Frappes aériennes françaises contre Daech dans le nord-est irakien

(B2) « Des Rafale français de l’opération Chammal ont détruit jeudi (31 octobre) plusieurs caches et tunnels de Daech dans le nord-est irakien » a annoncé la ministre française de la Défense, Florence Parly, ce vendredi via twitter.

(crédit : État-major des armées)

Pas de répit pour Daech

Et la ministre d’ajouter comme une référence au lâchage américain dans le nord-est de la Syrie :  « Le Levant a été le théâtre de nombreux revirements récents. La position de la France, elle, est constante, et sa détermination à lutter contre le terrorisme intacte. […] Le combat continue. […] Nous ne laissons aucun répit » à l’organisation de l’état islamique.

Un Atlantique 2 en observation et un Reaper en appui

Cette opération a été menée « de manière conjointe et coordonnée avec d’autres éléments de la coalition internationale » ajoute-t-on du côté de l’état-major des armées. Préparée « avec nos alliés » dans le cadre de l’Opération Inherent Resolve, la frappe a ainsi été précédée d’une observation par l’avion de patrouille maritime « Atlantique 2 », et a été appuyée par un drone Reaper de la Coalition. L’absence de population civile autour de la cible a été confirmée antérieurement, et de nouveau au moment du tir.

(NGV)

En cas d’attaque cyber en opération, la France répliquera (Florence Parly)

(B2) Parmi les point clés du discours de Florence Parly à l’université d’été de la Défense, il faut souligner la capacité de cyberattaque en opération

Florence Parly à l’université d’été de la défense sur la BA d’Avord (© NGV / B2)

Une arme à part entière

« Nous sommes désormais prêts à employer l’arme cyber, en opérations extérieures, à des fins offensives » a déclaré la ministre française des armées sur la base aérienne d’Avord (près de Bourges) vendredi (13 septembre).

« Nous considérons désormais l’arme cyber comme une arme opérationnelle à part entière que nous emploierons isolément ou en appui de nos moyens conventionnels, pour en démultiplier les effets. »

Une riposte à un moment choisi

La ministre a détaillé les points de la doctrine française d’offensive cyber.

  1. Ce sera une riposte à une attaque ;
  2. Cette riposte ne sera pas systématique ;
  3. Elle aura lieu à moment choisi, donc pas uniquement sur le champ, mais avec un délai de latence ;
  4. Les moyens aussi de la riposte seront calibrés ;
  5. La neutralisation des moyens ‘ennemis’ comme des ‘effets’ de ces moyens feront partie de l’arsenal.

« En cas d’attaque cyber contre nos forces, nous nous réservons le droit de riposter, dans le respect du droit, par les moyens et au moment de notre choix. Nous nous réservons aussi, quel que soit l’assaillant, le droit de neutraliser les effets et les moyens numériques employés. »

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire: Nous avons besoin d’une industrie tournée vers l’Europe

Nous avons besoin d’une industrie tournée vers l’Europe

(B2 à Avord) En venant clôturer l’université d’été de la Défense qui se tenait sur la base aérienne  102 d’Avord (près de Bourges) ce vendredi (13 septembre), Florence Parly n’a pas voulu oublier l’Europe

© NGV – B2

Internet, Smartphone, Drones, que d’occasions ratées

La ministre française des Armées a d’abord lancé un appel à l’innovation et lancé un appel aux industriels, nombreux dans la salle (et sur le podium). « Pour conserver une capacité opérationnelle, nous avons besoin d’une industrie tournée vers l’Europe » a martelé la ministre des Armées. Nous devons avoir « le courage de regarder la réalité en face : l’Europe a manqué le premier virage d’internet et même le deuxième, celui de la révolution du smartphone. Nous n’avons pas de champion français ou européen capable de concurrencer les GAFA. Dans le monde de la défense aussi, nous avons parfois mal anticipé les ruptures technologiques. Les drones sont apparus sur les différents théâtres d’opération bien plus rapidement que nous l’avions anticipé ».

