Guerre

Une antenne médico-chirurgicale française déployée à la frontière de la Jordanie

(B2) La France va déployer une antenne chirurgicale aérotransportable près de la frontière syro-jordanienne dans les prochains jours pour venir en aide aux victimes des combats en Syrie qui ont passé la frontière – notamment les personnes blessées par balle – ainsi qu’aux réfugiés syriens en Jordanie. « Une mission interministérielle de précurseurs, composée de représentants des ministères de l’Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères », est partie ce matin 7 août – annonce le quai d’Orsay, « afin de procéder à une évaluation des besoins qui permettra d’affiner les modalités de cette aide médicale d’urgence ». Des contacts ont été pris avec les autorités jordaniennes, les représentants du Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) et les ONG humanitaires intervenant localement pour cela.

(mis à jour 8 août) L’effectif total déployé coté français pour cet hopital de campagne pourrait être de 60 à 80 personnes. Le groupement médico-chirurgical du service de santé des armées comptera « plus d’une vingtaine de professionnels de santé des armées, parmi lesquels des experts en traumatologie afin d’assurer aux victimes des combats un haut niveau de qualité de soins », confirme-t-on du coté de la Défense. « Une trentaine de militaires français interviendra à leurs côtés pour soutenir le dispositif ». Cette aide médicale militaire pourra être complétée et relayée par des moyens civils du ministère de l’Intérieur (sécurité civile…), notamment pour des spécialités permettant de prendre en charge les femmes et les enfants. Une intervention médicale nécessaire selon Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense. « Il est de la responsabilité de notre pays d’apporter une assistance concrète et urgente aux victimes des combats et aux réfugiés syriens, au plus près des zones de conflit. »

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La “guerre d’Irak” de De Villepin croquée

(BRUXELLES2) Vous voulez vous replonger au coeur de la négociation de la 1441, la résolution visant à sanctionner l’Irak en cas de non-respect de ses obligations internationales. Vous voulez saisir la vie, trépidante, harassante, d’un cabinet des Affaires étrangères à quelques moments importants de la vie internationale. Et dans l’esprit tempétueux du ministre des Affaires étrangères, Alexander Taillard de Worms (aka Dominique Galouzeau De Villepin) et de son speechwriter, Arthur Vlaminck. Alors, plongez-vous dans la lecture du 2e épisode de la BD Quai d’Orsay (ou faites-la vous offrir pour Noël…). C’est juste, hilarant, savoureux…

Il y a de nombreux moments de délice avec l’arrivée du rapport de 12.000 pages que livrent les Irakiens en réponse aux demandes de la communauté internationale. Et sa lecture par le chef de cabinet du ministre Claude Maupas (aka Pierre Vimont) qui détaille ce qui s’y trouve dans les 12.000 pages. « Ce qu’il y a de bon, c’est qu’il y a de tout là-dedans :  comment fabriquer un avion, quelques interprétations du Coran, l’itinéraire des bus de nuit… En y regardant bien, on doit même y trouver la recette de la tarte Tatin » commente avec l’humour pincé, qu’on lui reconnait celui qui est aujourd’hui à la tête du service diplomatique européen. Puis suit une discussion épique entre les conseillers défense pour savoir si les tubes repérés peuvent servir à l’artillerie, à l’envoi de roquettes ou à à une utilisation plus nucléaire.

Vous avez cet épisode où le ministre qui appelle, un par un, les membres du Conseil de sécurité pour les rallier à la position française, contre la position américaine. Ou ce voyage à Moscou, avec une discussion, comme deux vieux potes avec son homologue russe Igor Ivanov… en espagnol. Voyage précédé par ce conseil de De Villepin à son chef logistique qui tente de négocier un Airbus au lieu du Falcon étroit pour aller à Moscou : « Dites leur que vous avez affaire à un caractériel, çà marche toujours dans les négociations ». 

