K2

Accident au K2 (Himalaya): le récit du drame par les Néerlandais

Sur la tragédie au K2, et les opérations de secours, les informations diffusées par l’Agence France Presse (AFP) ont été plutôt « hasardeuses » dans
les premiers jours – en étant gentils ! – , se contentant de bruits et de rumeurs, là où on avait des certitudes, annonçant un mort là où les gens étaient vivants et vice-versa, annonçant des
opérations de secours là où les personnes étaient déjà à l’abri au Camp de base, parlant de « personnes inexpérimentées » quand on a affaire à des alpinistes chevronnés (1), et mettant 24 heures à
corriger le tir (heureusement les depeches suivantes provenant de Rome ou de Grenoble ont été plus conformes à ce qu’on attend d’une agence de presse mondiale.

Voici un récit reconstitué à partir des données, de première main, celles de l’expédition
néerlandaise, Norit, de l’expédition
singapourienne, K2 « sans oxygène », de l’expédition italienne, du site des amis d’Hugues d’Aubarede, et des hélicoptères de l’armée pakistanaise, c’est un peu
clair…)



Ven 1er août :
l’alerte est donnée du coté de l’équipe Norit (les
nerlandais) à minuit (coté nerlandais, heure européenne) « la chute de gros morceaux de glace a détruit les cordes placées dans le Bottleneck »

Sam 2 août midi : Cas (néerlandais) et Pemba (népalais) sont au camp C4 (tout en haut, vers 8000 mètres), Mark (australien) aussi, ils remontent vers le Bottleneck pour porter secours. Deux
porteurs de haute altitude (HAP) remontent dans la voie pour venir en aide. Jelle (néerlandais) redescend vers le camp de base. Roeland (néerlandais) l’y attend. Du camp de base (vers 5000 mètres),
on aperçoit six personnes dans le Bottleneck. Sur demande du camp de base, l’équipe de grimpeurs de singapouriens qui est au C3 (vers 7000 mètres) prépare nourriture, oxygène et eaux pour les
autres grimpeurs et équipes de secours. Pas de nouvelles de Marco (italien) et Wilco (néerlandais). Aucune nouvelle de Hughes (français)
et Karim (porteur pakistanais), Gerard (irlandais) et Rolf (norvégien).

Sam 2 août soir : Cas et Pemba (équipe de secours) redescendent du C4 au C3. Marco a été trouvé et porté au C4 (avec oxygène et médicaments). Il est prévu pour redescendre avec porteurs le
lendemain. Cecilie (norvégienne) est descendue au C4. Mark en bonne santé au C2.  Pas de nouvelles de Wilco (les recherches continuent). Aucune nouvelle de Hughes (français) et Karim (porteur
pakistanais), Gerard (irlandais) et Rolf (norvégien).

Dim 3 août
: Cas et Pemba (équipe de secours) redescendent du C3, avec Wilco, qu’ils ont retrouvé, et Marco, puis au C2. Une équipe de grimpeurs part du camp de base au camp C1 avec de
l’équipement pour les rejoindre (avec un autre Néerlandais, Roeland). Un avion est affrété pour repérer les disparus mais il attend une éclaircie. Cecilie redescend au camp de base (voie des
Abruzzes), elle confirme la disparition de son mari Rolf.

Dim 3 août nuit : tous les néerlandais sont à l’abri au camp de base (voie Cessen).

Lun 4 août matin : Deux hélicoptères Ecureuil A350B de l’armée pakistanaise décollent de l’aéroport civilo-militaire de Skardu. Ils prennent en charge Wilco et Cas (néerlandais) et Nabeel
rapatriés vers l’hopital militaire de Skardu. Marco redescend du C2 au C1. Mais il n’est pas possible, vu les conditions météo, de faire une nouvelle navette héliportée (à partir du camp de base).
Roberto (italien) monte au Camp de base avancé pour accueillir Marco.



 Lun 4 août soir : Marco est au C1. Evacuation prévue à partir du Camp de base le 5 août.

(mise à jour des 6 et 7 août)

Mar 5 août : Marco arrive au camp de base. Mais les conditions météo ne permettent pas l’arrivée de l’hélicoptère.



