(crédit : ministère géorgien de la Défense)

EUFOR RCA. Vive les Géorgiens ?

(crédit : ministère géorgien de la Défense)

(crédit : ministère géorgien de la Défense)

(BRUXELLES2 – exclusif) Les contours de l’opération militaire européenne restent encore flous. Mais la liste des pays qui pourraient participer se précise.

Une aide bilatérale, ca suffit !

Certains pays qui étaient cités précédemment, comme les Polonais ou les Belges, voire les Visegrad (Rép. Tchèque, Slovaquie, Hongrie), ne semblent plus vraiment volontaires pour envoyer du personnel. Certains d’entre eux (Pologne, Belgique) l’ont déjà fait à titre bilatéral et s’estiment donc quitte vis-à-vis de l’effort à faire. Ce qui n’est pas faux…

Tableau contrasté

Dans un sens inverse, d’autres qui n’avaient pas jusqu’ici montré qu’un intérêt limité, ou n’avaient rien dit, avancent, maintenant, un avis plus positif. Le tableau est donc très contrasté. Et entre la réunion des ministres des Affaires étrangères, lundi prochain (10 février) et celle plus informelle des ministres de la Défense, les 20 et 21 février, à Athènes, les principales contributions devraient émerger.

Une participation… extra-UE

Selon un dernier état des lieux, auquel a procédé B2, la composition de la force serait quelque peu différente de celui qu’on a pu décrire jusqu’ici. Outre les Estoniens (qui ont déjà annoncé leur présence), l’opération pourrait être constituée grâce un pays tiers… la Géorgie. L’UE a, en effet, fait appel aux pays avec qui ils avaient un accord de participation. Tbilissi a, ainsi, proposé de fournir une des trois compagnies nécessaires (soit environ 140 hommes). Ce qui correspond à une réelle volonté de cet Etat du Caucase, entré dans le processus d’association en novembre dernier, de s’ancrer dans un panorama européen.

Un pays allant dans les OPEX

La Géorgie est un pays habitué à envoyer des troupes à l’étranger, mais jusqu’ici principalement aux côtés ou à la demande des Etats-Unis. Ils ont été ainsi en Irak et sont toujours au Kosovo ou en Afghanistan. Ils avaient exprimé lors de leur signature de l’accord-cadre de participation à la PSDC, leur volonté de se joindre rapidement à des missions ou opérations européennes

Des Nordiques et des Espagnols ?

L’autre participation notable qui se dessine est celle des pays nordiques. La Finlande pourrait envoyer jusqu’à 50-60 hommes/femmes (et non pas quelques officiers ou une vingtaine de personnes comme esquissé au départ). La Suède suivrait avec quelques personnels. On se souvient que le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt, avait – lors de la dernière réunion des ministres des Affaires étrangères – exprimé son « dépit » (terme diplomatique pour dire qu’il n’était pas content du tout) sur le non-emploi des battlegroups en République centrafricaine. Ce qui permettrait de former une seconde compagnie (nordique).

Autre participation qui pourrait se confirmer : celle de l’Espagne. Malgré des déclarations contraires au premier abord, les Espagnols pourraient, en effet, envoyer une ou plusieurs sections (30-40 personnels). Les Roumains ont aussi exprimé leur possibilité d’envoyer des hommes.

Allemands et Grecs : à l’économie

Enfin, l’Allemagne fournira des moyens d’évacuation médicale ainsi que la Lituanie, un avion. Les Grecs ne fourniront en revanche aucun militaire sur le terrain mais un peu de personnel pour le quartier général de l’opération qui sera situé … à Larissa (le QG étant financé sur fonds communs, c’est une manière comme une autre pour les Grecs de faire payer par l’Europe cette structure qui n’a jamais été utilisée). A noter que les Serbes ont aussi été approchés. Mais, pour l’instant, leur proposition ne semble pas suffisante.

Merci Tbilissi !

Si tout le monde tient ses promesses, cela permettrait d’arriver sans trop de difficulté à l’effectif cible (environ 500 personnels). La participation française serait alors inférieure à la moitié du contingent (moins de 250). Et l’honneur européen sera sauf ! Grâce aux Géorgiens… On ne peut cependant pas dire que chacun se précipite pour participer ou annoncer sa participation. Et si l’effectif à atteindre n’est pas énorme, cet attentisme n’est pas un très bon signe de santé pour l’Europe de la défense.

(crédit : Marine nationale / DICOD)

De l’usage de statistiques en matière de piraterie. Beaucoup de vrai, un peu de faux

(crédit : Marine nationale / DICOD)

(crédit : Marine nationale / DICOD)

(BRUXELLES2 – exclusif) La première attaque et arrestation de l’année n’a suscité que peu de commentaires. Et j’en suis étonné. Car elle recèle deux éléments qui donnent une vision incomplète de la lutte contre la piraterie.

Les chiffres de la piraterie ne tiennent pas compte des navires locaux

On a ainsi appris par incidence que les forces maritimes avaient libéré un dhow indien capturé par les pirates. Cette capture ne figure cependant nulle part dans les statistiques officielles des autorités maritimes. Le BMI (bureau maritime international) comme les forces maritimes ne décomptent pas les captures de bateaux locaux. Un point déjà constaté dans le passé mais qui mérite d’être mis à nouveau en lumière.

Officiellement, ces navires qui ne se signalent pas auprès des différents QG internationaux ne sont pas suivis et leur capture est ainsi difficilement identifiable. Officieusement, il y a d’autres raisons. Tout d’abord, ils ne ne sont pas « assurés » auprès d’assureurs internationaux et ne représentent donc vraiment une valeur « marchande » qui nécessite une intervention internationale. Ensuite, comme un officier me le confiait, en son temps. « On n’est pas tout à fait sûr du caractère involontaire » de l’usage d’un dhow comme bateau-mère. Dans la typologie « capture et prise d’otages », on pourrait aussi parfois parler d’un « affrètement forcé avec intéressement aux prises ». Mais aucun de ses marins n’a jamais été poursuivi pour complicité. Et il n’y a pas de raison de douter de leur bonne foi.

Stat Piracy 15_Jan-22_Janv

Le tableau statistique remis par les forces maritimes anti-piraterie (source : OTAN / Ocean Shield)

Au final, peu importe les raisons, les chiffres livrés régulièrement (chaque trimestre ou chaque an) sont faussés.

Une vision étroite des transferts de pirates aux Seychelles

Autre fait étrange ! Selon la mission EUNAVFOR Atalanta, les Seychelles auraient reçu 47 personnes et l’archipel aurait déjà jugé 33 pirates. Or ce chiffre ne correspond pas (du tout) à ce qui sort de notre base « Pirates » : il en manque au moins 100 !

