Haut représentant

Le service diplomatique européen, un bébé qui ne demande qu’à grandir

Le service diplomatique européen, un bébé qui ne demande qu’à grandir

Le nouveau siège du Service diplomatique européen – à gauche(par Thierry Monasse, ce fidèle et talentueux photographe)

(BRUXELLES2 à Dublin) Le travail de révision des structures du SEAE est entamé. Les ministres des Affaires étrangères de l’UE se sont penchés sur le berceau du nouveau né : 2 ans et quelques mois déjà ! Et ont exprimé quelques idées pour l’aider à franchir ses premières rages de dents (un exposé détaillé des différents non paper remis à ce conseil figure dans le Club de B2). Des idées émises à la lueur de l’expérience acquise ou reprises des suggestions de départ qui n’avaient pas été retenues.

Un bébé de deux ans …

Il faut cependant se garder de prendre ces critiques au pied de la lettre. Les mêmes qui réclament aujourd’hui simplification et clarification (ministres des Etats membres, députés, experts…) sont ceux qui ont posé de multiples conditions, rendant l’édifice à bâtir, plus complexe et plus fragile, aujourd’hui. Certains pourraient avoir l’honnêteté de dire “nous nous sommes trompés”.

D’une certaine façon, cela me rappelle la conception de l’A400M où l’un veut un appareil qui permette le chargement avec une seule personne, l’autre un avion qui permet l’embarquement de forces spéciales, le troisième veut aller le plus loin possible et tous veulent que ce soit le moins cher possible et livré le plus rapidement possible. Pour le Service diplomatique européen, c’est un peu pareil.

Pour autant, il ne faut pas non plus se le cacher, il y a quelques problèmes, j’en évoquerai seulement quelques uns… Mais je me garderai également de ne pas rappeler – il faut le souligner – le service diplomatique européen reste une superbe machine, un moteur qui ne demande qu’à être performant pour peu qu’on le libère de certaines contraintes, un bébé qui ne demande qu’à grandir. Ne jetons donc pas le bébé de deux ans avec l’eau du bain !

Quelques propositions / retours d’expérience

Réorganiser le bazar

La structure du SEAE tient un peu du grand bazar qui résulte davantage d’un empilement de conditions posées par les uns et les autres (le Parlement européen, la Commission européenne, les Etats membres) auxquelles la Haute représentante n’a pas pu/pas su résistées. A cela se sont ajoutées des affinités, des recrutements personnels qui ont bousculé la structure du SEAE. La structure en haut de l’édifice doit donc être épurée et simplifiée.

• Le Haut représentant : des tâches à déléguer

De la même façon a beaucoup glosé sur la personnalité de C. Ashton. Inutile d’y revenir. Mais il y a un point qui doit faire l’objet d’une introspection. Le Haut représentant ne peut pas tout faire. Il/Elle doit déléguer. Est-ce à un haut représentant adjoint (comme l’envisage la Haute représentante elle-même) à un commissaire délégué à certaines politiques (par exemple pour le voisinage ou pour les questions de défense) ? Ou est-ce au niveau du secrétaire général et de ses adjoints qui doit exercer ce rôle ? Ou aux deux ? Peu importe. La Haute représentante n’a pas, par exemple, à intervenir sans cesse dans le recrutement de tous les diplomates. De même, elle ne peut pas, elle ne doit pas voir tous les courriers qui partent. Il y a du travail pour plusieurs personnes, à condition que la répartition des tâches soit fixée, de façon claire et précise. Et que la responsabilité soit pleine et entière.

• Les structures de la politique européenne de Défense : à ciseler

L’organisation des structures de gestion de crises – qui gèrent les opérations de défense commune – peut facilement être revue et doit être revue. Avec un responsable clairement identifié à sa tête, de niveau politique, apte à assurer une représentation au plus haut niveau, devant le Parlement européen voire au niveau ministériel. Et les structures ensuite doivent s’organiser de façon logique : planification stratégique, puis planification opérationnelle et commandement de l’opération. La notion de “prévention de crises” comme les instruments financiers – l’instrument de stabilité – doivent faire partie de cet ensemble.

