Qui signera, qui ne signera pas le pacte des migrations au sein de l’UE ? Et au-delà

(B2) Finalement près d’une dizaine de pays de l’Union européenne ne signeront pas le pacte sur les migrations de l’ONU à Marrakech les 10 et 11 décembre

 

Il sont huit sur notre liste : la Hongrie, l’Autriche, la Pologne, la Tchéquie, la Slovaquie, la Bulgarie, l’Italie et, finalement, la Lettonie. L’Estonie et la Croatie devraient finalement signer après réflexion. La Belgique a finalement signé mais au prix d’une crise gouvernementale….

Des convergences malgré des différences d’affiliation politique

D’un point de vue politique, même s’il y a des convergences entre ces gouvernements, il n’y a pas beaucoup de points communs. Certains d’entre eux sont en coalition avec l’extrême-droite (Autriche, Italie, Bulgarie), mais pas tous. D’autres naviguent entre un gouvernement conservateur assez classique (PiS en Pologne), un gouvernement chrétien-démocrate, à tendance personnelle (Viktor Orban en Hongrie), un gouvernement de centre gauche (Slovaquie) avec une tendance libérale (Babis en république Tchèque). C’est un certain hétéroclisme qui ne peut être résumé au seul vocable, trop facilement utilisé, de ‘populisme’.

L’Europe de l’Est, mais pas uniquement

Au niveau géographique, c’est la même constatation qui peut être faite. Certes la plupart de ces pays sont situés à l’Est de l’Europe, et ont adhéré lors de la dernière grande vague d’élargissement en 2004 ou 2007, mais d’autres sont au sud ou au centre de l’Europe et sont depuis plus longtemps dans l’Union (Autriche), voire en sont fondateur (Italie).  De la même façon, indiquer qu’il s’agit des ‘Visegrad’ (les quatre pays Pologne, Tchéquie, Slovaquie et Hongrie) est très réducteur.

La vague migratoire, mais pas tous

Tous ont été confrontés avec une vague migratoire de 2015. Certains de très loin (Pologne, Rép. Tchèque), d’autres de beaucoup plus près, en première ligne (Italie, Bulgarie) ou en seconde ligne (Autriche, Hongrie, …). En Croatie (1) et Slovénie (2), qui font partie de cette seconde ligne, le débat a été délicat au sein des partis, et entre majorité et opposition.

L’Europe centrale et l’ancien empire des Habsbourg

En revanche, ce qui est frappant quand on regarde cette carte, c’est une certaine communauté historique. Si on excepte la Bulgarie, tous sont issus (peu ou prou) du démembrement de l’empire austro-hongrois, qui s’est fracassé il y a cent ans sur la première Guerre mondiale. Un empire parcouru de tensions entre une tendance autoritaire, conservatrice et une tendance libérale, décentralisatrice, unioniste…

Ce sont souvent des pays qui ont dû faire face à une vague à laquelle ils n’étaient pas préparés politiquement ou historiquement. Des pays où les contours du territoire, voire l’indépendance de l’État même, sont récents, et qui ont alors un besoin viscéral d’affirmer à la fois le contrôle de leurs frontières et leur capacité de diriger. On n’est pas uniquement dans de la politique pure, mais dans de la psychologie collective, qu’entretiennent ces gouvernements… ou qu’ils reflètent.

Il ne s’agit pas, ici, de tirer des conclusions, mais d’éveiller des pistes de réflexion pour comprendre, plutôt que d’essayer de faire des classifications sommaires, des condamnations hâtives ou des analyses politisées. En Europe, il n’y a jamais des bons, d’un côté, des méchants, de l’autre.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Mis à jour le 2.12 sur la Slovénie et la Croatie, le 12.12 sur la Belgique et la Lettonie.

  1. En Croatie, la présidente Kolinda Grabar-Kitarovic (HDZ) a manifesté son refus d’aller à Marrakech pour signer le texte, et plusieurs partis ont embrayé sur cette position. Mais le gouvernement de coalition de centre droit et nationaliste dirigé par Andrej Plenković (HdZ) devrait finalement signer le texte. Un différentiel politique comme une querelle de personnes au plus haut sommet de l’État explique ce couac.
  2. En Slovénie, le gouvernement de coalition de centre gauche de Marjan Šarec a finalement annoncé jeudi (15 novembre) sa décision d’approuver le Pacte. Une session d’urgence du Parlement a été convoquée le 21 novembre sur ce sujet. Le président Borut Pahor (SD) a cependant indiqué que des explications additionnelles étaient nécessaires, pour bien préciser que chaque pays est maitre de sa politique migratoire.

Merde à Salvini. Quand Jean (Asselborn) s’énerve…

(B2) Une passe d’armes a opposé le ministre de l’intérieur italien Matteo Salvini et le ministre luxembourgeois Jean Asselborn. C’était ce vendredi (14 septembre) lors de la conférence sur les migrations et la sécurité organisée à Vienne par la présidence autrichienne de l’UE.

Lors d’une longue élocution, l’Italien a d’abord contredit « ses collègues », notamment le Luxembourgeois« qui disent nécessaire de l’immigration parce que la population européenne vieillit ».

« J’ai un point de vue complètement différent. Je suis au gouvernement pour aider nos jeunes à refaire ces enfants qu’ils faisaient encore il y a quelques années. Et non pour importer ce qui se fait de mieux de la jeunesse africaine pour remplacer les Européens qui, pour des soucis économiques, ne font plus d’enfants. Ce sont deux visions du monde complètement différentes. »

Et d’ajouter :

« En Italie, nous avons besoin de faire des enfants, pas de nouveaux esclaves pour supplanter les enfants que nous ne faisons plus. Peut-être qu’au Luxembourg, ils ont ce besoin »…

Devant cette logorrhée, aux relents racistes, Jean Asselborn sent la moutarde lui monter au nez — on entend des « Allez », « dedieu », « c’est abusé » —. Il prend ensuite la parole pour lâcher une phrase qui restera comme un des rares moments de vérité du débat public européen.

