Nouvel incident contre une ONG, Msf a suspendu sa mission

A l’est du Tchad, les affrontements entre forces gouvernementales et rebelles, combinés aux incursions militaires depuis le Darfour voisin, ont fait des milliers de déplacés ainsi que de nombreux morts. Malgré l’insécurité, MSF continue de fournir des soins de santé primaires et secondaires, ainsi qu’une assistance pour les besoins en eau et en nourriture aux déplacés internes, aux résidents tchadiens ainsi qu’aux réfugiés soudanais provenant du Darfour. (MSF)

(BRUXELLES2)  Les Irlandais n’ont peut-être pas tout à fait tort en refusant de dégarnir le front de Goz Beida (lire : Les Irlandais rechignent à faire les gardes, Nash se fâche). Les incidents contre les ONGs continuent…. Témoin : l’attaque de vient de subir un dispensaire de  Médecins sans frontières (MSF) à Kerfi, dans l’est du Tchad.

« Des dizaines de jeunes hommes ont mis à sac le dispensaire MSF et ont attaqué les personnes présentes sur les lieux. Ils ont détruit les meubles, la pharmacie et les salles de consultation » raconte l’organisation. « Les patients, y compris les enfants malnutris, ont dû fuir. Au cours de l’incident, plusieurs employés de MSF ont été sévèrement battus mais ne souffrent d’aucune blessure grave. Les actes de violence se sont étendus à d’autres quartiers du village et auraient blessé et causé la mort d’un nombre indéterminé de personnes. Bien que la raison de l’attaque demeure inconnue, il semble que les organisations non gouvernementales (ONG) soient intentionnellement visées. » « Cet incident confirme à quel point l’aide humanitaire et les établissements de santé ne sont pas respectés. » explique Karline Kleijer, la chef de mission MSF au Tchad.

Du difficile compromis entre militaire et humanitaire

Même si l’organisation ne veut pas commenter la présence d’Eufor, elle est en revanche plus critique sur « l’affichage humanitaire du dispositif militaire » que représente Eufor. Car sur le terrain, m’a confié un agent de façon informelle, « Eufor n’arrive pas remplir son mandat affiché de protection des populations déplacées et réfugiées du Darfour, il n’a pas enrayé les attaques contre les ONG ».

En fait, MSF en tant qu’organisation humanitaire ne veut pas compromettre sa neutralité en étant escortée de soldats européens. Position que regrette le Lieutenant William Diepeveen, du contingent néerlandais, qui a résumé sur Radio Netherlands Worldwide l’ambiguité de cette position. « Nous ne pouvons assurer directement leur protection que s’ils le demandent. Or ils ne veulent pas. Alors la seule chose que nous pouvons faire, ce sont des patrouilles de nuit et une présence dans la ville, de Goz Beida par exemple et aux alentours. Mais cela ne suffit pas à prévenir les vols et les attaques ».

(NGV)

Photo : Groupe de déplacés a Koukou, Est du Tchad. © Valerie Babize / MSF

Les Irlandais rechignent à faire les gardes, Nash se fâche

(BRUXELLES2) Le général Nash, commandant l’opération Eufor Tchad RCA aurait écrit directement au responsable des forces irlandaise, le dernier week-end si on en croit nos confrères du Irish Independant. Le général était un peu emmerdé par la réponse irlandaise à la requête du commandant de la force sur place, le général Ganascia. Après le départ des Suédois, rentrés à la maison, se posait la question de la garde statique du camp d’Abéché. Les Suédois effectuant en effet cette tâche (avec les Finlandais si mes informations sont exactes). Le général français avait donc demandé à chaque force en présence (Français au centre, Polonais au nord, Irlandais au sud), de venir assurer à tour de rôle, par rotation, ce service. Mais les officiers Irlandais sur place ont répliqué par un « caveat » (une opposition en latin), en clair une restriction à l’emploi des troupes qui oblige à étudier chaque nouvelle requête sur une base du cas par cas. Ils estiment que cette requête n’était pas prévue au départ. Ce déploiement signifie 30 hommes mobilisés au lieu d’être utilisés en cas d’attaque soulignent-ils.

(NGV)

Un Hercules C130 Néerlandais en renfort pour le Tchad

(BRUXELLES2) Un C-130H-30 Hercules de la Royal Air Force néerlandaise décolle, ce 9 octobre, de l’aéroport d’Eindhoven. Direction : le Tchad. Il assurera le transport de matériel et de troupes pour les Européens d’Eufor, entre le continent et  les différents théatres de l’opération (Abéché, N’Djamena…), ce afin d’assurer la rotation des troupes.

