France

Cas Sakineh (suite). Ashton dit oui à une réaction commune plus forte

La réponse de Cathy Ashton, la Haute représentante de l’UE, à ce « Cher Bernard » (Kouchner), sur le cas Sakineh (cette mère de famille condamnée à lapidation pour adultère et complicité dans le meurtre de son mari) n’a pas tardé (1). « Je pense comme vous que le moment est proche pour l’UE d’exprimer collectivement son rejet de pratiques d’un autre temps » explique la diplomate en chef de l’UE, dans une lettre qui vient de partir (et qui m’est parvenue… aussi). « Une démarche de l’UE – discrète – est en cours à Téhéran » confie-t-elle (2). « Si elle ne produisait rien de convaincant, je ne verrais que des avantages à ce qu’une lettre collective, adressée aux autorités iraniennes soit rédigée rapidement par les membres de l’Union européenne« .

Réfléchir à une action « plus efficace »

En revanche, coté sanctions, Cathy Ashton se montre plutôt prudente. Si elle est « favorable à ce qu’un débat soit organisé entre nous tous pour tenter de dégager une stratégie plus efficace que celle qui est la nôtre aujourd’hui« , cependant rien d’urgent. Car « l’agenda du Gymnich » est trop surchargé. Ce sera donc pour plus tard. Quant à faciliter l’accès aux moyens d’information des Iraniens (mesure décidée par les 27 en rétorsion au brouillage des émissions de la BBC ou de la Deutsche Welle), le travail est en cours. Une réunion d’experts « a lieu le 7 septembre« , a-t-elle précisé.

(1) lire : Cas Sakineh : la demande de Bernard Kouchner

(2) Précisons que l’Iran est un des seuls « grands » pays au monde où l’UE n’a pas d’ambassade

PrintFriendlyFacebookShare

Jack Lang devient conseiller de l’ONU sur la poursuite des pirates en justice (maj)

A l’issue de la réunion tenue hier (mer 25 août)  au Conseil de sécurité de l’ONU, Ban Ki Moon avait annoncé son intention de nommer un « Conseiller spécial sur les questions juridiques liées à la piraterie au large de la Somalie » afin de «continuer la réflexion sur les options » juridictionnelles et pénitentiaires sur la poursuite des pirates (1). Le nom du conseiller spécial est désormais connu. Il s’agit de Jack Lang, le ministre de la Culture puis de l’Education de François Mitterand entre 1981 et 2002 et aujourd’hui député élu à Boulogne sur Mer. Mais ce n’est pas ces qualités politiques uniquement qui ont retenu le choix de Ban Ki Moon. Jack Lang est d’abord un professeur de droit public et de droit international, à l’université de Nancy (de 1976 à 1981), puis à l’université de Nanterre durant les périodes de cohabitation (de 1986 à 1988 et de 1993 à 1999). Entre autres commentaires, il a ainsi signé ainsi un ouvrage sur le plateau continental de la mer du Nord et l’arrêt de la CIJ de 1969 (éditions LGDJ, 1988). Coté européen, il a siégé au Parlement européen (de 1994 à 1997), à la Commission « affaires étrangères, sécurité et politique de défense » et à la Sous-commission « sécurité et désarmement ». Et, il aussi un Blog (nul n’est parfait :-) qui n’est pas tout à fait mis à jour depuis 2007…

Mission de Jack, selon l’ONU : « identifier toutes les mesures supplémentaires qui peuvent être prises pour assister les Etats de la région, ainsi que les autres Etats, à poursuivre et emprisonner les personnes qui sont impliquées dans la piraterie » et « explorer la volonté des Etats de la région de servir éventuellement de pays d’accueil » pour l’un des mécanismes judiciaires évoqués dans un récent rapport.

(1) Lire: Les 7 options

PrintFriendlyFacebookShare

Troisième attaque déjouée pour le De Grasse

ArrestPiratesDeGrasse4-Eunavfor100819.jpgLe navire amiral de l’opération européenne anti-piraterie EUNAVFOR Atalanta, le De Grasse, a débusqué un nouveau skiff suspect dans le Golfe d’Aden, le 19 août au soir, annonce le QG d’Atalanta. C’est un avion de patrouille maritime japonais qui a donné l’alerte, ayant repéré un dhow et un skiff à proximité dans le couloir international (IRTC). Celui-ci était à environ 50 miles nautiques.

Le De Grasse a fait décoller son hélicoptère Lynx, donner ses machines et mettre à l’eau un RHIB avec une équipe d’abordage. A bord du skiff suspect, les militaires français ont trouvé six hommes ainsi que tout un attirail de piraterie. Le matériel a été saisi. Et les suspects embarqués à bord du De Grasse, pour un contrôle plus approfondi. Ils ont ensuite été libérés et remis à bord du skiff, delesté, direction: la Somalie. Aucune preuve notable ne pouvant permettre de les traduire devant un tribunal.

(maj) Pendant ce temps, l’USS Princeton - de la CTF 151 a intercepté le dhow qui pouvait servir de bateau-mère.

C’est la troisième fois en trois jours que le De Grasse appréhende ainsi des suspects. La veille, alerté par un navire marchand de la présence suspecte d’un skiff sur son bâbord arrière, l’hélicoptère était également intervenu. Et mardi 17 août, également (1). Ce type d’opérations – même s’il conduit à des libérations – perturbe l’action des pirates et a un rôle préventif : prévenir une ou deux attaques, explique-t-on au niveau européen.

