Des navires de l’OTAN en ballade en mer noire

(B2) La frégate canadienne HMCS Toronto (FFH 333) et la frégate espagnole ESPS Santa Maria (F 81) qui participent actuellement au groupement maritime permanent de l’OTAN, numéro 2 (SNMG2), ont visité le port ukrainien d’Odessa, lors d’une « visite de routine », après plusieurs jours d’exercice en mer Noire, annonce dans un  communiqué le commandement maritime de l’OTAN (Marcom).

La frégate Toronto à Odessa (crédit : SNMG2)

Dans le même temps, le bâtiment néerlandais HNLMS Evertsen — qui commande en ce moment le SNMG2 —, accompagné des frégates turque TCG Yildirim, roumaine ROS Regele Ferdinand et bulgare BGS Drazki, a rallié le port géorgien de Poti (Géorgie) pour y faire escale.

NB : Ce type de visite portuaire est régulier. Pour l’OTAN, il s’agit en pleine réunion des ministres des Affaires étrangères à Washington de souligner leur solidarité avec ces deux pays (Géorgie et Ukraine) de l’ex bloc soviétique qui sont intéressés par une adhésion à l’Alliance atlantique et de démontrer leur volonté de rester présent en Mer Noire.

(RM avec NGV)

Patrouille avec EUMM à la « frontière » entre la Géorgie et l’Ossétie du Sud

(B2 à Tbilissi) B2 a accompagné une patrouille de la mission d’observation de l’Union européenne en Géorgie (EUMM), près de la ligne de démarcation avec l’Ossétie du Sud. Non armés, ces observateurs, dont beaucoup sont d’anciens ou d’actuels policiers, s’appliquent à réduire le niveau de tensions

Deux observateurs de EUMM Georgia regardent un camp de gardes-frontières russes (©B2/Romain Mielcarek)

EUMM Georgia est composée de 200 observateurs, issus de 27 des 28 pays membres (la Slovaquie n’a pas de personnel au moment de notre visite, mais en déploie habituellement). Présents depuis octobre 2008, suite aux combats qui ont opposé l’armée géorgienne aux rebelles sud-ossètes et abkhazes, appuyés par l’armée russe, ils sont le dernier canal de dialogue entre les parties au conflit. Ils patrouillent dans toute Géorgie, privilégiant largement les lignes de démarcation avec les 20% du territoire occupés par les forces russes et leurs alliés.

Une situation qui reste tendue

Des frontières qui se durcissent…

Les Géorgiens et de nombreux médias parlent souvent de « frontières » qui progressent. Les Sud-Ossètes et les Abkhazes, appuyés par les Russes, feraient avancer progressivement la ligne en ajoutant ici du barbelé autour d’un champ, là une barrière à l’entrée d’un village coupé en deux. Pour le porte-parole de l’EUMM qui nous accueille à Akhmazi, « ce n’est pas une question de frontières qui avancent mais de frontières qui se durcissent » : les infrastructures évoluent avec la multiplication de nouvelles caméras, de miradors, d’obstacles physiques, perçus par les Géorgiens comme autant de menaces et de provocations.

… Et s’imposent de facto

Sur le poste frontière que nous avons pu observer, la circulation est relativement fluide. 400 personnes le traversent chaque jour. Des gardes sud-ossètes contrôlent les véhicules : laissez-passer des passagers, contenu du coffre, absence d’armes ou d’équipements dangereux. En second rideau, des garde-frontières russes sont présents. Lorsque des étrangers se présentent sans les documents nécessaires, ils sont simplement expulsés. Mais les Géorgiens, eux, sont arrêtés et jugés. « Une pratique inhabituelle pour quelqu’un qui a travaillé à un poste frontière dans un autre pays », souligne un membre de l’EUMM.

Le vocable reste un sujet compliqué. Si les Sud-Ossètes et les Abkhazes parlent de « frontière », les Européens préfèrent le terme « ligne de démarcation administrative » (administrative boundary line). Les Géorgiens parlent eux très clairement de « territoires occupés ».

Des interdits maintenus

Déployée suite aux combats de 2008, l’EUMM entre dans le cadre de l’accord en six points négocié à l’époque par l’Union européenne avec les belligérants. Deux de ces points ne sont pourtant toujours pas respectés, un peu plus de dix ans après : les observateurs européens n’ont pas accès aux territoires occupés et les Russes ne se sont pas retirés. Si Moscou reste discret sur les effectifs présents en Ossétie du Sud et en Abkhazie, la Military Balance estime à environ 7000 le nombre de leurs militaires, faisant de la Géorgie le deuxième théâtre d’opérations de la Russie en effectifs après l’Ukraine (28.000 hommes) et devant la Syrie (5000 hommes).

