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EUTM Somalie: l’ambassade de l’UE en “format Lisbonne”

DeVisscherAmbassUeOuganda.png (BRUXELLES2) La délégation de la Commission européenne en Ouganda- pardon l’ambassade de l’UE – est la première ambassade (à ma connaissance) du réseau européen à avoir expérimenté la conduite diplomatique d’une mission militaire de l’UE. La délégation de la Commission européenne a, en effet, basculé au 1er janvier comme ambassade de l’UE. Et elle a participé à toutes les négociations notamment dans les relations avec les autorités ougandaises.

J’ai pu rencontrer son ambassadeur, Vincent de Visscher, présent depuis près de trois ans dans le pays. Un Belge qui, à ses heures perdues, est aussi un fan d’aviation. Il a un petit avion de tourisme, avec lequel il parcourt le pays. La délégation de la Commission européenne en Ouganda – pardon l’ambassade de l’UE – est la première ambassade (à ma connaissance) du réseau européen à avoir expérimenté la conduite diplomatique d’une mission militaire de l’UE.

 (Nicolas Gros-Verheyde)

• Comment définiriez-vous cette mission EUTM de formation des soldats somaliens ?
VdV – C’est une part de notre stratégie globale pour la Somalie. La mission EUTM Somalia comble un gap dans notre objectif d’aider à la sécurité de la Somalie et à soutenir le GFT (gouvernement transitoire somalien) pour restaurer la paix et l’ordre dans le pays. Stabiliser la Somalie, pays fragile, confronté au terrorisme est non seulement important pour l’UE mais aussi pour les pays d’Afrique de l’Est.

• Vous êtes désormais ambassadeur de l’UE et non plus seulement chef de la délégation de la Commission, qu’est-ce que cela a représenté pour vous ?
VdV – Certainement plus de travail… (rires). Plus sérieusement, cela donne au représentant de l’Union européenne une crédibilité et une dimension plus importante à notre mission en Ouganda. Il est important que l’Europe parle d’une seule voix. Ici nous sommes un peu les yeux, les oreilles, la face unique de l’Union européenne à l’extérieur. Nous avons des contacts avec les autorités ougandaises (ministère de la Défense, des Affaires étrangères, Chef de la défense) mais aussi avec les médias. Ce n’est pas évident en effet d’amener 1-2000 soldats somaliens dans le pays. Le public ougandais a besoin d’une explication. Nous devons leur expliquer ce que nous faisons, que l’on travaille ainsi pour leur sécurité.

• Vous parlez d’une crédibilité supplémentaire, qu’entendez-vous ?
VdV –  Trop souvent le public ougandais nous voit comme un partenaire de développement, s’occupant de projets, de programmes de routes et de développement rural, des tâches humanitaires, nous sommes bien sûr un acteur politique, nous avons un dialogue avec les autorités, cette mission nous apporte une dimension d’acteur dans la sécurité et la paix dans la région.

• Les Somaliens seront formés à Bihanga, à l’ouest de l’Ouganda, dans une région un peu excentrée. Mis à part la mission de sécurité, l’Union européenne a-t-elle une action dans cette région ?
VdV – Oui. Si l’emplacement de Bihanga a été choisi par l’UPDF, c’est important aussi pour la population sur place – environ 10.000 personnes – de percevoir des bénéfices au plan local. Nous rénovons une petite piste d’aviation, et des équipements comme des points d’eau. Nous envisageons de construire une nouvelle école, un accès routier… (*) C’est important de faire cela pour une meilleure perception d’EUTM, comme de l’UE, en Ouganda.

• Dernier point, le SOFA (accord de protection des forces) n’est pas encore signé, quand le sera-t-il, pourquoi ce retard ?
VdV – Le SOFA devrait être signé, dans quelques jours, le 20 mai, j’espère. Il fallait respecter le système constitutionnel ougandais, notamment la consultation du solicitor general.