(1) Lire : Pirates suspects arrêtés par le De Grasse

PrintFriendlyFacebookShare

Pirates suspects arrêtés par le De Grasse

Arrestations de suspects dans le Golfe d'Aden. crédit : EUNAVFOR / Marine nationale

Les marins de la frégate De Grasse n’auront pas vraiment eu le temps de fêter le nouveau statut de navire-amiral de la force européenne anti-piraterie EUNAVFOR. C’est l’hélicoptère du navire danois Esbern Snare de la flotte de l’OTAN (CTF 508) qui les a alertés de la présence d’un navire suspect, avec échelle à bord et de nombreux fûts d’essence, dans cette partie orientale du Golfe d’Aden. Il n’a cependant pas pu intervenir. Et c’est l’hélicoptère de la frégate italienne Libeccio qui a pris le relais, pour tenter de stopper les suspects. Ceux-ci se sont entêtés, malgré trois tirs de sommation. Le De Grasse a, à son tour, envoyé, son hélicoptère et surtout ses équipes de « visite » qui ont appréhendé les pirates et saisi le matériel. Il sera difficile de traduire ces suspects en justice, aucun flagrant délit ne pouvant leur être imputé.

PrintFriendlyFacebookShare

José-Manuel prend, à son tour, la plume et présente son « plan pour le Pakistan »

La réponse du loup à la bergère (ou le contraire, c’est selon) n’a pas tardé. Après la missive, un tantinet comminatoire de Nicolas Sarkozy à la Commission européenne (1), voici la réponse du président de la Commission qui se défend de toute lenteur. « Le drame du Pakistan nous touche tous » écrit-il. Puis, piqué au vif, il argumente : « la Commission européenne a été la première à réagir (le 30 juillet), et à augmenter (le 11 août), les fonds alloués au Pakistan, (…) mes services ont travaillé d’arrache-pied (…). Les services de la DG Echo (Office d’aide humanitaire) sont en en train de démontrer leur professionnalisme et leur efficacité à répondre aux grandes crises humanitaires« . Voilà pour la défense (justifiée à mon sens) du travail européen. Mais le plus intéressant est dans l’annonce « d’un plan d’action en trois temps » qui reprend, en partie, les trois recommandations du président de la République français.

Un plan d’action pour le Pakistan

1° Une lettre conjointe Ashton – Georgieva (respectivement la Haute Représentante pour les Affaires étrangères et la commissaire à l’Aide humanitaire) va partir vers les Etats membres pour préciser les modalités de la coordination de l’aide humanitaire. C’est la DG Echo (qui inclut dorénavant le mécanisme de protection civile) qui prêtera son concours à la « coordination active » de toute initiative humanitaire ou d’assistance logistique.

2° L’augmentation des sommes allouées au Pakistan, « ce avant la fin du mois« .

3° Le suivi de la crise,  avec une « possible conférence des donateurs » pour le Pakistan. Ce point sera à l’ordre du jour du Gymnich, le conseil informel des ministres des Affaires étrangères, le 10 septembre.

La réflexion continue sur la sécurité civile

Sur l’idée d’une force européenne de protection civile, Barroso tempère le président français en lui rappelant la tiédeur (le mot est faible) qui avait accueilli les propositions du rapport Barnier en 2006. « Un certain nombre d’Etats membres avait alors montré un enthousiasme plus que relatif à l’idée d’une structure européenne propre« . Mais, promet-il, après une réflexion « approfondie », et des consultations auprès d’Etats membres (la France a été consultée), menée par le duo Ashton – Georgieva, une proposition pour « une nouvelle politique » de réponse aux crises sera faite « très bientôt« , pour être discutée par les Ministres compétents.

C’est ce qui s’appelle un retour à l’envoyeur ! On ne m’ôtera cependant pas d’un doute : l’Europe ne réagit-elle pas encore, avec trop de lenteur, beaucoup de tiédeur, et peu d’audace, dans la réaction de crises ?

Dernier point, concernant l’utilisation des moyens militaires pour acheminer l’aide humanitaire, Barroso la salue mais avec des pincettes. Il ne peut même s’empêcher de montrer quelques doutes. C’est « utile« , dit-il, si « certains paramètres sont respectés« . « Il importe que l’utilisation de ces moyens n’expose pas les opérateurs humanitaires, qui ont déjà perdu nombre de leurs membres dans les zones de conflit pakistanaises, aux mêmes risques que ceux encourus par les militaires« . (NB : la journée de l’aide humanitaire se commémore ces jours-ci, le 19 août, jour de 2003 où 22 employés de l’ONU, dont son Représentant spécial en Irak, le Brésilien Sergio Vieira de Mello, sont morts dans un attentat à Bagdad).