Lire : Dépenses de défense. Entre Etats-Unis et Russie, l’Europe en quête des bons équilibres stratégiques

La population prise en otage

Pour les Géorgiens, qu’ils soient d’un côté ou de l’autre de la ligne de démarcation, cette situation crée une forte précarité. Les permis de circulation ne sont valides que trois ans et rien ne garanti qu’ils seront reconduits à terme. Plus ennuyeux, les autorités de facto peuvent à tout moment suspendre la relative liberté de passage. C’est ce qui s’est passé le 11 janvier quand les Sud-Ossètes et les Abkhazes ont décidé de fermer les frontières pour éviter l’arrivée de la grippe H1N1, qui a tué 15 personnes en Géorgie. Ceux qui étaient du mauvais côté, notamment des étudiants venus visiter leurs familles pour célébrer le nouvel an, sont restés coincés deux mois sans recours. Environ 140 personnes avaient tout de même été exceptionnellement autorisées à sortir, pour des raisons sanitaires majeures. De quoi maintenir, selon un membre de EUMM Georgia, une « pression psychologique ».

Présence russe explicite

Depuis la route qui va d’un côté à l’autre de la ligne de démarcation, les camps des gardes-frontières russes (1), sont parfaitement visibles. Dans chacun des deux territoires, 19 de ces camps, parfaitement identiques, sont répartis le long des frontières. A l’intérieur, les Russes vivent avec femmes et enfants. Autant d’indicateurs qui laissent penser, comme le souligne un membre d’EUMM, « qu’ils veulent montrer qu’ils sont là pour longtemps ». Les bases militaires russes, les vraies, sont plus à l’intérieur des terres, à une bonne vingtaine de kilomètres de la frontière.

EUMM Georgia en première ligne

Les Européens au contact

Dès 2008, l’Union européenne a négocié dans le cadre des Arrangements techniques (Technical Arrangements) avec les autorités géorgiennes que ces dernières ne déploient pas une police trop lourdement équipée, voir l’armée, à proximité de ces zones. EUMM se charge de surveiller et d’informer les acteurs sur ce qu’elle observe. Un moyen de réduire les tensions. Si les Russes ont été appelés à suivre une logique comparable, ils ne l’ont pour l’instant pas fait. De la même manière, l’Otan ne laisse pas son personnel approcher de ces zones, pour éviter toute accusation d’espionnage ou de provocation. Les Géorgiens ont tout de même déployé une police spéciale chargée de surveiller les flux en direction et en provenance d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie. Celle-ci ne dépend pas des gardes-frontières… Puisqu’aucune frontière n’est reconnue.

Les missions de EUMM

Le mandat de EUMM Georgia lui fixe quatre missions : suivre la situation et la stabiliser ; encourager le processus de normalisation ; multiplier les contacts et les projets pour réduire les tensions ; éclairer la décision politique de l’Union européenne. Si depuis 2008 la situation est relativement calme, difficile pourtant de parler de progrès. Aucune piste de solution ne se dessine.

Le nombre d’appels de la hotline de EUMM, depuis 2011, ne cesse de croître. Les motifs : détentions, criminalité, explosions, coups de feu, urgences sanitaires…

Hotline

En février 2009, les parties au conflit ainsi que l’UE, l’OSCE et l’ONU ont adopté un Mécanisme de prévention et réponse aux incidents (IPRM). Celui-ci doit permettre un dialogue entre les belligérants mais fonctionne par intermittence. La hotline mise en place par EUMM Georgia dans ce cadre semble être l’outil le plus concret et le plus efficace. Seul canal de dialogue opérationnel, il permet aux observateurs européens d’avoir des contacts directs avec des interlocuteurs identifiés des deux bords. En cas d’incidents, les uns et les autres peuvent s’en servir comme d’un relais d’information : si les Géorgiens ne peuvent appeler directement les forces de sécurité sud-ossètes, ils peuvent demander à EUMM de le faire pour obtenir des informations sur un événement spécifique. De quoi éviter les malentendus lorsque les Sud-Ossètes s’entrainent au tir, par exemple.

