L’OTAN en mort cérébrale de Macron suscite des réactions en désordre

(B2) Si le président français avait pour ambition d’animer le débat, c’est réussi. Son ‘OTAN en mort cérébrale‘ asséné dans l’hebdomadaire britannique The Economist a suscité des réactions au plus haut niveau

Les membres de l’OTAN tentent de défendre le bien-fondé de l’organisation (crédit : OTAN)

Si certains partagent le constat d’une Alliance en grande difficulté politique, personne ne va, même mezzo vocce, dans le sens d’Emmanuel Macron. Et chacun se sent obligé officiellement de justifier l’existence de l’OTAN. Mais la plupart des arguments sont tirés du passé, non de la situation actuelle. Ce qui, d’une certaine façon, est reconnaître qu’il y a… un problème.

Un des partenariats stratégiques de l’histoire

« Je pense que l’OTAN reste un partenaire important, critique, peut-être historiquement l’un des partenariats stratégiques les plus critiques de toute l’histoire enregistrée » a défendu le ministre américain Mike Pompeo.

« I think NATO remains an important, critical, perhaps historically one of the most critical strategic partnerships in all of recorded history. »

Le pouvoir géopolitique en Europe, la sécurité à l’OTAN

« L’UE doit aspirer à devenir un vrai pouvoir géopolitique, mais l’OTAN est et devra rester la colonne vertébrale de notre sécurité sur les deux bords de l’Atlantique » a jugé la présidente slovaque Zuzana Čaputová, qui est du même bord politique et générationnel qu’Emmanuel Macron.

Berlin pas d’accord sur la forme ni sur le fond

« Je ne pense pas qu’un tel jugement intempestif soit nécessaire, même si nous avons des problèmes, même si nous devons nous ressaisir », a souligné la chancelière allemande Angela Merkel recevant le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg. Le président français a « utilisé des termes radicaux qui ne [sont] pas mon point de vue au sujet de la coopération au sein de l’OTAN », a-t-elle ajouté, selon l’AFP.

« Le pacte Nord Atlantique est une pierre angulaire de l’ordre mondial multilatéral » a renchéri le ministre allemand (SPD) des Affaires étrangères Heiko Maas.

L’OTAN essentielle pour Stoltenberg

« Nous sommes d’accord qu’une OTAN forte est essentielle pour la paix et la sécurité en Europe et que nous devons continuer à investir pour maintenir l’OTAN » a justifié le secrétaire générale de l’OTAN Jens Stoltenberg lors de sa réunion à Berlin avec Angela Merkel le 7 novembre.

 

« Toute tentative de distancer l’Europe de l’Amérique du Nord non seulement affaiblira l’Alliance transatlantique, mais risque aussi de diviser l’Europe. L’unité de l’Europe ne peut pas remplacer l’unité transatlantique »

L’OTAN a été un écran protecteur de la liberté

« En dépit de tous les remous des dernières semaines, je trouve que l’OTAN s’est montrée remarquable comme écran protecteur de la liberté », a affirmé Ursula von der Leyen vendredi soir, dans un discours prononcé à Berlin à la veille de la commémoration de la chute du mur. « L’Europe doit aussi apprendre le langage du pouvoir » a-t-elle ajouté selon Die Zeit. « D’une part, l’UE a besoin de plus de capacités militaires. D’autre part, elle doit faire davantage usage de la force disponible pour faire valoir les intérêts européens. »

Un rôle dans la sécurité partagée

L’OTAN « continue à avoir un rôle extrêmement important non seulement dans l’Atlantique Nord, mais dans le monde en tant qu’un groupe de pays qui se réunissent pour partager des valeurs, partager un engagement envers une sécurité partagée » a indiqué Justin Trudeau, le Premier ministre canadien, relayé par la représentante permanente canadienne auprès de l’OTAN.

(NGV & CG, st. )

Cirage de pompes généralisé à Washington. Donald, le petit père de l’Alliance

(B2) Durant ces dernières 48 heures, à Washington, les ministres des Affaires étrangères des pays membres de l’Alliance atlantique se sont rassemblés autour d’un même message : l’OTAN est un merveilleux instrument, l’Alliance atlantique est nécessaire, et grâce à l’impulsion de Donald Trump, nous avons fait un grand bond en avant…

Jens Stoltenberg et Donald Trump dans une poignée de mains virile (crédit : US – Maison Blanche)

Grâce à Donald, quel chemin parcouru !

Ce dernier point n’est pas de la flagornerie pure. Il s’agit de démontrer à l’hôte actuel de la Maison blanche que les efforts des Alliés pour augmenter leurs dépenses de défense et atteindre l’objectif des 2% du PIB tiennent essentiellement à son action, et non à celle de son prédécesseur, Barack Obama. Il faut faire oublier que c’est le Démocrate, ennemi de D. Trump, qui a initié ou soutenu la nouvelle politique adoptée au sommet du Pays de Galles, avec à la clé, un ‘stop’ à la baisse des budgets de défense et un calendrier pour leur remontée.

La trace de Obama, soigneusement effacée

Fidèle à cette tactique, le secrétaire général de l’Alliance, Jens Stoltenberg, a soigneusement gommé de son discours (devant le congrès US) toute référence à Barack Obama, et même au sommet du Pays de Galles, pour ne rendre hommage qu’à l’actuel président : « Les alliés de l’OTAN doivent dépenser plus pour la défense. Cela a été un message très clair du président Trump. Et ce message a eu un réel impact » (1).