Mer 6 août : Marco est récupéré au camp de base par un hélicoptère. Il semble sérieusement atteint de gelures et évacué vers l’hopital de Skardu. Un deuxième hélicoptère Mi17 est envoyé pour
aller récupérer l’équipe coréenne.

Crédit image: itinéraire (de Hugues d’Aubarede) – Marco Confortela (à Skardu) – hélicoptère Mi17 pakistanais

(mise à jour du 8 août)

(1) Le site k2climb.net (ExplorersWeb) a publié une enquête élaborée, qui mérite un
détour.  Elle démonte certaines déclarations du grimpeur suédois, Frederik Strang. Celui-là même qui avait déclaré que tous les alpinistes dans le bottleneck étaient morts (alors que Marco et
Wilco furent récupérés par la suite) ou que ceux-ci étaient inexpérimentés (propos repris par l’AFP a plusieurs reprises sans aucune vérification). L’alpiniste a non seulement failli au devoir de
solidarité en montagne mais a également nui au déroulement des secours et plongé plusieurs familles dans le doute. Le site « démonte » aussi de nombreux mensonges du grimpeur suédois sur ses
exploits, ce qui semble une spécialité: « Fredrik Strang’s major achievements according to his recent sponsor brochure are four 8000 meter summits and the Seven summit world speed record. In
reality he has one summit of Everest in a heavily supported and guided expedition. Dhaulagiri is unconfirmed and the rest plain incorrect. That’s it. Sweden might not be the best climbing nation in
the world, but rest assured they have quite a few climbers who can beat that. »

TwitterFacebookLinkedInGoogle+PinterestPrintFriendlyPartager/Marquer

Drame au K2: des hélicoptères pakistanais Ecureuil à la rescousse

Deux « Ecureuil » de l’armée pakistanaise, ou plutôt une société-filiale (voir ci-dessous), doivent se poser le 4 août, au camp de base (situé à près de 5000 mètres) du K2, la montagne la plus haute
du monde après l’Everest (8611 mètres), pour rapatrier dans la vallée et sur les hopitaux, des grimpeurs européens – néerlandais et italiens essentiellement, victimes d’une chute de Sérac, en haut
du « bottleneck », l’étroit couloir en forme de bouteille surmonté d’un énorme sérac qui précéde le sommet.



Certains d’entre eux seraient blessés, comme l’italien Marco Confortola qui souffre de fractures. D’autres comme les néerlandais Cas van de Gevel et Wilco van Rooijen souffrent de
gelures plus ou moins graves. Ils ont rejoint dimanche dans la journée le camp de base. Et un médecin américain, présent sur place, les a examinés et prodigué les premiers soins.

Opération de secours (mis à jour le 6 août à 17h)
(mis à jour le 4 août 9h00) : Deux hélicoptères Ecureuil ont décollé de l’aéroport de Skardu – qui abrite une base militaire de l’armée de l’air pakistanaise –
le 4 août
à 9H15 locales (5h15 heure européenne). Ils ont récupéré au camp de base les
néerlandais Cas van de Gevel, Wilco van Rooijen, et Nabeel. Ils devraient récupérer ensuite les Italiens Marco Confortola (qui descend du camp C3 au camp C2 comme l’a reperé le pilote de
l’hélicoptère qui a fait un survol de la zone) et Roberto Manni.
(mise à jour 4 août, 15h) Dans l’après-midi, Confortola est au camp C1, et doit arriver au camp de base avancé l’attendait Roberto Manni. Mais en raison des conditions météo, l’hélicoptère a
renoncé à aller le chercher le 4 août. Une nouvelle tentative devrait avoir lieu le 5 août. Les néerlandais
étaient évacués sur l’hopital militaire
de Skardu.
(mise à jour 5 août, 9h)
Confortola n’était pas encore au camp de base avancé. Les conditions météo sont mauvaises. L’hélicoptère est en stand bye. (miste à jour 5 août 17h) Confortola est arrivé au camp de base et finalement évacué sur Skardu le 6 août (mauvaises conditions météo le 5
août). Lire le
récit des Néerlandais.