NB : Point intéressant, Ursula von der Leyen, la future présidente de la Commission européenne a tiré le même constat mardi dernier, pointant du doigt les réussites américaines de l’internet et du GPS, pour défendre l’investissement public dans la défense.

Le cyber un domaine vital d’innovation à l’européenne

L’heure du réveil a sonné estime-t-elle. « Il s’agit maintenant de saisir toutes les opportunités et de les saisir ensemble, avec nos partenaires européens. »Entre Européens’ ne signifie pas, selon la ministre, attendre et dépendre de l’innovation venue d’Outre-Atlantique. « Il y a certains domaines, comme le cyber, où nous ne pouvons pas accepter de dépendre d’acteurs extra-européens. […] Nous devons avoir notre propre façon d’innover, en France et en Europe. Ce n’est qu’en développant une industrie de défense nationale et européenne que nous aurons […] une capacité d’innovation propre. »

L’éveil à la souveraineté nécessaire au plan opérationnel comme économique

Elle conclut sur ce point : « L’Europe s’éveille d’ailleurs peu à peu à cette notion de souveraineté », prenant à témoin la création du Fonds européen de défense « révélatrice de ce mouvement ». « Notre supériorité opérationnelle dépend étroitement de notre souveraineté technologique et par effet d’entrainement de notre souveraineté économique. »

(Nicolas Gros-Verheyde)

NB : La ministre a également annoncé le lancement de la ‘Fabrique Défense’, un événement destiné d’une part à affermir le lien armées-Nation et d’autre part  l’émergence d’une culture stratégique européenne commune, qui se tiendra à Paris les vendredi 17 et samedi 18 janvier 2020. Avec dès le mois de décembre 2018, des événements labellisés Fabrique Défense en région et dans une demi-douzaine d’États européens.

Plusieurs soldats français et estoniens blessés à Gao lors d’une attaque suicide (V4)

(B2) Un véhicule piégé (VBIED) a explosé ce lundi (22 juillet) dans l’après midi à l’entrée de la base militaire française de Gao, faisant trois blessés parmi les militaires français et estoniens, a annoncé le porte-parole de l’état-major français des armées, le colonel Frédéric Barbry, à l’AFP

Soldats estoniens au Mali (crédit : Etat major des armées FR)

Une attaque kamikaze

Le VBIED (Vehicle Borne Improvised Explosive Devices) s’est « présenté à 15h45 locales à l’entrée de la partie française du camp de Gao » à l’entrée du camp de la force Barkhane qui abrite également de l’autre côté la force de maintien de la paix des Nations unies (Minusma) et les forces armées maliennes (Fama). L’attaque visait « initialement l’entrée de la partie du camp des Forces Armées maliennes, mais les assaillants se seraient rabattus sur l’entrée française, en raison des conditions de circulation » indique l’état-major français des armées.

Un véhicule peint aux couleurs de la Minusma

Deux personnes se trouvaient à bord du véhicule, qui était peint aux couleurs de la force des Nations unies, la MINUSMA. Le passager avait, lui, revêtu un uniforme s’apparentant à celui des forces armées maliennes. Il a été neutralisé par les militaires du camp, alors qu’il était sorti du véhicule pour utiliser une arme. Le conducteur est décédé lors de l’explosion.

Une douzaine de militaires blessés…

(Maj) En fait le bilan en nombre de blessés est supérieur à celui annoncé au départ par l’état-major français (trois blessés). Du côté estonien, on relève ainsi « six blessés estoniens, dont trois restent sous soins médicaux » comme l’a précisé le commandant des forces estoniennes Martin Herem lors d’une conférence de presse à Tallinn. « Environ le même nombre de Français ont été blessés. » Les blessés « ont immédiatement reçu les premiers soins, et leurs blessures ne sont pas graves » assure le ministère estonien de la Défense. Certains ont reçu des éclats ou souffrent de contusions, d’autres pourraient subir des troubles auditifs.