La crainte d’une porte claquée

Cette attention a un objectif concret : éviter que le doigt agité de Donald ne dérape en direction de son tweeter pour lâcher une bordée d’injures ou de remarques négatives sur l’un ou l’autre. Chacun garde en souvenir les moments douloureux du dernier sommet de l’Alliance, en juillet à Bruxelles, où l’ancien homme d’affaires, devenu président, avait semé le trouble et la stupeur dans cette assemblée d’ordinaire plus policée (2). A l’époque, la crainte de le voir claquer la porte, voire de dénoncer le Traité de l’Alliance atlantique, était si réelle que, en urgence, les juristes de l’organisation avaient été sommés de farfouiller dans le texte originel du Traité — et les autres dispositions internationales —, pour voir quelles étaient les conditions exactes d’un USexit…

Un cirage de pompes efficace

Cette menace semble éloignée aujourd’hui, grâce à cet effort général de cirage de pompes du président américain. Le secrétaire général « a un bon sens politique. Il rend hommage au travail de Donald Trump » nous confie un diplomate en poste à l’alliance. « C’est efficace. Cet empire des signes a éteint les menaces sur une sortie de l’OTAN ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) On semblerait être au temps de l’Union soviétique des grands jours, quand on effaçait soigneusement toute référence à l’ancien chef…

(2) Lire sur le sommet de Bruxelles :

Les quatre raisons du coup de sang de Donald Trump à l’OTAN

(B2) L’intervention de Donald Trump jeudi (12 juillet) lors du sommet de l’OTAN semble davantage due à une blessure d’amour propre… comme à une erreur de jugement de certains dirigeants de l’Alliance

Le nouveau bâtiment de l’Alliance atlantique a été pris pour cible par le président américain comme trop cher (crédit : OTAN)

Tout le monde s’attendait à une sortie de Trump lors du sommet de l’OTAN. Tout le monde la redoutait, y compris dans les rangs américains. Elle aura bien eu lieu, mais au-delà de ce qui pouvait être attendu… tout simplement par une légère erreur d’appréciation, volontaire ou non (l’histoire le dira)

Le président américain l’avait dit urbi et orbi avant le sommet et durant le premier jour de celui-ci (mercredi 11 juillet) : pas question de sortir du sommet sans obtenir un clair engagement de ses alliés, en particulier de l’Allemagne, à dépenser plus. Les tweets, moyen préféré de communication du leader américain, l’ont annoncé (lire : Sommet de l’OTAN : Trump, ses diatribes, ses tweets (V3). La solide admonestation au secrétaire général de l’Alliance le matin même en ouverture du sommet (une véritable remontée de bretelles) l’a confirmé.

Une erreur de confiance ou une volonté d’aller au clash

Lors de la première séance de travail, consacrée à cette question du partage du fardeau, Donald Trump a cependant paru plus sage, plus évasif dans sa phraséologie. Quelques mots sinon convenus du moins largement attendus et pas de menaces ou de critique outrancière. Chacun se pensait donc à l’abri d’une nouvelle ‘trumpitude’. Erreur funeste. L’optimisme qui prévalait après le dîner et jusqu’au petit matin du déjeuner s’est vite évanoui. Car les séances du jeudi ont été rudes (lire : Trump secoue l’Alliance. Une fêlure sérieuse, mais la cassure est évitée).

Les quatre motifs de la rage de Trump

1. Ce qui est écrit est écrit, ce qui est dit ne compte pas

Les dirigeants de l’Alliance et des pays membres ont tout d’abord feint d’ignorer son avertissement en se réfugiant dans une dialectique de « ce qui est important ne sont pas les mots mais ce qui est écrit dans la déclaration et accepté par tous, y compris les Américains » ont commis, en fait, une certaine erreur de jugement (*).

2. Le manque de respect au ‘boss’

Sur le fond, ils n’avaient pas tort de dire que les propos de Donald Trump étaient une lubie ou une hérésie. On ne peut pas vraiment être lucide et accepter un objectif de 4% même à terme. Dans la realpolitik de l’Alliance où les États-Unis ont à la fois le leadership et sont le principal ‘actionnaire’ de l’organisation, cela reste difficile à soutenir. Dans toute entreprise, quand le grand patron a une lubie, on ne peut pas faire comme si de rien n’était. (Et Donald Trump se perçoit avant tout comme un grand patron et le véritable patron de l’Alliance).

3. L’hommage implicite à Obama

Le fait ainsi de se référer sans cesse au sommet du pays de Galles de septembre 2014 a été perçu comme une véritable provocation par Donald Trump. C’était, en fait, un hommage implicite à l’action … de son prédécesseur, Barack Obama (présent en 2014). Une idée que l’hôte actuel de la Maison blanche veut bannir de son discours. Une bonne partie de sa politique étant orientée à inverser le cours des décisions de son prédécesseur.

4. Un spin mortifère

De même, la publication de la déclaration du sommet, soigneusement préparée par avance, qui ne fait donc aucune mention, même indirecte, des propositions de l’Américain, et surtout le spin mené par les officiels (français, allemand, espagnol, belge…) et donc les propos repris par les médias, n’ont fait que rajouter du sel sur la plaie.

La mission ‘RESCO’ de Stoltenberg

La remise à plat par le secrétaire général de l’Alliance, le Norvégien Jens Stoltenberg, lors de la conférence de presse finale, tenue après celle du dirigeant américain, rendant hommage à de nombreuses reprises à l’action de Donald Trump et prenant comme point de remontée de défense, son arrivée, tenait vraiment de l’opération ‘RESCO’ (la REcherche et Sauvetage de COmbat d’un pilote abattu derrière les lignes). Elle a permis de redresser la barre… Le lunatique Donald était aux anges, tout devenait merveilleux. Mais un peu tard, le mal était fait.

Un coup au moral

La confiance inébranlable dans la solidarité transatlantique, dans la fiabilité américaine est aujourd’hui lézardée. L’Alliance a pris un coup au moral. Et personne ne semble prêt à réitérer l’expérience tout de suite. Comme l’a confié un diplomate euro-atlantique à B2, si on peut s’éviter un nouveau sommet comme celui-là, on le fera. Sous entendu pas question d’organiser un sommet avec le président Trump. Pas de sommet de l’OTAN avant 2021 (si Trump est battu) ou 2025 (s’il est réélu).