Une mission difficile à comprendre

Frustrations géorgiennes

De nombreux Géorgiens ont parfois l’impression que les équipes de EUMM ne font rien. Patrouillant avec leurs gilets bleus, sans armement et ne pouvant intervenir par la force, leur mission peut paraître futile. Ils peinent parfois à comprendre, par exemple, que des membres de EUMM les orientent vers des sources de financement pour des projets humanitaires. Pourquoi les Européens ne le font-ils pas eux-mêmes ? Parce que cela ne fait pas partie de leur mandat. Le porte-parole de l’opération admet cette difficulté et multiplie les efforts de pédagogie et d’information, afin de mieux expliquer le rôle de EUMM, notamment en ce qui concerne l’intermédiation entre les différentes parties au conflit.

Un déficit de médiatisation

Faute d’actualité (et d’explosion de violence ?), EUMM peine à médiatiser ses activités et ses petits succès du quotidien. La situation en Géorgie reste pourtant particulièrement importante pour l’Europe, sur fond de tensions avec la Russie et de projet d’intégration de Tbilissi dans l’UE et dans l’Otan. Pour inciter les journalistes locaux à prendre de la hauteur sur les événements, EUMM organise par ailleurs un prix en faveur du journalisme de paix (peace journalism), qui récompense des reportages engagés et éthiques, échappant au manichéisme et la facilité.

(Romain Mielcarek)

(1) Ce service fait partie du service de sécurité russe plus connu sous le nom de FSB.

Lire aussi :

 

Les Géorgiens assurent la force de protection d’EUTM RCA

Les Géorgiens entre au camp Ucatex (Crédit: EUTM RCA)

(BRUXELLES2) Le détachement de soldats géorgiens est arrivé à Bangui fin janvier. Les 35 militaires venus du 23ème bataillon de la II Brigade d’infanterie, constituent ainsi la deuxième contribution nationale à la mission (1). Leur tâche, en tant que force de protection de la mission européenne de formation de l’armée centrafricaine (EUTM RCA), est de sécuriser le camp Ucatex Moana, le QG des Européens, mais également tous les déplacements des membres de la mission. Le mandat des Géorgiens est de six mois. Il s’agit de la troisième participation du pays du Caucase aux missions européennes en Centrafrique depuis 2014. Les Géorgiens avaient déjà apporté cinq officiers participaient au QG de la mission EUMAM RCA et, surtout, une compagnie chargée de la protection de l’aéroport de M’Poko pour la mission EUFOR RCA.

Une formation spécifique avant le décollage

Avant de décoller pour la République centrafricaine, le peloton a suivi une formation intensive de quatre semaines au Centre national de formation «Krtsanisi», précise le ministère géorgien de la Défense. L’accent a particulièrement été mis sur la réalisation de patrouilles, l’organisation de points de contrôle, d’opérations de cordon et de recherche, des exercices réels d’extinction d’incendies, la réalisation de premiers soins et des tests psychologiques.

(Leonor Hubaut)

(1) La composition (par nationalité) de la mission au 1er février 2017, est la suivante: France : 50, Georgie: 35, Belgique : 27 (dont le commandant de la mission), Espagne: 20, Portugal : 10, Suède: 8, Serbie: 6, Roumanie : 4, Autriche : 3, Pologne : 2

Lire aussi :

(B2 Pro) Carnet (09.06.2016). EUNAVFOR Atalanta (chef). QG Naples (chef) Renforcer la PESC (Plevneliev). Diplomatie culturelle (UE). Etude d’impact (EDA). Pays-Bas (budget). Substances chimiques (EDA). Capacités spatiales. Libye (stabilisation). Tunisie (aide macro-financière). Voisinage (200 millions). Géorgie (« pays occupé »). Turquie (attentat). Kazasthan (attaque). Kirghizistan (droit de l’Homme). RDC (enquête). Opérations de paix (abus sexuels). Parlement européen (Brexit). Cour de Justice (Application « directive retour »).

(B2) Parus récemment : La plate-forme de soutien aux missions se met en place. Un pis-aller ? Détails… La Commission propose un nouveau pacte sur l’immigration aux pays tiers On recrute dans les missions PSDC Et sur le blog : Anakonda 16. Les « Grosses » manoeuvres sont de retour. Dissuasion ou gesticulation ? © Confidentiels PESC […]

Abkhazie-Georgie. Les discussions reprennent à Gali

(BRUXELLES2) Une réunion extraordinaire du mécanisme de réponse et de prévention des incidents (IPRM) s’est tenue vendredi (27 mai) à Gali. C’est la première réunion de ce mécanisme de réponse depuis 4 ans. L’essentiel de la réunion était consacrée à l’incident mortel de Khurcha il y a une semaine (Lire : Tensions en Géorgie. Un mort sur la ligne de démarcation avec l’Abkhazie). La discussion a eu lieu « dans une atmosphère constructive et engagée » souligne le chef de la mission des observateurs européens, Kęstutis Jankauskas (EUMM Georgia). Chacun a convenu « d’étudier davantage cet incident tragique ». Il est notamment question de davantage partager les informations à travers la Hotline. Une nouvelle réunion du mécanisme IPRM à Gali est d’ores-et-déjà prévue lieu le 6 juillet prochain.