• Des effectifs ou des gros salaires : il faut choisir

Le nombre de diplomates gagnant un salaire plus que 10.000 euros doit diminuer. Je sais : je ne vais pas me faire des amis. Mais il est impossible en ces temps de crise budgétaire de continuer à avoir une structure qui comprend un nombre important de personnels à des niveaux autour de 10.000 euros voire plus, alors qu’il manque cruellement de personnels à des niveaux intermédiaires ou subalternes. Ce personnel est tout aussi nécessaire. A enveloppe constante, le SEAE pourrait ainsi ouvrir de nouvelles délégations, combler ses manques de postes (qui ne sont pas dus à un défaut de candidatures mais à un défaut de recrutement) et être ainsi plus efficace pour un coût identique. Je ne crois pas que la valeur des personnalités se mesure au nombre de 000 qui figure sur leur fiche de paie.

• Le combat Commission/SEAE est dépassé : redéfinir les compétences

Là encore l’enchevêtrement des compétences nuit. La volonté de la Commission de ne pas se faire déposséder a joué. La réaction institutionnelle – presque physiologique – est assez normale. Mais la logique du Traité de Lisbonne était tout autre. On doit maintenant revenir aux prémices : réunion de l’ensemble des instruments extérieurs sous une seule autorité. Il ne peut pas y avoir d’un coté une personne qui définit une politique et de l’autre une personne qui dispose de l’instrument financier avec ses propres règles. Imaginez en France, Bercy décidant au jour le jour des attributions du budget de la Défense ou des Affaires étrangères.

Un formidable moteur sous le capot

Ce travail de révision va nécessairement pointer ce qui ne fonctionne pas. Il ne faut cependant pas oublier que l’UE dispose avec le SEAE d’un formidable moteur sous le capot. Celui-ci peut parfois avoir du mal à démarrer ou toussoter (comme un moteur quand il fait très froid) mais lancé à pleine puissance, il peut fonctionner avec efficacité.

Avec ses 140 délégations dans le monde, l’Europe dispose là d’un réseau d’autant plus irremplaçable que chaque Etat membre va être tenté de resserrer les rangs dans son réseau diplomatique. Qui aujourd’hui a une ambassade dans quasiment tous les pays africains, d’Amérique et d’Asie ? Qui dispose au sein de la même administration de militaires de haut niveau, de spécialistes de la logistique aéronautique comme de la connaissance la plus fine des mouvements djihadistes, des Balkans ou du nucléaire iranien… et des marchés publics ? Où croiser sous le même chapeau, dans le même bâtiment même, des mili(raire)s, des diplo(mate)s, des gestionnaires de projet.

Depuis quelques années, j’ai rencontré nombre d’entre eux, j’ai souvent été réjoui par leur talent, leurs connaissances dossiers, leur finesse d’approche. Ce moteur ne demande aujourd’hui à ce que l’on lui fasse passer une vitesse de plus, à être débridé. Mais ceci doit être fait en douceur. Le service diplomatique européen a besoin – comme pour toute structure humaine – d’un minimum de stabilité et de prévisibilité.

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La Haute représentante fait-elle le job ?

(BRUXELLES2, humeur) Ce n’est pas la première fois que la Haute représentante, Catherine Ashton, rate son rendez-vous avec la presse. C’est vrai. Depuis trois ans, la Haute représentante trouve toujours une excellente excuse pour s’esquiver : la réunion a eu du retard, un rendez-vous important à tenir, un avion à prendre (des courses à faire peut-être ?)… Et hop, on interrompt la conférence de presse. Ce n’est pas le record cette fois. Mais 11 minutes c’est pas mal (*).

