Les forces américaines ciblent un camp d’entraînement de al-Qaida en Syrie

(B2) Le nord-ouest de la Syrie demeure « un refuge [safe haven] où les leaders de Al-Qaida en Syrie (AQ-S) coordonnent activement des activités terroristes » assure le commandement américain pour la zone.

L’US Central Command (plus connu sous l’appellation CentCom) vient ainsi d’annoncer dimanche (30 juin) avoir conduit une frappe aérienne contre « un camp d’entraînement du commandement de Al Qaida en Syrie » près de la province d’Alep. Cette opération visait des opérationnels d’Al Qaida considérés comme « responsables d’avoir planifié des opérations menaçant des citoyens américains, nos partenaires et des civils innocents ». Les États-Unis « continueront, avec ses alliés et partenaires, à cibler Daesh et al-Qaida pour les empêcher d’utiliser la Syrie comme refuge » est-il précisé.

Commentaire : les groupes terroristes en Syrie loin d’être éradiqués

Cette frappe confirme d’une part que le Pentagone n’entend pas abandonner (totalement) le terrain en Syrie et contredit quelque peu les propos de Donald Trump qui s’était réjoui d’avoir « éradiqué » le califat de l’Etat islamique en Syrie… Le président américain avait simplement oublié qu’avant de crier victoire, il faut s’assurer que tous les groupes terroristes (y compris Daesch ou Al Qaeda) sont bien tous neutralisés. C’est loin d’être le cas comme l’assuraient toutes les sources de renseignements, et comme le prouve cette annonce du Pentagone qui, au-delà des aspects opérationnels, peut être analysée comme une prise de position politique.

(Coline Traverson st. & Nicolas Gros-Verheyde)

Quand les États-Unis ont failli frapper l’Iran après la destruction d’un drone

(B2) C’est une série de tweets qu’il faudra garder et qui restera dans certaines mémoires. Ce matin (21 juin, 14h heures Paris) le président américain Donald Trump a confirmé le récit d’une série de trois frappes US interrompues, in extremis, sur l’Iran. Un acte de générosité soudain ?

Le drone de la marine américaine MQ-4 (U.S. Navy photo by Erik Hildebrandt/Released)

L’Iran a abattu jeudi (20 juin) un drone Global Hawk qui aurait violé son espace aérien. Version que conteste le gouvernement américain, soulignant que l’appareil était au-dessus des eaux internationales, mais ne niant toutefois pas qu’il ‘observait’ le territoire iranien (cf. encadré)

Trump à la vue d’un nombre possible de morts recule

« Lundi (1), ils [les Iraniens] ont abattu un drone non armé volant au-dessus des eaux internationales. Nous étions armés et prêts à riposter la nuit dernière contre trois sites différents quand j’ai demandé combien (de personnes) allaient mourir. 150 personnes, monsieur, a été la réponse d’un général. Dix minutes avant la frappe, je l’ai stoppée, ce n’était pas proportionné par rapport à une attaque contre un avion sans pilote. »

Le refus d’armes nucléaires pour l’Iran

Et d’ajouter : « Il n’y a pas d’urgence, notre armée a été reconstruite, rénovée, et est prête à y aller. [Elle] est de loin la meilleure au monde. Les sanctions frappent et [d’autres] ont été ajoutées la nuit dernière. L’Iran ne sera JAMAIS autorisé à avoir d’armes nucléaires, pas contre les États-Unis, et pas contre le MONDE ! »

Un message clair de Téhéran à Washington

Le général Hossein Salami, chef du Corps des gardes de la révolution islamique (IRGC), a confirmé jeudi l’incident. Un drone de surveillance américain RQ-4 Global Hawk a été abattu par la force aérienne des gardiens de la révolution près de la région de Kouh-e Mobarak dans le district de Jask, dans le centre du pays, « après que l’avion eut violé l’espace aérien iranien » selon l’agence Fars. C’est « un message clair » envoyé selon lui aux Etats-Unis et à tout ennemi. « Les frontières sont nos lignes rouges et tout ennemi qui les violera ne rentrera pas chez lui et sera anéanti. Le seul moyen pour les ennemis est de respecter l’intégrité territoriale de l’Iran et les intérêts nationaux », a-t-il ajouté.

(Nicolas Gros-Verheyde)


Une attaque délibérée selon le commandement américain

Le commandement central US a reconnu la perte d’un « appareil de la marine américaine RQ-4 ». Celui-ci survolait bien le golfe d’Oman et le détroit d’Ormuz pour effectuer une « mission de surveillance ». Mais il réfute la violation du territoire. Il se trouvait « dans l’espace aérien international à proximité des lieux des récentes attaques maritimes de l’IRGC. dans les environs de Goruk, en Iran » et n’a «  jamais violé l’espace aérien iranien au cours de sa mission ».


(1) Il s’agit de jeudi et non de lundi comme mentionné par Donald Trump

Les Néerlandais (et Belges) mettent fin à leur mission aérienne en Irak et Syrie

(B2) Les Pays-Bas ont retiré le 2 janvier leurs six F-16 déployés en Jordanie dans le cadre des opérations de coalition menée par les Américains en Syrie et en Irak

(crédit : MOD Pays-Bas)

Les 150 militaires participant à ce détachement rentrent au pays cette semaine. C’est la fin d’un engagement bi-national — assuré à tour de rôle par les Belges et Néerlandais –. Les Néerlandais ont assuré en 2018 3000 missions tirant 2100 munitions.

« La Défense doit avoir des unités disponibles pour diverses unités rapidement déployables de l’OTAN » justifie le communiqué de la défense néerlandaise. « Cela donne également de la place pour la transition vers le nouvel avion de chasse, le F-35. »

Les Néerlandais comme les Belges restent cependant impliqués en Irak dans le cadre de la formation des forces locales.

(Nicolas Gros-Verheyde et Romain Mielcarek)

Combien ont coûté les frappes en Syrie ? Première évaluation

(B2) Il est toujours difficile d’évaluer le coût d’une opération telle que les frappes militaires sur la Syrie (opération Hamilton), car selon la base de coût pris en charge (coût réel total ou coût supplémentaire), on arrive à des données différentes.

On arrive ainsi à un coût entre 115 et 135 millions d’euros. Sur la base de ce dernier chiffre, presque trois quarts du budget sont consacrés aux munitions (98 millions d’euros), le reste est dû aux coûts opérationnels (17 millions pour l’aviation et 25 millions d’euros pour la marine).

Cela prend en compte :

1° les coûts des armes tirées ainsi que celui des armes non tirées (dont l’existence est reconnu côté français et coté américain).

2° le coût horaire des avions aller et retour — Rafale français, B1B américains, Tornado britanniques —, leur escorte (Mirage, Tornado, F-22), les ravitailleurs et avions de surveillance (Awacs, F-16…), mais aussi le temps de repérage préalable (moyen) pour des Awacs et avions de chasse.

3° le coût du déplacement des navires et sous-marins.

