Trump : la compréhension d’un gamin de cinq ou six ans (Mattis)

(B2) « Le président agit — et a la compréhension — d’un gamin de cinq ou six ans » a lâché le secrétaire d’Etat américain Jim Mattis, qui vient le moins possible à la Maison Blanche, selon le dernier livre de Bob Woodward, ‘Fear’ qui sort ce 12 septembre en librairie (extraits sur Amazon).

Mattis en gardien du temple

Le ministre de la Défense a été particulièrement exaspéré d’une discussion avec le président Donald Trump, sur la Corée, où il a dû défendre pied à pied la nécessité de rester vigilant avec la Corée du Nord et allié de la Corée du Sud.

Donald Trump avait même prévu de dénoncer l’accord commercial avec la Corée du Sud. La lettre était prête. C’est le conseiller économique de la Maison Blanche Gary D. Cohn qui a fait avorté le projet, en retirant le projet de lettre du bureau du président. « Trump ne s’en jamais aperçu » raconte Woodward.

(NGV)

Frappe militaire en Syrie : un message politique, une utilité militaire, le bon droit

(B2) Les différents responsables américain, français et britanniques se sont relayés depuis le début des frappes pour expliciter et justifier la nécessité des frappes militaires sur la Syrie. Trois séries d’arguments ont été employés : le message politique, l’utilité militaire, le respect du droit international

Décalage horaire et leader de la coalition oblige, les Américains se sont exprimés en premier. Aussitôt la frappe, le président Trump a pris la parole suivi d’un point de presse détaillé du secrétaire US à la Défense et du chef d’état-major des armées, afin d’expliciter la décision. Côté français, le président de la République s’est exprimé dans la nuit par communiqué, suivi d’une conférence de presse au petit matin des ministres des Affaires étrangères et des Armées, en France, et d’un briefing technique des Armées. Coté britannique, un message vidéo enregistré par Theresa May a été diffusé, suivi par un communiqué de la Défense.

Florence Parly et Jean-Yves Le Drian face à la presse (crédit : Gouv.fr)

Un message politique

Envoyer un message clair

L’objectif des frappes était d’envoyer un message très clair aux dirigeants syriens « qu’ils ne devraient pas commettre une autre attaque d’armes chimiques pour laquelle ils seront tenus pour responsables », a déclaré le secrétaire US à la Défense, James N. Mattis. « Le 7 avril, le régime a décidé de défier à nouveau les normes des personnes civilisées montrant le mépris impitoyable du droit international en utilisant des armes chimiques pour assassiner des femmes, des enfants et d’autres innocents. Nous et nos alliés trouvons ces atrocités inexcusables. »

Une ligne rouge franchie

« Des dizaines d’hommes, de femmes et d’enfants ont été massacrés à l’arme chimique [à Douma le 7 avril], en totale violation du droit international et des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies » souligne le président français Emmanuel Macron. « Les faits et la responsabilité du régime syrien ne font aucun doute. La ligne rouge fixée par la France en mai 2017 a été franchie. »

La fin de l’impunité

Cette frappe « enverra également un signal clair à toute autre personne qui croit pouvoir utiliser les armes chimiques en toute impunité » a assuré la Première ministre britannique Theresa May.

Mettre fin à l’érosion de la norme internationale sur les armes chimiques

« Nous ne pouvons pas permettre la normalisation de l’utilisation des armes chimiques – en Syrie, dans les rues du Royaume-Uni ou ailleurs dans le monde » a indiqué Theresa May, faisant référence aussi à l’attaque de Salisbury. « Nous ne pouvons tolérer l’érosion de la norme internationale qui empêche l’utilisation de ces armes. […] L’histoire nous enseigne que la communauté internationale doit défendre les règles et les normes mondiales qui nous gardent tous en sécurité. C’est ce que notre pays a toujours fait. Et ce que nous continuerons à faire. »

Un objectif de sécurité collective

Mettre un terme à la production d’armes chimiques

Le président Trump a dénoncé des attaques chimiques « monstrueuses ». La frappe « vise à mettre un terme à la production d’armes chimiques » a-t-il indiqué.

