Pourquoi, comment veut-on créer un corps de 10.000 garde-frontières ?

(B2 à Salzburg) La proposition de la Commission européenne de renforcer le corps européen de garde-frontières, discuté aujourd’hui par les chefs d’État et de gouvernement, réunis en sommet à Salzbourg (Autriche) fait bondir certains qui râlent. Les critiques fusent : c’est une atteinte à la souveraineté des États (Hongrie), c’est inutile (Rép. Tchèque), on se débrouille très bien tout seul (Espagne), c’est trop ambitieux — comment trouver 10.000 personnes –, cela va coûter cher (Pays-Bas), etc. Comment y voir clair ?

Contrôle commun mené par les agents de Frontex et de la Guardia Civil (crédit : Agence Frontex)

Pourquoi faut-il renforcer les effectifs du corps européen de garde-frontières ? Les besoins augmentent-ils ?

Durant la crise migratoire, les besoins opérationnels de l’Agence pour soutenir les États membres de première ligne ont « été multipliés par quatre » selon les chiffres officiels. Ce même si l’intensité de la pression aux frontières extérieures a diminué par rapport à 2015. On est ainsi passé d’un déploiement de 52.359 personnes/jours en 2014 à un taux de 189.705 personnes/jours en 2017. Or, le dispositif existant, qui se base sur des réserves de volontaires, montre ses limites. « La plupart des opérations conjointes de l’Agence au cours de la période 2015-2018 ont été sérieusement affectées, rendant l’appui de l’Agence partiellement inefficace », remarque la Commission.

Pourquoi le système actuel ne marche pas ?

Il repose trop sur le volontariat. Les pays ont tendance à ne proposer des personnels ou matériels que pour certains lieux ou certaines périodes. « Ce qui laisse à l’Agence une marge de manœuvre limitée pour redéployer rapidement des experts et/ou des moyens vers d’autres régions opérationnelles. » Il existe des problèmes récurrents de sous-engagements au cours de certains mois d’activité intense (l’été) et de sur-engagements en basse saison (l’hiver). Tout cela est « problématique », reconnait-on à l’Agence.

Les appels à personnel sont-ils ‘comblés’ ?

Non. La dernière conférence annuelle de génération de forces — où chaque pays signale ses engagements volontaires pour 2018 — n’a couvert par exemple que la moitié des besoins pour les activités aux frontières terrestres : 49 % des gardes-frontières, 45 % des équipements. Pour les opérations maritimes, il y a moins de problèmes : 96 % des besoins en hommes sont couverts. Mais c’est encore un peu insuffisant en moyens (bateaux, avions, radios, etc.) : les besoins ne sont couverts qu’à 60 %.

Pourquoi ne pas recourir à des personnels détachés à plus long terme et non par mission ?

Cela a été essayé. Mais là aussi, la réponse n’est pas idéale. Le système de personnel détaché reste volontaire. Et il s’est « révélé largement insuffisant » que ce soit en matière de prévisibilité de l’engagement et de flexibilité du redéploiement. La raison est simple, c’est que la plupart des pays membres ne jouent pas le jeu. « La plupart des personnels ne sont détachés que pour la période minimale de trois mois » et non pour un an ou plus, comme le permet le règlement.

Le personnel déployé par les États membres est-il efficace ?

Pas vraiment. Les différents retours d’expérience (RETEX) le montrent. Les différences de formation, le défaut de culture opérationnelle commune, le manque de compétences linguistiques etc. « entravent souvent la coopération sur le terrain ». NB : c’est assez logique, il n’y pas de formation commune d’un pays à l’autre, et les besoins diffèrent.

Combien de garde-frontières sont nécessaires pour les activités actuelles ?

L’agence Frontex estime à 5.000 garde-frontières au total le nombre de personnel nécessaires pour les activités opérationnelles de l’Agence. Pour la Commission, outre de combler les lacunes actuelles, il faut donc viser un corps permanent de 10.000 personnes, vu les pics d’activité à certains moments.

Y-aura-t-il 10.000 agents permanents à Frontex ?

Non. Ce chiffre présenté par la Commission fait bien, il est rond avec 4 zéros. Mais cela ne signifie pas qu’il y aura 10.000 agents européens à Frontex. Le chiffre d’agents permanents serait de 1500. Et encore progressif : c’est l’objectif fixé jusqu’à 2020. Le reste provient de 8500 personnels, détachés à long terme ou court terme par les États membres, sur demande opérationnelle précise.

