Défense UE

La sécurité de la France, c’est la sécurité de l’Europe… (Fr. Hollande)

(BRUXELLES2) En venant devant l’Institut des Hautes Etudes de la Défense nationale (IHEDN) François Hollande aujourd’hui (24 mai) a tenu à redire toute sa conviction dans l’armée et la défense pour la France. « La France a été saluée pour son intervention au Mali. J’ai pu mesurer l’influence de la France. La France a été attendue, espérée, saluée. Elle le doit aux militaires » a-t-il précisé saluant leur « professionnalisme, leur efficacité, leur dévouement ». Un hommage qu’il a répété à plusieurs reprises. Au delà de l’exercice imposé, le président a cependant répondu à quelques critiques et posé quelques bases pour le Conseil européen de décembre. La « défense de la France, c’est aussi la sécurité de l’Europe » a-t-il conclu, reliant ainsi la nécessité française d’une défense nationale et son implication avec les alliés.

Un exercice calibré

Les mots étaient pesés et l’exercice calibré. L’intervention à l’école militaire rentre dans une campagne du gouvernement français pour assurer le service après-vente du Livre blanc sur la défense. Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian revient d’ailleurs une tournée à Bruxelles, Londres, Washington et Moscou. Et une bonne partie du corps diplomatique en poste à Paris avait d’ailleurs été convié à assister à l’évènement dans l’amphithéâtre Foch aujourd’hui.

La France ne baisse pas la garde…

Le message important à faire passer est que la France ne baissait pas la garde. L’A400M, le Barracuda… « aucun programme lancé ne sera arrêté ». Il s’agit aussi de « préserver l’ industrie de la défense ». Pour 2014, le budget sera de 31,4 milliards d’euros « soit le même qu’en 2013 et 2012 » et de « 179,2 milliards d’euros pour la période 2014-2019 » (sans compter l’inflation et les dépenses exceptionnelles, cela équivaut en fait à une baisse).

Et pan…

Le président a d’ailleurs émaillé son discours de références qui sonnent comme autant de réponses à certaines critiques… ou positions. Exemples

L’armée française. Avec « 250.000 personnels employés dans la défense (*) » l’armée française représente le nombre « le plus important en Europe ». « C’est un pays qui peut parler car il a les moyens de se faire respecter » a-t-il asséné. Et pan pour Angela Merkel !

L’indécision. François Hollande met en avant Clemenceau : « Il faut d’abord savoir ce que l’on veut, il faut ensuite avoir le courage de le dire, il faut ensuite l’énergie de le faire. Les lois de programmation militaires précédentes n’ont pas vraiment appliqué ce principe à la lettre. Elles ont dit mais n’ont pas toujours été en possibilité de faire ». Et pan pour ses prédécesseurs, Sarkozy et Chirac notamment !

La dissuasion nucléaire. François Hollande défend la doctrine de “stricte suffisance” de la dissuasion nucléaire suivie par la France comme son coût. « J’ai pris la décision de conserver des 2 composantes – océanique et aérienne. (…) Cela représente 11% du budget. Est-ce trop pour sanctuariser notre pays ? Je ne le pense pas. » Il y a la sécurité mais aussi l’industrie. « L’innovation et recherche nous ont permis de faire des économies ». . Fermez le ban au PS ou à gauche !

Afghanistan. « J’ai décidé du retrait des troupes combattantes en Afghanistan ». « On m’avait dit c’est impossible, c’est dangereux, je constate que c’est fait. Nous n’avons plus en Afghanistan que les troupes conformes au Traité d’amitié signé avec l’Afghanistan. » Et pan pour les critiques venues des armées lors de la campagne électorale !

Des propositions pour le conseil européen de Décembre

Face à l’échéance du Conseil européen de décembre consacré à la Défense, le président de la République a rappelé sa volonté de présenter des propositions de manière concertée avec tous les partenaires : britanniques comme allemands, mais aussi au-delà. « L’Europe de la défense est l’Europe toute entière » y compris celle qui était de l’autre coté du mur avant 1989. Il a tenu à poser trois lignes de principe des propositions françaises :

• La cohérence de l’action : « L’Europe est là dans les Balkans, l’Asie, le Proche-Orient, en Méditerranée. Coordonne-t-elle ses actions ? Réfléchit-elle à ce qu’on peut faire mieux et moins cher ? »

• Remédier aux lacunes. Des « propositions » sur « le transport aérien, les satellites aériens, le ravitaillement, les drones » seront faites. L’objectif est de combler « les échecs du passé ».

