Les forces américaines ciblent un camp d’entraînement de al-Qaida en Syrie

(B2) Le nord-ouest de la Syrie demeure « un refuge [safe haven] où les leaders de Al-Qaida en Syrie (AQ-S) coordonnent activement des activités terroristes » assure le commandement américain pour la zone.

L’US Central Command (plus connu sous l’appellation CentCom) vient ainsi d’annoncer dimanche (30 juin) avoir conduit une frappe aérienne contre « un camp d’entraînement du commandement de Al Qaida en Syrie » près de la province d’Alep. Cette opération visait des opérationnels d’Al Qaida considérés comme « responsables d’avoir planifié des opérations menaçant des citoyens américains, nos partenaires et des civils innocents ». Les États-Unis « continueront, avec ses alliés et partenaires, à cibler Daesh et al-Qaida pour les empêcher d’utiliser la Syrie comme refuge » est-il précisé.

Commentaire : les groupes terroristes en Syrie loin d’être éradiqués

Cette frappe confirme d’une part que le Pentagone n’entend pas abandonner (totalement) le terrain en Syrie et contredit quelque peu les propos de Donald Trump qui s’était réjoui d’avoir « éradiqué » le califat de l’Etat islamique en Syrie… Le président américain avait simplement oublié qu’avant de crier victoire, il faut s’assurer que tous les groupes terroristes (y compris Daesch ou Al Qaeda) sont bien tous neutralisés. C’est loin d’être le cas comme l’assuraient toutes les sources de renseignements, et comme le prouve cette annonce du Pentagone qui, au-delà des aspects opérationnels, peut être analysée comme une prise de position politique.

(Coline Traverson st. & Nicolas Gros-Verheyde)

Le Cameroun abuse de sa force dans sa lutte contre Boko Haram : Amnesty accuse

(B2) Amnesty International a pu rassembler de nouvelles preuves qui démontrent des exécutions apparemment hors du cadre de la loi par des militaires camerounais sous prétexte de lutte contre Boko Haram.

Exécutions en bonne et due forme

L’ONG dit, ce vendredi (10 aout 2018), avoir récupéré une nouvelle vidéo qui attesterait d’exécutions par des soldats camerounais. Ces images s’ajoutent aux informations recueillies sur « de nombreuses exécutions extrajudiciaires ». D’autres informations corroborent « un usage répandu de la torture » par les soldats dans le cadre de leur lutte contre Boko Haram dans la région de l’Extrême-nord.

La preuve par l’image

Cette vidéo montre des hommes armés qui alignent des personnes allongées au sol ou assises contre un mur, puis qui leur tirent dessus avec des armes automatiques. Une deuxième salve de tir veille à ce qu’il ne reste aucun survivant. Il s’agit là « de nouvelles preuves crédibles appuyant les allégations selon lesquelles les forces armées camerounaises auraient commis de graves crimes contre des civils » indique l’ONG. Amnesty international demande ainsi « l’ouverture immédiate d’une enquête approfondie et impartiale. Les personnes soupçonnées d’avoir une responsabilité dans ces actes odieux doivent être traduites en justice. »

Pas de doute possible sur le statut des soldats

Cette nouvelle preuve s’ajoute à de précédentes vidéos récupérées par l’ONG (1). A chaque fois, des soldats « faisaient clairement partie des forces armées camerounaises » sont vus en train d’abattre des civils. Armes, conversations et uniformes ont été analysés par les chercheurs d’Amnesty pour s’en assurer et essayer de dater les vidéos.

« Bonne cause, mauvais moyens », bis

L’ONG a déjà publié un rapport accablant, en juillet 2016. Au titre évocateur : « Bonne cause, mauvais moyens : atteintes aux droits humains et à la justice dans le cadre de la lutte contre Boko Haram au Cameroun ». Il évoquait déjà des « recours injustifiés ou excessifs à la force », des exécutions extrajudiciaire, etc.

Demande de poursuites

« Il faut une réelle obligation de rendre des comptes pour ces tueries. Devant cet empilement de preuves solides, le fait que les autorités camerounaises nient en bloc s’apparente à de la complicité et à un soutien tacite de ces crimes » dénonce l’ONG.