Selon les données de B2, les Seychelles ont, en effet, déjà reçu 147 pirates et 47 ont déjà été condamnés (*). Sur ce chiffre, 56 ont été remis par les forces placées sous pavillon européen (EUNavfor Atalanta), 54 par des navires opérant dans l’opération de l’OTAN, au titre essentiellement d’accords bilatéraux (Royaume-Uni, Danemark), 15 par les Américains. Tandis que 22 ont été arrêtés par les forces locales.

Cette forte différence tient à un petit détail technique et juridique : EUNavfor ne décompte officiellement que les suspects transférés au titre de l’accord au titre de l’accord signé entre l’UE et l’archipel. Pas les autres. C’est relativement logique d’un point de vue institutionnel. Mais cela n’est pas vraiment objectif. D’ailleurs au point de vue opérationnel, il est bien fait mention de l’intervention des autres forces (Ocean Shield, CTF 151…) quand celles-ci participent à une interception. Cela sème ainsi la confusion. Confusion d’autant plus grande que cette qualification (transférés par les forces « Eunavfor ») tient parfois d’ailleurs à un fil…

Ainsi, pour nous, le chiffre des transferts « EUNAVFOR » s’établit à 56 (contre 47 officiellement). Tout simplement, car nous décomptons les 9 pirates appréhendés par les forces européennes (Espagnols du Numancia), en avril 2009, relâchés pour être « immédiatement » (ré)arrêtés par les gardes-côtés seychellois (Lire : Retour au pays pour 23 pirates détenus par les Seychelles). Une astuce opérationnelle, rendue nécessaire par l’absence d’accord opérationnel avec les Seychelles à l’époque, mais qui ne trompe personne et n’a pas trompé les magistrats seychellois. Ces suspects ont été libérés ensuite.

NB : le communiqué de l’opération européenne n’est pas seulement « signé » par le QG de Northwood (forces européennes) mais l’est également au nom du groupe de contact international de lutte contre la piraterie, que préside l’Union européenne en ce moment. Il n’est pas vraiment juste de minorer le rôle joué par les Seychelles. Il n’est pas non plus sain de jouer avec les chiffres, en usant d’arguties pseudo-institutionnelles. Sinon c’est la crédibilité de ces « bilans » qui pourront être remis en cause.

(*) Ces chiffres doivent être pris comme un minima car nous n’avons pas toutes les données (et certaines mises à jour doivent encore être faites).

Lire aussi :

General Ponties

Le commandant d’EUFOR RCA Bangui nommé aujourd’hui (MAJ) = le Général Pontiès

General Ponties

Le général Ponties (crédit: ministère FR de la Défense / DICOD)

(BRUXELLES2 – exclusif) La nomination du commandant de l’opération EUFOR RCA Bangui devrait être avalisée aujourd’hui par les ambassadeurs du COPS (Comité politique et de sécurité). Selon nos informations, il pourrait s’agir du général de division Philippe Pontiès, actuellement commandant de l’Etat-Major de force numéro 3 de Marseille. Il officiera à partir de Larissa (Grèce), une base aérienne, située entre Thessalonique et Athènes, qui servira de quartier général d’opération (OHQ).

Autres détails sur le Club (article ouvert à tous)

Un communicant à la tête d’EUFOR RCA Bangui

Philippe Pontiès est notamment connu des journalistes pour avoir été le n° 2 numéro deux de la Dicod, la direction de l’information et de la communication de la Défense. Il a servi dans plusieurs opérations extérieures : Manta au Tchad en 1983, la MONUG en Géorgie en 1995-1996, l’opération Trident au Kosovo en 2001-2002.

De la désignation rapide du commandant d'opération dépend la suite de l'opération européenne (crédit : Etat-Major français des armées / ECPA - Briefing avant une patrouille à pied entre le 17ème RGP et la Misca Bouroundaise dans le quartier Petevo de Bangui, le 15 janvier 2014).

Qui participera à l’opération EUFOR Bangui ? (Suite) Des pays volontaires. On attend le commandant!

De la désignation rapide du commandant d'opération dépend la suite de l'opération européenne (crédit : Etat-Major français des armées / ECPA - Briefing avant une patrouille à pied entre le 17ème RGP et la Misca Bouroundaise dans le quartier Petevo de Bangui, le 15 janvier 2014).

De la désignation rapide du commandant d’opération dépend la suite de l’opération européenne (crédit : Etat-Major français des armées / ECPA – Briefing avant une patrouille à pied entre le 17ème RGP et la Misca Bouroundaise dans le quartier Petevo de Bangui, le 15 janvier 2014).

(BRUXELLES2 – exclusif) Selon une dernière évaluation faite par B2, après la réunion des ministres, on peut décompter (raisonnablement) une quinzaine de pays qui participeront, plus ou moins directement, à la nouvelle opération militaire EUFOR RCA Bangui.

Une quinzaine de pays participants ?

Trois pays ont confirmé, de façon officielle (ou quasi-officielle), leur participation : France, Grèce (QG), Estonie.

Une dizaine d’autres ont indiqué, directement (ou indirectement), comme a pu se le faire confirmer B2, la volonté de contribuer à l’opération : Lettonie, Lituanie, Portugal (logistique), Finlande, Pologne, Roumanie, Slovaquie, Suède et Allemagne (logistique et QG).

Deux pays n’ont rien indiqué sans exclure une participation : Belgique, République Tchèque.

Quelques pays ont indiqué leur volonté de ne pas participer : Bulgarie, Croatie, Irlande, Pays-Bas, Royaume-Uni, Slovénie.

Le détail c’est ici : Qui participera à la mission EUFOR RCA Bangui ? Le point (MAJ6)

Faire aussi bien que l’Estonie : un défi ?

Le problème est qu’il y a bien peu de propositions concrètes. Peu de pays ont encore indiqué de façon précise combien de personnes exactement, ils pouvaient envoyer et pour quoi faire. Et il reste deux-trois grosses inconnues : les Polonais, les Tchèques, les Belges en particulier. Si ces pays se décident et envoient un contingent qui serait, au moins de la taille des Estoniens, la génération de forces pourrait être faite assez rapidement. Si ceux-là ne se décident pas, il faudra trouver d’autres contributions majeures, ce qui pourrait retarder d’autant l’opération. Et ce serait un mauvais signal donné aux Centrafricains comme au reste du monde sur l’état des armées européennes.

On attend le commandant

En fait, c’est un peu l’histoire de la poule et de l’oeuf. Tout le monde attend d’en savoir un peu plus sur l’opération, d’avoir le détail. Mais pour cela il faut avoir  un commandant d’opération. Ce qui doit être décidé dans les heures (ou plutôt les jours qui viennent). Maintenant que l’OHQ grec a été désigné comme étant celui de l’opération, la France devra faire un choix : soit avoir le commandement de la force sur place (le FHQ), ce qui serait assez logique ; soit avoir le commandement de l’opération, ce qui ne serait pas vraiment logique ni habituel. En général, un même pays ne cumule pas les deux commandements. Avoir les deux – ainsi que certains responsables français semblent le vouloir – et comme l’avait indiqué François Hollande en décembre – serait non seulement contraire aux usages européens. Il serait aussi largement contreproductif et contraire à la politique suivie jusqu’ici, qui vise à européaniser l’opération et à responsabiliser l’ensemble des autres Etats à la problématique centrafricaine. Il faut donc que Paris se décide, et rapidement !

