Cinq soldats italiens blessés dans une explosion en Irak

(B2) Cinq soldats italiens ont été blessés dans une explosion d’engin explosif artisanal en Irak dimanche soir (10 novembre) a annoncé l’état-major italien. L’incident s’est produit vers 11h dans la région de Souleimaniye

Dans le cadre de la coalition contre Daech

L’engin a explosé « après le passage d’une équipe mixte de forces spéciales italiennes en Irak ». Officiellement, l’équipe était sur place pour une mission de « formation des forces de sécurité irakiennes » au sein de la « coalition pour la lutte contre Daech », Rome n’ayant pas autorisé des missions de combat.

Des forces spéciales engagées aux côtés des peshmergas

Les blessés appartiennent à la Task Force 44, basée à Kirkouk, qui regroupe les forces spéciales italiennes présentes en Irak : trois étaient du GOI de la Marine et deux du 9ème régiment d’assaut parachutiste Col Moschin. À priori, ils n’étaient pas vraiment en situation de formation, mais dans un ‘mentoring‘ très engagé. Selon l’agence ANSA, ils étaient en patrouille dans le Kurdistan irakien et opèrent aux côtés des hommes de l’unité tactique spéciale des Peshmergas.

Trois blessés graves, deux légers

Les soldats pris dans l’explosion ont été secourus et évacués avec « des hélicoptères américains appartenant à la coalition » afin d’être tous hospitalisés dans « un hôpital de rôle 3 [à Bagdad] où ils reçoivent les soins appropriés ».

Sur cinq soldats, deux ont été blessés légèrement, mais trois sont dans « état grave mais ne risquent pas la vie. Les familles des militaires ont été informées ». « Un aurait perdu quelques doigts d’un pied, un autre aurait subi l’amputation partielle des jambes et le troisième une hémorragie interne » selon Ansa.

En marge de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE, la chef de la diplomatie européenne a exprimé son « inquiétude » et affirmé « suivre de près la situation ». Les Italiens avaient déjà subi une attaque, cette fois en Somalie (Trois militaires italiens de EUTM Somalia blessés dans une attaque à l’explosif).

(CG, st. avec NGV)

Mis à jour à 23h avec les précisions sur l’attaque.

Les forces spéciales françaises, britanniques et US évacuées de Kobane

(B2) Les forces spéciales américaines, britanniques et françaises ont été « forcées d’abandonner une base avancée d’opérations (FOB) [dans le nord-est de la Syrie] et de filer vers un aérodrome au sud de Kobane, quelques heures à peine après que les forces russes aient saccagé une base de sous-traitants américaine abandonnée à proximité » indique le Daily express.

Par ailleurs, une cinquantaine de Britanniques, dont des forces spéciales des SAS, ont « été piégés dans une cimenterie de Kobane » de Lafarge reconquise par les Kurdes et utilisée pour organiser des opérations conjointes contre les combattants de l’État islamique (Daech). Les projets d’évacuation des soldats avec des avions C-130 Hercules ont « dû être suspendues après des affrontements entre les forces kurdes et les milices pro-turques » indique le quotidien britannique populaire.

(NGV)

Un groupe de forces spéciales européennes au sein de Barkhane. Cela avance lentement

(B2) Afin de compléter l’action de l’opération Barkhane au Sahel (Mali, Burkina Faso), les Français ont sollicité une dizaine de pays européens pour leur fournir quelques effectifs de forces spéciales. Mais les réponses tardent

Forces spéciales belges en entraînement au Sénégal (crédit : Mil.be / Archives B2)

Objectif : mentoring

L’objectif est d’avoir un groupe de quelques centaines de militaires capables de se déployer dans différents lieux du Mali pour accompagner les forces armées sahéliennes après les avoir formées. Il s’agit de faire ce qu’on appelle dans le jargon opérationnel du ‘mentoring‘. Ce qui permettrait aux forces françaises de se concentrer sur d’autres zones géographiques, pour traquer les groupes armés terroristes.

