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La leçon de kick boxing politique de Renzi

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Matteo Renzi, recevant le président afghan, Ashraf Ghani,

(B2) L’entretien qu’a donné Matteo Renzi au quotidien Corriere della Sera ce dimanche ressemble à une vraie leçon de kick boxing.  Il l’a poursuivi cet après-midi par un message diffusé sur les élections Un festival…

Un coup à ceux qui  taxent de mollasonne la position italienne…

« La position de l’Italie est claire et robuste. Nous devons anéantir les terroristes, pas plaire aux commentateurs. Et la chose que nous ne devons pas est une multiplication des réactions ponctuelles sans regard stratégique. Nous pouvons tout nous permettre, sauf une Libye bis ».

Un coup dans les tatanes de Berlusconi et Sarkozy

Interrogé sur l’éventuel de leadership « Si les moyens de leadership consistent à jouer à courir après le bombardement des autres, je dis: non merci. Nous avons déjà donné. L’Italie a utilisé cette stratégie en Libye en 2011: pour se rallier au final à contrecœur à la position de Sarkozy. Quatre années de guerre civile en Libye ont montré que ce n’était pas un choix heureux. Et aujourd’hui, nous avons besoin d’une stratégie différente. »

L’armée italienne peu engagée ?

Reprocher à l’Italie de ne pas être présente lui parait difficile. « L’Italie est présente partout : nous dirigeons la mission au Liban, nous sommes en Afghanistan, au Kosovo, en Somalie, en Irak. Le conseiller militaire de Ban Ki-moon est italien, c’est le général Serra. »

Une petite tape à revers pour Angela

« Les Allemands ont décidé d’augmenter leur contingent après (l’attentat de) Paris. Mais il n’arrivent pas encore à notre niveau d’engagement. Et ce qu’ils ont décidé en décembre 2015, nous avons fait depuis septembre 2014. »

Une chiquenaude en passant à François Hollande

« J’ai un grand respect, de l’estime et de l’amitié personnelle pour François Hollande. C’est un homme très intelligent et sa réaction (NB : la déclaration de guerre contre Daech) est légitime et compréhensible. Mais il dirige une France blessée, qui a besoin de donner des réponses, à commencer sur le plan interne. » Une phrase qui peut se lire à double sens, après les avancées du Front national aux élections régionales.

Des écoles et des théâtres pas seulement des bombes…

« Nous voulons élargir la réflexion. Il est nécessaire de combattre Daech : discutons sur la manière de le faire. Et n’oublions pas que les attentats ont été élaborés dans les banlieues des villes d’Europe. Il faut une réponse aussi en Italie. Voilà pourquoi il faut des écoles et des théâtres, pas seulement des bombes. C’est la raison pour laquelle chaque euro dépensé pour la défense se traduira par un euro pour la culture ».

Et, pour finir, un uppercut à l’Europe

Le dernier coup, le président du Conseil italien l’a porté aujourd’hui. Un message diffusé notamment sur son compte facebook et intitulé « L’Europe doit changer ».

« Le moment est venu pour les institutions européennes de faire face à la réalité — écrit-il (en français également). On ne peut pas survivre seulement grâce aux moyens tactiques. Sans une vision stratégique, surtout en thème d’économie et de croissance, les forces populistes vont gagner; tôt ou tard elles gagneront aussi dans les élections politiques nationales. (…) Si l’Europe ne change pas son parcours tout de suite, les institutions européennes risquent devenir (en le sachant ou pas) les meilleurs alliés de Marine Le Pen et de ceux qui essayent de l’émuler. »

(NGV)

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Le clin d'oeil de Charline Vanhoenacker lors de la venue de Fr. Hollande à France inter

Une Europe (= Allemagne) plus audacieuse plaide François Hollande

Le clin d'oeil de Charline Vanhoenacker lors de la venue de Fr. Hollande à France inter

Le clin d’oeil de Charline Vanhoenacker lors de la venue de Fr. Hollande à France inter

(BRUXELLES2) Effectuant sa rentrée politique sur France-Inter ce lundi matin (5 janvier), dans une séquence spéciale de la tranche info matinale de la radio publique, le président français a consacré de longues minutes à l’actualité européenne plaidant pour plus d’audace et de solidarité en Europe que ce soit au plan économique, de la Zone euro, de la politique aux frontières ou au niveau international…

Votez comme bon vous semble !

« Les Grecs sont libres de choisir leur destin »

Le président français a voulu d’abord prendre à rebours les points de vue exprimés par plusieurs responsables européens à Bruxelles (la Commission européenne, avant Noël) ou à Berlin (selon les « révélations » du Spiegel citant des « sources » proches de la Chancellerie) voulant influencer le choix des Grecs lors des élections à venir, notamment pour éviter la venue de Syriza au pouvoir. « Les Grecs sont libres de décider souverainement de leurs gouvernants. (Ses) citoyens doivent se prononcer comme ils l’entendent ».

… Mais ils doivent respecter leurs engagements

Une limite cependant existe dans ce choix. Le nouveau gouvernement issu des urnes devrait « respecter les engagements pris par leurs pays » (Nb en matière de dette notamment) tout « comme les responsables européens » devront assumer leurs engagements « quel que soit leur gouvernement ». Et d’ajouter : « Je me suis bien fait comprendre. Les Grecs sont libres de choisir leur destin. Mais en même temps il y a des engagements qui ont été pris, des obligations qui ont été posées. Tout cela devra être forcément respecté ».

La Grèce dans la Zone Euro

Sur l’appartenance de la Grèce à la zone euro, « c’est à la Grèce seule d’en décider ». « Il n’y a pas aujourd’hui à émettre je ne sais quelle considération qui voudrait selon le vote des Grecs ils ne seraient plus ou seraient dans la Zone Euro ».

La zone Euro : ce n’est pas l’austérité

« Les pays comme l’Espagne et la Grèce ont payé un très lourd tribut pour que la zone Euro soit préservée et que leurs pays puissent y demeurer. (…) L’Europe ne peut plus être identifiée à de l’austérité d’autant que la Zone euro a été stabilisée, que l’Union bancaire a été créée et installée et que nous avons des taux d’intérêts particulièrement bas. D’où la priorité donnée par la France à la croissance » Et de rappeler que « Si nous voulons que ces forces (NB : Syriza en Grèce, Podemos en Espagne) soient utiles, il faut leur parler. Et de rappeler : « la Zone euro, ce sont des règles, des disciplines qu’il faut respecter … avec la flexibilité. »

Un couple franco-allemand qui se soude… grâce à la crise ukrainienne

Que voulons-nous faire de l’Europe ?