Dégrader la force chimique de Bachar

Les frappes devraient entraîner une dégradation à long terme des capacités de guerre chimique et biologique de la Syrie, a souligné le chef d’état-major des armées US, Joe Dunford. « La frappe n’était pas seulement un message fort au régime que leurs actions étaient inexcusables, mais elle a aussi infligé un maximum de dégâts sans que cela ne représente un danger inutile pour les civils ».

Une atteinte à notre sécurité collective

« Nous ne pouvons pas tolérer la banalisation de l’emploi d’armes chimiques, qui est un danger immédiat pour le peuple syrien et pour notre sécurité collective » a indiqué Emmanuel Macron. L’arrêt des atrocités est « dans les intérêts nationaux vitaux » des États-Unis a indiqué de son côté James Mattis.

Une réponse limitée, dans le cadre du droit international

Une réponse proportionnée

« Notre réponse a été circonscrite aux capacités du régime syrien permettant la production et l’emploi d’armes chimiques » a assuré Emmanuel Macron.

Pas d’intervention dans la guerre

« Il ne s’agit pas d’intervenir dans une guerre civile. Il ne s’agit pas de changement de régime » a précisé la Première ministre Theresa May, comme pour faire référence à l’action menée en Libye. « Il s’agit d’une frappe limitée et ciblée qui n’élargit pas davantage les tensions dans la région et qui fait tout son possible pour prévenir les pertes civiles. »

Une intervention justifiée par la violation des engagements internationaux

« Le régime syrien avait pris l’engagement de démanteler totalement son arsenal chimique. En septembre 2013, le Conseil de sécurité avait pris acte de cet engagement et décidé par sa résolution 2118 que la Syrie devait s’y tenir, sous peine d’encourir des mesures relevant du chapitre VII de la Charte des Nations unies » a rappelé le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. « Le chapitre VII a un sens clair : c’est le recours à des mesures militaires pour contraindre ceux qui menacent la paix et la sécurité internationale. » (1)

Le régime Assad était prévenu

« L’escalade chimique en Syrie n’est pas acceptable, parce que, depuis les déclarations du Président de la République, chacun était prévenu des conséquences d’une violation des engagements pris par le régime syrien devant la communauté internationale » a indiqué Jean-Yves Le Drian. « Le régime de Bachar al-Assad savait à quoi il s’exposait en employant une nouvelle fois ces armes odieuses contre son peuple, en choisissant à nouveau délibérément de fouler aux pieds le droit international. »

Et maintenant ?

De nouvelles frappes si…

« Nous sommes prêts à maintenir cette réponse tant que le régime syrien est prêt à garder son arsenal » a indiqué le président américain Donald Trump. « Les forces alliées sont prêtes à poursuivre l’action si Assad continue d’utiliser ces armes interdites », a complété son secrétaire à la Défense James Mattis.

Mettre en place un mécanisme d’établissement des responsabilités

La France et ses partenaires reprendront, « dès aujourd’hui [samedi], leurs efforts aux Nations unies pour permettre la mise en place d’un mécanisme international d’établissement des responsabilités, prévenir l’impunité et empêcher toute velléité de récidive du régime syrien » précise Emmanuel Macron. NB : Ce mécanisme qui existait depuis 2014 n’a pas été renouvelé en 2017, bloqué par un veto russe.

Un débat parlementaire en France et au Royaume-Uni

« Le Parlement sera informé et un débat parlementaire sera organisé » conformément à l’article 35, alinéa 2, de la Constitution, indique Emmanuel Macron. Un débat qui ne devrait pas susciter de question en France où le parlement n’est informé qu’après coup. Au Royaume-Uni, l’ambiance est plus houleuse. La Première ministre britannique fait l’objet de sévères critiques notamment par l’opposition pour avoir outrepassé la tradition, mise en place après l’intervention en Irak, d’information et de débat préalable au Parlement.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Une interprétation délicate. La résolution 2118 du 27 septembre 2013 (§21) prévoit effectivement cette mesure mais sur décision du Conseil de sécurité des Nations unies : « En cas de non-respect de la présente résolution, y compris de transfert non autorisé ou d’emploi d’armes chimiques par quiconque en République arabe syrienne, il imposera des mesures en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies ».

La coalition américano-franco-britannique frappe trois sites syriens (v5)

(B2) Les Américains, Britanniques et Français ont assuré cette nuit (de vendredi 13 à samedi 14 avril), vers 1 heure du matin (heure de Paris*), une série de frappes contre des installations chimiques syriennes. Une réaction à l’attaque chimique sur Douma (La Ghouta) du 7 avril dernier. L’annonce en a été rendue publique à Washington, puis confirmée à Paris et Londres.