Combien sont disponibles aujourd’hui ?

Ce chiffre de 10.000 ne nait pas de nul part. Le nombre réel de membres d’équipe du corps européen de garde-frontières et de garde-côtes enregistrés dans le système OPERA de l’Agence est supérieur à 7000. À ceux-là, il faut ajouter les 1500 gardes-frontières inscrits dans la réserve de réaction rapide et les quelque 700 personnes spécialisées sur le retour, issues de trois réserves opérationnelles (600 agents d’escorte pour les opérations de retour, 50 spécialistes des questions de retour et 40 contrôleurs des retours forcés).

L’agence Frontex pourra-t-elle intervenir sans l’accord de l’État membre ?

Pas vraiment. La souveraineté reste préservée (contrairement à ce que clame partout le Hongrois Viktor Orban). La plupart des interventions répondent à une situation de demande d’un État membre. Ce n’est qu’en cas d’urgence, et si l’État membre reste sourd à toutes les demandes pour rendre plus étanche sa frontière, comme à accepter une aide (en gros s’il y a un ‘trou de la frontière’) que la Commission (et non plus seulement le Conseil de l’UE) pourra prendre l’initiative de monter une opération (1). Mais il faudra ensuite recueillir l’accord de l’État membre pour établir le plan d’opération. Donc les capitales gardent le contrôle du dispositif.

Pourquoi parle-t-on d’un mandat exécutif donné aux agents de Frontex ?

C’est une suite logique du recrutement : on aligne le statut de ces agents permanents sur le dispositif existant. Actuellement, la plupart des personnels détachés par les États membres dans le cadre des opérations de Frontex ont un mandat exécutif. A partir du moment où ils sont remplacés par du personnel permanent européen, il est logique de doter ceux-ci des mêmes pouvoirs. Une question d’efficacité.

Qu’est-ce qu’un mandat exécutif ?

Il s’agit en fait pour les agents européens (ou détachés d’autres États membres) de pouvoir effectuer sur le territoire d’un autre État membre certaines missions, de pouvoir procéder à des contrôles, et de porter une arme. Un agent sans ce pouvoir exécutif… c’est un touriste.

Y-a-t-il des limites à ce mandat ?

Oui. Tout reste sous contrôle et sous la législation de l’État membre concerné. Des agents européens ne peuvent pas décider tout seuls de mener un contrôle aux frontières, d’admettre une personne sur le territoire ou de la refuser, sans accord de l’État membre concerné.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Ceci n’est qu’une proposition. La Commission essaie, en fait, de récupérer un bout de pouvoir perdu lors de la dernière négociation sur la mise en place du corps européen de garde-frontières. Il n’est pas dit que cette proposition restera en l’état. Car ce principe ne semble pas acceptable pour nombre de pays. Aujourd’hui c’est une décision du Conseil qui permet cette mise en place directement sur initiative européenne. Il y a de fortes chances que cela en reste ainsi si la négociation aboutit.

Lire aussi : Frontex : comment arrive-t-on au chiffre de 10.000 personnes promis par le Conseil européen

Les garde-côtes libyens mis en cause par une ONG

(B2) Les garde-côtes libyens sont au cœur d’une polémique après être intervenus de façon musclée dans le sauvetage d’une embarcation avec 493 migrants à son bord. L’ONG Sea Watch a publié une vidéo montrant comment ceux-ci se sont interposés, frôlant une collision entre les navires, et ont ramené de force les migrants à terre. L’ONG allemande affirme qu’un de ses zodiacs avait déjà abordé l’embarcation de migrants, dans les eaux internationales. Ce qui suppose, normalement, selon eux, leur transfert en Italie (1).

Interrogé par des confrères au briefing de midi, le porte-parole de la Haute représentante n’a pas voulu commenter cet incident. (communiqué)

(1) Cette « règle » est, selon nous, simplement facultative. L’Italie s’est engagée à accueillir les réfugiés recueillis dans la Haute mer. Et faute d’autorité libyenne, le centre de secours en mer de Rome a étendu son champ d’action, au-delà de sa zone habituelle.