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Sauf à supposer — le machiavélisme étant consubstantiel à la politique — que la sortie de Donald Trump arrangeait bien certains dirigeants au sein de l’Alliance (suivez mon regard…) qui ont parfois des vues opposées. D’un coté, ceux qui estiment que la machine otanienne devrait être un plus opérationnelle, moins bureaucratique, et que certains pays devraient faire un effort plus notable à faire en matière de défense… De l’autre, les pays qui partagent avec Trump une certaine philosophie du populisme et du coup de mention.

Tapa : réassurer l’Estonie… et un excellent lieu d’entraînement

© NGV / B2

(B2 à Tapa) Plusieurs centaines de soldats britanniques, français et danois sont présents en Estonie. Pour quoi faire ? Quel est l’intérêt de ce déploiement non seulement au niveau politique mais aussi militaire ?

Une mesure de réassurance face à la Russie

La raison du déploiement des « battlegroups » venus de tous les pays de l’Alliance atlantique dans les trois pays baltes et en Pologne est connue. Il s’agit de « réassurer » les pays concernés de la détermination de l’Alliance à assurer la défense de leur territoire face à la Russie. Une mesure prise après l’intervention russe en Ukraine en 2014. « Toute attaque contre l’un d’entre nous est une attaque contre nous tous » a rappelé à Tapa le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg.

Un avertissement politique…

Un déploiement défensif « pour prévenir un conflit » et en aucun cas pour « provoquer » a-t-il ajouté, soulignant que tout se passe « en transparence » avec les Russes. De fait, avec quelques 4000 hommes et femmes répartis dans les quatre pays de la bordure nord-est de la frontière de l’OTAN, ce déploiement a davantage une valeur d’avertissement politique que de rassemblement de forces. De l’autre côté de la frontière, en Russie, les forces se comptent avec un « 0 » de plus. « Ce qui compte c’est le signal qu’on envoie de solidarité, de dissuasion, si vraiment les Russes avaient une envie de franchir la frontière » nous confirme le colonel Olivier Waché qui vient de l’état-major de l’Eurocorps de Strasbourg et commande le détachement français. Cette éventualité russe reste d’ailleurs (pour l’instant) de l’ordre de la théorie de l’avis de tous les responsables, militaires ou diplomates sur place. « On n’imagine vraiment pas les Russes s’amuser à ce genre d’aventure sur un pays membre de l’Alliance » nous a confié l’un d’eux. « Notre posture est non agressive et dissuasive » indique le colonel Waché s’inscrivant dans les pas du sec.gén de l’OTAN (A suivre : Zapad : un exercice russe qui ne fait pas peur aux Estoniens).

Un moment inespéré de formation

Cette présence est aussi un formidable moment pour la troupe de se former, de s’entraîner. « Quatre mois en formation, c’est inespéré. Au rythme des opérations, intérieure (= Sentinelle) ou extérieure, on ne peut pas avoir une telle longueur et une telle capacité d’entraînement si on était en France » complète son adjoint, le lieutenant-colonel Frédéric *. Ainsi pour la 5e compagnie du 2e REI de la Légion (basée à Nîmes), composée essentiellement de nouvelles recrues, c’est un terrain de choix à la fois pour la formation technique, mais aussi pour l’osmose de groupe, le tout dans un « environnement nouveau et en multinational ». Au programme : d’abord l’acclimatation au terrain, l’entraînement au tir, l’apprentissage de la topo, du combat en milieu urbain (dans quelques maisons reconstituées)… et du sport (le Quinze britannique qui s’entraîne tous les jours ne semble pas mauvais, à voir les gars s’entraîner).

Des exercices multinationaux

Le tout accompagné de différents exercices, plus importants, au niveau interarmées et multinational. Plusieurs exercices majeurs sont ainsi organisés durant la période. Cette semaine se déroule ainsi l’exercice Northern Frog (d’un monstre dévorant les forces armées adverses, dans la mythologie estonienne). Puis ce sera l’exercice Onion (1) organisé par les Estoniens, auxquels participeront les troupes de l’OTAN. Et, fin octobre, ce sera au tour de l’exercice Steel Shield, en Lettonie. « Nous cherchons à tirer un maximum de notre présence ici pour nous entraîner avec nos alliés » résume le colonel Waché.

Un formidable champ de tir

Ancienne base soviétique (abritant des unités de la 6e armée), la base de Tapa, assez étendue, offre en effet des possibilités que ne permettent pas toutes les installations françaises. Elle permet aux unités des tirs sur une longue portée, de gros calibre, au 120 mm ou 155 mm. En France, seuls certains camps (Canjuers dans le Var, Suippes dans la Marne) offrent des possibilités équivalentes. Et encore sous réserve de certaines conditions.

Un terrain original

L’Estonie offre aussi aux militaires un terrain spécifique, aux conditions peu habituelles. Ce qui est intéressant en soi. De vastes étendues, très boisées, gorgées d’eau, marécageuses. Ce terrain est pour les soldats, comme les matériels, une vraie gageure. Les forêts sont si denses et étendues « qu’il y a vraiment moyen de s’y perdre » jure notre interlocuteur. La reconnaissance topo prend donc, ici, tout son sens. Et les terrains spongieux sont pour les véhicules un vrai test. Réussi apparemment pour les VBCI qui, avec leurs huit roues motrices, s’en sortent presque mieux que les engins chenillés. Le char Leclerc s’en sort surtout grâce à sa forte motorisation qui lui permet de s’arracher de la boue. « Il est mobile même dans un mètre ou un mètre 50 de boue » précise le ltt col Frédéric.