(NGV)

Véhicules des observateurs européens le long de la ligne administrative (Archives B2 - Crédit : EUMM Georgia 2013)

Tensions en Géorgie. Un mort sur la ligne de démarcation avec l’Abkhazie

Véhicules des observateurs européens le long de la ligne administrative (Archives B2 - Crédit : EUMM Georgia 2013)

Véhicules des observateurs européens le long de la ligne administrative (Archives B2 – Crédit : EUMM Georgia 2013)

(BRUXELLES2) La situation en Géorgie s’est tendue après l’incident mortel, survenu le long de la « ligne administrative » entre l’Abkhazie et la Géorgie. Un homme est, en effet, mort jeudi (19 mai) après une fusillade au point de passage Khurcha-Nabakevi (district de Zugdidi).

Fusillade sur la ligne de démarcation 

L’information a été confirmée par les observateurs européens de la mission d’observation EUMM Georgia. Selon des témoins locaux contactés par les observateurs européens, ce sont les forces de sécurité armées d’Abkhazie qui ont tiré. Elles auraient  traversé le pont qui sert de point de passage, en direction du territoire administré par Tbilissi. 

Collecte d’information en cours

Les observateurs européens sont sur place. Il s’agit principalement de faire un suivi de la situation, de collecter des informations puis « d’informer directement les institutions de l’UE et les États membres ». « La mission restera sur le terrain aussi longtemps que nécessaire » précise-t-on au QG de la mission à Tbilissi.

La convocation du mécanisme de prévention est urgente

EUMM demande également « instamment que les enquêtes approfondies soient menées dans les meilleurs délais ». Et elle appelle toutes les parties à éviter toute action qui pourrait aggraver la situation. Les observateurs européens ont souligné « l’urgence supplémentaire » de « la reprise rapide » du mécanisme de prévention et de réponse aux incidents (IPRM) de Gali (voir encadré).

La responsabilité russe

Le ministre géorgien des Affaires étrangères a dénoncé, dans un communiqué, un « acte criminel » dont « l’entière responsabilité incombe à la Fédération de Russie (qui a) le pouvoir de contrôle effectif de la région ». L’incident montre « la nécessité d’établir des mécanismes de sécurité internationales » a-t-il affirmé. 

Une augmentation des tensions perceptible depuis plusieurs semaines

Les participants de la 66e réunion du Mécanisme de prévention et de réponse aux incidents (IPRM) à Ergneti (voir encadré), avaient déjà exprimé il y a quelques jours (le 16 mai) leur inquiétude sur une tension croissante. Ils notaient notamment pour la période d’avril une « forte augmentation » du nombre de détentions, surtout « en comparaison avec le nombre relativement faible » d’arrestation pendant la « période précédente », y compris pendant les vacances de Pâques. En février, Kęstutis Jankauskas, le chef de la mission européenne rappelait que « les tensions sont fréquentes et EUMM a un rôle clé pour éviter que cela ne dégénère ». Lire : La présence européenne en Géorgie pas superflue (Jankauskas)

(Leonor Hubaut)


Le mécanisme de prévention et de règlement des incidents (IPRM)

Créé en 2009, dans le cadre des discussions internationales de Genève, ce mécanisme permet aux acteurs présents (ONU, OSCE et EUMM) d’étudier les problèmes quotidiens de la population des zones occupées en Abkhazie et en Ossétie du Sud, de servir de médiateur et d’essayer de trouver des solutions. Il embrasse tous les effets du conflit. Cela peut aller de problèmes concrets — accès aux champs, irrigation… —, aux problèmes plus sensibles de détentions de personnes prises à travers les lignes de démarcation. L’IPRM se réunit actuellement uniquement à Ergneti, sur la ligne de démarcation avec l’Ossétie du sud. Les réunions organisées à Gali, au nord-ouest de la Géorgie, sur la ligne de démarcation avec l’Abkhazie, ne sont plus organisées depuis 2014.


Lire aussi :

VoilierTalay1@LeccePrima

Un voilier battant pavillon turc, avec des migrants, secouru au large de Leuca

VoilierTalay1@LeccePrima(BRUXELLES2) Un voilier battant pavillon turc, le Talay 1, avec 52 migrants à bord, a été secouru jeudi (4 mai) par la Garde côtière italienne au large de Leuca — une ville portuaire située dans le talon de la ‘botte’ italienne, faisant face à l’Albanie et la Grèce.