(1) Lire: Quand Nicolas remonte les bretelles à José-Manuel

Télécharger la lettre de Barroso à Sarkozy

PrintFriendlyFacebookShare

Quand Nicolas remonte les bretelles à José-Manuel

C’est une lettre de Nicolas (Sarkozy) adressée à José-Manuel (Barroso) et rédigée durant le week-end du 15 août. Le ton est poli. Mais un rien comminatoire. « La mobilisation des Européens doit être totale » tonne le « Che » Nicolas. Certes l’Europe a déjà débloqué 40 millions d’euros en aide humanitaire, envoyé quelques équipes d’experts et activé son mécanisme de protection civile. Mais c’est bien peu aux yeux du président français. « L’Europe peut faire plus en s’engageant pour couvrir davantage encore les besoins humanitaires immédiats » (Nb : l’ONU a lancé un appel de 459 millions $ mais seul un quart a pu être rassemblé jusqu’ici). Et Sarkozy n’y va pas par quatre chemins. La France  est prête — explique-t-il — « à mobiliser des moyens logistiques militaires nationaux, aériens et navals, pour l’acheminement de l’aide internationale, dans le cadre de l’OTAN. »

Les 3 recommandations de Sarkozy

Ll’Europe doit se bouger les fesses… Sarkozy admoneste le président de la Commission: « Je compte sur vous (le président de la Commission) pour que l’Union européenne montre son unité et sa détermination et entraîne avec elle la communauté internationale pour empêcher un désastre humanitaire« . Et il lui trace la feuille de route : 1° renforcer l’aide humanitaire ; 2° prévoir dès maintenant le futur, la reconstruction, en mobilisant ses deux instruments financiers (l’Instrument de stabilité et l’Instrument de Coopération et Développement), 3°  Se doter d’une « véritable capacité européenne » de réaction à la crise. Haïti et les incendies en Russie (où la coordination européenne a été un tantinet défaillante) l’ont démontré, poursuit le président, il « faut tirer les conséquences de telles situations ».

  • En clair, Sarkozy remonte non seulement les bretelles au président de la Commission européenne mais aussi à la commissaire Georgieva, pour le moins absente ces jours-ci, ainsi qu’à la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères. Cathy Ashton continue à démontrer que si elle arrive à gérer la politique institutionnelle (l’adoption de la première décision sur le service diplomatique en est une preuve), qu’elle commence à pratiquer la diplomatie (l’implication à Gaza ou la négociation d’un accord de poursuite des pirates le prouve), elle a encore bien du mal à apprécier la gestion de crises. C’est ce qui manque encore à l’UE ! Sarkozy commet, cependant, un impair, à mon sens, mettre les moyens français à disposition de l’OTAN. C’est en contradiction avec le contenu et l’objectif de la lettre (renforcer l’Union européenne) et également avec ses engagements précédents (s’impliquer davantage dans l’OTAN pour renforcer l’Europe de la Défense). C’est un peu le contraire, ici…

PrintFriendlyFacebookShare

Paul Quilès veut ouvrir le débat : pourquoi est-on en Afghanistan ? (entretien)

(BRUXELLES2 / Entretien) Paul Quilès, ancien ministre de la Défense de F. Mitterrand (de 1985 à 1986), et de l’Intérieur (de 1992 à 1993), est un homme qui ne mâche pas ses mots. Et tient régulièrement un blog (lui aussi !) où il dit ce qu’il pense. Un des premiers ténors politiques aussi à réclamer (c’est dans Le Monde), le retrait des troupes d’Afghanistan. Cela méritait quelques explications qu’il avait bien voulu m’accorder (entretien recueilli par téléphone).

Le débat en France sur l’Afghanistan semble faible en France ?

« Oui ça fait longtemps que je dénonce. C’est étonnant : pourquoi la France serait le dernier pays à ne pas se poser les questions de fond. Celles-ci sont souvent éludées par méconnaissance du dossier ou présentées de façon mensongère. Ce qui est plus grave c’est qu’on ne sait pas très quel objectif on défend, pourquoi reste-t-on ? : combattre Al Qaida, promouvoir la démocratie, favoriser le développement du pays. On fait pleurer tout le monde sur les droits des femmes. Mais on mélange tout. Tous les arguments, pris les uns à la suite des autres, ne tiennent pas. Il faut vraiment se poser la question : Qu’est-ce qu’on fait là-bas ?…

Une base du terrorisme ?

Mais non. Ce n’est plus une guerre contre le terrorisme international. Les 150 000 militaires étrangers ne combattent pas, en fait, une poignée de fanatiques. Cela n’a pas de sens. Ils sont aux prises avec trois mouvements – celui du Mollah Omar, de Gulbuddin Hekmatyar et de Jalaluddin Haqqani -, aux objectifs d’abord nationaux et qui bénéficient d’un soutien significatif parmi la population. Quant à reconstruire un État nation, l’Afghanistan est en guerre civile depuis 32 ans, ce n’est pas avec des militaires qu’on va le faire. C’est le rôle de l’ONU.

Comment voyez-vous le rôle des Européens ?

Cela renvoie à un problème politique plus profond. Le bras armé (européen) a besoin d’un pouvoir politique ; il ne peut y avoir de bras armé sans pouvoir politique. Aujourd’hui, en fait, chacun joue son jeu. Il y a ceux qui ne veulent pas faire de peine aux Américains, ceux qui ont peur avec leurs opinions publiques, ceux qui veulent faire leur économie…

Et au final, rien alors ?

Oui. L’Europe paie ainsi son incapacité à penser ensemble, de façon commune. A partir du moment où il n’y a pas de débat, ou que celui-ci pas coordonné, on devient des « supplétifs » des Américains.

Il y a tout de même des marges d’action. Comment faire ?

Les Européens devraient avoir conscience qu’on peut représenter quelque chose. Chaque État, chaque parti dominant devrait avoir la volonté de poser la question au niveau européen, pour peser un peu plus. Et il faudrait définir ce qu’il faut faire (débat tactique) et pourquoi on le fait (débat stratégique). Quel est l’objectif : stabiliser une région instable, la lutte du bien contre le mal (lutte anti terroriste islamique), reconstruire le pays…

Vous êtes très dur, très clair sur l’Afghanistan. Mais on entend peu votre parti, le PS, sur cette question ?