L’ouvrage se conclut par la chevauchée fantastique, devant l’ONU, en février 2003, avec ce discours historique qui suscitent des applaudissements nombreux. Et cette conclusion, lyrique : « … Dans ce temple des Nations unies, nous sommes les gardiens d’un idéal, nous sommes les gardiens d’une conscience. (…) Et c’est un vieux pays, la France, d’un vieux continent comme le mien, l’Europe, (…), qui a connu les guerres, l’Occupation, la barbarie. Un pays qui n’oublie pas et qui sait tout ce qu’il doit aux combattants de la liberté venus d’Amérique et d’ailleurs. Et qui pourtant n’a cessé de se tenir debout face à l’Histoire et devant les hommes. » … « Ca c’est du jamais vu » commente Claude Maupas, un rien ému « Carrément ils applaudissent ! ».

• “Quai d’Orsay Chroniques Diplomatiques” Abel Lanzac (scénariste), Christophe Blain (dessinateur) - éditions Dargaud, 104 pages, 16,95 euros

 

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L’Europe en proie à un Waterloo économique ?

(BRUXELLES2, opinion) Ce site fait rarement la part belle à ces questions. Mais une fois n’est pas coutume ; la crise de l’euro et ses différents rebondissements méritent une lecture attentive. Il ne s’agit en effet plus seulement d’une question purement économique mais bien politique et stratégique. L’Europe fait en effet face à un risque majeur : un affaiblissement notable non pas d’un pays mais de l’ensemble du continent.

L’Europe est en danger

Cet affaiblissement a une origine, un carburant : des attaques répétées des “marchés”. Mais aussi un accélérateur formidable : l’imprévoyance, l’absence de réaction à la crise et les erreurs stratégiques des Européens qui se succèdent et s’empilent depuis plusieurs mois. A coté de la défaite stratégique qui se prépare, la bataille de Waterloo pourrait (presque) apparaître comme une victoire pour les Français et celle d’Austerlitz une victoire des Autrichiens. -:) S’il s’était agi d’un conflit armé, les armées européennes auraient été défoncées ; on compterait les morts par dizaines et centaines de milliers ; et la moitié de l’Europe serait “occupée”.

Dans cette véritable “guerre économique”, l’Europe a déjà perdu plusieurs batailles et plusieurs divisions. On peut même dire que depuis quatre années que dure la crise, toutes ses lignes de défense ont sinon été brisées, du moins sérieusement enfoncées, contournées, à peine mises en place, obligeant à remettre en place une autre ligne de défense. On a l’impression que les Européens s’acharnent encore à réparer le plâtre de leur ligne Maginot alors que les ennemis franchissent allègrement la frontière par les autres côtés.

Imprévoyance

Que n’a-t-on pas entendu en effet pour se dédouaner de toute action… Tout d’abord, l’Europe n’était pas concernée par ce qui se passait aux Etats-Unis (la crise des subprimes), elle n’avait pas la même structure économique et de prise de risques. Puis ensuite, ses banques étaient peu exposées aux mêmes risques. Quand la crise a commencé à gagner le continent européen, et ses banques, on a considéré qu’elle était limitée à quelques établissements, puis à quelques pays, dits mal gérés, la Grèce, l’Irlande… La crise n’était d’ailleurs que passagère et d’ici 2010 et 2011, la croissance économique allait reprendre le dessus (si si… je l’ai entendu, et me suis même fait rabattre d’un ton suffisant par un diplomate français qui, lorsque j’ai exprimé quelques doutes, m’a fait comprendre que mes notions d’économie n’étaient pas “up to date” comme on dit). Quand la crise a commencé à s’étendre à l’Espagne, on a aussi doctement expliqué que, pour l’Italie, cela ne risquait rien car la dette n’était pas exposée sur le marché mondial et détenue en grande partie par les Italiens eux-mêmes, etc…