Les réunions téléphoniques se sont intensifiées ces derniers jours. La fenêtre de tir était étroite : entre le temps nécessaire à la préparation militaire, et à la coordination des forces entre les trois pays, ainsi que la concertation politique et la négociation diplomatique, d’une part, et l’arrivée des inspecteurs de l’OIAC, d’autre part, le temps était court, avant que ne s’ouvre une autre phase : celle de la vérification a posteriori.

Des cibles contre les sites de production chimique

C’est l’arsenal, clandestin, du régime qui était visé. La première cible visait ainsi « un centre de recherche scientifique dans la grande région de Damas » a indiqué le chef d’état-major des armées US, le général Joe Dunford dans un point de presse tenu vers 3 h du matin (heure de Paris). Le centre de Barzah/Barzeh, non loin de Douma, est « un centre de recherche, de développement, de production et d’essai d’agents chimiques et biologiques » (CERS). La deuxième cible était « une installation de stockage d’armes chimiques », une ancienne base de missiles, située à 15 miles (24 km) de Homs. « Nous avons évalué qu’il s’agissait de l’emplacement principal de l’équipement de production de sarin et de précurseur syrien ». La troisième cible était un bunker qui recouvrait deux types de structures : « une installation de stockage d’armes chimiques ainsi qu’un important poste de commandement ».

Les sites visés (source : DOD US)

Des moyens navals et aériens coordonnés

Les frappes ont été menées de façon coordonnée par des moyens navals et aériens, en « étroite synchronisation » entre les différents alliés comme l’a précisé la ministre française de la Défense, Florence Parly samedi matin (14 avril). Du coté américain, deux bombardiers B1 (venant de la base du Qatar), trois navires basés en Mer rouge, mer Méditerranée et golfe Persique — le lance-missiles de la classe Ticonderoga USS Monterrey (CG-61), et deux destroyers américain de la classe Arleigh Burke l’USS Laboon (DDG-58) et l’USS Higgins (DDG-76) —, ainsi qu’un sous marin (l’USS John Warner) ont été mobilisés.

Du côté français, six navires étaient engagés : trois frégates multimissions (FREMM) étaient déployées en Méditerranée (Aquitaine, Auvergne et Languedoc), escortées par une frégate de défense antiaérienne, une frégate anti-sous-marine (FASM) et un bateau ravitailleur. En l’air, cinq avions de combat Rafale « partis de plusieurs bases aériennes » sur le territoire français (notamment la BA 113 de Saint-Dizier-Robinson) avaient « rejoint les côtes syriennes », soutenus par quatre Mirage 2000-5 (pour l’escorte), six avions ravitailleurs et deux avions de surveillance aérienne Awacs. Tandis que quatre avions Tornado GR4 de la Royal Air Force, partis de la base d’Akrotiri (à Chypre) faisaient de même.

(source : US Defense)

Plus d’une centaine de tirs (105 missiles)

L’utilisation de missiles de croisière que ce soit à partir d’avions (air-sol) ou de bateaux (mer-sol) a permis d’éviter de pénétrer sur le territoire syrien. Selon le général américain, la quantité de munitions (bombes et missiles) utilisées a été « plus de deux fois celles utilisées dans la frappe de l’année dernière » (NB : les USA avaient tiré 58 missiles Tomahawk à l’époque). Plus exactement 105 missiles ont été tirés précise le Pentagone.

Une répartition des cibles

Chaque pays avait reçu une cible précise. Les Américains, avec 57 missiles mer-sol Tomahawk et 17 missiles air-sol JASSM, ont visé le centre de recherche. Les Français ont visé le troisième avec 7 missiles air-sol Scalp. La deuxième cible — le site de stockage de Homs — a été visé simultanément par les trois pays : 9 Tomahawk américains, 8 missiles britanniques air-sol Storm Shadow (l’autre nom du missile Scalp-EG), 3 missiles de croisière navals MdCNet et 2 missiles français Scalp. Soit en tout 103 missiles qui ont été tirés (NB : il en manque deux par rapport au chiffre global indiqué par le Pentagone).