Je souhaiterais qu’il s’exprime.

PrintFriendlyFacebookShare

Un pilote de chasse à la représentation militaire française

Après Jean-Louis Falconi venu tout droit du cabinet de Bernard Kouchner comme  ambassadeur du COPS, il y a un an, c’est une autre arrivée directe d’un cabinet ministériel qui marque la représentation française à Bruxelles. Le vice-Amiral d’escadre Xavier  Païtard, chef du cabinet militaire d’Hervé Morin, prend, le 1er septembre, la tête de la représentation militaire française auprès de l’UE (et de l’OTAN) en remplacement du général De Rousiers (armée de l’air), nommé inspecteur général des armées. Un marin remplace un aviateur. Enfin un marin qui aime bien l’air également.

Dans les airs, un pilote de chasse apprécié des Américains

Né en 1954, diplômé de l’école navale (promotion 1974), Païtard a, en effet, été pilote de chasse de l’aéronautique navale d’abord sur Super Etendard à bord des portes-avions Clemenceau ou du Foch (1980-1983). Fait d’arme, il vole à bord d’avions de combat américains A-7 Corsair (dans le cadre d’un programme d’échanges) et est engagé dans des missions de combat lors de l’intervention sur l’île de la Grenade et pendant la guerre du Liban (1983-84). Il continue de voler ensuite sur Super-Etendard, sert à l’Etat-Major du groupe aéronaval en mer d’Arabie avant de prendre le commandement de la flottille 11F (1988-1990).

Des engagements en Bosnie et aux Comores

Nommé capitaine de frégate, il intègre l’école supérieure de guerre navale et l’école atomique de Cherbourg, dont il sort avec le brevet d’ingénieur atomicien. Chef du groupement opérations sur le porte-avions Clemenceau (1992-1994), il prend part aux opérations aériennes dans l’Adriatique et au-dessus de la Bosnie (guerre d’ex-Yougoslavie). Il prend ensuite le commandement de la (célèbre) frégate Floréal (1994-1996), dont le moindre des faits d’armes, alors, sera l’intervention en 1995 aux Grandes Comores après le coup d’Etat du mercenaire français Bob Denard. Il dirige ensuite, à l’état-major de la marine, les destinées du Charles de Gaulle, le porte-avions emblème de la Royale, lancé à l’eau (non sans difficultés) en 1999.

Allers et retour entre le national et le multinational

Horizon plus calme, ensuite, Xavier Païtard dirige la planification et de l’élaboration
des programmes d’études au
collège de défense de l’Otan avant d’occuper la responsabilité de la cellule “relations extérieures » chez Michèle Alliot-Marie (MAM) quand elle était ministre de la Défense (2001-2003). Il passe ensuite à Norfolk comme chef de la mission militaire française puis comme responsable de la division “capacités futures, recherche et technologie du commandement allié pour la transformation” de l’OTAN (2004-2005), avant de revenir chez MAM, en 2005, comme son chef de cabinet militaire. Poste auquel il continuera au changement de ministre avec Hervé Morin.

A la tête de représentation militaire française à Bruxelles, le vice-amiral d’escadre participera aux réunions des comités militaires tant de l’UE que de l’OTAN (la France ayant abandonné en même que sa réintégration à l’OTAN le fait d’avoir deux représentants militaires à Bruxelles). Il aura notamment comme tâche de mettre en musique la réintégration des Français dans les différents comités de l’OTAN (déjà entamée) mais aussi de renforcer l’Europe de la Défense – contrepartie avancée à la réintégration de la France dans l’OTAN et promesse qui n’a pas vraiment été tenue (du moins pas encore).

PrintFriendlyFacebookShare

L’aide internationale à la Russie (mis à jour 2)

Dash8SecurCivile.gif

Le Dash8 - Crédit photo : Sécurité civile FR

Après avoir refusé toute aide internationale, la Russie a accepté les offres qui lui étaient faites par plusieurs pays. Aux 11 et 12 août, il y avait ainsi, selon le ministère des situations d’urgences, venant de pays étrangers : 551 pompiers à l’oeuvre, une centaine de véhicules, 6 avions et 7 hélicoptères (chiffre en augmentation par rapport à la veille : 394 pompiers, une quarantaine de véhicules, 5 avions et 5 hélicoptères). La moitié de ces effectifs étant fourni par l’Union européenne (5 avions et 281 pompiers).

Les anciennes républiques d’URSS ont fourni le plus rapidement une aide : l’Arménie (4 véhicules, 150 motopompes, une cinquantaine de pompiers, dans la région de Nijni-Novgorod), l’Azerbaïdjan (2 hélicoptères, Mi17 et Ka 32a, envoyés mercredi 4 août dans la région de Lipetsk et Riazan), le Kazakhstan (2 hélicoptères Mi-8 et Mi-171, dans la région de Samara), la Biélorussie (1 hélicoptère Mi-8, 20 véhicules et 150 pompiers dans la région de Ryazan), l’Ukraine (2 avions An-32, deux groupes de pompiers dans la région de Voronezh, un détachement de 500 militaires prêt à partir, selon Ria Novosti). La Turquie a envoyé 2 hélicoptères (dans la région de Riazan).

Les Etats-Unis ont envoyé 2 avions cargos contenant du matériel anti-feu (réservoirs à eau, pompes, combinaisons anti-feu…).