… et deux civils maliens

Deux civils maliens présents sur place ont également été blessés. pris en charge par l’antenne chirurgicale de Gao. L’un d’eux était encore en soin, mardi (23 juillet) dans l’après-midi, mais « son pronostic vital n’est pas engagé », précise l’état-major français. Deux soldats estoniens et un soldat français étaient encore soignés.

Conversation téléphonique

Les deux ministres de la Défense l’Estonien Jüri Luik et la Française Florence Parly se sont parlé lors d’un appel téléphonique mardi matin (23 juillet). Florence Parly a souligné « le comportement professionnel des forces de défense estoniennes lors de l’attaque », souhaitant un « prompt rétablissement » aux blessés. Un message similaire de Jüri Luik qui a ajouté : « Nous sommes fiers des membres des forces de défense estoniennes qui défendent la sécurité européenne au Mali. […] Il est dans notre intérêt de faire face aux menaces avec nos alliés, de comprendre les besoins les uns des autres et de renforcer nos alliés ».

Un détachement de 50 soldats

Une cinquantaine de soldats estoniens, issus essentiellement du Scout Battalion Estonia (l’unité de réaction rapide de la 1ère brigade d’infanterie estonienne), assurent depuis près d’un an (août 2018) la force de protection du camp de Gao. Ils sont relevés tous les quatre mois.

(NGV)

A Vehicle Borne Improvised Explosive Devices (VBIED) exploded on Monday (22 July) afternoon at the entrance to the French military base Gao, of the force Barkhane (Mali), causing three French and Estonians casualties, Colonel Frederic Barbry, spokesman of the French General Staff of Armed Forces, said.

Mis à jour mardi 23.7 11h30 (bilan coté estonien), 13h (précisions supplémentaires coté estonien), 18h (circonstances de l’attaque – précisions dans le titre – bilan revu)

La clause de solidarité de l’Otan s’appelle article V, pas article F-35 (Parly)

(B2) Invité par le think tank américain Atlantic Council, la ministre française des Armées a assumé lundi (18 mars) un discours particulièrement offensif envers Washington.

Florence Parly devant l’Atlantic Council (© Atlantic Council)

L’Otan ne sert pas à vendre des armes

C’est probablement le passage le plus sévère du discours de Florence Parly : « J’entends parfois parler de protectionnisme. Je dis : réfléchissez-bien. La Belgique achète des F-35. La Suède achète des Patriot. La Pologne achète des Himars. L’Europe a le marché de l’armement le plus ouvert. Je suis personnellement préoccupée à l’idée que la solidarité de l’Otan puisse être soumise à l’achat d’équipement par les alliés. L’alliance doit être inconditionnelle, sinon ce n’est pas une alliance. La clause de solidarité de l’Otan s’appelle article V, pas article F-35. »

Une Europe forte doit être autonome

« Construire une autonomie européenne ne doit en aucun cas être perçu comme une menace envers les États-Unis » insiste Florence Parly. Les armées (européennes) ont besoin de matériels qui répondent à une culture stratégique commune qui reste à développer. Consolider l’industrie européenne est un moyen d’améliorer les capacités. Avec 20 types d’avions de combats (contre 6 pour les États-Unis), les Européens souffrent d’une multitude de chaînes de maintenance, de spécificités d’approvisionnements et de capacités.

Washington a besoin d’une Europe forte

« Ce n’est pas non plus une raison pour les États-Unis de se désengager, au contraire », assure-t-elle. Qu’il s’agisse du terrorisme ou de la résurgence des États puissances, USA et Europe font face aux mêmes menaces. Tout éloignement entre les deux bords de l’Atlantique ne ferait qu’affaiblir les uns et les autres. Une telle distance pourrait alors inciter la Russie à mener des agressions comparables à celles qui ont visé la Géorgie et l’Ukraine, contre un pays de l’Otan : la notion de solidarité risquerait en effet, dans un tel contexte, de perdre en capacité de dissuasion.