Une certaine unanimité

La politique de sensibilisation des autres partenaires a, en effet, porté ses fruits. Au dernier conseil des ministres des Affaires étrangères, l’ensemble des participants a, d’une part, salué le rôle majeur joué par la France, remerciant l’armée française (comme les armées africaines) pour leur intervention précoce et, d’autre part, reconnu la nécessité d’intervenir face à la gravité des faits sur le terrain et au risque de déstabilisation régionale. Le mot de Laurent Fabius, à sa sortie du Conseil des Affaires étrangères, exprimant sa satisfaction n’est donc pas superflu. Le spectre du génocide et d’une possible responsabilité collective a certainement plané sur la réunion. Une telle unanimité, il y a quelques mois, semblait encore peu possible. Elle témoigne d’une certaine prise de conscience des Européens à la fois des menaces qui planent sur la Rép. centrafricaine mais aussi de leurs responsabilités.

Une prise de conscience?

Quand on se rappelle toutes les tergiversations qui avaient marqué l’envoi au Mali de quelques centaines de militaires, pour effectuer une simple mission de formation — dans un contexte plus « clair » que la République centrafricaine (il y avait les « bons » – le gouvernement de Bamako – et les « méchants » – les rebelles), où la population n’était pas du tout hostile aux militaires européens et où le risque sécuritaire n’était pas nul mais sûrement moins intense qu’en RCA aujourd’hui —, on mesure tout le chemin parcouru par les Européens, dans leur ensemble, pour se dire que la défense de certaines « valeurs » européennes ne peut pas passer que par des mots et des bons sentiments mais doit se traduire en actes. A l’échelle de la réaction européenne dans les crises précédentes (sécuritaire comme civile, cf. la crise financière par exemple), cette évolution est plutôt rapide et doit être remarquée. Il reste maintenant à transformer l’essai et le faire rapidement. Car les massacres n’attendront pas…

La Grèce comme la France ont proposé leur quartier général pour l'opération EUFOR Rca Bangui. Les ministres Venizelos et Fabius en discussion (© Th. Monasse)

Qui participera à la mission EUFOR RCA Bangui ? Le point (MAJ8)

La Grèce comme la France ont proposé leur quartier général pour l'opération EUFOR Rca Bangui. Les ministres Venizelos et Fabius en discussion (© Th. Monasse)

La Grèce comme la France ont proposé leur quartier général pour l’opération EUFOR Rca Bangui. Les ministres Venizelos et Fabius en discussion (© Th. Monasse)

(BRUXELLES2 – exclusif) Selon le dernier relevé effectué par B2, au moins 7 pays devraient contribuer à la nouvelle opération militaire de l’Union européenne dans « la région de Bangui », EUFOR RCA Bangui.

Il faut d’ailleurs distinguer les pays qui soutiennent l’opération (il y a quasi-unanimité) au plan politique de ceux qui contribueront. Et parmi ceux-là, certains enverront des troupes sur le terrain ; d’autres se contenteront d’envoyer des personnels au quartier général d’opération, dit stratégique, qui sera situé en Europe. Lors de la réunion du 20 janvier, beaucoup de ministres ont souligné qu’il fallait l’accord de leur gouvernement et de leur parlement avant de se prononcer. D’où des déclarations très très prudentes parfois.

Lire aussi : La mission EUFOR RCA restera centrée sur Bangui. La France Nation-Cadre

Quel rôle aura la France ?

La France a proposé d’être la nation-cadre de l’opération en fournissant le FHQ (quartier-général de force), voire si nécessaire l’OHQ (quartier général de l’opération) du Mont-Valérien (qui avait déjà servi pour l’opération EUFOR Tchad).

Paris devrait ainsi logiquement fournir une contribution importante en personnel et une bonne partie de l’Etat-Major. Le principe d’une nation-cadre est de « combler » les trous qui ne sont pas assurés par les autres nations et de fournir l’ossature de l’Etat-Major. Logiquement, la taille de la contribution française devrait donc être connue en dernier.

La Grèce – qui assure en ce moment le commandement du « battlegroup » d’astreinte (auquel participent la Roumanie, la Bulgarie, Chypre et l’Ukraine) – a proposé de mettre à disposition son quartier général de Larissa (situé entre Athènes et Thessalonique). Une manière comme une autre de faire financer une partie de son Etat-major par les autres pays membres. Cette proposition a été acceptée par les ministres des « 28 », le 20 janvier. La Grèce pourrait ainsi fournir une partie de l’effectif du quartier général (environ 60 personnes).

Qui sera le commandant de l’opération ?

Le chef de la force sur le terrain (FHQ) devrait être un officier supérieur français (général voire colonel). En revanche, pour commander l’opération, le chef d’opération devrait être d’une autre nationalité, comme c’est l’usage. C’est souvent un officier supérieur, issu d’un pays qui fournit une forte participation. Ce pourrait être un Polonais, si les Polonais se décident, ou un Allemand, si on veut une symbolique franco-allemande, ou un autre. L’hypothèse la plus vraisemblable après le Conseil était d’avoir un chef d’opération grec.

Quels autres pays contribueront ou pourraient contribuer ?

L’Estonie est le pays qui a la position la plus claire. Tallinn a officialisé rapidement sa participation : 55 hommes et femmes pour la première rotation. Une participation modeste mais qui révèle un engagement régulier de ce pays balte dans les opérations militaires de l’UE (*). L’Estonie confirme une participation notable à EUFOR Rca Bangui

La Pologne, la Slovaquie et la république Tchèque (Visegrad) étudient une participation qui pourrait être commune. Le ministre polonais des Affaires étrangères, Radek Sikorski, a rappelé, lundi, que la Pologne contribuait déjà directement à l’opération française Sangaris avec des avions et une cinquantaine d’hommes. La Slovaquie, en revanche, contribuerait à l’opération, à hauteur d’environ 30-40 militaires, selon nos informations. La Hongrie ne participerait cependant pas selon les dernières informations obtenues à Budapest par B2.

La Suède réfléchit sérieusement à une contribution, selon nos informations. Le ministre Carl Bildt l’a confirmé à son arrivée à Bruxelles lundi (20 Janvier) : « la Suède pourra s’engager et contribuer à l’opération ». Mais le Suédois est très déçu de ne pas voir employer les « battlegroups » et devrait le dire à ses collègues. « Nous pensons qu’il aurait été assez évident d’utiliser les groupements tactiques de l’UE » écrit-il ainsi sur son blog. « Si nous ne les utilisons pas maintenant, cela montre qu’ils ne sont pas utiles et ne pourront jamais être utilisés. Sinon, certains pays vont hésiter à faire les investissements importants (que cela nécessite) et diminuer leur engagement. » Autrement dit comme il l’a répété lundi matin à son arrivée au Conseil, c’est « maintenant ou jamais ».