Au large de Leuca un appel de détresse

Un appel est parvenu à l’aide du centre des opérations de la Garde côtière, selon la presse italienne qui relate l’affaire : « Nous sommes au milieu de la mer, venez nous sauver ». Deux vedettes de Gallipoli et Santa Maria de Leuca se sont alors portées au secours du bateau à environ 11 miles à l’est de Capo di Leuca. Il a fallu un peu de temps, la mer étant agitée, avant que les garde-côtes puissent prendre pied à bord, pour pouvoir ensuite remorquer le voilier à terre.

50 personnes sauvées, deux passeurs arrêtés

Les 52 personnes qui étaient à bord — 23 hommes, 8 femmes (dont 3 enceintes) et 21 mineurs (dont 7 enfants — ont été récupérées saines et sauves et ramenées en Italie au centre Don Tonino Bello de Otranto. Elles viennent essentiellement de Somalie, Syrie, Pakistan et Afghanistan. Parmi eux, deux Géorgiens. Ils ont rapidement été suspectés de n’être pas des migrants mais des passeurs. Le procureur de Lecce, la ville voisine a ouvert une enquête, selon le quotidien local LeccePrima. Un homme âgé de 43 ans, nommé David Barkaia, a été arrêté. Il aurait conclu le contrat de location du bateau. L’autre, un jeune homme de 23 ans, supposé être son complice, a été expulsé.

Deux navires secourus dans les quatre derniers mois

Cette arrivée est-elle un épiphénomène ou le symptôme de l’ouverture de ces fameuses « voies alternatives » évoquées de temps à autre ? Pour nos collègues italiens, l’arrivée dans ces parages reste assez épisodique. Le dernier épisode connu remonte au 31 mars. Ce jour-là un bateau transportant environ 20 migrants de diverses nationalités avait été secouru par la Guardia di Finanza et les Carabinieri. Deux trafiquants avaient été arrêtés — un Albanais et un Grec, ainsi qu’un Syrien en possession de faux documents. Un autre bateau avait été localisé en janvier. L’aventure avait fini tragiquement avec la mort d’une femme nigériane.

(NGV)

(Crédits: EUAM Ukraine)

Situation « stable » entre Ossétie et Géorgie

(Crédits: EUAM Ukraine)

(Crédits: EUAM Ukraine)

(B2) La situation de la sécurité le long de la ligne administrative (entre Ossétie du Sud et Géorgie) est « stable » selon les participants à la 60e réunion du Mécanisme de prévention et réponse aux incidents (IRPM), qui a eu lieu à Ergneti, le 26 novembre. Toutefois, des « préoccupations » demeurent sur la liberté de mouvement des communautés locales, en particulier lors des fêtes religieuses, et une augmentation du nombre de détentions.

(LB)

NB : La réunion était co-présidée par Kęstutis Jankauskas, le chef de la Mission de surveillance de l’UE en Géorgie (EUMM), et Angelo Gnaedinger, le Représentant spécial de l’OSCE pour le Caucase du Sud.

Soupçons d’abus sexuels en Centrafrique : des Géorgiens de la mission EUFOR RCA mis en cause ? (maj2)

(BRUXELLES2) Le scandale de possibles abus sexuels sur des mineurs par les soldats français pourrait dépasser le seul cadre de l’opération Sangaris (menée par la France en national) et rejaillir également sur l’opération européenne EUFOR RCA, si l’on en croit les dernières informations.

Des militaires géorgiens

Selon un témoin des violences sexuelles qui s’est confié au correspondant de France-Info aujourd’hui à Bangui, Antony Fouchard, sur le camp de M’Poko (1), des militaires géorgiens en poste à l’aéroport seraient également en cause. « Les Français, les Géorgiens, quand les enfants viennent comme ça demander un peu à manger, ‘avant il faut que tu me suces d’abord… » raconte un dénommé Jean, qui habite une tente proche de la route. « C’était la nuit les militaires français donnent des paquets de ration aux enfants et ils les violent. Et les militaires géorgiens, ils étaient trois sur une fille de seize ans à l’entrée de l’aéroport ».

NB : Les militaires géorgiens étaient alors sous mandat européen, assurant pour le compte d’EUFOR RCA, la sécurisation et la garde de l’aéroport. Ils ne sont cependant arrivés qu’à la mi-juin, selon nos informations (lire : Ils sont partis !), soit à la fin de la période mentionnée dans le rapport de l’ONU.