Un pays plat… mais fongieux

Le pays semble ne pas recéler de grandes difficultés de parcours. Mais il ne faut pas s’y fier. « Le caractère plat du pays est trompeur » confirme le colonel Waché (qui commande le détachement). Le pays ne serait peut-être pas si facile à prendre si les Russes s’avisaient de foncer sur l’Estonie… sauf en hiver où la terre est gelée. L’histoire récente le confirme. L’état-major s’est d’ailleurs livré à un staff ride (NB : un exercice qui permet à travers les champs de bataille du passé d’étudier le terrain et de comprendre la stratégie militaire). Et ce qu’il apprend est intéressant : « durant la Seconde guerre mondiale, les Allemands ont réussi à arrêter les Russes durant six mois ».

Éviter toute incompréhension

Pour éviter toute méprise, toute incompréhension par le grand voisin, les Français (comme les Britanniques, semble-t-il) se sont imposés une règle, très claire à leurs hommes, y compris lors des périodes de détente : pas d’uniforme dans un rayon de 5 km de la frontière russe. Que ce soit en mission officielle ou lors des permissions.

(Nicolas Gros-Verheyde)


Français et Britanniques ensemble

En Estonie, ce sont les Britanniques qui assurent le rôle de nation-cadre. Fort logiquement ce sont eux qui fournissent le plus grand nombre d’hommes (environ 800), assurent le commandement et structurent ce bataillon avec une compagnie de génie, une compagnie de blindés, une compagnie d’infanterie, et une unité de commandement et soutien. Les Français forment la deuxième composante, avec 300 hommes : 200 hommes formant un sous GTIA avec une compagnie du 2e REI + 100 personnes en soutien logistiques. A cela il faut ajouter 113 véhicules, dont 4 chars Leclerc imposants (du 501e régiment de chars de combat de Mourmelon), et les nouveaux VBCI. La relève française présente depuis août, restera en Estonie, jusqu’à la mi-décembre, et les premiers frimas de l’hiver (qui devrait arriver rapidement, dès octobre). Les Français basculeront ensuite, en 2018, sous commandement allemand en Lituanie, « selon un dispositif semblable, en hommes, en matériels, comme en mission, pour une période de deux fois quatre mois » a précisé le colonel Waché.


* Pour préserver une certaine sécurité, sans tomber dans l’anonymat, les soldats et officiers en opération, même à des postes élevés sont désormais désignés uniquement par leur grade et un prénom.

(1) Un code ironique, c’est le surnom donné aux Russes par les Estoniens.

Reportage effectué le 6 septembre dans le cadre de la visite organisée par la présidence estonienne de l’UE à l’occasion de la réunion informelle des ministres de la défense

Officiers de liaison turc, allemand et grec, dans la mission du SNMG2 en mer Egée (crédit : OTAN)

La question des officiers turcs mine l’OTAN

Officiers de liaison turc, allemand et grec, dans la mission du SNMG2 en mer Egée (crédit : OTAN)

Officiers de liaison turc, allemand et grec, dans la mission du SNMG2 en mer Egée (crédit : OTAN)

(B2) La répression qui a suivi le coup d’État raté en Turquie en juillet a des conséquences certaines sur les structures de l’Alliance atlantique. Ce fait a longtemps été tu. Il était tabou. C’est de notoriété publique aujourd’hui.

Des disparitions…

Le bruit courait depuis plusieurs jours déjà et il était parvenu à nos oreilles. Certains officiers — parfois de haut niveau — ont « disparu » des structures de commandement où ils étaient insérés. Certains ont été rapatriés sur ordre en Turquie par le pouvoir turc (des diplomates comme des officiers semble-t-il). D’autres ont choisi de prendre la poudre d’escampette. Quand nous avions rencontré Jens Stoltenberg, au lendemain des élections américaines (1), nous lui avions posé la question, au terme de notre rencontre. Mais il avait préféré esquisser, estimant qu’elle n’était pas fondée. Le fait est aujourd’hui confirmé. Des officiers turcs, en poste dans les structures de l’OTAN ont préféré demander l’asile plutôt que d’être arrêtés.

Réfugié plutôt qu’arrêté

Vendredi (18 novembre), lors d’une conférence de presse, le secrétaire général de l’OTAN a reconnu ce qui — dans les couloirs — se disait déjà. « Il est exact que des officiers turcs employés dans la structure de commandement ont sollicité l’asile dans les pays où ils travaillent », a-t-il déclaré. Il n’a cependant pas voulu en dire plus ni quant au nombre d’officiers concernés ni des pays où ils ont été affectés.

Des demandes d’asile en Allemagne… et en Belgique ?

D’après nos informations, il ne s’agirait pas d’une ou deux personnes isolées mais de plusieurs, sans qu’on puisse estimer exactement le nombre. Plusieurs pays seraient concernés. En Allemagne, l’information est désormais publique. La presse allemande avait indiqué, mercredi dernier, que des soldats de la base aérienne de Rammstein et leur famille avaient demandé l’asile. En Belgique — qui abrite le siège de l’Alliance (à Bruxelles) comme le commandement suprême Shape, à Mons, ce pourrait être aussi le cas, selon nos informations…

Les deux tiers des effectifs turcs concernés

Selon notre confrère du Monde Nathalie Guibert qui a publié un papier ce matin et donne des chiffres précis. « Quelque 70 officiers et sous-officiers turcs, sur la centaine que comptait le pays, ont été victimes de la purge. Soit les deux tiers de l’effectif » présent « à Bruxelles, dans les quartiers généraux opérationnels ». Une information puisée à bonne source puisqu’elle provient du président du comité militaire de l’Alliance, le général tchèque Petr Pavel. A Norfolk, aux Etats-Unis, où est installé le second commandement suprême de l’OTAN, celui de la « transformation », dirigé par un Français, la razzia est importante également : « 36 des 46 militaires turcs ont été forcés à lâcher leur job ». Dans les deux cas, les Turcs occupaient des postes-clés. Ce qui implique que « des projets vont être mis en sommeil » au moins le temps de trouver des remplaçants, parmi les Turcs, ou d’autres nations de l’Alliance. « La vacance signifie que certains de nos projets vont être retardés car il manque le personnel nécessaire » reconnait Petr Pavel.