La Lituanie « considère » sérieusement une « contribution à l’opération », a annoncé le ministre lors de la réunion. Selon nos informations, la Lituanie devrait aussi mettre à disposition de l’opération Sangaris un avion de transport tactique (intra-théâtre) C-27J Spartan pour un mois à partir d’avril (le parlement lituanien doit se prononcer en mars).

Le Portugal pourrait fournir un appui logistique d’une vingtaine de personnes avec un avion.

L’Allemagne ne participerait pas à la mission avec des troupes au sol mais prêtera une assistance logistique, notamment aérienne. « Nous devons penser, comme au Mali, à des possibilités de soutien plus importantes. Cela fait partie de notre responsabilité » a précisé le Ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, au FAZ. « L’Europe ne peut pas laisser la France seule ». C’est également des intérêts européens. « Si en Afrique noire l’instabilité, les violences et le terrorisme menacent, il y aura des conséquences en Europe » (*). Concrètement, Berlin pourrait modifier le mandat, permettant aux avions d’atterrir non plus dans un pays voisin (Cameroun) mais directement en République centrafricaine, comme l’a indiqué notre collègue Thomas Wiegold. 4 avions pourraient être mis à disposition des Européens (comme de la Misca ou des Africains). Ces avions sont mis en pool au sein de EATC. La participation allemande pourrait être aussi au niveau du quartier général.

Ceux qui réfléchissent… = plutôt Oui

Plusieurs pays n’ont pas prévu de contribution en l’état mais ne l’excluent pas

La Finlande, n’a défini « aucune position encore » a précisé un diplomate finlandais à B2. « Il existe différentes vues sur une participation. Et la décision pourrait ne pas être prise avant une semaine voire plus » souligne-t-on à Helsinki. Quelques officiers finlandais pourraient cependant participer à la mission au quartier général, voire un groupe d’une vingtaine de soldats, a indiqué le ministre des Affaires étrangères Erkki Tuomoja. Mais il faut auparavant un aval du Parlement avant toute participation a rappelé le ministre lors de la réunion. A noter que le ministre finlandais de la Défense, Carl Haglund, était lundi aux Pays-Bas pour parler de coopération bilatérale essentiellement mais aussi de Centrafrique semble-t-il.

En Lettonie, « une participation est discutée et est possible. Tout doit se faire en coordination avec les acteurs internationaux ».

La Roumanie n’a encore rien décidé mais pourrait fournir une contribution à l’opération. Le ministre l’a confirmé de façon officieuse.

Pour Chypre, la tendance est, pour l’instant, à ne pas participer. Mais, selon certaines indications, il y a une discussion à Nicosie car il n’y a pas unanimité de position. Nb : Un changement pourrait donc avoir lieu d’autant plus si le quartier général est en Grèce.

Ceux qui hésitent : ni oui, ni non

La Belgique joue les hésitants qu’il faut convaincre. L’idée de l’engagement d’une compagnie (parachutistes le cas échéant) a été balayée par Pieter De Crem, le ministre de la Défense, qui assistait samedi au départ d’un C-130 Hercules pour le Gabon afin de prêter main forte aux Français de Sangaris (une promesse faite en décembre. Un second avion part mardi). « Aucune demande de l’UE n’a formellement été adressée à la Belgique ». Une manière de jouer sur les mots. Effectivement il n’y a pas eu de conférence (formelle) de génération de forces. Mais tous les Etats membres ont été déjà testés individuellement. Le Premier ministre Elio di Rupo avait cependant indiqué les conditions belges au dernier Conseil européen de décembre (pas de participation si ce n’est pas une opération européenne). Mais à la Défense, on semble perplexe. Le budget de la Défense est, au plus serré, affirment mes collègues flamands du Morgen, « Wie betaalt de factuur voor de CAR? Defensie is virtueel failliet » (point besoin d’être parfait néerlandophone pour comprendre ;-). Et le climat préélectoral n’arrange rien comme me l’a confirmé un journaliste belge bien au fait du système décisionnel. De fait, rien n’est encore décidé. Et le dossier n’a pas été soumis à une quelconque décision du kern (le conseil ministériel restreint). Didier Reynders La relève de la force protection dans l’opération EUTM Mali promise par l’Allemagne, pourrait permettre à ces pays (Belgique, Espagne) d’avoir des troupes disponibles pour la Centrafrique, peut-être pour une éventuelle seconde rotation.

L’Italie se tâte. « A priori il ne devrait pas y avoir de contribution. Mais on ne sait jamais » se hasarde un diplomate. L’Italie « est déjà très engagée sur d’autres terrains et ne devrait pas envoyer de troupes, sauf éventuellement au niveau logistique » a complété une source italienne lors du Conseil des Affaires étrangères. NB : l’Italie a, en ce moment, un projet pilote d’hôpital de campagne mené dans le cadre de l’agence européenne de défense (lire : L’Europe muscle sa défense. 11 projets opérationnels). Ce serait l’occasion de le tester… Mais il y a beaucoup de contraintes (opérationnelles, financières…) qui limitent la participation italienne qui préfère se concentrer sur d’autres terrains africains (Corne de l’Afrique, Sahel). Et la question de la détention des « Maro » (fusiliers-marins) empoisonne la vie politique à Rome qui ne voudrait pas se retrouver avec un second problème de type-là. Ce serait donc plutôt Non.

Ceux qui n’ont rien décidé … mais plutôt Non

L’Autriche n’a encore rien décidé. Un ou deux articles faisait état vendredi d’une participation décidée de Vienne. Démenti catégorique effectué par un diplomate à B2. « Aucune décision n’a été prise ». Ce qui est certain, poursuit un autre, c’est que le gouvernement de coalition a « décidé d’augmenter sa participation dans les opérations extérieures ». En fait, l’Autriche pourrait augmenter surtout sa contribution aux opérations de maintien de la paix au Mali (ONU et/ou EUTM Mali) et au Kosovo.

L’Espagne est silencieuse. A priori, Madrid reste « plutôt favorable à faire un soutien bilatéral » à la France si Paris en fait la « demande expresse ». L’Espagne a déjà basé un C-130 Hercules à Libreville avec un petit détachement Air qui va faire des navettes avec la Centrafrique. Une dizaine de rotations sont prévues ce mois. Le ministre des Affaires étrangères devrait cependant indiquer la position du gouvernement lors de la réunion.

Le Luxembourg pourrait participer. Aucune décision n’a cependant été prise au sein du gouvernement. Signalons que le pays a décidé de participer à la mission au Mali (avec la participation de 2 soldats luxembourgeois). Un pays important pour le Grand-Duché qui compte sur une relance des projets de coopération, surtout dans la région de Tombouctou.

