Autoroute de la criminalité en Afrique et cocktail à risques au Sahel (UA)

(Crédits: Parlement Européen)

(BRUXELLES2) L’Union Africaine doit faire face à d’importants problèmes de sécurité et elle compte pour cela sur ses partenaires internationaux, en particulier l’Union européenne. C’est le message principal de Ramtane Lamamra, commissaire de l’Union africaine à la paix et la sécurité, aux eurodéputés de la commission Affaires étrangères ce mercredi (30 mai).

Ce diplomate, ancien ambassadeur algérien à l’ONU et médiateur dans de nombreuses crises en Afrique (Mali / Burkina Faso, Libye, Tchad, Libéria…), livre un point de vue intéressant sur les priorités sécuritaires en Afrique. Priorités qui semblent coïncider avec celles de l’UE sur ce continent. Les experts « sécurité » des deux institutions, le COPS pour l’UE et le Comité paix et sécurité pour l’UA, se réunissaient d’ailleurs, mardi 29 mai (pour la cinquième fois depuis la création de l’Union africaine il y a dix ans) afin de mettre en œuvre la coopération inter-régionale.

Une « autoroute de la criminalité » Est-Ouest

Aujourd’hui, si le commissaire Lamamra se félicite de la diminution du nombre de conflits et de victimes par rapport à la décennie précédente, il évoque une évolution vers des conflits qui sont maintenant presque tous « internes ». Les acteurs non-étatiques prennent de plus en plus d’importance : criminalité organisée, terrorisme, piraterie maritime… Tels sont les adversaires désormais. Il évoque sans ambages une « autoroute de la criminalité » qui traverse l’Afrique en large d’Est en Ouest, depuis le Golfe d’Aden vers celui de Guinée. Et c’est le trafic de stupéfiants qui l’inquiète de plus, car il génère ou avive les conflits… quand il ne les finance pas.

Le Sahel : nouveau défi géostratégique et cocktail de difficultés

C’est en quelque sorte le nouveau sujet de « grave préoccupation » pour l’Afrique. Au Sahel, c’est un véritable « cocktail de difficultés » qui rend la situation très compliquée à gérer : problèmes de gouvernance, crise humanitaire, défis environnementaux, terrorisme et mouvements sécessionnistes sont les ingrédients de ce cocktail. Et cela « dépasse le seul Mali ». Dans ce pays, le coup d’Etat est « insensé »* (effectué un mois avant la tenue des élections…). Réalisé sous le prétexte de la mauvaise gestion de la menace sécessionniste du Nord, il a en fait aggravé la situation. D’autant qu’il a enlevé au pays « son arme la plus importante : la légitimité ». Désormais, deux tiers du territoire malien échappent au gouvernement. Les islamistes d’Aqmi sont une menace, tandis que les « préoccupations » des sécessionnistes Touareg sont négociables, tant qu’elles respectent l’intégrité du pays. L’expert de l’Union africaine espère qu’une solution pourra être trouvée le 7 juin prochain, date à laquelle se tiendra une réunion du groupe de soutien et de suivi, qui réunit à la fois les pays africains et les partenaires internationaux.

Fragile amélioration dans les Grands lacs et la Corne de l’Afrique

Parmi les autres priorités sécuritaires, Ramtane Lamamra évoque bien sûr la Corne de l’Afrique et la région des Grands Lacs. Ces deux régions restent caractérisées par « une grande fragilité  » malgré des améliorations. En ce qui concerne le Soudan, là aussi la menace est très présente et l’UA appelle à la cessation des violences, au retrait des troupes et à la négociation comme seule voie possible vers une solution à deux Etats co-existants « côte à côte ». Les « soulèvements populaires » (terme préféré par le représentant africain à celui de printemps arabe) offre des perspectives positives dans ce tableau plutôt difficile. « On devrait pouvoir en tirer des enseignements » affirme ainsi l’expert africain.

* Le mot est également utilisé pour la Guinée-Bissau, où le coup d’Etat a eu lieu entre les deux tours de l’élection…