Immigration

La mission frontières en Libye : trop tard, trop faible ?

Enfants libyens avec le drapeau européen (crédit: EEAS)

(BRUXELLES2) Il n’est pas évident que la mission EUBAM Libya (qui va se décider cette semaine) pourra avoir « une vraie valeur ajoutée ». C’est le sentiment de l’eurodéputée allemande Franziska Brantner (Verts), spécialiste des questions de défense et sécurité pour son groupe, qui s’est confié à quelques journalistes (dont B2). Et d’expliquer. « Au départ, j’étais pour une mission de la PSDC (politique de sécurité et défense commune). Mais maintenant je suis très sceptique. Cette mission arrive un peu tard. Elle est un peu sous-dimensionnée. » Et ses objectifs « On aurait peut-être été plus vite en envoyant quelques experts financés par la Commission européenne » au titre de l’instrument de stabilité, par exemple. « Aujourd’hui, le problème le plus préoccupant est plutôt  la question du désarmement et de la démobilisation (DDR). Ce sont les milices qui, de fait, contrôlent certains points de passage. »

Former sans vraiment connaître la situation

Pour F. Brantner, la future mission EUBAM Libya n’embrasse pas toutes les questions. Ce n’est pas seulement un problème de garde des frontières. « Il y a un contexte politique très complexe, où les Touaregs ne reconnaissent pas la frontière. » Et elle ne paraît pas très au fait de certaines questions. « En Libye, la situation est très volatile dans le sud. » Mais « les équipes d’évaluation n’ont pas été dans le sud », et ne pourront y aller tout de suite apparemment (comme le prouvent quelques télégrammes diplomatiques dont B2 a eu connaissance, détails sur le Club). Résultat, les Européens risquent bien « de former des gens à une situation qu’ils ne connaissent pas. » En fait, l’eurodéputée l’impression que ce n’est pas tant la gestion politique de ses frontières par la Libye qui intéresse les Européens. « C’est la frontière maritime et le contrôle de l’immigration – empêcher que les migrants franchissent la Méditerranée – qui nous intéresse le plus. On est ainsi davantage dans une mission de type Frontex » que de stabilisation.

Faiblesse européenne

De façon plus générale, l’eurodéputée regrette le faible engagement sur place. Alors que l’Union européenne avait ouvert, très vite, un bureau de liaison à Benghazi, celui-ci est fermé aujourd’hui. « Ce qui est une erreur. Car le responsable du bureau avait développé un réseau important sur place. » Et la délégation ouverte à Tripoli avec tambours et trompettes, n’a plus aujourd’hui de chef de délégation en titre. « Elle compte juste deux personnes. Ce qui est bien peu. » D’autant que, sur place, les différents acteurs européens (Italiens, Français, Britanniques…) sont « en compétition ». L’objectif semble ainsi davantage de « conquérir des marchés » ou de placer des pions au niveau national que « de jouer européen ».

Perte de crédibilité dans le Maghreb

Pour l’Union européenne, il y a ainsi une perte de crédibilité. Mais ce n’est pas limité à la Libye. Les pays environnants aussi sont concernés. L’eurodéputée estime que « l’Union européenne a perdu beaucoup de crédibilité dans le Maghreb, suscité beaucoup d’espoirs, promis beaucoup mais peu réalisé ». Le “more pour more” est un « leurre ». « En fait, rien n’a vraiment changé ». « Les activistes des ONG de droits de l’homme en Egypte et Libye, sont amers. Ils nous demandent “qu’est-ce que vous faites aujourd’hui ?” ».

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Chypre et ses voisins turbulents ou envahissants

Chypre et ses voisins turbulents ou envahissants

(BRUXELLES2) C’est dans une Europe et une Méditerranée tourmentées, que Chypre prend la présidence. Elle est en « en première ligne » sur plusieurs fractures. L’ile reste toujours divisée. Et la présence turque comme britannique (deux bases militaires en “souveraineté” britannique) font de l’ile un cas très particulier dans l’Europe. Il est vrai que c’était plus ou moins le statut de l’Allemagne pendant près de 30 années de son histoire européenne.