La contribution européenne

Six pays de l’Union européenne participent actuellement aux opérations : la Bulgarie (une centaine de pompiers – 92 pompiers et 3 médecins -, actifs depuis le week-end du 7 août), la Pologne (150 pompiers et 50 véhicules partis en convoi, samedi 7 août, via les pays baltes), l’Italie (2 Canadairs CL 415), la France (un gros bombardier d’eau, un Dash 8, parti lundi 9 août). La Lettonie a annoncé envoyer, mardi 10 août, une unité d’intervention de 12 sapeurs-pompiers et 2 véhicules. Et la Lituanie a décidé, jeudi 12 août, d’envoyer à son tour une équipe de 24 pompiers avec du matériel.

mis à jour jeudi 13 août

PrintFriendlyFacebookShare

Les forces européennes anti-piraterie déployées dans le Golfe

Le contre-amiral Coindreau qui s’apprête à prendre le commandement des forces européennes anti-piraterie dans le Golfe d’Aden et l’Océan indien EUNAVFOR Atalanta (CTF 465) aura sous ses ordres – selon les moments – entre 5 à 11 navires et de 2 à 5 avions sur le théâtre d’opérations, fournis par une dizaine de pays (Allemagne, France, Espagne, Italie, Grèce, Belgique, Luxembourg, Pays-Bas, Suède, Portugal) . Au moins la moitié de ces navires ont la particularité d’avoir déjà participé à l’opération Atalanta dans le passé (ou à une opération similaire de l’OTAN), ce qui assure une bonne connaissance des lieux, des modalités d’attaques des procédures et des modalités de cette opération multinationale.

Les navires

- de Grasse D-612 (France) sera le navire-amiral. Frégate anti-sous marine, classé destroyer, il aura à bord 330 marins et surtout l’Etat-Major fort de 29 marins de 8 différentes nationalités. Parti de Toulon, il a hissé le pavillon d’Atalanta… et le drapeau breton.

DeGrasseSillageNuit-Fr1008.jpg

Crédit : DICOD / De Grasse

- Schleswig-Holstein F-216 (Allemagne). Présente depuis Mai dans le Golfe d’Aden et l’Océan indien, cette frégate termine sa mission bientôt.

schleswigHolsteinF216Djibouti-De1005.jpg

Crédit : Bundeswehr / Marine

- Libeccio F-572 (Italie)

FregateLibeccioF572Ravitaill-Us0506.jpg

Le Libeccio en ravitaillement avec un navire Us (crédit : US Navy)

- Infanta Cristina P-77 (Espagne). Vient de traverser le canal de Suez.
Corvette servie par 85 marins et 7 infanterie de Marine qui forment « l’équipe opérationnelle de sécurité ».

InfantaCristinaSuez-ESp100803.jpg

Crédit : Ministère de la Défense Espagnol / Armada

- Rhön A-1443 (Allemagne). Navire de transport et ravitailleur, petit frère du Spessart attaqué par les pirates en 2009.

RHOENA1443-De09.jpg

Crédit : Bundeswehr / Marine

- Adrias F-459 (Grèce). Il a déjà participé à la campagne anti-piraterie d’Atalanta au début de l’année. En pleine période de restriction budgétaire en Grèce, cela constitue un notable effort du gouvernement. Mais c’est de l’ordre de l’intérêt national primordial, avec le poids de la flotte marchande grecque (plus de 4.000 navires, dont la moitié jauge plus de 100.000 tonneaux. Près de 10% de la flotte mondiale en nombre de bateaux, près d’1/6 en
tonnes). Les forces européennes déployées dans l’Océan indien. Le point

Fr-gateAdriasF459-2-Gr-.jpg

Crédit : Marine Grecque

- Galicia L-51 (Espagne). Bateau de débarquement, doté de 6 hélicoptères (un grand avantage), sister-ship du Castilla qui est intervenu à Haïti. - Amsterdam (Pays-Bas)

GaliciaL51-Esp09.JPG

Crédit : Ministère de la Défense Espagnol / Armada

- Floreal F-730 (France). Le « local » de l’étape puisque ce navire basé à la Réunion a déjà fait plusieurs périodes de « quart » anti-piraterie dans la zone. Lire : 12 suspects arrêtés par le Floréal au nord-ouest des Seychelles. Il est également intervenu sur la prise d’otages du Tanit. Lire : La version de Chloé Lemaçon sur la tragédie du Tanit met en cause l’armée

Fr-gateFlorealF730-Eunavfor.jpg

Crédit : DICOD / Marine Française

- Köln F-211 (Allemagne)

KolnF211-De0912.jpg

Crédit : Bundeswehr / Marine

- Hms Carlskrona M-04 (Suède). Le navire amiral suédois terminera sa période de garde dans le Golfe.

HMSCarlskrona-Se09.jpg

Crédit : Marine Suédoise

- Louise-Marie F-931 (Belgique). Un retour pour la frégate belge qui a déjà participé à l’opération Atalanta, il y a un an (Lire : 4 pirates suspects arrêtés par la Louise-Marie, « raccompagnés » à terre), mais a un nouveau commandant, le CPF Carl Gillis.

LouiseMarieF931-Be0811.jpg

Crédit : ministère belge de la Défense / Marine

- Somme A-631 (France). Bâtiment de commandement et de ravitaillement, siège de l’Alindien, l’amiral commandant les forces dans l’Océan indien, il a déjà été présent sur plusieurs campagnes de piraterie. Le BCR Somme remet les 5 suspects pirates au Puntland. Et a même été attaqué, à deux reprises ! Le BCR Somme attaqué par des pirates. A nouveau ! (maj)

BCRSommePortVictoriaSeych-Fr1004.jpg

Crédit : DICOD / Marine Française

- Hamburg F-220 (Allemagne). Part fin août de son port d’attache.

