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Les “jonjoli” empêchés de travailler près de l’Ossétie. L’Abkhazie devient une vraie frontière

Réunion du mécanisme de prévention des incidents avec les Sud-Ossètes. A gauche, le chef de mission de EUMM Georgia (crédit : EUMM)

(BRUXELLES2) On pourrait croire que la situation en Géorgie s’est calmée, près de 5 ans, après l’intervention russe en Ossétie du sud. C’est un leurre. La Géorgie a certes disparu de nos écrans médiatiques. Mais, à proximité de la ligne administrative avec l’Ossétie du Sud, comme de l’Abkhazie, les observateurs européens d’EUMM Georgia sont toujours là. Et la situation ne s’améliore pas vraiment. Des récents incidents  le rappellent.

Les “Jonjoli” empêchés de faire leur travail

Le franchissement de la “ligne administrative” de l’Ossétie du Sud est toujours aussi difficile, empêchant les agriculteurs ou habitants de vivre normalement des deux côtés. Les médias locaux ont ainsi révélé que, début mai, plus de 20 citoyens géorgiens étaient détenus coté sud-ossètes, la majorité d’entre eux étaient des personnes allant chercher du “jonjoli”, un ingrédient utilisé pour faire la marinade. 11 personnes détenues en Ossétie viennent d’être libérées, mercredi (8 mai), grâce aux contacts développés entre Tbilissi et Tskhinvali.

Arrestations, détentions, libérations rythment la vie du côté de l’Ossétie

Du coté des observateurs européens, on fait part très officiellement, dans un communiqué, de « l’inquiétude sur l’augmentation des détentions ». Certes la mission EUMM s’est réjouie de la « libération conséquente de détenus par Tskhinvali » (Ossétie du Sud). Mais elle a aussi rappelé que « restreindre la liberté de mouvement affecte directement les moyens de subsistance de la population locale ». La mission promet ainsi de continuer à « suivre étroitement (cette) question dans le cadre de son mandat ». Un sujet qui est à l’ordre du jour, de façon permanente, lors des réunions mensuelles à Ergneti du Mécanisme de prévention et de réponse aux incidents (IRPM), dispositif co-animé par l’EUMM et de l’OSCE.

Situation tendue près de l’Abkhazie

Avec l’Abkhazie, les relations sont difficiles. Elle sont même gelées. Le dispositif de prévention des incidents (IRPM) comme les réunions et missions conjointes ne fonctionnent plus vraiment. Le chef de la mission d’EUMM, le Polonais Andrzej Tyszkiewicz, a été déclaré “persona non grata” par les autorités de Sokhumi depuis le printemps 2012. Et le temps des visites discrètes à Sokhoumi semble révolu. La ligne devient de plus en plus une frontière, tenue par des gardes-frontières et forces spéciales russes. L’organisation en 2014 des JO d’hiver à Sotchi (qui se situe sur la mer noire à quelques kms de l’Abkhazie) n’est sans doute pas étrangère à ce durcissement. Mais, au-delà de cet évènement, les Russes qui soutiennent financièrement le gouvernement abkhaze entendent consolider leur présence dans une zone qu’ils considèrent comme stratégique, à la fois au plan économique comme militaire (base navale et terrestre).

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Les forces spéciales géorgiennes en opération près du Dagestan. 14 morts (maj3)

réunion de crise au ministère de l'intérieur géorgien (crédit : ministère géorgien de l'Intérieur)

(BRUXELLES2) Onze «saboteurs» et trois membres des forces spéciales géorgiennes ont été tués, aujourd’hui (29 août) dans une région frontière de Géorgie avec le Dagestan (Russie). Cinq officiers géorgiens ont également été blessés lors de cette opération. Deux des trois géorgiens morts au combat étaient des officiers de forces spéciales dépendant du ministère de l’Intérieur. Le troisième était un médecin militaire travaillant pour les forces spéciales du ministère de la Défense.