La Turquie en position de boycott

Seulement la Turquie, pays candidat, a menacé de boycotter toute réunion présidée par les Chypriotes (grecs), ne reconnaissant pas le gouvernement. Les Chypriotes attendent donc de l’Union européenne une solidarité sans faille. Lors de sa visite à Chypre, en juin, le président du Conseil européen Herman Van Rompuy est venu au secours de la présidence chypriote. « La présidence tournante est une partie fondamentale d’un tout, de l’Union européenne et doit être respecté par tous » a-t-il assuré. Du coup c’est la Commission européenne qui assurera le suivi des négociations d’adhésion (qui tournent, il est vrai, au ralenti) à l’aide de ce qu’on nomme un “agenda positif”.

Une Syrie : entre vacuum et explosion

L’ile est située à quelques encablures de la Syrie (située à moins de 150 km des côtes). C’est une réalité géopolitique qu’on a pas tendance à voir de l’autre coté du continent. Mais la Syrie est d’abord « un voisin », comme le confie un diplomate de l’ile à B2.  La crainte de la présidence chypriote est réellement d’avoir une explosion syrienne dans les mois prochains.  « Si cela explose réellement on sera en première ligne. On peut alors oublier tous les autres dossiers. » Cette crainte concerne la répercussion sur les pays voisins (Liban…) mais aussi l’arrivée d’une immigration par voie de mer ou par voie de terre (via Chypre nord).

D’où la prudence à pas de velours de Chypre sur le sujet, confirmée par un de nos interlocuteurs. « Il faut être très prudent. » Si la situation paraissait dramatique il y a quelques temps, elle paraissait sous contrôle, aujourd’hui cela ne semble plus le cas. Et pour l’ile, qui abrite deux bases militaires britanniques, il ne peut y « avoir d’action sans résolution du Conseil de sécurité ». L’ile a toujours été un réceptacle de dirigeants en exil du Proche Orient et de négociations discrètes.

« La grosse question aujourd’hui est de savoir qui va remplacer le dirigeant actuel. On ne peut pas créer un vacuum. On ne peut pas avoir un nouvel Iran. » Ce qui se passe en Egypte n’est pas pour rassurer. «L’opposition (syrienne) reste très divisée. »

La crise grecque par répercussion

Après avoir pu échappé à la crise économique, Chypre est frappée de plein fouet par la réaction en chaîne, ses banques étant étroitement liées au réseau bancaire (*). Et le gouvernement a dû se résoudre à demander l’aide européenne, tout en faisant le tour d’autres potentiels donneurs de crédits, moins exigeants comme les Russes ou Chinois. …Malgré tout l’ile recèle un potentiel de richesse, avec la découverte de gisements gaziers au large, exploités en commun avec Israël. Ce qui n’est pas fait pour calmer certaines rivalités régionales.

Bref on risque de ne pas s’ennuyer avec cette présidence atypique.

(*) Chypre n’est pas le pays “pauvre” vivant aux crochets de l’Europe que certains pourraient décrire, l’ile est classée parmi les “contributeurs nets” de l’Union européenne – contribuant plus à l’UE qu’elle ne reçoit.

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Armes, frontières, police : les enjeux de la sécurité en Libye (vice-Premier ministre libyen)

Mustafa Abushagur à la commission AFET du Parlement Européen le 15 mai 2012 (Crédit: Parlement Européen)

(BRUXELLES2) La sécurité aux frontières et le contrôle des stocks d’armes : voilà les deux priorités en termes de sécurité retenues par le vice-premier ministre libyen, Mustafa Abushagur, qui s’entretenait hier avec les députés membres de la commission des Affaires étrangères du Parlement européen. Pour cela, il faut réussir à bâtir une armée et une police, en intégrant les milices autonomes. Le soutien de l’UE est nécessaire et apprécié.