« Au Luxembourg, cher monsieur, on avait des dizaines de milliers d’Italiens, qui sont venus comme migrants, qui ont travaillé au Luxembourg, pour que vous, en Italie ayez de l’argent, pour élever vos enfants. Merde alors ! Dedieu … enfin ».

https://www.youtube.com/watch?v=P1E8c7MGx9w

(Nicolas Gros-Verheyde)

marine libyenne en octobre 2011 (crédit : OTAN)

Libye : l’invitation du Premier ministre El-Serraj aux Européens remise en cause ?

marine libyenne en octobre 2011 (crédit : OTAN)

Marine libyenne en octobre 2011 au lendemain de l’intervention de l’Alliance (crédit : OTAN)

(BRUXELLES2) Contrairement aux apparences, il n’y a pas vraiment de consensus au sein du Conseil présidentiel libyen, sur les questions de sécurité (armée, police, comme garde-côtes). B2 en a eu confirmation directement auprès d’un des deux membres du Conseil présidentiel libyen, opposants à la politique de Fayez El-Sarraj, sur ce point. Omar al-Aswad, qui représente Zintan au sein du Conseil présidentiel. Un langage qui tranche et qui est intéressant.

  • Al-Aswad n’est pas n’importe qui. Après la chute de Kadhafi, il a fait partie du gouvernement de transition, dirigé par le Premier ministre Abdel Rahim al-Kib, comme ministre de l’Intérieur. Sous Kadhafi, il avait été chargé en 2007-2008 de la lutte anti-corruption, ciblant une centaine de membres et personnalités du régime d’alors (dont Ahmed Miltig, aujourd’hui… vice-président du Conseil présidentiel…d’où quelques rancunes tenaces de part et d’autre). Au sein du Conseil présidentiel, il représente la ville de Zintan, même s’il entend « représenter tous les Libyens ». Zintan, c’est cette ville à l’ouest de Tripoli, dans le Djebel de Nefoussa, qui a pris une part active dans la chute de Kadhafi (Lire : Les rebelles à Tripoli, le plus dur commence ?) et est surtout opposée à la milice de Misrata. Elle en a été « expulsée » de Tripoli après la bataille de l’aéroport en 2014. Et, d’une certaine façon, elle est l’alliée à l’ouest du général Haftar, présent à l’est du pays.

Les principes fondamentaux de sécurité pas respectés

Al-Aswad estime que certains « principes fondamentaux » ne sont pas respectés, que les décisions sur la sécurité et l’armée libyenne ne vont pas dans le bon sens et que la lettre de El-Sarraj demandant l’aide de l’Union européenne pour former les garde-côtes et les forces de sécurité est nulle. « Cette demande n’est pas valable. Car il n’y a pas eu de consensus. L’article 3 de l’accord présidentiel prévoit que toute demande d’accord doit être faite de manière consensuelle. C’est cela le mot important. »

Réorganiser le commandement avant de former

Sur le fond il affirme ne pas « avoir d’hostilité de principe » à recourir à l’aide de l’Union européenne, si « nous en avons besoin de manière précise et ponctuelle ». Mais avant de mettre en place une formation, il faut réorganiser le corps de garde-côtes qui est partie intégrante de la marine libyenne, victime des bombardements des alliés en 2011. C’est « une force importante pour le pays. On a des hommes et du matériel. (…) Je ne vois aucun problème pour les entrainer et les équiper (avec les Européens). Ils ont surtout besoin d’un commandement véritable (…). Or, il n’y a pas actuellement de volonté au sein du gouvernement pour les faire travailler ensemble. » Autre sujet de préoccupation pour notre interlocuteur : « faire le bon choix des hommes. Il ne faut pas exclure ceux qui ont travaillé et travaillent encore dans ce corps. » Sa crainte c’est de voir certains hommes des milices intégrer ce corps, alors que les ex garde-côtes restent « à la maison ».

La frontière sud, tout aussi voire plus importante que la côte

La stratégie européenne de se concentrer sur la côte est aussi criticable. « On a une très longue côte, c’est vrai. Mais on a surtout 5000 km de frontières dans le désert, au sud et au sud ouest, avec cinq pays limitrophes. Cette frontière-là doit être sécurisée. Je l’ai dit à Federica Mogherini le 8 janvier à Tunis, lors d’une réunion entre le Conseil présidentiel et les ambassadeurs de l’UE. Sinon cela ne sert à rien. C’est comme essayer de faire le ménage dans une chambre alors que l’eau continue d’arriver. Il faut d’abord fermer le tuyau… » Une frontière sud par où passent non seulement migrants clandestins mais aussi armes, bagages, argent, etc. Une frontière qui inquiète grandement les pays du Sahel, et la France exposée en première ligne au Mali, au Niger et au Tchad.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire interview complète : Armée, police, garde-côtes… pourquoi je refuse la politique de El-Sarraj (Omar al-Aswad)

ObamaMerkel@DE160424

Obama au chevet des Européens redonne du sens à l’Union

ObamaMerkel@DE160424(B2) « Je suis venu ici aujourd’hui, au cœur de l’Europe, de dire que les États-Unis, et le monde entier, ont besoin d’une Europe forte et prospère et démocratique et unie » Le discours qu’a prononcé Barack Obama, à Hanovre n’était pas juste une ou deux phrases. C’est un vibrant plaidoyer auquel s’est livré le président américain en faveur de l’Europe.

Si l’Europe commence à douter alors …

« Si une Europe, pacifique, libérale, pluraliste et adepte du libre-marché commence à douter, à remettre en question les progrès réalisés au cours des dernières décennies, alors nous ne pouvons pas attendre (que) les progrès dans le monde se poursuivent ». 

L’hommage d’un étranger à une des plus grandes réalisations politiques

« Peut-être avez-vous besoin d’un étranger, quelqu’un qui n’est pas Européen, pour vous rappeler l’ampleur de ce que vous avez réalisé ». « Votre réalisation – plus de 500 millions de personnes parlant 24 langues dans 28 pays, 19 avec une monnaie commune – reste l’une des plus grandes réalisations politiques et économiques des temps modernes. »

Un peu de baume américain sur des plaies européennes

La tournée du président américain en Europe avait tout l’art d’un voyage réparateur. A Londres, Obama est venu rappelé aux Britanniques combien ils avaient intérêt à rester en Europe et, par là-même, prêter main forte à un Cameron à la peine pour convaincre ses compatriotes de refuser le Brexit. A Hanovre, il est venu au secours d’une chancelière Merkel malmenée par les évènements de la crise migratoire, pour dire que « une poignée de pays ne doit pas supporter tout le fardeau de la réinstallation des réfugiés. Nous avons tous à partager cette responsabilité » affirmant que les Etats-Unis étaient prêts à prendre leur part de cet accueil. Enfin, il a aussi rassuré les Italiens sur le rôle des Etats-Unis et de l’OTAN dans la partie sud de la Méditerranée.

