Série d’été – les mails d’Hillary. Libye 2011. Le rôle notable de l’Egypte

(B2) L’Égypte s’est engagée concrètement en Libye, en 2011, beaucoup plus que la version officielle le laisse penser, à lire les différents échanges de mail qu’a reçu Hillary Clinton quand elle était en poste au secrétariat d’État US.

L’engagement des forces spéciales égyptiennes (avec les Français et Britanniques)

Une source « extrêmement sensible » détaille ainsi dans un mail de mars 2011 « que les rebelles reçoivent une assistance directe et la formation d’un petit nombre d’unités de forces spéciales égyptiennes, alors que les troupes françaises et britanniques d’opérations spéciales travaillent à partir de bases en Égypte, le long de la frontière libyenne. Ces troupes sont chargés de contrôler le transfert d’armes et de fournitures pour les rebelles. »

Les succès des rebelles début 2011, un succès égyptien aussi ?

« Depuis les premiers jours de la crise libyenne, les Égyptiens soutiennent en coulisses les forces de la rébellion » indique ainsi une source diplomatique. « Les troupes des forces spéciales égyptiennes servent aux côtés des rebelles dans l’Est de la Libye ». « Un haut gradé égyptien affirme en privé que ses troupes sont responsables de nombreux succès militaires des rebelles » confirme-t-on à Hillary Clinton.

Une volonté de discrétion

Mais la discrétion est de mise car Le Caire ne veut pas apparaitre trop lié aux forces occidentales. La diplomatie égyptienne entend souligner « la nécessité de défendre les Libyens contre le régime de Kadhafi. Mais en même temps à se distancer d’une intervention dirigée par les anciennes puissances coloniales européennes ».

Des intérêts multiples et ambigus

Les intérêts de l’Égypte sont en effet multiples : 1° géopolitique — La défection du leader libyen M. Kadhafi et « la division politique de la Libye donneraient à l’Égypte l’opportunité de combler le vide à l’Est » et lui conféreraient le statut de puissance régionale — ; 2° sécuritaire — éviter un afflux massif de réfugiés et contenir la menace djihadiste qui apparait à mesure que le conflit se poursuit — ; 3° économique« Environ 1,5 million d’Égyptiens vivent et travaillent en Libye et effectuent des versements vers l’Égypte à hauteur de 254 millions $ ».

(JB avec NGV)

LesProiesAnnickCojean

Les proies de Kadhafi

LesProiesAnnickCojean(BRUXELLES2) Pour tous ceux qui partent en Libye ou s’intéressent à ce pays, le livre de Annick Cojean paru en 2012, est à lire (ou relire). Intitulé « les proies dans le harem de Kadhafi », il décrit le dispositif implacable, mis en place par l’ancien dirigeant libyen et son entourage, afin de s’assurer la compagnie de jeunes femmes et de jeunes hommes. Un véritable esclavage sexuel. Derrière ainsi l’affichage des « Amazones » qui entouraient l’ancien chef d’Etat, lors de chacune de ses visites — nous y avions eu droit ainsi à leur présence sur la tribune dans la salle de presse de la Commission en 2004-, se cachait ni plus ni moins un vulgaire proxénète. On ne se situait pas dans « l’opportunisme » d’un homme profitant de son pouvoir mais bel et bien d’un système avec ses rabatteurs, sa mère maquerelle et son harem, de viols en série, visant à assouvir des passions mais aussi à asservir un peuple ou des ennemis.