Au-delà de cette discussion sur la zone Euro, ou sur les questions économiques « il y a un enjeu qui nous dépasse tous : savoir que voulons-nous faire de l’Europe ?  » François Hollande donne sa définition : « L’Europe, cela doit être notre protection, à condition que nous puissions lui donner la force qui est attendue d’elle à la fois pour être présente sur la scène internationale, davantage qu’elle n’est, et pour porter une politique de croissance. »

Davantage d’audace

« Nous devons faire que l’Europe puisse prendre davantage de risques, soit plus audacieuse » a plaidé François Hollande, dans une phrase où on sentait bien que le mot « Europe » pouvait aussi être remplacée par le mot « Allemagne ». Celui-ci voit trois terrains pour cette « audace » renouvelée : « comme médiatrice dans un conflit, comme en Ukraine ; sur le plan international — il y a suffisamment de sujets — et pour la Zone Euro. Il ne faut pas faire simplement que des disciplines s’ajoutent à des disciplines mais avoir un espace économique commun avec des harmonisations fiscales, sociales » a-t-il souligné, prenant en exemple la mise en place d’un Salaire minimum outre-rhin comme une bonne nouvelle.

Un couple franco-allemand « franc » et « sincère »

« J’ai des relations depuis 2 ans 1/2 avec Me Merkel de la sincérité, de la franchise et du travail commun. Nous nous disons les choses (…). Nous avons le même enjeu et le même intérêt : faire que l’Europe puisse être plus forte, plus solidaire dans ses choix, plus active dans ses politiques de croissance ». Ce que Angela « attend, c’est que la France puisse être plus compétitive. Ce que nous attendons de l’Allemagne, c’est qu'(elle) puisse être davantage dans la relance de la croissance »

Une rencontre dimanche prochain

« Je vais rencontrer Angela Merkel encore dimanche (11 janvier) à l’initiative à l’initiative du président du parlement européen Martin Schulz qui est allemand mais aussi francophone et francophile. Et nous allons parler de l’avenir de l’Europe, de la relation franco-allemande ». Et d’ajouter, en guise de confidence : Avec Angela, « on s’est beaucoup rapproché depuis la crise ukrainienne ».

L’Europe doit avoir une politique d’asile…

Face aux derniers évènements de cargos « trafic » chargés d’immigrés venant vers l’Italie, François Hollande souligne les trois tâches de l’Europe.

1° « L’Europe doit surveiller ses frontières extérieures — c’est le système Frontex — et mettre davantage de moyens ».

« L’Europe doit faire face et organiser une politique d’asile par rapport aux Syriens, répondre rapidement aux demandes d’asile, les accepter lorsqu’elles sont légitimes, les refuser lorsqu’elles ne sont pas. » Rappelant, au passage, une vérité : « qui fait le plus d’efforts pour les Syriens ? Ce n’est pas France, c’est l’Allemagne et la Suède. C’est la même chose pour les Irakiens. »

… et résoudre les crises

Enfin, « l’Europe doit régler les crises. Si on ne crée pas de situation permettant qu’en Syrie, en Irak, en Libye, il y ait un ordre public et une transition politique, nous aurons toujours des populations qui voudront venir en Europe. (…) Ces populations, on ne peut pas les laisser dans cette situation. Et, en même temps, ces populations doivent vivre là où elles ont eu toujours leur vie et leur destin ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi sur le Club : les positions géopolitiques de Fr. Hollande Ukraine et Russie, Syrie, Iran et Libye

Pour réécouter l’intervention de François Hollande sur France-Inter, c’est ici. Pour écouter la séquence (humour) de Charline V., c’est

(Crédit : Conseil européen)

« L’Europe dans la tempête ». Quand Herman se livre

(Crédit : Conseil européen)

(Crédit : Conseil européen)

(BRUXELLES2) Le président du Conseil européen, Herman van Rompuy, n’est pas homme à faire des vagues. Sa fonction ne s’y prête pas d’ailleurs. Pourtant, son ouvrage “l’Europe dans la tempête”, publié moins d’un mois avant les élections européennes et six mois avant la fin de son mandat, pourrait faire des remous dans le « circus » européen, avec ses anecdotes bien choisies et son regard inédit sur l’exercice d’une fonction qu’il occupe depuis bientôt cinq ans et qui est elle-même peu connue. Il y a peu de doute cependant que l’intéressé regrette vraiment le bâtiment du Conseil, le Justus Lipsius, dont émane « une sobriété toute soviétique ».

Des anecdotes croustillantes 

Bien que l’ancien Premier ministre belge ait pris maintes précautions et déclare ne vouloir « blâmer personne » ni livrer « ce petit tas de secret » cher à un certain De Gaulle,  le Président du Sommet de la zone euro et du Conseil européen fournit quelques détails croustillants sur la préparation de certaines réunions entre les Chefs d’Etats déplorant un couple franco-allemand « qui ralentit », un jeu diplomatique britannique qui mène parfois à « l’impasse », « l’impuissance » des dirigeants du G8 ou encore la « recette facile » de l’extrême droite.

Le Miroir du « Prince » 

Quoiqu’on puisse regretter le caractère à notre goût un peu trop circonspect, notamment sur la politique étrangère européenne ou la défense (à peine abordée), son livre au format court (140 pages) apporte une vision inédite sur l’exercice d’une fonction, la Présidence du Conseil européen. « Responsable de l’ordre du jour des sommets européens », le président ne dispose cependant d’aucun budget et que « d’un cabinet de taille comparable à celui d’un secrétaire d’Etat belge, que, officiellement, il ne nomme même pas lui même ! ». Herman van Rompuy semble ainsi vouloir donner à son successeur une sorte de “Miroir du Prince” , « une somme d’expériences » sur une fonction qui reste « assez vague voire éthique », si ce n’est opaque dans les textes.

(Loreline Merelle)

• Europe dans la tempête », éditions Racine, 144 pages, 19,95 euros

Taillard de Worms accueillant le jeune Vlaminck (© Little Bear, Pathé Films)

Quai d’Orsay …

Taillard de Worms accueillant le jeune Vlaminck (© Little Bear, Pathé Films)

Taillard de Worms accueillant le jeune Vlaminck (© Little Bear, Pathé Films)

(BRUXELLES2) Le film de Bertrand Tavernier « quai d’Orsay » tiré de la bande dessinée du même nom est sorti sur les toiles est à voir absolument (si vous ne l’avez déjà vu).

N’écoutez pas les critiques, un peu blasées qui expliqueront la bouche en coin que c’est « quand même moins bien que la BD, c’est grotesque » etc… « Quai d’Orsay » est un film de divertissement. Mais aussi une tranche de vie de la diplomatie française. Entre la caricature, il y a beaucoup de vrai là.