Impéritie

Les dirigeants européens ont non seulement empilé les erreurs les unes sur les autres. N’ayant pas bien saisi ou voulu faire comprendre la gravité de la crise, ils ont mal préparé leurs populations à accepter des mesures plus drastiques qui révolutionnent leurs comportements. Ce, dans tous les pays. La mise en place d’une administration fiscale robuste et efficace dans un pays qui en est dépourvu (Grèce) ne peut se faire en quelques semaines. La mise en place de mécanismes de solidarité plus puissants, et le revirement sur une constante constitutionnelle et culturelle – la non intervention des autorités européennes et le fonctionnement de la planche à billets (Allemagne) – ne peut se faire en un seul discours. L’acceptation d’un mode de gouvernance plus fédéral, et non pas fondé sur des a coups politiques. Etc. Tout cela nécessite un peu de temps, des explications qui ne sont pas venues. Dans toutes les mesures prises, on n’a pas ou très peu tenu d’un facteur, pourtant essentiel, la population, et son avatar, la démocratie.

Erreurs à la pelle

Les dirigeants européens ont multiplié les sommets à courte vue, avançant mesure(tte) par mesure(tte), qui n’avaient même pas le temps d’être mises en place qu’elles étaient déjà dépassées. Il a fallu plusieurs mois pour mettre en place un fonds européen de stabilité financière qui n’était pas doté suffisamment alors que la crise avait déjà gagné plusieurs pays ; plusieurs années pour aboutir à un timide encadrement des agences de notation (et encore n’est-il pas en vigueur) à une semi-interdiction des systèmes spéculatifs tels que les achats à découvert ou CDS. Encore aujourd’hui, les dirigeants rechignent à passer à des mesures assez drastiques. La Banque centrale européenne reste interdite de prêter aux Etats. Les agences de notation, laissées à l’air libre, ne sont pas sanctionnées quand elles commettent des erreurs graves. La mise en place d’eurobonds n’a pas encore été lancée. Et on repousse la mise en place de dispositifs un peu plus contraignants comme la taxe sur les transactions financières ou l’interdiction de notation des dettes souveraines des Etats sous aide. Les pays – et les populations – les plus riches se croient protégés des dangers qui menacent les pays les plus faibles et rechignent toujours à un effort. Etc.

Le changement de braquet

La convocation des sommets à répétition et les petits changements à courte vue semblent avoir vécu. Après la Belgique, dégradée, ce devrait être le tour du noyau dur : les Pays-Bas, puis la France et l’Allemagne. La prévision politique devrait prendre en compte cette hypothèse et développer les instruments en conséquence. Il faut adapter le mécanisme institutionnel à la crise. Cela ne nécessite aucun changement institutionnel. On peut penser qu’une réunion continue des dirigeants européens, jusqu’à trouver un accord complet qui ne prévoit pas une solution pour la crise qui précède mais pour les suivantes. En prévoyant le pire.

Une dimension démocratique sous-estimée

La dimension démocratique, et explicative, ne devrait pas être laissée pour compte comme aujourd’hui. Cette réunion devrait être suivie, ou interrompue, par la réunion en urgence des différents parlements dans les pays concernés ainsi que du Parlement européen pour permettre d’entamer la discussion sur les modifications nationales nécessaires à la transposition de ces mesures. Le modèle, développé par Angela Merkel avec une réunion du Bundestag entre deux réunions du Conseil européen (en octobre), ne devrait pas être critiqué mais développé et amélioré. On perdra quelques jours ou quelques semaines qui seront regagnées ensuite. Certaines mesures devront sans doute être retravailler. Mais c’est le prix de la démocratie. Et de l’efficacité. A quoi sert de décider rapidement si les mesures mettent ensuite 1 à 3 ans à être appliquées.

Sérier les sujets

Les sujets devraient être aussi sériés selon leur priorité. Selon moi, les Européens devraient aussi se concentrer sur une régulation plus stricte du système financier, un encadrement des agences de notation qui reste encore lâche aujourd’hui. Il est assez étonnant que “l’erreur” de notation de Standard and Poor’s vis-à-vis de la France ait donné à autant de mansuétude. De nouvelles ressources basées sur de nouvelles accises – qui ne soient pas celle du travail – devraient être trouvées. Enfin, le système des plans d’austérité à répétition me semble aussi condamnable, sinon condamné. A force de serrer la vis, on serrer la croissance, et on augmente la dette. On est en passe de mettre autour de plusieurs pays européens le noeud qu’on a coulé autour de la Grèce. Résultat: au lieu d’une dette de quelques dizaines de milliards, c’est en centaines de milliards que l’on évalue maintenant son montant.