La sécurité des frontières: à construire ex nihilo

Avec 4000km de frontières terrestres et 2000km en mer, cette question n’est pas anodine. C’est même une priorité « pour empêcher l’immigration massive et le trafic d’armes et d’êtres humains », selon le ministre. Mais c’est aussi un défi considérable. « La police des frontières [est] inexistante ». Il faut la créer « à partir de rien ». C’est ce que nous faisons, dit Mustafa Abushagur, en intégrant « les jeunes qui ont participé à la révolution ». Et avec l’aide de l’UE, qui a déployé une mission d’évaluation des besoins. En particulier pour les frontières du Sud. « C’est là où passe le gros de l’immigration ». Et pour les Européens, c’est là ce qui les concerne en priorité. « Nous voulons empêcher de nouveaux flux d’immigration illégale et de nouvelles tragédies dans la mer Méditerranée » avait affirmé lundi (14 mai) le ministre italien des affaires étrangères Giulio Terzi. Selon lui, les Européens comprennent le « besoin urgent » qu’il y a à prévenir cette immigration plutôt qu’à la combattre après coup.

Le contrôle des stocks d’armes: éviter le char dans le jardin

Pour le gouvernement de transition, et pour l’avenir du pays plus généralement, le contrôle des armes « après huit mois de conflit armé » où tous les Libyens ont été impliqués d’une façon ou d’une autre, est également une priorité pour la sécurité. Selon le Ministre, presque tous les foyers libyens se retrouvent avec des armes chez eux. « Certains ont même un char dans leur jardin ». Il y a donc « beaucoup d’armes dans la nature“. Le gouvernement s’est d’abord concentré sur les armes lourdes présentes dans les villes « car ce sont les plus dangereuses ». « Un grand nombre de mesures » ont été prises si bien que « il y en a pratiquement plus », affirme Mustafa Abushagur. Étape suivante:  « nous travaillons avec la police militaire pour établir des points de contrôle pour confisquer les armes lourdes » dans le reste du pays. Et ici, on rejoint la question des frontières, où le contrôle des armes est « plus difficile ». La coopération avec les pays voisins n’est forcément facile non plus. Par exemple, l’Algérie a été « tatillonne » pour reconnaître la révolution. De manière générale, c’est le problème du manque de ressources que pointe le ministre.

Des capacités libyennes en forces de sécurité limitées : intégrer les milices

L’enjeu pour l’avenir est donc de bâtir une police et une armée modernes « capables de protéger les intérêts du pays ». En ce qui concerne la police, des structures existent déjà, le problème est de les reconstruire, de les faire revivre.

Ainsi, le gouvernement continuer à payer le salaire de 160 000 policiers « mais il faut qu’ils reviennent au travail sinon nous couperons les salaires ». Pour l’armée, il faut par contre repartir de zéro, créer les structures et trouver les effectifs. Il y a un besoin de réconciliation entre les différents acteurs de la révolution. En particulier, la difficulté est de donner une cohésion aux forces de sécurité du pays. Il faut donc intégrer les milices autonomes et les Touaregs, qui représentent un quart de million de personnes. C’est « important car ils ont participé à la révolution ». Il faut savoir ce qu’elles veulent. « Nous aimerions qu’elles se rencontrent afin de discuter de ce qu’elles veulent faire dans le futur ».

Sur les 750 000, 230 000 ont déjà été enregistrées sur les listes électorales, se félicite le ministre. Ce qui a permis d’avoir des informations sur leur projet: 30% voudraient participer à l’armée ou à la police, 35% voudraient exercer une profession libérale (“très bien pour relancer l’économie »). Plusieurs ateliers ont été organisés pour leur intégration, avec l’aide et l’expertise de l’UE. Le ministre souligne d’ailleurs les efforts déjà déployés par l’UE pour bâtir des forces de sécurité modernes en Libye.
Comme l’ont remarqué les eurodéputés, un des moyens de renforcer les capacités libyennes passe par la réappropriation des finances accaparées par Kadhafi et éparpillées dans le monde entier.

Voir la vidéo de l’échange de vues

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“Boat people” en Méditerranée: l’OTAN dément, les pays se renvoient la balle

“Boat people” en Méditerranée: l’OTAN dément, les pays se renvoient la balle

Un "boat people" au large de la Libye en mars 2011 (Crédits: OTAN)

(BRUXELLES2) Face à la tragique errance du bateau de migrants africains, parti de Libye en mars 2011, qui s’était finalement soldée par la mort de presque la totalité de ses passagers  (63 sur 72 embarqués), les responsables semblent se défiler.