(crédit : MOD Croatie)

Exercice grandeur nature pour les gardes côtes européens au large de Split

(BRUXELLES2) Le premier exercice maritime de protection des frontières, menée par la nouvelle agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes a été menée à Split (Croatie), mardi (11 octobre). L’objectif était de tester l’interopérabilité des différents services sur deux scénarios différents : le premier face à des migrants clandestins à bord du navire et le second face à un acte de terrorisme maritime. Ont participé à l’exercice le Centre des opérations de la Marine et le Centre des opérations de la Garde côtière, le Centre de sauvetage maritime de coordination (MRCC) de Rijeka, les forces spéciales de la police, la police et la navires de la Garde côtière et les avions des Forces armées croates.

(crédit : MOD Croatie)

(crédit : MOD Croatie)

 

Entre Kobler et Mogherini, la prochaine rencontre à New York risque d'être moins souriante (Crédit: Commission européenne / archives B2, février 2016)

Opération Sophia, aide humanitaire… L’action de l’UE en Libye critiquée par l’ONU

Entre Kobler et Mogherini, la prochaine rencontre à New York risque d'être moins souriante (Crédit: Commission européenne / archives B2, février 2016)

Entre Kobler et Mogherini, la prochaine rencontre à New York risque d’être moins souriante (Crédit: Commission européenne / archives B2, février 2016)

(BRUXELLES2) Il y a de l’eau dans le gaz dans les relations entre l’ONU, certains responsables libyens, d’un côté, et l’Union européenne de l’autre. Tour à tour, Martin Kobler, l’envoyé spécial de l’ONU, l’agence de presse de l’ONU, l’IRIN, et plusieurs responsables libyens ont pointé du doigt, l’action de l’Union européenne, notamment l’opération Sophia, inefficace, selon eux. Une critique autrement plus sévère et argumentée que celle des Lords il y a quelques jours qui était somme toute assez plate (lire : Une torpille des Lords sur EUNAVFOR Med. L’échec de qui ?).

Sophia, un appel d’air selon l’ONU

Dans une interview au Journal, dimanche (29 mai), l’envoyé spécial de l’ONU pour la Libye, Martin Kobler, a, en effet, sévèrement critiqué l’inefficacité de l’opération EUNAVFOR MED / Sophia « Elle crée un appel d’air! Elle ne patrouille pas dans les eaux territoriales libyennes. Les passeurs mettent donc les migrants dans les bateaux et ne leur donnent même plus l’essence suffisante pour aller jusqu’à Lampedusa. Ensuite, ils appellent le numéro d’urgence en Italie leur disant : « Eh, préparez-vous, 500 vont arriver! » » Federica Mogherini et Martin Kobler doivent se voir lundi 6 juin à New York. Un café suffira-t-il à résoudre le problème ?

Un porte-parole de la marine libyenne dénonce

Une position reprise par plusieurs acteurs de la scène libyenne qui s’expriment, ce mercredi 1er juin par l’intermédiaire de l’IRIN, l’agence de presse de l’ONU, dans un article très critique. Un porte-parole de la marine libyenne, notamment rend responsable l’Opération Sophia de l’augmentation du flux de migrants qui se lancent en Méditerranée pour rejoindre l’Europe. « Tous les « bateaux » de migrants ont des téléphones par satellite et GPS. Avant, ils devaient atteindre les eaux italiennes pour faire un appel de détresse. Maintenant ils commencent à faire l’appel de SOS dès qu’ils quittent les eaux libyennes. » Bref, l’UE faciliterait presque la tache des trafiquants selon l’ONU.

Le soutien aux garde-côtes libyens ridiculisé

Si le nombre de migrants arrivés en Italie, pour le moment, reste au niveau des chiffres de 2015, il pourrait même diminuer. Comme l’explique le journaliste de l’IRIN, le nombre de bateaux interceptés dans les eaux libyennes augmentera, dès que commencera la formation des garde-côtes libyens par l’UE (Lire : Deux nouvelles tâches pour l’opération EUNAVFOR MED SOPHIA. Feu vert des 28). Mais l’ironie apparait rapidement. Remettant en cause l’utilité de cette formation, l’article de l’IRIN parle d’un « coup de publicité ». Pour le porte-parole de la Marine libyenne, les Libyens et peuvent s’entrainer seuls. Ce qui manque est juste un problème d’équipement. « Nous travaillons avec presque rien. Et nous avons besoin de tout ce que vous pouvez imaginer : bateaux, radars, radios, uniformes. Littéralement tout » insiste le marin, laissant entendre que cela n’entre pas dans le plan de l’UE. 