Les petites turpitudes de cabinet, la grande politique, les réalités dites entre 2 coins de porte, l’OTAN, les marchands d’armes, l’Europe… Tout y passe. Ceux qui connaissent un peu les coulisses riront doublement. Quant aux autres, vous pourrez découvrir une diplomatie agissante, « qui travaille et est efficace » (*) comme l’a expliqué le metteur en scène, Bertrand Tavernier, sur différents médias. Il faut aussi en retenir – au-delà du pittoresque – l’Histoire avec un grand H. Avec ses positions intransigeantes, Chirac puis De Villepin, ont évité à la France (et à l’Allemagne) une guerre sanglante, celle d’Irak, qui n’a pas fini de laisser des conséquences et se révélera sans doute comme une des plus funestes erreurs stratégiques de l’Amérique et du Royaume-Uni du début du siècle dont on n’a pas encore fini de payer le prix…

A quoi reconnait-on un vrai diplomate ?

A celui qui arrive à placer cette blague dans une conversation : « Otan suspend ton vol » ou « Otan en emporte le vent ». C’est une quasi obligation dans le cabinet du ministre des Affaires étrangères. Et le jeune diplomate Vlaminck va en avoir la preuve très rapidement. Le ministre utilisant la formule lui-même.

L’OTAN … je crèverai avant

L’OTAN le ministre l’a en travers. « L’ennemi en politique comme en littérature, c’est la logique des faibles, la logique de l’OTAN. Même en Turquie. » Ajoutant lors d’un dîner : « L’Otan je crèverai avant d’avoir compris à quoi çà sert. D’ailleurs je n’irai pas à Genève. (Pas question) de me gorger le mou pour parler de la guerre du terrorisme ».

Marchand d’armes ou de godemichets…

Taillard de Vorms converti en VRP français s’adressant à un prince d’un pays du Golfe : « Vous savez que nos radars sont les meilleurs. Votre royaume tirerait un grand profit à avoir l’expertise française. Votre région ne peut pas rester tributaire des Etats-Unis. » Avant de se raviser, se retournant vers ses collaborateurs dans un accès de franchise. « Je me troue le cul pour faire avancer la paix et vous me faites vendre des canons comme des cravates ou godemichets. »

Le Danois, le Slovène et le Croate

Un rendez-vous avec le ministre danois des Affaires étrangères ? « Aaah putain le Danois, faut que je traite le Danois ! Mais quelle connerie ce métier. En plus à chaque fois il déboule en vélo. J’ai rien à lui dire moi » (…) « Hier j’ai eu le Slovène » pfff. Un déjeuner avec le ministre croate annulé… « Aaah annuler le Croate, je vois que tu me prends par les sentiments. »

L’Allemagne au conseil de sécurité et la friture européenne

Claude Maupas (l’excellent Niels Arestrup alias Pierre Vimont) cherche toujours doucement à contrecarrer les lubies du chef et réaguiller sur le bon chemin. En tentant de remettre celui-ci sur les vrais sujets… notamment le droit de vote de l’Allemagne au Conseil de sécurité qui revient comme un leitmotiv. Mais Taillard de Vorms se dérobe : « De toute façon ce qui compte aujourd’hui c’est le Moyen-Orient donc les Américains. Laissez tomber votre friture européenne. Ca n’a ni queue ni tête. »

L’Europe : une vision et des symboles…

« L’Europe ? Cà ne devrait pas être ces calculs sordides d’usurier, des magouilles de Conseil d’administration et des discussions de technocrates à perte de vue sur la taille des bébés poissons et du fromage au lait cru. L’Europe çà doit être une vision et des symboles. »

Des conflits à la pelle

Doucement, Claude Maupas tente de se frayer un chemin dans le charivari du cabinet : « Les amis si vous ne faisiez plus rien pendant l’heure qui vient, j’ai besoin d’un petit peu de concentration. Et en attendant vous pourrez avancer sur tous les dossiers en attente (…) : le conflit des Grands lacs, la Cisjordanie, les pêcheurs de thon aux Seychelles, la guerre des Anchois en Espagne… et si quelqu’un pouvait s’occuper du patriarche maronite pendant une heure… »…

Toutes ressemblances avec une situation existante est bien sûr tout à fait fortuite 🙂

Bande annonce

Post scriptum : Des diplomates qui bossent

(*) A ceux qui en doutent… ce n’est pas une façade. Tavernier a raison ! En quelques années, j’ai rencontré de ces diplomates (de ces membres de cabinet ou de ces militaires), à la fois passionnés, avec une ironie mordante mais dévoués à l’intérêt général et fins connaisseurs de leurs dossiers. Ils sont plus nombreux qu’on pourrait le supposer. Et toujours passionnants même si on peut ne pas partager toujours leur vision.

Il y a 7 ans…

Avant même que ce blog soit né, j’en ai été le témoin oculaire. A l’occasion de la disparition d’un proche, à l’autre bout du monde, dans des circonstances complexes, j’ai pu mesuré très vite la réalité d’une machine, rodée, redoutablement efficace mais qui gardait, malgré tout, une certaine densité humaine dans tous les moments. Ce sont ces instants, ces discussions courtes ou longues avec des diplomates/ des militaires de tous niveaux, par téléphone à une heure avancée de la nuit, au Quai d’Orsay ou à l’Elysée, au petit matin dans un couloir de Roissy, sur le tarmac de Istres, avant le décollage d’un C135, qui m’ont fait toucher du doigt une réalité que je ne connaissais pas vraiment, en fait. La discrétion ne nuit pas à l’efficacité, et le réalisme n’empêche pas une certaine humanité et solidarité. Ils sont repartis aux 4 coins du monde aujourd’hui : au Sahel, en Géorgie, dans le Golfe, au Kenya, à la Dicod ou… à Bruxelles. C’est peut-être grâce à eux que ce blog est né en quelque sorte. Ils ne le savent sans doute pas vraiment. Qu’ils en soient aujourd’hui, doublement, remerciés…

De la Pena nommé directeur Europe et Asie centrale au SEAE

(BRUXELLES2) C’est le diplomate espagnol Luis Felipe Fernández de la Peña qui est nommé directeur du département « Europe et Asie centrale » au service diplomatique européen (SEAE). Il occupe un poste laissé vacant depuis mars et le départ de son prédécesseur Miroslav Lajcak, nommé ministre des Affaires étrangères (lire : Le service diplomatique va-t-il perdre son directeur Europe/Asie centrale ?)