(NGV)

(1) Le double avertissement du chef de l’OTAN à Donald Trump et aux Européens (entretien exclusif avec Jens Stoltenberg)

(crédit : OTAN)

Le double avertissement du chef de l’OTAN à Donald Trump et aux Européens (entretien exclusif avec Jens Stoltenberg)

(crédit : OTAN)

(crédit : OTAN)

(B2 – exclusif) Dans un entretien à B2 et Sud-Ouest, publié vendredi, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a averti mezzo vocce le nouveau président américain, Donald Trump, comme les Européens de ne pas jouer avec le feu.

  • Le langage reste très policé et diplomatique, et il faut le lire souvent à rebours. Mais, au lendemain de l’élection américaine et à la veille de la réunion des ministres des Affaires étrangères et de la défense de l’UE, le message est très clair : ne tentez pas d’affaiblir le lien transatlantique, de diminuer le rôle de l’OTAN, c’est votre meilleure garantie de stabilité pour l’Europe, comme pour les États-Unis ! Sur la défense européenne, le secrétaire général de l’OTAN ne veut pas s’engager plus avant… La volonté européenne de se doter d’un C2 (Command & Control) autonome ne lui parait pas vraiment une bonne idée. Il engage plutôt les Européens à s’investir dans l’OTAN.

Etre candidat c’est une chose, être président c’est une autre, Trump doit s’inscrire dans les pas de ses prédécesseurs

« Les Américains ont toujours été engagés dans l’OTAN depuis 70 ans. C’est un engagement solide comme le roc. Je suis certain que les États-Unis continueront de l’être. (…) Tous les présidents américains ont toujours été de grands supporters de l’OTAN. Tout simplement parce qu’ils ont vu qu’une OTAN forte n’est pas seulement bénéfique pour l’Europe, c’est bien aussi pour les États-Unis. »

L’OTAN n’en est pas à sa première réforme et elle peut encore s’adapter

« Je chercherai à travailler avec [le président élu Donald Trump] pour continuer à adapter l’OTAN face aux défis existants de la sécurité, comme nous l’avons fait avec ses prédécesseurs auparavant. »

La solidarité transatlantique, ce sont les Etats-Unis qui en ont bénéficié les premiers…. en 2001 ! Un fait que Donald Trump semble avoir oublié

« L’article 5 a été invoqué par les États-Unis, après les attentats du 11 septembre 2001. C’était la première, et la seule fois, qu’on a mis en œuvre cette clause de défense collective. Des soldats de toute l’Europe et du Canada ont alors répondu présent, pour aller en Afghanistan, dans une opération de l’OTAN. C’était une réponse directe à une attaque contre les États-Unis et à une demande américaine. Plusieurs centaines d’entre eux ont payé de leur vie cet engagement. »

Dans une période d’instabilité aux bordures de l’Europe, l’OTAN a son intérêt

« Plus que jamais. Particulièrement dans des moments de tensions, d’augmentation de l’instabilité d’imprévisibilité, comme aujourd’hui, il y a besoin d’avoir d’institutions fortes comme l’Alliance. L’OTAN offre de la stabilité. L’OTAN est une plate-forme de coopération. L’OTAN permet d’avoir un lien solide de part et d’autre de l’Atlantique. Cela a toujours été le cœur des tâches de [notre] organisation. »

Si on mine cette solidarité, on enlève un élément clé de la dissuasion euro-atlantique

« Tant que nous serons unis, nous serons capables de transmettre le message très clair qu’une attaque contre l’un est une attaque contre tous. C’est la meilleure dissuasion possible et cela préviendra un conflit. Dans un monde plus dangereux, où il faut répondre à la fois à une Russie plus affirmée, à l’Est, et au terrorisme et à l’instabilité au Sud, l’OTAN est là pour dissuader et fournir une défense solide. »

La nécessité de partage du fardeau entre l’Europe et les USA est une réalité… Et ce n’est pas nouveau

« C’est un problème réel. C’est sûr. A chaque fois que j’ai été à Washington, c’est le même message que j’ai entendu, venant du Congrès, de la Maison Blanche, d’Obama comme du président élu Donald Trump. C’est le message des Etats-Unis… »

… et les Européens ont entendu ce message et commencé à prendre des mesures

« En 2014, au sommet du Pays de Galles, nous avons décidé collectivement d’arrêter les coupes dans la défense et de, progressivement, augmenter les budgets de défense pour les amener à 2% du produit intérieur brut (PIB). Dès la première année après la décision, en 2015, après des années de coupes, nous avons pu obtenir que la baisse des dépenses soit stoppée. Et en 2016, les premières estimations montrent qu’on a réussi à augmenter d’un peu plus de 3% les dépenses. Il reste encore un long chemin à parcourir, la situation est toujours ambivalente. Certes. Mais c’est au moins beaucoup mieux qu’il y a quelques années. Oui, le message [américain] a été entendu par les Européens. »

Le projet de l’Union européenne de se doter d’un QG autonome pour ses opérations militaires, c’est … non

« Il est est trop tôt pour moi d’être précis pour dire comment résoudre les différents défis. (…) L’important maintenant est de s’asseoir et de travailler ensemble. Et surtout, il est primordial que le processus au sein de l’UE reste transparent (*) afin que les Alliés non membres de l’UE puissent être certains que la façon dont l’Europe renforce sa défense apporte quelque chose en plus (added value), soit complémentaire et n’entre pas en concurrence avec l’OTAN. »

Ce n’est pas le moment d’affaiblir le lien transatlantique

« Je salue les discussions en Europe pour renforcer la défense européenne. C’est une discussion en cours en Europe et dans l’Union européenne. Je suis convaincu, en effet, qu’une défense européenne plus forte renforcera l’OTAN, le lien transatlantique et permettra, au final, un partage plus équilibré du fardeau. Ce sera encore plus facile de transmettre le message aux États-Unis que nous travaillons ensemble. »