Méthodologie. Le coût des armes est calculé selon les données connues et le prix moyen public, et la base de données ‘OPEX’ de B2. Pour définir les coûts horaires des avions, je me suis basé sur les données du Pentagone, du gouvernement britannique après l’opération en Libye (rapport de 2011) et du Parlement français (rapport Launay 2012). Pour définir les coûts des navires, j’ai pris en référence le coût moyen mensuel d’engagement dans des opérations précédentes (Libye ou Irak), selon la base de données ‘OPEX’ de B2. Le cours $/Euro a été pris dans un cours moyen de 0,81 euro pour 1 dollar.

La fourchette basse du chiffre provient d’un coût relativisé au niveau opérationnel. Explication : même hors opération, les navires, les avions doivent voler ou naviguer, ne serait-ce que pour maintenir les conditions d’entraînement et de vigilance. NB : n’a pas été pris en compte le coût relativisé des munitions. Des munitions non tirées doivent en effet, au terme de leur durée de non-utilisation, être soit remises en condition, soit détruites et renouvelées.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(Mis à jour) Nous avons reçu plusieurs messages. Certains nous demandent des précisions. Elles seront apportées au fur et à mesure des mises à jour de cet article. D’autres sont plus critiques. Les critiques portent tout d’abord le fait même de publier une telle évaluation. Ce serait faire le jeu des pacifistes, nous précise-t-on.

  • Avec ce genre d’arguments, les journalistes politiques n’écriront plus une seule ligne, car nous serions toujours accusés de faire le jeu de quelqu’un.

Elles soulignent aussi que nous n’avons pas tenu compte des retombées positives de cette frappe, notamment au plan politique.

Enfin, la méthodologie employée « trop simpliste » est aussi mise en cause.

  • Nous sommes très conscients des limites de cette évaluation, qui reste une évaluation « journalistique » et non « scientifique ». Doit-prendre juste en cause le coût « marginal » engendré par ces frappes, le coût « réel » (des moyens employés) ou le coût « total » (y compris structures d’appui et de planification). Chacune de ses méthodes oblige à faire des choix, très politiques, selon ce qu’on veut démontrer. Nous avons choisi de prendre en compte le coût « réel », en relativisant certaines notions.

Lire aussi sur le même sujet :

La coalition américano-franco-britannique frappe trois sites syriens (V5)).

 

Frappe militaire en Syrie. Quelques ratés dans l’envoi des missiles

(B2) La ministre des Armées Florence Parly a refusé vendredi (20 avril) de commenter les informations de presse faisant état d’aléas techniques expérimentés par les armées françaises lors des frappes occidentales en Syrie, qui auraient empêché de tirer autant de missiles que prévu.

Pas de commentaire sur des informations classifiées

« Je n’ai pas l’intention de commenter les performances de tel ou tel système d’armes, ces informations, qu’elles soient vraies ou fausses, sont classifiées, je ne les commenterai pas », a réagi la ministre sur France Bleu Provence. « Nos objectifs ont été atteints et nous n’avons rien à ajouter concernant la performance des systèmes d’armes », a-t-elle fait valoir. L’état-major des armées, contacté vendredi, n’est naturellement pas plus prolixe: « L’effet militaire a été atteint. Nous ne commentons pas les détails de la planification opérationnelle ».

Un Scalp manquant

Lors des frappes, Paris a annoncé avoir tiré douze missiles de croisière (9 depuis des Rafale, 3 depuis une frégate) sur la centaine ayant visé la Syrie dans le cadre de ces frappes. D’après le blog Le Mamouth, suivi par d’autres médias, un Rafale n’a pas réussi à tirer l’un des dix missiles Scalp devant être lancés depuis les airs par les avions français.

NB : en général, les Rafale sont équipés de deux missiles qui sont tirés en même temps. Le chiffre de 9 tirs, assurés par 5 Rafale, annoncé officiellement, était donc assez étrange. Le missile a finalement été largué en mer.

Et un raté maritime

En parallèle, d’après la Lettre A, et plusieurs autres confrères, la marine aussi connu quelque soucis avec ses missiles. La frégate Aquitaine qui devait assurer les premiers tirs a connu un raté au lancement et n’a pu assurer sa mission. C’est la frégate Languedoc qui a dû prendre le relais, pour assurer le lancement de trois missiles de croisière navals (MdCN).

NB : un raté qui n’a pas vraiment entravé la mission générale. Ce type de ratés est courant dans des missions de frappes. D’où en général, une planification assez large en termes de nombre de missiles envoyés sur les cibles. En l’occurrence, avec 103 missiles sur trois « petits » objectifs, les alliés avaient prévu très, très large !

Une première utilisation opérationnelle

C’est la première fois que la France employait ce type de missile, d’une portée de 1.000 km, rejoignant ainsi le club fermé des pays disposant, comme les États-Unis et la Russie, de missiles de croisière embarqués sur des bâtiments de surface. « Pour la première fois, sans moyens amphibies, sans forces spéciales, sans porte-avions, avec les frégates notre pays dispose d’un missile qui peut toucher des installations en profondeur sur les territoires adverses », a déclaré à l’AFP le chef d’état-major de la Marine, l’amiral Christophe Prazuck,

Une capacité unique en Europe

« A l’intérieur de l’Union européenne, la France est la seule à disposer de cette capacité » a-t-il ajouté. « Les objectifs ont été touchés. C’est une première démonstration opérationnelle de l’efficacité du système. Néanmoins on a toujours une expérience à retirer de l’ensemble du processus, c’est ce qu’on va faire dans les semaines qui viennent », a-t-il ajouté, sans plus de détails.  Ces missiles de croisière navals sont appelés à équiper prochainement les sous-marins nucléaires d’attaque français Barracuda, dont le premier exemplaire doit entrer en service en 2020.

(Nicolas Gros-Verheyde, avec AFP et Romain Mielcarek, à Paris)

Article complété le 22.04

Quelles leçons tirer des frappes militaires sur la Syrie ? Sortir du piège syrien

(B2) Américains, Français et Britanniques montrent les biceps en Syrie. Quelle est la justification de cette action ? Est-elle légitime ? A-t-elle eu un effet militaire, géopolitique ? Peut-elle avoir une influence sur le conflit ? Pourquoi Bachar s’obstine-t-il à utiliser des armes chimiques ? Pourquoi les Russes ont-ils laissé passer les frappes ? Beaucoup de questions… quelques réponses

Une frappe légale ou légitime ?

Le régime de Bachar est-il responsable ?

Oui. Le régime de Damas s’était engagé en 2013 à démanteler tout son arsenal chimique, sous le contrôle d’inspecteurs de l’ONU et de l’OIAC. Il a violé cet engagement à plusieurs reprises, en reconstituant ses stocks, en ne déclarant pas certains centres de recherche et, finalement, en utilisant l’arme chimique sur le terrain. Il a également violé à plusieurs reprises les conventions de Genève sur le droit de la guerre, comme la Charte des Nations unies.

Bachar a-t-il régulièrement utilisé l’attaque chimique ?