Le compromis peut être frustrant

Barack Obama n’a pas, pour autant, nié les difficultés. « L’unité européenne peut exiger un compromis frustrant. Elle ajoute des couches de gouvernement qui peuvent ralentir la prise de décision. Je comprends. Je suis allé à des réunions avec la Commission européenne. Et, comme un Américain, nous (pouvons) être dédaigneux du gouvernement. Nous comprenons à quel point il est facile de venir à Bruxelles et de se plaindre. » Mais « rappelez-vous que chaque membre de votre union est une démocratie. Cela n’est pas un accident. Rappelez-vous qu’aucun pays de l’UE n’a utilisé des armes contre un autre. Ce n’est pas un accident. »

Améliorer le fonctionnement de l’Europe

« Il n’y a pas de doute (également) que la façon dont l’Europe unie travaille ensemble peut être améliorée » a expliqué le chef du gouvernement américain. Mais « regardez dans le monde – où des gouvernements autoritaires et théocraties règnent par la peur et l’oppression – il ne fait aucun doute que la démocratie est encore la forme la plus juste et efficace de gouvernement jamais créé ». Quant à l’accueil et l’intégration des étrangers, il rend « nos pays sont plus forts, plus sûrs et plus efficaces lorsque nous accueillons et intégrons des personnes de tous horizons et de la foi. Et cela inclut nos concitoyens qui sont musulmans ». Et pan pour Donald Trump…

Commentaire : il a donc fallu que ce soit un président américain qui vienne le dire aux Européens : redressez la tête, soyez fiers de vous-mêmes, de vos valeurs, de votre passé, assumez votre rôle chez vous et dans le monde… Ce ne sont que des mots. Mais ces derniers temps, peu de responsables politiques européens ont osé ce langage, avec autant de force, de simplicité, de brio. Il était temps…

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire son discours

Tony Blair lors de la présidence britannique de l'UE - ici à Hampton court (crédit : Commission européenne, archives B2)

Comment mieux surveiller les flux de migrants. Cf. 2005 !

Tony Blair lors de la présidence britannique de l'UE - ici à Hampton court (crédit : Commission européenne, archives B2)

Tony Blair lors de la présidence britannique de l’UE – ici à Hampton court (crédit : Commission européenne, archives B2)

(B2) En farfouillant dans mes archives, j’ai retrouvé ces conclusions d’un sommet européen, tenu fin décembre 2005, sous la présidence britannique de l’Union (Tony Blair en exercice à l’époque). Elles faisaient suite à la réunion informelle tenue à Hampton Court en octobre 2005. C’était il y a dix ans. On a l’impression que c’était il y a un siècle ! Mais les recommandations des ’25’ (à l’époque) paraissent tout à fait actuelles…

« Des mesures devront être prises pour réduire les flux de migration clandestine et les pertes en vies humaines, assurer le retour des immigrants illégaux dans de bonnes conditions de sécurité, apporter des solutions plus durables aux réfugiés et renforcer les capacités afin de mieux gérer les migrations, notamment en maximisant les avantages pour tous les partenaires de l’immigration légale, tout en respectant pleinement les droits de l’homme et le droit de demander l’asile. » indiquaient les conclusions.

Cette réunion ne s’arrêtait pas là, elle établissait une série d’action à mettre en oeuvre durant l’année 2006. Je ne résiste pas à l’idée de vous citer aussi quelques unes des pistes envisagées :

lancer, le plus tôt possible dans le courant de l’année 2006, une étude de faisabilité portant sur le renforcement du contrôle et de la surveillance de la frontière maritime méridionale de l’UE, à savoir la Méditerranée, et sur la mise en place d’un réseau méditerranéen de patrouilles côtières auquel participeraient des États membres de l’UE et des pays d’Afrique du Nord.

• Examiner si la mise en place, d’ici fin 2006, d’un système de surveillance qui devrait couvrir toute la frontière maritime méridionale de l’UE et la Méditerranée est techniquement faisable.

• Mettre en place, le plus tôt possible dans le courant de l’année 2006, des réseaux régionaux d’officiers de liaison « immigration » en y associant des pays ou des régions prioritaires, et présenter des rapports, d’ici mai 2006, sur l’immigration clandestine et la traite des êtres humains, avec l’assistance, le cas échéant, des officiers de liaison « immigration » présents dans les principaux pays.

• Présenter, d’ici le printemps de 2006, une proposition de création d’équipes de réaction rapide constituées d’experts nationaux capables de fournir une assistance technique et opérationnelle rapide en période d’afflux importants de migrants.

Dix ans après ! Ce serait intéressant de voir où on en est (1). J’ai comme l’impression qu’on pourrait reprendre plusieurs de ces prescriptions pour les appliquer aujourd’hui…

(NGV)

(1) Seule la dernière me semble à peu près appliquée (les équipes Rabit de Frontex, mais de façon limitée encore).

Les six ministres réunis à Rome (crédit : Ministère luxembourgeois des Affaires étrangères)

Les Six se rebiffent ! (maj2)

Les six ministres réunis à Rome (crédit : Ministère luxembourgeois des Affaires étrangères)

Les six ministres réunis à Rome (crédit : Ministère luxembourgeois des Affaires étrangères)

(B2) Les six ministres des Affaires étrangères des pays fondateurs de l’Union européenne (1) viennent d’approuver ce mardi (9 février) à Rome une déclaration intitulée « Tracer la voie à suivre » afin de « renforcer la cohésion dans l’Union européenne ». Les Six affirment être très « préoccupés par l’état du projet européen ». Mais ils affirment leur volonté de « lutter pour des solutions européennes » et notamment vouloir poursuivre le travail européen d’une « union sans cesse plus étroite ». Une sorte de réponse à ceux qui prônent une union plus lâche.

L’amorce d’autres engagements ?