FGS_HAMBURGF220.jpg
Crédit : Bundeswehr / Marine

Les avions

- ATL2 – Atlantique 2 (France)

atlantique2-Sol-Fr1007.jpg

Crédit : Ministère français de la Défense/ Sirpa Air

- Boeing E3F – Awacs (France)

awacsE3F-Fr.jpg

Crédit : Ministère français de la Défense / Armée de l'Air BA702

- Falcon 50 (France)

- P3 Orion « Cisne » (Espagne)

AvionP3OrionEspDJI-096.jpg

Crédit : Ministère espagnol de la Défense

- P3 Orion « Lobo » (Portugal)

p3pOrion-Pt.jpg

Crédit : Ministère portugais de la Défense

- avions Merlin III « Seagull » (Luxembourg). Lire : Reportage (exclusif) avec les avions « luxembourgeois » d’Atalanta

PrintFriendlyFacebookShare

Le Contre-Amiral Coindreau prend la tête de la mission EUNAVFOR

CoindreauContreAmiral-FR1007.jpg

le CA Coindreau à bord de la frégate de Grasse (Marine nationale / DICOD Ministère Fr de la Défense)

Ainsi qu’annoncé (1), le contre-amiral Philippe Coindreau prend la tête, le 15 août, des forces anti-piraterie de l’Union européenne (EUNAVFOR Atalanta), à bord de la frégate de Grasse qui vient de quitter Toulon avec l’Etat-Major européen. Il aura la charge (redoutable) d’assurer la coordination de tous les moyens engagés (aériens et maritimes) déployées dans le Golfe d’Aden et l’Océan indien, et des trois bases d’appui (Seychelles, Kenya et Djibouti). Mais ce n’est pas vraiment pour faire peur à ce pilote de l’aéronavale qui a vu à plusieurs reprises le terrain (Tchad, Ex-Yougoslavie, Golfe d’Oman).

Un « Pat-mar » de choc

Né à Toulon en juin 1959, sorti de l’école navale à 20 ans, après des classes sur la Jeanne d’Arc et le Colbert, il choisit… l’aviation, ou plutôt l’école d’aéronautique navale de Salon de Provence. Il décolle alors avec la flottille 21F, basée à Nîmes-Garons, sur Bréguet-Atlantic. Il participe notamment à l’opération Silure à partir du Gabon qui vise à assurer le retrait des troupes françaises au Tchad en 1984 (suite à un accord franco-lybien qui ne sera pas respecté ensuite par ces derniers) (2).

En 1986, il passe à la flottille 22F comme commandant d’aéronef. Déployé à Djibouti, en août 1987, il participe au début de l’opération Promethee, chargée d’assurer la sécurité du trafic maritime dans le golfe d’Oman et le golfe d’Arabie lors de la guerre Iran-Irak (après l’attaque d’un porte-conteneurs français par les vedettes des pasdarans iraniens). Puis, ce sera à nouveau le terrain tchadien, au sein de l’opération Epervier (fin 1988).

En 1989, commence une période consacrée davantage à la formation : instructeur à bord de la Jeanne d’Arc (à partir de septembre 1989), mise en oeuvre opérationnelle de l’Atlantique 2 à la flottille 23F (à partir de septembre 1990), contrôle de niveau d’entraînement des équipages de patrouille maritime à la cellule Entraînement de la patrouille maritime à Nîmes-Garons (à partir de septembre 1993).

La 23 F, le Foch, Le Surcouf…

Après un passage au collège interarmées de défense et à la cellule de crise Yougoslavie du centre opérationnel interarmées de l’Etat-Major, il reprend un commandement opérationnel à la tête de la flottille 23F, basée à Lann-Bihoué (1996 – 1998). Affecté à l’Etat-major tactique de l’amiral commandant la Force d’action navale (en septembre 1998), il participe en 1999 à l’opération Trident en Adriatique à bord du porte-avions Foch lors du conflit du Kosovo (première utilisation d’armes guidées laser pour la Marine).

En avril 2001, il prend le commandement du Surcouf, frégate furtive. Avec deux missions à son actif : la mission Corymbe dans le golfe de Guinée (juin – juillet 2001) – mission permanente de présence en soutien aux possibles évacuations de ressortissants – et l’opération Heracles au large des côtes iraniennes et pakistanaises (février à mai 2002) dans le cadre du soutien à l’intervention en Afghanistan après les attentats terroristes de 2001 (les avions français effectuent plusieurs missions de repérage, renseignement et bombardement au-dessus de l’Afghanistan).

En septembre 2002, retour à terre, d’abord à l’état-major de la zone maritime Méditerranée à Toulon – où il dirige la Division conduite des forces aéronavales – puis, à partir de juillet 2003, comme commandant de la Base aéronavale de Lann-Bihoué. Ensuite, direction la capitale, pour une session de l’IHEDN (la 58e sept 2005-2006) et plusieurs postes (chargé de mission et chef du cabinet) secrétaire général pour l’administration du ministère de la défense (juillet 2006 à septembre 2009). C’est l’heure du Livre Blanc, puis des restructurations.