Un appel lancé aux forces spéciales européennes

L’idée avait déjà été évoquée par la ministre Florence Parly devant les forces spéciales à Pau à la mi-juin. « Si les Européens, qui sont directement concernés, ne le font pas, qui le fera ? » s’interrogeait-elle, évoquant « un projet qui consiste à fédérer des forces spéciales de différents pays afin de soutenir l’effort de nos forces spéciales, au Sahel par exemple ». Elle s’était montrée optimiste. « Les retours sont encourageants et j’ai bon espoir que ce projet pourra prospérer » disait-elle.

Silence radio sur les avancées

Depuis, on ne semble pas avoir avancé de façon décisive. Et, devant l’université d’été de la défense à Avord (près de Bourges), vendredi (13 septembre), la ministre s’est bien gardée d’évoquer ce sujet. Personne d’ailleurs ne se hasarde à avancer une date de mise en place de cette force. Des processus de consultation internes à chaque pays sont en cours, nous assure-t-on. Mais la situation politique instable dans plusieurs pays rend la chose très compliquée (1).

Plusieurs pays de l’IEI consultés

La liste des pays consultés elle-même reste secrète. « Inutile de mettre de la pression sur les pays concernés » précise-t-on de façon officielle. Mais, selon nos informations, les Pays-Bas et l’Estonie auraient été très concrètement sollicités pour fournir quelques dizaines de militaires chacun, ainsi que l’Espagne, le Danemark et le Royaume-Uni et d’autre pays participant à l’Initiative européenne d’intervention (IEI) (2). L’objectif étant de constituer une force de 400-450 personnes.

Un seuil minimal fixé à 200 personnes pour être efficace

En matière d’engagement concret, pour l’instant, on en semble cependant loin. Or, « pour avoir un réel effet, il faut avoir 200-250 personnes » a confié à B2 un haut gradé. En deçà, ce ne sera pas possible d’avoir une force spécialisée et autonome. La seule solution sera alors d’intégrer les contributions extérieures à la force Barkhane, comme c’est le cas actuellement pour la cinquantaine de soldats estoniens ou les hélicoptères britanniques.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Gouvernement en affaires courantes en Belgique, à la recherche d’une majorité en Espagne, issu d’un renversement d’alliance en Italie, en proie à des dissensions internes au Royaume-Uni ou avec un point d’interrogation en Allemagne. Sans compter les changements gouvernementaux à la suite d’élections générales, comme en Finlande ou en Estonie.
  2. NB : Officiellement cette idée n’est pas l’IEI. « Il ne faut pas associer à l’IEI ce qu’elle n’est pas », explique à B2 un très bon connaisseur du sujet. L’objectif de l’initiative, ce ne sont pas les opérations ou d’avoir une force opérationnelle, « mais l’anticipation, la réflexion stratégique, le partage d’analyses ».

Dark Blade 2019. 25 hélicoptères européens en exercice en Tchéquie

(B2) 25 hélicoptères et avions de six pays sont mobilisés jusqu’au 1er sur la base aérienne de Náměšť nad Oslavou (République Tchèque)

Un hélicoptère belge NH 90 Caiman (crédit : MOD Belgique)

Environ 600 militaires de six pays – Allemagne, Belgique, République tchèque, Hongrie, Pologne et Slovénie – participent à ‘Dark Blade 2019‘, Exercice qui s’intègre dans le programme de l’agence européenne de la défense (EDA) dédié au renforcement de la composante ‘hélico’, cumulant formations et mises à jour techniques.

25 hélicos de différentes sortes

Coté matériel, cela va être diversifié. On retrouve naturellement quelques appareils de fabrication russe : 4 hélicos Mi-24/35 et 4 Mi-171Š tchèques, ainsi que 3 hélicos Mi-24 et 2 Mi-17 hongrois. On trouve également 1 W-3 AE Sokol polonais, 3 hélicoptères lourds Sikorsky CH-53 Stallion allemands, 1 Eurocopter AS532 Cougar et 1 Bell 412 slovènes. Les hélicoptères de fabrication russe sont particulièrement fournis dans les armées du groupe de Visegrad. Les Belges participent avec six hélicoptères : trois appareils Agusta A109 de la 17e Escadrille et trois hélicoptères Caiman de la 18e Escadrille NH90 TTH.