La députée néerlandaise Tineke Strik (membre de GroenLinks et également docteur en droit international de la migration), qui a rédigé le rapport pour le Conseil de l’Europe, a reconstitué le trajet précis des migrants (lire ici) et ses conclusions sont formelles. Il y a bien eu non assistance à personne en danger.

Durant cette errance – qui a duré une dizaine de jours, avant de revenir quasiment au point de départ – les migrants de diverses origines africaines ont croisé d’abord un avion (peut-être français), puis un hélicoptère (de nationalité inconnue, peut-être britannique) et un navire militaire (de nationalité inconnue) et deux bateaux de pêche (l’un peut-être italien, l’autre peut-être tunisien). A aucun moment ils n’ont cependant été secourus et mis à l’abri. Pour Tineke Strik, il y a clairement une responsabilité des forces présentes dans la zone, qu’elles soient civiles ou militaires, sous commandement de l’OTAN ou national.

Une faute sinon juridique (*) au moins morale de n’avoir pas réagi aux signaux de détresse relayés par le centre de coordination du sauvetage italien (Maritime Rescue Coordination Centre Rome – MRCC). Le rapport affirme ainsi que “au moins deux navires participant aux opérations de l’OTAN se trouvaient dans les parages“: la frégate espagnole Mendez Nunez (F-104) qui était à 11 miles et le patrouilleur italien ITS Borsini (P-491) qui était à 37 miles. Soit à moins d’une ou deux heures de route… Mais aucun des Etats et organisations interrogées n’a reconnu de responsabilité.

L’OTAN et les Etats se renvoient toute responsabilité

L’OTAN dément cependant avoir manqué à son devoir. Dans une lettre adressée à la rapporteure (le 27 mars), l’Alliance atlantique rejette la responsabilité sur le centre italien de secours. « La requête pour information contenue dans le fax envoyé par le MRCC (…) n’était pas une requête formelle d’assistance ou un “appel de détresse” (et était) imprécise » explique Stephen Evans, le secrétaire général adjoint aux opérations (NB : on peut avoir quelques doutes sur cette interprétation, voir § suivant). « Malgré cela (…) elle a été transférée aux unités de la Task Force de l’OTAN qui étaient sous son contrôle opérationnel » (OpCon) précise-t-il.

Il détaille également que des trois navires italiens engagés, un seul se trouvait à proximité, l’ITS Borsini à 37 miles. Une position non démentie par les autorités italiennes qui affirment que leurs navires n’ont jamais repéré l’embarcation. Deux autres navires italiens étaient sous commandement de l’OTAN : l’ITS Etna qui a effectué une opération de Search and Rescue le 26 mars, sauvant 243 réfugiés. Et se trouvait le 27 mars à 155 miles de la position mentionnée par le MRCC. « L’hélicoptère du bord n’a jamais établi de contact avec des navires en difficultés et n’a jamais distribué de la nourriture ou du matériel aux bateaux avec de telles personnes à bord » précise-t-il. L’autre navire italien opérant dans la zone était l’ITS Garibaldi qui se situait à 120 / 150 miles nautiques de la position mentionnée.

L’OTAN dément également toute imprévision. L’organisation mentionne des contacts réguliers entre le SHAPE (le quartier général de l’OTAN à Mons) et les différentes agences en charge du sauvetage maritime, en particulier l’Organisation Internationale pour les Migrations et le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations Unies. Il rappelle que durant l’opération Unified Protector, environ 600 migrants en détresse en mer ont été sauvés par l’OTAN, et “beaucoup plus indirectement“. “Dans tous les cas, les navires militaires de l’OTAN ont fait tout ce qu’ils ont pu pour répondre aux appels de détresse et fournir de l’assistance quand nécessaire” explique-t-il.

