Histoire

50 ans en l’air, ensemble…

Deux Transall atterrissent au Bourget (crédit : Bundeswehr)

(BRUXELLES2) Le 25 février 1963… un premier vol du Transall, l’avion franco-allemand prenait l’air. 55 minutes de vol à partir de l’aéroport de Melun-Villaroche, pour le C160 V1 aux mains du pilote d’essai Jean Lanvario. L’avion entrera ensuite dans l’armée de l’air (française) en 1967, remplaçant le Noratlas (ou Nord 2501). « Nul n’imaginait vraiment à l’époque que 50 ans après, il volerait toujours et servirait en opération » affirme un officier (amoureux de cet avion). Un propos que j’ai retrouvé chez nombre de pilotes qui ont pris les commandes de cet avion, plein de charme, malgré ses pannes de plus en plus nombreuses, l’âge venant. Et depuis, il a volé par tout temps, sur tous les terrains… Avec une préférence pour l’Afrique. Pour le 1er lieutenant Daniel Weiter, copilote sur cet avion. « C’est simple. Le Transall aime le climat chaud de l’Afrique ».

Vol anniversaire

Pour fêter cette longévité, un vol souvenir a pris l’air pour relier Saint Denis à La Réunion. Aux commandes un équipage de l’Air Transport Wing 61 (ATW61) qui a décollé de Penzing en Bavière sur un avion qui n’a pas 50 ans d’âge mais 42 ans ! Destination : Hyères pour charger un hélicoptère Panther destiné aux forces armées françaises de l’Océan indien. Un vol préparé et “taské” par EATC, le commandement européen du transport aérien.

Le vol a dû être modifié à la dernière minute. L’Autriche n’a pas accordé d’autorisation de survol. De sorte que le vol a dû être redirigé sur la Suisse. Sur place, l’équipe est rodée. Il ne faut que deux heures aux équipes françaises et allemande pour charger l’hélicoptère de 5 tonnes, ainsi que son rotor dans le Transall. Mais il ne reste plus beaucoup de place dans le Transall, toute la soute est occupée par l’engin. Ainsi qu’en témoigne un officier. « Les sièges sont très rares, et le personnel de soute a besoin de beaucoup d’imagination pour trouver une position confortable de couchage pendant le vol. »

La Crète, le Yemen, Djibouti, les Seychelles … et la Réunion

Première escale : l’île de Crète. Avec une dernière incertitude pour obtenir l’autorisation de survol du Yémen qui, finalement, est accordée. L’avion est ravitaillé, prêt au décollage. Et il reprend l’air le lendemain, direction : Djibouti. « Le vent est favorable. Et il est donc possible – après des calculs serrés de carburant de voler non-stop vers Djibouti sans avoir à faire le plein à Jeddah en Arabie Saoudite. » Le troisième jour de vol s’effectue en direction des Seychelles. Avec une arrivée… sous la pluie. Et désinfection obligatoire à l’arrivée. Comme tout avion, le Transall doit être désinfecté. Les agents de la santé publique investissent l’appareil et pulvérisent un désinfectant qui doit agir pendant dix minutes, toutes portes et fenêtres fermées. Le quatrième jour est le bon, avec l’arrivée à l’île de la Réunion après un total de 25 heures de vol.

Le déchargement de l’hélicoptère Panther ne prend même pas une heure. Pour le remonter et le rendre prêt au service, il faudra un peu plus de temps — deux jours entiers. Pendant ce temps, c’est un autre Panther qui est chargé pour être ramené en France. Quelques (inévitables) problèmes techniques retardent (un peu) le vol de retour. Ce Transall n’est plus tout jeune, 42 ans de service… Mais en 30 mns tout est réglé – affirme l’officier allemand – ravi de « la bonne coopération entre le mécanicien de vol allemand, le technicien de service et les évaluateurs français du C-160 ».