Au coeur du dispositif : le concept COMAO

L’objectif de l’exercice reste simple : améliorer l’interopérabilité tactique entre les unités d’hélicoptères en utilisant le concept COMAO (Composite Air Operations) et permettre aux équipages de pratiquer des opérations dans divers environnements, en essayant de reproduire au mieux « les conditions difficiles » auxquelles les forces participantes peuvent être confrontées lors du déploiement sur un théâtre d’opérations. Au menu, vols à basse altitude ou en formation, tirs réels et participation des forces spéciales des troupes, tir au canon, recours aux moyens de guerre électronique au sol, …

Des missions de jour et de nuit

Les équipages vont effectuer des missions COMAO de jour et de nuit de natures très diverses : des missions d’assaut aérien (AA) à de la récupération du personnel (PR), en passant par des missions d’interdiction aérienne (AI), de transport aérien (AT), de soutien aérien rapproché (CAS), de vols de nuit (avec ou sans NVG) et d’autres missions au niveau tactique. Des forces d’opérations spéciales participeront à l’exercice permettant de s’exercer à des opérations d’infiltration, en territoire ennemi, ou d’exfiltration.

Un corps d’instructeurs

Six instructeurs d’Autriche, de Suède et du Royaume-Uni formés au cours HTIC (Helicopter Tactics Instructors Course) de l’Agence européenne de défense, accompagnés de certains instructeurs des Pays-Bas formés au cours néerlandais d’instructeurs d’armes par hélicoptère, assureront l’équipe de ‘mentors’, chargée de soutenir les équipages multinationaux. Une équipe d’instructeurs en chef de l’Agence européenne de défense gérera et supervisera l’équipe de mentors afin de tirer le meilleur profit des techniques et exercices précédents (CTH, CTIC, planification COMAO et cours GE).

(Nicolas Gros-Verheyde)

La France n’abandonne jamais ses ressortissants. Audace et entraînement

(B2) C’est un précepte français qui a peu d’équivalents dans le monde — mis à part les Israéliens, les Russes et les Américains —, la France n’hésite pas à déployer des moyens importants pour venir au secours de ses ressortissants en danger à plusieurs milliers de km de Paris. Au besoin, elle intervient par la force, avec des moyens militaires conséquents pour récupérer des otages.

(crédit : Ministère de la Défense / DICOD – EMA)

Dans de telles hypothèses, la plupart des autres pays (Allemagne, Italie, Pologne, Suède, Suisse par exemple) préfèrent négocier et payer des rançons pour obtenir la libération des otages plutôt que de risquer la vie de leurs militaires (et des otages).

L’audace et la préparation

La France consent lors de ses opérations à des moyens conséquents, mêlant l’acquisition du renseignement avec des moyens technologiques à distance (satellites, écoutes, drones, avions de chasse…) ou des moyens humains (collecte d’information, déploiement d’agents, etc.), des moyens d’intervention (hélicoptères, avions, navires le cas échéant) et des hommes. Le posé d’assaut, le largage en parachute, la nage sous l’eau, les tirs de précision voire, même, le corps à corps sont quelques unes des techniques spéciales auxquels les hommes (et femmes) des commandos marine et autres forces d’intervention (comme le GIGN…) sont régulièrement entraînées. L’intervention à la française est ainsi faite d’un mélange de préparation et d’audace.

La doctrine française d’intervention

La ministre des armées Florence Parly a résumé cette doctrine : « Ceux qui s’attaquent à la France et aux Français savent que nous n’économiserons aucun effort pour les traquer, les trouver les neutraliser, jamais nous n’abandonnons nos concitoyens. Tout ce que nous savons, nous l’utilisons. Tout ce qui est en notre pouvoir, nous le faisons. »

Le risque d’un échec accepté

Parfois, ces interventions se soldent par un échec, comme au Niger en janvier 2011, où les jeunes otages meurent lors de l’intervention, ou en Somalie en janvier 2013 quand la tentative de libération de l’agent de la DGSE Denis Allex se solde par la mort de deux autres militaires. Bien souvent, cela paie. C’est le cas lors de l’intervention sur le Ponant en avril 2008, sur le Carré d’As en septembre 2008 et sur le Tanit en avril 2009 (avec malheureusement la mort d’un otage). Interventions menées par le même commando Hubert dont étaient membres les deux militaires tués au Burkina Faso (+ le GIGN pour le Ponant). Les pertes dans les rangs des militaires intervenants font aussi partie des risques pris par les autorités, un prix du sang accepté par la population française. Ce qui est une différence notable avec certains pays qui répugnent à ce modus operandi expéditionnaire.

