Frappes aériennes françaises contre Daech dans le nord-est irakien

(B2) « Des Rafale français de l’opération Chammal ont détruit jeudi (31 octobre) plusieurs caches et tunnels de Daech dans le nord-est irakien » a annoncé la ministre française de la Défense, Florence Parly, ce vendredi via twitter.

(crédit : État-major des armées)

Pas de répit pour Daech

Et la ministre d’ajouter comme une référence au lâchage américain dans le nord-est de la Syrie :  « Le Levant a été le théâtre de nombreux revirements récents. La position de la France, elle, est constante, et sa détermination à lutter contre le terrorisme intacte. […] Le combat continue. […] Nous ne laissons aucun répit » à l’organisation de l’état islamique.

Un Atlantique 2 en observation et un Reaper en appui

Cette opération a été menée « de manière conjointe et coordonnée avec d’autres éléments de la coalition internationale » ajoute-t-on du côté de l’état-major des armées. Préparée « avec nos alliés » dans le cadre de l’Opération Inherent Resolve, la frappe a ainsi été précédée d’une observation par l’avion de patrouille maritime « Atlantique 2 », et a été appuyée par un drone Reaper de la Coalition. L’absence de population civile autour de la cible a été confirmée antérieurement, et de nouveau au moment du tir.

(NGV)

Insurrection celtique en province de Luxembourg

(B2 à Marche-en-Famenne) En position sous le crachin belge, appareil photo en main, nous sommes présents ce mercredi (25 septembre) à Marche-en-Farenne dans la province du Luxembourg, pour assister à la journée ‘VIP’ de l’exercice militaire franco-belge baptisé Celtic Uprise 2019

Tous en position

Le tout semble très réel. L’exercice se déroule en zone urbaine. Il débute avec l’arrivée de véhicules blindés. En sortent des hommes au combat. Un canon fait son entrée en jeu. Un drone est également déployé. Objectif : observer la zone de conflit. Des soldats sont aussi positionnés derrière les arbres. En mission d’observation.

Arrivée des soldats sur le champ de bataille (© Aurélie Pugnet / B2)

Les premières attaques : les véhicules ennemis sont visés

Puis, des véhicules supplémentaires arrivent sur les lieux. Les premiers coups sont tirés vers les habitations situées non loin de là, dans lesquelles ont été repérés des personnes à intérêt, et plus précisément sur leurs véhicules.

Le véhicule est touché (© Aurélie Pugnet / B2)

Les troupes en action

Les troupes se positionnent alors très rapidement en contre-bas des habitations, prêts à réagir dans le cas d’une attaque venue des habitations. D’autres véhicules sont présents et déploient des troupes supplémentaires sur le terrain. Une unité encercle puis fait son entrée dans la première maison. On entend des coups de feu.

Soldats en progression (© Aurélie Pugnet / B2)

Les attaques se déroulent des deux côtés

L’action se déplace. Des tirs parviennent de la seconde maison (située à droite de la photo) et blessent un soldat à la jambe. L’évacuation médicale s’impose. Un véhicule blindé portant la croix-rouge s’approche et évacue le blessé vers le Rôle 1 (l’infirmerie de campagne).

Le ciel s’ssombrit (© Aurélie Pugnet / B2)

La capitulation

Une seconde maison se fait encercler. Des coups sont tirés. Des véhicules supplémentaires arrivent à proximité du lieu de bataille. Une attaque parvient de la route. Il ne faut pas beaucoup de temps aux troupes belges et françaises pour répliquer et neutraliser les renforts qui arrivaient à l’aide de leurs camarades encerclés. L’action se termine.