Oui. Le régime de Damas a régulièrement utilisé l’arme chimique depuis le début. Il s’en est parfois vanté. Plus souvent il s’en est caché. A chaque fois qu’il a tenté de masquer ces faits, une enquête internationale a prouvé le contraire. La succession des faits est éloquente (lire notre dossier N°59. Attaques chimiques en Syrie, lignes rouges et petites frappes). Les rebelles ont également utilisé cette arme — cela a été le cas de Daesh —. Les faits dans ce cas ont pu être rapidement établis. En l’occurrence, dans la Ghouta, le régime était seul en position d’accomplir cette frappe. Et tout pointe vers le régime. Mais aucune preuve ‘physique’ n’existe de son implication. On est davantage dans ce que des juristes pourraient appeler un faisceau sérieux d’indices concordants. Ce qui fragilise la ‘légalité’ de l’attaque.

Pourquoi frapper en cas d’utilisation d’arme chimique et pas d’autre crime de guerre ?

Il y a deux raisons. Tout d’abord, les armes chimiques sont des armes de destruction massive, interdites par le droit international. Elles sont dites l’arme du pauvre car elles nécessitent peu de moyens techniques. Leur danger n’est pas seulement le nombre de pertes humaines qu’elle peur provoquer, mais la contamination de l’arme sur d’autres terrains. Ensuite, il y a une raison pragmatique. Les frappes du régime de Damas visent régulièrement les hôpitaux, les ambulances, les boulangeries, les centres d’approvisionnement, les civils. Des crimes de guerre… voire des crimes contre l’humanité, tout autant condamnables. Mais ils n’ont jamais été considérés par les Alliés comme une ‘ligne rouge’ ni comme une atteinte à leurs intérêts nationaux. Ce qui les aurait obligé à intervenir quotidiennement dans le conflit. Enfin, il y a la notion d’affichage politique : les Alliés ont affiché une ‘ligne rouge’ sur les armes chimiques. S’ils laissent quotidiennement utiliser cette arme, leur parole est dévalorisée sur la scène internationale.

La frappe est-elle autorisée par les Nations unies ?

Non. C’est un argument utilisé par Jean-Yves Le Drian. Mais il n’est pas tout à fait exact. Certes la résolution 2118 du 27 septembre 2013 prévoit un démantèlement des armes chimiques. Et son paragraphe 21 prévoit un possible usage de la force en cas de violation de cette résolution. Mais cette application ne semblait pas automatique. Il faut une nouvelle résolution du Conseil de sécurité pour intervenir sous le chapitre VII. « En cas de non-respect de la présente résolution, y compris de transfert non autorisé ou d’emploi d’armes chimiques par quiconque en République arabe syrienne, il imposera des mesures en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies ». Le secrétaire général de l’ONU, le Portugais Antonio Guterres a été assez explicite sur ce point. « Le Conseil de sécurité est le premier responsable du maintien de la paix et de la sécurité internationales » (cf. communiqué du 14 avril). Quant à invoquer la légitime défense, autre motif d’intervention, on ne voit aucun critère d’invocation de cet élément, même si l’aspect « intérêts de sécurité nationale » est invoqué.

Peut-comparer avec la situation qui prévalait en Irak en 2003 ?

Non. Sur la Syrie, on se trouve dans un autre cas de figure. En 2003, l’assertion de l’existence d’armes de destruction massive provenait uniquement des Américains et Britanniques, sans vérification indépendante. Une bonne partie de la communauté internationale (à commencer par la France et l’Allemagne, mais aussi la Suède, l’Autriche ou la Turquie) avait de sérieux doutes sur ces éléments. Dans le cas de la Syrie, la plupart des faits ont été soigneusement vérifiés non seulement par différents services de plusieurs pays, mais par un dispositif de vérification internationale (le mécanisme d’enquête conjoint composé d’experts de différentes nationalités de l’ONU et de l’OIAC). Celui-ci a cependant dû interrompre ses travaux le 16 novembre 2017… Un veto russe (soucieux de protéger le régime syrien) a été mis à son renouvellement. Comparer les deux situations est donc tout bonnement un préjugé idéologique. Tous les pays européens, par exemple, sont unanimes pour attribuer la responsabilité au régime syrien, ce qui est relativement rare quand on connait les différences de sensibilité sur la nécessité de négocier, ou non, avec le régime de Bachar (1).

Le régime de Bachar et l’arme chimique

Pourquoi Bachar utilise l’arme chimique alors qu’il est en position de force ?

Le régime de Bachar utilise l’arme chimique, par économie de forces, soit pour finir de « nettoyer » une zone, et liquider les dernières poches de résistance, à moindre frais humain ; soit comme d’une arme de terreur, un signal qu’il s’agit maintenant d’évacuer ou de négocier l’évacuation. Il veut en finir rapidement avec les poches rebelles, pour passer à une autre séquence, plus politique (un peu sous la pression de ses alliés qui ont également envie d’en terminer avec ce conflit).

Quel est l’intérêt de cette arme au plan militaire ?

On peut résumer l’attrait de l’arme chimique pour le régime de Bachar (comme pour les autres intervenants de la guerre syrienne), par un effet maximal pour un minimum de coûts (humain et financier).

Premièrement, l’emploi de l’arme chimique permet de nettoyer une zone, avec un engagement minimal de forces et un maximum d’effet. Le gaz s’infiltrant partout, il est notamment particulièrement efficace en zone urbaine, « permettant de déloger des combattants ennemis abrités dans des habitations, afin d’engager le combat urbain dans des conditions plus avantageuses », comme l’explique une note de l’armée française.

Deuxièmement, c’est une arme de terreur, qui frappe de façon indiscriminée combattants et civils, femmes et enfants ; l’effet est de semer la panique parmi les combattants comme les civils. Il s’agit en clair de vider la zone ou de contraindre les survivants à la négociation.

Troisièmement, avec une seule séquence de tirs, relativement limitée, il désorganise l’arrière. Il ‘sature’ les structures de secours et de soins qui sont débordées de blessés, et est obligée de délaisser l’activité traumalogique habituelle. En clair, les combattants victimes d’armes classiques ne seront pas soignés en priorité.

N’est-ce pas provocateur vis-à-vis de la communauté internationale ?

Le régime de Bachar n’a cure de la respectabilité internationale, depuis le début. Il a sa propre logique qui est de gagner le combat sur ce qu’il appelle des groupes ‘terroristes’ (certains le sont réellement) et d’assurer son emprise sur sa population civile. Cela n’a pas de prix. Statistiquement, sur toute la guerre syrienne, les armes chimiques utilisées font un nombre de morts relativement « minime » par rapport aux armes classiques (moins de 1% des victimes).

L’effet de la frappe : militaire ou politique

Quelle est la nature de la frappe des trois alliés ?

La frappe reste de l’ordre de la doxa politique. Elle n’est pas suffisamment forte pour être dissuasive pour le régime syrien, ni intense pour détruire toutes ses capacités. C’est pour cela que la coalition americano-franco-britannique parle de frappe « limitée » et « proportionnée ». Ce qui est exact. Mais elle est suffisamment marquée (une centaine de missiles tirés), et forte (par trois alliés), pour ne pas être tenue pour quantité négligeable. On peut mentionner qu’elle est soutenue par la plupart des pays européens (même si c’est parfois du bout des lèvres), comme par la plupart des pays de la région, engagés directement ou indirectement dans le conflit, des pays aussi différents que la Turquie, Israël,  l’Arabie saoudite ou le Qatar).

La frappe est-elle un succès militaire ?