(*) accès qui en a bien besoin, je peux en témoigner 🙂

(crédit photo : Conseil de l’UE)

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EUTM Somalia démarre (2) : sur la route Kampala Bihanga

(BRUXELLES2 entre Kampala et Bihanga) Kampala – Bihanga, 250 kms c’est 7 heures de route environ. Autant dire qu’une fois au camp UPDF et EUTM à Bihanga, on ne repart pas de sitôt. Mais le trajet vaut le détour et on s’y fait… Enfin pas tous les jours 🙂

Sorti de Kampala, avec une circulation à la fois dense et anarchique, commence la route, qui cède parfois à la piste, quand ce n’est pas la boue (quand il pleut). Mieux vaut donc partir tôt quand il fait chaud. La route est parfois impeccable (entre Mbarara et Ibanda par exemple, refaite à neuf). Parfois elle est en l’état, avec trous et bosses à la clé et a besoin d’un sacré coup de neuf (comme entre Masaka et Mbarara). Mais, en de nombreux endroits, elle est en réfection (avec le soutien de l’Union européenne).

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La route Masaka-Mbarara (© NGV/Bruxelles2)

Le danger le plus important n’est seulement le revêtement mais aussi la vie autour et sur la route. Petits marchands, magasins sont abondants. Piétons, vélos chargés de bananes ou de bois, motocyclistes, camions surchargés (de bois, de bananes, de marchandises diverses), 4×4 roulant à toutes allures, s’y croisent, avec les matatus (minibus) et les coasters (bus) pour le meilleur et pour le pire. Les accidents sont fréquents. Et il est fortement recommandé de ne pas rouler la nuit. La plupart des entrées de villages sont d’ailleurs protégés par des dos de zébus (un dos d’âne beaucoup plus important) qui obligent à ralentir sévèrement. Et la police veille. Postés tous les 20 ou 30 kms, armés de radar le plus souvent, ils n’hésitent pas à manier du bras pour arrêter les voitures qui passent.

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Kampala (© NGV/Bruxelles2)

Les paysages sont magnifiques, très verdoyants. Aux bananeraies, une culture nationale dans la région, succèdent celles, plus rares de café. Au fur et à mesure des kilomètres, les vallons se succèdent. Et les arbres deviennent plus touffus, plus hauts. On se croirait presque dans un paysage du Massif central, avec des petits ruisseaux, des vaches dans les champs, etc.

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Quand on vit que ca ressemble au Jura ou au Massif central ! (© NGV/Bruxelles2)

Dans cette partie du pays la population est assez dense. Et il y a peu d’espaces qui ne sont pas habités, du moins le long des routes. Les maisons, ou les écoles en dur, souvent, sont plutôt entretenues avec soin. Et les Ougandais sont naturellement conviviaux. bonjour, welcome, how are you sont de rigueur. Et les premiers mots de swahili viennent vite. Avec un peu d’apprentissage, on peut alors pratique le Jambo (bonjour), Nzuri (comment çà va), ahsante (bien merci) rythment les rencontres, ainsi que la longue poignée de main chaleureuse.

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Des boutiques bien fournies tout le long de la route (© NGV/Bruxelles2)

A Ibanda, nous empruntons une piste de terre et graviers. Et nous arrivons enfin à Bihanga, au fin fond de nul part. Sur une colline, très discrètement, établi, se trouve le camp de formation de l’armée ougandaise, UPDF. Vivent ici, avec leurs familles, dans l’habitat traditionnel, quelques centaines de soldats et officiers ougandais. Seul le chef du camp, le Lieutenant Colonel Byaruhanga, a droit à un habitat en dur. Les Européens se sont établis à l’autre bout du camp de l’UPDF, face à une colline et un paysage sublime le matin.

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Bihanga (© NGV/Bruxelles2)

(Nicolas Gros-Verheyde)

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La mission EUTM Somalia démarre (Reportage)

(BRUXELLES2 à Kampala) Ca y est ! Les premiers soldats somaliens – qui seront formés dans le cadre de la mission européenne EUTM – sont arrivés à l’aéroport de Kampala (Entebbe), lundi. En toute discrétion (les Ougandais ne tiennent pas à une arrivée avec tambours et trompettes).