Jusque sous l’université

C’est ce que découvrent en août 2011 les rebelles quand ils renversent le pouvoir : une chambre à coucher et une salle d’obstétrique, nichés sous un auditorium de l’université. « Le sexe était monnaie d’échange, moyen de promotion, instrument de pouvoir » témoigne une jeune étudiante. « Les moeurs du Guide se révélaient contagieuses. Sa mafia opérait de la même manière. Le système était corrompu jusqu’à la moelle ». Un système parfaitement rodé, avec des ramification et des espions dans toutes les facs et administrations, et coordonné par le secrétariat de l’institution en liaison avec Bab al-Azizia (la résidence du Guide). L’objet ? La sélection des plus jolies étudiantes qu’il faudrait, sous n’importe quel prétexte, faire tomber dans les filets du Guide… et de sa clique.  »

Le gouvernement par le sexe

Et derrière cette véritable industrie, l’opprobre et le silence frappe les victimes. Système confirmé par un proche collaborateur du dictateur. « Il gouvernait, humiliait, asservissait et sanctionnait par le sexe ». Mais il y avait 2 catégories : le « tout-venant », jeune de préférence, issu des couches populaires, qui était sélectionné par le « service spécial » proche du protocole et dirigé par Mabrouka Shérif ; et les trophées – des stars du petit écran, chanteuses, danseuses, actrices et journalistes — et les filles ou épouses de personnages de premier plan d’autre pays. L’enjeu – écrit. A. Cojean – « était moins de séduire la femme que d’humilier à travers elle l’homme qui en était responsable — il « n’est pire offense en Libye » – le piétiner, l’anéantir, (…) aspirer sa puissance. »

Au sommet Ue-Afrique

Cette volonté de domination, il l’exerce à toutes les occasions. Ainsi lors du 3e sommet Union européenne – Afrique en novembre 2010, Mabrouka Shérfi s’est présentée dans le bureau du chef de l’aéroport, a examiné toutes les photos des premières dames, et s’est arrêté sur l’une d’entre elles, dotée d’une formidable crinière et particulièrement spectaculaire ». Tout a ensuite fait pour retenir cette dame : parure de diamants, place d’honneur au dîner, voiture du cortège officiel détourné et avion de départ retardé… pour permettre à la dame de faire un détour par Bab al-Azizia – la résidence de Kadhafi. « A 11h, le mari attendait son épouse dans un salon de l’aéroport. A 11h, elle n’était toujours pas là. Ni à midi. La gêne des employés du protocole et de la délégation était patente. L’épouse est arrivée à 13h30, désinvolte et souriante, la fermeture éclair de son ensemble moulant déchirée sur le côté ». La scène n’est pas unique selon l’auteur

Un moyen de terreur

Au-delà des puissants, cet entrelas de réseau et harem secret était pour Kadhafi un moyen tout simplement de faire régner la terreur sur sa population. Comme le viol de guerre est une arme, il revêt ici une dimension supplémentaire : l’opprobre et la silence. « C’est la loi du silence, et personne, jamais ne témoignera d’un viol » témoigne le Dr Krekshi, un gynécologue. Même du côté des femmes. « Trop sensible. Trop tabou – écrit A. Cojean -. Rien à y gagner. Tout à perdre. Dans un pays entièrement entre les mains des hommes, les crimes sexuels ne seront ni débattus ni jugés. Les porteuses de messages seront décrétées inconvenantes ou menteuses. Les victimes, pour survivre, devront rester cachées. »

La fin d’un violeur en série

Et ceci explique sans doute la fin du « dictateur », avec une image qui ne figure pas sur les films officiels des rebelles et que décrit l’auteure. « Avant même le lynchage, les coups, les tirs, la bousculade, un rebelle introduisait brutalement un bâton de bois ou de métal entre les fesses du dictateur déchu, qui, aussitôt, saigna. ‘Violé’ souffla l’une des femmes (…) Un avocat de Misrata me le confirmera. « Tant de Libyens se sont sentis vengés par ce geste symbolique ! Avant son rendez-vous avec la mort, le violeur fut violé ».

