité intérieure en Ukraine (EUAM Ukraine) soutient un programme de formation destiné aux juges nommés à la haute cour anti-corruption d’Ukraine (HACC)

(crédit: EUAM Ukraine)

Cette formation de trois semaines vise à préparer les juges à exercer leurs fonctions anti-corruption ; partager l’expérience d’autres cours spécialisées en matière d’anti-corruption dans d’autres pays européens (Slovaquie et Serbie) ; discuter le rôle d’une cour spécialisée anti-corruption et des institutions associées dans la lutte contre la corruption.

Soutenu par la mission de conseil européenne en Ukraine (EUAM Ukraine), le projet européen Pravo-Justice et l’initiative européenne anti-corruption (EUACI), ce programme met l’accent sur la compétence, l’intégrité et l’indépendance des juges.

La nomination des 38 juges a été entérinée le 11 avril, et la cour entamera ses travaux en juin 2019. L’Ambassadeur Hugues Mingarelli, chef de la délégation européenne à Kiev, a déclaré que l’Union européenne serait disposée à assurer le bon fonctionnement de la cour: « si vous avez besoin davantage d’aide, on sera là pour vous ».

(MHA)

Une présidence roumaine… de tous les dangers

(B2) La Roumanie prend pour six mois la présidence de l’Union européenne. Pour la première fois de son histoire. Une véritable gageure

© NGV / B2

Pour sa première présidence du Conseil de l’Union européenne, le pays de Brancusi et Ionesco est servi. Les défis ne manquent pas, les dangers également.

Des secousses à attendre

Il est très facile de ‘tirer’ à vue sur un pays qui prend pour la première fois son tour. Mais le timing n’est pas évident. C’est même un moment historique. Entre la grande inconnue du Brexit, des élections européennes qui risquent de voir se confronter de façon brutale anti et pro-Européens, le renouvellement attendu des institutions européennes, sans oublier la faiblesse notable de nombreux gouvernements européens, les motifs de secousses ne manquent pas.

Une série de dossiers à boucler

La présidence roumaine va tout d’abord devoir boucler toute une série de dossiers, techniques, très divers. De la réforme du droit d’asile (le fameux mécanisme de Dublin) au cadre budgétaire des années futures, en passant par les droits d’auteur, l’interopérabilité des bases de données ‘intérieur’, le droit cabotage des routiers ou le parquet européen anti-terroriste, les sujets sont nombreux, souvent très délicats. Le temps est compté. « Nous avons quelques semaines à peine devant nous pour trouver les compromis nécessaires » confie un jeune diplomate roumain. Il faut, en effet, faire avaliser tous les compromis par les ’28’ avant le départ en congé du Parlement européen, mi-avril. C’est-à-dire pour le Conseil, tout boucler avant la fin février ! (1). Les nuits vont être courtes…

Une équipe professionnelle

Les Roumains peuvent « compter sur une équipe de diplomates assez carrée, expérimentée, qui connait bien ses dossiers » souligne un observateur européen. Mais ils vont surtout devoir bénéficier de la bonne volonté des autres Etats membres. Inutile de le cacher. Le rôle de la présidence, c’est d’être « l’honnête négociateur, de prendre en compte les avis de chacun, puis de saisir l’opportunité d’aboutir » explique un diplomate européen. « Elle ne peut rien décider toute seule » . « On n’est pas le boss de l’Union européenne. On est là pour faciliter le consensus » tonne le ministre roumain des Affaires étrangères, Teodor-Viorel Melescanu, un vieux loup de la diplomatie nationale.

L’inattendu des crises

Bucarest devra aussi faire face à l’inattendu des crises. Les Luxembourgeois avaient dû gérer en 2015 la crise migratoire. La crise passée, le problème reste. La gestion du moindre bateau chargé de 50 personnes devient aujourd’hui un casse-tête insoluble. La dernière épopée du Sea Watch 3, le navire de l’ONG du même nom resté près de trois semaines au large de Malte, en attendant le bon vouloir des Etats européens, le prouve. « La Roumanie a pris sa part » en accueillant 5 rescapés. « Elle continuera de le faire » confie le ministre Melescanu à Sud Ouest.

Une justice fragilisée

Mais le principal danger pour la Roumanie, c’est elle-même. Le pays n’a pas tout à fait digéré l’ère communiste de Ceaucescu. On ne sort pas indemne d’une telle expérience… La justice n’est pas encore performante. L’envie de virer les juges trop gênants est toujours prégnante. La destitution de la chef de la Direction nationale anticorruption (DNA), Laura Codruța Kövesi, en juillet dernier, a été un message très clair envoyé aux magistrats tentant d’exercer leur métier avec honnêteté. La corruption reste un fléau national. Le cinéaste Cristian Mungiu l’a très bien conté dans son film « baccalauréat », sorti en 2016.