(NGV et ES)

Télécharger le communiqué d’Amnesty international

(1) Voir le communiqué

(Crédit : EUCAP Sahel Niger)

Démantèlement d’une cellule terroriste à Niamey. Un exercice très réaliste

(Crédit : EUCAP Sahel Niger)

Les élèves ont réalisé des interpellations et pris des mesures lors de la découverte d’armes (Crédit : EUCAP Sahel Niger)

(BRUXELLES2) Identifier et démanteler une cellule terroriste sur le point de commettre un attentat contre un restaurant fréquenté par des Occidentaux au coeur de Niamey. C’est l’exercice que les Nigériens ont accompli dans leur capitale, du 11 au 15 avril. Avec une attention particulière portée sur le processus de préservation de traces et indices.

Une demande des services anti-terroriste

Ce type d’attaque s’est multiplié en Afrique de l’Ouest. La formation aux techniques de surveillance et de filature a donc été organisée par la mission européenne de renforcement des capacités des forces de sécurité intérieures (EUCAP SAHEL Niger), à la demande des principaux chefs des services de lutte anti-terroriste du pays.

Un premier test de coordination interne

L’exercice n’a pas été exempt de problèmes, notamment de radio. Mais c’est un « succès » soulignent néanmoins les hommes et femmes d’EUCAP. Cette formation, qui regroupait des effectifs de la Direction des renseignements généraux (DRG) comme du Service central de lutte contre le terrorisme (SCLCT), a permis aux membres des deux services d’échanger entre eux et de « comprendre la nécessité de partager des techniques opérationnelles communes ».

(Leonor Hubaut)

Les ministres belges Jan Jambon (Intérieur) & Koen Goens (Justice) lors de la minute de silence au Conseil exceptionnel du 14 mars (Crédit : UE)

Face à la menace de l’Etat islamique, une minute de silence et puis quoi ?

Les ministres belges Jan Jambon (Intérieur) & Koen Goens (Justice) lors de la minute de silence au Conseil exceptionnel du 14 mars (Crédit : UE)

Les ministres belges Jan Jambon (Intérieur) & Koen Goens (Justice) lors de la minute de silence au Conseil exceptionnel du 14 mars (Crédit : UE)

(BRUXELLES2) La réunion exceptionnelle des 28 ministres de l’intérieur ce jeudi (24 mars) avait d’abord un objectif symbolique : exprimer les condoléances au peuple belge et réaffirmer l’unité européenne après la double attaque terroriste perpétrée ce mardi 22 mars à Bruxelles.

Une symbolique nécessaire

Cette symbolique peut paraitre parfois superficielle. Elle est importante en matière politique, car elle montre une Europe unie, même si il existe des divergences d’appréciation, et surtout présente. On se souvient certainement du certain cafouillage politique après les attentats de janvier 2015 à Paris, durant la présidence lettonne (lire : Anti-terrorisme. Un retard à l’allumage européen ).

Six mois de perdus !

L’impression d’une absence de réactivité politique avait été à l’époque pour le moins nocive au plan politique. Elle a très concrètement retardé toute prise de conscience, le début des travaux et l’accélération nécessaire. Car ensuite, entre avril 2015 et novembre 2015, l’attention européenne et la volonté politique ont été distraits de la question « terrorisme » pour se focaliser sur d’autres aspects, notamment la crise des réfugiés et des migrants. Clairement il y a eu ainsi six mois de perdus qu’il faudrait rattraper maintenant.

Peu d’engagements nouveaux … et un délai retard probable

Or la réunion de jeudi l’a montré. Si la symbolique est bien là, en matière d’engagements concrets, il n’y a malheureusement rien de très nouveau en soi. On accélère un peu par ci par là, notamment sur le PNR. On attend une proposition (sur les frontières), des mesures concrètes (sur les empreintes digitales), un code de conduite (pour internet)… Tout cela d’ici juin 2016. Ce qui est tout de même dans trois mois. Mais rien de plus. A vrai dire, c’est même un peu léger face à l’ampleur des menaces nouvelles qui se jouent clairement des frontières et attaquent de front plusieurs pays européens en même temps…

Un réseau plus organisé que l’apparence

Malgré une impression d’amateurs qui peut parfois sembler exister, le « réseau » mis en place par l’organisation de l’Etat islamique en Europe (ISIL / Daesh) s’appuie en effet clairement sur une organisation para-militaire, avec des unités de « l’avant », des unités « logistiques », des structures de commandement, des lieux de repli qui jongle avec les frontières, qui peut ressembler dans certains points à celui mis en place par le GIA algérien dans les années 1990.