Un mode d’action dissuasif

Pour Paris, il s’agit non seulement de libérer des ressortissants français, mais aussi d’envoyer un message aux apprentis ravisseurs : quand ils prennent en otages des nationaux français, ils risquent de ne pas pouvoir en tirer profit et de périr avant la fin de leur forfait. Cette stratégie a payé dans le passé. Dans l’Océan indien, après les premières interventions, les pirates somaliens fuyaient comme la peste le drapeau tricolore à trois bandes, préférant attaquer d’autres nationalités ‘plus sûres’ (lire : Le récit des Chandler : les pirates redoutent toujours les Gaulois !)

(Nicolas Gros-Verheyde)

La libération des otages au Burkina Faso : de la rigueur et de l’audace. Les détails de l’opération (Gén. Lecointre) (V2)

(crédit : Denniel / Marine nationale)

(B2) L’opération de libération des deux otages français Patrick Picque et Laurent Lassimouillas au Burkina Faso a été « d’une grande complexité, réglée comme de l’horlogerie extrêmement fine » affirme le chef d’état-major français, François Lecointre. Les détails donnés le prouvent 

Cet effort pour libérer les otages n’est pas une première. La France a pour habitude de libérer ses ressortissants, au besoin par la force, loin des frontières (Lire La France n’abandonne jamais ses ressortissants. Audace et entraînement)

Rigueur et audace

L’intervention des forces françaises pour libérer les otages a été « remarquable dans la ferme sophistication du montage de l’opération et de la saisie d’opportunités, sur la base d’un raisonnement très rigoureux et d’une planification très fine, avec l’audace qui devait absolument prévaloir car l’occasion se présentait [alors] et ne se serait pas représentée le lendemain » a indiqué le général Lecointre, lors d’une conférence de presse organisée vendredi (10 mai), détaillant toutes les phases de cette opération.

Une intervention entamée très tôt par le renseignement

L’opération a commencé dès le lendemain de la prise des otages. « Dès l’annonce de la disparition des deux Français, il y a eu la mise en place […] d’un ensemble de moyens qui permettent d’acquérir du renseignement. » « Les forces françaises de l’opération Barkhane, la direction du renseignement militaire, avec l’appui de nos alliés américains » ont été mis à contribution « en étroite liaison avec les Burkinabés ». Moyens « complétés par une opération discrète menée le 7 mai, cinq jours après la prise d’otages, par les forces spéciales françaises, permettant de préciser le renseignement et d’établir une traque très précise ».

Les ravisseurs proches de la frontière du Mali

A ce moment, « les ravisseurs, progressivement, sont en train d’emmener les otages au nord du Burkina Faso, à la frontière avec le Mali ». Le tout « sur un espace grand comme la moitié de la France. » Les renseignements « font prendre la mesure d’un risque, voire plus l’organisation sans doute du transfert des otages vers une autre organisation terroriste qui agit au Mali, la Katiba Macina, avec le risque qu’il devienne absolument impossible de réaliser une quelconque opération de libération des otages ». Tant que « le convoi se déplace, il était impossible d’agir ». Les Français décident alors d’attendre le moment propice : une halte du convoi.

Le moment décisif d’intervention

Jeudi (9 mai), il est confirmé que les ravisseurs ont fait une halte, encore en territoire burkinabé, dernière possibilité qui s’offre aux Français d’intervenir. Le président de la République est averti. Emmanuel Macron « valide » le plan d’opération. L’ordre est alors donné à l’amiral Isnard, qui assure le commandement des opérations spéciales, d’y aller. Le général Lecointre rend alors compte à la ministre des Armées.

Une opération d’une grande complexité

Cette opération commence avec la mise en place, « par anticipation, des moyens chirurgicaux de l’avant (engagés depuis la France), permettant de soigner des blessés ; des moyens logistiques permettant d’avoir des plots de ravitaillement ; des moyens hélicoptères permettant l’évacuation des effectifs et des otages une fois libérés et, enfin, la mise en place des commandos ».