Le coulis de framboise …

C’est vrai l’apport de Catherine Ashton à la politique européenne n’est pas un sublime coulis de framboise sur une nuée de fruits frais… Pour avoir pu parcourir à l’occasion le “brief” (document résumant les questions en jeu) préparé par ses services, on peut dire qu’elle a l’art de faire d’un excellent foie gras, une épaisse bouillie pour chats. Mais là n’est pas la question. Son job est de présider la réunion des ministres des Affaires étrangères ET de venir rendre compte.

Une saine explication

La conférence de presse n’est donc pas une partie de plaisir ni une option mais une obligation attachée à la fonction. Ce compte-rendu de la réunion n’est pas destiné à satisfaire le plaisir ou l’ego des journalistes mais de permettre à travers eux, au public de prendre connaissance des décisions du Conseil. Une saine explication des méandres des décisions (ou des non décisions) est donc nécessaire. Surtout quand sont abordées, comme aujourd’hui, des questions aussi complexes que la levée de l’embargo sur les armes pour la Syrie, la stabilisation de la Somalie (le président était invité au déjeuner) ou le Mali.

Une faute professionnelle

On peut comprendre que la Haute représentante ait un agenda chargé. Dans ce cas, elle doit déléguer soit à un haut responsable du service diplomatique, soit à un autre ministre des Affaires étrangères, le soin de venir accomplir ce travail. Se limiter à répondre de façon lapidaire à trois questions (Reuters, El Arabyah, DPA) n’est donc pas une erreur mais une faute professionnelle. C’est comme l’étudiant qui ne répond qu’à trois questions sur dix à l’examen. Il est out …

Les 27 doivent être plus responsables

Le mandat de la Haute représentante arrive à échéance en novembre 2014. Mais déjà se pose la question de savoir qui va la remplacer. Les “27″ ne devront pas faire la même erreur que sur la nomination de C. Ashton en novembre 2009. Ils devront choisir soit un personnage politique d’expérience et qui a une certaine conscience de son travail (**). Ou à défaut de trouver la perle rare, il vaudrait mieux porter son dévolu sur un diplomate professionnel de haut niveau. Les ambitions que l’Union européenne affiche en matière extérieure ne permettent pas de supporter de renouveler cette erreur deux fois.

(*) J’ai parfois un peu l’impression de me répéter. Mais aussi la désagréable impression qu’en trois ans, la Haute représentante qui a cependant un salaire plus que décent – permettant de faire vivre 4 diplomates confortablement – prend des aises avec certaines pratiques qui mérite la répétition.
(**) Quand on voit comment le ministre malien des Affaires étrangères, T. Coulibaly, a assuré la même “prestation” devant les journalistes, répondant à nombre de questions, de façon souvent détaillée, ne perdant pas patience devant nos demandes (insistantes) d’explication, et continuant à répondre alors qu’une panne générale affectait le bâtiment, on se dit qu’effectivement l’Europe a encore beaucoup à apprendre.
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Faut-il un cabinet militaire auprès de la Haute représentante/VP de la Commission ?

(BRUXELLES2) La structure européenne n’intègre pas encore vraiment les militaires dans sa structure dirigeante. Il pourrait être intéressant d’examiner dans quelle mesure un “cabinet militaire” qui ferait pendant au cabinet civil” ne serait pas nécessaire ? Certains experts ou responsables me diront sans doute: “cela existe dans les faits”. Le président du comité militaire est, ainsi, le “conseiller militaire” de la Haute représentante. Et c’est une réalité qui semble confirmer, le général Des Rousiers semble avoir davantage “l’oreille” que celle de son prédécesseur général Syren. Question de caractère sans doute, d’époque également. Mais cela ne semble pas suffire.

Aux cotés du cabinet civil

De la même façon que chaque représentation permanente des Etats membres est dotée d’une structure proprement militaire, cohabitant avec la structure civile, il parait nécessaire de structurer une présence autour du Haut représentant. Celle-ci (celui-ci) dispose déjà d’un cabinet civil qui a en charge les questions de la commissaire en charge des relations extérieures (C. Ashton), gère aussi toutes les questions et sujets politiques d’un commissaire (des OGM à la régulation financière en passant par l’explication “maison” du discours de Cameron) que la fonction du Haut représentant.