• Les proies dans le harem de Kadhafi (éditions Grasset, oct. 2012, 326 p., 19 euros)

Les agents du BND avaient repéré la présence de Kadhafi

(BRUXELLES2) C’est le Spiegel qui le révèle. Pendant des semaines, le service fédéral de renseignement (BND) « savait exactement que l’ex dictateur-libyen Mouammar al-Kadhafi se trouvait dans sa ville natale de Syrte ». Le BND qui « a traditionnellement une source dense d’information au Moyen-Orient connaissait l’endroit où Kadhafi cachaient des rebelles ». « Les sources de sécurité ont cependant déclaré, qu’ils n’avaient pas de données géolocalisables permettant de conduire à une attaque ciblée sur Kadhafi ». Informations transmises aux homologues de l’OTAN selon l’hebdomadaire allemand. Dans un communiqué, le porte-parole du BND, a affirmé samedi, que « nous ne savions pas que Kadhafi venait de s’arrêter ce jour-là à Syrte ».

Nb : cela confirme les informations de la présence d’agents de renseignement non seulement britanniques ou français mais aussi italiens et allemands sur le terrain.

Lire également :

Le rôle de l’OTAN dans l’attaque du convoi de Kadhafi

(BRUXELLES2) L’Alliance a dans son bulletin quotidien confirmé de façon détaillée avoir attaqué un convoi de nombreux véhicules, lourdement armé, mais dénié qu’elle savait que Kadhafi se trouvait à bord à ce moment là.

Une première frappe disperse le convoi

Jeudi, à environ 8h30 heure locale, un avion de l’OTAN a frappé « 11 véhicules militaires armés qui faisaient partie d’un groupe plus important d’environ 75 véhicules dans les environs de Syrte » précise ainsi l’Alliance dans son communiqué quotidien de ce jour. « Ces véhicules étaient en train de quitter Syrte à grande vitesse et ont tenté de forcer leur chemin autour de la périphérie de la ville. Les véhicules avaient, à bord, une quantité importante d’armes et de munitions ; ce qui pose une menace importante pour la population civile locale. » Les avions de l’OTAN sont alors intervenus et ont visé un premier véhicule, le premier de la colonne a été détruit. Ce qui est inévitable a suivi. Cela « a perturbé le convoi et a entraîné la dispersion des autres véhicules qui ont changé de direction ». Après cette première frappe, un groupe « d’environ 20 véhicules a continué à grande vitesse à avancer vers le sud, à l’ouest de Syrte, continuant à représenter une menace significative ».

Une deuxième frappe l’immobilise

L’OTAN a alors procédé à une seconde frappe permettant de détruire ou endommager une dizaine de véhicules pro-Kadhafi (ce que l’évaluation menée par l’Otan a révélé plus tard). « Au moment de l’intervention, l’OTAN ne savait pas que Kadhafi était dans le convoi » précise-t-on au siège de l’Alliance. Et « l’intervention de l’OTAN a été menée uniquement pour réduire la menace envers la population civile, comme l’exige le mandat de l’ONU. De façon générale, l’OTAN ne cible pas les individus. »

Aux combattants du CNT de prendre le relais

L’OTAN s’est refusé à indiquer la nationalité des avions ayant mené le raid. Mais c’est un secret de polichinelle. Un avion Français comme l’a confirmé hier le ministre de la Défense, Gérard Longuet. La suite de l’histoire, c’est Gérard Longuet qui la raconte. Le convoi du dictateur, « de plusieurs dizaines de véhicules (…) a été stoppé dans sa progression alors qu’il cherchait à fuir Syrte mais n’a pas été détruit par l’intervention française ». Des combattants du CNT sont alors intervenus et ont « sorti le colonel Kadhafi » de sa voiture.

Bien que l’OTAN se dédouane d’avoir su que Kadhafi était dans le convoi, on peut douter de cette « innocence ». Kadhafi et son clan étaient sinon une cible, du moins un objectif recherché par les forces du CNT et les forces internationales car ayant commis des crimes sur les civils et constituant une menace permanente contre eux. Un convoi de véhicules aussi lourdement armés fuyant Syrte ne pouvait appartenir à quelques civils « ordinaires ». Les sources qui ont dirigé les avions de l’OTAN vers la cible – qu’elles soient du CNT ou des Etats de la coalition sur place – le savaient pertinemment.

