Havel

Havel 1977, 1989, 1992… 2011

(BRUXELLES2) C’est sans doute l’image qui me restera de Vaclav Havel. Cette photo prise en 1989 m’a accompagné de longues années et encore aujourd’hui orne mon bureau. Comment présenter Havel ? Poète, dramaturge, dissident, homme d’Etat… Quoi qu’il en soit la république tchèque à perdu un grand homme, et l’Europe également.

 

L’artisan d’une séparation de velours : le refus du conflit pour la Slovaquie

Il est important également de se remémorer un épisode important dans sa vie d’homme politique. Un épisode moins évoqué. C’est, en effet, en partie grâce à Havel que l’Europe s’est épargné un conflit de plus dans les années post-soviétiques. Quand la Slovaquie s’est séparée de sa république-soeur tchèque, l’option d’une intervention musclée, voire militaire pour ramener à la raison les patriotes slovaques a été, en jeu, un moment. Havel a coupé court à toute discussion sur ce sujet. Moi président, a-t-il indiqué en substance, il n’y aura pas d’intervention. La Slovaquie s’est ensuite séparée de façon pacifique de la république Tchèque. Et ce n’est pas faute d’animosité. Car si les Tchèques et Slovaques étaient pour la plupart pacifiques, ce n’était pas le cas de tous. Pour avoir été le témoin de la venue de V. Havel à Bratislava, en octobre 1991, on était surpris par la violence des injures qui étaient proférés en son encontre, quand ce n’étaient pas les sifflets et les oeufs, montant des rangs des nationalistes slovaques. Mais on est resté aux échanges verbaux. Au même moment, et pendant plusieurs années, la Yougoslavie, qui n’aura pas compté de dirigeant assez “sage” pour adopter la posture de Havel, on n’en restera pas aux mots…

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Havel accueilli par des huées à Bratislava (archives)

(ARCHIVES – article publié dans l’Evenement du Jeudi, octobre 1991)

(Lundi 28 octobre 1991, Bratislava) La république tchèque et slovaque doit commémorer son 73e anniversaire. Chacun attend Vaclav Havel, de retour d’un séjour aux Etats Unis. Un cordon policier assez impressionnant, jamais vu depuis la révolution de velours en 1989, s’est déployé sur la place de l’insurrection. Le Mouvement national slovaque, est déterminé à imposer sa volonté séparatiste aux “fédéralistes” et aux quelques 5000 militants de l’Union Démocrate Civique (ODU)* également présents. S’il n’a réussi à rassembler que quelques dizaines de partisans, contre plusieurs milliers l’année précédente, le parti nationaliste compense le manque de voix par leur intensité. C’est avec une rage et une haine décuplées que Vaclav Havel et les membres de son gouvernement sont accueillis. Les oeufs frais, les cris de “Kruj” (enculé), de “communiste” (!) et d’autres injures pleuvent. Seul le passage de Dubcek, l’ancienne star – slovaque – du printemps de Prague calme un peu les esprits. Mais la tentative de Havel d’obtenir deux minutes de silence en mémoire des fondateurs de la république, se solde par un échec. Au contraire, cris et injures redoublent. La police se précipite, sous les regards effrayés des officiels, extrait de la foule un jeune passablement excité et le conduit sous bonne escorte vers un de ses cars. Sans violence extrême. Mais sans doute le geste de trop pour Vaclav Havel. Fatigué, l’ancien défenseur des droits de l’homme décide de quitter la place, plantant là discours et supporters rouges d’amertume, laissant les nationalistes surpris de cette victoire si facile occuper sans combat, une tribune privée … de ses spectateurs. Pour l’instant !

* nouveau nom du VPN “Peuple contre la violence”, le mouvement qui a renversé le régime communiste.

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“Dasa, elle vaut 2 F-18 à elle toute seule”

L'hommage rendu au président Havel lors du sommet de Prague. De gauche à droite : Jacques Chirac, Lord Robertson (sg de l'OTAN), Vaclav Havel, Dagmar (Dasa) Havel (Crédit : OTAN, novembre 2002)

(BRUXELLES2) Au festival “Le best des films de Visegrad“, j’ai pu voir le film documentaire (*) sur Vaclav Havel (qui reste, selon moi, un des dirigeants européens les plus captivants des vingt dernières années).

Ce documentaire permet de mieux saisir la position du président tchèque (et de plusieurs ses homologues d’Europe de l’Est) en faveur de l’intégration dans l’Alliance Atlantique, qui symbolise à la fois l’ouverture sur le monde libre, le rapprochement avec les Etats-Unis et la sécurité face à un éventuel retour russe.