Full operationnal capacity déclarée

La plupart des effectifs européens d’EUTM sont déjà arrivés, eux aussi. Et la « Full Operationnal Capability » (FOC) a été atteinte, le 5 mai, selon un document présenté à la presse par le chef de la mission, le colonel espagnol Ricardo Gonzalez Elul. Ils proviennent de 14 nationalités (1). Tous sont à peu près là, à une seule exception : les Belges qui attendent encore une autorisation de leur Parlement (retardée avec la chute du gouvernement belge) et le Luxembourgeois (qui devait partir avec les Belges).

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Le QG de la mission – doté de 25 personnes – a été installé à Kampala ; un hôtel de la capitale a été loué pour les besoins de l’opération, « plus simple », « plus pratique », « plus rapide ». Les autres formateurs sont directement sur place à Bihanga. Le SOFA – accord sur le statut des forces – n’est pas encore signé. Il devrait être signé dans les jours prochains (le 20 mai peut-être, d’ici la fin du mois sûrement). Un officier de liaison ainsi qu’un conseiller politique sont présents à la cellule à Nairobi. Un autre officier de liaison est présent à Bruxelles chargé de la coordination avec les autorités politiques, la CMPD et l’Etat-Major de l’UE.

Une mission d’un an

Ainsi que l’avait déjà précisé le colonel Elul à Bruxelles : « La mission EUTM devrait durer 14 mois environ. Les 2000 Somaliens seront formés en 2 sessions de six mois chacune. » (avec une pause de 1 mois entre les 2 sessions). Chaque contingent comprendra un tiers de sous-officiers (330) et 2/3 de soldats (670). Ils seront formés dans les mois qui suivent, de façon conjointe, par les Européens et Ougandais.

Les Ougandais assureront l’essentiel de la formation de base (« apprendre à travailler ensemble ») ; les Européens assurant les formations spécialisées selon un planning défini.

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Nb : en bleu la formation faite par les Ougandais, en rouge, celle faite par les Européens

Des teams de formateurs

Une dizaine d’équipes de formation ont été formées : 3 teams Espagnols (dont un avec les Grecs), 2 teams Français, 1 Belgo-Luxembourgeois, 1 Hongrois et Allemands, 1 Irlandais et Maltais, 1 Suédois et Finlandais. Les modules de formation spécialisés sont pris en charge par un Etat membre : sous-officiers par les Français, les mines et actions contre IED ainsi que l’évacuation médicale (MEDAC) par les Italiens,  les  communications par les Allemands, la Fibua (Fighting in Built-Up Areas – ou combats en zones habitées) par les Portugais.

L’Europe vient compléter un effort déjà réalisé

Le GFT estime « avoir besoin des forces de 10.000 personnes. 6000 doivent être formés ; 4000 ont été déjà formées par diverses formations bilatérales. Il en reste 2.000 à former » avait précisé, récemment à Bruxelles, Didier Lenoir, qui suit les missions militaires à la CMPD, la direction de planification militaro-civile de l’UE (qui va être intégrée au service diplomatique de l’UE). Précision : plus de 500 ont été formés par les Français à Djibouti, 1200 par les Ougandais à Bihanga, environ 1000 autres par les Américains à Djibouti notamment.

Processus de sélection

La sélection des soldats sur la base des critères définis par les Européens (1) est faite, sur place, par le gouvernement transitoire somalien (GFT). Le passé de chacun des « élèves » a été scruté par les américains pour éviter d’avoir des apprentis terroristes. « Les bad guys seront exclus immédiatement du processus » explique le colonel Ellul.