La chamaille politique, un sport national

Quant au personnel politique, il adore la chamaille. Il ne faut pas oublier que si la Roumanie est située à l’Est de l’Europe, « c’est un pays latin » nous rappelle un diplomate national. Avec quelques zestes germanophones cependant. Le président Klaus Iohannis, membre du parti national libéral (droite) et représentant de cette minorité allemande, est à couteaux tirés avec le gouvernement de coalition, emmené par la sociale-démocrate Viorica Dancila, et son éminence grise, Liviu Dragnea. Il a aussi fait de l’indépendance de la justice l’alpha et l’oméga de sa présidence. Il a ainsi refusé, mercredi, de nommer Adina Florea au poste de procureure en chef de la direction nationale anticorruption (DNA), l’estimant peu compétente (2). Ce n’est pas la première fois, il avait déjà refusé la même nomination le 21 novembre dernier. Le gouvernement compte représenter la candidature… une troisième fois.

La principale menace de la présidence…

Mais le problème Dragnea reste entier. Pris dans la main dans le sac à deux reprises, il a réussi à survivre à tous les coups. Deux fois condamné en 2016, à deux ans de prison avec sursis pour fraude électorale, et en juin 2018, à trois ans ferme pour abus de pouvoir, le chef du parti social-démocrate fait toujours la pluie et le beau temps. Il a fait appel de sa dernière décision pour éviter de passer derrière les barreaux (3). Et depuis son poste de président de la chambre des députés, l’ancienne Maison du Peuple, où il trône tel un imperator dans ce bâtiment aux allures pharaoniques, Dragnea pourrit littéralement la politique roumaine. C’est aujourd’hui la principale menace de la présidence roumaine de l’Union européenne (4).

(Nicolas Gros-Verheyde, à Bucarest)

  1. Délai très court car il faut ensuite recueillir l’aval du Parlement européen, en trilogue, en commission et en plénière.
  2. C’est l’avis également du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) qui a rendu un avis négatif début novembre.
  3. « Dans tous les systèmes démocratiques, toute personne est innocente tant qu’on n’a pas prouvé sa culpabilité. Et toute personne a la possibilité de prouver son innocence » a défendu le ministre des Affaires étrangères, quelque peu gêné pour défendre l’injustifiable, face aux questions pressantes de la presse internationale.
  4. Hier soir, lors de la cérémonie officielle d’ouverture, L. Dragnea n’a pas délivré de discours laissant à son second, le soin de le faire (lire : L’état de droit ne se marchande pas. Tusk et Juncker admonestent Bucarest).

version longue de l’article paru dans le quotidien Sud Ouest ce matin

L’état de droit ne se marchande pas. Tusk et Juncker admonestent Bucarest

(B2) Lors de la cérémonie d’inauguration de la présidence roumaine à Bucarest, les principaux responsables européens, Donald Tusk comme Jean-Claude Juncker ont tenu à faire un rappel, très ferme, aux valeurs et à l’état de droit. Une semonce qui vise Bucarest, mais s’adresse, au-delà, à certains gouvernements tentés de passer outre certaines règles

De gauche à droite, lors de la cérémonie d’ouverture : Viorica Dăncilă (Première ministre roumaine), Donald Tusk (Conseil européen), Klaus Iohannis (président de la république Roumaine), Jean-Claude Juncker (Commission européenne), patriarche Daniel (église orthodoxe roumaine) (crédit : présidence roumaine)

La Rhapsody roumaine

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a d’abord usé de toutes les images pour célébrer la prise de fonction de la présidence roumaine. « Je suis sûr que vous jouerez votre propre ‘Rhapsodie roumaine’ avec énergie et sagesse » a indiqué Donald Tusk, faisant référence à la pièce du compositeur roumain George Enescu (1). « Je vous aiderai autant que possible. »

Jouer en dehors des règles est un aveu de faiblesse

Mais il a surtout lancé un appel très clair à ceux qui seraient tentés de franchir les lignes rouges, comme un avertissement : « À ceux de l’Union européenne qui pourraient penser que jouer en dehors des règles convenues ou [rogner sur les valeurs] veut dire la force, je dis : vous avez tort. Cela signifie la faiblesse. À ceux qui travaillent dur pour défendre les valeurs européennes, nos libertés et nos droits, je dis : continuez à vous battre. » (2) Un message qui peut s’adresser au pouvoir roumain, mais aussi à ses homologues hongrois, italien ou polonais.