Un rapport interne de l’ONU

Toute l’affaire a été révélée par The Guardian mercredi (29 avril). Le quotidien britannique révèle qu’un rapport interne a été rédigé par l’ONU en 2014 faisant état d’abus sexuels (sodomie, viols…) par des soldats chargés du maintien de la paix. Le quotidien britannique ne met en cause que des soldats français. Mais il semble que la problématique soit plus large. Intitulé « Sexual Abuse on Children by International Armed Forces », documente des cas d’exploitation sexuelle sur des enfants – certains étant âgés de 9 ans – commis dans le camp de réfugiés de l’aéroport de M’Poko entre décembre 2013 et juin 2014, au moment de la mise en place de la MINUSCA et fait suite à des entretiens avec les enfants maltraités menés, entre mai et juin 2014, par un membre du personnel du BINUCA (Bureau Intégré de l’Organisation des Nations Unies en Centrafrique) et un spécialiste de l’UNICEF.

Marqué « confidentiel », ce rapport aurait dû rester interne. Mais il a été transmis aux autorités françaises par le directeur des opérations du Haut commissariat pour les droits de l’Homme,  le Suédois Anders Kompass, en raison de « l’incapacité de l’ONU à prendre des mesures pour arrêter les abus » mentionne le quotidien. Kompass avait été averti que les abus continuaient. Il a aujourd’hui été sanctionné par l’ONU pour avoir violé les règles de confidentialité (2). Le rapport a été révélé au Guardian par l’ONG américaine, Aids Free World

Une enquête du Parquet de Paris toujours en cours

Les ministères français de la Défense et des Affaires étrangères ont confirmé, de leur côté, avoir été « saisis à la fin du mois de juillet 2014 de témoignages d’enfants centrafricains accusant d’agressions sexuelles des militaires français de l’opération Sangaris ». Le ministère reconnait le « caractère circonstancié des témoignages et l’extrême gravité des faits allégués », et affirme avoir voulu « toutes les mesures nécessaires pour que les faits et les éventuelles responsabilités pénales et disciplinaires puissent être établis au plus vite ». Ainsi, « le jour même de la réception du rapport », le mardi 29 juillet 2014, « le ministre de la Défense a saisi le Parquet de Paris sur le fondement de l’article 40 du Code de procédure pénale ».

Deux enquêtes menées

Le Parquet de Paris a pu ouvrir « immédiatement une enquête préliminaire » qui est « toujours en cours » poursuit le communiqué français. Cette enquête préliminaire a été « confiée au commandement de la gendarmerie prévôtale » (militaire). Des gendarmes « se sont rendus en Centrafrique, dès le 1er août (2014), pour commencer les investigations ». Par ailleurs, une 
« enquête de commandement a été immédiatement conduite ». Elle « sera transmise au Parquet dès lors qu’il en fera la demande », précise le ministère.

Investigations coté européen également

Coté européen, on « découvre » ces faits comme l’a confié à B2 une source européenne au fait de ces sujets. Des « investigations poussées » vont « évidemment » être menées. Car ce sont des questions « auxquels on attache une extrême importance. La recherche de la vérité » est essentielle. Les Géorgiens se sont « particulièrement impliqués dans la mission européenne » ajoute-t-elle. Un point incontestable. Si l’opération européenne n’a pu être mise en place, ce n’est que grâce à la compagnie géorgienne qui s’est déployée essentiellement autour de l’aéroport de M’Poko.

Selon des sources interrogées par B2 qui ont pu consulter attentivement le rapport, la série d’entretiens conduite par les agents de l’ONU avec les enfants concernés « n’impliquent pas de soldats géorgiens » (« I can confirm that this series of interviews with children taken by the UN does not implicate Georgian soldiers »). En revanche, selon ce rapport, outre les soldats français, des soldats de Guinée équatoriale et du Tchad seraient impliqués.

NB : Cette absence dans le rapport ne signifie pas que des abus n’ont pas été commis après la période du rapport. Cf. le témoignage recueilli par France-Info. Elle ne signifie pas non plus que les faits soient avérés. Car les témoignages n’émanent pas de victimes eux-mêmes (comme dans le rapport).

(NGV)

(1) Le camp de M’Poko – situé tout à proximité de l’aéroport – était, en partie, sous le contrôle des milices anti-balakas. Par ailleurs, la manipulation des enfants (ou des femmes) par les différentes forces en présence dans la capitale, notamment pour provoquer des troubles, est monnaie courante.