• La politique industrielle. Mon « grand souci n’est pas seulement un grand marché, ou une zone monétaire stable mais aussi d’avoir une politique industrielle, et la défense en fait partie ». Je veux « avoir des champions européens pour notre propre sécurité mais aussi maintenir une base industrielle de défense pour l’Europe ».

NB : Ces trois lignes forces restent cependant assez floues. Il y a des questions et peu de réponses. François Hollande suit ainsi sa ligne politique classique : poser les questions, entretenir le flou sur les réponses, négocier le possible et réserver une annonce le cas échéant quand l’attente est devenue trop forte. Mais trouver un consensus européen avec le Royaume-Uni et l’Allemagne est une gageure. Sur le moment de la présentation, Fr. Hollande est resté elliptique. D’après un de ses proches, interrogés par B2, ce sera certainement après les élections allemandes. Ce qui laisse ainsi très peu de temps pour à la fois engranger des soutiens et faire des propositions audacieuses. Le risque est désormais grand que ce sommet soit un sommet pour rien. Ce qui serait une erreur notable. Et pire que pas de sommet du tout.

La 65e session nationale de l’IHEDN à l’écoute…

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Des drones européens… Oui mais quels drones ? Et avec qui ?

L’évolution des générations de drones aux USA. Et en Europe ?

(BRUXELLES2 à Strasbourg) Qu’ont fait les Européens durant ces dix ou vingt dernières années ? C’est en gros la question que le ministre de la Défense français, Jean-Yves Le Drian, a posée publiquement, hier soir, au Parlement européen.

Un appel aux Européens à réagir

Il n’existe pas de drones français (et européens) sur le marché capables de voler longtemps et haut (HALE ou MALE comme haute altitude ou moyenne altitude). « Alors que l’Europe a des capacités avioniques importantes, pourquoi faut-il aller acheter des drones aux Américains et en Israël ? Comment se fait-il qu’on n’a pas été capable de faire (un drone) alors qu’il y a des industriels capables de faire ? » L’achat français de deux drones sur étagère se trouve ainsi justifié, selon lui. Il faut trouver une réponse « immédiate » à un « vide sécuritaire » en achetant soit aux Etats-Unis « avec qui les discussions avancent plutôt bien », soit aussi « peut-être Israël ». Mais cela « ne doit pas empêcher qu’on ait une discussion (entre européens) pour concevoir un drone  à l’horizon 2020 ». Et de lancer un appel. « Il faut que les pays qui ont besoin de capacités se déclarent et que les industriels puissent mettre en œuvre un processus technologique européen ? »

Des capacités mais pas de drones

Commentaire. Là effectivement réside le problème. Les Européens sont bien arrivés à produire simultanément trois modèles d’avions de chasse modernes (Eurofighter, Gripen, Rafale), voire 4 si on inclut le programme américain d’avion F-35 ou JSF qui a pompé les ressources R&D de plusieurs pays (Pays-Bas, Danemark, Norvège…). Ces avions ne trouvent pas suffisamment de clients, aujourd’hui, pour atteindre un seuil de rentabilité satisfaisant. Et le prix unitaire s’est renchéri. On atteint même le seuil de saturation en matière d’offre. Alors que, dans le même temps, sur le marché des drones, rien ou presque. Pourtant l’utilité du drone en opération a déjà été prouvée. Et le marché paraît prometteur tant au plan militaire que civil.

Gouvernements comme industriels se sont contentés d’un status quo satisfaisant mais destructeur. Chacun a espéré l’autre. Les industriels ont attendu la définition du besoin (comme l’a expliqué lundi Eric Trappier de Dassault) et… la commande. Les gouvernements attendaient un produit miracle. Et souvent chacun a joué perso, espérant pouvoir tirer son épingle du jeu. Il serait donc temps de se réveiller. Et les apôtres du tout national revenir à la réalité. La France ne peut plus, toute seule, faire les investissements nécessaires. Le Royaume-Uni et l’Allemagne, non plus ! Berlin vient de le prouver en renonçant au projet Euro Hawk (visant à européaniser le Global Hawk).