D’un point de vue de la technique militaire, sans aucun doute. Les frappes ont été réalisées, de façon magistrale, coordonnées, à la fois par air et mer (lire : La coalition américano-franco-britannique frappe quatre sites syriens (V3)), permettant même de tester des armes nouvelles, sans pertes coté alliés (il faut encore voir le bilan côté civil syrien). D’un point de vue géopolitique, on peut aussi considérer qu’il y a un petit succès (cf. plus loin). En matière d’effet sur le cours du conflit, on peut dire que c’est plutôt un coup d’épée dans l’eau (cf. ci-dessous).

Cette attaque va-t-elle dégrader les conditions d’utilisation de l’arme chimique ?

Tout est question d’appréciation. Même à supposer que toutes les cibles aient bien été détruites et que les équipements indiqués étaient encore présents sur place, l’effet réel de la frappe est à relativiser. La mise en place d’une arme au chlore, produit couramment utilisé, est relativement facile. Celle du gaz sarin est plus complexe, car elle nécessite de pouvoir se procurer certains produits et des techniques et de conservation. Mais elle est à la portée d’un régime comme la Syrie. Si dégradation il y a, elle ne pourra donc être que temporaire, le temps de reconstituer les stocks.

La frappe sera-t-elle efficace sur la guerre en Syrie ?

Non. Un régime aussi sanglant que celui de Bachar n’est pas à quelques centaines de morts près. Il a déjà été frappé à plusieurs reprises sans subir vraiment de désastres. Il a déjà utilisé à plusieurs reprises les armes chimiques, malgré les menaces, malgré une frappe. Il pourra le réutiliser.

A défaut d’effet militaire, quel est l’objectif géopolitique recherché de cette frappe ?

Les Alliés tentent de reprendre pied dans un conflit qui leur échappe pour bonne partie. Ils ne sont pas vraiment présents ni militairement ni diplomatiquement. Sur le terrain, leur engagement militaire est limité, à la lutte contre Daesh. Pour renverser les avancées du régime syrien, soutenu par ses alliés russes, iraniens et libanais, il faudrait un investissement militaire, dont aucun ne semble avoir ni l’intention ni les moyens (en pertes humaines) de s’engager plus en profondeur dans le conflit. Au plan diplomatique, toutes les initiatives sont bloquées par les Russes. Faire une frappe est une manière de dire non seulement à Assad, mais surtout à ses alliés, qu’il y a tout de même une détermination à voir certaines limites au conflit s’opérer. Enfin, il ne faut pas le négliger (même si ce n’est pas l’objectif primaire), cette frappe permet de resserrer les rangs entre Alliés, notamment entre Américains (et Français) et Turcs, qui se retrouvent ainsi du même côté, et non plus l’un face à l’autre.

L’effet de la frappe sur les alliés de Bachar ?

En quoi est-ce un signal à la Russie ?

Il s’agit de sortir du piège posé par la Russie aux Occidentaux, de pouvoir ainsi dire à Moscou que si sa diplomatie continue de bloquer tous les points de la négociation (sur la transition politique, sur l’enquête chimique, sur la simple condamnation du régime…), les occidentaux n’hésiteront pas à recourir à d’autres moyens, à contourner le blocage russe. Sur ce plan, la première manche est gagnée. Le message a d’ailleurs bien été reçu au Kremlin qui a, somme toute, réagi avec une certaine modération. Restera à gagner la seconde : obtenir des Russes qu’ils donnent leur feu vert au déploiement d’une nouvelle mission d’enquête.

Est-ce aussi un signal aux autres alliés de Bachar ?

On peut le dire au moins pour Washington. Le président américain Donald Trump n’a de cesse de pointer le régime iranien du doigt, notamment pour son programme balistique, nucléaire et son rôle dans la région (en Syrie mais aussi au Yémen). Les États-Unis envoient ainsi un message subliminal à Téhéran. N’allez pas trop loin…

Pourquoi dit-on que les Russes sont en position de force ?

Les Russes agissent sur les trois fronts. D’un coté, ils soutiennent en équipements et soutiens opérationnels les actions du régime syrien. De l’autre, ils agissent sur le plan politique en trio avec l’Iran et la Turquie (qui soutient les rebelles au régime) en tentant d’instaurer des zones de déconfliction, ayant leur propre calendrier de négociation, hors du temps international. Enfin, ils protègent leur allié en mettant un veto systématique à toute initiative alternative de la communauté alternative, qu’il s’agisse du mécanisme d’enquête, de la condamnation diplomatique du régime syrien, et encore moins d’une action sous le chapitre VII. Ils ont ainsi piégé les alliés euro-atlantiques dans un piège politico-militaire.

Les Russes ont-ils été informés de la frappe ?

Oui. Les Russes étaient informés sinon de l’exacte teneur des frappes, du moins de leur existence, de leur intensité et du moment, d’une part par leurs propres moyens d’écoute. Les préparatifs alliés ont été faits discrètement, mais pas secrètement (les mouvements des navires notamment étaient facilement perceptibles par les Russes qui ont leur dispositif de surveillance dans la région). D’autre part, par les alliés eux-mêmes, ainsi que l’a confirmé officiellement la ministre française des armées, Florence Parly. Le téléphone a fonctionné entre les capitales occidentales et russes. Les Alliés ont d’ailleurs bien pris soin de ne pas viser des Russes (2), pour éviter qu’ils soient impliqués. C’est ce qu’on appelle le mécanisme de déconfliction.

Pourquoi les Russes n’ont-ils pas voulu intervenir ?

Trois raisons principales (qui ne sont pas contradictoires) :

1° Militairement, il s’agit de ne pas exposer son bouclier anti-missiles à la possibilité d’une défaillance et de lui garder son pouvoir de dissuasion (si les Russes avaient affirmé le contraire, voulant à tout prix protéger le territoire syrien et que plusieurs missiles étaient malgré tout passés, cela aurait été une défaite militaire) ;

2° Il s’agit d’avoir le beau rôle, au point de vue international, de pouvoir contre-attaquer au niveau des instances internationales, en se parant de tous les arguments possibles du droit international (violation de la souveraineté, ne pas ajouter la guerre à la guerre) ;

3° Géopolitiquement, il s’agit de rappeler à l’allié syrien que, sans la protection russe, il est plus exposé. Une façon subliminale de faire un rappel au règlement à Bachar qu’il ne doit pas aller trop loin.

N’est-on pas dans un jeu de rôle entre Alliés occidentaux et Russes ?

Oui. Les Alliés frappent. Ce qui leur permet de montrer qu’ils ont encore quelques ressources et qu’une ligne rouge reste une ligne rouge qui ne doit pas être franchie. Ils peuvent ensuite jouer la partition politique. Les Russes laissent passer et protestent ensuite de façon vigoureuse, mais mesurée finalement. Sur le terrain, ils vont continuer à soutenir, militairement, le régime syrien. On est dans un jeu, classique, désormais au plan international, de bloc contre bloc.

L’effet sur la guerre

Y-a-t-il un risque d’escalade ?

Ce risque ne peut pas être évacué d’un revers de main. Il existe, même s’il est mesuré. A voir la réaction russe, pour l’instant somme toute assez mesurée, on peut dire que le risque d’escalade est limité. Mais le pouvoir syrien dispose de ressources propres, qu’il pourrait employer.