La cible est encerclée (© Aurélie Pugnet/B2)

L’exercice Celtic Uprise 2019 est une première étape de mise en action du programme Capacité Motorisée ‘CaMo’ comme nous l’explique le Colonel Monin. Article à suivre

(Aurélie Pugnet)

Lire aussi :

Le premier exercice ‘CaMo’ en Belgique a commencé

(B2) Environ 900 militaires français et belges et quelque 150 véhicules vont manœuvrer de concert ces prochains jours en Wallonie, dans les provinces de Luxembourg, de Namur et du Hainaut. Les équipages et véhicules arrivent

(flux : Mil.BE – composante terre – sélection B2)

Cet exercice dénommé ‘Celtic Uprise 2019′ s’inscrit dans le cadre du tout nouveau partenariat ‘CaMo’ (= capacité motorisée) signé entre la France et la Belgique à la fin de l’année dernière. Contrat qui prévoit non seulement l’achat de 382 véhicules blindé multi-rôles Griffon et 60 engins blindés de reconnaissance et de combat Jaguar, mais aussi un volet entraînement en commun, formation et maintenance. C’est donc un peu plus qu’un exercice : c’est un test de matériel, de la formation, et de la compréhension entre différents corps. La première phase a commencé hier et aujourd’hui, avec le rassemblement des unités au camp militaire de Marche-en-Famenne, l’explication du découpage des différentes séquences. Et les dernières recommandations.

Durant plus d’une semaine (jusqu’au 27 septembre), les militaires vont s’entraîner selon un scénario fictif d’un pays en crise durant lequel ils exécuteront de nombreuses tâches : patrouilles, sécurisation de points sensibles, escortes de convois, actions anti-terroristes, évacuations médicales etc. Le nom de l’exercice ‘soulèvement celte’ n’est pas tout à fait dû au hasard. 300 Belges et 300 Français constitueront l’essentiel de la force, fournissant chacun l’équivalent d’un sous GTIA (sous-groupement tactique interarmes), ainsi qu’une centaine de militaires qui joueront le rôle des troubles-fêtes du camp adverse et 300 autres qui assurent la surveillance et l’évaluation de l’exercice, la logistique etc.

Côté français, on devrait retrouver dans les chemins de terres et vallons belges des unités du 152e régiment d’infanterie de Colmar (152e RI les fameux ‘diables rouges’) épaulés par le 5e régiment de dragons (5e RD), ainsi que des éléments du 1er régiment d’infanterie de Sarrebourg (1er RI), du 68e régiment d’artillerie d’Afrique (68e RAA) et du 1er régiment de chasseurs (1er RCh).

(NGV)

En cas d’attaque cyber en opération, la France répliquera (Florence Parly)

(B2) Parmi les point clés du discours de Florence Parly à l’université d’été de la Défense, il faut souligner la capacité de cyberattaque en opération

Florence Parly à l’université d’été de la défense sur la BA d’Avord (© NGV / B2)

Une arme à part entière

« Nous sommes désormais prêts à employer l’arme cyber, en opérations extérieures, à des fins offensives » a déclaré la ministre française des armées sur la base aérienne d’Avord (près de Bourges) vendredi (13 septembre).

« Nous considérons désormais l’arme cyber comme une arme opérationnelle à part entière que nous emploierons isolément ou en appui de nos moyens conventionnels, pour en démultiplier les effets. »

Une riposte à un moment choisi

La ministre a détaillé les points de la doctrine française d’offensive cyber.

  1. Ce sera une riposte à une attaque ;
  2. Cette riposte ne sera pas systématique ;
  3. Elle aura lieu à moment choisi, donc pas uniquement sur le champ, mais avec un délai de latence ;
  4. Les moyens aussi de la riposte seront calibrés ;
  5. La neutralisation des moyens ‘ennemis’ comme des ‘effets’ de ces moyens feront partie de l’arsenal.

« En cas d’attaque cyber contre nos forces, nous nous réservons le droit de riposter, dans le respect du droit, par les moyens et au moment de notre choix. Nous nous réservons aussi, quel que soit l’assaillant, le droit de neutraliser les effets et les moyens numériques employés. »

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire: Nous avons besoin d’une industrie tournée vers l’Europe

Un groupe de forces spéciales européennes au sein de Barkhane. Cela avance lentement

(B2) Afin de compléter l’action de l’opération Barkhane au Sahel (Mali, Burkina Faso), les Français ont sollicité une dizaine de pays européens pour leur fournir quelques effectifs de forces spéciales. Mais les réponses tardent

Forces spéciales belges en entraînement au Sénégal (crédit : Mil.be / Archives B2)

Objectif : mentoring

L’objectif est d’avoir un groupe de quelques centaines de militaires capables de se déployer dans différents lieux du Mali pour accompagner les forces armées sahéliennes après les avoir formées. Il s’agit de faire ce qu’on appelle dans le jargon opérationnel du ‘mentoring‘. Ce qui permettrait aux forces françaises de se concentrer sur d’autres zones géographiques, pour traquer les groupes armés terroristes.