Situation observée de près à l’Union européenne

* La mission de surveillance de l’Union Européenne en Géorgie (EUMM) qui est déployée en Géorgie n’a, au départ, pas commenté publiquement la situation. Interrogé par B2, mercredi soir, un de ses responsables m’a affirmé qu’« EUMM a été tenue informées par les autorités géorgiennes. En étroite coopération avec les autres acteurs de l’Union européenne, la mission suit actuellement de très près la suite des évènements ». On peut également ajouter que la Mission a davantage été profilée pour observer la zone avec l’Abkhazie et l’Ossétie du sud, objet des évènements de l’été 2008. Et, elle n’est normalement pas déployée dans cette zone montagneuse, plutôt isolée, située au nord-est de Tbilissi (voir carte ci-dessous). Ainsi aucun observateur n’a, officiellement, été envoyé sur place. Point confirmé par le porte-parole de Catherine Ashton que j’ai interrogé lors du briefing de midi jeudi (30 août) : « Le mandat de la mission (EUMM) ne couvre pas cette région là. Nous n’avons donc pas envoyé d’observateurs sur place. (Mais) nous sommes inquiets. On suit de près la situation. On essaie de voir avec les autorités sur place exactement ce qui s’est passé. »

Une prise d’otages suivie d’une intervention des forces spéciales ?

“L’incident” avait commencé la veille, mardi 28 août. Un groupe armé d’une vingtaine de personnes est localisé en territoire géorgien, à la frontière avec la république du Daguestan (Russie), provenant du district voisin de Tsuntinsky. Les forces du ministère de l’Intérieur se sont alors tout de suite lancées à leur poursuite, jusqu’à boucler la zone montagneuse – les gorges de Lopota – où les rebelles ont été aperçus.  Ordre a été donné aux forces spéciales d’intervenir. Lors des échanges, dans des circonstances qui ne sont pas encore claires, 14 personnes ont été tuées : 11 «saboteurs» et 3 membres des forces spéciales géorgiennes ont été tués. Cinq officiers géorgiens ont également été blessés lors de cette opération. Six activistes seraient encore «encerclés» et devraient être très prochainement arrêtés, selon le ministre géorgien de l’Intérieur.

* Jeudi (30 août), le ministère de l’Intérieur a confirmé que la « principale phase de l’opération spéciale était sur sa fin. 11 corps des membres de groupes armés ont été trouvés. Certains d’entre eux sont des citoyens de la fédération russe du Nord Caucase. » Et d’ajouter que les « cérémonies funéraires (de ceux-ci) ont été organisées selon leurs rites religieux. ». Les opérations ne sont cependant pas totalement terminées. On « soupçonne en effet que plusieurs des membres du groupe armé sont blessés et se cachent dans les gorges. La police continue les opérations de recherche. »

Le groupe armé aurait pris trois groupes en otage, selon l’agence de presse russe RIA Novosti. Un premier groupe de 5 personnes, porté disparues depuis plusieurs jours dans le village de Lapankuri, à l’est du pays, ont été retrouvés saines et sauves mardi soir. Les second et le troisième groupes aurait également été relâchés, a déclaré cet après-midi le vice-ministre aux affaires intérieures, Shota Khizanishvili, sans donner toutefois plus de détails. Les otages libérés ont quant à eux déclaré aux forces géorgiennes «avoir été menacés de mort en cas de résistance ou d’évasion».

Bandits, provocation, terroristes ?

Coté russe, on dément avoir observé tout franchissement de frontière. « Le Service de la frontière n’a pas enregistré de cas de franchissement du tronçon daghestanais de la frontière russo-géorgienne », a précisé le porte-parole du service Vadim Chibaïev.