Pas de compromis sur l’état de droit et la lutte contre la corruption

Donald Tusk a lancé plus précisément un « appel à tous les Roumains » pour qu’ils « défendent chez eux et en Europe les fondements de notre civilisation politique — liberté, intégrité, vérité dans la vie publique, état de droit et Constitution » (3).  Le président de la Commission européenne a été tout aussi ferme « L’Union européenne est faite de compromis, mais lorsqu’il s’agit des droits de l’Homme, lorsqu’il s’agit de l’état de droit, lorsqu’il s’agit de la lutte contre la corruption, il n’y a pas de compromis possible » a renchéri le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

(Nicolas Gros-Verheyde, à Bucarest)


On est prêts, sages et responsables, pas de doute…

On peut noter l’absence notable d’une personne dans les discours prononcés : Liviu Dragnea, actuel président de la Chambre des députés, a préféré se faire porter pâle. C’est le vice-président de la Chambre, ancien ministre de la Justice, obligé de démissionner qui s’y est collé.

« Mon pays mérite d’être respecté en tant que partenaire fiable » a indiqué Florian Iordache, dans une adresse où le mot ‘souveraineté’ est revenu à de multiples reprises. « [Notre] majorité politique fera preuve d’équilibre, de sagesse et de responsabilité, afin que les conflits politiques naturels qui se déroulent au cours d’une année électorale n’affectent pas le mandat du Présidence roumaine au Conseil de l’Union européenne. […] J’espère que la même approche sera adoptée par les autres forces politiques.»

Une forme de réplique très claire à la phrase un peu dure de Jean-Claude Juncker qui dans le quotidien allemand Die Welt en fin d’année laissait filtrer ses doutes : « Je pense que le gouvernement de Bucarest n’a pas encore pleinement compris ce que signifie présider les pays de l’UE. Une action prudente requiert une volonté d’écoute des autres et un fort désir de laisser ses propres préoccupations derrière eux. J’ai des doutes. »


Télécharger le discours de Donald Tusk – le discours de Jean-Claude Juncker – le discours de Florian Iordache

  1. Et non au Bohemian Rhapsody de Queen… 🙂
  2. To those in the European Union who might think that playing outside the agreed rules and cutting corners means strength, I say: you are wrong. It means weakness. To those working hard to defend European values, our freedoms and rights, I say: keep fighting.
  3. I would like to appeal to all Romanians, to defend, at home and in Europe, the foundations of our political civilisation – freedom, integrity, the truth in public life, the rule of law and the constitution.

Adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie : encore un petit effort, svp

(Archives B2) Après quelques hésitations, la Commission européenne a finalement décidé, hier (16 mai), de se donner un petit délai supplémentaire pour apprécier si, réellement, la Roumanie et la Bulgarie peuvent devenir, à part entière, membres du club européen. « Ils devraient entrer dans l’Union au 1er janvier 2007 à condition de régler certains problèmes » a assuré à Strasbourg le président de la Commission européenne, José-Manuel Barroso. La Commission compte donc préparer un nouveau, et ultime rapport, début octobre.

Plusieurs domaines préoccupants

D’ici là, les deux prétendants riverains de la mer noire devront s’attaquer franchement à toute une série de questions. Dans son évaluation, la Commission remarque que six domaines demeurent préoccupants en Bulgarie, notamment la lutte contre la corruption et contre les mafias, l’organisation du système judiciaire, la gestion des fonds structurels, la sécurité alimentaire et la prévention des encéphalopathies spongiformes bovines (la maladie de la vache folle). Quatre domaines préoccupants pour la Quatre domaines restent à améliorer en Roumanie : la lutte contre la corruption, la collecte de la TVA, la lutte contre la maladie de la vache folle et la gestion des fonds agricoles européens.

Pas la perfection mais un ultime effort

« Les progrès que nous demandons de ces pays ne sont pas irréalistes », estime le commissaire européen à l’élargissement, Olli Rehn. « Nous ne leur demandons pas la perfection totale mais un ultime effort ». Mais cet optimisme modéré n’a pas vraiment convaincu. Cette indécision a même irrité plusieurs députés, particulièrement les Français, plutôt partisans de l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie.