Coté espagnol, on nie avoir reçu l’appel de détresse de la part ni des Italiens ni de l’OTAN, selon les autorités espagnoles, qui rappellent que tous les vaisseaux espagnols sont bien au courant de leurs obligations et qu’ils ont participé à plusieurs reprises à des opérations de recherche et secours (dont deux le 26 et 27 mars)… “Si l’OTAN dit qu’il y a eu un message, alors ils devraient pouvoir le prouver” a déclaré le ministre de la défense espagnol à ce sujet. De plus, dans une réponse directe à Me Strik du 6 mars 2012, le ministre de la défense espagnol nie le fait que le Mendez Nunez ait jamais été à 11 miles du bateau en détresse.

Plusieurs messages d’alerte

On peut avoir quelques doutes sur l’interprétation du secrétaire général adjoint de l’OTAN au vu des documents fournis par le MRCC italien.

Alerté par le prêtre érythréen Zerai qui a eu au téléphone satellitaire les réfugiés, depuis leur bateau, les Italiens rappellent sur ce numéro, puis la communication étant coupée demandent à l’opération satellitaire de localiser le bateau. Une fois cette localisation faite, ils lancent un appel qualifié “détresse” sur le réseau Immarsat-C

Ils alertent également par fax le MRCC de Malte, le QG de l’opération Frontex et  le commandement de l’OTAN à Naples. Ce fax est effectivement moins explicite. Mais il est à mettre au regard des autres messages envoyés, avant et après.

Le lendemain (28 mars), ils lancent un nouveau message d’alerte “Hydrolant” sans équivoque, évoquant un “besoin d’assistance”.

Nb : Il faut aussi rappeler que la journée des 26 et 27 mars a été une journée “horribilis” pour les forces de secours italiennes.  Entre le 26 et le 28 mars, les autorite?s italiennes ont fait face « a? des incidents impliquant quelque 4300 personnes – dont plus de 2200 ont e?te? assiste?es en mer, et environ 2000 sauve?es en situation de de?tresse ». « Durant la pe?riode en question, les unite?s travaillaient 24 heures sur 24, enregistrant sur une seule journe?e entre 20 et 25 incidents ne?cessitant une intervention » précise le MRCC de Rome. Et la « priorite? allait au grand nombre d’incidents survenant dans la zone SAR de l’Italie pluto?t qu’a? ceux se produisant ailleurs ».

Le Charles de Gaulle impliqué ? Démenti des français

Deux faits sont particulièrement inquiétants et restent inexpliqués: « un point particulièrement troublant (…) est l’absence inquiétante d’intervention de la part d’un hélicoptère militaire et d’un gros bâtiment de la marine pour secourir le bateau après que ces unités l’aient croisé et soient entrées en contact avec lui. » En effet, les survivants s’accordent pour dire que “ils ont dérivé tout près d’un très grand navire militaire – peut-être un porte-avions ou tout au moins un vaisseau équipé d’installations pour hélicoptères“. The Guardian avait évoqué le porte-avions français Charles De Gaulle dès son premier article, qui avait révélé toute l’affaire en mai 2011. Une plainte contre X a d’ailleurs été déposée, le 11 avril, devant le Tribunal de grande instance de Paris, dans sa formation spécialisée en matière militaire, par des groupements de défense des immigrés dont le Gisti en France (lire icitélécharger le texte de la plainte) « pour omission de porter secours à personnes en péril ». « Il appartiendra à la justice française de faire la lumière sur la responsabilité de l’armée française qui, engagée en Libye pour protéger les populations civiles, a omis de se porter au secours de ces exilés » explique l’ONG.

Cette hypothèse a tout de suite été démentie par les Français: “Le Charles-de-Gaulle ne s’est jamais trouvé à moins de 200 kilomètres de Tripoli, alors qu’ils annoncent ce bateau à 60 milles nautiques, soit 110 km, de Tripoli” avait expliqué un porte-parole de l’armée française. Dans sa réponse à Mme Strik du 5 mars 2012, le ministre français de la Défense, Gérard Longuet, déclare que le seul navire français à avoir croisé un bateau de migrants au moment donné ait été le Meuse, un ravitailleur. Mais la position ne correspondait pas à celle donnée par le MRCC italien et le bateau en question “n’était pas en difficulté “.