Le président géorgien Saakashvili est intervenu mercredi soir (29 août) à la télévision affirmant que la Géorgie ne laissera pas « l’agitation, l’instabilité et la violence » qui marque le nord-caucase russe se propager en Géorgie. « Les actions de ceux qui ont tué nos soldats des forces spéciales seront neutralisées par l’utilisation de toutes les méthodes. Nous allons recourir à toutes les mesures pour éviter à l’avenir que de tels incidents se reproduisent », a-t-il déclaré. « Je pense que ce sera une très bonne leçon pour ceux qui veulent répéter ce genre d’incidents dans le futur. » Mais le président géorgien s’est bien gardé, semble-t-il, de mettre en cause directement la Russie ou une infiltration possible du Dagestan.

NB : Cette attaque intervient alors qu’un leader musulman Daguestanais modéré, le cheikh (guide spirituel) Saïd-Afandi a été tué hier lors d’un attentat suicide et que ces derniers jours ont été les témoins de plusieurs affrontements au Daguestan voisin, entre les rebelles islamistes et les forces russes. Elle intervient aussi alors que la campagne pour les législatives et la présidentielle bat son plein en Géorgie (prévues l’une en octobre 2012, l’autre en 2013) et surtout pour les présidentielles de 2013.

* Mis à jour merc 29 août à 21h et 22h (réactions du président géorgien et de EUMM Georgia) et 30 août (détails sur l’intervention, déclaration du porte-parole de Catherine Ashton, intertitres). Rédigé avec l’aide active de Damien Kerlouet

la carte de la région géorgienne au voisinage Daghestan - une région montagneuse, difficile d'accès sauf par les connaisseurs

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Incident à Gali (Abkhazie), la mission européenne inquiète

(B2) Après les récents incidents qui ont secoué Gali, la mission des observateurs européens (EUMM) a exprimé sa « préoccupation ».

Deux hommes armés de kalachnikov sont entrés dans un café faisant feu et tuant deux policiers et un civil dans ce village situé en Abkhazie près de la “frontière” avec le reste de la Géorgie. EUMM est prêt à agir si nécessaire et à déployer une équipe d’enquête (fact finding team).

« De tels actes de violence sont inacceptables et peuvent seulement conduire à la déstabilisation » explique le responsable de la mission dans un communiqué. EUMM a appelé à la « retenue » permettant de « préserver la population locale de la région de Gali ».

NB : Les observateurs européens n’ont pas eu l’autorisation des autorités locales (et russes) de se déployer à l’intérieur de cette région qui a déclaré son autonomie puis son indépendance de la Géorgie. Mais la situation était jusqu’à présent plutôt calme à la “frontière” entre les deux entités.

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Caucase: la question des disparus, un préalable à la réconciliation (CICR)

Caucase: la question des disparus, un préalable à la réconciliation (CICR)

à Tskhinvali (Crédit : CICR / M. Kokic)

(BRUXELLES2) Le problème des personnes disparues dans le Caucase ne figure pas vraiment sur l’agenda politique européen, ni comme une priorité au plan local. C’est le moins qu’on puisse dire. Mais elle est beaucoup plus sensible politiquement qu’il n’y paraît. J’ai pu m’entretenir avec la chef des opérations du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) pour l’Europe centrale et le Caucase, Pascale Meige-Wagner, lors d’un de ses passages à Bruxelles. Que ce soit en Géorgie, Abkhazie, Ossétie du Sud, Nagorny-Karabakh, il y en ainsi plusieurs milliers de disparus. Une question très politique et qui devrait être considérée de façon plus sérieuse par la communauté internationale, selon le CICR. Car elle est un obstacle à la réconciliation et une potentielle menace à la stabilité.

Seul acteur international présent dans les républiques, et les conflits du Caucase, en Ossétie du Sud, Abkhazie (d’où il n’est jamais parti), au Nagorny-Karabakh, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) s’occupe des personnes déplacées, de faire passer des messages ou de réunir des familles, mais aussi des munitions non explosées. « Beaucoup de zones minées affectent les populations civiles. » explique P. Meige-Wagner. « La doctrine militaire dans l’ex-Urss était largement basée sur des mines anti-personnelles. »

• Combien y-a-t-il de disparus liés au dernier conflit en Géorgie ?