L’important : lancer un signal clair

« Il serait temps de lancer un signal clair » a commenté Pierre Moscovici, rapporteur au Parlement européen sur l’adhésion de la Roumanie. Pour l’ancien ministre des affaires européennes de Lionel Jospin, « les avancées sont suffisantes pour pouvoir entrer ». Propos approuvé par Alain Lamassoure (UMP) : « Je ne vois pas très bien ce qu’en trois mois, il est possible de faire, s’agissant de réformes aussi douloureuses. Il fallait tout de suite décider si c’était 2008 ou 2007, quitte à mettre des clauses de sauvegarde. Il sera très difficile, au dernier moment, de repousser la date d’adhésion. »

Une prudence de loup

L’élargissement de la Roumanie et de la Bulgarie est, en effet, programmé au 1er janvier 2007, avec possibilité pour les chefs d’Etat et de gouvernement, de différer cette date d’un an, sur un rapport de la Commission. Comme l’ont remarqué plusieurs députés, la Commission n’avait pas eu ce tel niveau d’exigence lors du précédent élargissement. Mais est-ce l’effet des « Non » aux référenda, surtout aux Pays-Bas, ou de l’évolution des opinions publiques en Europe, la Commission est devenue d’une prudence de loup avec les pays candidats.

(Nicolas Gros-Verheyde)

version complétée d’un article paru dans Ouest-France, mai 2006

La fraude bulgare sous surveillance de Bruxelles

(Archives B2) La Commission européenne a tapé, mercredi, du poing sur la table, concernant la Bulgarie (1). Il était temps. Bruxelles a décidé de suspendre le versement à Sofia des financements européens dits de pré-adhésion destinés à l’agriculture et à l’aménagement du territoire – soit environ 800 millions d’euros. Elle a aussi retiré l’accréditation de deux agences ministérielles chargées de distribuer et contrôler ces fonds. Mais elle n’a pas touché aux plusieurs milliards d’euros distribués au titre des fonds structurels, au plus grand bonheur de Sofia.

De graves faiblesses

« Les graves faiblesses observées au niveau des capacités administratives et judiciaires locales, régionales et centrales empêchent la Bulgarie de tirer pleinement profit des fonds européens » et « la corruption à haut niveau et la criminalité organisée exacerbent une fois de plus ces problèmes de faiblesse généralisée », explique la Commission.

Trop d’affaires impunies

L’adhésion de la Bulgarie avait été acquise de justesse en 2007, sous une condition fondamentale : réformer son système judiciaire et lutter efficacement contre la corruption. Aujourd’hui ces problèmes ne sont pas toujours réglés. « Trop peu de résultats démontrant que le système fonctionne, trop d’affaires restent impunies », souligne Johannes Laitenberger, le porte-parole de la Commission.

Une corruption jusqu’au plus haut niveau de l’Etat

Explication, moins diplomatique, d’un proche du cercle de décision à la Commission, au fait du dossier. « En Bulgarie, nous n’avons pas affaire au circuit classique de la corruption, où une personne privée tente d’avoir quelque avantages d’un responsable officiel. Ici, la corruption est au coeur de l’Etat. Celui qui poursuit la corruption est souvent aussi le corrupteur. Nous assistons à une gangrène complète de l’Etat, du plus bas au plus haut niveau ».

Des exemples … nombreux

L’ancien ministre de la Défense, Vesselin Bliznakov, membre de la commission de lutte contre la corruption (sic), pourrait être impliqué dans des ventes de terrains militaires à des prix sous-évalués. L’ancien ministre de l’Intérieur pourrait voir sa responsabilité engagée. Cinq hauts fonctionnaires de son ministère sont sous le coup d’une procédure judiciaire pour avoir truqué les marchés publics à leur profit ! Plusieurs leaders politiques n’ont pas renoncé à détenir des intérêts, directs ou indirects, dans des sociétés bénéficiant de fonds européens. C’est le cas du leader de l’Union des Forces Démocratiques (droite), Plamen Youroukov, dont le beau-frère détient une société bénéficiaire de fonds européens. C’est le cas aussi au parti socialiste bulgare (PSB), financé en bonne partie par les sociétés ayant remporté des appels d’offres…

Le pétard mouillé de la clause de sauvegarde

Bruxelles pourrait mettre en oeuvre la clause de sauvegarde. Mais cela ressemble davantage à un pétard mouillé. En suspendant le pays du système judiciaire européen, explique un expert, « nous allons sanctionner les quelques juges qui travaillent ». Le seul moyen efficace serait en fait de geler tous les fonds européens dont bénéficie le pays.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Article complété de la version originale parue dans Ouest-France, septembre 2008

(1) Le précédent rapport de la Commission était plus ‘doux’. Certains journalistes bulgares ont une explication de cette relative douceur d’un rapport rédigé par l’ancien commissaire à la Justice, Franco Frattini – aujourd’hui ministre des Affaires étrangères de Silvio Berlusconi. Le ministre bulgare de l’Intérieur de l’époque, Roumen Petkov avait en effet chaleureusement accueilli, en 2007, le commissaire italien dans un chalet de montagne, de la station de ski de Borovetz, autour d’un dîner « en très charmante compagnie ». Un photographe avait immortalisé les scènes. Et les photographies soigneusement conservées en lieu sûr. « Que feriez-vous sans Franco, le fraternel ? » avait d’ailleurs ironisé un diplomate européen.