Une expertise disponible pour la Commission

La présence d’un cabinet complet de gestion de crises, avec un chef de cabinet, serait d’une part la démonstration d’une volonté politique de hisser ces questions au même rang que d’autres sujets. La présence d’un chef de cabinet “militaire” aurait aussi le mérite de dégager de tous ces sujets le “cabinet” civil. Elle permettrait aussi la présence, au sein de la réunion de la Commission, si nécessaire d’un représentant militaire. Ce qui n’est pas totalement inutile. Car si les questions de “sécurité” étaient anecdotiques dans le passé dans la machinerie communautaire, elles vont devenir de plus en plus nombreuses sur l’agenda du collège que ce soit le Mali ou le terrorisme aujourd’hui, la Syrie et le Moyen-Orient demain, voire l’utilisation d’armes bactéoriologiques ou chimiques quelque part dans le monde. Il est bon que l’expertise “technique” militaire remonte au plus haut niveau de la structure politique européenne qui est, institutionnellement, à l’origine de toutes les initiatives de décision ou de législation.

Mise en place sans recrutement supplémentaire

Ce faisant, la structure européenne n’inventerait rien de moins que ce qui existe au niveau national, variant selon l’organisation de chaque Etat (cabinet militaire auprès du Président de la république en France). Ce cabinet ne nécessite pas de recruter des effectifs supplémentaires. Il suffit de puiser dans les équipes déjà constituées.

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Un visiteur inconnu arrive ? “Robert, come with me” !

(BRUXELLES2) Qui n’a jamais eu un instant de doute pour identifier la tête d’un Premier ministre ou d’un chef d’Etat ? Qui ne s’est pas dit un jour en voyant trois personnes arriver, c’est qui le bon ? … Tous les journalistes et les responsables politiques ont d’ailleurs avant chaque sommet européen un petit “book” avec la tête de chacun des participants pour être sûr de les reconnaître. Mais, tout de même, on pouvait se dire : il y a les amateurs … et les professionnels !

“Je ne sais pas à quoi il ressemble”

Goutons ce moment savoureux, d’égarement, capturée par la caméra de South east europe, où la chef de la diplomatie européenne part accueillir, le président serbe, Tomislav Nikolic, pour la traditionnelle photo de serrage de main devant les deux drapeaux. Au tout dernier moment, elle se ravise, rajuste son écharpe (c’est important l’écharpe, son signe d’élégance particulier qui change à chaque rencontre) se tourne vers Robert l’apostrophe pour lui demander « Robert, viens avec moi, je ne sais pas à quoi il ressemble ». Il était moins une ! L’ascenseur est en passe d’arriver à l’étage, et ce serait vraiment bête de ne pas serrer la main du président en le confondant avec un garde du corps (remarquez qu’il y a de quoi confondre… -:). Avec l’aide de “Robert” (alias Robert Cooper, le conseiller et négociateur principal entre le Kosovo et la Serbie), tout devient alors possible et facile. Et C. Ashton tout sourire peut alors serrer longuement la main de Tomislav le président serbe qui a, juste, le temps de rajuster son costume.

Nb : On connaissait le sens de l’improvisation de la Haute représentante ; la caméra a ainsi capté ce que chacun peut vivre un jour dans son caractère “spontané”. On peut surtout, de façon plus profonde, s’interroger s’il est opportun de serrer aussi chaleureusement, aujourd’hui, la main d’un “négationniste” (nb : c’est bien comme cela qu’on appelle quelqu’un qui nie l’histoire !).

Merci à ma collègue Tanja d’avoir débusqué cette video et à l’expérience européenne (le blog de l’excellent JS Lefebvre d’Euractiv) où vous pouvez lire un commentaire … impertinent !

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L’UE reconnait les sacrifices des Pakistanais… et cherche un allié stratégique ?