Pour le conflit de 2008, cela concerne un petit nombre. Nous avons 47 dossiers. La plupart sont Géorgiens, il y a 2 Russes et 7 Sud-Ossètes. Des dossiers qu’on peut répertorier en trois types catégories : soit on n’a aucune idée si la personne est vivante ou non, soit la famille sait qu’il y a un décès mais ne connait pas où est le corps, soit on sait qu’il y a un décès et un corps identifié et alors il faut le rapatrier. On a résolu un cas au printemps avec l’exhumation d’une femme (Géorgienne), qui a pu être rapatriée. C’était particulièrement émouvant. Car son mari était en phase terminale de cancer et souhaitait pouvoir se reposer auprès de savoir. Des corps ont déjà été recensés par les parties. Et si le travail de médecine légale et de collecte des ADN et des données auprès des familles se déroule bien, on pourrait résoudre une grande partie de cas. Le travail n’est pas mince. Nous avons un questionnaire de 18 pages à remplir par les familles…

•… L’ADN ne vous suffit pas ? A quoi cela vous sert-il ?

Non. C’est essentiel pour nous d’avoir ces données de familles les plus proches, pour permettre la comparaison des données ante-mortem et post-mortem. Car l’ADN ne suffit pas en soi. Il vient plutôt comme une confirmation. Idéalement, d’ailleurs il faudrait avoir d’un coté les deux ADN, du père et de la mère et disposer d’une collecte d’un ADN de bonne qualité. Or tout dépend de la façon dont un corps est conservé. C’est plus difficile, surtout s’il a été brûlé ou que les corps sont mélangés, dans le cas de fosses communes par exemple. Il y a des cas aussi où il n’y a pas de parents survivants, uniquement des frères et sœurs, ou des neveux ou nièces. La probabilité sera donc moins forte.

• Cela veut-il dire qu’il restera des cas irrésolus ?

Oui. C’est à craindre. Il faut donc aussi fournir aux familles une aide psychologique et ne pas fournir trop d’espoir. Notre approche à nous, humanitaires, est de commencer par les cas plus faciles, mais de ne pas commencer par les cas les plus difficiles, qui nécessiteraient des enquêtes de la part de l’autorité politique, mais par les cas les plus faciles. Il y a eu des corps restitués très tôt en Géorgie. On a quelques corps au cimetière de Tbilissi. Mais ils ne sont pas automatiquement identifiables. On fait des progrès. On cherche à les identifier. Car on ne peut pas imaginer que ces personnes soient totalement inconnues.

• Et pour l’ancien conflit, de 1991-1992 ?

C’est plus difficile. Il y a environ 2000 personnes qui ont disparu pour l’Abkhazie, entre 120-150 personnes pour l’Ossétie. C’est difficile car les familles ont bougé. Beaucoup sont des personnes déplacées. En termes de médecine légale, c’est aussi beaucoup plus compliqué. Il existe un risque de ne pas avoir de bon ADN. Il faut voir que cette méthode d’identification légale, par la collecte de l’ADN, date d’après les guerres du Caucase, après la guerre des Balkans en fait ; on a vraiment commencé en 2000. Et, puis, il y a eu des moments de tension qui n’étaient pas propices à ce travail. Il y a eu beaucoup de changement en Géorgie qui ne permettait pas de s’assurer du suivi des dossiers. On a connu des moments où on perdait espoir de pouvoir avancer un jour. Aujourd’hui, on est dans une phase complètement différente ; on sent un réel intérêt d’avancer sur le sujet. J’ai bon espoir que 2012 soit une année clé dans ce domaine. Il y a nécessité de rattrapage d’informations nécessaires. Mais la volonté des parties est là. La mobilisation autour du conflit de 2008 a permis de faire ressurgir, remonter les questions (oubliées) du conflit de 1990, sur l’agenda politique. On va, là aussi, commencer par les cas les plus faciles, comme cet hélicoptère qui s’est écrasé en Abkhazie. L’obtention des informations ne suffit pas. Les familles veulent un endroit pour prier, pour rapatrier les corps. Elles veulent le corps pour faire leur deuil. Comme dans les Balkans, le corps dans le Caucase a une importance énorme.