(Romain Mielcarek)

Télécharger le discours de Florence Parly.

Le numéro 2 du RIVM abattu par les forces françaises au nord Mali

(B2) Les forces françaises de l’opération française Barkhane ont « neutralisé » dans l’après midi de jeudi (21 février) « un des principaux responsables terroristes dans la région de Tombouctou », Yahia Abou Hamman, membre d’al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI)

(crédit : DICOD / EMA – Oper Barkhane)

Trois véhicules suspects et un chef identifié

Selon le récit officiel, cette opération a été « déclenchée suite à la détection de trois véhicules au comportement suspect » progressant au Nord de Tombouctou. Il a alors été « décidé de l’intercepter ». Plus exactement, selon un autre récit officiel, Yahia Abou Hamman, numéro deux du RVIM (rassemblement pour la victoire de l’islam et des musulmans) et chef de l’émirat de Tombouctou a été « identifié au sein d’un groupe de véhicules en progression au Nord de Tombouctou ». L’opération a été particulièrement complexe, combinant moyens motorisés terrestres et héliportés avec un drone Reaper en soutien.

Onze terroristes tués

Lors de l’approche des commandos, « les occupants des véhicules ont ouvert le feu avant d’être neutralisés par les hélicoptères en appui ». Au bilan : « onze terroristes mis hors de combat », dont Yahia Abou Hamman et ses deux principaux adjoints qui ont été tués. Des pick up et de l’armement ont également été saisis.

Un coup dur pour le groupe terroriste

« Cette action spectaculaire concrétise des années de recherche. C’est un coup très dur pour les groupes terroristes agissant au Sahel » a salué la ministre française des Armées Florence Parly dans un communiqué. « Le RVIM aura perdu trois de ses principaux chefs en l’espace d’une année. Tous étaient des adjoints proches de Iyad Ag Ghaly. La disparition d’un chef de premier plan permet de démanteler les réseaux et d’enrayer la dynamique du terrorisme dans la région. Sans chef, plus de direction ni de coordination : les combattants sont désemparés. »

Félicitations du CEMA

« Cette opération audacieuse allie un travail méthodique et persévérant avec une capacité d’intervenir efficacement dans des délais très réduits » précise le général François Lecointre, chef d’état-major des armées (CEMA). « Elle témoigne du haut niveau d’expertise acquis par les militaires français dans la conduite d’opérations complexes. »

(NGV)

F-16 Belges. La France fait une autre proposition. Un vrai coup de poker (V5)

Le Rafale reste bien dans la compétition pour le F-16 Belge (photo : un Rafale engagé dans l’opération Chammal / crédit : DICOD / EMA)

(B2) La ministre française des Armées, Florence Parly, l’a confirmé à Tallinn, en marge de la réunion informelle des ministres de la défense de l’UE (en répondant à une question de notre collègue de l’AFP) : « le gouvernement français fera bien une proposition à la Belgique pour le renouvellement de sa flotte d’avions de combat. » Elle semble démentir ainsi une information donnée par la Libre Belgique qui indiquait que Dassault avait décidé de ne pas déposer d’offre pour le remplaçant du F-16 Belge.

Une offre de gouvernement à gouvernement

De fait, le démenti n’est que partiel car comme l’écrit notre confrère Jean Do Merchet dans Secret Défense, la France se retire bien de l’appel d’offres, jugé trop favorable au F-35 américain. Mais elle va déposer une offre « de gouvernement à gouvernement » (un peu comme celui conclu avec l’Inde), offrant non pas le Rafale mais le Rafale + (la version améliorée du Rafale existant), avec une proposition industrielle. Cet accord comprendra « un volet de compensations industrielles (offset) et de coopération militaire étroite dans le cadre de l’Europe de la Défense ».