Il serait peut-être utile d’aboutir à la création d’un “Airbus du drone” regroupant les industriels volontaires sur ce domaine et capable d’occuper tous les segments du drone — du tactique au stratégique en passant par le combat le cas échéant —. Mais cette décision ne peut être prise par les seuls ministres de la Défense. Elle doit être prise au plus haut niveau, par les Chefs d’Etat et de gouvernement. En attendant, il sera nécessaire d’adopter un plan d’équipement “d’urgence” coordonné, et conséquent, avec ce projet européen. Faute de quoi, il faudra se résoudre à acheter Américain ou Israélien demain, Chinois ou Indien après-demain…

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La Finlande candidate à Weimar ? Katainen veut promouvoir la défense européenne

(BRUXELLES2) En visite à Copenhague, lundi 6 mai, Jyrki Tapani Katainen, le Premier ministre finlandais a répété combien « la Finlande était très intéressée par l’approfondissement et le développement de la coopération de défense dans l’UE. La Finlande souhaite en effet être active dans ce domaine » a-t-il expliqué aux auditeurs du Det Udenrigspolitiske Selskab (Danish Foreign Policy Society), se plaçant résolument dans la perspective du Conseil européen de décembre.

Coopération et coût du matériel

Dans son discours intitulé, Fair Europe, strong member states“, il a justifié la coopération en matière de défense notamment par le coût du matériel et « l’absence, dans la réalité, d’un marché commun de l’armement en Europe. « Il faut répartir les ressources en usant de bon sens », a-t-il justifié. Avec les ressources dont elle dispose, l’Europe ne peut pas, en effet, intervenir dans toutes les crises.

Etre dans le groupe de tête

Katainen a ainsi lancé un appel du pied aux pays du triangle de Weimar… « La Pologne, l’Allemagne et la France sont actifs pour développer l’Europe de la défense. La Finlande veut faire partie de ce groupe », a-t-il dit, avant de préciser qu’il fallait d’abord un « point de vue commun sur la direction à prendre ». Mais il a répété que la Finlande ne rejoindrait pas l’OTAN durant sa législature.

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Donnant donnant. Les 10 préconisations de Paris pour l’Europe de la défense

Donnant donnant. Les 10 préconisations de Paris pour l’Europe de la défense

(BRUXELLES2) Le Livre blanc présenté aujourd’hui à Paris consacre quatre pages à la politique européenne de défense. Un espace qui n’est pas juste de pure forme et contient en filigrane la volonté d’opérer un changement dans la PSDC que ce soit au plan politique ou opérationnel, qu’on peut résumer en une dizaine de points.

Dès les premières lignes, la couleur est affichée. « Le contexte actuel rend possible et urgente une relance pragmatique de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC) ». Mais ce développement ne peut pas être qu’incantatoire. La politique de sécurité et de défense commune n’est pas « une fin en soi (…) mais un instrument au service des intérêts essentiels de l’Union européenne ». Cela doit être un échange donnant donnant. Si la France « se tourne vers l’Union européenne avec la volonté d’y apporter sa connaissance des crises et ses propositions concernant les réponses à leur donner », elle souhaite « en retour bénéficier de celles de ses partenaires européens » et de structures européennes « renforcées » (voir notamment le point 6).

1. La mission de l’Union européenne : stabiliser le voisinage. C’est un « intérêt de sécurité majeur » avec la nécessité pour les Européens « d’agir préventivement sur les foyers de crises émergents ». Cinq zones d’actions sont définies : 1) les pays de la zone allant du Sahel à l’Afrique équatoriale, 2) le processus de paix au Proche-Orient, 3) la réussite des transitions politiques dans certains pays arabes, 4) le règlement des conflits du Caucase, 5) la consolidation de la paix dans les Balkans notamment au Kosovo ; et la lutte contre « toutes les formes de terrorisme ».

2. Le cadre européen a vocation à « devenir le cadre de référence dès lors qu’il s’agit de mobiliser toute la gamme des instruments civils et militaires requis pour mettre en œuvre une approche globale des crises ».

3. Une impulsion politique. Dans cet ensemble, l’impulsion doit « venir du plus haut niveau politique de l’Union, celui du Conseil européen ». Aux chefs d’Etat et de gouvernement « de déterminer le rôle que l’Europe entend jouer sur la scène internationale et la nature de l’ordre mondial que les Européens souhaitent promouvoir dans les enceintes internationales et auprès des autres États ».

4. Un Livre blanc européen. Les Français reprennent une notion chère aux parlementaires européens, l’idée d’un « Livre blanc de l’Union européenne », qui définirait « plus clairement les intérêts et les objectifs stratégiques de l’Union ». Sauf inconnue, on devrait retrouver cette notion dans les conclusions du Sommet européen à la fin de l’année.

5. Une réorganisation et des réformes sont nécessaires. L’Union européenne n’a « pas encore tiré parti de tous les moyens dont la Commission et les États membres disposent » pour apporter une réponse globale aux crises. Une « meilleure coordination des moyens civils et militaires », est nécessaire et les procédures de l’Union doivent être « adaptées à son rôle opérationnel ».