• Dans ces personnes disparues, n’y-a-t-il pas des personnes vivantes ?

Peut-être. Mais cela paraît très limité. Il peut y avoir quelques cas de vraie amnésie, ou de gens qui en profitent pour refaire leur vie… Tout est possible. Mais cela est plutôt rare. Certaines informations circulent aussi sur l’existence de centres de détentions cachées qui entretiennent l’espoir. Mais, selon nous aussi, cela paraît limité, c’est très difficile de cacher un centre de détention durant des années. Malgré tout, on ne peut pas dire à une famille que leur proche est mort sans en avoir la preuve. Il y a là une détresse forte des familles. Nous mettons sur pied des programmes pour soutenir familles au niveau psychosocial, en matière de santé, une assistance économique également…

• Et au Nagorny-Karabakh ?

On est sur une autre échelle. Nous avons 4400 personnes disparues (dont 3700 familles présentes en Azerbaïdjan). La première difficulté est de créer un mécanisme de résolution des personnes disparues. Les tensions restent très vives. On reste frappé de voir que ce sujet n’est pas toujours considéré de façon importante comme une source de tension potentielle, comme un obstacle à la réconciliation. Avec ce chiffre-là, il y a un nombre important de personnes concernées – familles, proches, amis – Et une dialectique se développe autour de l’ennemi. Pour nous, si ce problème n’est pas résolu, ou ne commence pas à être résolu, on ne voit pas comment il peut y avoir une réconciliation.

• Dans le conflit en Transnistrie, a-t-on le même type de cas ?

Non. Il n’y a pas de cas de disparitions. On peut remarquer que la Moldavie est le seul pays à s’être doté d’une législation complète sur les personnes disparues. Ce dont on peut se réjouir. L’Arménie devrait suivre rapidement. Le CICR a proposé une loi modèle à l’assemblée des pays de la CEI, sur la base de notre expérience.

• Pourquoi vous insistez sur cette nécessité de recherche de disparus ?

C’est très émotionnel. Mais c’est aussi très politique. Un processus d’identification même purement humanitaire peut mettre à mal certaines autorités, notamment si certaines personnes ont été détenues ou auraient été exécutées. Il peut entraîner certains difficultés politiques. L’une partie, estimant avoir rempli son devoir de restituer les corps, l’autre estimant que ce ne sont pas les bons. Il y a une obligation de réciprocité. Et cela participe aussi de la lutte contre l’impunité.

• La question des disparus est donc un problème sous-évalué selon vous ?

Oui. La question des personnes disparues n’est jamais entrée au top niveau politique dans les conflits du Caucase. Elle ne fait pas partie des préconditions à discuter. Les problématiques humanitaires n’ont pas été mises au centre du débat politique. Nous sommes au Caucase, dans une situation totalement différente de celle des Balkans où cette question a figuré expressément dans les accords de Dayton, dans les accords sur le Kosovo… Si la question du retour des prisonniers de guerre (*) a été réglée et considérée comme une question hautement politique, comme une menace pour la stabilité. Ce n’est pas le cas pour les disparus.

• N’est-ce pas aussi un peu le fait des humanitaires qui se tenaient à l’écart des politiques ?

Effectivement, au départ, on avait peur d’une instrumentalisation. Or, aujourd’hui, on voit bien que, sans perspective politique, il n’y a pas de possibilité d’avancer.

Dernière question, concernant la présence des observateurs européens en Géorgie est-elle utile ?