Attention à la crise de confiance

Aujourd’hui, l’heure n’est plus à la tergiversation. L’Europe est en danger ! Mais d’abord d’elle-même. Si les leaders européens ne réagissent pas avec plus de verve, d’intelligence, et de savoir-faire, d’explications et de compréhension, la crise continuera de nous occuper de longues années. L’affaiblissement ne sera pas alors passager mais pourrait se prolonger. Le continent sera à la merci du premier venu, du premier régime autoritaire ou extrémiste né de la crise. Car il se doublera d’une crise de confiance, d’un schisme entre une partie de la population, notable, majoritaire, qui ne comprendra plus le projet européen et ses leaders. A la crise économique s’ajouterait alors une crise politique.

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L’UE préoccupée par la situation au Sud-Soudan

(BRUXELLES2) Les dizaines de milliers de personnes déplacées, les victimes civiles en nombre non déterminé, les assassinats et autres violations des droits de l’homme… L’UE reste préoccupée par la situation au Sud Kordofan, région limitrophe entre le nouvel Etat du Sud Soudan et le Soudan. Dans un communiqué, Catherine Ashton, la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, appelle « les parties à s’accorder sur un immédiat cessation des hostilités “immédiate et sans condition” et d’assurer la protection des civils et permettre un plein accès humanitaire et sans entraves à tous ceux qui en ont besoin.

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La vraie question du conflit libyen : l’après Kadhafi

(BRUXELLES2) La vraie question qui hante les responsables politiques américains et européens dans le conflit libyen est l’après-Kadhafi, ce n’est « pas vraiment la prolongation de l’opération. mais de savoir « ce qui se passe quand Kadhafi s’en va. Dans quel état va-t-on retrouver la Libye ? Comment éviter le vide du pouvoir ? Comment gérer la transition ? » a expliqué Jamie Shea, le secrétaire général adjoint de l’OTAN chargé des défis de sécurité émergents, lors des entretiens de la Citadelle à Lille.

Eviter la répétition de l’erreur irakienne

Et d’ajouter : Il faut « éviter de répéter l’erreur de l’Irak où le pouvoir s’est effondré rapidement et où les Américains n’avaient pas de plan pour la transition, où il n’y avait pas de force de sécurité dans les rues ». En Libye, il y a un véritable risque, pour Jamie Shea. « Contrairement à d’autres pays arabes, la Libye est un pays sans État, sans armée, sans économie, sans société civile. (…) Il faut penser à une force d’interposition de l’ONU ou de l’Union africaine pour gérer l’après-Kadhafi. »

Espérons que l’UE sera prête

Pour le général allemand Georg Nachtsheim, ancien chef de la brigade franco-allemande et actuellement commandant adjoint du corps de réaction rapide France « Il faut espérer que dans les instances de l’Union européenne, on regarde ce qu’on sait faire, ce qu’on veut faire. Et qu’à temps un effort pédagogique soit entrepris pour convaincre de cette nécessité les Européens. (…) Le vrai problème commence – l’Irak l’a montré – après les opérations aériennes, quand il faut s’engager auprès de la population. »

La planification actuelle d’un futur engagement européen en Libye se limite pour l’instant à une éventuelle mission de réforme des services de sécurité ou des frontières. Au regard des avis convergents, cela ne semble pas suffisant, et l’Europe doit pouvoir s’impliquer dans une force de maintien de la paix.