Ceux qui ne participeraient pas

En l’état, certains pays (Pays-Bas, Bulgarie, Royaume-Uni, Slovénie, Irlande, Croatie) ne comptent pas vraiment participer à l’opération.

La Bulgarie ne compte pas contribuer, sauf si c’est dans le cadre du battlegroup, que personne ne songe à envoyer…

La Croatie n’a pas l’intention d’envoyer des troupes « pour le moment, à moins que ce soit dans des situations extraordinaires ». La ministre Vesna Pusic l’a confirmé à nos collègues du quotidien Vecernji. « Nous avons nos soldats en plusieurs points, et nous nous sommes concentrés sur la mission militaire où nous avons une forte présence, comme l’Afghanistan, ou dans des zones que nous considérons comme notre grand voisinage » (Balkans, Géorgie…).

En Irlande, « aucun envoi de troupes ne sera étudié avant que la mission soit autorisée », par l’ONU comme par une décision-cadre de l’UE. Et actuellement , une participation ne parait « pas envisageable », a précisé le ministre des Affaires étrangères, Eamon Gilmore, le 20 janvier, « nous sommes déjà engagés dans la mission en Syrie » (mission de l’ONU au Golan).

La Slovénie « soutient l’initiative pour déployer une mission de l’UE » – a indiqué le ministère des Affaires étrangères à Ljubljana. « Mais à cause des ressources militaires et financières limitées, on ne planifie pas de contribution ». Cependant, durant la réunion,  le ministre Erjavec a laissé entendre d’une possible participation.

(*) Europa kann Frankreich dabei nicht alleine lassen. (…) Wenn in Schwarzafrika und Subsahara Instabilität, Vertreibung und Terrorismus drohen, deren Folgen in Europa ankommen.

(Mis à jour – lun 20.01 – 10h, 12h, 13, 15h, 17h lors du Conseil des ministres – Belgique, Irlande, Italie, Suède, Autriche, Croatie, Grèce – 21.01 : Hongrie, Finlande, Slovaquie, Portugal + réorganisation des catégories)

La mission EUFOR RCA restera centrée sur Bangui. La France Nation-Cadre (MAJ)

(BRUXELLES2 – exclusif) Une nouvelle réunion du comité militaire de l’UE devrait se tenir aujourd’hui (ou demain) pour affiner le format de l’opération européenne en République centrafricaine. EUFOR RCA Bangui sera une « petite » opération dans sa taille (environ 600 hommes) et dans sa durée (environ 6 mois). L’objectif étant de faire le « pont » (bridging operation) avant la montée en puissance de la force africaine (MISCA) et l’éventuelle opération des Nations-Unies en RCA. Elle devrait se déployer sur le terrain assez rapidement, au printemps, soit avant, soit de façon simultanée à la relève de l’opération Sangaris (qui doit avoir lieu en avril).

Une mission sur l’aéroport

Lors de leur réunion, hier (mercredi 15 janvier), les 28 ambassadeurs du COPS – le Comité politique et de sécurité – ont, en effet, choisi définitivement une option : celle autour de l’aéroport de Bangui (la seconde option était de sécuriser une zone à l’ouest du Centrafrique vers le Cameroun). L’objectif de l’opération sera triple : 1) contribuer à la sécurisation de l’aéroport, 2) contribuer à la fourniture de l’aide humanitaire, 3) apporter un soutien technique à l’Etat-Major de la Misca qui manque de certains éléments — comme le C2 (Commandement et contrôle) ou les télécommunications satellites.

Une demi-douzaine d’Etats participants selon B2

Aucun pays n’a aujourd’hui formellement indiqué qu’il participerait à l’opération EUFOR RCA Bangui. Mais B2 a effectué un premier tour d’horizon des différentes participations possibles, potentielles ou non. En l’état, un premier relevé donne une demi-douzaine d’Etats (potentiellement) participants à la mission. On ne peut pas dire qu’on se bouscule au portillon. La France a ainsi proposé d’être la nation-cadre de l’opération en fournissant le FHQ (quartier-général de force) voire si nécessaire l’OHQ (quartier général de l’opération) du Mont-Valérien (qui avait déjà servi pour l’opération EUFOR Tchad). Paris devrait ainsi logiquement fournir une contribution importante en personnel et une bonne partie de l’Etat-Major. Une partie de la relève de l’opération Sangaris passerait alors sous mandat européen. A noter que la Grèce – qui assure en ce moment le commandement du « battlegroup » d’astreinte – a aussi proposé de mettre à disposition son quartier général de Larissa.

La Belgique pourrait fournir une compagnie de parachutistes. La Pologne et la république Tchèque étudient une participation qui pourrait être commune. L’Estonie devrait officialiser rapidement sa participation, une participation modeste mais qui révèle un engagement régulier de ce pays balte dans les opérations militaires de l’UE (*).

Les autres pays

L’Allemagne en l’état actuel ne participerait pas à la mission avec des troupes au sol mais prêtera une assistance logistique, notamment aérienne. Plusieurs autres pays (comme la Suède, l’Espagne) ont indiqué réfléchir à une participation. D’autres (Luxembourg, Autriche, Italie, Finlande) n’ont pas prévu de contribution mais ne l’excluent pas. En l’état, certains pays (Pays-Bas, Bulgarie) ne comptent pas vraiment participer à l’opération.

Autres détails (discussion politique, planification, calendrier de discussion, financement) sur le Club

(*) un commando estonien participe à l’opération EUnavfor Atalanta et un détachement a été envoyé dans la mission EUTM Mali

PointInterrogationRouge

Un petit caillou… britannique pour la Centrafrique ?

PointInterrogationRouge(BRUXELLES2 – exclusif) Selon les informations recueillies par B2, la mise en place d’une opération EUFOR Bangui en République centrafricaine ne recueille pas un consensus aussi parfait que souhaité. Le contraire aurait été étonnant.

D’une part, la première réunion du Comité politique et de sécurité (COPS) n’a pas été aussi décisionnelle qu’annoncé. Le « feu vert » donné a été un feu vert de principe. « Il n’y a pas eu de discussion approfondie sur l’une ou l’autre des options. Nous avons simplement demandé aux services de poursuivre les travaux de préparation et de planification » précise un participant à la réunion. Ceci est la procédure prévue avec deux réunions du COPS.

La « véritable » discussion aura lieu, en fait, lors de la réunion des ambassadeurs, ce mercredi (15 janvier). Avec plusieurs interrogations : Quels seront exactement les objectifs et les contours de cette mission (sécuritaire ou humanitaire) ?  Quels seront les règles d’engagement ? Combien de temps va-t-elle durer ? Qui assurera le relais de cette « bridging » mission (mission pont) : l’Union africaine ou l’ONU, certains pays sont pour l’une (Allemagne), d’autres pour l’ONU (*) ? Sur quoi se prononceront les ministres ? L’idée de se prononcer d’ici lundi sur une décision – ancienne action commune – apparait comme un véritable… défi. Y aura-t-il même une décision au sens formel. « Nous sommes un peu coincés par le mandat du Conseil européen » précise un diplomate du sérail.