Un ennemi qui cherche à diviser plus qu’à revendiquer

Cet « ennemi » n’a pas de revendications politiques classiquement exprimées par un mouvement terroriste (reconnaissance d’un Etat, renversement du pouvoir…). Mais il a une volonté très claire de semer la terreur, de diviser, de prendre à partie la population civile de plusieurs Etats membres.

Des pays francophones au coeur de cible, jusqu’à quand ?

Pour l’instant, seuls les pays francophones (France et Belgique) ont été plus nettement visés (mis à part une action au Danemark). Il n’est pas exclu qu’il en soit différemment dans l’avenir : que l’Allemagne ou l’Italie voire le Royaume-Uni, l’Autriche ou la Hongrie soient visées. La présence de l’unité franco-bruxelloise d’Abdelslam entre Allemagne, Autriche et Hongrie devraient, aussi, inquiéter nettement ces pays. Il y a des cellules logistiques dormantes, ou au moins des points d’appui qui mériteraient un intérêt.

Une Europe de tolérance

La double attaque de Bruxelles ne visait pas spécifiquement la Belgique, malgré les apparences, mais au-delà l’organisation européenne. C’est l’Europe avec son fonctionnement somme toute pacifique, démocratique, de mixité sociale et religieuse qui est ciblé. Les attentats de lundi à Bamako (tentative) et mardi à Bruxelles (deux attaques suicidaires mortelles) l’ont démontré (lire notre éditorial : C’est l’Europe qu’on a voulu viser !). En répondant faiblement et lentement à cette menace, les Européens s’exposent à ce que la réplique suivante les prenne, une nouvelle fois de court.

Passer la vitesse supérieure

Il ne s’agit pas de réinventer la roue, ou de mettre en place de nouvelles institutions mais de commencer à réfléchir à un nouveau dimensionnement de la réponse policière et judiciaire européenne, comme l’avaient fait en leur temps en matière de criminalité « ordinaire » l’affaire Dutroux, ou de temporalité terroriste, les attentats de septembre 2001 (New-York) et surtout de mars 2004 et juillet 2005 (Madrid / Londres). Les Européens doivent passer la vitesse supérieure.

Concevoir un dispositif interopérable

On peut rêver à une agence européenne de renseignement. Mais cela reste, pour l’instant, une chimère. Cela prendrait du temps. Et cela ne résoudrait que très partiellement le problème. Il faut repenser tout le système, concevoir un dispositif, plutôt que communautaire, interopérable, allant des unités communes d’analyse et de prévention de la menace, aux équipes conjointes d’enquête, aux interventions communes de forces spéciales. Cela nécessite de multiplier très vite les entraînements en commun, les passerelles, de résoudre toutes les « petites » questions de procédure, etc. L’impératif est également de développer une analyse de risque commune.

Une agence européenne du renseignement

Certains – à l’image de Guy Verhofstadt (1) – préconisent une agence européenne du renseignement. Une idée jugée irréalisable par certains spécialistes de la question comme l’eurodéputé Arnaud Danjean, qui estime que cela prendrait des années pour un résultat limité. Un avis que nous partageons : inutile de faire de grands projets institutionnels qui produisent peu à l’arrivée.

Certains Etats membres, en général les « grands » pays qui investissent dans le renseignement, sont également opposés à cette proposition. Mais du côté des « petits pays » (Autriche, Belgique, etc.), qui n’ont souvent pas des moyens importants ni une palette générale d’observation, cette idée revient souvent.