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Des observateurs européens en Tunisie : oui si le pays le souhaite

(BRUXELLES2) Les incidents de frontière entre la Libye et la Tunisie, près des montagnes berbères (1), sont suivis très attentivement par le service diplomatique européen. Mais sans nécessité d’action pour l’instant. « Cela voudrait dire une demande de la Tunisie à la communauté internationale. On n’en est pas encore là. » explique un haut diplomate européen « Il y a eu des incidents, certes. Mais qu’on ne peut pas qualifier encore de haute importance. Les autorités tunisiennes pourraient d’ailleurs si elles l’estiment nécessaires saisir le conseil de sécurité des Nations-Unies. Pour l’instant elles ne l’ont pas fait. On a donc l’impression que si la situation les préoccupe, elle n’a pas atteint le degré de gravité nécessaire. » La diplomatie européenne est prête, le cas échéant. « Si les Tunisiens le souhaitent, si nous avons une résolution des Nations-Unies le demandant, nous pouvons fournir l’assistance nécessaire à la Tunisie », comme par exemple déployer des observateurs civils le long de la frontière, « oui c’est possible » répond mon interlocuteur (2).

“Tout ce qui peut menacer les civils devient une cible légitime” (Otan)

Il faut préciser que du coté de l’OTAN, on suit également la situation à la frontière tuniso-libyenne de très près. « Nous n’avons pas de personnel au sol – et nous ne pouvons pas en avoir -. Mais nous exerçons une surveillance de tous les instants par tous les moyens possibles » m’a expliqué un officier supérieur du QG de Naples. Et de préciser, l’OTAN maintient ses « moyens en alerte, pour repérer d’où partent les attaques et tout ce qui peut menacer les civils devient pour nous une cible légitime de frappes ». La porte-parole adjointe de l’OTAN, Carmen Romero, a quant-a-elle confirmé ne « pas avoir reçu de demande d’assistance du gouvernement tunisien en ce moment. » NB : la Tunisie est membre du dialogue méditerranéen initié par l’Alliance atlantique.

(1) Il faut savoir en effet que pour les forces de Kadhafi, la seule façon de déloger les rebelles du poste frontière de Dehiba, la route principale étant bloquée par un éboulement provoqué, est de passer par la Tunisie. Vous pouvez aussi lire, ici, un témoignage, un des rares sur la situation dans la montagne berbère, sur la route de Nalut

(2) Lire également :

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Si vous bombardez, merci de prévenir avant !

Les portes paroles de Cathy Ashton se concertent pour trouver une réponse (crédit : Commission européenne)

(BRUXELLES2) Je croyais que l’on avait atteint le summum en matière de communication pour la Haute représentante, j’étais loin du compte. Nous avons assisté aujourd’hui – lors du briefing de midi – à un beau numéro des duettistes, porte-paroles de Cathy Ashton. Quand je leur ai posé la question sur les récents évènements en Tunisie, et les incidents de frontière qui se multiplient, après une longue concertation d’au moins une minute, la réponse a fusé, limpide : « Nous n’avons pas grand chose à dire, on vérifie. Bien sûr on suit la situation en Libye et dans les pays voisins. Bien sûr il faut qu’il n’y ait pas d’incidence sur territoire dans d’autres pays. Mais je ne peux pas dire davantage ». Un vrai leitmotiv qui revient souvent dans la communication de Cathy Ashton.

Je retente ma chance pour savoir quelle est la réaction de la Haute représentante ou de Barroso à la lettre ouverte que lui a adressé MSF (aujourd’hui dans tous les journaux) : « Nous ne sommes pas au courant » affirme la porte-parole de JM Barroso. Et le porte-parole d’Ashton d’ajouter : « Si tu peux nous prévenir de questions comme cela, cela nous aide à nous préparer. » !