Un appel lancé aux forces spéciales européennes

L’idée avait déjà été évoquée par la ministre Florence Parly devant les forces spéciales à Pau à la mi-juin. « Si les Européens, qui sont directement concernés, ne le font pas, qui le fera ? » s’interrogeait-elle, évoquant « un projet qui consiste à fédérer des forces spéciales de différents pays afin de soutenir l’effort de nos forces spéciales, au Sahel par exemple ». Elle s’était montrée optimiste. « Les retours sont encourageants et j’ai bon espoir que ce projet pourra prospérer » disait-elle.

Silence radio sur les avancées

Depuis, on ne semble pas avoir avancé de façon décisive. Et, devant l’université d’été de la défense à Avord (près de Bourges), vendredi (13 septembre), la ministre s’est bien gardée d’évoquer ce sujet. Personne d’ailleurs ne se hasarde à avancer une date de mise en place de cette force. Des processus de consultation internes à chaque pays sont en cours, nous assure-t-on. Mais la situation politique instable dans plusieurs pays rend la chose très compliquée (1).

Plusieurs pays de l’IEI consultés

La liste des pays consultés elle-même reste secrète. « Inutile de mettre de la pression sur les pays concernés » précise-t-on de façon officielle. Mais, selon nos informations, les Pays-Bas et l’Estonie auraient été très concrètement sollicités pour fournir quelques dizaines de militaires chacun, ainsi que l’Espagne, le Danemark et le Royaume-Uni et d’autre pays participant à l’Initiative européenne d’intervention (IEI) (2). L’objectif étant de constituer une force de 400-450 personnes.

Un seuil minimal fixé à 200 personnes pour être efficace

En matière d’engagement concret, pour l’instant, on en semble cependant loin. Or, « pour avoir un réel effet, il faut avoir 200-250 personnes » a confié à B2 un haut gradé. En deçà, ce ne sera pas possible d’avoir une force spécialisée et autonome. La seule solution sera alors d’intégrer les contributions extérieures à la force Barkhane, comme c’est le cas actuellement pour la cinquantaine de soldats estoniens ou les hélicoptères britanniques.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Gouvernement en affaires courantes en Belgique, à la recherche d’une majorité en Espagne, issu d’un renversement d’alliance en Italie, en proie à des dissensions internes au Royaume-Uni ou avec un point d’interrogation en Allemagne. Sans compter les changements gouvernementaux à la suite d’élections générales, comme en Finlande ou en Estonie.
  2. NB : Officiellement cette idée n’est pas l’IEI. « Il ne faut pas associer à l’IEI ce qu’elle n’est pas », explique à B2 un très bon connaisseur du sujet. L’objectif de l’initiative, ce ne sont pas les opérations ou d’avoir une force opérationnelle, « mais l’anticipation, la réflexion stratégique, le partage d’analyses ».

Le P3 C Orion allemand quitte le bord. Le Surcouf présent pour quelques jours

(B2) Le P3-Orion de patrouille maritime quitte l’opération européenne de lutte contre la piraterie au large de la Somalie

Le 28e détachement allemand autour du P3 Orion (crédit : EUNAVFOR Atalanta)

L’avion allemand de patrouille maritime P3-C Orion a effectué jeudi (13 juin) sa dernière sortie dans le cadre de l’opération européenne anti-piraterie (EUNAVFOR Atalanta). Déployé depuis le 18 mars dernier, le P3-C Orion a notamment permis, le 21 avril, de localiser un dhow attaqué par des pirates somaliens (lire : Les pirates repartent à l’attaque. Un bateau-mère stoppé net dans l’Océan indien). « Même si le détachement n’était pas en alerte, ils ont pu décoller très rapidement et ont aidé EU NAVFOR à localiser et à libérer le dhow capturé » explique-t-on au QG d’EUnavfor Atalanta à Rota où on ne cache pas l’intérêt de ces observateurs du ciel.