Les recrues proviennent d’un peu toute la Somalie. Les Somaliens ont été acheminés par C130 d’abord puis par plus gros porteur (Boeing 737) ensuite. Des avions affrétés par DynCorp international, qui est un des contractants privés du Département d’Etat US en Somalie et a été mandaté par l’opération EUTM, en étroite liaison avec Américains (1). Les Somaliens sont regroupés au camp Jazeera, à Mogadiscio (Somalie) avant le départ vers Entebbe (Ouganda). Là ils sont équipés et le processus de sélection complété, notamment pour vérifier que les conditions principales, comme l’âge, sont bien respectées. Puis ils sont acheminés par bus civil jusqu’au camp de Bihanga. Un camp des forces ougandaises (UPDF) situé à plus 200 km de la capitale, à 7 heures de route de Kampala, à l’est du pays. (*)

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(*) Une route que l’Union européenne est en train de rénover. L’ambassadeur de l’UE Vincent De Visscher a ainsi confirmé, hier, que l’UE financerait à hauteur de 335 millions de shilling ougandais (environ 122 millions d’euros) la route Masaka-Mbarara, qui constitue un des axes très fréquentés du pays (et la route vers Bihanga). Le plus important projet que l’UE ait financé dans le pays – qui figurait déjà dans le programme indicatif défini il y a plusieurs mois – et une contribution au développement de l’Ouganda. L’aspect « global » de la politique extérieure de l’UE, en « format Lisbonne », joue ainsi déjà même si le service diplomatique de l’UE n’est pas encore en place.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Le dossier :

Lire également:

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Direction … Africa

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(sur la photo : les soldats somaliens formés précédemment par les Ougandais)

(BRUXELLES2) La dernière née des missions de l’Union européenne, EUTM Somalia, mérite le détour. Elle est la première action de coopération militaire proprement dite de l’UE et elle vise au rétablissement d’un Etat failli, la Somalie, selon une technique qui me paraît plus intelligente et largement plus économe en moyens (humains et financiers) que celle employée en Afghanistan. Elle vise avant tout à reconstruire des forces de sécurité pour l’Etat somalien.

Certes tout ne risque pas d’être rose. Et les déconvenues risquent aussi d’être au rendez-vous ainsi que l’a constaté un reportage d’AP récemment à propos des forces somaliennes formées par les Ougandais et Américains.

Mais c’est le minimum à faire si l’on veut garder un semblant d’Etat sur cette rive Est de l’Afrique, si stratégique… Il était donc nécessaire que j’aille sur place constater de visu l’arrivée des premières recrues somaliennes que vont former les Européens. Je vous raconterai au retour. En attendant… ce blog fonctionnera au ralenti ! Mais j’ai quand même prévu quelques papiers qui sauront, j’espère, vous intéresser…

(Nicolas Gros-Verheyde)
LogoEutmSomalia

L’accord de protection des forces avec l’Ouganda. Le texte

LogoEutmSomalia(BRUXELLES2) L’accord entre l’Union Européenne et l’Ouganda sur le statut des forces déployées dans le pays pour la mission de formation des soldats somaliens (EUTM Somalie) est presque prêt. Ne reste que l’approbation officielle des Ministres. Le sujet pourrait cependant ne pas figurer au menu du Conseil des ministres des Affaires étrangères du 26 avril.

Cet accord – assez classique – parcourt tous les sujets : identification, franchissement des frontières, privilèges et immunités, uniforme et port d’armes, communications, formalités en cas de décès, sécurité et pouvoir de discipline, demandes d’indemnisation en cas de blessures ou décès, règlement des litiges…

Immunité générale. Le personnel de l’UE déployé en Ouganda a ainsi le droit d’entrer et de séjourner en Ouganda (sans formalité excessive autre que celle d’être en possession d’une pièce d’identité ou passeport, sans taxes et autres prélèvements). Il bénéficie d’une immunité d’appréhension et de juridiction, du droit de porter l’uniforme de l’UE et de porter des armes, etc… Le personnel local ne bénéficie normalement pas de cette protection et privilèges. Mais l’Ouganda « doit exercer sa juridiction sur ce personnel de façon à ne pas entraver d’une manière excessive l’accomplissement des fonctions de la mission. »

EUTM bénéficie pareillement de l’immunité et de l’inviolabilité de ses installations. Elle peut utiliser ses véhicules, arborer le drapeau de l’Union, utiliser ses véhicules, communiquer par radio et téléphone à l’intérieur de ses installations.