En outre, un hélicoptère militaire serait venu à la rencontre des réfugiés et leur aurait envoyé des biscuits et de l’eau, puis serait reparti pour ne jamais revenir. Il pourrait s’agir d’un Lynx de l’Army britannique, d’après un rapport indépendant (demandé par les ONG qui s’apprêtent à porter plainte) réalisé par des chercheurs de l’Université de Londres.  Pas de réponse du ministère de la défense britannique pour l’instant.

L’UE botte en touche, le Royaume-Uni et Etats-Unis aux abonnés absents

L’enquête n’est pas terminée, “des informations supplémentaires sont également demandées à l’OTAN et aux Etats membres impliqués“, notamment sur la question du navire et de l’hélicoptère “fantômes”. Un certain nombre d’Etats (Canada, France, Gre?ce, Italie, Roumanie et Turquie) ont re?pondu à la rapportrice, « indiquant ne pas avoir eu de navire militaire dans le secteur durant la pe?riode spe?cifique en question ». Le ministère italien a renvoyé sur l’OTAN. « Le Royaume-Uni et les Etats-Unis n’ont pas encore re?pondu ». Plutôt étonnant pour un pays qui a sans doute fait fuité l’information (fausse ?) sur le Charles de Gaulle.

Quant à l’Union européenne, elle a été interrogée par le biais de l’Agence Frontex et sur les données satellitaires. Mais elle botte en touche… Le directeur de Frontex, Ilkka Laitinen, considère qu’il est « difficile de fournir les « positions exactes des navires entre le 22 ars et le 10 avril car ils bougeaient tout le temps » ; ce faisant il ne dément qu’ils auraient pu être dans la zone. Il préfère rappeler que durant l’opération EPN Hermès 2011, 23.192 migrants en détresse ont été sauvés lors de 241 actions de recherche et secours. En ce qui concerne le Centre satellitaire européen (EUSC), « il n’a aucune donnée disponible car l’EUSC était occupé à recueillir des informations sur la situation humanitaire aux frontières avec la Tunisie et l’Egypte et autour des ports de Janzour et Tripoli » a répondu Catherine Ashton, la Haute représentante dans une lettre datée du 19 mars 2012. Elle conseille d’ailleurs de se tourner vers l’OTAN car « toute la zone à moins de 130 km des cotes libyennes était durant cette période (couverte) par l’opération “Unified protector” de l’OTAN ».

(*) Le bateau se trouvait en grande partie apparemment dans la zone de secours et recherche (SAR) libyenne et, selon le droit maritime, c’était au centre libyen de coordonner les secours. Quant à la résolution de l’ONU, elle ne proclame pas sur mer une zone d’exclusion maritime – sous contrôle international – contrairement au niveau aérien. La mer restait donc sous contrôle libyen et non international.

A suivre : la trajectoire du navire maudit – quelques leçons à tirer…

Lire aussi:

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La trajectoire du navire maudit

(BRUXELLES2) Voici tel que reconstitué par le Centre de recherches architecturales, Goldsmiths, le trajet du navire (en vue d’un rapport qui sera publie? en avril) 2012, et que mentionne Tineke Strik dans son rapport