Une certaine incertitude demeure cependant au niveau européen un « petit » souci nommé : Royaume-Uni. Les Britanniques s’interrogent et veulent notamment consulter leur Parlement avant toute décision. Un diplomate de sa Majesté a d’ailleurs expressément douté de la possibilité que les 28 puissent prendre une quelconque décision sur une possible mission ou opération de la PSDC en Centrafrique, lundi prochain, et parlant davantage d’action humanitaire.

NB : Ceux qui suivent les questions de défense européenne ne seront pas vraiment surpris. Les Britanniques ont toujours été très sceptiques sur les opérations de la PSDC. Il n’est que de se rappeler le blocage de l’opération anti-piraterie à ses débuts (L’opération maritime en Somalie bloquée… par le Royaume-Uni) ou leurs réticences sur l’engagement en Somalie (L’inconnue britannique sur l’opération Eusec Somalia/Ouganda), deux opérations qui se sont révélées un succès – et même la success story de la PSDC de ces dernières années – sans oublier leur veto mis à un projet d’intervention au début de la guerre ex-Yougoslavie (Années 1990 : ex-Yougoslavie, les dix faux pas de l’Europe).

(*) A Paris, le ministre Laurent Fabius a rencontré, mardi, Hervé Ladsous, le chef des missions de maintien de la paix de l’ONU. Et à New-York, « le débat continue au sein du Conseil de sécurité » pour une nouvelle résolution a précisé le porte-parole du Quai d’Orsay. « Le secrétaire général des Nations-unies doit préciser les besoins et les perspectives pour la stabilisation en République centrafricaine »

Des personnes fuyant le village de Gbakota arrivent dans un camp après avoir marché 50 km dans la jungle - à Bossangoa dans la région d'Ouham. © ICRC : Boris Heger

En Centrafrique, du renfort, rapidement. Un défi pour l’Europe

Des personnes fuyant le village de Gbakota arrivent dans un camp après avoir marché 50 km dans la jungle - à Bossangoa dans la région d'Ouham. © ICRC : Boris Heger

Des personnes fuyant le village de Gbakota arrivent dans un camp après avoir marché 50 km dans la jungle – à Bossangoa dans la région d’Ouham. © ICRC : Boris Hegerodeur

(BRUXELLES2) La stabilisation de la république Centrafricaine s’avère une vraie gageure. On peut estimer que le propos de certains observateurs titrant sur le « bourbier menace l’opération Sangaris » tient du pessimisme.

Les récentes opérations militaires — Harmattan en Libye, Serval au Mali ou auparavant Eufor Tchad — n’avaient pas échappé à ce qui apparait comme un avatar du cycle de l’information : d’abord l’enthousiasme (plus ou moins mesuré), puis les réserves qui montent et la critique qui surgit au bout d’un ou deux mois d’opération sur l’air de « ca n’avance pas », « on s’enlise », l’échec guette etc. Force est de reconnaitre que, cette fois, le propos n’est pas (entièrement) faux. De toutes les informations qui remontent du terrain, il apparait les forces françaises se trouvent effectivement placées face à un sérieux dilemme. Trop peu de forces, face à une situation complexe et mouvante.

1. La situation est difficile. Il ne s’agit pas juste de maintenir un environnement sûr (le « Safe and Secure Environnement » typique d’une opération de maintien de la paix) mais bien de s’interposer et ramener la sécurité, de protéger la population, d’assurer la protection des structures humanitaires, de désarmer les combattants, etc. Le tout, dans une ambiance délicate où le sentiment de vengeance peut prédominer. Et le gouvernement central est, pour le moins, instable. La continuation de certains massacres est plus qu’inquiétante. Et il n’est pas sans rappeler de tragiques évènements, il y a 20 ans, au Rwanda (*).

2. Le nombre de personnel engagé est « limite » : 1800 militaires pour tenir une ville d’environ 1,2 millions d’habitants, voire un pays, c’est insuffisant, même pour des troupes aguerries.

3. Les appuis africains, qui pouvaient être disponibles, comme les Tchadiens, sont eux-mêmes considérés par une partie de la population comme non neutres et sont donc indisponibles, du moins en partie.

4. Le mandat de l’opération Sangaris et de la Misca est très large. Un spectre aussi important est utile en termes opérationnels, permettant à la force de s’adapter à toutes les situations. Il se révèle, en même temps, un piège. L’explication de la nature de l’opération se révèle ainsi très floue tant aux yeux des opinions publiques occidentales que sur place (*).

5. Voir une opération « française« , menée pour de sinueux « intérêts français », est un raccourci très rapide. Si la Centrafrique n’occupe pas une place hyper stratégique dans la région, toute déstabilisation supplémentaire ne peut qu’aggraver certaines tensions. Tout raté de l’opération Sangaris pourrait ainsi être dommageable à l’esprit même de l’obligation de « protéger » inscrite dans les fondamentaux internationaux.

6. L’Europe sera-t-elle capable de relever le défi ? Les hésitations de l’Union européenne à s’engager sont compréhensibles. Mais elles relèvent d’une fausse interprétation de cet engagement. Si l’Europe ne s’investit pas sur le Centrafrique — autrement que par les voies classiques de l’humanitaire et du chèque donné à l’Union africaine — ce qui ne relève pas à mon sens d’une stratégie de sécurité —, elle commettrait un manquement à ses valeurs alors que toutes les conditions mises à une intervention européenne (objectif de paix, implication africaine, mandat multilatéral) sont réunies. Elle commettrait également une erreur politique. Aux yeux d’une partie de la population européenne comme des autres pays du monde (puissances ou non), elle confirmerait ainsi une étape de plus dans son déclassement stratégique. S’assurer ensuite une place de choix dans les diverses négociations internationales en cours ne sera pas facile, d’autant qu’on retrouve dans ces négociations internationales des pays habitués à l’usage de la force ou à « montrer des dents ».

Papier à suivre sur le Club : Les premières options d’une opération en RCA (exclusif)

Lire aussi : Centrafrique : une certaine lâcheté européenne

(*) On ne peut s’empêcher de penser à l’opération Turquoise, menée au Rwanda à l’été 1994. Le contexte – comme le sens de l’opération – sont totalement différents. Il serait donc inutile d’y mettre une superposition. Mais on entend les mêmes mots et les mêmes justifications. A l’époque, le porte-parole du gouvernement (un certain Nicolas Sarkozy), disait : « C’est une opération humanitaire, conduite dans un temps limité, avec l’objectif de sauver tous ceux que nous pourrons sauver des massacres. Nous avons bien conscience que cette opération est difficile, complexe et risquée. Mais c’est tout à l’honneur de la France d’organiser une opération humanitaire. » Un argumentaire utilisé aujourd’hui par les responsables français. Et le même de poursuivre alors : « La question qu’on devrait se poser, pourquoi nous sommes les seuls ? à part quelques uns de nos amis africains, à avoir envoyé des hommes, du matériel de la logistique. (…) Il faut que d’urgence tout le monde s’y mette pour que les combats cessent, pour que l’aide que les moyens en hommes, en matériels puissent arriver ».