Le vol de retour s’effectue selon un trajet alternatif : « les Seychelles, la Somalie (avec les cabanes en tôle ondulée scintillantes de Mogadiscio), l’Ethiopie, Djibouti, l’Arabie Saoudite, l’Egypte — avec une vue fantastique sur la bande verte de la rivière du Nil qui traverse le désert brun du Sahara —, la Grèce, l’Italie et Hyères », décrit le lieutenant Weiter. « Moins d’une heure après l’atterrissage, l’hélicoptère a été déchargé avec l’aide du personnel français de transbordement de fret aérien ». Puis retour à la maison en Bavière, en attendant une autre mission…

NB : Pendant ce temps, les Transall français effectuent rotation sur rotation au Mali. Le vol de 11 jours du Transall allemand a ainsi dégagé d’une mission longue les avions français

Airstrip to the shore

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Il y a 20 ans, Petersberg, et ses missions

(BRUXELLES2) C’est en ce mois de juin 1992, le 19 exactement, sur les hauteurs de Bonn, dans un hôtel qui est aussi la résidence des hôtes, que le gouvernement de la république fédérale d’Allemagne, récemment réunifiée, reçoit ses homologues européens de l’UEO – l’Union de l’Europe occidentale.

Les dirigeants européens bousculés par la situation de guerre en ex-Yougoslavie et mis au pilori dans leur opinion publique pour leur inaction décident de se doter, dans la foulée du Traité de Maastricht, conclu six mois auparavant (en décembre 1991), d’une doctrine autonome d’action pour le maintien de la paix. Les ministres des affaires étrangères et de la défense de l’Union de l’Europe occidentale (UEO) affirment ainsi leur intention de mettre des moyens militaires à la disposition de l’organisation en cas de besoin, dans des opérations de maintien de la paix sous l’autorité politique de la CSCE ou de l’ONU.

Ces unités pourraient être utilisées « pour des missions humanitaires ou d’évacuation de ressortissants ; des missions de maintien de la paix ; des missions de forces de combat pour la gestion des crises, y compris des opérations de rétablissement de la paix » est-il ainsi précisé en plus de la contribution a? la de?fense commune dans le cadre de l’application des clauses de solidarité – qu’elle soit issue de l’article 5 du Traité de l’Alliance atlantique ou du Traité de Bruxelles (UEO) – . Cette de?finition des missions de Petersberg sera ensuite reprise et inte?gre?e dans le Traite? d’Amsterdam (article J.7), puis de Nice  (article 17) et enfin de Lisbonne (article 42 TUE) en étant légèrement étendues à d’autres missions. La première application de cet engagement sera la contribution de l’UEO aux opérations d’embargo contre la Serbie-Monténégro décidée par l’Onu en juillet.

Mesures opérationnelles

Cette déclaration s’accompagne d’une série de mesures opérationnelles et organisationnelles, visant plus généralement à renforcer le pilier “défense” des Européens au sein de l’UEO.

Tous les États membres de l’UEO conviennent ainsi de désigner « sous peu les unités militaires et les états-majors qu’ils seraient prêts à mettre à la disposition de l’UEO pour ses diverses missions éventuelles ». Et d’organiser également « l’entraînement des capacités appropriées qui permettront le déploiement terrestre, maritime ou aérien des unités militaires de l’UEO ».

Une cellule de planification est mise en place le 1er octobre 1992 à Bruxelles au sein du Conseil chargée de préparer des plans de circonstance pour l’emploi de forces sous l’égide de l’UEO, de préparer des recommandations pour les dispositions nécessaires en matière de commandement, de conduite des opérations de transmissions, y compris les instructions permanentes pour les états-majors qui pourraient être choisis, d’établir un inventaire actualisé des forces et des groupes de forces susceptibles d’être affectés à l’UEO pour des opérations spécifiques. C’est ni plus ni moins un embryon d’Etat-Major. 20 ans après, on n’y est pas encore tout à fait ! Ou plutôt l’instrument existe mais il est laissé en jachère…

Mesures organisationnelles

Il est aussi décidé que les Chefs d’état-major des armées se réuniraient deux fois par an avant les Conseils des ministres ordinaires, et de façon ad hoc chaque fois que cela sera nécessaire. De même certaines fonctions de l’Eurogroupe (*) pourraient être transférées à l’UEO. L’inauguration du Centre satellitaire expérimental de l’UEO à Torrejon est confirmée. Un dialogue avec les pays du Maghreb est entamé avec pour objectif la sécurité en Méditerranée,

(*) L’Eurogroupe ne désigne pas alors les ministres des finances de la Zone Euro mais les ministres de défense européens au sein de l’Alliance atlantique… Eh oui les noms restent mais changent de fonction :-)

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L’Irlande pardonne à ses “déserteurs”. Enfin…

Signe "EIRE" inscrit sur le sol Irlandais dans le Donegal afin d'informer les bombardiers de la neutralité de l'Irlande (source: wikipédia)

(BRUXELLES2) Il a fallu presque 70 ans après la fin de la seconde guerre mondiale pour que l’Irlande accorde officiellement son pardon aux “déserteurs”. Le gouvernement irlandais a en effet annoncé hier (mardi 12 juin), sa décision d’absoudre ses soldiersqui avaient quitté l’armée irlandaise pour rejoindre l’armée britannique et combattre, aux cotés des alliés, des déserts africains jusqu’à la jungle de Birmanie en passant par les plages de Normandie.