L’OTAN reste la clé de la défense européenne

« Je me félicite, notamment, des déclarations de nombreux dirigeants européens disant que l’objectif n’est pas de construire une armée européenne, de faire de la défense collective ou de présenter une alternative à l’OTAN mais davantage de faire quelque chose de complémentaire à l’Otan. »

Le Brexit renforce encore la nécessité de l’OTAN comme ‘cornerstone‘ de la défense

« Il faut bien prendre conscience qu’après le Brexit, 80% des dépenses à l’OTAN sera assuré par des pays qui ne sont pas membres de l’UE. Et trois des quatre bataillons déployés à l’Est de l’Europe l’année prochaine seront dirigés alors par des pays non membres de l’UE (États-Unis, Canada, Royaume-Uni). Il n’y a pas d’autre moyen que de travailler ensemble. »

(Propos recueillis par Nicolas Gros-Verheyde)

Entretien complet (publié le 11.11 : Une défense européenne : Oui mais… en complément à l’OTAN

(*) Ce terme peut signifier tout autant la nécessité d’une information continue tout au long du processus de négociation entre Européens, mais aussi après, lors du fonctionnement d’un éventuel QG ou centre de contrôle des opérations. Ce qui supposerait alors, d’une façon ou d’une autre, d’associer les Alliés non UE (Turquie et Royaume-Uni dans le futur), de façon étroite à ce fonctionnement. On sent bien que l’option de renforcer l’unité de liaison européenne au sein du Shape pourrait avoir la faveur de l’Alliance plutôt qu’un centre de commandement autonome au sein de l’état-major militaire de l’UE.

Le porte-avions (Crédit : marine russe, avril 2014)

La présence de l’amiral Kuznetsov en Méditerranée : normal ou non ? Le ravitaillement par l’Espagne : légal ?

Le porte-avions (Crédit : marine russe, avril 2014)

Le porte-avions avec son groupement aérien. Il avait fait escale à deux reprises dans le port de Limassol à Chypre début 2014 (Crédit : marine russe, avril 2014)

(B2) Le passage du groupe naval russe constitué autour de l’unique porte-avions russe Amiral Kuznetsov, est suivi à la trace par les forces de l’OTAN (le commandement maritime allié) et a suscité quelque émois. Car ce groupe naval est équipé, cette fois, de son groupe aérien. Et sa direction face à la Syrie ne laisse pas d’inquiéter. Il est cependant nécessaire de garder la tête froide et de ne pas tomber dans le piège de la démonstration de force.

1° Le groupe naval russe peut-il naviguer en Méditerranée (Atlantique, Manche, etc). Est-ce légal ou légitime ?

Le passage du groupe naval est tout à fait légal et légitime. « La Russie a le droit d’opérer dans les eaux internationales » a d’ailleurs indiqué très clairement ce soir, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, lors de sa conférence de presse. NB : ce groupe ne peut pas normalement pénétrer dans les eaux territoriales (12 miles nautiques) d’un État sans son autorisation.

2° Est-ce nouveau ?

Non. Ce type de déploiement n’est pas rare ni vraiment nouveau. « Cela est arrivé avant » confirme le secrétaire général de l’OTAN. « Nous avons vu le déploiement de navires de guerre russes et aussi du groupe naval en Méditerranée. Et nous avons bien sûr vu également auparavant des visites portuaires des navires russes y compris vers des ports de pays de l’OTAN » note Stoltenberg.

NB : L’Amiral Kuznetsov a, en fait, déjà accompli sept missions en Méditerranée, la dernière fin 2013 / 2014 (détails sur le site). A cette occasion, il avait fait deux escales successives, en février et avril 2014 à Limassol à Chypre. Régulièrement, d’ailleurs, la Russie déploie ses navires entre ses différentes bases maritimes faisant route du nord — Baltiisk (flotte de la mer Baltique) et Severomorsk (flotte duNord) ou Kaliliningrad — vers le sud — Sébastopol (mer noire) — ou vers l’Est —  Vladivostok (flotte du Pacifique). Elle utilise ainsi régulièrement les corridors maritimes internationaux : en Baltique, dans la Manche, à Gibraltar, dans le Bosphore ou dans le Canal du Suez. Des corridors qui sont non loin de pays membres de l’Alliance.

3° Est-ce connu ?

Oui. Un tel déploiement n’est pas discret. En général, c’est le but d’ailleurs. Le déplacement d’un groupe naval a des objectifs logistiques, militaires mais aussi politiques, de diplomatie publique, de propagande, de démonstration de force. La Russie utilise ce moyen aujourd’hui comme les Américains, et dans une moindre mesure les Français, les Britanniques ou les Chinois le font. Ce mouvement est d’ailleurs observé de très près par l’OTAN.

4° Qu’est-ce qui est différent ?

Ce qui fait la différence cette fois, c’est que le groupe naval de l’Amiral Kuznetsov part en Méditerranée au large de la Syrie dans une situation de guerre aggravée, où l’engagement russe aérien est majeur (vital pour le régime même). Il « peut être utilisé comme une plate-forme pour davantage d’attaques contre Alep et en Syrie » s’inquiète ainsi le secrétaire général de l’OTAN. Et il pourrait « aggraver la catastrophe humanitaire déjà en cours dans Alep et en Syrie ».

5° Les pays membres de l’OTAN (comme voulait le faire l’Espagne) ont-ils le droit de ravitailler ces navires ?

Oui en théorie, chaque Etat est souverain et peut décider d’accueillir ou de ravitailler n’importe quelle force qu’il souhaite. La décision de l’Espagne d’accueillir le groupe naval russe dans son port de Ceuta (enclave espagnole au Maroc) n’est pas illégale. Jusqu’à nouvel ordre, il n’y a pas de guerre entre l’OTAN et la Russie. « Il appartient à chaque nation, chaque Allié, de décider individuellement s’il fournit un ravitaillement en carburant et des fournitures aux navires russes » si on écoute Jens Stoltenberg. S’il existe un problème, c’est d’ordre plus politique, souligne-t-on à l’OTAN (1).