Plutôt qu’une opposition, stérile, entre deux conceptions, défendables chacune, une piste de solution pourrait être entrevue. Elle consisterait à concevoir une agence non pas européenne mais multinationale, de façon volontaire, entre plusieurs pays qui regrouperaient leurs forces, leurs moyens, s’échangeraient du renseignement.

Entre la Belgique, l’Autriche, la Finlande ou la Grèce, on peut estimer qu’il y a à la fois une volonté commune, des économies d’échelle possibles et des sources de renseignements assez diversifiées pour être complémentaires et utiles. Cette solution permettrait d’une certaine façon d’avoir une autre « grande » agence du renseignement qui pourrait ainsi compléter utilement celui fourni par la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, voire avoir des pistes originales de renseignement et les échanger ainsi de façon « informelle ».

Réfléchir à un procès binational

Il faudra aussi se poser la question de mettre sur pied des procédures communes permettant à une enquête judiciaire comme au procès pénal ensuite de couvrir les faits commis dans deux (voire trois) pays. Cela implique de révolutionner un peu nos modes de pensée et d’organisation judiciaire.  Abdelslam est-il aujourd’hui davantage coupable en France pour avoir été le « chef d’équipe » de plusieurs kamikazes avant de se rétracter lui-même ou avoir été le complice ou l’ « instigateur » des auteurs des attaques de Bruxelles ? C’est une vraie question. Et choisir le lieu du procès aujourd’hui, ce serait déjà répondre à la question finale : de quoi est-il coupable ? Avec un risque de cafouillage judiciaire… et au final d’une peine plus légère qu’attendue. Le manque d’Europe sur ce dossier est clairement préjudiciable à l’enquête. Il faut entamer ce travail tout de suite.

Renforcer les liens dans les structures de secours d’urgence

Il ne faut pas oublier non plus la dimension de l’après-attentat. C’est-à-dire la réponse médicale et de secours d’urgence, comme de protection civile (anti explosifs ou anti bactériologiques). A Paris comme à Bruxelles, les dispositifs de réponse aux secours d’urgence ont été à la limite de leurs possibilités, avec des temps d’intervention supérieurs à ce qui serait attendu en pareille circonstance. Il faut repenser le système d’intervention de secours, pour le rendre là encore interopérable. Surtout pour les « petits » pays qui ne disposent pas de ressources inépuisables.

Pouvoir faire face à des menaces non classiques

Si un troisième attentat avait eu lieu à Liège ou Anvers, il n’est pas sûr que la structure belge aurait été à même de répondre toute seule. Si une menace de type non classique (bactériologique, chimique, etc.) se fait jour, il n’est pas sûr vraiment que tous les services en Europe puissent y faire face, etc. Il ne serait pas inutile ainsi de réfléchir à une réserve opérationnelle mobilisable en quelques heures et non quelques jours. Peut-on utiliser dans ce cas des structures militaires rôdées à ce genre de questions (à l’image du battlegroup européen inemployé jusqu’ici) ? Cela mérite au moins réflexion.

Planifier une possible neutralisation du coeur du pouvoir européen

La question du pouvoir européen doit aussi être posée. Qu’existe-t-il comme structure de repli si le « rond-point Schuman », coeur névralgique du dispositif européen, est atteint ? Une question qui ne peut plus être que théorique aujourd’hui après l’attaque à la station Maelbeck à deux pas du siège des institutions européennes. Il y a toute une planification d’urgence qui semble aujourd’hui plutôt débutante voire balbutiante. C’est tout cela qu’il faut entamer de façon urgente pour disposer d’ici la fin de l’année d’un dispositif plus abouti. Sinon au prochain attentat, vous pourrez reprendre la déclaration faite cette semaine, modifier deux paragraphes, deux dates… et on sera reparti pour une nouvelle minute de silence, la phase compassion, la phase « on le savait bien », et la phase « délitement ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi (en juillet 2004 !) L’Europe en retard sur le crime

(1) Pour l’ancien Premier ministre belge, ce n’est pas une lubie dernière minute. Il y plus de 10 ans, au lendemain des attentats de Madrid, en mars 2004, il défendait déjà cette création.