Un avion très utile

« Lors d’une patrouille aérienne, l’avion est capable de survoler de vastes zones de la côte somalienne et de surveiller les plages utilisées par les pirates pour planifier des attaques. L’équipage peut également capturer des images de haute qualité de dhows et de skiff jugés suspects et transmettre ces informations au commandant de la force à bord de ESPS NAVARRA, qui évalue ensuite la situation et prend les mesures qui s’imposent ».

Un relais germano-espagnol

Depuis le début de l’opération, en 2008, de façon quasi-continue, l’Allemagne comme l’Espagne ont déployé des avions de patrouille maritime. Un P-3C allemand rejoindra à nouveau l’opération Atalanta en septembre.

(MHA & NGV)


Le Surcouf pour quelques jours dans l’opération

Début juin, le Surcouf (F-711), la frégate française de la classe La Fayette a fait son retour au sein de l’opération de lutte contre la piraterie EUNAVFOR Atalanta pour quelques semaines. Déjà déployée en 2011, 2012, 2013, 2017 et 2018, la FS Surcouf accompagne le navire amiral espagnol Navarra, présent dans la région depuis février 2019, dans ses activités de lutte contre la piraterie, de protection des cargos du Programme Mondial Alimentaire et de contrôle de la pêche dans la corne de l’Afrique et l’Océan indien (Lire: La frégate Navarra dans l’opération anti-piraterie de l’UE). La frégate française a ensuite rejoint Madagascar pour une mission (nationale) de surveillance des eaux malgaches.


 

Entretiens. L’Europe doit mieux réfléchir à sa défense (L. Gautier)

(B2) Les Européens doivent faire preuve d’une volonté politique forte pour faire face à leur environnement géostratégique en bouleversement, selon Louis Gautier, ancien secrétaire général pour la défense et la sécurité nationale (SGDSN). C’est ce qu’il a expliqué lors des entretiens de la défense européenne à Paris jeudi (16 mai)

Louis Gautier aux entretiens de la défense européenne avec S. Rodrigues, un des organisateurs des rencontres (Crédit : Sorbonne/IREDIES)

Un constat qui demande une réflexion politique

Un environnement international délétère, une Europe fragilisée

L’environnement international et stratégique est « délétère ». Des conflits qui semblaient oubliés reviennent et se rapprochent de la périphérie de l’Europe. De nouveaux dangers (cyber, spatiaux…) se développent. Le constat que fait Louis Gautier n’est pas engageant. D’autant que l’Union européenne est aujourd’hui « fragilisée », minée par ses divisions. La situation s’est « encore détériorée ces derniers mois » : l’Italie, membre fondatrice de l’Union, rejoint le camp des eurosceptiques, le Royaume-Uni persiste dans les errements du Brexit. Le « plus inquiétant » concerne les inconnues qui pèsent sur l’équation de sécurité européenne : le démantèlement des accords conclus à la fin de la guerre froide, l’amoindrissement de la garantie américaine, ou ce qui est ressenti comme tel, et les provocations russes.

Etre lucides !

Face à ces enjeux, c’est à un constat de lucidité qu’appelle Louis Gautier : « les Européens sont incapables de faire face collectivement à une crise majeure qui surviendrait sur leur sol ou à un conflit dans leur voisinage ». La nécessité d’agir de façon stratégique doit être repensée. « L’Europe, c’est en fonction du monde qu’on doit la faire. Et la défense européenne doit répondre à ces défis de sécurité ». L’Europe et sa défense, telles qu’elles avaient été imaginées au début, doivent être « réinterrogées ». Et n’envisager la défense européenne qu’au « prisme des capacités » est une erreur. On doit commencer par « dessiner un paysage stratégiquedéterminer des enjeuxdéfinir nos intérêts collectifs ».

Une relance possible ?