Une fois n’est pas coutume, B2 retranscrit de façon intégrale cette déclaration (2) qui est, en soi, un ultime rappel de certains principes connus mais pourrait amorcer d’autres engagements dans l’avenir. Si la déclaration ne contient aucune mention d’un nouveau Traité, c’est dans l’esprit de tous que l’intégration européenne n’est pas morte comme le voudrait le Royaume-Uni. Didier Reynders le rappelle dans une interview publiée par notre confrère du Soir, Jurek Kuczkiewicz (mercredi) : « il y a une volonté d’aller plus loin. (…) Il y aura deux phases : d’abord (voir) comment avancer dans le cadre des traités existants. Ensuite (voir) comment avancer à plus long terme. Si cela nécessite des changements de traités, on sait que ce sera beaucoup plus lourd ».

Une prochaine réunion à Bruxelles

Pour le ministre belge des Affaires étrangères, les Six entendent réagir à un possible frein à l’intégration européenne « Certains peuvent ne pas vouloir aller plus loin, c’est le cas de la Grande-Bretagne et d’autres. Mais sur un certain nombre de sujets importants, nous estimons, nous six, devoir apporter des solutions européennes plus fortes. Ce n’est pas une discussion abstraite pour dire qu’on veut plus d’Europe. On veut une Europe plus forte dans certains domaines. » La prochaine réunion des Six se tiendra d’ailleurs à Val Duchesse, sur les lieux même où a été préparé le Traité de Rome.

Une France à la remorque

On peut remarquer le très faible enthousiasme de la France sur ce sujet. De façon assez notable, les Français d’habitude si prompts à communiquer dès qu’il y a du franco-allemand ou des grandes déclarations sont restés très discrets sur le sujet. « Ce n’est peut-être pas vraiment le bon format » lâche un diplomate hexagonal à l’enthousiasme aussi fort que le condamné à mort qui monte sur la guillotine… Le texte n’a d’ailleurs même pas été rédigé en français. Et la version française était, encore mercredi… inexistante !

Le projet européen préoccupant

Alors que l’Europe se rapproche du 60e anniversaire du traité instituant la Communauté économique européenne, le 25 mars 2017, nous sommes préoccupés par l’état du projet européen. En effet, il semble faire face à une période très difficile. Dans ces moments critiques, nous, en tant que membres fondateurs, nous sentons particulièrement appelés.

Une union sans cesse plus étroite

Nous ne devons pas oublier que l’Europe a dû passer par les conflits violents et une histoire douloureuse avant de poursuivre la voie de l’intégration. Pour de nombreuses générations, l’Europe était simplement un rêve de paix et de compréhension, accompagné par l’espoir de la dignité humaine, de la liberté, de la démocratie, de la primauté du droit et de la solidarité sur le continent. Le projet européen nous a permis de faire de ces principes mêmes la fondation de notre coexistence en Europe. Ils ont été la base de notre sécurité, la stabilité et la prospérité. Ils sont aussi notre capital pour notre avenir commun. Nous croyons fermement que l’Union européenne reste la meilleure réponse que nous avons pour les défis d’aujourd’hui et permet différents chemins de l’intégration. Nous demeurons résolus à poursuivre le processus créant une union sans cesse plus étroite entre les peuples d’Europe.

La crise des réfugiés : lutter pour des solutions européennes

L’Europe est un succès lorsque nous surmontons (nos) propres intérêts étroits dans l’esprit de solidarité. Nous devons être prêts à lutter pour des solutions européennes. L’UE est bien plus que la somme de ses 28 États membres. Cela vaut également pour la crise des réfugiés, un des plus grands défis auxquels l’Union européenne est actuellement confrontée. La priorité est de mettre pleinement en œuvre nos décisions communes avec efficacité et humanité. Une meilleure gestion des frontières extérieures de l’Union est essentielle pour rendre plus sûres sans entraver la fluidité du mouvement et de l’acquis de Schengen. L’Europe a besoin d’une approche équilibrée et géographiquement globale, fondée sur la solidarité et la responsabilité. Il est crucial de renforcer la coopération globale avec les pays d’origine et de transit, en vue d’endiguer les flux de migrants en situation irrégulière et à la lutte contre les causes profondes de la migration.

La lutte contre le terrorisme : fondamental

Les récentes attaques terroristes ont ciblé les valeurs fondamentales et les droits de l’homme qui sont au cœur de l’Union européenne – la solidarité, la liberté, y compris la liberté d’expression, le pluralisme, la démocratie, la tolérance et la dignité humaine. Tous les citoyens ont le droit de vivre à l’abri de la peur. Nos valeurs communes doivent être protégées et la violence et le racisme doivent être combattus. Il faut faire davantage pour prévenir la radicalisation et de développer un contre-récit. Cela signifie également la lutte contre les ennemis de nos valeurs fondamentales. Nous avons confirmé la nécessité de renforcer encore la lutte contre les menaces terroristes, en pleine conformité avec les droits humains et la primauté du droit.

L’Union un acteur mondial

Nous avons discuté du rôle que l’Union est appelée à fonctionner comme un acteur mondial. La nouvelle stratégie globale de l’UE sur la politique étrangère et de sécurité va doter l’Union d’une vision actualisée et des outils efficaces pour stimuler son action. Il mettra l’accent sur l’importance de la politique de sécurité et de défense européenne au cœur des engagements européens pour la paix et la stabilité dans le monde. Un voisinage démocratique, stable et prospère est une priorité stratégique et dans l’intérêt fondamental de l’UE.

Nous déclarons et confirmons notre engagement fort pour l’Europe et le projet européen et invitons tous les autres États membres à s’y joindre.

En résumé dans la langue de Shakespeare, cela donne : « We are concerned about the State of the European project (…) We remain resolved to continue the process of creating an ever closer union among the people of Europe. (…) Europe is successful when we overcome narrow self-interest in the spirit of solidarity. We have to be ready to strive for European solutions. (…) We declare and reconfirm our strong commitment to Europe and the European project and invite all other Member States to join. »

(1) Belgique, Allemagne, France, Italie, Luxembourg et Pays-Bas

(2) Télécharger la déclaration en anglais ici. Ce texte a été traduit par nos soins. Il ne représente donc pas une version officielle.

Lire notre analyse :  God save the Queen ! L’Europe à la veille d’une révolution politique ?