  • Le 27 mars 2011, entre 00h00 et 02h00 GMT, le bateau migrants quitte le port de Tripoli avec 72 personnes a? bord.
  • (A) Apre?s s’e?tre dirige?s vers Lampedusa pendant quinze a? dix-huit heures, les migrants envoient un signal de de?tresse par te?le?phone satellite. Le bateau est localise? par GPS a? 16h52 GMT le 27 mars 2011 a? la position LAT 33 58.2 N – LON 12 55.8 E par l’ope?rateur de te?le?phone satellite Thuraya. Peu apre?s ce signal, les gardes-co?tes italiens lancent un Appel de Groupe Ame?liore? (AGA) signalant le bateau en de?tresse et diffusent ses coordonne?es ge?ographiques.
  • (B) Le bateau navigue pendant environ deux heures avant d’e?tre survole? par un he?licopte?re. Apre?s cette rencontre, le te?le?phone satellite est jete? a? l’eau. Le dernier signal de?tecte? par l’ope?rateur satellite est LAT 34 07.11 N – LON 12 53.24 E a? 19h08 GMT le 27 mars 2011. Cette position correspond donc probablement a? celle de la rencontre avec l’he?licopte?re. Le bateau demeure approximativement dans la me?me zone pendant quatre a? six heures avant de recevoir la visite d’un he?licopte?re militaire, qui lui envoie de l’eau et des biscuits avant de repartir. Sans trop bouger de leur position correspondant au dernier signal envoye?, les migrants croisent plusieurs bateaux de pe?che, qui ne leur portent pas assistance. Ils de?cident alors de poursuivre leur route entre 00h00 et 01h00 GMT et continuent sans doute direction N-NO vers Lampedusa pendant cinq a? huit heures, a? une vitesse estime?e de 4,43 nœuds (la vitesse moyenne maintenue pendant la navigation de Tripoli au point A).
  • (C) Le bateau tombe en panne d’essence et commence a? de?river dans un rayon de 8 milles nautiques (indique? par une ombre blanche) de la position 34 24.792 N – 12 48.576 E a? environ 07h00 GMT le 28 mars.
  • (D) Le bateau de?rive (la de?rive estime?e du bateau e?tait plus fortement domine?e par les vents sud-est) et, entre le 3 et le 5 avril, les migrants croisent un ba?timent militaire qui ne leur porte absolument pas secours.
  • Le 10 avril 2011, le bateau accoste a? nouveau a? Zlitan. Au moment du de?barquement, 11 migrants sont toujours vivants. Deux de?ce?deront peu de temps apre?s.

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Des trafiquants d’êtres humains condamnés au Kosovo

(BRUXELLES2) Le tribunal de Pristina, composé d’un panel mixte de juges kosovars et européens d’EULEX, a rendu son verdict dans l’affaire dite de la Tisza River de crime organisé et de trafic d’êtres humains. Les accusés avaient organisé un trafic de migrants illégaux entre le Kosovo, la Serbie et la Hongrie. L’histoire s’était finie tragiquement le 14 octobre 2009, la barge transportant 18 personnes s’était renversée lors de la traversée de la Tisza River et la plupart (15) des immigrants avait péri. Seul un homme et ses deux enfants avaient survécu.

Sept personnes étaient jugées : 2 des accusés ont été reconnus comme les investigateurs du trafic et condamnés respectivement à 17 et 19 ans de prison, ainsi qu’à 200.000 et 250.000 euros d’amende. 4 autres accusés ont été condamnés à des peines s’étalant entre 2 ans avec sursis et 8 ans de prison. Un accusé a été reconnu non coupable.

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Le HCR appelle l’Europe à améliorer l’aide aux réfugiés libyens en mer

(BRUXELLES2) C’est un “appel urgent” du Haut commissariat pour les réfugiés de l’ONU. La porte-parole du HCR, Melissa Fleming, a lancé un « appel aux nations européennes pour leur demander d’améliorer d’urgence les mécanismes de sauvetage en mer. Nous lançons aussi un appel aux capitaines de navire pour qu’ils aient une vigilance accrue et continuent d’agir selon la règle traditionnelle d’aide aux personnes en détresse en mer ».

Cet appel survient alors que plusieurs témoignages font écho de naufrages de bateaux en Méditerranée. Des réfugiés arrivés à Lampedusa ont signalé le naufrage d’un bateau, celui-ci « avait à son bord 600 personnes et n’a pas été retrouvé alors qu’il a quitté Tripoli vendredi dernier » a expliqué Flemming. Tandis qu’un autre témoignage, celui d’« un haut diplomate somalien à Tripoli fait état de 16 corps découverts (…) le nombre exact de morts est inconnu » a-t-elle ajouté. Un chiffre qui s’ajoute aux 800 personnes dont on reste sans nouvelles, selon le HCR, et ont vraisemblablement péri.

Une Europe égoïste et aveugle se plaint le HCR

L’Europe a accueilli « moins de 2 % de la population fuyant la Libye suite au conflit », explique le HCR. 35 bateaux transportant 12.360 personnes ont atteint les côtes européennes selon le HCR, 11.230 arrivant en Italie et 1.130 Malte. Un chiffre à rapprocher des 740.000 personnes – dont près 250.000 Libyens – qui ont déjà fui et ont été accueillis en Tunisie (pour l’essentiel), en Egypte ou au Niger.