Certes, la relance du projet de défense européenne est bien engagée, avec une « multiplication des projets », entre 2016 et 2018. C’est « très positif ». Avec le fonds européen de défense (FEDef), « pour la première fois, il y aura sur la table de l’argent européen pour la défense et cela va changer la donne ». Mais ces projets n’ont un intérêt que si l’on a des organes de gouvernance, une définition des priorités. Il s’agit maintenant de faire attention à ce que cet élan ne retombe pas. On a « déjà connu des poussées similaires » lors du Traité de Maastricht, du sommet de Saint-Malo ou du retour de la France dans l’OTAN et du Traité de Lisbonne. Et l’élan a toujours fini par s’essouffler. Les objectifs sont « à chaque fois revus à la baisse, jamais mis en œuvre, restés en suspens dans les déclarations ». L’Union européenne reste « handicapée par les divisions européennes, le manque de volonté, les déficits capacitaires ». Les réticences, les habitudes et les conservatismes l’emportent sur le dynamisme.

La clé : la volonté politique pour une intervention collective

La volonté politique est donc la condition majeure pour obtenir des avancées durables. Aujourd’hui, l’Union serait « absolument incapable de gérer une crise majeure sur son sol ». L’Union reste faible dans la défense de ses intérêts, qu’ils soient industriels, économiques ou sécuritaires, martèle le spécialiste des enjeux stratégiques. En cas d’attaque, les États répondront avec des moyens nationaux, moyens inégaux en fonction des capacités de chacun. Ce alors que « les brèches chez les uns créeront des vulnérabilités chez les autres ». C’est bien le manque de vision stratégique de l’Union qui paralyse les efforts.

En finir avec l’éternel débat UE – OTAN

Il faut arrêter de se concentrer sur l’éternel débat UE-OTAN car il s’agit aujourd’hui d’une question qui concerne « les États, leur réponse collective, et le fait que l’Union européenne peut faciliter leur coordination ». Sans intervention collective des Européens, « nous ne pouvons pas obtenir les solutions de sortie de crise ». Alors même que certaines de ces solutions sont à la portée des États membres. Cela a été démontré lors du conflit au Kosovo : des conseils européens réguliers ont « rythmé les opérations par des décisions qui ont maintenu unis les Européens ».

Des clarifications nécessaires

Les Européens n’ont « jamais été collectivement capables de définir quelle devait être leur contribution collective à leur défense collective ». Quel que soit le cadre.

Cerner les objectifs de la défense européenne

Le concept même d’‘Europe de la défense’ — un ‘mot valise’,« très français », intraduisible pour nos partenaires — permet de mettre « un peu tout dans le même sac : des coopérations intergouvernementales, les projets communautaires, le pilier européen dans l’OTAN… » Sans spécifier suffisamment les aspects sur lesquels travailler. Clarifier les contours de cette défense européenne est nécessaire. Il faut « cerner les objectifs, car trop d’ambition effraie ».

Une indispensable clarification entre l’OTAN et l’UE

Cela implique aussi une « indispensable clarification » entre l’OTAN et l’UE. « Jusqu’à preuve du contraire », la défense collective européenne « se fait dans l’OTAN ». Mais l’Union doit vérifier qu’elle est en mesurer de gérer des attaques qui ne relèveraient pas de la responsabilité de l’OTAN. « Les réponses, elles sont européennes ». On ne peut pas se reposer sur une distribution des rôles dans laquelle l’OTAN s’occupe des questions militaires pendant que l’Europe « ne ferait que du capacitaire ». Parce que, déjà, « c’est faux » selon Louis Gautier. Et car le développement des capacités vient, avant tout, « au service d’une politique militaire, industrielle. »

Cinq priorités pour la suite

D’abord, « l’affirmation stratégique » des Européens. Qui doivent comprendre qu’ils ont des enjeux communs à défendre et que personne ne va les défendre pour eux. Mais aussi « la protection » des frontières, des citoyens, la capacité de « réaction aux crises », « le capacitaire » et « le renforcement de la BITD [Base industrielle et technologique de défense] ». Pour ce faire, il faut « consolider l’autonomie technologique » de l’Europe, anticiper plus et mieux, et améliorer la cohérence et cohésion des structures. Alors que le budget militaire européen est de « 230 milliards d’euros », supérieur à celui de la Chine, les duplications ont un prix : « l’absence de crédibilité ». Et « si les Européens ne s’activent pas, ils sont les grands perdants du 21ème siècle ».