6. Un Service extérieur renforcé. La France souhaite « un Service d’action extérieure au rôle renforcé, notamment dans la gestion des crises » tout comme voir les « atouts » des agences de l’Union européenne (comme par exemple l’Agence européenne de défense, ou le centre satellitaire de Torrejon) mieux utilisés.

7. Une plus grande réactivité. La France souhaite que l’Union renforce « la réactivité et les capacités d’intervention des forces » mises à la disposition de la PSDC. Formation commune, entraînement, disponibilité et génération de forces mieux coordonnée entre États européens sont des « domaines où les progrès sont urgents et accessibles ».

8. Utiliser tous les instruments du Traité.  La France veut « mieux utiliser les institutions et cadres de concertation existants et tirer parti de toutes les possibilités ouvertes par les traités, y compris la coopération structurée permanente et les coopérations renforcées. »

9. Une volonté et des capacités de projection. La « volonté de se projeter » n’a de sens que si elle repose sur la « possibilité, pour les États qui y souscrivent, « de mobiliser des moyens civils et militaires crédibles ». La France s’engage à disposer des capacités critiques dans certains secteurs « renseignement, surveillance, ravitaillement en vol, transport stratégique, etc. », tout en réaffirmant sa volonté de « mutualiser les programmes correspondants avec les États les plus capables d’y contribuer ».

10. Mutualisation et partage des capacités. La France répète son souhait « résolu (de) s’engager dans l’initiative de mutualisation et de partage capacitaire (pooling and sharing), confiant à l’Agence européenne de défense (le soin) d’identifier des programmes qui pourraient être développés en commun, de tester leur faisabilité et d’organiser leur montage ». Les coopérations, avec un ou plusieurs États, de programmes d’armement dans le cadre de l’OCCAR doivent être envisagées « non pas comme des alternatives ou des substituts, mais comme des leviers supplémentaires pour susciter une dynamique capacitaire européenne ».

Enfin, la France affiche un objectif plus général « que se poursuive et s’intensifie la construction européenne en matière de sécurité intérieure » avec élaboration d’une « stratégie davantage intégrée ». Deux exemples sont données : la « protection des infrastructures critiques européennes » et « la coordination politique en cas de crise majeure » (protection civile) .

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Les bases françaises en Afrique européanisées ? (maj)

Les bases françaises en Afrique européanisées ? (maj)

Les containers du camp Licorne à Port Bouet : on se croirait dans un port (Crédit : NGV / Bruxelles2)

(BRUXELLES2 à Abidjan) Piraterie pour Djibouti, destitution du président en Centrafrique, crise politique en Côte d’ivoire, avancées rebelles au Mali… les évènements des derniers mois qui se sont succédé ont prouvé l’utilité d’unités militaires prépositionnées soit pour venir au secours de forces de Nations-Unies, soit pour assurer la stabilité d’un pays ou lutter contre une menace particulière.

Le réseau des différentes bases françaises (voir ci-dessous) en Afrique a, particulièrement, prouvé son utilité dans le passé, mais surtout récemment. C’est un fait attesté par tous les observateurs comme les officiers supérieurs français, la force Serval au Mali n’aurait pas pu se déclencher aussi rapidement et efficacement sans les forces prépositionnées en Côte ivoire, au Sénégal, au Tchad ou au Gabon. Mais il importe aujourd’hui de préserver son outil … à une heure de restrictions générales.

Un apport, indéniable, dans les opérations et dans la connaissance du continent

Pour avoir visité trois de ces bases, et constaté leur apport pratique dans certaines opérations – que ce soit d’évacuation ou de déploiement d’opérations françaises comme européennes (EUFOR Tchad par exemple), leur apport est effectivement indiscutable. Aux notions opérationnelles de prépositionnement des forces, bien présentes à l’esprit, j’en ajouterai un qui est la formation, l’acclimatation au climat, à l’esprit, aux coutumes des pays africains. Cela facilite d’autant plus l’action rapide le cas échéant.

La France peut-elle soutenir l’effort seule ?

Mais il faut aussi s’interroger sur l’avenir. Deux questions se posent. D’une part, les restrictions budgétaires qui peuvent amener à revoir le dispositif. D’autre part, la légitimité politique. Un problème qu’il ne faut pas négliger. Si aujourd’hui les pays africains sont plutôt demandeurs, leur pérennité n’est pour autant pas assurée. Comme l’explique un officier supérieur français, vieux routier de l’Afrique, « ses présences ne seront légitimes que dans l’adossement à des structures régionales (africaines). Ce ne sont pas les évacuations de ressortissants français » qui peuvent le justifier aux yeux des Africains.