Police militaire. La sécurité des installations d’EUTM est assurée normalement par les autorités ougandaises. Le commandant d’EUTM est l’autorité chargée de faire régner l’ordre et la discipline dans les rangs d’EUTM. Il peut, au besoin créer une unité de police militaire. Celle-ci peut intervenir non seulement dans l’enceinte des installations mais également en dehors, « en coopération et consultation avec la police ougandaise, pour assurer le maintien de l’ordre et la discipline parmi le personnel d’EUTM Somalia« .

Litiges. Les litiges relatifs à l’application de l’accord sont réglés par voie amiable, diplomatique ou, en dernier lieu, par recours à une instance d’arbitrage ad hoc (composée de trois personnes désignées l’une par l’UE, l’autre par l’Ouganda, la troisième d’un commun accord et, à défaut, par le président de la Cour de justice de l’UE).

 Télécharger le texte de l’accord (NB : nouveau lien)

(Nicolas Gros-Verheyde)

EUTM Somalia lancée, nette participation US, premiers détails

(BRUXELLES2) La décision de lancement de la mission militaire de formation des militaires somaliens  (EUTM Somalia) a été officiellement approuvée, mercredi en fin d’après-midi (par procédure écrite). Le lancement sera effectif le 7 avril. La mission de l’UE – qui vise à former 2000 hommes en deux vagues de six mois – se déroulera en coopération avec les forces américaines et ougandaises. Voici les premiers détails.

140 Européens

L’effectif est aujourd’hui à peu près atteint. Il y a environ une centaine de formateurs (exactement 96 au dernier pointage) et 41 personnels à l’Etat-major. Une cellule de liaison sera basée à Nairobi auprès des Nations-Unies et de l’AMISOM. Une quinzaine de pays européens ont confirmé précisément leur participation : L’Espagne (38), la France (26), l’Italie (18), le Portugal (15) et l’Allemagne (13) fournissent la majeure partie de l’effectif. La Belgique (7 personnes), l’Irlande (5 *), la Finlande (4), la Hongrie (4), la Suède (4), Malte (3) la Grèce (2), et le Royaume-Uni (2).

On peut faire quelques remarques :

– la faiblesse de la participation britannique, étonnante et injustifiable. Et encore est-ce uniquement au sein de l’Etat-Major sans formateurs sur place!

– la participation irlandaise notable quand on sait les débats qui ont animé la campagne de ratification du dernier traité européen (Traité de Lisbonne) ;

– la participation notable du Portugal (plutôt chiche d’ordinaire sur les missions européennes) ;

– un absent de taille (pour l’instant), les Polonais ;

– la présence d’un seul quartier général, sur le terrain. Finie la dichotomie OHQ / FHQ.

Il reste toujours un point qui est en passe d’être réglé : le soutien médical (1). Il pourrait être sous-traité à l’extérieur. Et financé en partie par un pays tiers : les Japonais par exemple. Des Japonais très présent dans l’est de l’Afrique et très engagés pour soutenir le gouvernement somalien. D’autres pays participeront d’un point de vue logistique à l’opération.

Un sérieux coup de pouce américain

De façon générale, les Etats-Unis procurent un soutien notable à l’initiative. Les soldats somaliens seront acheminés en Ouganda à Entebbe par des avions affrétés par les Etats-Unis puis par les Ougandais jusqu’au camp de Bihanga (idem pour le retour). Les stagiaires seront habillés et recevront des équipements individuels par les Américains ; l’Egypte fournira également des uniformes (environ 10.000). Les stagiaires recevront 100 $ d’indemnités par mois (cet engagement devrait être acté sur l’année fiscale 2011). Les Ougandais donneront aux stagiaires une arme légère type AK-47 et deux magasins de munition. Le principe, en effet, est que les stagiaires arrivent à Bihanga habillés et équipés. La traduction sera effectuée par un corps d’interprètes (une quinzaine) financés par les Européens.

Sur place, l’UE construit un camp

L’opération EUTM Somalia comprend un volet logistique discret mais réel. Les Européens ont ainsi entamé et financé la construction de plusieurs installations : un camp pour les 150 instructeurs européens, des dortoirs pour 300 stagiaires, une piste d’atterrissage d’un peu moins d’un km pour accueillir les avions, un stand de tir, un camp d’entraînement, et bien entendu la place pour les parades et cérémonies officielles.