(propos recueillis par Coline Traverson, st.)

Lire également :

Jolyon Howorth est désormais Français, officiellement

(B2) Le célèbre professeur britannique Jolyon Howorth, spécialiste de la politique européenne de sécurité et de défense, a reçu mardi soir (4 juin) son certificat de nationalité française des mains de l’ambassadrice de France à Bruxelles (Claude-France Arnould) et du consul général (Raphaël Trannoy)

J. Howorth (au premier plan) sous l’oeil attendri et observateur de C.-F. Arnould (ambassadrice de France) et de R. Trannoy (consul général). Sur le piano, le document officiel de la nationalité française (© NGV / B2)

Nous étions ainsi réunis avec quelques amis et personnalités qui ont œuvré sur les questions de défense européenne, de Joachim Bitterlich (ancien conseiller d’Helmut Kohl) à Pierre Vimont (ancien secrétaire général du SEAE et ambassadeur à Washington) en passant par Jamie Shea (ancien porte-parole de l’OTAN) et Giles Merritt (Friends of Europe), pour célébrer l’entrée dans le corpus de la citoyenneté française « d’un des plus Français des Britanniques ». Une naturalisation qui n’est pas anodine puisqu’elle intervient au titre « de services exceptionnels à la France ou dont la naturalisation présente un intérêt exceptionnel pour la France » comme l’a précisé notre hôte, l’ambassadrice de France en Belgique, Claude-France Arnould.

Un choix réfléchi depuis longtemps

Le choix de la nationalité française n’est pas simplement dû au hasard ou au Brexit. Jolyon, qui connait la France aussi bien que vous et moi, est capable de s’exprimer en anglais… avec l’accent français. C’est un Parisien d’adoption, où il réside de manière semi-permanente (avec un autre pied-à-terre dans le sud de la France). Il a toujours un petit appartement dans le 5e, son quartier préféré depuis 1968. Il a été chargé de cours à l’université Sorbonne III Nouvelle de 1969 à 1977. Il avait déjà pensé à demander la nationalité française — nous a-t-il confié – mais s’était heurté au veto de son épouse d’alors. Le « vive la France, vive la République » qui a ponctué son discours est donc un vrai cri du cœur.

Un spécialiste de l’histoire française

Pour ceux qui l’auraient oublié (comme moi), Jolyon n’est pas seulement un spécialiste de la défense européenne reconnu par tous. C’est aussi un féru de l’histoire du socialisme français. Il a ainsi consacré sa thèse (en histoire française) au rôle joué par Edouard Vaillant (et Jean Jaurès) dans la création du parti socialiste unifié en France. « Un rare moment de 1905 à 1920 où la gauche a été réunifiée ». Une recherche intéressante au moment où les élections européennes ont montré à nouveau « la dispersion en plusieurs partis se revendiquant du socialisme ».

Un précurseur dans l’autonomie européenne de défense

Dans le domaine de la défense, ses travaux ont fait souche car il a commencé très tôt à s’intéresser à ce sujet. Son premier ouvrage sur la question date de 1997 (« L’Union européenne et la politique de défense nationale, avec Anand Menon) ; il s’intéresse déjà à la question de « l’autonomie d’Etat », alias ‘autonomie stratégique’ ou ‘freedom of action’. En 2000, il publie un livre en quelque sorte prémonitoire : « Intégration européenne et défense: le défi ultime ? » et réitère en 2003 avec un « The EU, NATO and the Quest for European Autonomy » (avec John T. S. Keeler). Pour terminer par son ouvrage devenu une référence, « Security and defence Policy in the European Union » (2e édition 2014).