Il serait donc bon de faire passer le message à tout le monde. Si Kadhafi ou Assad, et autres amateurs de bombardements en tous genres, pouvaient avant de passer à l’offensive, passer un petit coup de fil à Cathy Ashton, ses communicants seraient très heureux, le temps de se préparer. Et si on pouvait faire pareil pour les catastrophes naturelles, avoir l’annonce d’un séisme à Haïti quelques heures avant, serait l’idéal ! :-)

NB : la raison officielle de ce mutisme tient en fait au décalage horaire. La Haute représentante est aux States encore aujourd’hui, avec une partie de son cabinet, et 6 heures de décalage dans la vue fait qu’à 12h00-12h30, heure du briefing, elle n’est pas encore au petit déjeuner…

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La méthode Sarkozy en Europe marque le pas. La France ne convainc pas au Sommet

Comme en 1792, on allait y aller. Ah oui. Les premiers couplets de la Marseillaise semblaient tinter à nos oreilles. « Le jour de gloire est arrivé !? Contre nous de la tyrannie. ?L’étendard sanglant est levé.» Au menu : reconnaissance de l’opposition en grande pompe, jeudi, avec photos de poignée de main dans l’enceinte de l’Elysée (il ne manquait que les gardes républicains pour une visite d’Etat), et annonce de frappes aériennes ciblées par des fuites savamment organisées à l’Elysée. Le tout à la veille d’un Sommet européen spécial, consacré à la Libye, dont la France avait demandé, exigé, la convocation. Difficilement compréhensible mais qu’importe. Pour le président français l’essentiel était fait : marquer les esprits, montrer que la France guide l’Europe, regagner du poids dans les sondages. Triplement gagnant à priori. Seulement l’Europe ne fonctionne pas de cette façon. Et Sarkozy a plutôt massacré des atouts que forcer le consensus en sa faveur.

Une gifle à l’Allemagne, le partenaire

Le Français, tout occupé par son amourette de printemps avec le Britannique David Cameron, a laissé tomber sa partenaire de raison, l’Allemande, Angela Merkel. Cela peut se justifier au plan militaire / bilatéral, pas au plan politique / européen. L’Allemagne a véritablement été larguée. Elle n’a même pas été avertie de ce qu’allait faire le président français à Paris. Et il y encore moins eu de discussion préalable. Un manque de concertation qui a choqué outre-Rhin. D’autant que ce n’est pas la première fois. Ce qui pouvait passer au départ pour de l’impolitesse ressemble maintenant à un manquement au partenariat franco-allemand, un couple qui structure l’Union européenne (rappelons-le) davantage que ne peut le faire “l’amitié” franco-britannique. Et qui est difficilement remplaçable. Les 24 autres membres du Conseil ont également eu la désagréable impression de n’être que des marionnettes dans un jeu politique de Sarkozy, à visées électorales intérieures plus qu’européennes. Ce qui n’a échappé à personne.

Un mauvais tacle à Juppé

Le ministre des Affaires étrangères, à peine nommé, avait fait forte impression auprès de ses collègues. Passant de la Défense aux Affaires étrangères, et son passé de Premier ministre, tout en ayant déjà géré quelques crises géopolitiques, redonnait à la France une aura certaine dans les milieux européens. Le ministre français a ainsi multiplié les contacts avec ses collègues ces derniers jours. Par exemple, avec le Suédois Carl Bildt ou l’Allemand Westerwelle. Bildt se déclarait ainsi, il y a quelques jours, « proche des positions françaises » (c’était avant les déclarations de N. Sarkozy). Tandis que Westerwelle a été surpris d’apprendre d’Alain Juppé, devant les journalistes, qu’ils avaient un  « mutuel » accord sur une reconnaissance. Alors que c’était faux. La cote de Juppé est retombée. Chacun ayant compris parmi les ministres que la politique étrangère resterait rythmée par l’Elysée, comme avant.