D’ailleurs la coordination OTAN – CNT – même si elle n’est pas officielle et passe par le biais des forces nationales des Etats membres de l’opération et non du commandement de l’OTAN – est aujourd’hui bien réelle. Elle a en effet été sensiblement améliorée depuis les « petits » cafouillages du début de l’opération. Et cette coopération a été effective et utile à plus d’une reprise, notamment pour le guidage des bombardements ou des assauts lors de la libération des villes.

En finir avec le régime Kadhafi était une nécessité pour les Libyens mais aussi pour la coalition qui ne souhaitait pas voir ce conflit traîner en longueur à la fois pour des raisons budgétaires, politiques et internationales. La « normalisation libyenne » est plus qu’aujourd’hui nécessaire à la stabilisation de toute la zone entre Maghreb, Afrique et Moyen Orient.

Et maintenant, quid des opérations en Libye ? (maj)

(BRUXELLES2) Les ambassadeurs à l’OTAN se pencheront demain (vendredi) sur l’avenir de l’opération « Unified Protector » au-dessus de la Libye. Sur la table : continue-t-on, ou non, l’opération ? Et comment la finir ?

Ne pas lever le pied trop tôt

La conquête de Syrte et la mort de Kadhafi ne signifient pas l’arrêt immédiat de la mission m’a affirmé un militaire d’un pays allié participant à la mission. « Il ne faut pas s’attendre à ce que l’on parte demain. Il faut attendre que les différents foyers (de violence) s’apaisent. » Chacun redoute en effet « quelques troubles » encore durant pendant quelque jours. La mission de l’OTAN ne sera donc pas formellement terminée, tant que l’ONU n’aura pas décidé en ce sens. Ce qui semble certain, c’est que les derniers évènements permettent une levée partielle du dispositif.

Fin de la mission OTAN le 31 octobre, force reste à la liberté

(Maj – ven 22h30) Le secrétaire général F.A. Rasmussen a confirmé vendredi à l’issue de la réunion avec les ambassadeurs que « la mission prendrait fin le 31 octobre ». « Cette décision sera formellement adoptée la semaine prochaine ». Cette sortie sera faite« de façon prudente et contrôlée. L’OTAN veut observer attentivement ce qui se passe et pouvoir réagir aussitôt en cas de problème. » Et d’ajouter : « Maintenant, c’est le moment pour le peuple libyen d’être fier et de construire le futur d’une nouvelle Libye libre, basée sur la démocratie, les droits de l’homme et les règles de droit. La liberté est la force la plus forte dans le monde. »

En attente d’une nouvelle résolution de l’ONU

Quant à l’avenir, tout dépendra du sens également de la nouvelle résolution au Conseil de sécurité de l’ONU. Il n’est pas question pour l’instant de forces de maintien de la paix. Et les missions à venir seront davantage « civiles » comme l’a confirmé Pieter de Crem, le ministre belge de la Défense.

L’UE prête à l’assistance du contrôle des frontières

L’Union européenne devrait répéter, dimanche, lors de son sommet, sa disposition à aider la Libye dans la situation post-conflit. Plus concrètement, l’UE pourrait apporter sa contribution sur un point concret : le « contrôle » des frontières et non la « gestion » des frontières. La différence n’est pas que terminologique : dans un premier cas, il s’agit d’aider les Libyens à contrôler leurs frontières (passages d’hommes, de clandestins, d’armes, de terrorisme…) ; dans le second, il s’agit d’améliorer le fonctionnement des douanes (comme l’UE le fait en Ukraine ou Moldavie).