Equation budgétaire et politique

On est devant cette équation : les maintenir apparaît indispensable mais la France n’en a plus les moyens seuls. On pourrait donc s’interroger si on ne devrait pas leur donner une couleur européenne. C’est fait, aujourd’hui, de manière ad hoc quand une base accueille des Européens déployés en mission (par exemple pour la base de Port Bouet qui vient d’accueillir les C130 Belges). Mais cette couleur « européenne » pourrait être plus permanente. Cela aurait plusieurs avantages.

Le double intérêt de l’européanisation

Au niveau politique, ils sont multiples, et dans les deux sens. Cela marquerait pour l’Europe sa présence, comme pour la France, qu’il ne s’agit pas seulement d’une présence historique mais de liens de partenariat privilégié.

Au niveau tactique, cela permettrait à différents contingents, de venir « tâter » le terrain africain, à moindres frais, s’entraîner dans différents lieux, leur permettre de s’acclimater, un peu comme le font les unités françaises. Cela permettrait aussi une meilleure interopérabilité en terrain extérieur aux forces européennes qui sont appelées de plus en plus à se déployer en Afrique (*).

Concrètement…

Chacun peut vouloir garder son autonomie. Mais il est plus facile sur certaines emprises de dédier un bâtiment ou un secteur européen, Ainsi les autres pays européens ne veulent pas être « mêlés » à des opérations proprement françaises et les Français pourront garder leur marge d’autonomie d’action discrète. L’association des autres pays européens peut être faite au niveau des 27 mais sans doute de façon plus facile avec quelques pays, au besoin en recourant à une structure ad hoc, type EATC. Cette ouverture pourrait aussi être utilisée pour stocker du matériel ou des équipements.

Une participation financière d’entretien des bases pourrait être ainsi demandée. Même s’il ne faut pas rêver. Chaque État serre au plus juste ses moyens. Mais, en même temps, on peut s’interroger par exemple pourquoi des militaires allemands ou espagnols (pour les supports aériens) sont logés de façon quasi-permanente à l’hotel à Djibouti (**) là où existe une base française qui pourrait, au besoin, dédier un bâtiment à l’accueil des différents Européens qui servent dans les différentes opérations anti-piraterie (CTF-465) ou anti-terroriste (CTF-150).

Le réseau français, 

Au niveau européen, la France dispose d’un réseau de bases inégalé. Entre les départements et territoires d’outre-mer (La Réunion, Martinique, Guyane, Polynésie) et les bases dans les pays tiers : Emirats arabes Unis et Djibouti, sur l’Océan indien et la façade est de l’Afrique ; Gabon, Sénégal, Côte d’Ivoire sur la façade Ouest de l’Afrique et Tchad au centre — véritable « porte-avion du désert » comme le dénomme un officier — elle dispose d’une structure permettant d’intervenir sur les trois continents. « C’est très intéressant pour dirigeants des pays de disposer de telles bases permettant d’intervenir » souligne ainsi un officier supérieur en poste à Djibouti. Mais la France n’est pas la seule à disposer d’emprises « intéressantes » : les iles des Antilles néerlandaises face au Venezuela, comme les bases militaires britanniques à Chypre face au Moyen-Orient, peuvent aussi être des vecteurs intéressants opérationnels, un jour…

(*) L’Union européenne a aujourd’hui des missions de l’Europe de la Défense, militaires ou civiles, présentes dans sept pays, bientôt dix. De l’est à l’ouest : Djibouti-Seychelles-Kenya (EUNAVFOR Atalanta et EUCAP Nestor), Ouganda-Somalie (EUTM Somalie), Sud-Soudan (EUAVSEC), Libye (EUBAM), Niger (EUCAP Niger), Mali (EUTM Somalie), Congo (EUSEC et EUPOL Congo).
 
(**) Si les Allemands ont choisi un hôtel de confort raisonnable (le Sheraton), les Espagnols jusqu’à encore récemment étaient logés au Kempinski, l’hôtel de luxe de la ville. On peut se demander vraiment si des économies ne pourraient pas être faites ! (Maj) Ajoutons que les Italiens et Suédois logent dans le même hotel. NB : de source espagnole, on précise que la négociation d’un tarif préférentiel avec l’hôtel aboutit à un prix de revient inférieur à celui de l’hôtel choisi par leurs homologues allemands. Avis à la concurrence ;-)
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Pour un fonds européen de sécurité ou de gestion de crises ?