« Au nom de l’Etat, le gouvernement s’excuse de la manière dont ces membres des Forces de la Défense qui sont partis pour combattre aux côtés des Alliés durant la Seconde Guerre Mondiale, de 1939 à 1945, ont été traités après la Guerre par l’Etat » a ainsi affirmé le Ministre de la Défense, de la Justice et de l’Egalité irlandais, Alan Shetter, s’exprimant devant le parlement.

A l’époque, l’Irlande était neutre dans ce conflit mais quelques 5000 soldats avaient décidé de “déserter”, non pas pour fuir le combat mais, au contraire, pour le continuer, aux côtés des britanniques et des autres alliés. A la fin de la guerre, en revenant chez eux, ils ont eu la mauvaise surprise d’avoir été déclarés “traîtres” et “déserteurs”. Pire, ils se sont vus inscrits sur une sorte de liste noire officielle, leur interdisant toute embauche dans les services publics, ainsi que tout accès, pour eux et leurs familles, aux services sociaux (chômage, retraite, pensions en cas de mort de leur compagne, etc) et ce, pendant sept ans. Mais outre les aspects matériels, c’est la stigmatisation comme traîtres à leur patrie qui a été une longue humiliation pour ces soldats, qui ailleurs, auraient sûrement été considérés comme des héros.

L’Irlande, en effet, avait décidé de rester neutre, affirmant que c’était là le seul moyen de garantir la pérennité de l’indépendance vis-à-vis du voisin britannique. Ayant encore en tête le souvenir de la Guerre Civile et la répression brutale et “vicieuse” menée par Londres, le gouvernement irlandais voyait d’un très mauvais œil une quelconque alliance avec l’ancien colon. Ce qui permet de “comprendre” la position du gouvernement irlandais pendant longtemps (mais bien sûr, est-il besoin de le rappeler, “comprendre n’est pas justifier”). Si ce pardon ne change pas l’Histoire, il permet aux vétérans et à leurs familles, qui ont mené campagne pour ce pardon, de rétablir une forme de justice en faisant reconnaître officiellement le rôle joué par ces soldats durant la guerre. Et de passer à autre chose. Aujourd’hui il ne reste plus qu’une centaine de ces vétérans.

Pour lire ou écouter un témoignage, ici. La déclaration du gouvernement, c’est la.

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Il y a 20 ans, les Douze étaient bien divisés sur la PESC

Nous sommes le 6 et 7 octobre. Les ministres des Affaires étrangères des Douze se réunissent à Venise, avec sur leur agenda, la création d’une politique étrangère et de sécurité commune.

Un pays s’y oppose, comme le raconte le correspondant du Monde, Philippe Lemaitre : le Royaume-Uni. Deux demeurent réticents : l’Irlande et le Danemark. Le premier en raison de sa politique de neutralité. Le second par réticence naturelle et problème interne. Mais ils ne sont pas les seuls à manquer d’enthousiasme. Le Ministre des affaires étrangères allemand, Hans-Dietrich Genscher tue la PESC dans l’œuf en refusant de s’avancer plus avant.

De son côté, la France, par la voie de Roland Dumas présente quelques idées. Une présidence du Conseil plus longue, d’un an, ou la désignation d’un vice-président ; ainsi que la fusion du secrétariat du Conseil et de la coopération politique (ce sont les termes du débat qu’on a retrouvé ensuite successivement, du secrétariat de la PESC type Solana au service diplomatique d’aujourd’hui).

Les Néerlandais et la Commission sont hostiles à ce qu’ils qualifient de « dérive intergouvernementale ». Mais ils semblent minoritaires.

Le ministre italien De Michelis préconise une fusion de l’UEO dans la Communauté. Mais la plupart des Etats y sont hostiles, préconisant une « intégration progressive ».