(2) Les arguments de l’ONU pour justifier cette sanction paraissent contradictoires. La nature des abus en cause impose à toute personne de saisir la justice (elle s’impose même aux personnes protégées par la loi de façon quasi absolue : le personnel médical). Ce qu’a fait simplement l’intéressé.

Lire aussi : Des Géorgiens à Bangui : « une manière de contribuer à l’Europe » (Levan Buadze)

Un soldat géorgien de garde sur le toit de l'aéroport - armé d'un fusil d'assaut M4 made in USA (crédit : Oper. Sangaris)

Des Géorgiens à Bangui : « une manière de contribuer à l’Europe » (Levan Buadze)

Un soldat géorgien de garde sur le toit de l'aéroport - armé d'un fusil d'assaut M4 made in USA (crédit : Oper. Sangaris)

Un soldat géorgien de garde sur le toit de l’aéroport – armé d’un fusil d’assaut M4 made in USA – juin 2014 (crédit : Oper. Sangaris)

(BRUXELLES2) C’est une des principales nouveautés de l’opération européenne EUFOR RCA : la présence de soldats géorgiens. Et pas de façon symbolique. C’est toute une compagnie qui s’est déplacée sur le terrain africain.

Une double première ! C’est la première fois que des soldats géorgiens partent sur un terrain africain, c’est la première fois qu’ils opèrent aux cotés des Européens. Et les 150 hommes du bataillon d’infanterie légère autonome de Batumi, dirigés par le colonel Levan Buadze, ne sont pas là pour faire de la figuration.

Une présence essentielle. Disons-le clairement. Sans eux, il n’y aurait pas eu d’opération européenne en Centrafrique (ou du moins pas dans les mêmes conditions). Leur mission consiste, en effet, à tenir l’aéroport. Une mission discrète, sans doute moins que visible que les patrouilles en ville, mais vitale. L’aéroport est, en effet, la seule voie qui relie Bangui au monde, que ce soit pour les passagers ou le fret (la voie routière vers le Cameroun prend 6 jours de voyage au minimum).

Entretien avec le Colonel Buadze (*)

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Le Colonel Buadze devant le drapeau géorgien au camp Ucatex © NGV / B2

Quelles sont les missions de vos soldats ?

Les militaires géorgiens assurent trois missions : 1°  la sécurité des pistes, afin de s’assurer que personne ne vienne faire irruption sur les pistes, gêner le départ ou l’arrivée des avions. A chaque départ ou arrivée d’avion, les soldats se déploient le long de la piste pour éviter tout problème. 2° Nous faisons des patrouilles autour de l’aéroport, de nuit et de jour, pour sécuriser la zone de l’aéroport et le camp de réfugiés. Nous avons également une section d’intervention d’urgence, en cas de besoin. 3° Depuis le mois d’août, nous faisons également des patrouilles en ville, en véhicule uniquement, afin de s’assurer du contrôle des axes et de la liberté de circulation.

Au bilan ?

Jusqu’à aujourd’hui, ces soldats ont accompli leur mission. Dieu merci, nous n’avons pas eu d’irruption de personnes sur l’aéroport.

Pourquoi êtes-vous présents dans cette opération ?

Pour nous, c’est une manière de contribuer à l’Europe. Nous avons été présents dans l’opération de l’Otan en Afghanistan et en Irak (NB : avec les Américains dans l’opération de 2003). La Géorgie est tournée vers l’ouest et veut s’intégrer à l’Union européenne comme à l’Otan. C’est important aussi qu’on apporte quelque chose de bien pour Bangui, pour ses habitants, qu’on leur permettre de vivre en paix.

L’Afrique, c’est la première fois pour vous, pour vos hommes ?

Oui. C’est la première fois. Mais nous sommes militaires. Et un militaire sait s’adapter. La situation est compliquée car on ne sait pas vraiment qui est ennemi ou ami, si la personne à qui on parle aujourd’hui ne va pas vous tirer dessus demain.

La situation s’améliore ?

Oui. La situation s’est améliorée, de façon effective. Rien ne marchait auparavant. Aujourd’hui on voit cela s’améliore peu à peu.

Mais…

Tout est difficile. Un lieutenant-colonel français (qui était venu en Géorgie donner une initiation à la vie centrafricaine aux soldats géorgiens) m’avait dit lors d’une formation en Géorgie, ici c’est comme le cardiogramme du cœur, c’est régulier, et tout d’un coup ça saute. Parfois c’est calme, trop calme, le calme avant la tempête. Ca c’est l’Afrique.

Qu’avez-vous appris ?