Une infiltration de nuit

Vient ensuite le moment de l’intervention. Les objectifs sont précis. Il s’agit de quatre abris. Les commandos de forces spéciales, une vingtaine de militaires, « s’infiltrent ainsi, en nuit noire, progressant sur 200 mètres, à terrain découvert, dans un silence absolu. Une sentinelle qui veillait ne les a pas détectés. » Les commandos pénètrent ensuite « dans les abris, sans ouvrir le feu ».

Les forces spéciales montent à l’assaut

Au moment où ils sont détectés, « ils sont à une dizaine de mètres. Ils entendent les terroristes armer leurs armes. Ils décident de monter à l’assaut toujours sans utiliser les armes, pour être certain ne pas ne faire de pertes parmi les otages, ou les civils ou familles des terroristes qui seraient présents dans le camp. » C’est lors de cette pénétration dans « deux de ces abris, que les deux commandos marine ont été tués à très courte distance [à bout portant] par deux des ravisseurs ».

Un soutien burkinabé et américain

Il y a eu une « coordination très fine avec les burkinabés qui participaient au soutien logistique ». Ils ont notamment assuré la garde des différents plots de ravitaillement mis en place pour permettre la progression des commandos. Les forces américaines ont, elles, apporté un soutien essentiellement par du « renseignement », comme ils le font « régulièrement » dans cette opération au Sahel, avec sans nul doute des drones (type Reaper), des moyens de type IST (Intelligence, Surveillance & Reconnaissance). Elles « ne sont pas intervenues dans la libération à proprement parler des otages » a précisé la ministre des Armées Florence Parly.

(NGV)


Six ravisseurs : six tués ou quatre tués ?

Les ravisseurs étaient au nombre de six selon les autorités françaises. Mais le bilan final reste contradictoire. Les autorités ont affirmé deux versions. « Les ravisseurs qui tentaient de s’évader ont été abattus. Et parmi les ravisseurs qui tentaient d’engager le combat quatre d’entre eux ont été tués » a d’abord indiqué le général Lecointre. Puis dans la même conférence de presse, il précise que deux ravisseurs « s’étaient enfuis » et quatre ont été tués. Version de la ministre des Armées, Florence Parly.


Télécharger le son de la conférence de presse

Au Sofins, le salon de l’armement des forces spéciales françaises

(B2 à Souge) Véritable lieu de rencontre entre opérateurs des forces spéciales et industriels, le Sofins, salon des forces spéciales (1), a les spécificités de sa clientèle : très exigeante, celle-ci ne commande que de petits volumes… Mais la compter dans son carnet de commande est la garantie d’un prestige valorisable pour les fabricants d’équipements militaires. B2 s’est rendu sur place au camp de Souge, près de Bordeaux, en ce début d’avril pour identifier quelques tendances.

Avec un peu plus de 4000 visiteurs attendus, Sofins double presque l’effectif par rapport à l’édition précédente. Surtout, des délégations de plusieurs pays, notamment européens et africains, ont visité les lieux avec parfois des capacités de décision intéressantes.

En quelques clics, les opérateurs du Corvus peuvent produire les pièces manquantes (B2/Romain Mielcarek)

Corvus, drone low cost bricolé maison

Le Corvus (Capteur d’observation et de reconnaissance à voilure ultra légère en soutien des opérations spéciales), un petit drone au style original, passe pour l’une des stars du stand du ministère des Armées. Grâce à l’ingéniosité d’un sous-officier du Commando parachutiste de l’air numéro 10 (CPA 10), son maintien en conditions opérationnelles est réalisable en autonomie pour 90% des pièces. La voilure, toute en polystyrène, peut être reproduite en environ une heure à partir d’une matière première très peu coûteuse. Les pièces mécaniques sont fabriquées avec une imprimante 3D. Le prototype est actuellement testé avec une caméra mais pourrait aussi bien embarquer un relai radio ou un kit de santé. Il est surtout le résultat de l’astuce de la cellule drone de cette unité des forces spéciales qui a mis en place une solution peu onéreuse, pratique, répondant directement au besoin des opérateurs.