Le problème du retour des clandestins pas réglé

Selon l’IRIN, « l’offre de soutien de l’UE échoue également à aborder la question de ce qui arrive aux migrants une fois qu’ils sont capturés et renvoyés en Libye ». C’est le responsable du Département de lutte contre l’immigration illégale, le colonel Mohamed Abu Breda, qui le dit. Selon lui, depuis 2011, « l’UE a laissé la Libye régler le problème des migrants seule » explique-t-il. « L’UE et les Italiens ont fait beaucoup de visites et se sont engagés à aider la Libye. Mais malheureusement, tout ce que nous avons reçu, ce sont des promesses vides, et aucune action. »

(LH)


Les camps de réfugiés débordent déjà…

3500 migrants tentant de prendre un bateau ont été arrêtés sur les côtes libyennes entre le 22 et le 28 mai. 850 seraient  morts en mer, dans une série de naufrages, selon l’Organisation internationale pour les migrations. Le responsable de l’ONG en Libye, Othman Belbeisi, averti. « La capacité des centres de détention est sévèrement mise à l’épreuve, en particulier celui de al- Zawyia » qui accueille plus de 2000 personnes alors que sa capacité est de 1000. Son directeur désespère. « La semaine prochaine nous ferons face à un problème très important. Je ne sais pas comment je vais le gérer. »


Lire aussi :

marine libyenne en octobre 2011 (crédit : OTAN)

Libye : l’invitation du Premier ministre El-Serraj aux Européens remise en cause ?

marine libyenne en octobre 2011 (crédit : OTAN)

Marine libyenne en octobre 2011 au lendemain de l’intervention de l’Alliance (crédit : OTAN)

(BRUXELLES2) Contrairement aux apparences, il n’y a pas vraiment de consensus au sein du Conseil présidentiel libyen, sur les questions de sécurité (armée, police, comme garde-côtes). B2 en a eu confirmation directement auprès d’un des deux membres du Conseil présidentiel libyen, opposants à la politique de Fayez El-Sarraj, sur ce point. Omar al-Aswad, qui représente Zintan au sein du Conseil présidentiel. Un langage qui tranche et qui est intéressant.

  • Al-Aswad n’est pas n’importe qui. Après la chute de Kadhafi, il a fait partie du gouvernement de transition, dirigé par le Premier ministre Abdel Rahim al-Kib, comme ministre de l’Intérieur. Sous Kadhafi, il avait été chargé en 2007-2008 de la lutte anti-corruption, ciblant une centaine de membres et personnalités du régime d’alors (dont Ahmed Miltig, aujourd’hui… vice-président du Conseil présidentiel…d’où quelques rancunes tenaces de part et d’autre). Au sein du Conseil présidentiel, il représente la ville de Zintan, même s’il entend « représenter tous les Libyens ». Zintan, c’est cette ville à l’ouest de Tripoli, dans le Djebel de Nefoussa, qui a pris une part active dans la chute de Kadhafi (Lire : Les rebelles à Tripoli, le plus dur commence ?) et est surtout opposée à la milice de Misrata. Elle en a été « expulsée » de Tripoli après la bataille de l’aéroport en 2014. Et, d’une certaine façon, elle est l’alliée à l’ouest du général Haftar, présent à l’est du pays.

Les principes fondamentaux de sécurité pas respectés

Al-Aswad estime que certains « principes fondamentaux » ne sont pas respectés, que les décisions sur la sécurité et l’armée libyenne ne vont pas dans le bon sens et que la lettre de El-Sarraj demandant l’aide de l’Union européenne pour former les garde-côtes et les forces de sécurité est nulle. « Cette demande n’est pas valable. Car il n’y a pas eu de consensus. L’article 3 de l’accord présidentiel prévoit que toute demande d’accord doit être faite de manière consensuelle. C’est cela le mot important. »

Réorganiser le commandement avant de former

Sur le fond il affirme ne pas « avoir d’hostilité de principe » à recourir à l’aide de l’Union européenne, si « nous en avons besoin de manière précise et ponctuelle ». Mais avant de mettre en place une formation, il faut réorganiser le corps de garde-côtes qui est partie intégrante de la marine libyenne, victime des bombardements des alliés en 2011. C’est « une force importante pour le pays. On a des hommes et du matériel. (…) Je ne vois aucun problème pour les entrainer et les équiper (avec les Européens). Ils ont surtout besoin d’un commandement véritable (…). Or, il n’y a pas actuellement de volonté au sein du gouvernement pour les faire travailler ensemble. » Autre sujet de préoccupation pour notre interlocuteur : « faire le bon choix des hommes. Il ne faut pas exclure ceux qui ont travaillé et travaillent encore dans ce corps. » Sa crainte c’est de voir certains hommes des milices intégrer ce corps, alors que les ex garde-côtes restent « à la maison ».