Ainsi la moitié du détachement des Marines néerlandais, basé à Goz Beida et intégré au bataillon irlandais, devrait pouvoir rentrer à la maison. Le C130 devrait être opérationnel jusqu’à fin octobre, a affirmé l’armée néerlandais. Une mission identique avait déjà été assurée en mai dernier. Le contingent néerlandais comprend 60 hommes.

(NGV)

(photo : ministère de la défense néerlandais)

Exclusif. L’accord Russe-UE pour les hélicoptères au Tchad

(BRUXELLES2) 4 hélicoptères russes et 120 hommes sur une mission militaire européenne, Des Russes sous commandement européen, ce n’est pas commun. C’est même la première fois. Alors effectivement c’est difficile à négocier. Et il faut faire quelques entorses aux règles habituelles des opérations européennes. Du moins si j’en juge le texte du projet de décision qui entérine l’accord. Mais la stabilisation dans cette région troublée, de l’est du Tchad, aux confins du Soudan, ne vaut-elle pas quelques « entorses » aux principes…

Une négociation laborieuse

Si comme pour toute contribution d’un Etat extérieur à l’Union européenne (UE), dit Etat tiers, on signe un accord, cette négociation avec les Russes a été particulièrement longue et difficile, il a fallu s’y reprendre à plusieurs fois. Le gouvernement Français – qui tenait à cette présence – a particulièrement insisté à plusieurs reprises pour que les Européens acceptent d’être plus « coulants » sur certains principes. Et que les Russes en acceptent d’autres. Ce n’est pas illogique somme toute, car c’est la première participation russe à une mission militaire de l’UE. Entre autres sujets sensibles, la chaîne de commandement (russe sous commandement européen, ou commandement russe autonome), le financement et les procédures de règlement des litiges.

Aujourd’hui, l’accord a été paraphé coté russe – avec quelque difficulté cependant, l’état-major russe a un peu ronchonné et certaines modalités d’organisation doivent encore être fixées, d’ici la fin octobre. Et du coté européen, tous les pays semblent prêts à avaliser le texte, même après les évènements en Géorgie. Simplement, il faut passer en douceur, discrètement. On cherche donc à « étaler » le dossier après certaines échéances, plus politiques – comme celle du 10 octobre fixé pour le retrait russe des zones de sécurité de Géorgie. Ce qui explique que cet accord soit encore sur la table des ambassadeurs qui doivent l’approuver et le transmettre dans un prochain conseil des ministres de l’UE.

Une mission bien cadrée : le transport

La mission assurée par les Russes est bien cadrée et précisée expressément. Ce sera une mission de transport : « transport des membres de l’Eufor et de la Minurcat » (la force des Nations-Unies), « opérations de sauvetage » pour ces deux forces et « transport de matériel ». Il n’est ainsi pas question de « mission de combat » (davantage du ressort des hélicoptères français, Gazelle, d’ailleurs, si j’en crois les spécialistes de la question).

Une chaine de commandement, atypique : qui préserve l’autonomie russe et la capacité de décision européenne

Le point clé de l’accord se situe dans la « chaine de commandement ». Le contingent militaire reste « entièrement sous le commandement de la partie russe » est-il mentionné (ce qui est peu commun). Simplement les autorités compétentes russes « délèguent au commandant de l’opération « la faculté d’assigner au contingent militaire des tâches en vue de l’exécution de sa mission (…) Un ordre de mission aérienne ou toute autre décision affectant le contingent militaire russe est arrêté en étroite coordination avec les hauts représentants militaires russes.

La force russe est soumise aux règles d’engagement de l’opération définie par le commandement européen (logique) « dans la mesure où elles ne sont pas en contradiction avec la législation russe ». Ces « restrictions d’engagement » (caveat) vont être notifiées au commandant d’opération, le général Nash.

C’est l’officier commandant le contingent militaire russe qui est responsable de la discipline quotidienne au sein du contingent (NB : disposition logique).

Les Russes peuvent retirer leur contribution « à tout moment », soit à la demande du commandant de l’opération, soit par décision russe. (NB : un contingent européen s’engage généralement sur la durée de la mission, ou sur une durée limitée, précisée à l’avance).

La Russie – mêmes droits, mêmes obligations – qu’un Etat de l’UE

La Russie participe pleinement à l’opération. Elle a les « mêmes droits et obligations en terme de gestion quotidienne de l’opération que les Etats membres de l’UE qui y participent ».