Catherine Ashton et Hina Rabbani Khar à la conférence de presse commune à Islamabad, le 5 juin 2012 (© European Union, 2012)

(BRUXELLES2) A l’occasion de sa première visite au Pakistan, la Haute représentante de l’UE Catherine Ashton a lancé aujourd’hui (mardi 5 juin), le dialogue stratégique avec ce pays. « Une visite très attendue » selon la ministre pakistanaise des Affaires étrangères. C’était un des éléments prévus dans un plan d’engagement sur 5 ans adopté par l’UE et le Pakistan en février dernier, censé renouveler les relations entre les deux parties. Si « dans le passé, notre relation se basait essentiellement sur le commerce », ce dialogue stratégique doit permettre de traiter des autres enjeux, et notamment d’amener celui de la sécurité « sur le devant de la scène », selon la Haute Représentante. Un dialogue qui doit continuer : il doit être « institutionnalisé » selon la ministre pakistanaise.

Reconnaissance des sacrifices pakistanais

Catherine Ashton a tenu à reconnaître les « énormes sacrifices faits par le peuple pakistanais dans la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme ». « Tant de gens ont perdu la vie, tant de gens ont été blessés, tant de familles ont été dévastées par ce qui s’est passé dans ce pays ». Le Pakistan attendait beaucoup cette reconnaissance et fait donc part de ses « profonds remerciements » à l’UE pour avoir « écouté la voix du peuple pakistanais ». En guise de récompense face à ces sacrifices, le Pakistan ne demandait qu’une chose : un accès préférentiel aux marchés internationaux. Et en particulier à celui de l’UE, qui avait déjà répondu présent après les inondations de 2010. Le “dialogue stratégique” inauguré aujourd’hui doit permettre de poursuivre dans cette direction. Des discussions vers un accord de libre-échange sont ainsi envisagées.

Renforcer la coopération et faire du Pakistan un allié stratégique

Selon le plan en 5 ans, dont l’un des 6 volets est la sécurité, des « dialogues sectoriels » doivent être instaurés dans les domaines de la lutte contre le terrorisme, le crime organisé, le trafic de drogues ainsi que pour le désarmement et la non-prolifération. L’UE pourrait donc bien avoir ici un allié stratégique. D’autant qu’en reconnaissant les « sacrifices » pakistanais, elle affirme une position assez différente de celle des USA. Ceux-ci sont en effet en froid avec le Pakistan, qui s’oppose fermement aux attaques de drones américains sur son territoire. Selon les autorités pakistanaises, non seulement ces attaques sont illégales mais aussi contre-productives : elles tuent des civils, minent le moral des pakistanais, favorisent l’anti-américanisme et poussent les rebelles vers plus d’extrémisme.

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Ashton passe une petite semaine au froid

Ashton passe une petite semaine au froid

(crédit : université de Svalbard)

(BRUXELLES2) La Haute représentante fait, cette semaine, un déplacement de… la plus haute importance, dans le grand Nord. Trois jours de voyage dans les pays nordiques – deux de l’UE Finlande et Suède, un hors UE, Norvège – consacré à l’Arctique, sujet stratégique. Je ne résiste pas à l’envie de vous détailler le programme de ces rencontres qui montre que… finalement, un emploi du temps de Haut représentant (+ commissaire + président du Conseil des Affaires étrangères) n’est pas aussi lourd qu’on le dit.