La question du recrutement des recrues est vitale

Les stagiaires seront sélectionnés selon un ensemble de 6 critères : un équilibre géographique et entre clans, la bonne condition physique et médicale, être majeur – plus de 18 ans (pas question de former des enfants soldats), l’aptitude à l’éducation (en sachant qu’en Somalie ce critère est pour le moins difficile à appliquer), une attitude générale, ainsi que l’absence de violations des droits humains. La sélection devrait être faite sur place par les forces somaliennes mais aussi par l’AMISOM. Une enquête de sécurité sera faite sur chaque candidat (elle devrait durer quelques semaines). Il n’est pas, en effet, question d’introduire un terroriste dans le camp ougandais.

Un soutien général à la sécurité

Une conférence devrait être réunie en mai sur le renforcement du secteur de la sécurité en Somalie. Outre l’Union européenne et les Etats-Unis, plusieurs Etats – la Norvège, le Japon, les Emirats arabes unis – ainsi que l’organisation de la conférence islamique – ont indiqué l’intention de soutenir le financement du secteur de la sécurité qu’il s’agisse des forces armées mais aussi les ports, les routes, le gouvernement, la police…

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire également :

La mission EUTM Somalia lancée officiellement le 7 avril

(B2) La mission militaire de l’Union européenne visant à contribuer à la formation des forces de sécurité somaliennes (EUTM Somalia) sera lancée le 7 avril. La décision de lancement est approuvé, ce mardi, par les ambassadeurs COPS de l’UE, puis ensuite par procédure écrite par les 26 Etats membres de l’UE (1), en même temps qu’ils approuveront le « plan de mission » (2). Le commandant de l’EUTM Somalia autorisé « avec effet immédiat« , à donner l’ordre d’activation (ACTORD) en vue d’effectuer le déploiement des forces et d’entamer l’exécution de la mission.

Fondement international. Cette mission se fonde sur les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, en particulier la résolution 1872 du 26 mai 2009,qui souligne l’importance « de reconstituer, de former, d’équiper et d’entretenir les forces de sécurité somaliennes » et avait demandé « instamment aux États membres et aux organisations internationales et régionales d’offrir une assistance technique pour la formation et l’équipement des forces de sécurité somaliennes » ainsi que la résolution 1897 du 30 novembre 2009, qui réitèreles résolutions antérieures et réaffirmé son « attachement à la souveraineté, à l’intégrité territoriale, à l’indépendance politique et à l’unité de la Somalie ». Coté Ouganda, une lettre officielle datant du 5 janvier est venue inviter l’UE à participer à la formation des forces de sécurité somaliennes en Ouganda pour une période d’au moins un an.

(1) S’agissant d’une mission militaire de la PeSDC, le Danemark ne participe, en effet, pas à cette décision ni au niveau politique ou budgétaire, ni au niveau opérationnel. (2) Plus connu auparavant sous le terme d’OpPlan – plan d’opération – devenu depuis le Traité de
Lisbonne, plan de mission (terme utilisé désormais aussi bien pour les missions militaires que civiles).

(NVG)
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Malte va participer à l’opération Atalanta et Eutm Somalia

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(crédit photo : forces armées maltaises)

(BRUXELLES2) Malte devrait participer aux deux missions militaires de l’UE dans l’Océan indien et la Corne de l’Afrique. Ainsi, les forces armées maltaises vont prendre part à l’opération aéronavale anti-pirates EUNAVFOR Atalanta. Des discussions sont entamées avec le gouvernement néerlandais pour permettre l’insertion dans la mission, selon mon confrère du Times of Malta, Ivan Camilleri. Concrètement une douzaine de soldats commandos pourraient prendre part à bord de la frégate néerlandaise.

C’est la première participation notable de la petite ile de Méditerranée à une opération/mission de la PeSDC depuis son adhésion. Un officier maltais a déjà été envoyé au QG d’Atalanta à Northwood. La présence dans les eaux de l’Océan indien d’une importante flotte sous pavillon maltais n’est pas sans lien avec cette implication. Sur la dizaine de navires capturés par les pirates, 4 navires sont sous pavillon « rouge et blanc ».