(Maj) 10.2 matin avec les éléments de Didier Reynders dans Le Soir

Traduction effectuée par B2, les intertitres sont de la rédaction

(crédit : présidence luxembourgeoise)

Pleurer c’est bien, agir c’est mieux. Mogherini dit halte aux larmes de crocodile…

(crédit : présidence luxembourgeoise)

(crédit : présidence luxembourgeoise)

(B2 à Luxembourg) La Haute représentante de l’UE, Federica Mogherini, a eu des mots assez durs sur le bal des pleurs, un tantinet hypocrites, qui ont marqué la publication de la photo d’un enfant syrien, mort noyé sur les rivages turcs. « Nous sommes tous choqués par ces images. Cela nous rappelle la réalité des évènements dramatiques, même quand nous ne les voyons pas… ».

J’en ai marre…

Devant la presse, l’ancienne ministre italienne des Affaires étrangères a aussi tenu à ajouter un zeste de colère…. « J’en ai un petit peu marre du fait qu’on demande aux hommes/femmes politiques de donner une réaction émotionnelle. Oui. Nous devons réagir. Mais de manière cohérente et rationnelle. Il ne faut pas simplement être choqué, mais ensuite être responsable, et prendre les décisions qui découlent de ce sentiment. (…) Notre travail (à nous Politiques) n’est pas d’exprimer de la tristesse, ou d’exprimer une minute de silence mais de faire des propositions, d’améliorer le contexte pour prendre des décisions, et ensuite de veiller à ce que ces décisions soient traduites dans les faits. Et ce rapidement ! »

L’Europe ne peut pas être fière d’elle-même

« Dans l’Union européenne, face à cette crise de migrations et des réfugiés, nous n’avons pas beaucoup de raisons d’être fier » a-t-elle remarqué, notant une exception : l’opération lancée contre les trafiquants et migrants, EUNAVFOR Med. « Il est important de souligner que l’UE a pu travaillé ici de façon rapidement, de façon efficace, avec un soutien des Etats membres ». C’est la preuve selon elle que « lorsque nous agissons de la sorte, de façon rapide et décidée, nous voyons les résultats ».

Nous n’avons plus le luxe d’attendre

Elle a ensuite lancé un appel à un peu plus de conscience européenne. « Cette crise sans précédent, nous ne pourrons pas y faire face par le biais d’une approche isolée des Etats membres, par une politique intérieure ou extérieure uniquement, il faut que l’Europe agisse vite dans la solidarité et la responsabilité. Chacun commence à comprendre qu’on ne peut plus s’offrir le luxe de pouvoir de reporter les décisions à plus tard. »

Commentaire : que dire de plus … De façon très modérée, sans nommer l’un ou l’autre, la Haute représentante de l’UE a su – à mon sens – trouver les mots justes pour souligner et fustiger l’attitude un tantinet égoïste, voire autiste de plusieurs dirigeants européens qui, depuis des mois, ont feint d’ignorer cette crise qui arrivait, renvoyant aux pays de « première ligne » (Italie, Grèce, Malte et Bulgarie au départ), toute responsabilité d’agir…

(Nicolas Gros-Verheyde)

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Au coeur de Frontex

BatimentFrontexDrapeaux 20150729_112516(BRUXELLES2) C’est à Varsovie dans une des tours du nouveau quartier en construction de la capitale polonaise que s’est établit l’agence Frontex chargée d’assister les États membres pour gérer leurs frontières. J’ai pu cet été, profitant d’une escapade dans la capitale polonaise, leur rendre visite. Voici quelques uns des éléments que j’en ai retirés… Tout ce que vous aimeriez savoir sur Frontex et que vous n’avez osé demander.  (Lire aussi : En direct de la ‘situation room’ de Frontex)

A quoi sert Frontex ?

Nous sommes là pour « assister les Etats membres à faire face aux pressions migratoires » m’explique Ewa Moncure, porte-parole de l’agence. Dans ceux « qui ne peuvent y faire face, on déploie des gardes frontières d’autres pays ». Mais « on n’opère qu’à l’intérieur des frontières de l’UE. Pas à l’extérieur. »

Quelles opérations entretient l’agence ?

L’agence a deux grosses opérations déployées :  Triton qui fournit une capacité supplémentaire de secours et sauvetage en mer en Italie, et Poséidon en Grèce (terrestre et maritime). Ce ne sont pas uniquement des bateaux qui sont déployés mais surtout des officiers des douanes.

Comment se prépare, se déroule une opération ?

Le plan d’opération est « préparé avec les États membres concernés et ceux qui participent ». Une fois l’opération décidée et les moyens déployés, ils passent « sous l’autorité de l’Etat membre (demandeur). Toutes les ressources sont intégrées aux forces intérieures, dans le système de contrôle des frontières du pays concerné. » Ils peuvent ainsi mener des interrogatoires sous l’égide du pays d’accueil. Ce sont les règles de ce pays qui sont appliquées, normalement. Il peut bien sûr y avoir des exceptions, des réserves d’emploi (caveats) comme dans les opérations militaires extérieures.

Qui décide d’une opération ?

L’instance clé de Frontex est le « Conseil d’administration » (Management board en anglais). Composé d’un représentant par État participant à Schengen (en général le directeur des frontières) et de deux représentants de la Commission. Il se réunit 5 fois par an (au moins). C’est un lieu de discussion permanente. Les pays de première ligne (Malte, Bulgarie…) viennent exposer leurs problèmes mais aussi leurs contraintes. Au final, c’est toujours au pays concerné d’adresser à l’Agence une requête formelle pour obtenir son assistance. L’Agence ne peut rien décider par elle-même. Chaque opération est ainsi évaluée, et transmise au ‘Management board’, en lien étroit avec la Commission européenne. Mais c’est le directeur qui prend la décision au plan opérationnel. Le Conseil d’administration a « plutôt LE rôle de définir des orientations stratégiques, d’évaluer la situation ». Le directeur de Frontex rapporte aussi à la commission Libertés publiques du Parlement européen. Il participe aux réunions du Conseil des ministres de la Justice ou de l’Intérieur.

Comment Frontex sélectionne son personnel à déployer ?

« Nous avons défini une douzaine de profils dans notre base de données. Des experts de surveillance de la première ligne aux débriefeurs, En fonction des besoins, on déploie les profils demandés. La définition des besoins est faite par Frontex en étroite liaison avec les pays concernés. On a des analystes de risques qui ont une bonne connaissance de la situation. On ne peut pas faire d’opération sans une claire définition des besoins et de la connaissance du terrain. »

C’est difficile d’être très rapide et réactif en cas de crise

Frontex a-t-il des moyens propres ?