La salle de régulation de EATC à Eindhoven

EATC : un modèle à suivre

La salle de régulation de EATC à Eindhoven

La salle de régulation de EATC à Eindhoven

(BRUXELLES2) Le commandement européen du transport aérien (EATC), situé à Eindhoven, est relativement méconnu. Et c’est dommage ! Car c’est une réussite de la mise en commun, en douceur…

Les ’28’ ne s’y sont pas trompés cependant, en indiquant dans leurs conclusions du sommet européen, qu’il importait de prendre exemple sur le modèle « EATC » pour développer d’autres coopérations dans différents domaines (hélicoptères, soutien médical, maritime…). Cinq pays participent déjà à EATC — Allemagne, France et les trois pays du Benelux — l’Espagne doit intégrer EATC cet été, l’Italie est en pourparlers (sans doute pour 2015) et la Pologne observe avec attention ce développement, tout comme le Royaume-Uni (avec un peu plus de circonspection).

Intégration et souplesse d’emploi

Ici, pas de projet pilote, ou de théorie, sans moyens. L’objectif est d’intégrer la flotte aérienne des pays participants pour maximiser l’effet de masse, tout en laissant à chaque pays sa souveraineté d’emploi des moyens par ailleurs s’il en a besoin.  La souplesse d’emploi reste d’ailleurs l’alpha et l’oméga de ce commandement. Chaque nation peut ainsi, du jour au lendemain, décider qu’elle a besoin d’un avion pour des besoins nationaux. « Ils n’ont pas à justifier la raison. Juste nous indiquer la durée, pour que nous puissions prévoir » explique l’officier chargé des opérations à EATC. « C’est une des raisons du succès de l’EATC – précise le général Valentin – cette possibilité de processus réversible. » Le principe est que les nations mettent ce qu’elles veulent quand elles veulent.

Pas d’avions mais une salle de régulation

La discrétion règne. Il n’y a pas d’avions siglés EATC, en tant que tels (même les avions néerlandais présents sur le tarmac de l’aéroport militaire, situé à proximité, se font discrets). Mais c’est de Eindhoven d’où partent les ordres. « Les équipages reçoivent leurs ordres de nous, d’aller à tel endroit ou de prendre tel matériel ou tel personnel.» « C’est un changement » explique le directeur des opérations. « Et s’ils ont le moindre problème, ils s’adressent à nous. »  EATC n’est pas responsable directement des personnels au niveau de la discipline – ils restent dans la chaine de commandement national – ou pour la responsabilité et l’enquête en cas d’accident. C’est ce qu’on appelle a le OpCon (contrôle des opérations). Cela parait peu. Mais c’est « déjà une révolution ».

Au bilan : 15% de productivité en plus

Au bilan de l’année dernière (2012), 7682 missions ont été effectuées. Un chiffre stable par rapport à 2011. Mais avec, en moyenne, 15% d’avions en moins, car ils ont été décommissionnés. Ce qui représente, tout simplement, une amélioration de 15% de la productivité ! Coté passagers, 345.000 passagers ont été transportés en 2012 (contre 305.000 en 2011).

Participation aux missions

La participation aux missions militaires devient ainsi beaucoup plus facile (et discret). Lors de l’opération « Unified protector« , en Libye, ainsi « toutes les nations EATC ont participé au soutien de la mission, même s’ils ne participaient pas à la mission directement. » 347 missions ont ainsi été coordonnées à Eindhoven. Outre les 249 missions de la France et les 56 des Belges, on peut remarquer que 29 missions ont été assurées par les Allemands et 13 par les Néerlandais. En tout, 12.400 passagers, 3500 tonnes de cargo, 3846 heures de vols.

Autre exemple pour les missions Serval et Afisma au Mali, 207 missions ont été assurées, 33.272 passagers transportés ainsi que 2410 tonnes de fret vers Dakar, Bamako Abidjan, N’Djamena. « A la différence de l’opération Unified protector, il y avait des longues distances à parcourir. » Et cela a été fait, et rendu possible, « souvent avec des moyens contractés ».

Lire aussi :

Le Dossier fait mai 2011 reste toujours valable : ici

Soldats croates lors de l'opération EUFOR au Tchad 2008 (crédit : EUFOR Tchad / Archives B2)

Des Européens en Centrafrique bientôt ? (Maj)

Soldats croates lors de l'opération EUFOR au Tchad 2008 (crédit : EUFOR Tchad / Archives B2)

Soldats croates lors de l’opération EUFOR au Tchad 2008 (crédit : EUFOR Tchad / Archives B2)

(BRUXELLES2 exclusif) Le Conseil européen devrait déboucher sur une initiative plus concrète en matière d’opérations PSDC. Selon nos informations, la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères pourrait, en effet, être chargée de présenter des options « pour une mission civile ou une opération militaire » en République centrafricaine.

Toutes les options civiles et militaires de la PSDC doivent être étudiées

Le dernier projet de conclusions diffusé, vu par B2, mentionné la « volonté (des 28) d’examiner l’utilisation des instruments adéquats pour contribuer aux efforts communs en cours ». C’est-à-dire ceux menés d’une part par la France – opération Sangaris – et par Africains de la MISCA. Il s’agit pour stabiliser le pays, y compris la politique de sécurité et défense commune (PSDC), dans ses deux dimensions militaire et civile ». Plusieurs Etats membres sont, en effet, prêts à apporter leur soutien à une telle opération si elle se déroule sous bannière européenne.

Belgique et Visegrad

Le Premier ministre belge Di Rupo a été le plus explicite sur le sujet, en indiquant que l’effort belge (2 avions) était tout pour l’instant « et certainement pas sur le plan bilatéral ». Selon nos informations, les pays de Visegrad (Hongrie, Pologne, Rép. Tchèque, Slovaquie), pourraient aussi envisager, dans ce cadre, de faire une offre groupée.

Commentaire : Si cette décision était confirmée, elle aurait trois avantages :

  • 1° offrir une réponse européenne un peu plus musclée que jusqu’à présent. Réponse d’autant plus nécessaire que les nouvelles du terrain qui parviennent montre une situation pour le moins sordide. Si l’Europe restait silencieuse, ce serait un signe négatif.
  • 2° Permettre au gouvernement français – parfois critiqué au niveau national – l’occasion de dire qu’ils ne sont pas « tout seuls ».
  • 3° Offrir une opportunité de débat plus large sur les coûts de financement des opérations PSDC. L’idée française d’un « Fonds » ayant été « recadrée » dans une perspective européenne.