Fernández de la Peña est actuellement – depuis un an – ambassadeur de son pays en Russie et auprès de 4 autres pays de la région (Arménie, Belarus, Turkménistan et Ouzbékistan).  Né le 19 mai 1951, après une licence de sciences politiques terminée en 1979 il entre au service diplomatique. Il sert à l’ambassade en RFA (république fédérale d’Allemagne), en Croatie (1993) et plus tard en Slovénie. En août 2004, il est nommé ambassadeur en Turquie (point important pour la région) et également pour l’Azerbaïdjan (2004).

Il a été également directeur général pour l’Europe non communautaire et l’Amérique du Nord, puis après la restructuration du ministère pour l’Amérique du Nord, l’Asie et Pacifique à Madrid de 2008 à 2010 (sur la photo).

 

François Hollande, un changement de style, plus européen

(BRUXELLES2) La première sortie de François Hollande au niveau européen, c’était aujourd’hui, lors de ce diner informel qui s’est tenu à Bruxelles. Commencé un peu avant 20h, il s’est prolongé fort tard dans la nuit. C’était assez attendu. Et ce n’est qu’à 1h30 que les vibreurs ont retenti sur nos portables pour annoncer la tenue d’une conférence de presse. Une conférence, totalement ouverte à la presse internationale ; « Vous êtes les bienvenus » a d’ailleurs précisé à l’adresse de mes collègues européens, un ambassadeur français avant la réunion. A l’heure dite, la foule des grands jours était là. Impossible d’avoir une chaise si on n’était pas venu un peu à l’avance. Et du monde debout, partout. Avec un exercice de questions – réponses qui s’est prolongé assez tard dans la nuit.

Je ne m’intéresserai pas, ici, au fond — eurobonds, croissance, taxe sur la transaction financière (TFF), Banque européenne d’investissement (BEI)… — il sera sans doute largement commenté ailleurs. Mais à la forme, ou plutôt à la méthode, développée par le président français tout au long de son dialogue avec la presse. Le changement avec son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, est, là, plutôt radical. Davantage que sur le fond d’ailleurs. Pas question de se mettre en avant, de pousser du col la position française, ou de renverser la table en disant que la France a pu changer le cours du monde, et que tout le monde est d’accord avec elle, l’heure semble à ne pas cacher les désaccords, au dialogue, à la recherche de solutions en commun, à la mise en avant des institutions communautaires… cela change ! Un style plus européen, plus esprit d’équipe que de compétition, qui semble apparemment bien passer, notamment en Italie ou Espagne ou Pologne qui avaient l’impression d’être parfois mis de côté, comme dans les plus « petits » pays.

Chaque pays compte et doit être entendu

« Quand on se réunit à 27, il est nécessaire d’écouter tout le monde. On ne peut se contenter d’en écouter 22 et de ne pas en écouter les 5 autres. » entame ainsi François Hollande. Certes cela ne semble pas toujours très rigolo, ni très ordonné à l’entendre. « Chacun parle avec des durées extrêmement variables. Certains sont brefs. D’autres prennent une partie de la nuit. Mais c’est, çà, aussi le respect des souverainetés. Chaque pays compte et doit être entendu. » Finies les moqueries contre tel ou tel pays qui faisaient, à vrai dire, le ravissement des commentateurs… mais vexait un peu les sujets. Quant à changer la méthode de fonctionnement de ces conseils, il est trop tôt. « C’est mon premier sommet. (…) Peut-être quand j’aurai fait d’autres sommets européens, je pourrais faire des propositions. Je ne veux pas faire la leçon aujourd’hui. »

Laisser la place au débat

Toute la difficulté de ce débat est car les positions sont très diverses à entendre le président français. Sur les Eurobonds, « des pays ont dit leur opposition de manière délibérée, plus marquée que Me Merkel . D’autres sont pour Eurobonds mais contre la TFF (le Royaume-Uni). Il y a des pays qui sont contre tout : contre les Eurobonds, contre la TFF, contre l’augmentation du capital de la BEI. » Le président n’a pas voulu nommer les « contre » mais il s’agit sans nul doute des Pays-Bas, comme de la Suède ou de la République tchèque. « Et il y a des pays qui sont pour : la TFF, les eurobonds, la BEI. (…) Le débat va se poursuivre. »

Chercher le compromis, et aux institutions communautaires

« Il faut chercher les compromis. Il n’y a pas eu de décision et personne n’en espérait. Ce n’était pas le lieu. Il était nécessaire de mettre les idées sur la table pour savoir qui était pour, qui était contre,  pour ensuite permettre au président de la Commission européenne et au président du Conseil européen de rechercher des compromis. »

Elections en France : premiers éléments d’analyse pour l’Europe (maj)

Si les premières intentions de vote se confirment on peut déjà dresser quelques leçons.

Le président de la République plafonne et se laisse distancer par le candidat socialiste. Plusieurs éléments ont joué. Sa politique a déçu : le slogan « travaillez plus, gagnez plus » était un excellent slogan, mais il ne s’est pas réalisé, alors déception… Ses allers-retours – pro européen puis anti-européen, moderne puis traditionnel… – ont rendu son message incompréhensible. Ses erreurs du début n’ont pas été rattrapées par la suite ; parti à la rencontre d’une partie uniquement de son électorat – la droite industrielle riche – il en a oublié ses autres parties – notamment la droite populaire. Il paie, enfin, un départ très tardif en campagne et une trop grande confiance dans sa force de bateleur. De fait, contrairement à ce qu’on aurait pu attendre, il n’a pas bénéficié vraiment des attentats de Toulouse, et de son retour en flamme sécuritaire.

Le président dispose pour le second tour d’une faible réserve de voix. Ce n’est pas l’apport des voix de Bayrou que pourra venir le secours – d’autant qu’une partie ira voter plutôt à gauche ou à la pêche (abstention). Et il y a peu de « petits » candidats du centre ou de droite populaire qu’il peut espérer rallier (un Dominique de Villepin ou un Jean-Louis Borloo aurait bien été utile). Il faudra aller pêcher à l’extrême droite, voire rafler l’ensemble de ces voix d’extrême droite. Ce qui parait difficile.

Le score de l’extrême droite peut paraître une surprise. C’est oublier que le Front national, sous Le Pen père et fille, n’a cessé – élection après élection – de grapiller quelques points. Son écrasement en 2007 a pu faire penser à un revirement, il n’en était rien. Ce n’était qu’une péripétie. Autre élément, important, le fort taux de participation démontre qu’une partie de la population (1 Français sur 5) va voter pour Le Pen. Elle ne profite pas ainsi d’une montée en pourcentage, à la faveur d’une abstention forte. C’est doublement inquiétant. Car elle va se retrouver en arbitre de nombre des élections suivantes, à commencer par les législatives, où les triangulaires vont être nombreuses.