(BRUXELLES2, opinion) Les difficultés budgétaires, lacunes capacitaires, problèmes de financement ne cesseront pas demain comme par miracle. En Europe, il va falloir s’habituer à avoir des budgets de défense européen en rythme annuel autour de 1% du PIB plutôt qu’aux alentours de 2% (comme est l’objectif fixé par l’OTAN). Ce qui va obliger à des changements d’attitude et la mise en place d’instruments nouveaux. Il faut innover. Pourquoi par exemple ne pas réfléchir à mettre en place un fonds européen pour la sécurité (FES) et la défense (FESED) ou pour la gestion de crises (FEGEC). L’objectif serait de disposer ainsi d’une facilité permanente de financement pour les opérations militaires d’urgence, les battlegroups, les lacunes capacitaires…

Des précédents ?

Innover ce n’est pas nécessairement créer à partir de rien. Quelques dispositifs existent déjà et le nouvel instrument pourrait s’en inspirer, au moins pour les ressources. Le Fonds européen pour le développement (FED), est hors budget communautaire et alimenté par une clé de répartition des Etats membres, définis lors d’un sommet européen. Le budget est défini pour 5 ans, 22,7 milliards d’euros pour la période 2008-2013. Il est le principal instrument pour la politique de coopération et de développement. Le Fonds européen pour la mondialisation (FEM), qui est inséré dans le budget communautaire à partir des fonds inutilisés dans une limite maximale de 1/2 milliard d’euros par an, pour financer des actions dans le cadre de plans sociaux causés par la mondialisation. En matière d’organisation, il existe déjà un mécanisme de gestion des ressources pour les opérations militaires, le mécanisme Athena, qui finance les coûts communs des 4 opérations militaires en cours (environ 45 millions d’euros pour 2013).

D’où proviendraient les ressources ?

Ce nouvel instrument pourrait être placé hors budget communautaire. En cela, le modèle du FED est intéressant. Sa programmation multi-annuelle aussi est intéressante. Mais on pourrait y ajouter une dimension contenue du FEM, qui consiste à utiliser les ressources non dépensées. La clé de répartition pourrait être celle utilisée pour le mécanisme Athena (voire celle utilisée par le Fonds de développement). On peut également considérer qu’il pourrait y avoir une contribution du budget communautaire, par exemple, sur le budget des actions préparatoires.

Qui participerait à ce Fonds ?

Pour contourner un possible veto (suivez mon regard… :-) , il faudra peut-être se résoudre au volontariat. Ce peut être en adoptant une mécanique souple de coopération ad hoc, de coopération renforcée, voire le dispositif de la coopération structurée permanente. Dispositif qui a l’avantage d’être déjà prévu dans le Traité de Lisbonne et permet des décisions à la majorité qualifiée, une fois la création opérée. Le principe de In ou Out (comme pour le Mécanisme européen de stabilité) : qui ne finance pas ne peut pas en bénéficier…

La participation des pays de Weimar+, du Benelux, des pays d’Europe de l’Est et des pays nordiques pourrait offrir la surface nécessaire. La participation du Royaume-Uni pourrait davantage compliquer la donne et être exclue. Celle des pays neutres mérite une introspection intérieure mais elle parait souhaitable ; car la plupart de ces pays apportent des contributions intéressantes à la PeSDC. Il pourrait être aussi utile d’y associer les pays candidats ou en cours de candidature (Albanie, Serbie…) car ils sont susceptibles de davantage participer aux missions PeSDC. La mise en place pourrait être progressive : à 8-10 pays au départ, avant de s’étendre.

Comment seraient décidées les dépenses ?

Le mode de décision ne devrait pas être selon le principe d’un Etat, une voix. Ce qui aurait un effet destructeur avec un effet dépensier des pays qui ne contribuent que très peu aux dépens des plus gros contributeurs. Entre le dispositif de vote à l’unanimité qui soumet chaque dépense au bon vouloir d’un Etat et la majorité qualifiée qui pourrait permettre de passer outre à la volonté d’une minorité non négligeable, il y a toute une palette de solutions pour concilier la rapidité des décisions et le respect des souverainetés, efficacité et responsabilité.

Un principe pourrait être d’avoir une approche distincte selon les montants engagés : pour certains montants (moins d’un million d’euros ou moins de 500.000 euros), la majorité pourrait être simplement qualifiée ; être surqualifiée pour des montants plus importants ; voire l’unanimité pour certaines décisions. Un Etat devrait avoir la capacité de “sortie” d’une décision (vote à la carte) s’il estime que l’engagement dans une région ou pour une action précise ne répond pas à certains de ses engagements constitutionnels ou impératifs de sécurité nationale (par exemple pour les pays neutres).