Oui sans conteste. Sans présence extérieure, on n’aurait pas eu de mécanisme de prévention et de règlement des incidents (IRPM) ; un facteur important de stabilisation. Pour l’Ossétie du sud, particulièrement, c’est important que ce dispositif de dialogue soit maintenu (NB : en Abkhazie, les relations sont moins tendues). Parfois il s’agit d’un problème mineur ; quelqu’un a traversé au mauvais endroit. Ça ne résout pas le problème de fond – l’accès pour une partie de personnes à leurs marchés traditionnels, leur pension, leur maison… – mais çà diminue, sans conteste, les tensions. Au Nagorny-Karabakh, il n’y a pas de mécanisme de dialogue et de ligne administrative ou de ligne de contact, et c’est moins facile.

(*) Pour être prisonnier de guerre, il faut être membre des forces armées ou l’avoir été dans le cadre d’un conflit international ; Il n’en existe plus qu’entre Arménie et Azerbaïdjan. Dans les conflits internes, on ne parle que de combattants. Ainsi dans le conflit en Géorgie en 2008, Russes et Géorgiens pouvaient être considérés comme des prisonniers de guerre mais pas les Sud-ossètes.
 
(crédit photo : © CICR / M. Kokic)
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Un général polonais bientôt à la tête d’EUMM Georgia

Le général Tyszkiewicz en Irak, 2003 (crédit photo : Ministère polonais de la défense)

(BRUXELLES2) Le général polonais Andrzej Tyszkiewicz, âgé de 62 ans, devrait prendre la tête de la mission européenne d’observation (EUMM) en Géorgie, selon nos informations, au début juillet. Il remplacera à ce poste l’ambassadeur allemand Hansjörg Haber, devenue commandant des opérations civiles de l’Union européenne au service diplomatique européen (CPCC).

Cette nomination doit être encore confirmée par le COPS, le Comité politique et de sécurité, fin juin. Mais elle est quasi-officielle en Pologne, où le ministre des Affaires étrangères Radek Sikorski, s’est déjà réjoui officiellement de cette nomination.

Son double cursus, formé à l’école polonaise et à l’école de l’URSS (une obligation chez les officiers de l’ancien bloc communiste) est un avantage dans cette région. Elle lui permettra peut-être de retrouver, de “l’autre coté” de la ligne de démarcation d’anciens condisciples. Son implication dans la guerre d’Irak, aux cotés des Américains, comme à l’OTAN, ou en Turquie, lui donne aussi l’autorité nécessaire pour en imposer aux Géorgiens, un peu “impétueux” parfois. Son passage enfin durant cinq années dans la diplomatie, dans les Balkans, permet d’adoucir cette image d’un militaire de carrière.

Un homme des blindés, formé à deux écoles

Né en 1949 à Ciechanów (petite ville au nord de Varsovie), Tyszkiewicz est un militaire de carrière formé à la fois à l’école polonaise des officiers de Wrocław (1973) et à l’école soviétique de l’académie militaire Mikhaïl Frounze de Moscou (1979) et de l’académie d’Etat-Major d’URSS (1990). C’est aussi un homme des blindés. Il a servi d’abord dans la 8e Division mécanisée de Koszalin, au 32e et 1er régiment mécanisé (1982-1986), puis comme chef du personnel et commandant adjoint à la 1ère division mécanisée de Legionowo et comme commandant de la 6e brigade aéroportée de Cracovie (1987). Et un homme d’Etat-Major. Il prend la direction des opérations (1990-92) puis est chef de la formation (1993-94). Promu major-général, il est nommé commandant-adjoint des forces terrestres en septembre 2002.

Premier commandant des Polonais en Irak

Attaché militaire en Turquie (1995-1999), puis représentant militaire polonais à l’OTAN, il a surtout été le premier commandant du contingent polonais en Irak, dans l’opération menée par les Américains, et commandant de la Division multinationale Centre-Sud (2003-2004). Il a été nommé, en 2005, ambassadeur de Pologne en Bosnie-Herzégovine, poste qu’il a exercé sans interruption jusqu’à 2010.