Les forces russes sont soumises aux règles de l’accord sur le statut des forces (Sofa) signés avec les trois Etats accueillant : Tchad, république centrafricaine (terrain d’opération) et Cameroun (transit du matériel). Hormis cela, le contingent militaire reste sous la juridiction russe.

Les Russes ont accès à la plupart des informations classifiés « défense » de l’opération. Ils doivent en assurer la confidentialité. Ils ne doivent pas utiliser cette information à d’autres fins (?), ne doivent pas la divulguer à aucun tiers, et restreindre l’accès en interne aux seules personnes « qui doivent nécessairement en avoir connaissance pour s’acquitter de leur mission officielle ».

Un officier de « haut rang » russe sera d’ailleurs au quartier général de l’opération, l’OHQ au Mont-Valérien, aux cotés du général Nash. Un autre au quartier général de la force (FHQ) à Abéché, aux cotés du général Ganascia. (NB : je préfère « aux cotés » que « sous les ordres », car cela semble refléter davantage la situation. Aucun de ces mots d’ailleurs n’est mentionné dans l’accord)

… enfin presque, car il y a quelques arrangements financiers et juridiques

La Russie assume tous les coûts liés à sa participation à l’opération – sauf financement commun prévu ad hoc. Dans ce cas là, c’est le mécanisme Athéna de prise en charge qui prend le relais. Par ailleurs, Eufor fournit un soutien logistique contre remboursement des coûts (au prix coutant). La Russie est « exemptée de toute participation financière aux coûts communs ».

En cas de dommage collatéral – victime locale – ce sont les règles signés avec les pays d’accueil qui s’appliquent : en gros, tout dommage est « extériorisé ». L’Etat d’accueil s’engage à ne pas faire de procédure judiciaire. A la place, il est prévu une procédure de règlement amiable (indemnités), voire un recours à une commission d’arbitres. En cas de litige sur la nomination des arbitres, c’est le président de la Cour internationale de justice qui est appelée à la rescousse pour désigner l’arbitre (pour les autres Etats européens, c’est le président de la Cour de justice européenne). Raffinement supplémentaire (qui montre la difficulté de négocier le moindre détail), il est précisé que si le président de la CIJ est un national de l’UE ou de Russie, c’est un autre membre de la Cour qui doit intervenir. (Une disposition qui n’est pas de pure forme car la présidente actuelle est britannique).

Ultime précision (importante quand on sait les problèmes de « traduction » qui ont lieu lors des accords en Géorgie) : l’accord est rédigé en anglais et en russe, « chaque version faisant foi ».

(NGV)

Pour télécharger le texte de la décision et de l’accord

« Les mois prochains seront cruciaux » dit le général Nash

(BRUXELLES2) Faisant le point à mi-mandat sur l’opération militaire de l’UE (EUFOR) au Tchad et en République centrafricaine (RCA), lors d’une conférence de presse à Bruxelles, le 29 septembre, le général irlandais, Pat Nash, qui commande l’opération, s’est montré d’un optimisme très mesuré sur la situation sécuritaire. Il a aussi appelé chacun à être vigilant sur la suite de l’opération. « L’enjeu reste en effet considérable. Beaucoup a été fait, en matière logistique, de sécurité » a détaillé le général.

Le risque rebelle existe

Mais « la situation reste difficile. Je n’ai pas de doutes qu’il y aura d’autres difficultés dans le futur. Les mois prochains seront cruciaux », a-t-il ajouté. Les rebelles restent, en effet, toujours présents et actifs dans la région dite des « trois frontières » (Tchad, Rca, Soudan). Et même si une attaque d’envergure comme celle de fin janvier – les rebelles avaient atteint la capitale N’Djamena – paraît difficile à réitérer, les périodes de saison sèche sont, traditionnellement propices au Tchad à des offensives guerrières. « Nous avons deux attaques par an, en février et en octobre », m’avait confié un spécialiste militaire présent sur place.

Le récent rapport d’Oxfam, le général l’a lu mais « pas de la même façon » que certains commentateurs. Il n’y voit pas une critique de la mission de l’Eufor. Au contraire ! Car ce qui manque actuellement au Tchad, « c’est une force de gendarmerie et de police, ainsi qu’un accord de bonne gouvernance ». La mission d’Eufor se situe en amont : « fournir l’environnement de sécurité nécessaire pour que ces forces puissent travailler ». Ce « qu’elle fait – explique-t-il – malgré toutes les difficultés auxquelles (elle) est confrontée depuis le début ».