Mais le nombre de migrants, fuyant par la mer, Tripoli notamment, augmente rapidement. Rien que samedi et dimanche, 2400 personnes sont arrivées. Et l’Union européenne n’a pas, pour l’instant, montré de réponse à la hauteur des enjeux en matière d’accueil des réfugiés ou migrants. Le HCR avait lancé un premier appel, le mois dernier, aux Etats européens pour qu’ils mettent en place de toute urgence des « mécanismes plus efficaces et fiables, pour assurer le sauvetage en mer en Méditerranée. Nous réitérons cet appel aujourd’hui » a expliqué Flemming.

Que fait la mission Frontex ?

Précisons que l’Union européenne a déployé au large des côtes européennes, et notamment de Lampedusa, proche de la Libye, une mission de surveillance, composée de navires et d’avions de gardes-côtes de plusieurs pays. Cette mission coordonnée par l’agence de surveillance aux frontières (Frontex) a normalement dans son objectif de surveiller les migrations et, par obligation internationale d’assister les réfugiés. Et il serait étonnant de savoir si ces gardes-côtes ont eu connaissance de navires qui ont fait naufrage. Et sinon, pourquoi ils n’en ont pas eu connaissance. Nous avons posé – à quelques journalistes – la question à la Commission européenne. Nous attendons la réponse…

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Frontex déclenche l’opération « Hermes » sur Lampedusa (Maj)

Policiers déployés entre Grèce et Turquie lors de l'opération Rabbit à l'été 2010 (crédit : Frontex)

(mis à jour mardi) 4 avions, 2 hélicoptères, 2 bateaux et une trentaine d’experts au sol.. L’agence européenne de surveillance des frontières (Frontex), basée à Varsovie, vient de déclencher l’opération “Hermes 2011″ destinée à venir en aide aux autorités italiennes qui doivent faire face à un afflux de réfugiés.

Une trentaine d’experts de France, Espagne, Belgique, Portugal, Allemagne, Autriche, Pays-Bas, Roumanie,  Malte, Suède, Suisse participeront à cette opération. L’Italie fournit des moyens navals et aériens. Le reste des moyens aériens est fourni par la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, Malte, l’Espagne. « En cas de besoin plus d’hommes et moyens pourront être mis a disposition dans les prochaines semaines » a précisé, à Bruxelles2, un expert du dossier.

L’opération a démarré dimanche avec le déploiement d’experts chargés du debriefing et screening. Leur tâche sera essentiellement de recueillir des informations et leur analyse, afin de « formuler des hypothèses concernant les nationalités des migrants, permettre la détection précoce et la prévention de possibles activités criminelles aux frontières extérieures de l’UE » indique l’Agence Frontex. L’étape suivante verra la fourniture d’une assistance pour organiser le retour dans les pays d’origine. Cette mission n’est qu’une « partie de l’effort européen » a précisé la commissaire aux Affaires intérieures, Cecilia Malmström, qui inclut « une coopération avec les autorités tunisiennes, l’identification d’enveloppes financières d’urgence et l’assistance par Europol ». Les coûts sont pris en charge sur le budget communautaire de Frontex.

Sur cette carte vous pouvez situer l'ile de Lampedusa à mi chemin entre la cote tunisienne et l'ile de Malte, la Lybie n'est pas loin (crédit : Michelin)

On peut effectivement avoir quelques doutes sur l’arrivée soudaine de ces réfugiés. Environ 6000 réfugiés provenant d’Afrique du Nord sont arrivés le dernier mois en Italie, essentiellement de Tunisie (dont 3000 depuis le 11 février, alors qu’ils n’étaient que 14 à être arrivés en 2011 avant cette date). Et il parait nécessaire d’identifier la source de cette provenance. Certains regards se tournent notamment vers la Lybie (qui a toujours soutenu le régime Ben Ali). Le flot d’immigration venant du sud s’était tari au point que Malte avait décidé, début février, de ne pas participer (pour la seconde année consécutive) à l’opération “Nautilus” qui voyait des patrouilles maritimes communes en Méditerranée centrale.

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