Non. Et c’est ce qui est difficile. « Nous n’avons pas de moyens directs. Si on a des financements, on doit avoir ensuite des engagements des États membres en bateaux, voitures, et personnels. Aujourd’hui, par exemple, l’agence a 18 bateaux sur zones. Mais ceux-ci dépendent de la responsabilité et de la volonté des États membres. Le problème est souvent la rapidité de réponse. Aujourd’hui, « nous avons de gros engagements des États membres en Grèce. Mais c’est difficile d’être très rapide et réactif en cas de crise. Les États membres ont leurs propres planification et ne peuvent pas dégager immédiatement des moyens quand on leur demande…». C’est assez logique. Le navire ou l’avion utilisé reste un moyen national. Si l’agence finance les frais de fonctionnement (fuel, alimentation…), elle ne finance pas tout l’amortissement du matériel. Et elle doit faire attention à ne pas utiliser des moyens surdimensionnés ou trop couteux. « On regarde de près les moyens offerts. On fait la balance entre ce que çà coute et quelle utilité cela peut avoir. On regarde aussi la possibilité d’acheter nous-mêmes des moyens de surveillance aérienne » en passant par le privé.

Quel budget pour l’agence ?

L’agence dispose d’un budget total cette année de plus de 140 millions d’euros (133 millions d’euros financés par le budget communautaire + 8,8 millions d’euros des autres pays Schengen + 820.000 euros du Royaume-Uni et Irlande). Vu les circonstances exceptionnelles, la Commission a décidé une rallonge budgétaire de 26,5 millions d’euros, au budget initial de 106,1 millions d’euros.

Combien d’effectifs dispose Frontex ?

Environ 310 personnes sont employées par l’agence : la plupart sont au siège et ne sont pas à proprement parler du personnel déployable. Il y a un petit centre de liaison à Bruxelles et au port du Pirée, en Grèce (4 personnes). Un projet pilote pour la Méditerranée. L’agence dispose également, depuis peu, d’un officier de liaison en Turquie qui assure un lien étroit avec la garde frontière turque.

La gestion des migrations : beaucoup plus complexe que simplement fermer les frontières

Fermer les frontières, une solution ?

Non. En général, la Commission européenne ne finance pas, avec enthousiasme le renforcement physique des frontières  « Car si on renforce dans un point, le flot de migrations prend une autre route, dans le pays, et cela crée un problème ailleurs, ou dans un autre pays. » La Commission l’a cependant fait en Bulgarie. Car, au final, c’est au pays concerné de décider s’il veut contrôler, fermer ou renforcer la frontière.

Comment gérer la migration ?

C’est « un problème très complexe qui obéit à un certain nombre de paramètres », difficiles à maitriser pour les Européens, à commencer par les conflits et les guerres. Et il n’y a donc pas de solution miracle. « Nous avons plusieurs conflits, en Syrie, en Irak, Daech, le Yemen, le Sud Soudan …. Mais il y a aussi toute une série d’évolutions dans des pays qui accueillent de nombreux migrants et réfugiés ».

Iran, Golfe, Afrique du Sud, Libye… les pays d’accueil se raréfient

L’heure n’est pas vraiment à l’accueil dans plusieurs pays du monde. « Il y a des millions d’Afghans en Iran et de nombreux sont en passe d’être expulsés. » Téhéran a demandé à chacun de s’enregistrer jusqu’à décembre, délai prolongé jusqu’à juin. Et les Afghans craignent que ce soit à double tranchant (à juste titre). « Les gens recherchent alors d’autres options. Et cela augmente la pression sur les frontières des pays. » Que la législation change dans les pays du Golfe, et qu’ils ne trouvent plus de travail, et aussitôt les migrants « regardent aussi les autres options ». Idem dans d’autres pays. « L’Afrique du Sud était aussi un gros employeur, ils ont maintenant un gros problème d’immigration. La Libye était aussi un gros employeur ». Son instabilité a fait fuir beaucoup de migrants. Et cela pose problème. « Vous additionnez les pays de guerre, instables et ceux qui ferment leurs portes… cela fait du monde. (…) On doit donc réfléchir à des voies plus importantes de l’immigration légale. Et il faut en même temps faire la chasse aux trafiquants qui gagnent des millions d’euros sur le dos des migrants. »

Vous additionnez les pays de guerre, instables et ceux qui ferment leurs portes… cela fait du monde sur la route.

Les routes sont-elles interchangeables ?

Pas vraiment. Il existe « une indépendance entre les deux routes, qui ne se compensent pas systématiquement et voient transiter des populations différentes ». Il y a ainsi plus de 100.000 personnes qui sont arrivées en Grèce par la Turquie (plus de 1000 personnes par jour arrivent par la mer Egée). « Une route empruntée surtout par des Syriens, des Afghans et des gens venus d’Asie. » Il y a eu 70-80.000 arrivées en Serbie et Hongrie (la plupart venues de Grèce mais pas toutes). En Méditerranée centrale, on a 80.000 qui sont arrivées en Italie de Libye. « Essentiellement des migrants de toute l’Afrique. Les Syriens, qui ont souvent de l’argent, n’empruntent pas trop cette voie. La Libye est très dangereuse. Et l’Egypte a introduit des visas. »

Par rapport à l’année dernière ?

Il y a eu 280.000 arrivées en 2014. « Au bout des 6 premiers mois de 2015, on en est déjà à 225.000. La situation reste donc très tendue ». Et la situation en Libye la rend particulièrement « difficile ».

Un mouvement en provenance de l’Est (Biélorussie, Moldavie, Ukraine, etc.)?

Pour l’instant, « on ne voit pas de risque migratoire à l’Est. Il y a des mouvements réguliers avec la Pologne (et la Roumanie). Mais on est plus en relation de business. Des gens vont et viennent, pour travailler, avec leurs familles ou non. » Il y a des visas mais, il sont faciles à obtenir.

Le prix d’un passage ?

Cela dépend du type de passage, et du type de bateau (pneumatique ou bateau plus solide) : quelques milliers d’euros au minimum. Un vrai marché…

(Nicolas Gros-Verheyde)

La longue et âpre discussion sur la répartition des demandeurs d'asile a aussi été une bataille entre institutions, entre Juncker et Tusk qui n'étaient pas vraiment sur la même longueur d'onde (crédit : CUE)

Solidarność ? Nie !