Lire également : La structure de gestion de crises de l’UE (CPCC/CMPD) a de nouvelles têtes. C’est confirmé

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Situation toujours tendue à la frontière avec l’Ossétie du Sud

(BRUXELLES2) Après l’incident du 18 mai (deux Géorgiens blessés gravement par balles), la mission européenne d’observation en Géorgie (EUMM) a tenté d’y voir plus clair entre les “incohérences et les contradictions” des témoignages. Elle a enquêté sur le terrain auprès de la population, de la police locale, du personnel médical. Et le résultat ne penche pas en faveur de la légitime défense des forces sud-ossètes. « La mission n’a jusqu’à présent trouvé aucune information pour étayer la version de l’Ossétie du Sud que leur patrouille frontalière a essuyé des tirs et agi en légitime défense » précise ainsi le porte-parole d’EUMM, où on ne cache pas une certaine préoccupation.

Augmentation des patrouilles d’EUMM

« Cet incident soulève d’importantes questions sur la sûreté et la sécurité des civils dans les zones proches de la frontière administrative ». Une nouvelle réunion du mécanisme de prévention (IPRM) est ainsi prévue le 17 Juin, avec tous les protagonistes (Géorgie, Russie, Ossétie du Sud). Mais la situation reste tendue. Les forces de sécurité de Géorgie ont augmenté « leur présence dans la région limitrophe de la frontière administrative (NB : près d’Akhalgori) » a ainsi précisé, dans un communiqué, EUMM confirmant ainsi certaines rumeurs locales. Et les observateurs restent « préoccupés sur les possibles implications pour la liberté de mouvement de la population locale » de ces mesures. De son coté, EUMM a aussi augmenté ses propres patrouilles et sa présence visible dans ces régions et prie chacun de rester calme « we urges restraint from all sides to maintain security and stability for the local population ».

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Grave incident entre la Géorgie et l’Ossétie du sud (Maj2)

Observateur EUMM en patrouille à Gremiskhevi - archives (Crédit : EUMM Georgia)

(BRUXELLES2) Plusieurs jeunes adultes, « partis cueillir des plantes » près de la ligne de démarcation avec l’Ossétie du sud, dans le district de Sachkhere, ont été pris à partie aujourd’hui (mercredi 18 mai) par les forces sud-ossètes. Ils ont fui alors que celles-ci ont cherché à les appréhender. Mais les forces sud-ossètes ont tiré. L’un d’eux âgé de 17 ans a été grièvement atteint, et reste hospitalisé – selon les autorités géorgiennes – dans une situation grave. Un autre a été blessé plus légèrement. Quatre autres adultes ont cependant été fait prisonniers et sont actuellement retenus par les forces sud-ossètes.

Pour le gouvernement géorgien, qui vient de faire une déclaration, il s’agit d’une « grave violation du cessez le feu ». Il met directement en cause la Russie « qui poursuit ainsi une politique visant à déstabilisant et terroriser la population locale » et « cherche à provoquer l’escalade des tensions ». C’est le plus grave incident depuis mars 2009.

Aucun commentaire officiel n’a encore été fait par les observateurs européens présents sur place (EUMM Georgia). Mais ils n’ont pas accès normalement au territoire sud-ossète. Et il faudra sans doute passer par la médiation russe pour obtenir un déblocage de la situation.

(mis à jour) « Nous sommes en train de vérifier les circonstances de cet incident » affirme-t-on à EUMM. « Il y a des rapports contradictoires. Et nous ne ferons aucun commentaire avant d’en savoir plus » Une patrouille locale d’EUMM, venant de la base de Gori, accompagné d’un responsable de la mission s’est rendu sur place, mercredi, pour parler aux habitants et chercher à parler à ceux qui ont été impliqués dans l’incident pour connaître les circonstances. Et une réunion, ad hoc, s’est tenue jeudi à Dvani dans le cadre de l’IPRM (l’instance de règlement des conflits), avec des réprésentants géorgiens, russes et sud-ossètes. A cette occasion, les 4 Géorgiens détenus lors de l’incident, ainsi qu’un autre détenu quelques jours plus tôt ont été libérés, a confirmé un porte-parole d’EUMM. Mais l’état du blessé reste critique, a regretté EUMM qui a condamné cet incident.