Que financerait ce fonds ?

On peut penser que ce fonds permettrait de financer :

  • Certaines capacités communes dans les missions – le commandement, les communications… – un peu comme le fait le mécanisme Athena aujourd’hui.
  • Les lacunes récurrentes dans les opérations – comme le soutien médical, la force protection.
  • Une partie de l’entraînement ou des capacités de projection (transport…) des battlegroups. On sait en effet que lors des opérations, la barrière financière empêche des pays qui ont des capacités de les proposer car ils ne disposent pas d’un kopeck pour l’envoi des militaires par exemple.
  • Le développement de certains projets industrio-opérationnels développés par l’Agence européenne de défense (comme l’a été le labo anti-IED engins explosifs artisanaux par exemple ou l’hôpital de campagne). Ce qui serait un sérieux incitant pour les pays à prendre en charge ces projets.
  • Les besoins d’urgence. La liste des actions finançables devrait être suffisamment souple pour s’adapter à de nouvelles donnes ou menaces. On pourrait ainsi avoir besoin en urgence de drones ou de capacités de lutte cyber sur une mission européenne. Et il faut alors aller très vite.
  • Enfin, il n’est pas interdit de penser que ce fonds pourrait aussi financer l’envoi d’experts militaires ou de planificateurs ad hoc, en préalable d’une mission, par exemple pour renforcer les structures européennes de gestion de crises, de façon temporaire…

Combien serait doté ce fonds ?

J’ai testé le montant disponible auprès de plusieurs personnes. En incluant que ce fonds reprendrait en compte les budgets communs, on peut considérer qu’un montant compris entre 300 à 500 millions d’euros par an. Cela représente environ de 0,1 à 0,2 % du budget de défense des Etats membres.

La période de programmation ne devrait pas être annuelle mais pluriannuelle, de 3 à 5 ans. La période de 5 ans correspond à la période de rotation des institutions européennes. Mais elle parait trop longue pour faire des réajustements nécessaires. Une période de trois ans (ou de 2 x 3 ans) peut être préférable. Ce qui donnerait un budget de 1 milliard à 1,5 milliard, sur montant disponible.

Que faire des dépenses inutilisées ?

La règle de réemploi du Fonds de mondialisation pourrait être utilisé : tout budget non utilisé dans l’année pourrait être reporté à l’année suivante. Au terme de la période de programmation, il pourrait au choix être reversé aux Etats membres ou pour certaines actions de l’Union européenne (équipements, …), voire avec un panachage.

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Mali : une certaine confusion des esprits. La fin du modèle d’Eurafrique ?

(BRUXELLES2, commentaire) Certains observateurs, avisés, ont récemment souligné la lenteur de mise en place de la mission européenne EUTM Mali la comparant avec la rapidité de l’opération française Serval. Si quelques problèmes ont pu être rencontrés pour la montée en puissance de EUTM Mali (force protection, logement…), ils sont, d’une certaine façon, inéluctables à toute mission internationale. Moins de six mois entre les premières décisions de cadrage politique (au conseil des ministres de la Défense de novembre 2012) et la mise en place sur le terrain de la formation peut sembler long (et il l’est) mais il est aussi d’une certaine façon plutôt court si on le compare à d’autres missions. Il y a apparemment confusion de genre car les objectifs des deux opérations/missions sont bel et bien différents. Et la cible est-elle bien choisie ? Les problèmes ne sont-ils pas ailleurs ?

Apprendre à nager n’est pas sauver un noyé

La première, l’opération Serval, est une mission militaire de combat, s’inscrivant dans le court terme et l’urgence, bloquer l’arrivée de rebelles sur Bamako, restaurer l’autorité du gouvernement malien sur une partie du pays qui a totalement échappé à son contrôle et la lutte anti-terroriste (objectif qui s’est un peu surajouté et devenu prééminent aujourd’hui). Elle utilise des moyens importés (français essentiellement). La seconde, la mission EUTM Mali, est une mission de moyen et long terme, s’inscrivant dans la durée, et visant à reformer une armée malienne sur des bases nouvelles. Elle se repose à la fois sur des moyens “importés” (européens) et des moyens “locaux” (militaires maliens, gouvernement) et vise avant tout à une consolidation locale tout autant qu’à l’apprentissage de quelques notions. Pour prendre une analogie, l’une consiste à récupérer le noyé de l’eau et lui prodiguer les premiers secours ; l’autre à lui apprendre à nager, voire devenir un maitre nageur sauveteur !