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : Entretiens. Une ‘grand strategy’ pour l’Europe (J. Howorth)

La France se réengage en RD Congo (Jean-Yves Le Drian) (V2)

(B2 à Kinshasa) C’est le message principal du ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian lors de sa visite officielle en RD Congo ce lundi 20 mai (1). Ce « réengagement de la France en RD Congo » passe, selon lui, par trois secteurs clés : la santé, le développement, la défense. Un engagement notable destiné à sceller la nouvelle politique française après la prise de fonction du nouveau président Félix Tshisekedi

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, avec les auditeurs du CHESD (crédit : Themiis)

Le ministre français est venu de façon expresse exprimer ce message devant les auditeurs du collège de hautes études des stratégies et de défense, à Kinshasa.

Ne pas baisser la garde au Sahel

La défense reste un domaine clé de l’engagement français en Afrique. « Nos forces armées sont engagées dès que c’est nécessaire » a précisé le ministre, citant l’opération Barkhane. « La multiplication des attaques au Burkina Faso et Niger montre qu’on ne doit pas baisser garde. La menace reste élevée […]. Cette présence « n’a pas vocation à être éternelle, mais dans les conditions actuelles, notre présence et notre action doit être maintenue ».

La belle initiative du G5 Sahel

Le relais de Barkhane passera par la force du G5 Sahel. « C’est une belle initiative africaine. Cela met un peu de temps. Mais il n’y a qu’un an et demi qu’elle a été créée. Et les Européens n’ont pas été capables de faire ça. » « A terme, la sécurité des Africains sera assurée par les Africains eux-mêmes. »

Les Forces armées de RDC (FARDC) doivent s’engager dans du maintien de la paix

Dans cet effort, les Congolais doivent s’engager. « Chacun doit garder à l’esprit que la MONUSCO (la force de maintien de la paix de l’ONU au Congo) n’est pas éternelle, il viendra un moment où les FARDC prendront la relève. » Une question de sécurité pour le pays, mais aussi pour « faire de la FARDC un exportateur de sécurité. Les Congolais devront participer davantage aux forces de maintien de la paix. Et le ministre de promettre d’accroitre la coopération en matière de sécurité et de défense, d’intensifier les formations, notamment la formation aux opérations de maintien de la paix, et de soutenir le projet de création d’un collège interarmées de défense » (ou école de guerre).

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Il n’y avait pas eu de déplacement d’un chef de la diplomatie française à Kinshasa depuis la visite de Laurent Fabius en 2012 depuis 2016. D’autres ministres avaient fait le déplacement, mais uniquement à titre sectoriel : Ségolène Royal (Environnement) en 2016 et Yamina Benguigui (Francophonie) en 2013.

Une fanfare du tonnerre

La fanfare a rythmé par sa dynamique la visite officielle (© NGV / B2)

Outre l’hymne national, les hommes et femmes de la fanfare ont joué le Tatou Monaco. Un air « destiné à soutenir la troupe » m’a confié son chef. Et effectivement, le résultat est là. Admirez la vivacité et le battement de semelles en rythme. Pour un prochain 14 juillet, ils feraient fureur. Daft Punk a intérêt à bien se tenir…


Mis à jour – précisions sur les visites antérieures de ministres français

Un diplôme sur le renseignement lancé

(B2) Sciences Po Saint-Germain (En Laye) et l’Académie du Renseignement ont lancé lundi (13 mai) un nouveau diplôme sur le renseignement et les menaces globales (DIREM). Il vise à former une vingtaine d’étudiants « sur la réalité des menaces sécuritaires et les modalités de prévention et de lutte contre ces menaces et s’adresse aussi bien à des étudiants en formation initiale (Bac+4) que des professionnels du renseignement en formation continue ». Renseignements

Palestine : démolitions + colonies = point de non retour quasi atteint !

(B2) « La pratique des démolitions de structures palestiniennes, des expropriations et déplacements forcés de leurs habitants s’intensifie » s’est alarmé le représentant permanent de la France aux Nations unies, François Delattre lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU consacrée à la situation au Moyen-Orient, lundi (29 avril).

Proche du point de non-retour

Ces démolitions sont « en augmentation de plus de 50% au cours des trois premiers mois de 2019 par rapport à la même période de l’an dernier ». Et « avec plus de 600.000 colons à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, la réalité est implacable : nous sommes aujourd’hui proches du point de non-retour (concernant une solution à deux Etats) ».

(ES)