Il y a un détail piquant et symbolique à la fois. C’est dans l’avion qui le ramène du sommet de l’OTAN à Washington (1999), qui a fêté les 50 ans de l’organisation et a vu l’intégration de la république tchèque dans l’Alliance, que Vaclav Havel a cette phrase. La république Tchèque a été choisie pour accueillir le prochain sommet de l’Alliance (en 2002). Et pour « neutraliser » le président Chirac, qui l’horripile avec son « anti-américanisme », Vaclav Havel, jamais à court d’humour, a cette phrase. « L’Alliance a décidé d’utiliser Dasa comme une arme contre l’anti-américanisme français. Elle vaut 2 F-18 à elle toute seule. Ils mettent toujours Dasa (alias Dagmar Veskrnova, la femme de Havel) à coté de Chirac. Et il flirte avec elle. Il est Français après tout. Et il oublier de rouspéter après les Américains ». La bonne vieille méthode sera réutilisée à Prague, au sommet de l’Alliance en 2002. Dasa sera présente à coté de Chirac, apparemment ravi. Le charme tchèque, c’est çà le “vrai” soft power !

Regardez cet extrait du film Ob?an Havel (Citizen Havel) de Pavel Koutecky? et Miroslav Janek:

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Il y a 20 ans, je n’étais pas à Berlin, mais à Prague

© NGV

Grâce à mes amis étudiants tchèques engagés dans le mouvement, je me retrouvais badgé en un rien de temps et une intervention, plus tard, dans l’amphi bondé de l’université de médecine, dans le genre “Y-a-t-il un médecin parlant français dans la salle ?“, je me retrouvais en compagnie de mon interprète improvisée, charmante au surcroit… Et nous voila partis, tous les deux, à la découverte de ce Prague fantastique qui hésitait encore entre la crainte de se retrouver en prison le lendemain et la joie de savourer cette liberté retrouvée.

La première halte notable fut le lendemain à la Laterna Magica, un des théâtres de la capitale tchèque, réquisitionné par les intellectuels et dirigeants du forum civique, sorte d’agora et d’agitation permanente intellectuelle. Ce soir-là, l’histoire était au rendez-vous. Un homme venu du bout de la scène est venu présenter un petit bout de papier à un des interlocuteurs assis à la table, celui-ci l’a lu, l’a passé un peu interloqué à son voisin, même scénario, celui-ci a pâli, l’a passé au suivant et ainsi de suite pour arriver – si mes souvenirs sont bons à Vaclav Havel qui a marqué un temps – la salle avait compris qu’il y avait un grain de sable… extraordinaire. En bon dramaturge, il a alors pris sa respiration, et annoncé la nouvelle en quelques mots : “le bureau politique du PC a démissionné“. Point besoin de comprendre le tchèque pour saisir qu’on avait passé une borne. Puis rien, un silence, une respiration dans la salle bondée, et un tonnerre d’applaudissements (y compris des journalistes), des embrassades. Et le soulagement…

Le régime avait commis l’irréparable d’une dictature : céder à la rue. Il faut dire que la veille, l’idéologue en chef du parti avait été convoqué à Moscou pour une “visite amicale”. Et sans doute un sévère remontage de bretelles pour lui expliquer que les temps avaient changé et que les fils barbelés étaient désormais coupés. Désormais, il n’y avait plus de doute, à Prague comme à Berlin quelques jours auparavant et Budapest trois mois avant, le velours avait triomphé du glaive. C’en était fini des années de chuchotement, de méfiance des voisins de café ou de faculté, d’uniformes à étoile rouge, de contrôle politique sur les médias, les universités, les usines… Le vent de l’histoire avait tourné ! A lire : petit papier pour KissFM sur l’atmosphère de l’époque – écrit sur le bord d’une table, et enregistré sous la table, pour se préserver du bruit…).

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(crédit photo : © NGV – manifestation d’étudiants à Prague)

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Vaclav Havel au Parlement européen : un bonheur…



(BRUXELLES2) Je ne voulais pas rater la venue de Vaclav Havel au Parlement européen, ce mercredi. A la fois car, 20 ans après, c’était un souvenir personnel et parce que, pour moi, c’est un grand homme politique européen. 20 ans, après, je n’ai pas été déçu. Mieux ! J’ai été soufflé de voir cet homme fatigué, usé par la maladie, avoir autant de ferveur, de verdeur intellectuelle, de réflexion philosophique, tout en restant concret et visionnaire. Qui ne reste pas accroché sur le passé mais tente plusieurs pas vers l’avenir. Bref un grand homme politique comme il devrait y avoir plus souvent au niveau européen.

On peut d’ailleurs se demander si ce n’est pas de cela dont l’Europe aurait besoin : un sage. Un sage de l’Europe qui viendrait, de temps à autre, rappeler aux Européens, loin des mesquineries quotidiennes, l’intérêt et la beauté du “vivre ensemble“. Un sage qui aurait la capacité de dire aux autres chefs d’Etat et de gouvernement : tttt… allez un peu de bon sens, mettez-vous d’accord. C’est sans doute davantage de cela que l’on a besoin plutôt que d’un nième mécanicien, un peu diplomate, un peu habile, qui vienne présider une séance du Conseil européen.

Honnêtement, n’eusse été son âge et son état de santé, un Conseil européen présidé par Vaclav Havel aurait eu vraiment plus de “gueule” qu’avec n’importe quel autre.

écoutez son intervention(en quicktime)

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