Le poste Armin ressemble à un simple portable. (B2 / Romain Mielcarek)

Armin, quand un gros industriel accélère le tempo

Ce projet, porté par la start-up de Thales Armin, est très inspiré d’Auxylium, une solution comparable développée par des militaires pour l’opération Sentinelle (nous vous en avions notamment parlé ici). L’idée de départ est toujours la même : la génération actuelle est tellement habituée à utiliser un téléphone portable qu’elle peine à s’approprier des radios militaires à l’interface parfois rugueuse. Ce poste, qui ressemble à un simple mobile, intègre à la fois les réseaux militaires et civils et peu passer facilement de l’un à l’autre. Il permet à une petite équipe (50 personnes maximum) de communiquer avec une relative sécurité et très rapidement, lors d’un déploiement en urgence par exemple. L’industriel étudie les besoins de différentes unités des forces spéciales, dans les armées et la police, pour des usages assez divers en opérations. Le cycle de vie de ce produit est également intéressant : réalisé à grande vitesse, ce prototype avancé est présenté au bout d’à peine deux ans, contre sept ans en moyenne pour un projet chez cet industriel.

Exemple d’application des produits de Mims & Tech. (B2 / Romain Mielcarek)

Camouflage : des forces spéciales à la création d’entreprise

Autre projet très remarqué sur ce salon, la gamme d’équipements de camouflage développée par la toute petite entreprise Mim&Tech. Fondée par un ancien du 13ème régiment de dragons parachutiste (13ème RDP) qui vient tout juste de quitter le service, elle propose des sortes de bâches semi-rigides, inspirées de matériaux utilisés pour les décors de théâtres, qui permettent de simuler à la fois reliefs et couleurs de l’environnement. Le jeune ancien, et désormais nouvel entrepreneur, dispose d’une véritable expertise : il a passé une partie de sa carrière à la tête de la cellule camouflage de son régiment.

Un mannequin de Medicalem. (B2/Romain Mielcarek)

Medicalem, le cas des nouveaux venus

Petite entreprise de la banlieue parisienne, Medicalem n’a aucune expérience du monde militaire. Elle a été invitée à Sofins pour l’originalité de ses produits. Ces spécialistes de la simulation médicale sont plus habitués aux écoles de chirurgiens et d’infirmiers, auxquelles ils fournissent des mannequins sur lesquels s’entraîner à toutes sortes d’opérations. Celui présenté ici peut, sur commande informatique, imiter différents caractères spécifiques à un blessé : cris, mouvements des yeux, palpitations cardiaques… Le médecin qui s’exerce dessus devra faire son garrot pour stopper une hémorragie ou encore réaliser un massage cardiaque, afin de « sauver » son patient. Un outil réaliste dont Medicalem espère encore augmenter le potentiel grâce à la réalité augmentée qui peut permettre de réaliser un briefing virtuel, dans un hélicoptère ou un bateau par exemple, en amont de l’intervention.

Un Masstech vue de dos, avec son mortier de 81mm. (B2 / Romain Mielcarek)

Masstech, le retour de la chenille

Avec ses petits airs de pick-up, le Masstech T4 est ici décliné dans une version à chenilles. Ce blindé léger, également doté d’un mortier, est actuellement testée par l’armée de terre française. Il remet au goût du jour, sous une forme très originale, l’éternel débat de la chenille face à la roue. La chenille est réputée plus chère à entretenir que la roue, mais elle a un avantage conséquent : une plus grande mobilité et la capacité d’aller sur des terrains particulièrement difficiles. Avec un véhicule comme celui-ci, des forces spéciales pourraient apporter un appui feu important jusque dans des reliefs très hostiles à des véhicules de ce gabarit. Cet engin, directement inspiré d’un modèle de Toyota, est conçu par le Français Technamm.