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(crédit photo : forces armées maltaises)

Malte ne devrait pas s’arrêter en si bon chemin. Elle devrait participer également à la mission de formation des soldats somaliens en Ouganda (EUTM Somalia) avec 3 officiers. L’ile participe déjà à la mission des observateurs européens en Géorgie (EUMM), avec deux personnels.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Eutm Somalia: les effectifs à peu près remplis, sauf le service médical (Maj)

(B2 / A Palma de Majorque) Si l’Espagne et la France ont été les premiers à annoncer leur participation à la mission européenne de formation des militaires somaliens (EUTM), ils ne sont pas les seuls. Selon les derniers chiffres communiqués, hier à la réunion informelle des ministres de la Défense de l’UE, l’Espagne fournira 15 personnels au Quartier général et 30 formateurs spécialisés en guérilla urbaine et recherche d’IED, la France environ 30 personnes ; l’Allemagne : une contribution « adéquate » d’un format équivalent (entre 20 et 30 personnes selon un expert allemand) ; l’Italie : environ 20 personnes de différentes armes ; le Portugal : 17 formateurs ; la Grèce : 5 personnes, le Royaume-Uni : 1 planificateur. La Pologne, la Belgique et Malte avec des instructeurs dont le nombre exact reste à définir, etc… Quant au service médical – qui est une nécessité de terrain et une condition mise par certains Etats pour participer à la mission – on est toujours en train de le rechercher. Mais sa dimension et son format ont été réduits, ce pourra ne pas être un vrai rôle 2.

Nb : la décision cadrant la mission EUTM Somalia a été publiée au JO L044 . détails ici

Qui va assurer le Rôle 2 (médical) pour la mission EUTM ?

(BRUXELLES2) C’est une question essentielle. Si les effectifs d’encadrement et de formateurs pour la mission de formation des militaires somaliens en Ouganda (EUTM Somalia) devraient être à peu près fournis (1), il manque encore un point essentiel pour la bonne conduite de la mission : qui va assurer le Rôle 2, les services médicaux sur place ? La question n’est pas résolue. « C’est un problème » reconnaît un expert du dossier.
« Nous attendons une proposition d’un Etat membre. Sinon nous devrons attendre une proposition d’un Etat tiers ou avoir recours à l’out-sourcing (1) ». Elle pourrait être résolue lors du processus de génération de force. Pour l’instant, en effet, il n’existe que des « propositions informelles » des Etats.

Un besoin détecté. La mission d’évaluation avait montré qu’il y avait un besoin de service médical renforcé. Le camp d’entraînement des Ougandais ne disposant que d’une capacité chirurgicale limitée. Certes il ne s’agit pas d’un « rôle 2 » complet, comme au Tchad (où il y avait une centaine d’hommes et plusieurs blocs chirurgicaux). Car les risques sont limités. Il n’y a pas d’engagement de troupes. Une double équipe chirurgicale, bien équipée et dotée, avec anesthésie et différents matériels de réveil et réanimation est cependant nécessaire, disposant d’un hélicoptère pour les Evasan (évacuation sanitaire). Car un accident lors d’un entraînement, un accident de tir est tout à fait envisageable, et même largement problable, sur une durée d’un an de mission. Et il faut toujours prévoir le pire : un attentat ou un acte désespéré terroriste. Les milices Al Shabab ont ainsi menacé l’Ouganda de s’en prendre à eux, pour leur faire payer leur soutien important à l’AMISOM et au gouvernement transitoire somalien (GFT). La mission n’est qu’en apparence, sans danger.

(1) 50-60 Espagnols, 30 Français au moins, 10-20 Italiens, autant d’Allemands, etc…

(2) Une solution privée employée en Géorgie, non sans risque d’ailleurs : un ambulancier est mort sur une mine.
Géorgie: une mine explose au passage d’un véhicule des observateurs de l’UE. Bilan: 1 mort