La lutte contre la corruption à l’Est : le cadet des soucis européens ?

(Archives B2) Dans les nouveaux Etats membres, la corruption gangrène toutes les relations du quotidien au sommet de l’Etat.

Une pratique au quotidien

Dans l’est de l’Europe, la corruption procède davantage de l’art de vivre que d’une pratique répréhensible. Depuis le médecin qui exerce en « privé » jusqu’à l’inspecteur du permis de conduire qui délivre le sésame pour quelques billets de cent euros, en passant par les permis de construire et les amendes routières, le « coupe-file » est monnaie courante dans les pays de l’Est de l’Europe. Une pratique qui remonte bien avant l’élargissement, à l’ère du communisme et qui n’a pas vraiment régressé. Le faible niveau du salaire moyen d’un policier, d’un juge, d’un médecin — entre 300 et 500 euros —n’est pas pour rien dans cet état d’esprit.

Un exemple qui vient de haut

Les anciens agents des services secrets et autres polices politiques se sont aisément reconvertis dans ces activités. Passés maîtres dans l’art de monter un dossier plus ou moins bidon, mêlant vraies et fausses factures, avec l’aide de notaires et d’avocats véreux, d’obtenir en un temps record toutes les pièces nécessaires, ils guettent, avec professionnalisme, les subventions européennes. Les hommes politiques ne sont pas en reste.

Le président de la République lituanien, Rolandas Paksas, a ainsi été destitué début avril, par son Parlement pour violation de la Constitution ; il aurait bénéficié durant sa campagne électorale d’un appui « logistique », sous forme notamment de prêt d’avion par la société Avia Baltika, du russe Iouri Borisov. Et, en Pologne, l’ancien Premier ministre, Leszek Miller, est mêlé à une histoire trouble. Le directeur du quotidien populaire polonais, Gazeta Wyborcza, l’ancien dissident Adam Michnik, raconte avoir été approché par le producteur de cinéma Lew Rywin, co-producteur de la Liste de Schindler et président de la société mère de Canal Plus Polska, lui réclamant, au nom du Premier ministre, un pot de vin de 17,5 millions de dollars, pour changer la loi et permettre au groupe de presse écrite d’acquérir une télévision privée.

Des pays vulnérables

Selon un sondage réalisé auprès d’hommes d’affaires par Transparency international, l’organisation non gouvernementale de lutte contre la corruption, seuls trois pays (Chypre, Estonie, Slovénie) affichent un niveau suffisant de lutte contre la corruption ; quatre autres (Pologne, Lettonie, Slovaquie, Pologne) sont au niveau de la Colombie ou de la Jamaïque.

Une mafia au grand jour

En Lituanie, la mafia russe ne se cache pas vraiment. Il suffit d’observer ! Ses Mercedes ou Bmw noires défilent à tombereau ouvert dans les villes et ses hommes de main en costume de soie paradent. Vilnius, la capitale, n’est en effet située qu’à quelques km de la frontière russe. Et l’enclave de Kalilingrad, le port russe situé à quelques 150 km de l’autre coté, aiguise toutes les convoitises.

Un mot tabou

Face aux mafias en tout genre, et aux appareils d’état encore faibles, l’Union européenne paraît encore peu armée. La législation communautaire est peu abondante. Une courte décision cadre et une vague communication, datant de 2003, en tout et pour tout. Certes, l’Office européen anti fraude (OLAF), mis en place il y a quatre ans, monte lentement en puissance. Mais celui-ci ne peut intervenir que si des ressources communautaires (subventions, Tva, …) sont en jeu. Quant à Europol et Eurojust, les deux instruments de coopération mis en place par les Etats, l’un policier, l’autre judiciaire, en sont encore aux balbutiements du début. L’urgence de la lutte contre le terrorisme semble bien avoir relégué la lutte contre la corruption, plus obscure, au rang de cadet des soucis européens.

Nicolas Gros-Verheyde (à Bruxelles)
article publié dans Ouest-France, mai 2004