Il y a ainsi généralement un retour de la gauche, en France, avec la (re)constitution d’un pôle important à gauche du parti socialiste, regroupé autour d’un seul candidat, Jean-Luc Mélenchon. On note aussi un certain écrasement des différents partis d’extrême-gauche (Lutte ouvrière, Nouveau parti anticapitaliste) au profit d’un seul candidat non seulement plus médiatique, mais aussi plus consensuel et symbolique. Il n’est pas évident que toutes ces voix se reportent sur Hollande au second tour. Mais le candidat socialiste devrait être assuré d’un meilleur report de voix que de ceux de l’extrême droite sur Sarkozy.

Si François Hollande est élu à la présidence de la République, on va retrouver en France une situation politique inédite, où la gauche a tous les leviers de pouvoir. En 1981, quand Mitterrand était au pouvoir, le sénat était encore à droite. Plus aujourd’hui. Depuis une dizaine d’années, mis à part quelques accidents locaux, la gauche a remporté toutes les élections — municipales, cantonales, régionales … —; ce qui lui a permis de conquérir la chambre haute (le sénat) réputé être le garant de la stabilité. Un point important car cette composition va influer sur les autres structures de l’Etat comme le Conseil constitutionnel (nommé par les présidents des trois structures : présidence de la République, Assemblée nationale, Sénat).

Ce résultat d’élections pourrait avoir un effet de dynamique – qui devrait rejaillir sur des élections dans plusieurs autres pays – Pays-Bas notamment, république Tchèque (éventuellement) et Allemagne l’année prochaine. Certes chaque pays a ses ressorts politiques internes, mais il existe aussi des cycles généraux. Après avoir été durant une bonne dizaine d’années très orientée à droite, il pourrait y avoir non un retour de balancier complet à gauche, mais un rééquilibrage certain entre la droite et la gauche, qui pourraient infléchir les politiques européennes à venir.

Berlin s’interroge sur l’avenir de l’Airbus A400M. Londres aussi!


(B2) C’est le Spiegel qui l’affirme. Tenant en cela des informations venant du ministère de la Défense allemand. Berlin réfléchirait à interrompre sa participation au programme Airbus A400M. Plus exactement, « Si Airbus n’indique pas rapidement quand et comment il pourra résoudre les problèmes (techniques), le responsable des programme d’acquisition allemands, Rüdiger Wolf, pourrait conseiller, au moment opportun, au ministre de la Défense Franz Josef Jung, de mettre fin au contrat », souligne le journal (1).

Une solution tout à fait plausible, au moins juridiquement. Le retrait du programme n’était en effet jusqu’ici pas possible (sauf à payer un dédit important – ce qui suffisait à faire taire tout début de vélléité de quitter le programme). A partir d’avril, cela deviendra possible, puisque le contrat signé entre l’OCCAR – pour les Etats participant – et l’industriel EADS permet de dénoncer le contrat et récupérer les sommes, en cas de retard de 14 mois sur le premier vol. Le premier vol aurait du avoir lieu en janvier 2008. Et l’OCCAR n’attend pas de premier vol avant l’été 2009.

Une menace plus qu’une réalité. En avril 2009, une fenêtre sera donc ouverte. Fenêtre dans lequel pourrait s’engouffrer le ministre de la Défense allemand, d’après nos confrères allemands… Mais j’ai comme un doute sur la possibilité de passage à l’acte, pour au moins trois raisons :
philosophique. Jusqu’à il y a peu, le gouvernement allemand estimait, devant le Bundestag, impossible de revoir ce contrat dans un sens ou un autre. Que ce soit pour certaines
spécifications ou pour renoncer aux indemnisations, « le gouvernement n’est disposé à renoncer à son droit contractuel » répondait le Ministère. En cela, l’Allemagne avait pour principe de dire « tout le contrat, rien que le contrat » ou comme le veut la formule latine : « pacta sunt servanda« .
opérationnel, abandonner le programme veut dire trouver une autre solution. Et rapidement ! Il n’y en a pas 36000 sur le marché mais une : le bon vieux C130 relooké dans sa dernière version le J. Mais ces machines ont un prix également. A la question posé par un parlementaire sur une solution intérimaire, le ministère de la Défense avait d’ailleurs répondu « Keine ». C’est clair…
social et économique. D’après le gouvernement allemand lui-même, environ 10 000 emplois dépendent de ce programme : 3 300 emplois directs et 7 150 emplois indirects. La conjoncture n’est peut-être pas idéale pour mettre ces personnes au chômage, même partiel… Surtout à quelques mois des élections générales (qui se tiennent en septembre)!

Un coup de négociation alors ? Pourquoi ce coup de sang allemand, ou cette petite fuite acerbe de l’administration de la défense. Sans doute parce qu’il s’agit de monter d’un cran la position allemande dans les négociations entamées entre l’industriel, les Etats membres et OCCAR. Alors que celui-ci doit remettre une évaluation du programme et des solutions, il s’agit de remettre les pendules à l’heure, en agitant une menace dissuasive, plus digne de la menace nucléaire, afin d’éviter que certaines solutions qui ne plaisent pas à Berlin ne s’échafaudent : notamment une renonciation aux indemnités de retard (comme le demandent les Français) ou une augmentation du prix (comme le demande EADS).

Un autre coup de semonce, venu de Londres. Autrement plus conséquente me paraît être le coup de semonce venu de Londres, plus exactement de la commission de défense de la Chambre des communes qui, dans son traditionnel rapport sur les équipements militaires, s’inquiète vertement du retard pris par le programme. Les députés britanniques s’interrogent notamment s’il ne serait pas préférable « d’abandonner (le programme) et de prendre (d’autres) décisions pour acheter ou louer d’autres avions afin de ne pas laisser un déficit de capacité dans le transport aérien se créer ». Les Britanniques souffrant aujourd’hui d’une capacité aérienne critique, la question est autrement plus conséquente que pour les Allemands – même si la chambre des Communes a d’ordinaire la dent dure pour tous les programmes y compris britanniques…

(NGV)