La frontière sud, tout aussi voire plus importante que la côte

La stratégie européenne de se concentrer sur la côte est aussi criticable. « On a une très longue côte, c’est vrai. Mais on a surtout 5000 km de frontières dans le désert, au sud et au sud ouest, avec cinq pays limitrophes. Cette frontière-là doit être sécurisée. Je l’ai dit à Federica Mogherini le 8 janvier à Tunis, lors d’une réunion entre le Conseil présidentiel et les ambassadeurs de l’UE. Sinon cela ne sert à rien. C’est comme essayer de faire le ménage dans une chambre alors que l’eau continue d’arriver. Il faut d’abord fermer le tuyau… » Une frontière sud par où passent non seulement migrants clandestins mais aussi armes, bagages, argent, etc. Une frontière qui inquiète grandement les pays du Sahel, et la France exposée en première ligne au Mali, au Niger et au Tchad.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire interview complète : Armée, police, garde-côtes… pourquoi je refuse la politique de El-Sarraj (Omar al-Aswad)

(crédit : garde-côtes italiens)

Plus de 2000 migrants récupérés en Méditerranée ces dernières heures

(crédit : garde-côtes italiens)

(crédit : garde-côtes italiens)

(B2) Les navires des garde-côtes italiens et de la marine ont récupéré, ces dernières heures, près de 2000 migrants à bord d’environ 11 navires en provenance de Libye. Des navires maltais et irlandais ont prêté main forte à ce qui ressemble à une des plus importantes opérations de sauvetage de ces derniers mois.

Le navire Dattilo des garde-côtes (CP940) a pris en charge 800 personnes à bord de 5 canots pneumatiques. Tandis que son homologue Peluso (CP905) venait au secours, avec les autorités maltaises, de 229 migrants à bord d’un navire de pêche.

Le navire De La Penne en opération pour Mare Sicuro est arrivé, mardi (24 mai) à Augusta, avec 509 personnes à bord, récupérés la veille. Le Bettica avait mené trois opérations de sauvetage lundi dans le détroit de Sicile récupérant respectivement 137, 123 et 121 et personnes qui étaient à bord de canots pneumatiques.

Le navire de la marine irlandaise Lé Róisín (qui participe à l’opération Triton de Frontex) a participé à deux opérations de sauvetage ramenant 395 personnes à bord, au large de Tripoli. L’une a permis de venir au secours d’un navire en bois sauvant 274 personnes, selon un communiqué des forces irlandaises, l’autre 121 personnes à bord d’un canot pneumatique.

(NGV)

Le Peluso (crédit : Guardia di Costiera)

800 migrants récupérés en mer. Certains ont transité par l’Egypte

Le Peluso (crédit : Guardia di Costiera)

Le Peluso (crédit : Guardia di Costiera)

(B2) Environ 800 migrants, récupérés en mer, sont arrivés ces heures-ci en Sicile, secourus dans plusieurs opérations différentes où sont intervenus des navires des garde-côtes italiens et de Frontex (opération Triton).

Deux navires repérés par un avion des garde-côtes

Les migrants entassés sur deux bateaux dérivaient au large des côtes de la Sicile. Ils ont été localisés par un avion de la Garde côtière de la base de Catane. Le navire des garde-côtes italiens, Peluso (CP905), est venu au secours du premier bateau qui contenait 515 personnes. Il a pris en charge directement 342 migrants (1), débarqués à Augusta. Tandis que 173 autres étaient sauvés par le navire de la Guardia civile espagnol Rio Segura, qui participe à l’opération Triton, et débarqués à Palerme.

Huit passeurs arrêtés

D’après les preuves recueillies par les policiers italiens, et que relate la presse italienne, les migrants ont souffert durant la traversée qui a duré près de 10 jours. Le bateau de pêche ramassant ses passagers au fur et à mesure de son trajet, transbordés de petits bateaux venus de la côte. Les migrants ont été contraints de payer des passeurs pour obtenir de l’eau comme de la nourriture. A l’arrivée, huit suspects d’être des passeurs — sept Egyptiens et un Syrien — ont été arrêtés par la Guardia di Finanzia et incarcérés à la prison de Pagliarelli.