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Il y a 20 ans… la Commission propose la création d’une Union politique

Commission Delors en janvier 1990 (crédit : Commission européenne)

(Dossier) Le 21 octobre 1990, la Commission européenne présente son avis sur la révision du Traité concernant l’Union politique. Un avis demandé en juin 1990 par le Conseil européen, sous présidence irlandaise. On y trouve de nombreux éléments intéressants : une Communauté unique; le renforcement de la légitimité démocratique (les relations entre institutions et la citoyenneté européenne) ; l’amélioration de l’efficacité des institutions et également les moyens d’assurer l’unité et la cohérence de l’action de la Communauté sur la scène internationale. Quand on relit ce texte, on ne peut qu’être frappé par les mesures préconisées, qui sont anticipatives, particulièrement en matière de politique étrangère et d’Europe de la Défense. On y trouve ainsi la définition de la PESC, la mise en place d’une Europe de la défense avec une clause de solidarité, des marchés industriels rapprochés, et même un mini-service diplomatique…

La politique étrangère

La montée en régime d’une « politique étrangère et de sécurité commune » (PESC) nécessite une « approche souple et pragmatique » reconnaît la Commission. Mais le traité doit cependant « indiquer les procédures et les moyens d’une politique commune menant à l’Union Européenne ». Le terme « politique commune » a été choisi à dessein. « Il serait irréaliste de parler de politique unique alors qu’à l’évidence les Etats membres ont, notamment à l’égard de certaines parties du monde, des traditions de relations privilégiées ou des positions géopolitiques ancrées dans leur histoire (et) n’ont pas encore la même évaluation de leurs responsabilités ou de leurs engagements généraux et particuliers dans les diverses parties du monde ».

La politique de sécurité

La politique étrangère commune doit également comprendre la sécurité, y compris les questions de défense, estime la Commission.

(La clause de solidarité) Le traité devrait y faire référence et, à cet égard, il pourrait reprendre l’engagement de l’article 5 du Traité de Bruxelles de 1948 sur l’UEO qui prévoit qu’en cas d’agression armée contre l’un des Etats, les autres parties ont une obligation d’aide et d’assistance.

(Le marché de défense) Le commerce et la production d’équipement de défense doivent être « complètement soumis aux disciplines du marché commun, ce qui implique notamment la suppression de l’article 223 » (NB : qui permet d’exciper des « intérets nationaux » pour se soustraire aux règles de la concurrence).

(Une conception large de la sécurité) La « sécurité dépasse la défense militaire et englobe l’ensemble des éléments qui permettent d’assurer la cohésion nationale et communautaire, depuis la sauvegarde d’un modèle commun de société jusqu’à la protection des personnes contre le terrorisme et la grande criminalité et les autres fléaux du monde moderne ».

La structure institutionnelle de la politique étrangère

(un petit service diplomatique) « La préparation des décisions doit s’inspirer de l’expérience du système communautaire proprement dit dans lequel une institution ad hoc serait tout à la fois une mémoire de l’action communautaire et le garant de la cohérence entre la politique étrangère commune et les autres politiques communes ». On ne parle pas de service diplomatique mais c’est tout comme…

« La forte spécificité de la politique étrangère et de sécurité implique que le droit d’initiative soit partagé entre la Présidence du Conseil, les Etats membres et aussi la Commission » souligne le document qui préconise donc la création d’un organisme chargé de préparer les décisions en matière de « politique étrangère et de sécurité ». Celui-ci comprendrait « l’actuel secrétariat politique » et des représentants de la Commission. Cet organisme serait placé auprès du secrétariat général du Conseil.

Les Français et les Allemands pronent une idée légèrement différente d’un super-secrétariat placé au Conseil européen.

Dans certains domaines, selon une liste décidée par le Conseil européen, les décisions seraient prises par le « Conseil des Ministres des Affaires étrangères » déciderait à la « majorité qualifiée renforcée » (par au moins 8 Etats membres). Dans les autres domaines et les questions liées directement à la sécurité, la « règle du consensus » continuerait à prévaloir. « L’essentiel est qu’une fois la position commune décidée, la Communauté parle d’une seule voix. »

Le COREPER serait réorganisé « afin qu’il puisse connaître des questions de politique étrangère avant les délibérations du Conseil » (l’idée sera reprise ensuite en 2001 pour donner naissance au COPS).

