Le reploiement des moyens militaires français en Afrique s’accélère

(crédit : armée de Terre - EMA)

(BRUXELLES2) Un avion de transport tactique Transall C-160 a rejoint jeudi (4 octobre) les forces françaises stationnées à Abidjan (Côte d’Ivoire). Jusqu’alors basé à Dakar, celui-ci s’inscrit dans «un redéploiement des moyens de transport aériens français en Afrique» pour reprendre les mots exacts de l’Etat-Major des armées. Il devrait permettre à la force Licorne d’élargir ses entrainements interarmées avec les forces ivoiriennes. Le Transall va rejoindre une force qui compte déjà 450 militaires et un hélicoptère Fennec. Deux semaines auparavant, c’était au tour des Mirages de l’armée de l’air d’être «redéployés» au Tchad. Le 19 septembre, 3 Mirage 2000D et 1 Mirage F1 CR accompagnés d’un avion ravitailleur C135 atterrissaient sur le tarmac de la base aérienne Kosseï de N’Djamena. Ils venaient assurer la relève de 2 Mirage FI CT et d’1 autre Mirage F1-CR de le force Epervier. Officiellement, l’échange s’inscrit dans un calendrier à long terme. Tous les 6 mois, les aéronefs stationnés au Tchad sont relevés afin de subir des opérations de contrôle et de maintenance techniques en France. Les 5 heures de vol devaient également servir à «valider la capacité des différents avions à être projetés depuis la France sur un territoire éloigné». Peut-être un hasard du calendrier donc. Maintenant qu’ils sont sur place, ces nouveaux Mirages et le Transall de la Licorne pourraient tout de même très bien servir à soutenir la possible mission militaire de la CEDEAO au Mali. Même si Paris dit attendre une résolution de l’ONU et les décisions de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest avant de révéler son soutien logistique à la «Micema»

La France intervient en Côte d’Ivoire, seule, avec l’ONU. Les Européens regardent…

(BRUXELLES2) La France a décidé après un échange de lettres entre l’Elysée et le siège des Nations-Unies à New-York (1), de mettre la force Licorne à disposition de l’ONUCI pour des actions offensives contre le camp Gbagbo. Seule… sans les Européens.

Objectif : neutraliser les armes lourdes... et Gbagbo

Ban Ki Moon avait demandé cette aide, dans une lettre datée du 3 avril : « Il est urgent de lancer les opérations militaires nécessaires pour mettre hors d’état de nuire les armes lourdes qui sont utilisées contre les populations civiles et les casques bleus. L’ONUCI a identifié de multiples emplacements concernant ces armes. Etant données la nécessité de lancer les opérations contre tous ces emplacements de façon simultanée et les moyens militaires limités de l’ONUCI, je vous serais reconnaissant de bien vouloir autoriser, de façon urgente, la force « Licorne », qui est mandatée par le Conseil de sécurité pour appuyer l’ONUCI, à exécuter ces opérations conjointement avec l’ONUCI. » Cela faisait plusieurs jours que la France réclamait une action plus offensive de l’ONUCI. Au dernier sommet européen, Nicolas Sarkozy avait demandé qu’Abidjan « soit interdit aux armes lourdes, on parle d’hélicoptères et de mortiers qui pourraient être utilisés. Ce n’est pas possible. Il faut que les forces de l’ONU fassent leur travail ».

Des Européens, l’arme au pied

Ce qui est étonnant est l’absence de réaction (la passivité) des Européens sur la situation. On ne peut donc mettre cet attentisme sur le compte d’une division politique puisque l’UE a adopté, sur ce sujet, une position consensuelle, résumée en cinq phrases par Catherine Ashton, le 1er avril : « Alassane Ouattara est le Président démocratiquement élu de la Côte d’Ivoire. Laurent Gbagbo (doit) se retirer immédiatement et se livrer aux autorités légales. Toutes les parties (doivent) faire preuve de retenue et protéger la population civile. La mission des Nations unies en Côte d’Ivoire doit pouvoir pleinement exercer son mandat de protéger la population civile. Les responsables de violations des droits de l’Homme devront répondre devant la justice internationale. »

De bonnes raisons…

Mais rien de plus ! Les Européens ont continué à vaquer à leurs occupations laissant la France se débrouiller en Côte d’Ivoire. Et Paris n’a pas, non plus, vraiment chercher à impliquer ses partenaires européens. Certes les liens entre la France et la Côte d’Ivoire sont anciens. Et les ressortissants et intérêts français sont de loin les plus nombreux sur le terrain par rapport aux ressortissants et intérêts européens. Impliquer d’autres Européens aurait également pris du temps alors que la situation sur le terrain obligeait à réagir rapidement si l’on ne veut pas avoir un enlisement du conflit.

Un certain égoïsme

La réalité est également plus prosaïque (et égoïste). Peu de pays européens semblent prêt à risquer la vie de leurs soldats dans un conflit, en Afrique noire, qui semble lointain. Et les moyens militaires et financiers sont aujourd’hui soumis à une double contrainte : opérationnelle et budgétaire. Entre l’Afghanistan (qui prend l’essentiel des forces vives) et la Libye, les pays qui pouvaient intervenir (Royaume-Uni, Italie, Espagne, Belgique…) n’ont plus beaucoup de forces disponibles. Nombre de pays ont des limites d’intervention constitutionnelles pour les interventions à l’étranger (Allemagne, Finlande, Autriche, Irlande…). Et quasiment aucun pays n’échappe à un programme de restrictions budgétaires, plus ou moins drastique.

(1) Télécharger la lettre de Ban Ki Moon à Sarkozy, et la réponse de Sarkozy

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