La guerre a-t-elle un vainqueur ?

Pour l’instant oui. Bachar, Moscou et Téhéran sont clairement en passe de gagner leur pari. Certains fins stratèges avaient misé sur l’épuisement russe : la Russie n’avait plus les moyens d’une guerre, elle allait s’épuiser en quelques mois, le régime était acculé, et la guerre a un coût pour l’Iran disaient-ils. Il n’en a rien été. Ces experts ont sous-estimé la capacité de l’adversaire d’endurer des pertes, d’être prêt à s’engager financièrement… ce que les occidentaux ne sont pas disposés à faire, soit car ils ne veulent pas, soit car ils ne peuvent pas, soit les deux.

Quel est le bilan actuel de la guerre en Syrie ?

Sanglant. Toutes armes confondues, et toutes forces confondues (forces légitimes, forces rebelles, groupements terroristes), on est sur un chiffre moyen de près de 200 morts par jour depuis le début du conflit (plutôt en augmentation par rapport au début du conflit), avec un bilan global de plus d’un demi-million de décès sur les sept ans de la guerre (511.000 morts à la mi-mars selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme), sans compter les blessés (plus d’un million), les réfugiés (plus de 5 millions de personnes ont quitté la Syrie) et les déplacés (6 millions ont migré à l’intérieur du pays)… sur une population de 20 millions.

Comment mettre fin au conflit ?

Il faut le dire clairement. Sauf à vouloir surenchérir dans le soutien aux armements de quelques groupes rebelles, ce qui est hors de portée des occidentaux, il ne reste que la seconde solution : convaincre les groupes rebelles de rendre les armes, négocier pour eux une certaine porte de sortie, au besoin par l’exil, en terminer avec le conflit au plus vite, signer des armistices, pour arriver à la seconde phase, la pacification, la reconstruction. C’est une réalité très difficile à dire, quasi paradoxale. On ne pourra vaincre le régime Bachar, que par la paix…

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) NB : on peut ajouter que siègent aujourd’hui à l’ONU ou dans les diplomaties européennes, certains diplomates impliqués dans la révélation des faits de 2003 (par exemple le chef de la délégation suédoise Olof Skoog qui était le conseiller politique de Hans Blix, le chef de la mission de l’ONU). Assurément, si ceux-ci avaient des doutes, ils seraient exprimés par leurs gouvernements. Ce n’est aucunement le cas.

(2) Contrairement à la frappe effectuée dans le nord de la Syrie par l’armée américaine. Lire : Qui est le groupe Wagner, les privés de Poutine qui agissent en Syrie ?

Photo : Lancement d’un missile tomawakh par un navire américain de la 5e flotte (crédit : US Navy – Matthew Daniels)

Frappe militaire en Syrie : un message politique, une utilité militaire, le bon droit

(B2) Les différents responsables américain, français et britanniques se sont relayés depuis le début des frappes pour expliciter et justifier la nécessité des frappes militaires sur la Syrie. Trois séries d’arguments ont été employés : le message politique, l’utilité militaire, le respect du droit international

Décalage horaire et leader de la coalition oblige, les Américains se sont exprimés en premier. Aussitôt la frappe, le président Trump a pris la parole suivi d’un point de presse détaillé du secrétaire US à la Défense et du chef d’état-major des armées, afin d’expliciter la décision. Côté français, le président de la République s’est exprimé dans la nuit par communiqué, suivi d’une conférence de presse au petit matin des ministres des Affaires étrangères et des Armées, en France, et d’un briefing technique des Armées. Coté britannique, un message vidéo enregistré par Theresa May a été diffusé, suivi par un communiqué de la Défense.

Florence Parly et Jean-Yves Le Drian face à la presse (crédit : Gouv.fr)

Un message politique

Envoyer un message clair

L’objectif des frappes était d’envoyer un message très clair aux dirigeants syriens « qu’ils ne devraient pas commettre une autre attaque d’armes chimiques pour laquelle ils seront tenus pour responsables », a déclaré le secrétaire US à la Défense, James N. Mattis. « Le 7 avril, le régime a décidé de défier à nouveau les normes des personnes civilisées montrant le mépris impitoyable du droit international en utilisant des armes chimiques pour assassiner des femmes, des enfants et d’autres innocents. Nous et nos alliés trouvons ces atrocités inexcusables. »

Une ligne rouge franchie

« Des dizaines d’hommes, de femmes et d’enfants ont été massacrés à l’arme chimique [à Douma le 7 avril], en totale violation du droit international et des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies » souligne le président français Emmanuel Macron. « Les faits et la responsabilité du régime syrien ne font aucun doute. La ligne rouge fixée par la France en mai 2017 a été franchie. »

La fin de l’impunité

Cette frappe « enverra également un signal clair à toute autre personne qui croit pouvoir utiliser les armes chimiques en toute impunité » a assuré la Première ministre britannique Theresa May.

Mettre fin à l’érosion de la norme internationale sur les armes chimiques

« Nous ne pouvons pas permettre la normalisation de l’utilisation des armes chimiques – en Syrie, dans les rues du Royaume-Uni ou ailleurs dans le monde » a indiqué Theresa May, faisant référence aussi à l’attaque de Salisbury. « Nous ne pouvons tolérer l’érosion de la norme internationale qui empêche l’utilisation de ces armes. […] L’histoire nous enseigne que la communauté internationale doit défendre les règles et les normes mondiales qui nous gardent tous en sécurité. C’est ce que notre pays a toujours fait. Et ce que nous continuerons à faire. »

Un objectif de sécurité collective

Mettre un terme à la production d’armes chimiques

Le président Trump a dénoncé des attaques chimiques « monstrueuses ». La frappe « vise à mettre un terme à la production d’armes chimiques » a-t-il indiqué.

Dégrader la force chimique de Bachar

Les frappes devraient entraîner une dégradation à long terme des capacités de guerre chimique et biologique de la Syrie, a souligné le chef d’état-major des armées US, Joe Dunford. « La frappe n’était pas seulement un message fort au régime que leurs actions étaient inexcusables, mais elle a aussi infligé un maximum de dégâts sans que cela ne représente un danger inutile pour les civils ».

Une atteinte à notre sécurité collective

« Nous ne pouvons pas tolérer la banalisation de l’emploi d’armes chimiques, qui est un danger immédiat pour le peuple syrien et pour notre sécurité collective » a indiqué Emmanuel Macron. L’arrêt des atrocités est « dans les intérêts nationaux vitaux » des États-Unis a indiqué de son côté James Mattis.

Une réponse limitée, dans le cadre du droit international

Une réponse proportionnée

« Notre réponse a été circonscrite aux capacités du régime syrien permettant la production et l’emploi d’armes chimiques » a assuré Emmanuel Macron.