La menace de frappe militaire agitée sans effet

L’annonce des frappes aériennes militaires contre la Libye paraissait un geste fort, au moins politique. Mais cette annonce s’est avérée nulle au niveau militaire voire contre-productive puisqu’elle n’a pas été suivie d’effet (du moins jusqu’ici). « Des frappes ne s’annoncent pas, elles se font » comme le dirait un militaire. Le résultat est un triple perdant. Au niveau politique, en agitant ce qui peut ressembler un chiffon rouge, on provoque inutilement une opposition alors que toute la difficulté est de solidifier la communauté internationale (Russie et Chine, Ligue Arabe et Union africaine) et européenne. En droit international, c’est un acte de guerre qui ne peut donc être autorisé que par les Nations-Unies. En termes militaires, s’il est évident qu’une frappe serait “un coup de semonce sérieux”, il n’est pas évident qu’elle ait à moyen terme un impact énorme sur le conflit en cours. Sauf à avoir des frappes répétées, et un bombardement massif. C’est aussi prendre le risque d’avoir des victimes civiles. Comme le disait un participant à la réunion du Sommet européen, “imaginez Kadhafi avec dans les bras un enfant mort du fait des frappes aériennes, quel serait l’effet sur les populations arabes“…

Un double échec : pas de demande des 27 d’une nouvelle résolution des NU et des opposants qui font antichambre

Le camp de la prudence en matière d’options a gagné. Le seul point indiqué est un engagement d’étudier toutes les options possibles en cas de crises sur les civils. Le consensus qui prévaut en matière internationale comme occidentale, que ce soit au sein de l’OTAN ou de l’UE, est en effet l’impossibilité d’agir militairement sans une résolution des Nations-Unies, et une demande des pays arabes. Si celui-ci est désormais acquis avec la demande de la Ligue Arabe d’une “No Fly Zone” (faite samedi), le premier ne l’est pas encore. Il est d’ailleurs frappant de constater que l’Union européenne n’a pas demandé aux Nations-Unies de se saisir à nouveau la question. Plutôt que de mentionner le détail des opérations militaires nécessaires ou une No Fly Zone, c’était sans doute là où il fallait plutôt porter l’effort.

Quant aux opposants libyens, Mahmoud Jibril et Ali al-Essawi, ils ont fait antichambre dans un des des bureaux du Conseil européen, et n’ont finalement été reçus, qu’en catimini, par le conseiller diplomatique du président du Conseil européen Van Rompuy. Même si celui-ci s’est fendu d’un communiqué loin d’ailleurs d’être aussi dithyrambique que le président français (lire : également Les opposants libyens reçus en catimini au Conseil européen vendredi).

La méthode du “fort en gueule” atteint des limites

En résumé, comme je l’indique dimanche dans un article publié dans Ouest-France, sous la présidence française, en 2008, Nicolas Sarkozy avait usé et abusé de sa technique préférée – parler haut et fort et prendre de court. Avec un certain succès, notamment sur la Géorgie. La crise financière lui avait donné également l’occasion de faire valoir ses talents. Du moins au début. Mais aujourd’hui, la méthode du « fort en gueule » semble avoir atteint ses limites. En reconnaissant, avant tout le monde, le Conseil national libyen de Benghazi comme interlocuteur légitime et en évoquant, tout seul, des possibilités de frappes aériennes ciblées, le président français a torpillé un sommet européen qu’il avait pourtant appelé de ses vœux. Il a mis en colère le partenaire traditionnel allemand. Et la plupart des dirigeants européens ont été ainsi choqués de voir le président français piétiner ainsi le fonctionnement démocratique de l’Union européenne.

Certes Sarkozy a gagné la bataille médiatique, la salle de presse française faisant le plein vendredi soir. Mais, dans les couloirs, la France a subi une défaite. Aucun appel à une nouvelle résolution de l’ONU n’est exprimé, des opposants libyens faisant antichambre dans une salle du Conseil  et un simple engagement d’étudier toutes les options militaires, le résultat s’apparente à une défaite pour la diplomatie française.

Si, sur le fond, la position française parait logique — avancée politique avec l’opposition, programme économique de soutien à la démocratie en Méditerranée et menace d’options militaires — sa tactique relève de méthodes autocratiques d’un autre temps qui agacent. En voulant dribbler tout le monde et menant l’action “perso”, Sarkozy a raté l’occasion d’imposer ses vues. L’Europe n’a pas besoin seulement d’un meneur mais d’un rassembleur. Il faut savoir convaincre pour exister et non exister pour convaincre.

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