Le rôle du Parlement européen reste limité. La Commission y a tenu (NB : toute ressemblance à une situation existante est bien entendu fortuite :) ). « Il reviendrait aux responsables de la politique commune de consulter régulièrement le Parlement et de le tenir informé des implications pour la Communauté des événements de politique étrangère les plus importants ». Mais il aurait le droit par le biais de la procédure de l’avis conforme de se prononcer sur « les accords les plus importants – en particulier les accords d’association et les accords de coopération ».

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“Défensive” une “erreur” tchèque chargée d’histoire…

(BRUXELLES2) Le propos du porte-parole de la présidence tchèque de l’Union européenne qualifiant de “défensive” l’action d’Israël sur Gaza ne tient pas tout à fait au hasard ni à la méconnaissance. Au contraire, s’il est une zone dans le monde que les responsables politiques tchèques connaissent bien, de par leur histoire récente, c’est bien le Proche-Orient. La coopération militaire a toujours été aux avants-postes dans la région, au moins lors de deux conflits israélo-arabes du siècle dernier.


C’était il y a plus de 50 ans. Les Tchèques prêtent main forte à la Haganah

Retour en arrière… Juste après la seconde guerre mondiale, l’Etat d’Israël est en gestation. Et ses promoteurs recherchent des armes dans toute l’Europe. Le plus fidèle soutien pour la Haganah – littéralement “défense” en hébreu – vint alors de Prague. La Tchécoslovaquie – qui n’est pas encore sous direction communiste – accepte alors de livrer, contre espèces sonnantes et trébuchantes, “certains” équipements militaires aux “chargés de mission” de Ben Gourion qui sonnent à toutes les portes. Quand on parle de “certains équipements”, ce n’est pas rien ! : 24 500 fusils, 5 000 mitrailleuses légères, 200 mitrailleuses lourdes, et 25 avions Messerschmitt. Les techniciens militaires tchécoslovaques prêtent la main, démontent les avions et les envoient en Palestine. Des bases d’entraînement, clandestines, sont même organisées pour pilotes et parachutistes (1).

Le contournement de l’embargo, en 1948

Même après la prise du pouvoir par les communistes, en février 1948, et l’embargo décrété sur les armes par l’ONU, les livraisons continuent pour le tout nouvel Etat indépendant (dont la Tchécoslovaquie sera un des premiers à reconnaître l’existence). C’est un ordre de Staline – qui entend ainsi contrer l’influence britannique au Proche-Orient : des mitrailleuses MG34 et des Messerchmitt 109 allemand ou plutôt leur dérivé tchèque, l’Avia S199, arrivent ainsi en Israel. Les avions – rebaptisés “Sakin” (couteau) – forment même l’embryon toute nouvelle armée de l’air israélienne, aux prises avec les armées arabes réunies qui veulent empêcher la naissance de l’Etat hébreu. L’Avia S199 était difficile à manier et avait une certaine propension à se crasher (2). Israël acheta aussi d’autres avions de fabrication britannique ou américaine. Mais là encore, la Tchécoslovaquie joua un rôle vendant des Supermarine Spitfire ou servant de transit pour les bombardiers américains B17 Fortress, achetés en contrebande dans les surplus américains.

Renversement d’alliance, en 1956

Lors de la crise du canal de Suez, sa nationalisation et l’intervention déclenchée par la France, le Royaume-Uni et Israël contre l’Egypte, c’est l’Egypte qui bénéficiera d’armes “tchèques” (des armes russes surtout, transitant par Prague) un armement lourd : 200 tanks parmi lesquels des T34 (supérieurs à l’époque aux chars Sherman) et près de 200 Mig et Ilyuchine. Israël bénéficiait dans le même temps d’armes “françaises” (avec l’autorisation américaine), la France livrant 24 Mystère 4 et 24 F84, puis une autre livraison d’avions de chasse 110 Mystères A et Mystères 4B, 24 Ouragan, 12 bombardiers Vautour, 100 Chars AMX, etc… (3).

NB: La concurrence entre les Tchèques et les Français dans la région – qu’on a vu lors des dernières visites diplomatiques sur le terrain – ne date donc pas d’hier -:)

(1) Ecoutez l’émission spéciale de la radio tchèque
(2) lire le récit de Jon Guttman dans Aviation History ou consulter le site musée de Serge Batoussov
(3) On peut lire avec profit le petit ouvrage “1956 mémoire de Suez” de Marc Ferro (editions Complexe) ainsi que  “Descent to Suez” d’Evelyn Shuckburgh, le journal du
secrétaire particulier d’Eden (le ministre britannique des Affaires étrangères de l’époque)

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