Second bateau secouru

Un second bateau avec 286 migrants à bord a été secouru par le navire militaire finlandais Merikarhu, avec l’aide de trois vedettes de la Garde côtière de Catane, Syracuse et Crotone. Parmi les migrants, une femme en état avancé de la grossesse, a été transféré immédiatement par hélicoptère.

La reprise de la route égyptienne ?

Contrairement à ce qui avait été affirmé au départ, dans ce navire parti d’Egypte, il y avait surtout des Yéménites, Somaliens, Erythréens, Sud-Soudanais et des Egyptiens, selon le HCR, et peu de Syriens. Ce qui confirme en tout cas la reprise depuis plusieurs semaines d’une route de migration à partir de l’Egypte. Les autorités égyptiennes qui avaient fermé la voie terrestre vers la Libye semblent moins attentives à la voie maritime.

Un geste de mauvaise humeur du Caire ?

Ou est-ce une certaine volonté du Caire de montrer ainsi un geste de mauvaise humeur vis-à-vis de Rome. Les relations se sont considérablement tendues ces derniers mois entre les deux capitales après le meurtre non élucidé de Giulio Regeni, un étudiant italien au Caire. Meurtre qui avait provoqué le rappel à Rome de l’ambassadeur italien au Caire.

(Nicolas Gros-Verheyde)

VoilierTalay1@LeccePrima

Un voilier battant pavillon turc, avec des migrants, secouru au large de Leuca

VoilierTalay1@LeccePrima(BRUXELLES2) Un voilier battant pavillon turc, le Talay 1, avec 52 migrants à bord, a été secouru jeudi (4 mai) par la Garde côtière italienne au large de Leuca — une ville portuaire située dans le talon de la ‘botte’ italienne, faisant face à l’Albanie et la Grèce.

Au large de Leuca un appel de détresse

Un appel est parvenu à l’aide du centre des opérations de la Garde côtière, selon la presse italienne qui relate l’affaire : « Nous sommes au milieu de la mer, venez nous sauver ». Deux vedettes de Gallipoli et Santa Maria de Leuca se sont alors portées au secours du bateau à environ 11 miles à l’est de Capo di Leuca. Il a fallu un peu de temps, la mer étant agitée, avant que les garde-côtes puissent prendre pied à bord, pour pouvoir ensuite remorquer le voilier à terre.

50 personnes sauvées, deux passeurs arrêtés

Les 52 personnes qui étaient à bord — 23 hommes, 8 femmes (dont 3 enceintes) et 21 mineurs (dont 7 enfants — ont été récupérées saines et sauves et ramenées en Italie au centre Don Tonino Bello de Otranto. Elles viennent essentiellement de Somalie, Syrie, Pakistan et Afghanistan. Parmi eux, deux Géorgiens. Ils ont rapidement été suspectés de n’être pas des migrants mais des passeurs. Le procureur de Lecce, la ville voisine a ouvert une enquête, selon le quotidien local LeccePrima. Un homme âgé de 43 ans, nommé David Barkaia, a été arrêté. Il aurait conclu le contrat de location du bateau. L’autre, un jeune homme de 23 ans, supposé être son complice, a été expulsé.

Deux navires secourus dans les quatre derniers mois

Cette arrivée est-elle un épiphénomène ou le symptôme de l’ouverture de ces fameuses « voies alternatives » évoquées de temps à autre ? Pour nos collègues italiens, l’arrivée dans ces parages reste assez épisodique. Le dernier épisode connu remonte au 31 mars. Ce jour-là un bateau transportant environ 20 migrants de diverses nationalités avait été secouru par la Guardia di Finanza et les Carabinieri. Deux trafiquants avaient été arrêtés — un Albanais et un Grec, ainsi qu’un Syrien en possession de faux documents. Un autre bateau avait été localisé en janvier. L’aventure avait fini tragiquement avec la mort d’une femme nigériane.

(NGV)

FormationGardesCotesSomaliens@Eunavfor141010

Formation des gardes côtes somaliens à Djibouti

FormationGardesCotesSomaliens@Eunavfor141010(B2) La Garde côtière somalienne et les forces de police portuaires, qui suivent actuellement une formation organisée par la mission européenne ‘EUCAP Nestor’ à Djibouti, ont eu l’occasion de visiter deux navires de la force navale de l’UE, FGS Lübeck et FGS Berlin, qui participent à l’opération EUNAVFOR Atalanta.