Préparer l’après Eufor

Le Général Nash a aussi tenu à alerter sur l’après-Eufor. « L’UE a un mandat jusqu’au 15 mars 2009. Après cela, nous n’avons pas de mandat ». Le temps de la transition effectué, « plus aucun soldat de l’UE ne sera présent au Tchad au 1er juin », a-t-il assuré. Mais « la continuation voire l’extension de la présence internationale après le 15 mars est un enjeu important », a-t-il aussi souligné. Car aucun Etat n’a l’intention de prolonger la mission de l’UE.

Le secrétaire général de l’ONU a lancé, le 17 septembre, à New-York, un appel à contributions pour une force de 6 000 hommes. Appel qui pourrait être rempli, sans trop de difficultés, selon un spécialiste des opérations de paix. « La génération de forces au niveau des Nations-Unies pose moins de problèmes qu’au niveau de l’UE, les soldats étant pris en charge par l’Organisation ». D’ores-et-déjà, il semble acquis que trois des principaux Etats contributeurs à Eufor Tchad – France, Pologne, Irlande – pourraient contribuer à la future mission de l’ONU, en fournissant environ un quart de l’effectif nécessaire. Par ailleurs, des accords techniques entre l’UE, le gouvernement et l’Onu doivent assurer la transition.

Arrivée d’hélicoptères russes

Lors des échanges avec les journalistes, le Général Nash a aussi confirmé l’arrivée des hélicoptères russes « pour la fin octobre, au plus tard novembre ». Une présence nécessaire pour permettre d’atteindre « une pleine capacité opérationnelle, en matière héliportée ». L’hélicoptère est, en saison des pluies, le seul moyen d’accès. Et, même en saison sèche, vu l’état des pistes, cela permet « d’avoir une réaction rapide, en amenant les troupes nécessaires sur place », m’avait précisé un militaire. La décision d’arrivée de ces hélicoptères a déjà été avalisée au sein des groupes de travail de l’UE, elle doit maintenant l’être par le Conseil des ministres. Ce qui devrait être chose faite à la mi-octobre, sans formalité (en point A).

Il faut noter que cette participation russe pourrait être suivie d’autres. La marine de guerre russe a, ainsi, fait mouvement ce week-end vers le large de la Somalie pour suivre de près, de concert avec la marine américaine, un bateau ukrainien contenant du matériel militaire russe (à destination du Kenya). Et un responsable de la marine russe n’a pas exclu d’avoir une action coordonnée dans la zone, avec les autres forces présentes.

(BRUXELLES2)

Crédit photo : Conseil de l’UE – également paru dans Europolitique

Les Polonais sont au complet au Tchad

(BRUXELLES2) Les Polonais sont tous arrivés au Tchad. Et le Bataillon Multinational Nord (BMN) est maintenant pleinement opérationnel. Mission : sécuriser le terrain, notamment par des patrouilles – environ une tous les jours, annonce l’Eufor – et suivre régulièrement la situation avec les responsables de camps. Dans leur zone de responsabilités, les Polonais ont six camps de réfugiés, notamment à Amnabak et Touloum, qui représentent près de 116 200 réfugiés.Mais l’Eufor n’a normalement pas le droit de rentrer dans les camps de réfugiés. Le contingent polonais et les responsables des camps se sont donc mis d’accord pour se rencontrer à l’extérieur. La patrouille a aussi un intérêt important : reconnaître les routes, assurer des itinéraires de remplacement si, en raison de la saison des pluies, ou pour une autre raison, l’axe habituel devient impraticable.
(NGV)

Mission Eufor Tchad RCA. Une revue à mi-mandat en demi-teinte

(BRUXELLES2) Javier Solana, Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune de l’UE, doit remettre le 24 septembre aux Nations-Unies son rapport d’évaluation sur la mission militaire « Eufor » au Tchad et en république centrafricaine (RCA). Une revue à mi-mandat, prévue dans la résolution de l’Onu donnant le cadre international à la mission et dans l’action commune de l’UE qui en avait fixé le cadre européen. « La situation de sécurité demeure stable mais fragile. Les causes sous-jacentes du conflit ne devraient pas changer de façon significative » explique le haut représentant d’espérer. Et celui-ci d’espérer que la décision du Conseil de sécurité, programmée pour fin septembre, permettra de « clarifier l’objectif et les voies de l’effort de planification futures ». En clair, qui va prendre le relais de l’opération Eufor, au 1er mars 2008.