J’ai appris comment survivre dans des conditions climatiques difficiles, la chaleur, les moustiques aussi ;-). Moi et mes hommes avons appris aussi le songo (la langue la plus parlée à Bangui). Surtout, avons vu combien existent des gens qui ont beaucoup de problèmes mais qui ont surtout besoin de paix. C’est essentiel pour tout le monde. Vous savez, chez nous, en Géorgie, le premier toast lors d’un dîner est pour la paix. Je souhaite pour ce pays, pour ces habitants qu’ils puissent avoir la paix.

Qu’est-ce qui vous a surpris ?

Les enfants, les plus petits surtout. Ils sont formidables. Ils ont d’abord appris très vite quelques mots de géorgien, bonjour, merci. Et, en quelques semaines, ils ont appris des poèmes, des chansons en géorgiens.

(propos par Nicolas Gros-Verheyde, à Bangui)


Le dentiste de EUFOR

L’apport du détachement géorgien ne se résume pas à ses 150 soldats. Elle compte un atout sérieux en son sein, intégré au sein de l’équipe santé d’EUFOR RCA : un dentiste … qui ne chôme pas. Il y a peu de concurrence sur Bangui ! Jusqu’à présent, il a déjà soigné plus de 400 personnes. Le matin est réservé au personnel géorgien ou de l’Eufor, l’après-midi c’est ouvert aux « Sangaris », et autres personnels internationaux ou personnalités locales. Il a soigné ainsi le préfet ou le propriétaire de l’hôtel Ledger, le principal hôtel de Bangui. Il ne parlait pas français. Mais le premier mot français appris a été un terme utile… pour un dentiste : « crachez » !


(*) Le colonel Levan Buadze a été détaché par l’Etat-Major géorgien pour commander le détachement national. Il parle un français parfait et connait un peu les pratiques de l’armée française. Ce qui n’a rien d’étonnant, ayant suivi l’école des officiers de gendarmerie à Melun en 2001-2002 et l’école d’Etat-Major à Compiègne en 2003-2004 (école aujourd’hui déménagée à Saumur). Durant cette formation, il découvre aussi ses homologues africains (« nous étions 2 Européens et 28 Africains »), une découverte très utile pour cette mission.

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Vue générale de l’aéroport – secteur ONU / ONG – oct. 2014 © NGV / B2

Un soldat géorgien contrôle l'accès à l'aéroport (crédit : Oper. Sangaris)

Un soldat géorgien contrôle l’accès à l’aéroport – juin 2014 (crédit : Oper. Sangaris)

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Contingent géorgien au camp Ucatex. Découverte de la position « manches courtes » lors d’une prise d’armes – oct 2014 © NGV / B2

Véhicule géorgien – avec équipement « maison » anti-pluie – avant départ en patrouille de nuit – oct 2014 © NGV /B2

(crédit : ministère géorgien de la Défense)

Ils sont partis !

(crédit : ministère géorgien de la Défense)

(crédit : ministère géorgien de la Défense)

(BRUXELLES2) Le contingent de militaires géorgiens va bientôt se déployer en république centrafricaine, dans le cadre de l’opération européenne « EUFOR Rca ».

La centaine d’hommes du bataillon d’infanterie légère de Batumi a pris la direction de Bangui à bord d’avions de la ligne régulière ukrainienne, salués, avant leur départ, par le colonel Roman Jokhadze, sous-chef d’état-major général des Forces armées.

Une formation avec deux officiers français

Avant de partir, ils ont été se former au Centre national d’entraînement de Krtsanisi, durant deux mois, avec exercices de patrouilles à la clé, mise en place de check points, protection de bases, etc. Une formation suivie et encadrée par deux officiers français qui sont venus prêter main-forte, notamment pour expliquer le contexte local.

Une première africaine

Si les troupes géorgiennes ont été aguerries par de multiples déploiements, aux côtés des Américains essentiellement, en Irak et en Afghanistan, c’est la première fois qu’ils interviennent dans une mission de l’Union européenne en Afrique. Les derniers problèmes d’intendance avaient été réglés précédemment, ainsi que l’a précisé à B2 un porte-parole de l’Union européenne (il restait de fait à payer le fuel et quelques autres « bricoles »), les Géorgiens pourront être bientôt à pied d’oeuvre à Bangui, sécurisant un des arrondissements de la ville. Ils rejoindront leurs homologues estoniens, français, espagnols et polonais déjà présents dans la capitale centrafricaine. Ce qui pourrait permettre de déclarer la pleine capacité opérationnelle de EUFOR avant fin juin.

(Nicolas Gros-Verheyde)