Au menu : mardi (6 mars), rencontre avec les responsables finlandais, le président de la République finlandais Sauli Niinisto?, Le Premier ministre Jyrki Katainen, le ministre des Affaires étrangères Erkki Tuomioja et son homologue du Développement Heidi Hautala ; suivie d’une rencontre avec le président du Parlement Sami, Klemetti Na?kka?la?ja?rvi. Rencontres politiques suivi d’un discours lors du séminaire au Centre “Arctique” de l’Université de Lapland. Mercredi (7 mars), visite de la mine LKAB à Kiruna en Suède, avec le ministre des Affaires étrangères Carl Bildt, puis visite de la station satellite Esrange avant d’aller, en Norvège, à Svalbard visiter le centre universitaire avec le ministre norvégien des Affaires étrangères, Jonas Gahr Sto?re. Jeudi (8 mars), visite au glacier Kongsvegen et à sa station météo, puis discours à la conférence sur l’Europe à Oslo. Il ne restera ensuite qu’un saut de puce pour aller au conseil informel des Affaires étrangères à Copenhague. Et voilà… une semaine bouclée ! Ne vous inquiétez pas pour les images, une équipe d’EBS – la chaîne de la Commission européenne – suivra la visite. Nous pourrons ainsi avoir toute la semaine quelques images et videos choisies.

Commentaire : Certes la question de l’Arctique est effectivement une question stratégique de la plus haute importance. Et on peut concevoir d’y consacrer du temps. D’autant que l’Union européenne a posé sa candidature comme observateur permanent au Conseil de l’Arctique. Mais trois jours entiers… au moment où la Russie et l’Iran ont un changement électoral important, où la Syrie est à feu et à sang… est-ce tout à fait adéquat ? « Il faut bien faire ces voyages à un moment donné, sinon on ne le fait jamais » me répond un membre du cabinet de la Haute représentante. Soit… On peut aussi se dire que passer quelques jours avec des ministres des Affaires étrangères avant une réunion informelle n’est pas inutile (Lundi, C. Ashton est à Prague avec les 4 ministres du triangle de Visegrad : polonais, tchèque, slovaque et hongrois). Il y a ainsi toute une série de raisons objectives qui peuvent justifier ce voyage. Mais on a comme une impression de déjà vu, de décalage permanent, dans le tempo de Catherine Ashton qui ne semblent pas s’arranger avec le temps ni s’accompagner d’un rehaussement de son ambition d’action. Il y a comme une gêne voire une honte à voir ainsi une Haute représentante “gaspiller” un temps précieux, être toujours à “coté de la plaque”, alors qu’elle a toujours aussi peu de temps à consacrer à “ses” troupes au service diplomatique européen, à préparer les réunions de la Commission européenne ou à répondre aux questions urgentes posées dans d’autres parties du monde…

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L’informelle défense organisée par Chypre ce semestre ?

L’informelle défense organisée par Chypre ce semestre ?

Le ministre Demetris Eliades a écrit à C. Ashton pour lui proposer la tenue d'une réunion informelle des ministres de la Défense (Credit : Gouvernement de Chypre

(BRUXELLES2, à Copenhague) La proposition vient d’être lancée : Chypre a proposé d’organiser à la place du Danemark la réunion informelle des ministres des la Défense. Le Danemark – qui bénéfice d’un opt-out en matière militaire – a en effet décider de ne pas organiser ce type de réunions. Ce qui est une première. Tous les regards se sont alors tournés vers la Haute représentante de l’UE qui, dans le cadre du Traité de Lisbonne, conduit la politique de sécurité. Mais, pour l’instant, la réponse reste très floue. « Nous voyons le sujet » m’a répondu, de façon elliptique, un de ses portes-paroles.
Chypre qui assure la présidence de l’UE au second semestre, a donc décidé de prendre le taureau par les cornes.

Le ministre chypriote de la Défense, Demetris Eliades, a adressé, début janvier, une lettre à Catherine Ashton, proposant donc d’organiser cette rencontre. Une lettre qui semble rencontrer le souhait de plusieurs Etats membres (*). Cette rencontre se déroulera précise la lettre selon “le format traditionnel », c’est-à-dire avec la présence d’un représentant de l’OTAN. Ce qui est pour Chypre une certaine avancée. La date n’est pas encore précisée. Elle sera fixée à une « date qui conviendra » à l’agenda de la Haute représentante. Ce qui semble probable, c’est que la réunion informelle des ministres ne précédera pas la réunion formelle mais la suivra. Vu le délai imparti, il parait difficile de respecter l’échéancier traditionnel. Cette proposition semble cependant mettre la Haute représentante dans l’embarras : en acceptant cette initiative, elle risque de se fâcher avec les Turcs alors que la collaboration avec Ankara est nécessaire sur quelques sujets délicats notamment l’Iran ou la Syrie.