EUFOR Libya fermée

Quant à la mission EUFOR Libya (d’assistance humanitaire), elle devrait fermer sans tambour ni trompette. Les militaires de l’UE viennent de recommander la fermeture du quartier général d’opérations (OHQ) mis en place à Rome, qui n’a servi à pas grand chose sinon à planifier une mission type « désert des tartares » et boire quelques expressos… Les ambassadeurs du COPS ont approuvé cette fermeture. Mais c’est au conseil des ministres de l’UE de formellement avaliser cette décision. Ce devrait être chose faite lors d’un prochain conseil (pas automatiquement les ministres des Affaires étrangères), en point A (sans discussion)

Lire également :

Mort de Kadhafi : l’UE salue la fin du despote, appelle à ne pas rater la réconciliation

(BRUXELLES2) La nouvelle est tombée sur les « téléscripteurs » en début d’après-midi. « Mouammar Kadhafi » a été capturé par les forces du CNT, puis Kadhafi est blessé et enfin (peu avant 15h) la confirmation de sa mort. Ce qui a suscité inévitablement un long soulagement largement perceptible dans plusieurs capitales européennes.

La fin d’une ère de despotisme

A Bruxelles, les premiers à réagir ont été Herman Van Rompuy et José-Manuel Barroso, les respectifs présidents du Conseil européen et de la Commission européenne. Cela « marque la fin d’une ère de despotisme et de répression durant laquelle le peuple libyen a souffert si longtemps. Aujourd’hui La Libye peut tourner une page de son histoire et embrasser un nouveau futur démocratique » ont-ils déclaré dans un texte commun. « Nous appelons le Conseil national de transition à poursuivre un processus de réconciliation aussi large que possible, qui s’adresse à tous les Libyens et permette une transition transparente, pacifique et démocratique dans le pays » ont-ils ajouté.

« Dix mois de sacrifices extraordinaires »

De son coté, la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton a salué d’abord la victoire de la population libyenne. « La chute de Syrte marque la fin de l’ère Kadhafi. la Libye est maintenant sous le plein contrôle des forces du Conseil national de transition. Après dix mois de sacrifices extraordinaires, le peuple libyen peut dire avec fierté et confiance qu’ils se sont débarrassés d’un régime qui (les) terrorisait et opprimait depuis plus de 40 ans.  Ils peuvent maintenant regarder le futur » (…) Si les rapports sur la mort du Colonel Kadhafi (sont) confirmés, sa mort met fin à une tragique période pour les vies de nombre de Libyens. »

Sanctionner les crimes du passé c’est bien, se réconcilier demain c’est mieux

La Haute représentante a tenu cependant à souligner tous les défis que se présentent aujourd’hui au gouvernement libyen. « La Libye entre dans un processus de transition. Il est important que son leadership travaille à construire un futur démocratique pour le pays dans le plein respect des droits de l’homme. Tandis que les crimes du passé doivent être abordés; ses dirigeants doivent aussi chercher la voie d’une réconciliation nationale. »

L’UE présente à vos cotés, hier et aujourd’hui

Catherine Ashton a aussi voulu souligné l’engagement européen aux cotés des Libyens, hier, aujourd’hui et demain. « L’Union européenne a soutenu le peuple libyen durant toutes ces luttes. Nous avons été présents à Tripoli et Benghazi. Nou avons fourni une assistance humanitaire substantielle. Nous avons déjà soutenu la société civile et nous travaillons maintenant avec les partenaires internationaux pour répondre aux besoins post-conflit de la Libye. L’UE restera engagé de façon forte dans le futur. »

Commentaire : On ne peut être qu’étonné que dans un tel moment, assez solennel, les dirigeants européens cherchent encore à se démarquer en faisant chacun leur déclaration. Il est relativement peu fair play pour H. Van Rompuy et J.M. Barroso de griller ainsi la politesse à Catherine Ashton dont c’est plutôt la tâche en tant qu’Haute représentante d’assurer la voix de la représentation extérieure de l’UE. C’est un peu faire comme si le Traité de Lisbonne n’existait pas.

Je n’ai pas pour habitude de tresser des louanges à C. Ashton. Mais sur la question libyenne la Haute représentante a joué un jeu qui n’était pas facile dans un concert européen qui ressemblait parfois à une sombre cacophonie. Et le service diplomatique n’a pas démérité. Au contraire. La déclaration d’Ashton le prouve. Certes elle a mis quelques minutes de plus à me parvenir (c’est vrai). Mais elle est beaucoup plus intéressante, profonde et balancée que les 2 phrases à l’emporte-pièce de ses deux co-responsables masculins…

NB : on aurait pu souhaité que l’un et l’autre, quand ils étaient Premier ministre de la Belgique et du Portugal, aient tenu un langage aussi dur sur Kadhafi… Il est facile de dénoncer les despotes quand ceux-ci ont perdu le pouvoir et sont passés de vie à trépas. Il est moins facile de le faire quand ils sont bien vivants et en poste.