Un problème plus profond : pas de sonnette d’alarme ! …

Ce qui est plus problématique est le long délai de latence entre les premiers signaux d’alerte venant du Mali – signalant une activité terroriste et criminelle importante tout comme un risque de déstabilisation du pays -, des signaux répétés à plusieurs reprises, et la prise de conscience politique et la mise en place de certains outils. Un délai qui s’est étalé sur plusieurs années, n’a produit aucune réaction européenne ou si peu qu’elle pose un sérieux problème et mériterait une sérieuse introspection voire une commission d’enquête. La lenteur de réaction face à des changements politiques, économiques ou sociaux appelle à une réflexion. Car, en fait, l’Europe s’est fait “rouler” dans la farine par ATT ; l’ancien dirigeant malien ayant bien saisi ce qui intéressaient les Européens – une apparence de démocratie et le sentiment de pouvoir absorber les financements européens en douceur… Le Mali, vanté jusqu’à peu comme un modèle s’est effondré sur lui-même sans qu’aucune sonnette d’alarme ne soit activée…

Un modèle d’EurAfrique en bout de course ?

Mais, au-delà de l’urgence, n’est-ce pas toute la politique européenne de coopération, de développement qui est en cause et à repenser ?  Ce qui s’est passé au Mali aujourd’hui, en Côte d’Ivoire hier, ne peut-il pas se reproduire demain au Burkina Faso, au Sénégal ou dans d’autres pays ? La vision post coloniale de l’Afrique des indépendances importée des anciens pays coloniaux (France, Royaume-Uni, Portugal, Belgique…) ne semble plus vraiment adaptée tout comme ne l’est pas également la vision d’un vaste champ à exploiter de pays sans un passé colonial trop affirmé (Allemagne, Pays-Bas…) qui préfèrent tisser des liens commerciaux qui posent tout autant de questions. Car la sociologie du paysage africain s’est largement modifiée depuis ses premiers fondements. Alors que la France fait peu à peu le deuil de « sa » Françafrique et rénove tant bien que mal sa politique africaine, l’approche, assez paternaliste en quelque sorte, du modèle d’Eurafrique doit donc être révisée en profondeur. L’absence d’un partenariat “stratégique” entre l’Europe et l’Afrique ou les Afriques est symptomatique d’un certain état d’esprit… dépassé.

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Et le prix est décerné à …

(BRUXELLES2) Benjamin Pohl interviendra lors de la conférence annuelle de l’AED le 21 mars prochain. C’est le premier récipiendaire de la meilleure thèse doctorale décernée conjointement par l’Agence Européenne de Défense (EDA) et l’institut Egmont, institut Royal des Relations Internationales (*). Il recevra en outre 2 000€ .

Une thèse qui questionne la Politique commune de sécurité et de défense

Soutenue en septembre dernier à l’Université de Leyde sous la direction du Professeur Rob de Wijk, la thèse du Dr Pohl ( “But We Have to Do Something”) questionne la Politique commune de sécurité et de défense et s’intéresse aux éléments (“drivers”) qui poussent l’Union à engager des opérations. Elle  s’appuie sur une étude théorique de la PCSD mais aussi sur différents exemples qu’il décortique (EULEX Kosovo, EUFOR Tchad/RCA ou encore EUPOL Afghanistan). Il tente de répondre à la question qui est de savoir si l’UE a besoin de répondre à chaque crise ou ne doit-elle pas intervenir seulement quand elle un plan crédible pour améliorer la situation ?

Un jeune chercheur à l’avenir prometteur

Benjamin Pohl est diplômé du King’s College de Londres et du Collège d’Europe de Bruges. Après avoir complété son doctorat en 2012, il a rejoint l’Université d’Aberdeen où il travaille sur les questions relatives à la politique étrangère de l’Union européenne. Sa thèse sera publiée cette année chez Routledge sous le titre “EU Foreign Policy and Crisis Management Operations. Power, Purpose and Domestic Politics.” Télécharger le résumé de sa thèse

(*) Le jury regroupait responsables et chercheurs spécialistes de la question : Claude-France Arnould, directrice de l’AED, le Général de Rousiers, président du comité militaire de l’Union Européenne, le Professeur Biscop de l’Institut Egmont, le dr Missiroli, directeur de l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne, le professeur Howorth des universités de Bath et de Yale, le dr Linnenkamp de l’Institut allemand d’affaires internationales et de sécurité (SWP), le Professeur R. Whitman de l’université de Kent.
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