Les stagiaires somaliens, divisés en deux groupes, ont assisté à des séances d’information sur les deux navires au sujet de leurs capacités. L’exposé a été suivi d’une visite des navires et d’une session de questions-réponses où les participants pouvaient discuter des officiers de marine expérimentés de leur travail quotidien. Les participants ont « été très intéressés et ont posé de nombreuses questions, notamment au sujet du ravitaillement en mer (RAS), des capacités du FGS Berlin et des opérations d’abordage menées par le FGS Lübeck lors de son déploiement dans le cadre de la Force navale de l’UE » souligne-t-on à la mission. Cette visite est partie intégrante d’un cours de formation de base de la Garde côtière menée à Djibouti par EUCAP Nestor. 

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Les Britanniques donnent un navire de gardes-côtes aux Seychelles

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(B2) Les Britanniques vont acheminer aux Seychelles un nouveau bateau de gardes-côtes. Il a servi auparavant dans l’Institution royale de sauvetage en mer (RNLI).

De 14 mètres de long, ce bateau « tous-temps » peut atteindre une vitesse de 18 noeuds et a une autonomie de 240 miles. Les Seychelles ont demandé à leurs partenaires une aide pour renforcer ses capacités de lutte contre la piraterie avec deux nouveaux navires.

Le navire, dénommé Baltic Exchange II a été rebaptisé Fortune. Il devrait arriver d’ici deux mois à bord d’un navire auxiliaire de la Royal Navy. Ce n’est pas la première fois que des navires sont expédiés ainsi à l’autre bout du monde pour trouver une nouvelle vue. 8 d’entre eux ont ainsi été envoyés en Chine.

(NVG)

Atalanta Six mois après, premier bilan (5). les évolutions futures

(BRUXELLES2) Passées les réticences du début, et les difficultés en cours, aucun pays européen n’est désormais réticent à la poursuite ou l’approfondissement de l’opération. Plusieurs pistes d’évolutions futures, dont les grands principes sont acquis, sont ainsi évoquées : l’extension géographique de l’opération aux Seychelles, l’évolution des tactiques, la prolongation de l’opération, une solution à moyen et long terme (la formation de l’armée somalienne et la stabilisation de la Somalie).

Extension aux Seychelles

Les 27 ont donné leur feu vert, confirmé le 19 mai lors d’une réunion du Comité politique et de sécurité (COPS), à l’extension de la mission vers le sud-est de la zone de l’Océan indien, autour des Seychelles (une autre option visant à une extension globale à l’Océan indien a été repoussé). Cela répond à une demande espagnole, soutenue par la Grèce et la France, fondée surtout sur la nécessité de protéger les pêcheurs thoniers (espagnols et français essentiellement) qui ont vu leur zone de pêche réduite. Cette extension oblige à revoir le plan d’opération (OpPlan), le positionnement et le nombre des forces requises, et, surtout les tactiques, pour contrer la piraterie, sur une zone qui reste vaste. Elle oblige également à signer plusieurs accords avec les Seychelles pour : la pénétration dans les eaux territoriales et l’usage des ports, l’accueil des forces (SOFA), l’éventuel transfert des pirates arrêtés. Des accords qui pourraient être accompagnés d’un soutien financier et matériel à l’Archipel (comme pour le Kenya).

Evolution des tactiques

L’extension de la zone oblige aussi à « revoir les tactiques. On ne peut « pas utiliser les mêmes moyens dans les Seychelles que pour le Golfe d’Aden » a confirmé le premier commandant de l’opération, Philip Jones (1). Des « pirates peuvent utiliser des bases plus isolées dans la région ». Cette nouvelle tactique pourrait ainsi comprendre une action plus précise vers les bateaux mères (repérage, neutralisation, arrestation), en s’aidant davantage de moyens aériens de détection (satellites, avions de patrouille maritimes…) et de renseignement.

Accords avec les pays tiers

Plusieurs séries d’accords sont en cours avec les États tiers. D’une part, pour participer à l’opération, en matériels ou en hommes (Suisse, Croatie, Ukraine…). D’autre part, pour permettre le jugement des pirates arrêtés (Oman, Tanzanie, Seychelles…) ou faciliter leur transfert (Djibouti) vers d’autres États. Des discussions sont régulièrement en cours, notamment avec l’OTAN et la coalition américaine CTF-151, afin de coordonner les opérations.