La longue et âpre discussion sur la répartition des demandeurs d'asile a aussi été une bataille entre institutions, entre Juncker et Tusk qui n'étaient pas vraiment sur la même longueur d'onde (crédit : CUE)

La longue et âpre discussion sur la répartition des demandeurs d’asile a aussi été une bataille entre institutions, entre Juncker et Tusk qui n’étaient pas vraiment sur la même longueur d’onde (crédit : CUE)

(BRUXELLES2) Entre les 28 Etats membres européens, la question de l’accueil des demandeurs d’asile n’a pas fini de faire des vagues. La discussion au sommet de Bruxelles jeudi soir (25 juin) — une discussion qui s’est prolongée tard dans la nuit — l’a montré.

Deux propositions sur la table

La Commission européenne avait mis sur la table deux propositions. L’une visant à prendre en charge 20.000 réfugiés, essentiellement syriens, qui se trouvent dans les camps du Haut commissariat aux réfugiés (HCR). Cette proposition ne suscitait pas grande polémique, se basant essentiellement sur le volontariat. L’autre avait pour objectif de soulager un peu la Grèce et l’Italie, en permettant la « relocalisation » de 40.000 personnes dans les autres pays européens sur deux ans. C’est cette dernière proposition, somme toute assez modeste, qui a provoqué le trouble car elle mettait en place une clé de répartition, fixant un chiffre « obligatoire » de personnes. Des quotas en quelque sorte.

Deux camps

Deux camps se sont ainsi affrontés durant plus de six heures, jeudi soir, jusque tard dans la nuit. Les uns, une douzaine environ étaient opposés à tout système obligatoire. Ils regroupaient essentiellement les pays d’Europe de l’Est, notamment les Baltes et les 4 pays de Visegrad, mais aussi l’Espagne et le Royaume-Uni. « Nous sommes prêts à accueillir ces personnes » m’a confié, la Première ministre lettone, Laimdota Straujuma, « mais de façon volontaire ». Les autres, une douzaine également, était prêts à accepter un système obligatoire mais discutaient la façon de calculer la clé de répartition. C’était la position de la France notamment. Entre les deux, la Grèce et l’Italie, trouvaient que le chiffre de 40.000 était assez faible. Ils étaient soutenus par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

Un des Conseils les plus durs

« Certains Etats membres avaient très peur d’être confrontés à quelque chose de nouveau. (Car la) relocalisation est entièrement nouveau. C’est révolutionnaire » a indiqué le président du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk. « La discussion a été dure, franche, honnête. C’est un des Conseils les plus durs auxquels j’ai assisté ». Un propos légèrement exagéré car des discussions difficiles, il y en a eu quelques unes au niveau européen. Mais celle-ci était marquée sans doute par beaucoup d’émotion. « A côté de cela, l’intervention du Premier ministre britannique » sur une possible sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, est apparue comme « un interlude » salutaire, a ironisé un diplomate. La ‘trêve britannique’ n’a d’ailleurs pas duré plus de 10 minutes, lors du dîner. Et les 28 sont ensuite revenus sur la question chaude du moment.

Avec l’Italie et la Grèce, la solidarité c’est pas çà

« Ce n’est pas l’Europe que nous avions imaginée en 1957 à Rome » a dénoncé le Premier ministre Italien Matteo Renzi. « Pour certains pays, il y a la volonté d’être solidaires quand ça les arrange et uniquement quand ça les arrange » a renchéri le Premier ministre belge, Charles Michel, qui ne passe pourtant pas spécialement pour un gauchiste. « La décision d’hier était affligeante était une réunion pour rien. Nous avons peu progressé. (…) La solidarité fonctionne dans un sens et jamais dans l’autre sens. C’est un problème car l’immigration est un problème important et va le rester. Il y a manque d’ambition et de volonté. » A l’inverse, le chef du gouvernement tchèque Bohuslav Sobotka s’est vanté d’avoir réussi à se mettre en travers du projet présenté par la Commission. « Nous avons emporté une grande bataille, avec succès, parce que nous avons réussi à maintenir une approche volontaire permettant à chaque Etat membre de venir avec ses suggestions », a-t-il déclaré, selon l’agence CTK.

Les détails pour juillet

Finalement, un compromis a été dégagé : un effort sera fait par « tous » les Etats membres de l’UE sans être obligé d’atteindre un chiffre précis mais sans mentionner tout de même le mot « volontaires » au système. Les 28 se reverront en juillet pour affiner les détails. Pour Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, « l’essentiel est d’avoir un accord. Peu importe le modèle, du moment qu’on arrive au résultat ». Le Luxembourgeois a tenu à dédramatiser les tensions. « C’est la première fois en Europe que nous décisions ensemble avec les Etats membres une opération de ce type. Les différents arguments se sont entrechoqués ».

Une discussion sur les compétences

Pour autant, il a indiqué que la Commission n’avait pas l’intention de retirer sa proposition législative de la table des ministres. Ce qui était un ‘autre’ sujet de dissension entre les Etats membres. Certains réfutent à l’exécutif européen le pouvoir de faire cette proposition, estimant la base juridique non fondée. Ils craignent surtout le ‘précédent’ qui pourrait amener, en cas d’évènement similaire dans le futur, une décision identique.

Pas de chiffre pour la France

Côté français, on se satisfait d’un système qui n’impose pas un chiffre précis mais « organise la solidarité » ainsi que l’a confié un diplomate. Du côté de l’Elysée, on se refuse ainsi à indiquer tout chiffre que la France pourrait accueillir en plus. Mais un homme bien introduit dans les cercles du pouvoir a reconnu que le chiffre proposé par la Commission (9000), pouvait « être un chiffre indicatif ». 9000 demandeurs d’asile en 2 ans… Ce n’est quand même pas énorme.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Version longue d’un papier paru dans Ouest-France samedi

Le Cavour (crédit : marine italienne)

Le dispositif de commandement d’EUNAFOR Med. Un Français à bord…

Le Cavour (crédit : marine italienne)

Le Cavour (crédit : marine italienne)

(BRUXELLES2 – exclusif) Le dispositif de commandement de l’opération européenne en Méditerranée contre les trafiquants d’êtres humains (EUNAVFOR Med) se dessine. Et B2 peut ainsi lever le voile sur ce dispositif qui devrait être annoncé lundi.