Deux nouvelles sociétés libyennes figurent sur la liste des « interdits »

(BRUXELLES2) L’ODAC (organisation for Development of Administrative centres) et la compagnie pétroilière Al-Sharara sont les deux nouvelles entités libyennes dont les avoirs seront gelés. La décision vient de paraître au JO aujourd’hui, après adoption (par procédure écrite) par les ambassadeurs de l’UE. Une décision prise « compte tenu de la gravite? de la situation en Libye » – précise-t-on du coté du Haut représentant de l’UE – car ces deux organismes agissent « pour le compte ou selon les instructions du régime Kadhafi » et sont une source de financement du régime.
Au total, selon le service diplomatique européen, 6 autorite?s portuaires, 49 entite?s et 39 personnes implique?es dans les graves violations des droits de l’homme perpe?tre?es en Libye font de?sormais l’objet d’un gel de leurs fonds et ressources financie?res dans l’Union europe?enne. Et 39 personnes, dont font partie Mouammar Kadhafi et plusieurs membres de sa famille, se voient e?galement interdire l’entre?e sur le territoire de l’UE.

Kadhafi : qu’il aille au diable… ou en Biélorussie

(BRUXELLES2 à Varsovie) « Kadhafi doit s’en aller. En un mot, il est fini. 42 ans c’est assez. Il n’y aucune espèce d’avenir pour lui dans le pays et ne pourra revenir aux affaires. » a expliqué Radek Sikorski qui n’avait pas de mots assez durs pour le dirigeant libyen (en réponse à ma question sur la Libye). « Et s’il veut, je suis prêt à lui faciliter le transit par la Pologne pour qu’il aille en Biélorussie ». Et d’ajouter peu après, faisant une référence à l’esprit pour le moins dérangé de Lukashenko. « Lui et le Colonel Kadhafi devraient bien s’entendre ».

Malte reconnait le CNT Libyen

Le Premier ministre Gonzi avec l'ancien ambassadeur libyen à l'ONU, Abdel Rahman Shalgham (Crédit : gouvernement maltais)

(BRUXELLES) Petit Etat de Méditerranée, Malte occupe une position clé face à la Libye, géographique, économique et politique. La déclaration qu’a fait le gouvernement de reconnaître l’opposition libyenne et le CNT comme le « seul interlocuteur légitime du peuple libyen » a donc une portée qui n’est pas négligeable. C’est le quatrième Etat de l’Union européenne – après la France, le Royaume-Uni, l’Italie (voire la Pologne) – à emprunter ce chemin et non des moindres. C’est un signe notable d’évolution qui pourrait désormais être suivi par plusieurs autres et signifier la fin d’une fracture politique qui a traversé les 27 Etats membres de l’Union européenne, récemment, même si certains pays (Allemagne, Bulgarie) resteront encore réticents quelques jours encore à effectuer ce pas. Télécharger la déclaration du gouvernement ici

Des observateurs européens en Tunisie : oui si le pays le souhaite

(BRUXELLES2) Les incidents de frontière entre la Libye et la Tunisie, près des montagnes berbères (1), sont suivis très attentivement par le service diplomatique européen. Mais sans nécessité d’action pour l’instant. « Cela voudrait dire une demande de la Tunisie à la communauté internationale. On n’en est pas encore là. » explique un haut diplomate européen « Il y a eu des incidents, certes. Mais qu’on ne peut pas qualifier encore de haute importance. Les autorités tunisiennes pourraient d’ailleurs si elles l’estiment nécessaires saisir le conseil de sécurité des Nations-Unies. Pour l’instant elles ne l’ont pas fait. On a donc l’impression que si la situation les préoccupe, elle n’a pas atteint le degré de gravité nécessaire. » La diplomatie européenne est prête, le cas échéant. « Si les Tunisiens le souhaitent, si nous avons une résolution des Nations-Unies le demandant, nous pouvons fournir l’assistance nécessaire à la Tunisie », comme par exemple déployer des observateurs civils le long de la frontière, « oui c’est possible » répond mon interlocuteur (2).