Maj sur l’agence européenne de renseignement

L’Europe anti-terroriste s’arrête aux portes des juges

(archives B2 *) Depuis l’attentat du World trade center à New-York, le 11 septembre 2001, les ministres européens de la Justice et de l’Intérieur le disent et le répètent sur tous les tons ; la coordination des efforts dans la lutte contre le terrorisme est « la » priorité.

Il y a une semaine à peine, encore, les ministres italien, espagnol, anglais, allemand et français étaient réunis à Jerez de la Frontera (Espagne) pour répéter ce leitmotiv. Mais cette volonté semble se heurter à certaines résistances sur le terrain, judiciaire en particulier. En témoigne le procès qui vient de s’ouvrir la semaine dernière à Bruxelles contre une vingtaine de personnes soupçonnées de près ou de loin de faire partie de la mouvance Al Qaida en Europe.

La coopération policière marche, entre magistrats … plus difficile

Alors que la traque et l’arrestation des inculpés s’est déroulée dans une certaine coopération entre les services de police concernés – britannique, néerlandais, italien et français notamment – le contact entre magistrats semble moins efficace, voire contre-productive. Certains des accusés du procès belge ne sont pas des enfants de chœur : Tarek Maaroufi – un ancien des réseaux GIA en Belgique – et Amor Sliti sont soupçonnés d’avoir faciliter le recrutement et le transit des assassins de Massoud vers leur cible ; Nizar Trabelsi, un ancien joueur professionnel du Fortuna Düsseldorf, est accusé d’avoir préparé un attentat contre des intérêts américains.

Une partie du puzzle en France

Mais l’autre partie du puzzle, tout aussi importante, se trouve aux mains des magistrats français : Djamel Beghal, un franco-algérien, ancien du GIA soupçonné d’être le chef de Trabelsi ; Amal Halim, la compagne de Trabelsi, enceinte, est interpellée en Corse en septembre 2001 et depuis assignée à résidence. Vendredi dernier encore (23 mai), deux personnes dont l’identité n’a pas été révélée ont été arrêtées à Paris.

L’autre partie en Belgique

Or, malgré plusieurs conciliabules, la coopération entre juges anti-terroristes semble au point mort. Le juge d’instruction belge Christian de Valkeneer souhaitait ainsi entendre l’épouse de Trabelsi. Refus de son homologue français Jean-Louis Bruguière. « On était prêt à faire le déplacement à Paris s’il fallait », explique un avocat. Nouveau refus. Résultat : de part et d’autre de la frontière, chaque accusé charge l’autre. En toute impunité, faute de confrontation.

L’obsession du juge Bruguière

Quand le juge Bruguière vient en Belgique fin 2002, il n’a qu’une idée en tête, raconte un avocat, « obtenir confirmation d’un projet d’attentat contre l’ambassade américaine à Paris ». Un objectif qu’avait, dans un premier temps, avoué Beghal. Des aveux rétractés ensuite. « Il voulait que je confirme l’attentat. En échange de quoi, je pourrais voir mon fils », racontre Nizar Trabelsi au tribunal, vendredi (1).

L’ego de certains magistrats

Une ficelle un peu grosse et qui visait, surtout, selon certains observateurs, à rapatrier le dossier à Paris. Pour le propre profit personnel de Bruguière ! « Il est vexé », raconte un avocat, parle du juge français. « Trabelsi a fait des aveux complets au juge d’instruction… belge qui contredisent totalement » son hypothèse. Au cabinet du juge d’instruction français, on se refuse à entrer dans le jeu polémique, se retranchant derrière le fameux « secret de l’instruction », avec une petite pointe de dépit cependant avançant un puéril « nous avions commencé notre enquête avant les Belges ». Il reste à espérer qu’un jour l’ego de certains magistrats se dégonflera. Ce jour-là, la lutte contre le terrorisme aura sans doute progressé d’un bon pas…

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) L’intéressé, dans des aveux consignés par le juge, et pour l’instant non rétractés a toujours affirmé la même chose : « je visais Kleine Brogel », une base militaire belge, proche de la frontière néerlandaise, où sont stationnées des missiles stratégiques de l’Otan et un détachement militaire américain.

(*) Papier publié dans une première version dans Ouest-France