  • NB : l’accord avec les Seychelles (SOFA et juridictions) est en bonne voie, ainsi que l’a confirmé le ministre des Transports de l’archipel lors d’une rencontre avec Javier Solana, le diplomate en chef de l’Union.

Prolongation de l’opération

Les responsables de l’UE ont annoncé leur intention, lors de la réunion informelle de Prague en mars dernier, de prolonger cette mission, au-delà de son année initiale. « Toutes les interventions des ministres à ce sujet montrent qu’ils sont plutôt enclins à continuer » a précisé, Javier Solana. Le Royaume-Uni a proposé de continuer à utiliser le QG de Northwood. Et plusieurs États ont indiqué être prêts à contribuer à l’opération. Une nouvelle conférence de génération de force pourrait démarrer en septembre.

Stabilisation de la Somalie

Lors d’une conférence des donateurs, réunie à Bruxelles le 23 avril, la communauté internationale a promis de consacrer 213 millions de dollars, soit 165 millions d’euros, pour soutenir la mission de maintien de la paix de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) et la constitution d’une force de police somalienne. Soit un tiers de plus que ce qui était demandé par les Nations-unies initialement. Plus de la moitié de la somme proviendra de l’UE. Le commissaire européen au développement et à l’aide humanitaire, Louis Michel, a confirmé que 72 millions d’euros allaient être débloqués, au titre du budget communautaire : 60 millions consacrés à l’AMISOM et 12 millions pour les forces de police (une année de formation et de salaires pour les 10 000 policiers somaliens). Une somme à laquelle il faut ajouter environ 15 millions d’euros des États membres de l’UE (Espagne 6 millions d’euros, Italie 4 millions, Pays-Bas 1,4 millions, Belgique 500 000 euros,…). En outre, la Commission européenne soutient la Somalie à hauteur de 18 millions d’euros, au titre du 10e Fonds Européen pour le Développement (FED) pour l’Etat de droit, et de 48 millions d’euros au titre de l’aide humanitaire (financée par ECHO).

Nouvelle initiative PESD

Sur initiative française, présentée le 18 mai lors du Conseil des Ministres de la Défense de l’UE, les services du Conseil ont commencé à étudier l’hypothèse d’une mission de la PESD visant à soutenir le processus de réforme des forces de sécurité somaliennes (SSR). Il s’agit, à terme, de permettre la mise en place d’une force « robuste », d’environ 6.000 hommes. La France s’était engagée – lors de la conférence de la communauté internationale – à former 500 hommes (un bataillon), dès septembre (2). Une formation courte (six semaines) qui serait menée, en s’appuyant sur les forces françaises basées à Djibouti (FFDJ). Les pays arabes se sont aussi engagés à financer les salaires directement versés au gouvernement somalien (3 millions $ par mois sur six mois). Tandis que d’autres pays (Egypte) fournissent des matériels (uniformes…).

L’objectif est de transformer cette initiative bilatérale en une opération européenne. Ce qu’on appelle une mission SSR (réforme des forces de sécurité). Le format serait légèrement différent de la mission SSR au Congo ou la future mission « Althea II » en Bosnie-Herzégovine. Mais l’objectif resterait le même : former une armée moderne, efficace et démocratique.

Les soldats seraient formés non pas en Somalie – à cause du danger – mais dans des bases à l’étranger : Djibouti ou Burundi (où l’ONU a une base de formation) sont communément cités. En quelque sorte, une mission « off-shore »
NB : cette opération devrait connaître un premier débouché officiel d’ici le mois de juillet d’après des diplomates européens.

Autres projets. D’autres idées ont été développées pour contrer la piraterie, notamment de soutenir la mise en place de centres anti-piraterie et renforcer les gardes-côtes des pays voisins (Yemen, Djibouti…). Il s’agit aussi de renforcer la formation des personnels navigants des navires marchands. Voire de placer des hommes armés (privés) à bord de ces navires. Une solution qui laisse dubitatif le monde maritime. Doute partagé par les responsables d’Atalanta. « Ce serait un élément d’escalade de la violence. Et ce n’est pas une solution face aux pirates » a expliqué récemment Phil Jones, le premier commandant d’opération.

(NGV)

(1) Phil Jones, chef d’Atalanta : « nous devons revoir nos tactiques

(2) Somalie : la France va former 500 militaires somaliens à Djibouti