Promu au grade contre-amiral en septembre 2009, il est commandant-adjoint de la force aéro-maritime de réaction rapide à Toulon.

(1) Le commandement français d’EUNAVFOR sera …

(2) Lire le récit de Roland Dumas, ministre des Affaires étrangères de l’époque.

PrintFriendlyFacebookShare

L’Union européenne passe le cap du demi-milliard d’habitants

(BRUXELLES2) Le résultat est tombé hier, des machines à broyer des statistiques d’Eurostat. Au 1er janvier 2010, la population de l’UE27 est estimée à 501,1 millions de personnes, contre 499,7 millions au 1er janvier 2009.

La population de l’UE27 s’est accrue de 1,4 million de personnes en 2009, soit un taux annuel de 2,7 pour 1000 habitants. Cette hausse résulte pour un tiers de l’accroissement naturel (naissances – 0,5 million de personnes +1,0‰) et pour deux tiers du solde migratoire (0,9 million +1,7‰). Par rapport à 2008 : il y a un léger recul du taux brut de natalité́, tandis que le solde migratoire s’est réduit de façon plus significative.

Les Irlandais, Britanniques, Français et Suédois champions du bébé

Les taux de natalité les plus élevés ont été enregistrés en Irlande (16,8‰), au Royaume-Uni (12,8‰), en France (12,7‰), à Chypre (12,2‰) et en Suède (12,0‰) et les plus faibles en Allemagne (7,9‰), en Autriche (9,1‰), au Portugal (9,4‰), en Italie (9,5‰) ainsi  qu’en Lettonie et en Hongrie (9,6‰ chacun). La mortalité est plus forte globalement dans les pays d’Europe centrale. Le solde naturel (naissances – mortalité) est ainsi le plus fort en Irlande (+10,2‰). La France (+4,3‰) se classe en 3e position, juste après Chypre (+5,5‰), et devant le Luxembourg (+4,0‰) et le Royaume-Uni (+3,7‰). L’Allemagne est en bas du tableau (-2,3‰) devant la Hongrie (-3,4‰), la Bulgarie, la Lettonie (-3,6‰).

Télécharger la synthèse statistique

Des statistiques importantes au plan des décisions (analyse)

Le cap du demi-milliard est symbolique au plan extérieur. Il reste loin du milliard dépassé de la Chine ou de l’Inde mais loin devant également les Etats-Unis (310 millions), le Brésil (200 millions), la Russie (140 millions) ou le Japon (120 millions).

Ces statistiques ont aussi une importance au plan interne, en termes de relations de pouvoir, à plus ou moins long terme. Le calcul de la double majorité (amorcé avec le Traité de Nice, renforcé avec le Traité de Lisbonne) se fait, effectivement, en fonction de ces statistiques. Il est intéressant ainsi d’observer que, avec la dynamique démographique, l’écart entre la France et l’Allemagne tend à se réduire, d’environ 600.000 habitants par an (3/4 du à l’accroissement de la population française, 1/4 due à l’accroissement). Si ce rythme se poursuit, d’ici un quart de siècle, le couple franco-allemand sera à égalité de voix au Conseil ! Pure fiction peut-être…

Quant à la répartition des sièges au Parlement européen, qui sont désormais répartis à chaque législature (en vertu d’une résolution d’octobre 2007 selon le principe de proportionnalité dégressive), elle pourrait aussi varier et octroyer à la France (comme à l’Espagne), au moins un siège de plus, dès la prochaine législature (2014-2019).

PrintFriendlyFacebookShare

Pour les Tories, l’avenir de la défense est avec… la France !

RifkindRusiLDN-2031-copie-1.JPG

(B2 A Londres) Sir Malcolm Rifkind planchait hier devant le prestigieux RUSI, Royal United Services Institute, pour exposer les idées des Tories sur la défense. Beaucoup d’experts et de diplomates dans la salle – comme c’est l’usage – et peu de journalistes. Un exposé fort intéressant sur plusieurs points : le budget, les coopérations bilatérales, l’OTAN et l’Europe.

Membre des gouvernements (cabinets) Thatcher et Major sans discontinuer durant 18 ans, Rifkind est, en effet, une figure éminente du parti conservateur même s’il n’est plus en première ligne aujourd’hui. Il ne figure pas ainsi dans le shadow cabinet du leader tory, David
Cameron. Secrétaire à la Défense de John Major de 1992 à 1995, il a été également à la tête du Foreign Office de 1995 à 1997.

To be or not be

Rifkind reconnaît tout d’abord que la défense et les affaires étrangères ne sont pas les sujets primordiaux lors d’une
élection (1). Il cerne cependant trois enjeux principaux.

Premier enjeu : « Que doit faire la défense britannique ? Doit-elle se concentrer sur ce qui menace directement le territoire
ou veut-elle permettre au Royaume-Uni d’être, avec la diplomatie, un « global power ?
» C’est cette seconde option que Rifkind défend. Parmi les menaces, l’attaque conventionnelle contre le Royaume-Uni, même si elle ne doit pas être exclue, est éclipsée par d’autres plus présentes, précise-t-il : le terrorisme, tout d’abord (assez logiquement), une menace qui est autant une « question tant interne qu’externe ». Mais aussi le « commerce ». « En tant qu’île, « la liberté du commerce, son accès libre, est quelque chose d’essentiel pour nous ».