Un partenariat allant au-delà des équipements

L’ambition française est, en effet, comme l’a expliqué Florence Parly, la mise en place d’un « partenariat approfondi » entre nos deux pays. Ce partenariat structurant comprendrait non seulement la fourniture de l’avion de combat Rafale, mais aussi une « coopération approfondie entre nos deux armées de l’air dans les domaines opérationnels, de formation et de soutien, ainsi qu’une coopération industrielle et technique impliquant des entreprises des deux pays » indique le communiqué de la ministre des Armées. Un partenariat qui irait donc « bien au-delà des seuls équipements militaires [et] consoliderait la relation ancienne et profonde » entre les deux pays, et contribuerait « au renforcement de l’Europe de la Défense et de son autonomie stratégique, à une période où celle-ci est plus que jamais nécessaire ».

Deux compétiteurs seulement

Boeing et Saab (Gripen) ayant déjà jeté le gant, il ne restera donc que plus deux avions en lice pour la première phase de l’appel d’offres de la Belgique (qui se termine ce soir) : le F-35 américain (qui a la préférence de l’armée de l’air belge) et l’Eurofighter/Typhoon (défendu par les Britanniques).

Des Belges interloqués

Interrogé par B2, en marge de la réunion, le ministre belge de la Défense, Steven Vandeput, s’est retranché derrière cette procédure : « On ne peut pas parler d’une procédure dont la première phase se termine ce soir, avant que cette première phase soit terminée » a-t-il indiqué, visiblement interloqué par cette position française intempestive et publique. Il n’a pas voulu d’autres détails se contentant de dire qu’il avait « vu et discuté avec ma collègue française ».

(Mis à jour) Vendredi, revenu à Bruxelles, il a été un peu plus loquace sur les ondes de Radio 1 (chaine flamande). Tout d’abord, il a confirmé que la France n’a pas répondu formellement à l’appel d’offres pour le remplacement des F-16, comme le raconte la RTBF. Donc Paris est hors jeu pour celui-ci. Mais le gouvernement français a bien fait une proposition directe à la Belgique. « Nous devons d’abord examiner le statut juridique de cette proposition » a-t-il expliqué.

Commentaire : la France tente là un « coup » politique et économique. La compétition publique exposait le Rafale à ne pas sortir gagnant d’un appel d’offres, qu’on jure « pipé » à Paris (mais aussi à Stockholm). En proposant de passer outre, dans un accord qui pourrait entraîner davantage de retombées économiques pour la Belgique, notamment en Wallonie et dans le Limbourg (1), Paris tente de rebattre les cartes, de renverser la table de jeu, en amenant de son côté les industriels et certains responsables politiques, en mettant en avant la construction de l’Europe de la défense (à laquelle sont attachés plusieurs partenaires de la coalition au pouvoir, notamment le Mouvement réformateur). Au passage, il pourrait ainsi introduire un ‘loup’ linguistique dans la bataille : quelle région bénéficiera réellement des accords passés ? (1). La question du ‘retour sur investissement’ du F-35 pour les acteurs économiques reste, en effet, sujette à interrogation, tout comme l’est le financement d’un avion.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Sabca, la filiale belge de Dassault, qui (entre-autres) assure la maintenance des F-16, est implantée à Bruxelles, Charleroi et… Lummen, dans le Limbourg, le berceau familial et politique du ministre belge de la Défense, S. Vandeput…

Mis à jour 7.9 et 8.9, avec la réaction du ministre belge (V2 et V4), le communiqué officiel français (V3), un commentaire plus détaillé (V4 et V5), et changement de titre (V5).