Une double première technique

Cette opération représente une double première en termes de technique militaire. C’est, en effet, la première utilisation opérationnelle des missiles MdCN (dits Scalp naval), fabriqués par MBDA depuis une frégate FREMM. C’était également la première utilisation réelle pour les missiles américains furtifs JASSM (Joint air to surface stand-off missiles) dans sa version allongée. Pour les pilotes français, venant de l’hexagone, la performance était plus humaine : « dix heures de vol, de nuit, en condition de combat ». Une « performance réussie grâce à cinq ravitaillements en vol » a souligné la ministre française de la Défense, Florence Parly.

100% de succès

« Toutes les armes ont touché leurs cibles près de l’heure indiquée » a indiqué le général des Marines Kenneth F. McKenzie, directeur de l’état-major US. « Aucun des missiles impliqués dans cette opération n’a été atteint avec succès par les défenses aériennes syriennes », a-t-il précisé, démentant les allégations de l’armée syrienne indiquant que plusieurs des missiles avaient été abattus.

Pas d’intervention de la défense russe

Quant à la défense russe, elle n’est pas intervenue. « Nous n’avons aucune indication que les défenses aériennes russes ont été employées. » Le Pentagone a diffusé des images ensuite « avant-après » pour chacune des cibles visées, montrant le « nettoyage » précis de chaque zone. Des images à prendre au conditionnel…

Effet de la frappe sur le centre de recherche de Barzah / Barzeh (source : US Defense)

Effet de la frappe sur le site de stockage de Him Shinshar (source : US Defense)

Effet de la frappe sur le bunker de Him Shinshar (source : US Defense)

Pas de pertes côté coalition

Tous les avions sont rentrés à bon port. « Il n’y a pas de pertes alliées » précise-t-on du côté du Pentagone. « Tous les avions français – Rafale, Mirage, AWACS, ravitailleurs – se sont bien posés à l’issue de leur mission de cette nuit » a confirmé la ministre française des Armées Florence Parly. « Tous les navires sont en zone de sécurité à l’abri de mesures de rétorsion ».

Éviter des pertes civiles et… russes

Les planificateurs de la frappe ont « fait de grands efforts pour éviter les pertes civiles et étrangères » a indiqué le secrétaire à la Défense US James Mattis. La frappe était « également prévue pour atténuer le risque pour les forces russes qui soutiennent le régime d’Assad » a ajouté le général Joe Dunford.

Les Russes prévenus

Il semble bien que cette frappe a été réalisée sinon en concertation, mais au moins avec une information de Moscou. « Nous avons veillé à ce que les Russes soient prévenus en amont » a indiqué la ministre française Florence Parly. NB : ce qui expliquerait la réaction, assez rituelle de la Russie… pour l’instant.

Pas de victimes russes et même syriennes

Aucune victime des raids n’a été signalée, même du côté syrien. Ce qui est étonnant pour ce type de sites, notamment le centre de recherches. Si cette information est confirmée, cela pourrait signifier que les Syriens aient été prévenus et vidé les lieux.

Limiter la contamination chimique

« Une analyse scientifique très minutieuse a été faite afin de déterminer où cibler les Storm Shadows afin de maximiser la destruction des stocks de produits chimiques et de minimiser les risques de contamination de la zone avoisinante » indique, de son côté le ministère de la Défense britannique. « L’installation touchée est située à une certaine distance de toute concentration connue d’habitation civile, ce qui réduit encore davantage ce risque ».

Évaluation en cours

Il est encore « trop tôt pour évaluer l’efficacité » des raids indique-t-on côté américain, même si les « rapports d’actions antiaériennes syriennes » ont été effectués. L’analyse est en cours. Mais déjà à Londres, on estime que les frappes ont réussi. « La planification méticuleuse des cibles ont abouti à une attaque réussie ».

(Nicolas Gros-Verheyde, avec RM à Paris)

* Attaque menée à 19 h. Washington, 2 h. Londres

Mis à jour 14.4 – 10h, 14h, 19h sur le détail des moyens aériens et maritimes employés, le nombre d’armes employées par cible, et l’efficacité des tirs, correction sur le nombre de cibles (trois et non quatre comme indiqué dans une première version). Le 15.5 sur les effets de la frappe. Le 16.4 avec les propos de Florence Parly sur les heures de vol. Le 20.4 sur les victimes civiles.