La mission en Afghanistan « épuise » les armées européennes

(B2) « Overstretch » c’est le mot préféré du responsable diplomatique ou militaire européen actuellement, quand on lui demande s’il est possible de s’engager sur une mission de paix. Logique… Tous les Etats européens, peu ou prou, ont mis l’Afghanistan en tête de leurs priorités d’opérations extérieures de leurs forces armées pour 2009, n’hésitant pas à limiter par ailleurs leurs engagements (voir les renforts). C’est au Royaume-Uni, pays le plus engagé depuis le début dans la guerre d’Irak puis d’Afghanistan, que la situation est aujourd’hui la plus critique. Le Royaume ne peut actuellement plus faire face à l’épuisement de ses soldats et des matériels et ne veut/peut pas s’engager sur d’autres opérations extérieures (sauf pour sa marine ou pour des engagements très limités en hommes). La rotation accélérée génère des mécontentements internes si forts que plusieurs officiers ont rompu la loi du silence et dit tout haut ce qui se murmure dans les rangs. Même la presse populaire s’en mêle, signe d’une inquiétude au plus haut niveau de la hiérarchie. Dans nombre d’Etats européens, si la situation n’est pas au même point, le résultat est identique. Crise budgétaire oblige, la Pologne, l’Italie, la Roumanie… notamment ont décidé de concentrer leurs efforts sur l’Afghanistan et sont obligés soit de se désengager d’autres terrains, soit de limiter leur engagement. Et cela est inquiétant…

Le risque : une sujétion politique, militaire, industrielle aux Etats-Unis…

Je ne m’étendrais pas sur la stratégie suivie en Afghanistan par les Américains et l’OTAN. Même si d’excellents analystes m’assurent que c’est une excellente stratégie, et la « seule », je persiste à penser que c’est une erreur… (une erreur qui risque de nous coûter cher dans l’avenir). Je voudrais me concentrer sur le risque que présente cette stratégie pour les armées européennes, et leur implication dans diverses autres missions de paix (interposition, stabilisation…). On peut se demander si la stratégie « d’assèchement » des capacités européennes n’a pas aussi d’autres conséquences. Les Américains sont en passe d’emmener les Européens dans une course à l’engagement comme ils avaient mené les Russes, dans les années 1980, dans une course aux armements. Dans ce cas, l’objectif était clair : conduire les Russes à changer leur politique de défense et leur politique tout court. Dans la situation actuelle, même si ce n’est pas l’objectif, les effets conduisent à une situation similaire. Car l’engagement renforcé en Afghanistan entraîne pour les Européens cinq conséquences bien précises à mon sens.

Certaines peuvent être considérées comme positives : 1° les obliger à une réforme drastique des armées (2 millions d’hommes disponibles et seulement quelques dizaines de milliers projetés à l’étranger) ; 2° les conduire à prendre en charge une partie de leur sécurité (sur le continent européen). D’autres sont plus négatives — 3° les englober dans la politique (et la stratégie) américaine dans le monde ; 4° limiter leurs ambitions et leur capacité d’agir de manière « autonome » dans des actions de maintien de la paix ou de stabilisation ailleurs dans le monde ; 5° les inciter à renouveler, de façon accélérée, l’équipement de leur armée, ce qui revient – de fait – à privilégier les équipements immédiatement disponibles sur le marché et de préférence compatibles avec ceux utilisés par les Alliés en Irak. Donc plutôt les équipements américains. Ceux-ci sont, en effet, en position de force pour deux raisons : a) les USA étant la force « dominante » en Afghanistan, il est plus logique de s’équiper des mêmes matériels ou au moins de matériels standardisées. b) les
matériels américains sont souvent les seuls à proposer un matériel opérationnel (certains matériels « européens » étant actuellement à l’état de projet, par exemple pour l’avion tactique le futur A400M contre le projet de Lockheed C130J).

Dans tous les cas, il y a inflexion nette de la politique de sécurité européenne par l’effet d’une intervention extérieure. Ce risque d’atteinte à notre autonomie européenne me paraît bien plus
grave et immédiat que celui, évoqué par certains responsables politiques français respectables (Royal, Bayrou, Juppé, De Villepin), du danger de perte d’indépendance par la réintégration par la France des commandements de l’OTAN (article à suivre).

 (NGV)

Karl Von Wogau (eurodéputé): L’Europe doit être plus autonome

© NGV – Karl Von Wogau en déplacement en Moldavie Ukraine mars 2008

NB : je le confesse, Von Wogau, dans ses propos liminaires ou leçons qu’il ne manquait pas de tirer, avec pondération souvent mais détermination également, m’a beaucoup appris…

• Vous ne vous représentez pas. Des regrets de quitter le Parlement?

Non… Tourner la page après trente ans, effectivement, ce n’est pas simple. Ces années ont été intéressantes. En fait, quand je suis venu, je pensais faire un seul mandat, de 5 ans, puis passer à autre chose ensuite. Mais, au bout de cinq ans, j’ai trouvé le Parlement plus passionnant que de m’occuper de pilules (Von Wogau travaillait dans l’industrie pharmaceutique). Et j’ai continué…

Progrès et faiblesses de l’Europe de la défense

• A lire votre dernier rapport, on sent quand même comme une amertume par rapport aux lenteurs d’avancée de l’Europe de la défense ?

Ce n’est pas de l’amertume. Durant ces dix dernières années, nombre de choses ont été réalisées dans l’Union européenne. Des structures comme le Comité militaire, le Cops, l’Etat-major militaire, l’Agence européenne de défense ont vu le jour. Nous avons mené 22 opérations extérieures, civiles et militaires. Et, qu’un projet commun comme « Musis» voit le jour, ou qu’un système comme Galileo, financé par un budget européen, soit disponible, aussi, pour les opérations Pesd… ce n’est pas rien !

• Cela ne se passe pas tout seul cependant ?

Logique. Nous sommes en train de faire quelque chose de révolutionnaire, à tous les points de vue. Cela prend un peu de temps pour corriger les… mille années d’erreur depuis les serments de Strasbourg… Beaucoup de projets ont été lancés sous présidence française. Mais il y a eu des crises (Géorgie, crise financière…) qui n’ont sans doute pas permis d’aller aussi loin que possible sur certains dossiers – comme le renforcement des structures. La présidence présente (tchèque) est perdue. Mais ensuite avec les Suédois, les Espagnols, les Belges, nous avons des présidences intéressantes, très engagées dans la PESD. Et j’ai confiance. Il faut du temps pour bâtir une politique européenne. Mon expérience, du marché intérieur, de l’Euro, montre qu’il faut dix années minimum pour bâtir un système européen. Pour la défense européenne, on est plutôt à l’horizon de 20 ans.

• 20 ans ! Nous sommes donc à la moitié du chemin. Et l’on n’a pas encore atteint le point de non-retour, en quelque sorte ?