La force « dont le déploiement complet est prévu en septembre » est perçue de façon « positive », souligne le rapport. Elle permet aux acteurs humanitaires d’opérer « de façon effective » et « facilite le plein déploiement de la Minurcat », la Mission des Nations unies pour la Rca et le Tchad (forte de policiers surtout). Mais le document ne cache pas les « défis » que constituent le « maintien d’un espace humanitaire » sûr dans la zone et la « militarisation des camps de déplacés ou de réfugiés ». La communauté humanitaire internationale « doit faire face à des menaces de sécurité qui paralysent son effort ». La criminalité est « endémique et largement répandue ». Et si « l’activité rebelle » demeure « sporadique », et que la situation globale de sécurité est « restée relativement calme durant cette période, avec peu d’incidents impliquant l’Eufor », la principale menace pour la sécurité et un environnement sûr restent « la criminalité et le banditisme qui ont un impact direct sur la population civile et les efforts humanitaires ».

Constat un peu moins optimiste à l’Onu, si on en croit un premier rapport intérimaire du secrétaire général. « L’Eufor et la Minucart ne sont pas en position de prendre directement en main le problème des mouvements transfrontières des groupes armés. En outre, (leurs) mandats respectifs limitent le rôle de ces deux missions aux seules conséquences du conflit qui sévit au Tchad, sans viser les causes sous-jacentes », écrit Ban Ki Moon, visant l’instabilité politique au Soudan et au Tchad et « les relations tendues entre ces deux pays ». « L’Eufor et la Minurcat ne sont pas en position de prendre directement en main le problème des mouvements transfrontières des groupes armés ».

Du coté des ONGs, on est aussi pessimiste, mettant davantage en cause la Minurcat que l’Eufor. Dans un rapport publié début septembre, Oxfam estime ainsi « Un an après les débuts de la mission, la composante de police n’est toujours pas opérationnelle et les troupes européennes sont à la peine face au désordre et au banditisme grandissant. »

(NGV)

(paru dans Europolitique, juin 2008

Comment mange-t-on à l’Eufor Tchad, le guide des bonnes cantines

(BRUXELLES2) Comme la vie n’est pas toujours facile dans les sables tchadiens, voici une petite revue des cantines d’Eufor Tchad faites par les Français du 18e régiment. Donc n’attendez pas que ce soit tout à fait objectif, ni très gentil pour les autres…

– Abéché (Camp des étoiles et BATLOG) : « depuis 24 août un nouvel ordinaire à été ouvert sur le camp – Génial. Il y a désormais le choix entre plusieurs entrées, le choix entre 3 plats principaux, de nombreux laitages et des patisseries. Si rien ne convient il y a possibilité d’opter pour des paninis. Les jus de fruits et canettes fraiches sont à disposition. Même les petits déjeuner sont désormais complets. »

– Iriba (zone nord) : « Zone tenue par les Polonais et donc nourriture polonaise (au secours)? C’est lourd et pas adapter à nos délicats palais de gourmet français. Un congélateur devrait être mis en place afin d’y entreposer des produits qui conviendraient mieux à nos personnels. »

– Gos Beida (zone sud) : « La zone est tenue par les irlandais et la nourriture est de type américaine. De quoi vous dégouter des frites pour le restant de votre vie, mais c’est mangeable. »

– Forchana (zone centre) : « Les personnels sont toujours en ration de combat, sauf le dimanche ‘jour de fête' »

– Birao (Rép. Centrafricaine) : « C’est un ordinaire amélioré, tout à fait convenable. »

Les Russes entérinent leur participation à la mission européenne Eufor Tchad

(BRUXELLES2) La mission militaire européenne au Tchad et en république Centrafricaine (Eufor) pourra bien bénéficier du renfort russe. Le président russe Medvedev a signé, le 1er septembre, le décret confirmant l’envoi d’un contingent d’au maximum 200 hommes et 4 hélicoptères. Cette décision intervient après l’approbation de la mission par le Conseil de la fédération (chambre haute du Parlement russe), dans une séance à huis clos le 25 juillet. Les hélicoptères devraient être du type Mi-8MT, la version la plus récente de l’hélicoptère russe, connue pour sa robustesse et son endurance, qui peut servir indifféremment au transport (20 à 30 personnes) ou d’hélicoptère d’assaut. L’essentiel du personnel est celui nécessaire à l’entretien des appareils, les Russes ayant l’habitude de faire toute la maintenance sur place.