Florence Parly réussit son examen de passage

Florence Parly s’exprimant devant les participants de l’université d’été de la défense (crédit : DICOD)

(B2) Pour Florence Parly, qui s’exprimait en clôture de l’université d’été de la défense à Toulon, ce mardi (5 septembre), c’était un peu à la fois l’examen de rentrée et l’examen de passage.

La nouvelle nommée à la Défense, un peu par hasard, en juin, était restée très discrète jusqu’ici. On la comprend. La démission impromptue de Sylvie Goulard (après à peine quelques semaines de mandat), la réduction du budget de défense, la prise de bec publique entre le président de la République et son chef d’état-major Pierre de Villiers, qui s’achève logiquement par la démission du second, et une crise de confiance dans les armées n’étaient pas vraiment faites pour encourager la nouvelle venue à s’exprimer publiquement. Inutile de préciser que dans le milieu des armées, la grogne était forte contre la remontrance publique contre leur ancien chef, perçu comme un affront personnel par chaque haut gradé. Ses propos étaient donc très attendus.

Durant cette université d’été, la parole de la ministre s’est affirmée au fil des interventions. Et son discours de clôture était charpenté, rempli d’une détermination, avec des annonces claires.

« Le Président m’a fixé un cap clair, des échéances précises et des moyens nouveaux pour faire face à ces défis. Je suis déterminée à remplir cette mission, et je sais que l’ensemble de la communauté de défense aura à cœur de se mobiliser autour de ces objectifs. »

Sans rien renier de la discipline gouvernementale, en prenant bien soin de s’inscrire à chaque fois dans les pas du Président de la république, elle a tenu bon aussi sur les besoins des armées, les engagements financiers nécessaires pour les années futures, parlant d’un « tournant historique ».

« Pour mettre en œuvre cette nouvelle vision, les armées disposeront de moyens accrus. […] Dès 2018, les crédits budgétaires de la mission Défense augmenteront de 1,8 milliards d’euros. […] C’est la première étape vers l’objectif fixé par le Président de la République d’augmentation de l’effort de défense à 2% du PIB soit 50 milliards d’euros en 2025, à périmètre constant (*). […] Le rythme de cette hausse se poursuivra avec une augmentation de 1,6 milliard d’euros par an pendant toute la durée du quinquennat. Ce tournant est historique. Depuis quarante ans, jamais effort financier en faveur des armées n’aura été aussi important».

Voulant clôturer ce chapitre douloureux, elle a aussi voulu s’éloigner du terreau financier (qui lui est coutumier) pour s’engager plus en avant sur le format de l’armée du futur : la décision officielle d’armer les drones est un acte particulièrement majeur pour la doctrine française (même s’il était en soi attendu). La révision de l’opération Sentinelle et l’adaptation du dispositif au Levant, ainsi que sa volonté réaffirmée de défendre l’Europe de la défense, témoignent aussi d’une conscience opérationnelle et politique aiguisée.

L’attitude stricte de la ministre, sans sourire complice auquel nous avaient habitué certaines de ses homologues européennes, complétait un tableau. On retrouvait comme un certain mimétisme avec l’Allemande Ursula von der Leyen, avec qui Florence Parly va travailler de façon régulière (c’est sa feuille de route) ou avec une illustre prédécesseure à ce poste, Michèle Alliot Marie.

L’avenir dira si dans l’esprit et le cœur des militaires, elle pourra remplacer MAM ou Jean-Yves Le Drian. La barre est placée haut. Mais assurément, dans le grand hangar du BPC Mistral, ancré à quai dans la base navale de Toulon, devant un aréopage composé des gens qui ‘comptent’ dans le monde de la défense (les militaires, les industriels, les chercheurs, les journalistes), Florence Parly a franchi la première marche.

(Nicolas Gros-Verheyde, à Toulon, sur le BPC Mistral)

(*) Le mot « périmètre constant » est important. Et la ministre a insisté sur ce point. Cela pourrait signifier notamment que le financement du nouveau service national se fera en plus de ce montant.

Télécharger son discours