6° L’Espagne a-t-elle le droit de ravitailler un navire russe ?

Non. Dans une situation de guerre en Syrie, où la Russie est un belligérant (reconnu officiellement comme tel par les 28, cf. les conclusions du dernier Conseil européen), l’Espagne n’a pas la marge de manœuvre décrite par le secrétaire général de l’OTAN. Au contraire. Elle doit se conformer à la réglementation européenne (décidée à l’unanimité). Je ne suis pas sûr ainsi que le ravitaillement d’un navire de guerre soit vraiment conforme à l’embargo décrété par l’Union européenne vis-à-vis de la Syrie en mai 2013. L’UE a ainsi notamment interdit toute exportation d’armes ou outils pouvant servir à la répression, à destination de la Syrie ainsi que toute aide d’ordre technique.

Le texte est assez complexe. Et de fins juristes pourraient peut-être y trouver des failles. Mais il est clair qu’en agissant ainsi, un gouvernement européen contourne la décision qu’il a lui-même contribuée à adopter. Selon moi, la décision européenne, même complexe, interdit réellement toute aide technique (le ravitaillement en est une) pouvant servir à la répression en Syrie (ce que pourraient faire les navires de guerre russes et leurs avions à bord).

« Sont interdits la vente, la fourniture, le transfert et l’ex­portation à destination de la Syrie, que ce soit par les ressortissants des États membres ou depuis le territoire des États membres (…) de certains équipements, biens et technologies susceptibles d’être utilisés à des fins de répression interne (…) qu’ils proviennent ou non de leur territoire. […] Il est interdit: a) de fournir, directement ou indirectement, une aide technique (…) ou d’autres services en rapport [avec cette interdiction] (…) aux fins d’une utilisation en Syrie (….). »

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Devant les pressions, l’Espagne a finalement renoncé à accueillir les navires russes. Ou, plus exactement, les Russes ont modifié leur plan de navigation, renonçant à leur escale, après une demande d’information espagnole…

Le Royaume-Uni est déjà Exit pour Stoltenberg

(BRUXELLES2 à Bratislava) En voulant donner quelques exemples de la faiblesse européenne en matière de défense (côté UE), le secrétaire général de l’OTAN, d’habitude très prudent, s’est avancé un peu vite dans l’histoire. « Trois des quatre bataillons alliés présents à l’Est sont dirigés par des non membres de l’Union européenne : les États-Unis, le Canada et le Royaume-Uni… » a indiqué face à la presse Jens Stoltenberg. Et hop ! Exit le Royaume-Uni, malgré tous les efforts de Michael Fallon (le ministre brit’ de la Défense) pour animer les débats et malgré toutes les déclarations contraires de Londres — qui n’a toujours pas déclenché la procédure de départ de l’Union européenne (le fameux article 50).

(NGV)

Entendu au sommet de l’OTAN à Varsovie. Vrai ou faux ?

(B2 à Varsovie) Le sommet de l’Alliance atlantique qui s’achève à Varsovie est un « succès », les budgets de défense ont augmenté, la NRF a triplé sa force, la présence avancée bien que limitée joue son effet ‘dissuasion’. Tout ceci est-il bien exact ?

Un sommet de l’OTAN se prépare en amont, ici en juin 2016 (Crédit : OTAN)

Un succès ?

Le « succès » final, tant vanté, est écrit d’avance. Car comme le rappelle un diplomate expérimenté, « il ne peut en être autrement ». C’est la loi écrite de tous les sommets de l’OTAN. L’intense préparation en amont évite normalement tout couac.

Les budgets de défense ont augmenté ?

Le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg s’est réjoui de l’augmentation de 8 milliards d’euros des budgets de défense en Europe. Mais cela ne traduit qu’imparfaitement la réalité des chiffres. Dans les faits, on peut plutôt dire que la baisse est stabilisée, durablement. Et s’il y a une remontée en puissance des budgets militaires des États membres, dans le même temps, les Américains ont, en effet, augmenté leur budget de 15 milliards (en prix 2010). Autant dire que l’écart UE-USA s’accroit plutôt au lieu de se réduire.

La NRF a triplé sa force ?

13.000 hommes hier, 40.000 hommes demain. Les mathématiques parlent. Et le chiffre parait important. En fait, ce triplement est assez artificiel puisqu’en 2008, selon la documentation officielle de l’OTAN, la NRF comportait déjà jusqu’à 25.000 militaires. Il est vrai que cela restait très théorique. Cette NRF était alors surtout « réactive sur le papier » comme l’explique un gradé de l’Alliance.

Le déploiement en mer Égée est-il efficace ?

Difficile d’en juger. Pour l’instant, aucun bilan officiel n’a été communiqué. Dans les faits, il subsiste quelques soucis avec les Turcs qui souhaiteraient voir cette « présence » se terminer le plus vite possible.

La présence à l’Est : 4000 hommes seulement ?

Le chiffre est un peu minoré. Si on additionne les quatre bataillons terrestres (environ 4000 hommes) dans les trois pays baltes et en Pologne, le détachement aérien américain, une brigade blindée américaine qui se déploie en Pologne (3200 hommes), et les détachements aériens qui assurent en permanence la surveillance aérienne de la Baltique (Baltic Air Policy), le chiffre est bien supérieur à celui qu’affiche officiellement l’OTAN. On arrive plutôt à un total de 9-10.000 hommes. Une certaine ‘pudeur’ sans doute liée à l’accord OTAN-Russie qui réfute tout « stationnement permanent supplémentaire d’importantes forces de combat ».