2e enjeu : le budget. Le budget de la défense ne sera pas réduit (6 milliards £). Mais il faut s’attaquer « aux coûts opérationnels du
ministère. Or, selon l’étude Mc Kinsey (2), ceux-ci sont supérieurs de 20% aux coûts des autres pays, pas seulement les plus petits mais des Etats comparables : France, Allemagne notamment
». Il faut « s’attaquer à la bureaucratie qui, comme dans toute grande structure tend à augmenter ».

France, je vous aime…

3e enjeu : les coopérations bilatérales. Intéressant ! « C’est important non seulement pour des raisons politiques mais pour résoudre les
coûts
» souligne-t-il. « Je sais: le mot coopération européenne peut provoquer des réactions émotionnelles chez certains d’entre nous » prend-t-il soin de préciser. Mais elle est utile et nécessaire, « particulièrement avec la France ».
Nous pouvons avoir avec d’autres également : les Pays-Bas ou les pays d’Europe centrale. Rifkind n’insistera pas particulièrement sur ces points, revenant en revanche, à plusieurs reprises, sur la coopération franco-britannique. Pour lui, le terrain d’élection de cette coopération est la « dissuasion nucléaire ». Sans aller jusqu’au regroupement (merger) — il prononce cependant le mot — ce serait la priorité la plus logique. « Nous sommes les seuls au niveau européen (avec la Russie) à avoir l’arme nucléaire. Nous sommes proches. Et nous ne constituons pas une menace (envers l’autre). » Second terrain de coopération : « la passation de marchés en commun », par exemple pour la marine. « J’y crois car cela peut réduire les coûts. » Encore faut-il que ce soit sur la base d’une « compétition équitable et transparente ». « Avec un État monolithique, qui défend son industrie, ce n’est pas toujours facile…», ajoute-t-il. Par exemple, « nous avons deux marines, avec chacun des spécifications différentes. Mais la vraie difficulté reste industrielle. » Et de se rappeler la discussion avec les Français dans les années 1990. « Nous avions eu une discussion avec Pierre Joxe » alors ministre de la Défense. Et il me disait « s’il vous plait, tenez bon »… Quant à la nature de cette coopération : est-ce dans un cadre européen ou ad hoc ? Rifkind penche clairement pour la seconde option, ainsi qu’il me l’a répondu dans une petite conversation, hors micro : « Le plus important c’est la substance de la coopération, pas le cadre ». Autrement dit : une coopération bilatérale et non dans le cadre européen. Il ne semble pas être question, pour lui, de renforcer l’agence européenne de défense.

Réformer l’OTAN

Au rayon des coopérations multilatérales, bien entendu il y a l’OTAN. Mais c’est tout…

L’OTAN : revoir le partage des charges. Rifkind estime que la question du « partage des charges » est une question cruciale pour l’avenir de l’Alliance atlantique, de même que ses modalités de décision. « On ne doit plus dépendre de l’unanimité » pour certains sujets ou équipements. Mais il reconnaît également que la « coalition des volontés » – utilisée par les Etats-Unis et le Royaume-Uni en Irak « n’est pas vraiment la bonne chose ». Plusieurs Etats ont participé à l’opération mais — reconnaît-il — c’était davantage pour faire plaisir aux Etats-Unis. Pour avoir une vraie « coalition », il faut « un intérêt commun de la menace, une communauté véritable d’intérêts »

Cathy Ashton : une ambassadrice de bonne volonté. Je n’ai pu m’empêcher d’interroger Rifkind sur l’avenir de Cathy Ashton, la diplomate en chef de l’UE. Mais cela semble être le cadet de ses soucis. Il ne voit pas de nécessité de changement(3). « Il n’y a pas de ministre (européen) des Affaires étrangères car il n’y a pas de politique européenne des affaires étrangères. Elle est davantage un ambassadeur qui peut s’exprimer quand il y a position commune – ce qui n’arrive pas tout le temps – et défendre celle-ci. Mais pas plus. »


Commentaire : on le voit l’Union européenne, et la PESD, n’ont que peu de place dans cet argumentaire du spécialiste de la Défense des Tories qui met toujours la grandeur du Royaume-Uni et sa place dans le monde comme un objectif principal et ultime. Dans les lambris dorés de la bibliothèque du
RUSI, l’histoire est très présente. Mais la réalité d’aujourd’hui est bien présente également. Surtout la pression budgétaire. Outre-Manche, le débat est, en effet, crucial sur ce point. Un récent rapport du
National Audit Office (Cour des comptes) montre ainsi que le déficit de la défense se montera à 36 milliards £ les dix prochaines années. Et encore ! Ceci est plutôt un minimum – si les dépenses militaires restent basses – qu’un maximum… Tandis que la dette publique du pays atteint un chiffre inégalé (prévision proche de 12% pour 2010 !). On comprend donc que la recherche d’économies soit primordiale. Et que le pragmatisme soit de rigueur. Si la défense britannique veut rester au premier plan, elle doit urgemment rechercher non seulement des coopérations industrielles mais aussi des synergies. Et la France reste, en l’occurence, la plus « intéressante » possibilité. Le Royaume-Uni est, ici, en position de demandeur de coopération. C’est une opportunité à saisir…


(1) Un débat télévisé réunit les 3 leaders : Labour (Gordon Browne), Tory (David Cameron) et LibDem (Nick Clegg) autour de ce thème notamment.

(2) Réalisée aux Etats-Unis par McKinsey en avril 2009.

 (3) On se souvient que cette option a été soulevée comme une éventualité en cas d’arrivée d’un pouvoir conservateur à Londres.

PrintFriendlyFacebookShare