Le franco-italien aux commandes

Aux côtés du vice-amiral Enrico Credendino (annoncé en avant-première sur le Club : Le chef d’opération EUNAVFOR Med bientôt nommé. Son nom proposé. Biographie), qui commandera l’opération, on devrait trouver un Français bien connu des lecteurs de B2 : le contre-amiral, Hervé Bléjean. Dernier commandant de la Jeanne (d’Arc), il a commandé la force anti-piraterie de l’UE (EUNAVFOR Atalanta) de décembre 2013 à avril 2014 à bord du TCD Siroco. Il assure aujourd’hui la fonction de l’autorité de coordination des relations internationales pour l’Etat-Major de la marine. Il a été auditeur de la 62e session de l’IHEDN. Il pourrait passer bientôt vice-amiral.

Etat-Major : à Rome

L’Etat-major d’Opération (OHQ) devrait être situé à Rome, sur l’aéroport militaire de Centocelle, et non colocalisé sur la base de Practica di Mare de la Guardia Di Finanza, qui loge l’opération Frontex, ou au MRCC de Rome des Gardes-Côtes, comme on aurait pu le croire un moment. A cela un explication, ou plutôt deux. D’une part, il s’agit de bien distinguer les deux opérations – l’une est civile – avec des moyens militaires – à vocation de sauvetage et secours en mer, l’autre militaire et policière à objectif de lutte contre les trafiquants (même si les interactions entre les deux opérations existeront). D’autre part, l’OHQ « fléché » et agréé pour les opérations européennes est celui de Centocelle.

Commandement tactique italien

Le commandant tactique, de la force déployée en mer et dans les airs reviendra à un Italien. Ce qui confirme nos dernières informations d’un « doublé italien ». Le commandant de la force en mer devrait être selon nos informations, le contre-amiral Andrea Gueglio, qui commande le second groupement naval italien, basé à Tarente. Il devrait officier à bord du porte-aéronefs Cavour (D-550), le navire-amiral de la marine italienne, qui pourrait être le FHQ de l’opération.

Moyens de renseignement

L’opération bénéficiera de moyens apportés par les différents pays en observation, en renseignements et en analyse. Les Français devraient ainsi fournir un avion de patrouille maritime (type Atlantic 2 ou Falcon) ainsi que des « produits finis » de renseignement provenant de différentes sources (aériennes, maritime, sous-marine…). Les Belges devraient profiter de la présence du Godetia sur place pour fournir également du renseignement. Les Luxembourgeois devraient mettre à disposition un appareil Swearingen Merlin IIIC du même type et de la même société (CAE Aviation) que celui mis à disposition d’EUNAVFOR Atalanta (lire : Les avions luxembourgeois. Ils sont de retour…). Etc.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : EUNAVFOR Med lancée lundi. Une opération grandes oreilles tout d’abord

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la minute de silence à la mémoire des naufragés de Méditerranée au Conseil des Affaires étrangères, à Luxembourg, en avril

Il faut traduire nos minutes de silences en actes (Mogherini)

la minute de silence à la mémoire des naufragés de Méditerranée au Conseil des Affaires étrangères, à Luxembourg, en avril

la minute de silence à la mémoire des naufragés de Méditerranée au Conseil des Affaires étrangères, à Luxembourg, en avril

(BRUXELLES2) Federica Mogherini est l’invitée de ma confrère de France 24, Caroline De Camaret et de RFI, Dominique Baillard, de l’émission Ici L’Europe, émission diffusée ce vendredi (*). Une interview très intéressante car longue qui aborde nombre de sujets. Federica Mogherini ne s’est pas beaucoup exprimée jusqu’ici dans les médias audiviosuels français. Et nos collègues de Rfi/F24 peuvent à juste titre se targuer d’y être parvenus.

De façon très nette, la Haute représentante remet certaines pendules à l’heure sur la future opération militaire de l’UE en Méditerranée (lire aussi : Opération de l’UE en Méditerranée. Du vrai, du faux. Pour tordre le cou à quelques coucous). Elle reconnait aussi officiellement que la solidarité entre Européens –  l’accueil des réfugiés et des migrants en Europe – a un rôle un accord international (et libyen) à la lutte contre les trafiquants. Elle a une parole assez forte également : il faut traduire « nos minutes de silence en décisions ». Voici un extrait du verbatim complet que nous publions sur le Club.

Une opération navale, une partie du plan de l’Europe

« L’opération navale n’est qu’une partie d’un vaste plan. La priorité est de sauver des vies. (Mais), il faut (aussi) combattre les trafiquants, les réseaux criminels qui font de l’argent sur les gens qui essaient de rejoindre l’Europe. » Elle ne veut pas se concentrer sur la destruction des bateaux. « L’urgence est de rendre impossible pour les réseaux criminels d’utiliser les bateaux ou l’argent qu’ils ont pour faire mourir des personnes dans la mer. » (…) « La majorité des bateaux partent de Tripoli, de Misrata, de l’ouest du pays. Lutter contre les trafiquants est une responsabilité européenne, mais c’est avant tout une responsabilité libyenne. »

Traduire nos minutes de silence en actes

« C’est important que l’Europe comprenne que ce n’est pas un problème de certains pays mais un problème européen. Les gens qui partent d’Erythrée, de Syrie… ne viennent pas en Italie, en Grèce ou à Malte mais viennent en Europe. C’est comme Européens qu’il faut répondre à ce drame, humanitaire mais aussi sécurité. (…) Partager la responsabilité, c’est la solidarité entre Européens et c’est ce qui donne aussi la crédibilité, face au reste de la communauté internationale, de dire : nous on accueille, il faut ensemble aussi sur la lutte contre les organisations criminelles. Je pense, j’espère que tous les Etats membres vont, en juin, adopter le plan mis sur la table par la Commission, un plan très avancé, je dirai presque révolutionnaire pour partager la responsabilité. C’est de l’intérêt de tous les Européens d’avoir une meilleure gestion de tous les immigrés et réfugiés. (…) » Il « faut être cohérent et traduire nos minutes de silence dans des décisions politiques cohérentes » souligne la Haute représentante à propos de la crise des migrants.

(NGV)

(*) Diffusée à 16h40 sur F24 et à 20h10 sur RFI

Lire la suite sur le Club : Migrants, Libye, Daech, Russie, Iran, Syrie… Je suis optimiste sinon je ferais autre chose dans la vie (Mogherini)