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L’Europe ne doit-elle pas mettre en place une EUMM / EUBAM Libya ?

(BRUXELLES2) La situation en Libye reste floue près de plusieurs semaines après le début des évènements. Et la situation dans certaines frontières pourrait déraper rapidement. De nombreuses régions échappent à l’écran “radar” de l’actualité politique et médiatique concentrée sur Benghazi et Misrata. Que ce soit dans des pays à l’écart des routes habituelles de circulation (Soudan, Niger, Tchad) ou dans des pays plus proches (Tunisie, Egypte) qui reçoivent la plupart des personnes déplacées suite au conflit (libyens ou travailleurs étrangers), il pourrait ainsi être intéressant d’avoir des postes d’observation “robustes”. Ne serait-il pas nécessaire que l’Union européenne opte pour une approche plus déterminée, et globale, en déployant sur le terrain une mission, civile, d’observateurs près des frontières libyennes. La question mérite d’être posée aujourd’hui. Et ce serait sans doute plus adéquat qu’une mission EUFOR Libya qui semble hypothétique.

Pour quoi faire ?

Cette mission pourrait avoir trois types de fonction : l’observation, le contrôle, la formation.

L’observation n’est pas toujours un rôle facile. Mais cela permet de rapporter de l’information en direct sur la situation dans des zones peu couvertes par ailleurs. Le simple fait d’avoir des éléments extérieurs ne permet pas de supprimer des points de conflit. Mais il est un gage important d’apaisement et surtout de détection précoce de sources de tension. Cette fonction peut être utile si un cessez-le-feu localisé ou généralisé est proclamé, pour l’observer.

Le contrôle de certains points de passage pourrait être aussi nécessaire. On serait ici dans le plein cadre des résolutions 1970 et 1973 des Nations-Unies sur le contrôle de l’embargo sur les armes ainsi que la venue de mercenaires. Elle permettrait ainsi d’en savoir plus et de démentir (ou confirmer) certaines rumeurs persistantes.

La formation et le “construction building” serait le troisième pôle de cette mission. Elle pourrait concourir à la stabilité de régimes faibles comme le Niger ou en mouvement comme la Tunisie.

Les fonctions conférées à la mission pourraient varier selon les pays où les “observateurs” seraient placés, voire évoluer au fil du temps.

A quels endroits ?

Ce déploiement pourrait, raisonnablement (raisons politiques et pratiques) se déployer dans deux zones principalement : le sud tunisien, l’ouest égyptien et l’est libyen (Maghreb), le nord nigérien et le nord tchadien (Sahel). Dans le premier déploiement, on est davantage dans une logique stabilisation / construction building / formation. Dans le second déploiement, la logique contrôle / stabilisation / construction building l’emporte.

Pour être complet, un déploiement aux frontières devrait concerner également les frontières nord soudanaises et est algérien. Si d’un point de vue opérationnel, l’Algérie serait un pays intéressant pour se déployer, il serait étonnant que le gouvernement accepte le déploiement d’observateurs européens.

Avec qui ?

Cette mission pourrait se déployer avec le concours de la Ligue arabe dans son volet Maghreb et avec le concours de l’Union africaine dans son volet Sahel. Ce qui aurait ainsi un avantage : impliquer l’Union africaine qui, actuellement, se confronte plutôt qu’elle rejoint les propos européens. Il est pas interdit de penser que certains autres pays tiers pourraient se joindre à cette mission comme les pays des Balkans.

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