Il faut, en revanche, se garder de tout enthousiasme. Il faudra sans doute quelques mois avant que ceci devienne une réalité, le temps de préparer une mission (une nouvelle résolution du Conseil de sécurité de l’ONU pourrait être nécessaire). Et l’effort européen ne pourrait pas automatiquement d’avoir des troupes de combat sur place (une mission type EUFOR) mais davantage ce dont l’Union européenne s’est fait maintenant une spécialité : la formation ou/et la restructuration des armées africaines ou des forces de sécurité (type mission EUTM ou SSR).

(Maj 20.12 minuit) Ces informations – données à l’entrée du Sommet – ont été confirmées à la lecture des conclusions finales. A été rajouté : un rendez-vous donné au Conseil des ministres des Affaires étrangères, le 20 janvier, pour « décision ». Ce qui renforce la notion d’urgence de la décision.

David Cameron a dit "non" à l'envoi d'un battlegroup européen. Le Premier britannique au sommet de Vilnius (crédit : présidence lituanienne de l'UE)

Battlegroup pour la Centrafrique ? Comment Cathy a dit stop !

David Cameron a dit "non" à l'envoi d'un battlegroup européen. Le Premier britannique au sommet de Vilnius (crédit : présidence lituanienne de l'UE)

David Cameron a dit « non » à l’envoi d’un battlegroup européen. Le Premier britannique au sommet de Vilnius (crédit : présidence lituanienne de l’UE)

(BRUXELLES2, exclusif) Selon nos informations concordantes, la préparation du déploiement de la force de réaction rapide (battlegroup) de l’Union européenne en Centrafrique – préparée depuis plusieurs jours par le staff militaire du Service diplomatique européen (SEAE) – a été stoppée net sur ordre… de la Haute représentante de l’UE, Catherine Ashton.

Un battlegroup planifié

L’objectif de la planification (lire : Un battlegroup de l’UE en République centrafricaine ? La discussion continue) était de compléter l’action des troupes françaises, qui se préparaient à « entrer en premier », et de faire la liaison avec les troupes africaines, pour faire cesser les massacres et rétablir une certaine sécurité.

Faire cesser les massacres, ça peut attendre !

Las… la Haute représentante y a mis le holà. « Je ne suis pas opposée sur le principe » a-t-elle expliqué à ses équipes fin novembre en marge du sommet sur le partenariat oriental de Vilnius. « Mais il est vital que la France approche le Royaume-Uni au niveau ministériel pour cela. Il est essentiel d’avoir un « Yes » du Royaume-Uni avant d’aller plus loin. ». Et d’ajouter « Je ne peux pas aller devant les ministres des Affaires étrangères (avec) cela ». Rompez !

David Cameron : le Mister No de la défense européenne

Le « no » britannique est, en fait, connu. Si quelques militaires seraient prêts à y aller. Au Number 10, la résidence du Premier ministre, David Cameron, comme au Whitehall, le siège du ministère de la Défense, la réponse est claire et sans ambages, c’est « No ». Les responsables du SEAE sont rapidement fixés. Il n’y aura pas de battlegroup, pas d’option militaire, ni même l’ombre d’une approche modulaire. Pour Londres, la pierre angulaire de la sécurité européenne est l’OTAN (détails dans le Club : L’OTAN la pierre angulaire, l’Europe le cale-pied (Lidington)). Et quand elle prend la permanence du battlegroup, c’est pour qu’il reste à terre (sauf intérêt suprême de la Couronne en jeu). L’Union européenne n’a un objectif d’action que « complémentaire » et de préférence « civile ».

Et si on mettait un peu d’humanitaire, ca ne serait pas plus beau ?

Peu après un des hauts responsables du SEAE, en charge de la PSDC, Maciej Popowski, prend à son tour la plume. Au nom du principe de réalité, il propose une solution qui se veut consensuelle. « Il serait plus intéressant de présenter l’engagement européen en Centrafrique dans un cadre plus large, en impliquant l’humanitaire, le développement et le travail de sécurité, ensemble ». Un « truc de marketing » comme il le reconnaitra lui-même. Mais « çà pourrait mieux passer », assure-t-il.

L’esprit de Chamberlain …

Or, chacun le sait. Même les humanitaires et les ONGs de tout poils le disent – même Human Right Watch, pourtant peu soupçonnée d’être complaisante envers les forces françaises en Afrique. Il faut rétablir un semblant d’ordre. Nous sommes face à une tragédie. La commissaire européenne à l’Aide humanitaire le dira d’ailleurs : « la question du génocide n’est pas purement hypothétique » (lire sur le Club). Rien n’y fait. En costards-cravates, dans leurs bureaux, quelques responsables ont décidé que cela ne valait même le coup de tenter d’agir et qu’il valait mieux rendre les armes tout de suite.

… plutôt que l’esprit européen et humaniste

Ce refus est problématique. Ce qui s’est passé en Centrafrique ressort de massacres et de crimes de guerre (puisque commis par des forces armées contre des civils). L’intensité des massacres et leur ciblage pourrait peut-être les requalifier en crimes contre l’humanité voire en génocide (l’histoire le dira). En laissant les Français, seuls, aller au combat et perdre des hommes ; en refusant de donner un « feu vert » à la force de réaction rapide de l’UE ; alors qu’il y avait un mandat des Nations-Unies, il y a là un manquement très clair au mandat confié aux autorités européennes par les Traités dans le cadre de la PSDC – la politique de sécurité et de défense commune = « assurer le maintien de la paix, la prévention des conflits et le renforcement de la sécurité internationale conformément aux principes de la charte des Nations unies ». Cet acte ne peut rester sans responsabilité au plan politique. Il faut en tirer les conséquences…

NB : on peut ajouter deux remarques. Les ministres de la Défense et des Affaires étrangères viennent tout juste, le 18 novembre, d’approuver une réforme des groupements tactiques européens, permettant d’avoir plus de flexibilité ou de souplesse dans l’envoi d’un battlegroup. Il aurait été possible d’inaugurer cette évolution (une idée britannique d’ailleurs). La Haute représentante pourrait certainement dans quelques jours demander d’étudier de nouvelles options. Une manière de ne pas rester inactive. Ce faisant elle aura évité à son pays un désaveu cinglant (le veto britannique est, en effet, resté très discret). Et elle renvoie la « patate » chaude aux Grecs, Roumains et autres Chypriotes qui assurent le relais de la permanence de la force de réaction rapide à partir du 1er janvier. Au SEAE, on sait pertinemment que cela pose un vrai problème. Ce « battlegroup » étant désargenté, se projeter en Centrafrique (même si une partie du coût – le transport – est pris en charge), est un effort très important… A ceux qui prétendent que Catherine Ashton n’est pas une fine politique, cette manoeuvre en est un désaveu cinglant !

NB : En fait, le seul espoir de « relais » européen des Français repose sur … les Benelux et Allemands qui auront le « tour de rôle » du battlegroup au 1er juillet 2014 !

Lire aussi :