Un moment politique

Les sujets ne manquent cependant pas en ce moment en matière de défense européenne qu’il s’agisse des problèmes de génération de force, des contraintes fiscales et économiques qui pèsent sur tous les budgets de défense, des projets de “pooling and sharing” lancés par l’agence européenne de défense (et ceux qui peuvent l’être) ou d’éventuelles nouvelles opérations (au Sahel, dans la Corne de l’Afrique, en Libye, au Sud-Soudan)… Et tenir une réunion informelle dans les mois qui viennent ne serait pas de trop. Faire autrement, serait aussi un trop mauvais signe donné par la Haute représentante et un nouveau “loupé” dans le domaine de la Défense européenne. C’est un geste symbolique comme un acte politique. Si l’UE veut avoir un peu de leadership, elle ne peut s’épargner ce type de réunions ministérielles.

(*) Pas uniquement des pays qui ont signé la lettre de Weimar d’ailleurs… Les Pays-Bas ou la Suède sont aussi sensibles à ces réunions et en souhaitent la tenue.

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Haut représentant : un vice de conception à corriger

(BRUXELLES2 – bilan 2011) Quelle que soit la personnalité qui l’occupe, le poste de Haut représentant versus Lisbonne souffre aujourd’hui d’un vice de conception. On a souvent parlé du triple agenda du poste qui exige soit d’être surhumain, soit d’être très organisé. On a moins parlé de la confusion des rôles, au plan constitutionnel s’entend comme au plan politique.

On peut en effet se demander si le principe de principe de séparation des pouvoirs est vraiment respecté. En tant que membre de la Commission, le Haut représentant est membre de l’exécutif, se doit d’appliquer la réglementation et les décisions approuvées par le Conseil et le Parlement, se doit de poursuivre les manquements et infractions à la législation communautaire et peut saisir la Cour de justice. En tant que membre du Conseil, elle se situe plutôt du coté délibératif du pouvoir. Que se passera-t-il (ce qui s’est déjà produit dans le passé) quand la Commission et le Conseil auront des vues différentes. Par exemple en matière budgétaire.

Cette situation a des implications politiques, voire psychologiques, qui troublent le fonctionnement au quotidien d’un haut représentant. Faire à la fois preuve de dynamisme et d’audace pour prendre l’initiative (quand on est à la Commission), présider les débats de la façon aussi neutre que possible (quand on est au Conseil), représenter tous les Etats membres à l’extérieur de façon dynamique, avoir l’entregent médiatique suffisant pour permettre de tenir “haut” la place européenne. Tout cela est quelque peu contradictoire.

Il faudra, un moment donné, voir comment ce hiatus peut être résolu. De façon pratique, ne faudra-il pas un moment examiner la possibilité de doter le Haut représentant d’adjoints, avec un profil politique. Par exemple, pour les affaires de “sécurité”. L’exemple américain où on voit Hillary Clinton flanqué “d’assistants” thématique ou géographique pourrait être une piste de réflexion utile. Aujourd’hui, le Traité ne dit rien sur ce point. Ce n’est pas qu’il l’interdit, il est silencieux. Ce qui laisse, malgré tout, une marge de manoeuvre. Concrètement, il existe différentes astuces – comme par exemple le poste de représentant spécial – qui permettraient de pallier ce vide juridique.

Demain, le Parlement européen comme les Etats membres ne pourront faire l’économie plus profonde sur le poste de Haut représentant tel qu’il existe dans le Traité de Lisbonne, afin de le redimensionner, de l’étayer et de le démultiplier pour le rendre pleinement efficace.

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