Les informations données par les agences ont été confuses pendant un certain temps, mentionnant parmi les disparus un Néerlandais. Mais celui-ci est bien vivant, son team l’assure. De même, les Autrichiens Christian Stangl et Thomas Strausz –
dont on était sans nouvelles – seraient de retour au camp. Cette confusion est compréhensible. Plusieurs Européens – appartenant à des expéditions différentes (néerlandaise, italienne, serbe,
coréenne, singapourienne, américaine) sans compter les individuels – avaient, en effet, décidé de joindre leurs efforts pour
atteindre le sommet.

Le bilan aurait pu être plus lourd, côté français. Une équipe de trois alpinistes – de Grenoble et de Nice (Christian Trommsdorff, Yannick Graziani, Patrick Wagnon) était montée au camp de base
fin juillet mais avait décidé de ne pas gravir le K2 et était redescendu.

11 morts selon un dernier décompte
Une d

izaine de personnes (11 selon
un dernier décompte) auraient ainsi perdu la vie dans l’ascension du K2 ce week-end, dont : l’himalayiste français Hugues d’Aubarede
(61 ans, originaire de Lyon), et son guide-porteur, Karim, l’Irlandais Gerard Mc Donnell (38 ans, originaire de Kilcornan), le Norvégien Rolf Bae, ainsi que des grimpeurs d’autres continents (3
Coréens, 2 Népalais et 2 Pakistanais) dont certains l’ont été en tentant de porter secours. Un montagnard serbe, Dren Mandiç – appartenant à une target="_blank">cordée serbo-voivodine – a été tué dans une avalanche vendredi 1er aout (il était âgé de 32 ans et originaire de Subotica).

Contrairement à ce qu’a laissé entendre un alpiniste suédois, présent sur place, cité par l’agence AFP, la plupart de ces personnes étaient des montagnards chevronnés – ayant fait leurs armes en
Himalaya.

Le K2 est réputé comme une des montagnes les plus dangereuses, trois fois plus que l’Annapurna. Le problème avec le K2 explique le chroniqueur basque de l’Himalaya, Xavier Eguskitza est que «
si vous atteignez le sommet, vos chances de retour sont réduites de façon significative » (pour visionner la montée
de Karl Unterkircher).

Des hélicoptères qui frôlent quotidiennement les 6000 mètres


Askari aviation
est une
filiale de l’armée pakistanaise, spécialisée dans le secours et l’accompagnement de touristes. Elle est composée d’anciens pilotes militaires à la retraite et dispose d’hélicoptères – des Ecureuil
ou des Lama – spécialement équipés pour monter jusqu’à 6000 mètres. Ils sont ainsi intervenus à une hauteur d’environ 5750 pour récupérer quatre Autrichiens au Spantik.

 Le Lama (SA 315 B) est une Alouette II équipée d’un moteur surpuissant pour les hautes altitudes – une demande de l’Inde notamment -. Il a pu effectué en 1969 (!) des décollages et
atterrissages à 7500 m dans l’Himalaya avec deux hommes a bord et 120 kg de carburant. Il a atteint, le 21 juin 1972, une altitude record pour un hélicoptère de 12 442 m, avec au manche, le pilote
d’essai Jean Boulet (le Pakistan a bien entendu commandé cette machine).

L’Ecureuil (AS350 B3) a pris le relais (le Pakistan a été livré en 2006), ayant une vitesse ascentionnelle très rapide (9000 mètres en 9mn26). Il a réalisé également un record mondial de posé en allant, le 14 mai 2005, sur le toit du monde, l’Everest, au Népal, à 8848 mètres, avec le pilote
d’essai, Didier Delsalle. La température extérieure était de -36° !. L’essai a été renouvellé le lendemain.

Même si ces records ont pu être atteints, en règle générale, ces hélicoptères en mission de secours – qui nécessitent de mettre du poids supplémentaire, d’hélitreuiller, etc… – ne dépassent pas
5000 – 5500 mètres (6000 mètres maxi).

Crédit photos : Hugues d’Aubarede, Hélicoptère Lama, Posé de l’Hélicoptère Ecureuil à l’Everest (Eurocopter)