Pas d’intervention dans la guerre

« Il ne s’agit pas d’intervenir dans une guerre civile. Il ne s’agit pas de changement de régime » a précisé la Première ministre Theresa May, comme pour faire référence à l’action menée en Libye. « Il s’agit d’une frappe limitée et ciblée qui n’élargit pas davantage les tensions dans la région et qui fait tout son possible pour prévenir les pertes civiles. »

Une intervention justifiée par la violation des engagements internationaux

« Le régime syrien avait pris l’engagement de démanteler totalement son arsenal chimique. En septembre 2013, le Conseil de sécurité avait pris acte de cet engagement et décidé par sa résolution 2118 que la Syrie devait s’y tenir, sous peine d’encourir des mesures relevant du chapitre VII de la Charte des Nations unies » a rappelé le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. « Le chapitre VII a un sens clair : c’est le recours à des mesures militaires pour contraindre ceux qui menacent la paix et la sécurité internationale. » (1)

Le régime Assad était prévenu

« L’escalade chimique en Syrie n’est pas acceptable, parce que, depuis les déclarations du Président de la République, chacun était prévenu des conséquences d’une violation des engagements pris par le régime syrien devant la communauté internationale » a indiqué Jean-Yves Le Drian. « Le régime de Bachar al-Assad savait à quoi il s’exposait en employant une nouvelle fois ces armes odieuses contre son peuple, en choisissant à nouveau délibérément de fouler aux pieds le droit international. »

Et maintenant ?

De nouvelles frappes si…

« Nous sommes prêts à maintenir cette réponse tant que le régime syrien est prêt à garder son arsenal » a indiqué le président américain Donald Trump. « Les forces alliées sont prêtes à poursuivre l’action si Assad continue d’utiliser ces armes interdites », a complété son secrétaire à la Défense James Mattis.

Mettre en place un mécanisme d’établissement des responsabilités

La France et ses partenaires reprendront, « dès aujourd’hui [samedi], leurs efforts aux Nations unies pour permettre la mise en place d’un mécanisme international d’établissement des responsabilités, prévenir l’impunité et empêcher toute velléité de récidive du régime syrien » précise Emmanuel Macron. NB : Ce mécanisme qui existait depuis 2014 n’a pas été renouvelé en 2017, bloqué par un veto russe.

Un débat parlementaire en France et au Royaume-Uni

« Le Parlement sera informé et un débat parlementaire sera organisé » conformément à l’article 35, alinéa 2, de la Constitution, indique Emmanuel Macron. Un débat qui ne devrait pas susciter de question en France où le parlement n’est informé qu’après coup. Au Royaume-Uni, l’ambiance est plus houleuse. La Première ministre britannique fait l’objet de sévères critiques notamment par l’opposition pour avoir outrepassé la tradition, mise en place après l’intervention en Irak, d’information et de débat préalable au Parlement.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Une interprétation délicate. La résolution 2118 du 27 septembre 2013 (§21) prévoit effectivement cette mesure mais sur décision du Conseil de sécurité des Nations unies : « En cas de non-respect de la présente résolution, y compris de transfert non autorisé ou d’emploi d’armes chimiques par quiconque en République arabe syrienne, il imposera des mesures en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies ».

La coalition américano-franco-britannique frappe trois sites syriens (v5)

(B2) Les Américains, Britanniques et Français ont assuré cette nuit (de vendredi 13 à samedi 14 avril), vers 1 heure du matin (heure de Paris*), une série de frappes contre des installations chimiques syriennes. Une réaction à l’attaque chimique sur Douma (La Ghouta) du 7 avril dernier. L’annonce en a été rendue publique à Washington, puis confirmée à Paris et Londres.

Les réunions téléphoniques se sont intensifiées ces derniers jours. La fenêtre de tir était étroite : entre le temps nécessaire à la préparation militaire, et à la coordination des forces entre les trois pays, ainsi que la concertation politique et la négociation diplomatique, d’une part, et l’arrivée des inspecteurs de l’OIAC, d’autre part, le temps était court, avant que ne s’ouvre une autre phase : celle de la vérification a posteriori.

Des cibles contre les sites de production chimique

C’est l’arsenal, clandestin, du régime qui était visé. La première cible visait ainsi « un centre de recherche scientifique dans la grande région de Damas » a indiqué le chef d’état-major des armées US, le général Joe Dunford dans un point de presse tenu vers 3 h du matin (heure de Paris). Le centre de Barzah/Barzeh, non loin de Douma, est « un centre de recherche, de développement, de production et d’essai d’agents chimiques et biologiques » (CERS). La deuxième cible était « une installation de stockage d’armes chimiques », une ancienne base de missiles, située à 15 miles (24 km) de Homs. « Nous avons évalué qu’il s’agissait de l’emplacement principal de l’équipement de production de sarin et de précurseur syrien ». La troisième cible était un bunker qui recouvrait deux types de structures : « une installation de stockage d’armes chimiques ainsi qu’un important poste de commandement ».

Les sites visés (source : DOD US)

Des moyens navals et aériens coordonnés

Les frappes ont été menées de façon coordonnée par des moyens navals et aériens, en « étroite synchronisation » entre les différents alliés comme l’a précisé la ministre française de la Défense, Florence Parly samedi matin (14 avril). Du coté américain, deux bombardiers B1 (venant de la base du Qatar), trois navires basés en Mer rouge, mer Méditerranée et golfe Persique — le lance-missiles de la classe Ticonderoga USS Monterrey (CG-61), et deux destroyers américain de la classe Arleigh Burke l’USS Laboon (DDG-58) et l’USS Higgins (DDG-76) —, ainsi qu’un sous marin (l’USS John Warner) ont été mobilisés.

Du côté français, six navires étaient engagés : trois frégates multimissions (FREMM) étaient déployées en Méditerranée (Aquitaine, Auvergne et Languedoc), escortées par une frégate de défense antiaérienne, une frégate anti-sous-marine (FASM) et un bateau ravitailleur. En l’air, cinq avions de combat Rafale « partis de plusieurs bases aériennes » sur le territoire français (notamment la BA 113 de Saint-Dizier-Robinson) avaient « rejoint les côtes syriennes », soutenus par quatre Mirage 2000-5 (pour l’escorte), six avions ravitailleurs et deux avions de surveillance aérienne Awacs. Tandis que quatre avions Tornado GR4 de la Royal Air Force, partis de la base d’Akrotiri (à Chypre) faisaient de même.

(source : US Defense)

Plus d’une centaine de tirs (105 missiles)

L’utilisation de missiles de croisière que ce soit à partir d’avions (air-sol) ou de bateaux (mer-sol) a permis d’éviter de pénétrer sur le territoire syrien. Selon le général américain, la quantité de munitions (bombes et missiles) utilisées a été « plus de deux fois celles utilisées dans la frappe de l’année dernière » (NB : les USA avaient tiré 58 missiles Tomahawk à l’époque). Plus exactement 105 missiles ont été tirés précise le Pentagone.

Une répartition des cibles

Chaque pays avait reçu une cible précise. Les Américains, avec 57 missiles mer-sol Tomahawk et 17 missiles air-sol JASSM, ont visé le centre de recherche. Les Français ont visé le troisième avec 7 missiles air-sol Scalp. La deuxième cible — le site de stockage de Homs — a été visé simultanément par les trois pays : 9 Tomahawk américains, 8 missiles britanniques air-sol Storm Shadow (l’autre nom du missile Scalp-EG), 3 missiles de croisière navals MdCNet et 2 missiles français Scalp. Soit en tout 103 missiles qui ont été tirés (NB : il en manque deux par rapport au chiffre global indiqué par le Pentagone).