Le Hawkei de Thales. (B2/Romain Mielcarek)

Hawkei, le français made in Australia

Ce blindé de sept tonnes est visible sur les salons d’armement depuis plusieurs années maintenant. Thales essaie d’ailleurs de le vendre à la Pologne depuis 2014. Il commence aujourd’hui à arriver en Australie, seul pays à l’avoir commandé en 1100 exemplaires… Dans une version non armée. En France, son fabricant Thales aimerait convaincre les forces spéciales de l’intérêt de ce véhicule qui allie de bonnes capacités de franchissement, un blindage correct et un emport conséquent d’armement. Ici, il est présenté dans une version avec un canon du belge FN Herstal téléopéré et un panier de roquettes produit par Thales, identique à celles utilisées par l’hélicoptère de combat Tigre. La spécificité de cet engin ? S’il est produit par un industriel français, il est cependant fabriqué… En Australie. Dans le cas d’un achat par Paris, il s’agirait donc d’une importation d’armement.

L’outil est très intuitif. (B2 / Romain Mielcarek).

Find MP, la caisse à sable 2.0

De nombreux industriels tentent de proposer leurs propres solutions pour la numérisation de l’espace de bataille. Nexter, fabricant de véhicules blindés et, de plus en plus, de robots, présente ici une caisse à sable numérisée. Transportable, elle peut être facilement embarquée dans un véhicule. Outre la capacité de la plateforme à intégrer toutes les unités présentes sur le terrain, à projeter la cartographie en 3D et à planifier l’action, un argument nouveau apparaît de plus en plus souvent : l’industriel annonce une totale interopérabilité avec les produits concurrents.

(Romain Mielcarek)

(1) Special Operations Forces Innovation Network Seminar

Le numéro 2 du RIVM abattu par les forces françaises au nord Mali

(B2) Les forces françaises de l’opération française Barkhane ont « neutralisé » dans l’après midi de jeudi (21 février) « un des principaux responsables terroristes dans la région de Tombouctou », Yahia Abou Hamman, membre d’al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI)

(crédit : DICOD / EMA – Oper Barkhane)

Trois véhicules suspects et un chef identifié

Selon le récit officiel, cette opération a été « déclenchée suite à la détection de trois véhicules au comportement suspect » progressant au Nord de Tombouctou. Il a alors été « décidé de l’intercepter ». Plus exactement, selon un autre récit officiel, Yahia Abou Hamman, numéro deux du RVIM (rassemblement pour la victoire de l’islam et des musulmans) et chef de l’émirat de Tombouctou a été « identifié au sein d’un groupe de véhicules en progression au Nord de Tombouctou ». L’opération a été particulièrement complexe, combinant moyens motorisés terrestres et héliportés avec un drone Reaper en soutien.

Onze terroristes tués

Lors de l’approche des commandos, « les occupants des véhicules ont ouvert le feu avant d’être neutralisés par les hélicoptères en appui ». Au bilan : « onze terroristes mis hors de combat », dont Yahia Abou Hamman et ses deux principaux adjoints qui ont été tués. Des pick up et de l’armement ont également été saisis.

Un coup dur pour le groupe terroriste

« Cette action spectaculaire concrétise des années de recherche. C’est un coup très dur pour les groupes terroristes agissant au Sahel » a salué la ministre française des Armées Florence Parly dans un communiqué. « Le RVIM aura perdu trois de ses principaux chefs en l’espace d’une année. Tous étaient des adjoints proches de Iyad Ag Ghaly. La disparition d’un chef de premier plan permet de démanteler les réseaux et d’enrayer la dynamique du terrorisme dans la région. Sans chef, plus de direction ni de coordination : les combattants sont désemparés. »

Félicitations du CEMA

« Cette opération audacieuse allie un travail méthodique et persévérant avec une capacité d’intervenir efficacement dans des délais très réduits » précise le général François Lecointre, chef d’état-major des armées (CEMA). « Elle témoigne du haut niveau d’expertise acquis par les militaires français dans la conduite d’opérations complexes. »

(NGV)

Les forces spéciales allemandes embarquent dans l’A400M

(B2) Les équipages du 62ème escadron de transport aérien de Wunstorf attaquent une nouvelle étape dans l’appropriation de l’avion européen A400M : l’évacuation de ressortissants et l’appui aux forces spéciales indique la Luftwaffe. Dans ce dernier registre, ils vont devoir apprendre à opérer de jour comme de nuit, notamment en participant à des exercices et des entraînements des forces spéciales. Ce sera l’une des tâches du 3e escadron de l’air commandé par le lieutenant-colonel Hans Gerisch.