Oui. Selon moi le processus n’est pas irréversible. Pas encore. Avec l’Euro, on avait atteint un point de non-retour en mai 1998. Quand après plusieurs heures de négociation, tard dans la nuit, on s’était mis d’accord non seulement sur la création de la Banque centrale européenne, mais aussi sur son chef. L’Europe de la défense n’a pas encore atteint ce point de non-retour.

• Qu’est-ce qu’il faut pour avancer ?

Des pas concrets. Par exemple. Que chaque Etat mette à disposition de l’Union, au moins 3% de soldats. Si les six pays qui portent l’Eurocorps le mettait à disposition, ce serait déjà un énorme progrès. Ma conception de l’Europe est toujours celle de Jean Monnet unifier l’Europe autour de grands projets concrets. C’est pour cela que j’ai toujours douté que le projet de Constitution avait une chance de se réaliser. Cela me semblait plus facile de faire passer les amendements nécessaires que de créer un ensemble constitutionnel trop vaste.

• L’Europe a été incapable dans le passé d’intervenir face au conflit en Yougoslavie. En serait -elle aujourd’hui ?

Oui, nous serions sans doute capable d’éviter le désastre. Nous avons cette capacité d’action commune qui nous manquait dans les années 1990. Beaucoup avaient honte, à l’époque, que l’Europe soit incapable d’éviter ce désastre. Une possibilité d’action autonome européenne était nécessaire, chacun le ressentait ; mais il n’y avait pas de structure commune, que des structures nationales.

Un livre blanc pour la défense européenne et stratégie de sécurité

• Vous préconisez un Livre blanc. Mais à quoi pourrait-il servir ? Nous avons déjà une stratégie…

On a assez réfléchi sur la stratégie, il faut ce Livre blanc pour aborder la mise en œuvre, de façon systématique, complète. La question est de savoir qui serait en mesure de conduire cette réflexion ? Ce sera difficile pour le Conseil, la Commission comme le Parlement : l’un n’a pas accès aux projets industriels, l’autre n’a pas de compétence sur la défense, le troisième, ce n’est pas son rôle. Je crois qu’il faut le faire à l’extérieur. Je mets donc en place cette Fondation européenne de la sécurité pour travailler sur ce sujet. Je veux m’inspirer du processus du Livre blanc français, avec séminaires et discussions, un des moyens pour générer un vrai débat sur la politique européenne de défense.

• De quoi peut-on, faut-il parler ?

Plusieurs sujets sont sur la table : 1) les structures de commandement, 2) les capacités, par exemple la mise à disposition de l’Eurocorps. 3) la situation personnelle des personnels en opérations. (…) Il faut analyser quels sont nos intérêts communs, par exemple vis-à-vis de la Russie. Et quels sont les intérêts nationaux dont il faut tenir compte. Il y a aussi la solidarité nécessaire. Les pays baltes doivent aussi s’intéresser à la sécurité de l’Europe du sud, et vice-versa.

• L’Europe doit être « puissance « alors ?

Elle doit surtout être une Europe autonome. Mais pour être autonome, elle doit être puissante. Cela ne signifie pas qu’il faille créer une autre superpuissance. L’Europe a aujourd’hui sûrement une identité plus forte qu’une autre organisation internationale. Il s’agit vraiment davantage de développer cette identité européenne qu’une suprématie.

• Et la proposition russe d’une nouvelle structure pour la sécurité européenne ?

Je ne suis pas trop en faveur d’une nouvelle structure. On en a déjà bien assez. Mais je crois que l’UE doit s’occuper davantage de sa propre sécurité…

• C’est-à-dire le bouclier anti-missiles

Oui. Il ne faut pas hésiter à en parler. Car le bouclier anti-missiles a des conséquences au niveau européen : qu’est-ce que ça signifie pour notre sécurité. Est-ce que l’Europe est entièrement protégée ? Il n’y a aucun doute que la sécurité des Etats-Unis sera améliorée avec ce système. Mais, pour eux, c’est la troisième ligne de défense. Tandis pour nous, Européens, c’est notre première ligne. Et c’est une ligne très partielle. Si vraiment il y a danger, il faut se mettre d’accord avec les Russes, et avec les Etats-Unis pour que cela corresponde aux besoins européens. C’est-à-dire avoir un système de commandement qui prenne en compte les besoins européens ; avoir un système américain, russe et européen.

• Cela signifie être souple avec la Russie ?

Il faut être ferme. Mais il ne faut pas s’enfermer dans une peur réciproque. Il faut dialoguer. A mon sens, cela a été une erreur de geler le Conseil Otan-Russie (après le conflit avec la Géorgie). Il faut toujours avoir des instances de dialogue, garder des lignes de communication toujours ouvertes.

Le Haut représentant de l’UE

• Qui verriez-vous comme futur Haut-représentant UE après Solana ?

Solana a fait un excellent travail vu le peu de moyens dont il disposait. S’il y avait un successeur, des personnages comme Michel Barnier ou Carl Bildt seraient intéressants.

• C’est important qu’il vienne d’un grand pays ?

Non. Petit ou grand pays, cela importe peu. Je suis contre cette idée d’un directoire de quatre grands pays. Ca ne marche jamais. Pour faire fonctionner le couple franco-allemand, par exemple, il faut toujours un Belge, un Luxembourgeois, un Néerlandais. Il n’y a qu’à regarder Airbus pour vérifier qu’une initiative exclusivement franco-allemand sans des « petits » pays ne fonctionne pas.

La crise économique et ses répercussions

• Justement, l’Airbus A400M semble en difficulté et l’abandon pourrait être d’actualité ?

Ce serait une erreur d’abandonner l’A400M. C’est un programme clé pour opérations civiles et extérieures. La question est de savoir s’il faut une question intérimaire. Des projets comme celui-là, il faut les continuer. Mais il faut tenir compte de l’expérience. Une structure de planification et de mise en œuvre, comme l’Airbus A400M, n’est pas vraiment optimale. A l’avenir il faut une structure plus raisonnable. L’Agence européenne de défense et l’Occar (NB : Organisation Conjointe de Coopération en matière d’Armement) doivent suivre le processus. Et ces structures européennes doivent être renforcées.

• Mais la crise économique frappe. La défense n’est pas la priorité principale ?

Face à la crise, il faut vérifier s’il n’y a pas des projets industriels, d’équipement civil et militaire, qui pourraient être poussés comme la recherche de sécurité pour la protection des frontières extérieures ou des infrastructures critiques (pipelines pour le gaz…). On ne peut plus se permettre d’avoir autant de duplications si on a de moins en moins de moyens. L’argument « il faut dépenser mieux » est plus que jamais d’actualité.