… Et le football

Il n’y a pas que l’OTAN dans la vie, il y a le foot aussi ! « Mme Merkel a eu la délicatesse de m’adresser ses félicitations tard dans la soirée pour me dire qu’elle avait suivi le match et que l’équipe de France avait gagné, que c’était la meilleure qui l’avait emporté. Les joueurs allemands ont eu un comportement tout à fait admirable, les supporteurs aussi ont admis la défaite, ont été d’un calme exemplaire » a indiqué François Hollande.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Un fan de Bob Dylan (crédit : Jens Stoltenberg / twitter)

Opérations extérieures. L’Alliance infléchit sa stratégie ?

Un fan de Bob Dylan (crédit : Jens Stoltenberg / twitter)

Un fan de Bob Dylan (crédit : Jens Stoltenberg / twitter)

(BRUXELLES2) Lors de son sommet de Varsovie début juillet, l’Alliance Atlantique devrait renforcer sa défense territoriale sur le flanc Est. C’est l’élément le plus visible et le plus sensible aujourd’hui car il s’inscrit dans un contexte de tension renouvelé avec la Russie – avec force déclarations, mouvements de troupes et exercices de part et d’autre (cf. le méga exercice Anaconda en Pologne ces jours-ci). Mais ce qui est moins visible est l’inflexion notable qui semble s’engager sur les opérations extérieures de l’Alliance. Ce que Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’OTAN, appelle la « projection de stabilité »,  n’est pas seulement un slogan de communication. C’est un certain changement de paradigme.

Plutôt former que déployer

L’Alliance préfère désormais s’en reposer à la formation des forces locales aptes à assurer leur propre sécurité que déployer des forces militaires occidentales en nombre, que ce soit en Afghanistan — avec sa mission de formation et de conseil « Resolute Support » — ou en Irak. Et il ne devrait pas en être autrement en Libye (si le gouvernement libyen adresse une invitation formelle à l’Alliance) (1). L’ancien Premier ministre norvégien qui dirige désormais l’Alliance, imprime ainsi sa marque, moins tapageuse que son prédécesseur, A.F. Rasmussen, mais non moins déterminé : plutôt former que déployer.

Un certain aveu d’échec ?

Cette inflexion traduit aussi un certain aveu d’échec de l’opération de l’ISAF. L’Alliance et les forces américaines n’ont pas réussi vraiment à stabiliser le pays, notamment dans le sud, proche de la frontière avec le Pakistan (Helmand). L’engagement de plus de 100.000 hommes durant plusieurs années n’a pas prouvé ses effets. Placés dans des camps bunkerisés, l’intérêt au plan militaire s’est souvent limité au court terme. Quant à l’intérêt politique, il n’est pas prouvé. Penser à faire basculer une population, dans le camp de la stabilité, si celle-ci n’est pas assurée de voir les forces étrangères rester (et gagner), est illusoire.

L’Alliance en rôle de soutien aux coalitions

Le déploiement des forces combattantes n’est pas pour autant abandonné. Mais il s’effectue plutôt en « coalition » formelle (en Irak contre Daesh/ISIL) ou très informelle (en Libye), l’OTAN ayant éventuellement un rôle de soutien — avec le déploiement d’avions Awacs — mais plus un rôle de premier plan, comme dans les Balkans ou en Afghanistan.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Contrairement à certaines analyses qui voient dans une déclaration ou un mouvement de forces spéciales le prélude à une intervention quelconque. Lire aussi : Une intervention en Libye se prépare.. Mais laquelle ?

JensStoltenberg@Otan151006

Kunduz, Turquie. Le double standard de Jens Stoltenberg

JensStoltenberg@Otan151006(B2) Autant le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a été prolixe et incisif, tout à l’heure lors de son point de presse, sur l’incursion russe dans l’espace aérien turc — « une violation grave », un fait « inacceptable », etc. — autant il a été beaucoup plus elliptique sur le bombardement d’un hôpital de MSF. « Je suis terriblement attristé par les évènements. Une enquête complète a été mise sur pied » a-t-il lâché. Et c’est tout.

De la même façon, Jens Stoltenberg, n’est pas avare de quelques précisions sur ce qui s’est passé sur la frontière turque. « Cela ne ressemble pas à un accident » explique le secrétaire général de l’OTAN, donnant moult détails. « Il y a eu deux violations au cours du Week-end (NB : par un Sukhoi 30 et un Sukhoi 24). Et cette violation a duré longtemps par rapport aux violations de l’espace aérien dans d’autres points de l’Europe. Les renseignements que nous avons reçus me font (donc) dire que ce n’est pas un accident. »

Sur l’Afghanistan, il reste beaucoup plus prudent, même très prudent. Ici pas de renseignement de première main, le flou règne. On attend. « Il faut une enquête complète pour établir les faits, une investigation approfondie et complète, ensuite on tirera les conclusions » souligne Stoltenberg.

Une erreur de la chaîne de commandement ?

Cependant les informations publiques à disposition font état d’un bombardement, durant plusieurs minutes, à plusieurs reprises, par des avions américains membres de l’Alliance. On parait assez loin d’un simple dégât collatéral : on est soit face à une énorme bévue « technique » de l’armée de l’air américaine qui imposerait des mesures immédiates de correction ; soit en présence d’un objectif sciemment visé (l’hôpital abritant les talibans). Dans tous les cas, il y a une nécessaire remise en ordre dans la chaîne de commandement Otan et US.

Le double standard !

Le double standard règne. Quand un avion allié de l’OTAN mène une frappe qui, normalement, doit être considéré comme un crime de guerre — le bombardement d’un hôpital, normalement neutre, tue soignants et soignés —, on est seulement (un peu) tristes. Mais c’est tout. Quand la Russie déborde, sciemment, de sa ligne et fait une incursion en territoire de l’Alliance mais sans aucun autre effet, collatéral que ce qu’on pourrait appeler un show of force, c’est le branlebas de combat, l’alerte rouge, le déferlement de qualificatifs… En termes d’honnêteté d’information, ce n’est pas très sage. Et cela ne prête guère à l’optimisme quant à l’honnêteté des différentes forces en présence.

(Nicolas Gros-Verheyde)