« Tout ce qui peut menacer les civils devient une cible légitime » (Otan)

Il faut préciser que du coté de l’OTAN, on suit également la situation à la frontière tuniso-libyenne de très près. « Nous n’avons pas de personnel au sol – et nous ne pouvons pas en avoir -. Mais nous exerçons une surveillance de tous les instants par tous les moyens possibles » m’a expliqué un officier supérieur du QG de Naples. Et de préciser, l’OTAN maintient ses « moyens en alerte, pour repérer d’où partent les attaques et tout ce qui peut menacer les civils devient pour nous une cible légitime de frappes ». La porte-parole adjointe de l’OTAN, Carmen Romero, a quant-a-elle confirmé ne « pas avoir reçu de demande d’assistance du gouvernement tunisien en ce moment. » NB : la Tunisie est membre du dialogue méditerranéen initié par l’Alliance atlantique.

(1) Il faut savoir en effet que pour les forces de Kadhafi, la seule façon de déloger les rebelles du poste frontière de Dehiba, la route principale étant bloquée par un éboulement provoqué, est de passer par la Tunisie. Vous pouvez aussi lire, ici, un témoignage, un des rares sur la situation dans la montagne berbère, sur la route de Nalut

(2) Lire également :

Raid de l’OTAN à Tripoli contre la flotte pro-Kadhafi

Destruction du RHIB piégé à l'explosif le 16 mai (crédit photo : OTAN)

(BRUXELLES2) Le QG de l’OTAN à Naples a confirmé dans la nuit avoir mené des raids aériens sur les forces de Kadhafi dans les ports de Tripoli, Al Khums et Syrte. Huit navires ont été détruits. « Tous les navires visés étaient des navires de guerre sans fonction civile » a déclaré le Rear-Admiral Harding, commandant adjoint de l’opération de l’OTAN « Unified protector« .

L’escacalade maritime

La guerre qui se concentrait auparavant sur terre s’est depuis quelques semaines déplacée sur mer. A trois reprises, ces derniers jours, des incidents ont, en effet, opposé les forces maritimes de Kadhafi aux forces de l’OTAN. Le 29 avril, les forces maritimes avaient été surprises en train de poser des mines dans le port de Misrata ; trois mines avaient été, par la suite, désactivées par les forces de l’OTAN.

Rebelote le 12 mai. La frégate canadienne, HMCS Charlottetown, le destroyer britannique, HMS Liverpool, et la frégate française Courbet (qui n’est pas sous le commandement de l’OTAN), déjouent une attaque sur le port de Misrata menés par plusieurs bateaux rapides type RHIB. Des échanges de tirs ont alorslieu. Ceux-ci ont couvert leur fuite par des tirs d’artillerie et de canon anti-aérien en direction des navires alliés. Ceux-ci ont alors répliqués.

Le 16 mai, un nouveau pas est franchi. Deux RHIB venant de Zlintan sont détectés par les marines de l’OTAN faisant route vers Misrata. « Alors que les forces de l’OTAN s’approchent, un des RHIB stoppe et le second s’enfuit. Une équipe de détection (EOD Team) s’approche alors du navire suspect. Et elle découvre un navire bourré d’explosif, une tonne (du Semtex H, de fabrication tchèque, notamment), avec à bord personne si ce n’est … deux mannequins. Visiblement un piège. Le navire est alors détruit.

NB : la Libye a un stock important d’explosif acquis dans les années passées.

Lire également : Plusieurs bateaux poseurs de mines pris sur le fait dans la baie de Misrata