Avec les 60 Albanais arrivés à la mi-juillet, Eufor Tchad/RCA comptait – au dernier bilan dressé cet été – 3250 hommes (y compris les 300 Polonais déjà présents sur le terrain). Elle avait à sa disposition également une douzaine d’hélicoptères, nécessaires à la saison des pluies: 8 Français (4 Puma et 4 Gazelle) basés à Abéché et N’Djamena, 3 hélicoptères Mi-17 polonais au bataillon Nord (Iriba) et 2 hélicoptères Mi-8 irlandais au bataillon sud (Goz Beida).

Par ailleurs, le Comité politique et de sécurité (COPS) a approuvé, le 2 septembre, la participation de la Croatie à l’opération, le comité des pays contributeurs a été modifié en conséquence. Une quinzaine de Croates devraient rejoindre le Tchad d’ici octobre.

Ces arrivées sont bienvenues après la décision de la Roumanie de ne pas envoyer de troupes, pour raison budgétaire.

(NGV)

(paru dans Europolitique, septembre 2008)

La Russie sera bien présente avec 4 hélicoptères au Tchad

(BRUXELLES2) C’est le président russe, Medvedev, lui-même qui l’a confirmé, en signant, le 1er septembre, le décret autorisant l’envoi d’un contingent russe au Tchad et en république centrafricaine pour l’opération Eufor. 200 militaires russes au maximum partiront pour servir et maintenir en état les 4 hélicoptères russes Mi8 MT (version nationale du Mi17 plus connu à l’export). Il a aussi signé l’accord technique de coopération Ceux-ci devraient arriver rapidement. Une équipe russe était partie en reconnaissance en juillet. Seul grain de sable possible : du coté de l’UE, cette participation doit être encore confirmée, à l’unanimité, par les 26 représentants des Etats membres participant à l’Europe de la Défense (le Danemark a un opt-out, une dérogation). Une simple formalité, il y a quelques semaines, qui devient désormais un acte politique avec le conflit en Géorgie et la tension des relations avec la Russie.

(mis à jour le 10 septembre)
Au Tchad, on croise les doigts. Le mémorandum d’accord avec les Russes a été reçu dans les services du Conseil de l’UE, en début de semaine. Il va falloir examiner maintenant s’il concorde avec les conditions des Européens. Ce sera le rôle du groupe « Relex ». Le Coreper (comité des ambassadeurs) devra ensuite l’approuver (en point A « si tout va bien », donc sans discussion). Avant une approbation dans un Conseil des Ministres (n’importe lequel, en point A).

(NGV)

Lire aussi : Eufor au Tchad compte désormais 13 hélicoptères

L’ambassadeur français au COPS confirme: préparer l’après-Eufor est urgent

(BRUXELLES2) Christine Roger, la représentante française au Comité politique et de sécurité (COPS) était devant la sous-commission Défense du Parlement européen, le 16 juillet, pour expliquer les principaux enjeux de la présidence française de l’UE en matière de défense et de sécurité. Sur l’après Eufor au Tchad, elle a confirmé (comme l’avaient aussi détaillé les rapports de J. Solana à Ban Ki Moon) qu’il il faudra « convaincre » les autorités tchadiennes et l’ONU de l’opportunité que cette dernière prenne le relais de l’UE après l’expiration du mandat de l’Eufor, le 15 mars 2009. Une des solutions – a-t-elle évoquée – pourrait être que « les troupes européennes restent sur place, sous le drapeau onusien« . Il s’agit donc de convaincre les Nations-Unies de la « nécessité de prendre le relais« . Ce qui devrait être facilité par la logistique déjà mise en place par l’Eufor.

A cette même séance, l’ambassadrice est aussi revenu sur les capacités d’intervention de l’UE. Elle a ainsi tenu à démentir le déploiement possible par l’UE dans une opération de grande envergure de 60.000 soldats. L’UE a davantage vocation à des « opérations limitées, intégrant la dimension civile et militaire », ou, encore, des opérations de réaction rapide faisant appel aux groupements tactiques (ou Battle Groups). Sur ce point, elle a reconnu – comme les eurodéputés le soulignaient – que le déploiement des Battle Groups est « particulièrement difficile » car les Etats membres ont des vues différentes sur l’idée « d’utiliser ces groupements, élaborés pour un certain concept, à d’autres fins. Quant à l’Eurocorps, il est peu utilisable à l’écouter. Son coté « très hétérogène » – avec des règles d’engagement très différentes et le consensus multinational nécessaire pour le déployer en font un « outil difficilement utilisable » (même constat d’ailleurs pour la Gendarmerie européenne).