Une double première technique

Cette opération représente une double première en termes de technique militaire. C’est, en effet, la première utilisation opérationnelle des missiles MdCN (dits Scalp naval), fabriqués par MBDA depuis une frégate FREMM. C’était également la première utilisation réelle pour les missiles américains furtifs JASSM (Joint air to surface stand-off missiles) dans sa version allongée. Pour les pilotes français, venant de l’hexagone, la performance était plus humaine : « dix heures de vol, de nuit, en condition de combat ». Une « performance réussie grâce à cinq ravitaillements en vol » a souligné la ministre française de la Défense, Florence Parly.

100% de succès

« Toutes les armes ont touché leurs cibles près de l’heure indiquée » a indiqué le général des Marines Kenneth F. McKenzie, directeur de l’état-major US. « Aucun des missiles impliqués dans cette opération n’a été atteint avec succès par les défenses aériennes syriennes », a-t-il précisé, démentant les allégations de l’armée syrienne indiquant que plusieurs des missiles avaient été abattus.

Pas d’intervention de la défense russe

Quant à la défense russe, elle n’est pas intervenue. « Nous n’avons aucune indication que les défenses aériennes russes ont été employées. » Le Pentagone a diffusé des images ensuite « avant-après » pour chacune des cibles visées, montrant le « nettoyage » précis de chaque zone. Des images à prendre au conditionnel…

Effet de la frappe sur le centre de recherche de Barzah / Barzeh (source : US Defense)

Effet de la frappe sur le site de stockage de Him Shinshar (source : US Defense)

Effet de la frappe sur le bunker de Him Shinshar (source : US Defense)

Pas de pertes côté coalition

Tous les avions sont rentrés à bon port. « Il n’y a pas de pertes alliées » précise-t-on du côté du Pentagone. « Tous les avions français – Rafale, Mirage, AWACS, ravitailleurs – se sont bien posés à l’issue de leur mission de cette nuit » a confirmé la ministre française des Armées Florence Parly. « Tous les navires sont en zone de sécurité à l’abri de mesures de rétorsion ».

Éviter des pertes civiles et… russes

Les planificateurs de la frappe ont « fait de grands efforts pour éviter les pertes civiles et étrangères » a indiqué le secrétaire à la Défense US James Mattis. La frappe était « également prévue pour atténuer le risque pour les forces russes qui soutiennent le régime d’Assad » a ajouté le général Joe Dunford.

Les Russes prévenus

Il semble bien que cette frappe a été réalisée sinon en concertation, mais au moins avec une information de Moscou. « Nous avons veillé à ce que les Russes soient prévenus en amont » a indiqué la ministre française Florence Parly. NB : ce qui expliquerait la réaction, assez rituelle de la Russie… pour l’instant.

Pas de victimes russes et même syriennes

Aucune victime des raids n’a été signalée, même du côté syrien. Ce qui est étonnant pour ce type de sites, notamment le centre de recherches. Si cette information est confirmée, cela pourrait signifier que les Syriens aient été prévenus et vidé les lieux.

Limiter la contamination chimique

« Une analyse scientifique très minutieuse a été faite afin de déterminer où cibler les Storm Shadows afin de maximiser la destruction des stocks de produits chimiques et de minimiser les risques de contamination de la zone avoisinante » indique, de son côté le ministère de la Défense britannique. « L’installation touchée est située à une certaine distance de toute concentration connue d’habitation civile, ce qui réduit encore davantage ce risque ».

Évaluation en cours

Il est encore « trop tôt pour évaluer l’efficacité » des raids indique-t-on côté américain, même si les « rapports d’actions antiaériennes syriennes » ont été effectués. L’analyse est en cours. Mais déjà à Londres, on estime que les frappes ont réussi. « La planification méticuleuse des cibles ont abouti à une attaque réussie ».

(Nicolas Gros-Verheyde, avec RM à Paris)

* Attaque menée à 19 h. Washington, 2 h. Londres

Mis à jour 14.4 – 10h, 14h, 19h sur le détail des moyens aériens et maritimes employés, le nombre d’armes employées par cible, et l’efficacité des tirs, correction sur le nombre de cibles (trois et non quatre comme indiqué dans une première version). Le 15.5 sur les effets de la frappe. Le 16.4 avec les propos de Florence Parly sur les heures de vol. Le 20.4 sur les victimes civiles.

La ‘victoire’ russe en Syrie décortiquée

la visite du chef d’état-major russe Gerasimov et sa rencontre avec Bachar sur la base aérienne de Khmeim en juin 2017 (crédit : MOD Russie)

(B2) L’analyse faite par Michel Goya, sur son blog La voie de l’épée sur l’intervention russe en Syrie mérite le détour. Elle donne des éléments clés sur une intervention, mal perçue au départ et vient tordre le coup à certaines prédictions. A lire absolument.

Que n’a-t-on pas entendu dire, en effet, au début de cette intervention ? En vrac : les Russes ne pourraient pas tenir l’effort sur la longueur ; cela leur coûtait trop cher ; ils risquaient l’enlisement… Aujourd’hui, force est de reconnaître que cette intervention « est un succès » comme l’écrit M. Goya. Le régime d’Assad, très mal en point en 2015, apparait aujourd’hui sinon sauvé, du moins comme un acteur, à nouveau, incontournable.

Une réussite militaire

Le corps expéditionnaire russe a « largement contribué à l’endiguement des forces rebelles » de la prise d’Alep fin 2015, au dégagement récent de l’aéroport de Deir ez-Zor, dans l’est désertique assiégé par l’état islamique, en passant par « la conquête presque définitive du grand axe de l’autoroute M5, centre de gravité du conflit, pendant l’année 2016 ». « Avec des moyens limités, la Russie  a […] obtenu des résultats stratégiques importants, et en tous cas très supérieurs à ceux des puissances occidentales, États-Unis en premier lieu mais aussi la France dont on ne parvient même pas à mesurer les effets stratégiques qu’elle a bien pu obtenir en Syrie. »

Les quatre conditions de la « victoire » russe

Ce qui explique ce succès, pour Michel Goya, c’est que le dispositif russe a été : 1° engagé « massivement » ; 2° « par surprise », et a 3° d’emblée été « complet », « concentré » sur quelques objectifs. Il n’a pas été précédé « d’une phase déclaratoire, ni graduellement diversifié et renforcé comme celui de la coalition américaine. Enfin, 4°, il avait un « objectif clair ». La Russie avait une « vision politique certainement plus claire et une action plus cohérente avec des prises de risques opérationnelles et tactiques que les États-Unis ou la France n’ont pas osés ».

Une stratégie adaptée au terrain

Les Russes ont bien appréhendé la spécificité de la situation syrienne. Dans la région, les principaux soutiens internationaux (USA, Russie, Turquie…) n’avaient « aucune intention de s’affronter directement ». L’ « occupation éclair » du terrain par l’un empêche mécaniquement l’autre, placé devant le fait accompli, d’y pénétrer. « A partir du moment où les Russes ont ouvertement planté le drapeau en Syrie et occupé l’espace, notamment aérien, les choses devenaient d’un seul coup plus compliquées pour les autres. »

La brigade aérienne en fer de lance

L’élément clé de l’intervention était la brigade aérienne russe « combinant toujours avions et hélicoptères ». Ces moyens « ont varié au fil du temps » les forces au sol étant relativement limitées : le « volume d’un bataillon de la 810e brigade d’infanterie de marine renforcé d’une petite compagnie de neuf chars T-90, d’une batterie d’artillerie dotée d’une quinzaine d’obusiers et de lance-roquettes multiples, et équipé d’une quarantaine de véhicules de combat d’infanterie, des BRT-82A semble- t-il ».