 

 

Une série sur les forces spéciales allemandes sur what’s app

(B2) C’est la dernière trouvaille des communicants de la Bundeswehr. Une série d’une vingtaine d’épisodes, façon clip, diffusés sur what’s app et youtube. Objectif : faire connaître le commandement des forces spéciales, alias le KSK

(crédit : Bundeswehr)

Une vie quotidienne hors de toute légende

Souvent entouré de mythes et de secrets depuis sa création, le commandement des forces spéciales reste peu connu outre-Rhin, se justifie la Bundeswehr. « Pour la première fois, nous fournissons un aperçu complet de la vie professionnelle quotidienne de la KSK, libre de toute légende, mais toujours en préservant le secret qui est important pour notre survie », explique Dirk von Holleben, chef du marketing de la Bundeswehr.

20 épisodes jusqu’à la mi-décembre

Durant plus de 20 épisodes, qui seront diffusés dans les prochaines semaines, chacun peut alors suivre la vie quotidienne de ces forces. On peut ainsi suivre le personnel de soutien du KSK dans les jungles du Belize ou les commandos lors d’un exercice international des forces spéciales au Danemark. Le tout raconté par le photographe et aventurier Robert Marc Lehmann, qui a accompagné le KSK dans ses déplacements et a prêté son oeil et sa voix, pour décrire leur travail.

(NGV)

La présence des forces spéciales françaises en Syrie révélée par les Turcs

(B2) L’agence de presse Anadolu, proche du gouvernement turc, a révélé vendredi les positions de l’armée française. Une révélation qui survient quelques heures à peine après que le président français Emmanuel Macron ait reçu à l’Élysée des cadres kurdes (lire : Des renforts français au nord de la Syrie. L’Élysée dément du bout des lèvres mais offre sa médiation).

Inutile de chercher trop loin d’où vient cette information classée défense. Tous les regards se tournent vers Ankara, avec qui l’agence Anadolu entretient des rapports étroits. La raison de ce courroux ne doit pas non plus être très difficile à chercher. Le soutien à peine déguisé du président Macron aux FDS n’a pas vraiment plu au président Erdogan. Entre alliés de l’OTAN, la révélation de telles informations est pourtant pour le moins étrange.

70 militaires français dans le nord de la Syrie

Selon des sources d’information locales « fiables » de l’agence Anadolu, « plus de 70 militaires membres des forces spéciales françaises sont présents dans le nord de la Syrie », sous l’égide de la Coalition internationale anti-Daech, dans les zones tenues par les Forces démocratiques syriennes, en grande partie composées par les Kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), considérées par Ankara comme des forces « terroristes » car proches du PKK turc.

Réparties dans cinq bases

Les forces françaises sont réparties dans « cinq bases » : à Ayn el Arab (Kobané), au Mont Mashtnour (Sud) dans le district Sirrin, dans le village d’Ayn Isa, et dans l’usine française de fabrication de ciment, Lafarge, dans le village de Harb Ishq. C’est près de ce village que les Américains ont établi une base aérienne militaire ; une base qui accueille également des soldats français. Ils sont aussi présents « à Raqqa avec 30 militaires ».

(carte et légende : agence Anadolu)

COS, CPA et RPIMa

Hormis les membres du commandement des opérations spéciales (COS) présents depuis deux ans sur le terrain et qui coopèrent avec les Kurdes de l’YPG, « se trouvent également sur le territoire syrien des troupes françaises issues du 1er régiment de parachutistes d’infanterie de marine (1er RPIMa) » de l’armée de terre, et des éléments « du commando parachutiste de l’air n° 10 (CPA 10) » de l’armée de l’air. Ces forces sont, « selon les rapports » turcs, positionnées en Iraq, il s’avère qu’elles se rendent souvent dans le nord de la Syrie à travers le passage frontalier de Simelka. Les entrées et sorties de ces dernières sur le territoire syrien, en provenance d’Irak, ont augmenté au cours des trois derniers jours, selon « des sources locales » de Anadolu.

(NGV)

mis à jour le 1.4. correction cartographique