(Nb : entretien paru en version plus courte dans Europolitique)

H. Morin: « L’Europe de la défense est relancée. Mission accomplie »


A l’issue du Conseil des Ministres de la Défense, qui s’est tenu le 10 novembre, le ministre français qui présidait la réunion, Hervé Morin a commenté les principaux résultats de la réunion. (article paru dans Europolitique)

Quel bilan tirez-vous de ce Conseil ?
La relance de l’Europe de la défense était une des priorités de la présidence. Cette mission est remplie. Lundi, nous avons signé un ensemble de conventions et lettres d’intention, comme jamais on ne l’avait fait auparavant. C’est un progrès important dans le renforcement de nos capacités militaires. Et le Sommet européen de décembre permettra d’entériner ces progrès.

L’Europe de la Défense est en passe de devenir adulte alors ?
Oui. Il faut bien voir que l’Europe de la défense, c’est quelque chose de neuf. A peine dix ans. L’Europe s’est construite sur l’idée de renoncement aux éléments traditionnels de la puissance. Et, depuis l’échec de la Communauté européenne de la défense, elle était peu évoquée dans la bouche des hommes politiques. Pour les Européens convaincus que je suis, on peut estimer que cela ne va pas assez vite. Mais aujourd’hui les Européens ont prouvé leur capacité à mener des opérations autonomes. L’opération Atalante que nous lançons sur la lutte contre la piraterie, au large de la Somalie, le prouve. L’Agence européenne de Défense, créée en 2004, qui avait jusqu’ici un plan de charge limité, va connaître un vrai programme de travail. Nous avançons sur des sujets symboliques comme une flotte commune d’A400M, ou l’Erasmus militaire, un programme de déminage maritime, un réseau de surveillance maritime de l’UE.

A quoi attribuez-vous ces avancées ?
A une vraie volonté retrouvée. Quand deux ou trois pays leaders s’engagent sur un programme, celui-ci trouve sa dynamique et son élan.Quand j’ai fait le tour des capitales depuis un an, avec mes collègues britannique, allemand, espagnol ou polonais, par exemple, j’avais ressenti cette volonté d’agir. Nous avions beaucoup d’accords politiques mais plus de réticences du côté des structures politico-militaires. L’intuition du Président de la république (Nicolas Sarkozy) de ne pas opposer Europe de la défense et Alliance a joué un rôle majeur. Cela a provoqué d’autres évolutions. Tant que les Européens voyaient dans la PESD un possible affaiblissement de l’Alliance, l’Europe de la Défense ne pouvait aller rapidement. Si les Polonais ont autant d’allant, aujourd’hui, sur le PESD, c’est aussi pour çà. Et puis, il y a une prise de conscience européenne qu’on doit assurer une partie de notre sécurité nous-mêmes.

Peux-t-on parler d’un Saint Malo bis ? Puisque même les Britanniques semblent aujourd’hui moins réticents à l’Europe de la défense.
Saint Malo, c’était une déclaration politique qu’il fallait mettre en œuvre. Aujourd’hui, nous avons travaillé sur de vraies avancées concrètes et pragmatiques. Les Britanniques nous ont longtemps reproché de faire des cathédrales sans contenu. Durant notre présidence, nous avons essayé de leur montrer la nécessité de l’Europe de la défense par des avancées précises, des projets concrets. Des briques posées peu à peu qui forment un ensemble. Avec la levée politique par le Président de la république de l’incompatibilité entre l’Otan et l’Europe de la défense, un verrou a sauté. C’est incontestable. Et le résultat est là : pour la première fois, de lutte contre la piraterie, les Britanniques vont commander une opération militaire. C’est un beau symbole de l’évolution de l’Europe de la défense et de son passage à l’âge adulte.

L’élan de la présidence française ne risque-t-il cependant pas de se briser, sur les présidences suivantes, on voit bien que les Tchèques ne sont pas enthousiastes sur le sujet.
… Dans les présidences suivantes, il y a aussi la Suède et Espagne qui sont extrêmement allantes sur Europe de la défense. J’ai confiance. Il y a une dynamique qui s’est créée.

Si vous ne deviez retenir qu’un sujet, parmi ces avancées, quel est celui qui vous tient le plus à cœur ?
L’Erasmus militaire c’est un beau symbole. Nous allons à la fois aller vers la création d’une culture européenne, un facteur d’interopérabilité et une conscience militaire pour les futures élites militaires.

Et en matière industrielle ?
Je citerai le projet de « flotte européenne », basé sur l’Airbus A400M. Avec cet avion, nous aurons tout fait ensemble : le concevoir et le construire, former les pilotes, assurer une maintenance commune, et enfin l’exploiter en commun. Quelles que soient les difficultés que nous pouvons avoir, c’est la preuve que les Européens peuvent avoir un rôle industriel.

Justement en matière de difficultés, EADS ne cesse d’annoncer des retards ?
Nous menons des discussions actuellement avec Eads sur les spécifications de l’avion et les délais de livraison. Ce que nous voulons, c’est un engagement sur une date de livraison. Nous verrons ensuite pour les compensations.

Autre sujet : le Congo. L’Europe a décidé de ne pas intervenir, alors que la situation se dégrade et que plusieurs ONGs lui demandent d’envoyer des renforts pour la Monuc, qu’en pensez-vous
?

Nous n’avons pas besoin de troupes supplémentaires. Car il y a déjà des moyens importants à la Monuc : 16 000 hommes, environ 80 avions. Ce serait vraiment assez curieux d’envoyer des troupes européennes pour encadrer celles des Nations-Unies. L’important est plutôt que l’Onu réorganise ses forces et procède à des redéploiements. Et il y a aussi un effort politique à mener avec les pays voisins.

Les Russes viennent d’annoncer le renouvellement de leurs missiles à Kaliningrad. Cela ne risque-t-il pas d’être un nouveau foyer de tension ?
Nous n’en avons pas parlé au Conseil. Mais de manière générale, il est temps de nouer un partenariat de confiance entre Européens et Russes. Nous avons la même culture, la même littérature, une même histoire en partie. Nous avons baigné dans le même bain européen. Nous devons construire une relation fiable, durable avec les Russes. Les Européens ont tout à gagner dans un pays qui a l’énergie et les matières premières dont nous avons besoin et dans un client qui a besoin d’équipements et de technologies. Et les Russes ont autant intérêt que nous à nouer ce partenariat stratégique, de confiance, avec les Européens, pour assurer leur développement économique et la paix sur le continent.

Et ce partenariat doit inclure aussi le pacte sur la sécurité, proposé par Medvedev ?
Oui. Dans ce partenariat, la sécurité jouera un rôle.

(NGV)