L’occasion d’expérimenter de nouveaux matériels

L’intervention en Syrie a été l’occasion pour les forces armées russes « d’apprendre et d’expérimenter matériels et méthodes, et de tester des concepts originaux ». Trois sont détaillés par l’auteur : le SVP-24 (Special Computing Subsystem), un système utilisant le système de navigation satellitaire russe GLONASS pour les frappes aériennes ; l’emploi de l’« infanterie motorisée ultra légère et la mise au point du « véhicule d’escorte.

Le coût de l’opération : raisonnable

Enfin, ces résultats ont, en effet, été obtenus avec des ressources « assez limitées » note Michel Goya : 4 à 5000 hommes et 50 à 70 aéronefs (1). Et le coût était somme toute raisonnable : environ 3 millions d’euros par jour. C’est-à-dire le quart ou le cinquième de l’effort américain dans la région ou trois fois plus que l’engagement français au Levant mais pour un résultat bien supérieur (2)…

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire : Tempête rouge Enseignements opérationnels de deux ans d’engagement russe en Syrie L‘analyse complète (15 pages) de Michel Goya sur l’intervention russe en Syrie est disponible en version kindle sur Amazon (2,99 euros). Vous pouvez faire un don quelconque sur son blog : https://lnkd.in/g_K6WWY et recevoir en version pdf. (NB : B2 n’est aucunement intermédiaire ni associé dans cette opération. Mais c’est une « bonne action).

(1) NB : cela pourrait démontrer, à l’inverse de ceux qui plaident en faveur d’un engagement massif, qu’un petit nombre de troupes, bien déterminées, bien armées, peut faire la différence.

(2) L’opération française « Chammal » mobilise 1200 hommes et environ 15 aéronefs, un million d’euros/jour.

(Crédit: Ministère britannique de la défense)

Sarraj appelle à l’aide, premières frappes américaines sur Syrte

(Crédit: Ministère britannique de la défense)

(Crédit: Ministère britannique de la défense)

(BRUXELLES2) C’est le Premier ministre libyen, Fayez al-Sarraj, qui l’a annoncé dans une allocution télévisée. Les Etats-Unis ont effectué, lundi (1er août), des frappes aériennes sur la ville de Syrte, considérée comme le principal fief de Daesh en Libye. C’est une première dans l’offensive américaine contre l’organisation de l’Etat islamique présente en Libye.

Des cibles très « précises »

L’information a été rapidement confirmée par Peter Cook, le porte-parole du Pentagone, qui a pourtant refusé d’entrer dans les détails. Il parle de cibles « précises ». L’une des frappes de lundi a détruit un char de Daesh et une autre a visé deux véhicules des jihadistes, postés stratégiquement pour bloquer la reconquête d’un quartier de la ville par les forces fidèles à Sarraj.

Les frappes vont se poursuivre

Les raids sur Syrte « vont se poursuivre » a expliqué Peter Cook, tout en précisant que ce sera « toujours sur demande du gouvernement d’union nationale » (GNA). Selon nos confrères de RFI, de nouvelles frappes ont déjà eu lieu mardi 2 août, visant les positions de Daesh, cette fois-ci au cœur de la ville.

La prise de Syrte, un enjeu clé pour Sarraj 

La demande libyenne ne surprend pas vraiment. Lancée le 12 mai dernier, l’offensive sur Syrte est au ralenti. Les forces du GNA, venues de Misrata et de l’ouest du pays, sont entrées dans la ville le 9 juin mais font face à une forte résistance des djihadistes, qui multiplient les attentats suicides. Les frappes ont  « infligé de lourdes pertes (aux djihadistes) à Syrte. Nos forces ont ainsi pu récupéré des positions stratégiques importantes », a déclaré Fayez al-Sarraj.

US plutôt que France ?

Le Premier ministre libyen se veut ferme. Ces frappes interviennent « dans un cadre limité dans le temps » et elles « ne dépasseront pas Syrte et sa banlieue ». Aucune présence terrestre n’est acceptée. « Nous avons demandé l’appui à la communauté internationale, notamment celui des Etats-Unis. Mais nous souhaitons affirmer qu’il n’y aura aucune présence étrangère sur le sol libyen. » NB : Un petit message indirect à la France, après qu’elle ait reconnu la présence de soldats sur le territoire libyen (Lire aussi: Trois militaires français décédés en Libye, confirme le ministre. En service commandé…). « Toute aide doit être effectuée à la demande directe du GNA ».

(Leonor Hubaut)

Voir l’intervention de Sarraj ici

Lire notre dossier N°34. L’Europe face à la crise en Libye (maj1)

Décollage d'un Mirage 2000 (crédit : DICOD / EMA - archives)

Frappe combinée belgo-française dans la région de Mossoul

Décollage d'un Mirage 2000 (crédit : DICOD / EMA - archives)

Décollage d’un Mirage 2000 (crédit : DICOD / EMA – archives)

(B2) Deux Mirage 2000D de la base aérienne projetée H5 (au nord-est d’Amman en Jordanie) et quatre F16 belges ont participé à une mission de frappe « planifiée » contre un site de Daech dans la région de Mossoul dans la nuit du 5 juillet, annonce l’état-major de l’armée française le 8 juillet. Ils ont « frappé simultanément plusieurs bâtiments d’un vaste site servant à fabriquer et à stocker des bombes artisanales ».

La veille, lundi (4 juillet), cinq avions — deux Mirage 2000D et un Atlantique2 de la base de Jordanie  et deux Rafale stationnés dans le golfe arabo-persique — avaient réalisé plusieurs frappes au sud-est de Mossoul.  Les deux Mirage 2000D et un Rafale ont « dans un premier temps frappé simultanément plusieurs bâtiments, dans lesquels les combattants ennemis se trouvaient retranchés ». Après un ravitaillement en vol, les Mirage 2000D ont ensuite « illuminé des cibles dans la même zone au profit de l’Atlantique2 et d’un Rafale ». Ceux-ci ont, à leur tour, « pu procéder à deux tirs ».

L’opération Chammal – nom de code de l’engagement français contre Daech en Irak et Syrie – mobilise aujourd’hui 1900 militaires selon les sources officielles, 14 avions de chasse de l’armée de l’Air (6 Rafale, 5 Mirage 2000D et 3 Mirage 2000N), un avion de patrouille maritime Atlantique2 de la Marine nationale ainsi que des « capacités renseignement, de commandement, de contrôle et de ravitaillement », une centaine de militaires à Bagdad et Erbil pour la formation et le conseil des états-majors et unités irakiennes. Coté maritime, c’est la frégate de défense aérienne Forbin (D-620) qui est présente en mer Méditerranée depuis mai.

(NGV)