Tripoli… une ville difficile. Et une mission d’assistance de l’UE en suspens

(BRUXELLES2) La mission européenne d’assistance aux frontières (EUBAM Libya) est aujourd’hui en suspens. Il n’y pas d’autre mot. Une partie de l’effectif a été mis en congé ou transféré à Malte il y a quelques jours. Les déplacements des personnels restant sur place ont été limités (pas de déplacement hors de Tripoli). « Des mesures de précaution » a précisé à B2 le porte-parole de la Haute représentante qui sont liées à l’insécurité sur place mais aussi à un « petit » problème d’intendance. 

En cause : un vol d’armes – à l’aéroport de Tripoli – et dont a été victime le nouveau contractant de EUBAM Libya, Garda World, qui a succédé à la société Argus Security. Du coup, une partie des agents de sécurité prévus n’a pas pu être déployée (car non armés). Une enquête libyenne est en cours car les circonstances du « vol » demeurent troubles, selon les premières informations recueillies sur place et transmises aux autorités à Bruxelles, les armes ont été obtenues sur la foi d’un document « officiel ». A notre connaissance, c’est la première fois qu’un incident atteint un tel degré de gravité.

« La mission n’a pas cessé de fonctionner, même si les activités opérationnelles prévues ont dû être reportées » assure-t-on cependant au service diplomatique européen. « Les services concernés ont travaillé sur une solution qui permettrait à la Mission de reprendre pleinement ses activités dans les prochains jours. » D’ores et déjà, une solution temporaire a pu être trouvée sous la forme de « prêt d’armes » à la société privée de sécurité « qui lui permet de fournir des services de protection rapprochée au personnel de l’EUBAM ». EUBAM Libye est donc en train « d’augmenter (à nouveau) son personnel opérationnel à Tripoli ».

Commentaire : attention à ne pas laisser tomber la Libye

De manière générale, on peut remarquer que cette mission lancée il y a presqu’un an (mai 2013), n’a pas vraiment encore décollé. Peu d’activités de formation ont été faites. On ne peut en jeter la pierre aux experts européens sur place. La situation à Tripoli et en Libye est très complexe. Tant au plan politique qu’au plan sécuritaire. Mais il faudra bien un moment donné se poser des questions de fond. Le coût de la mission n’est pas négligeable en effet : plus de 30 millions d’euros (*) – financés par le budget européen – dont la majeure partie est consacrée à la sécurité (une nécessité dans le panorama libyen. Le pays est considéré sur l’échelle de risque, comme égal voire supérieur à celui de l’Afghanistan).

Est-ce que le format d’une mission PSDC est vraiment justifié aujourd’hui ? N’y-a-t-il pas matière à avoir un pool d’experts extérieurs rattachés qui permettraient d’étoffer le personnel de la délégation avec des spécialistes en sécurité et frontières ? Tous les Etats membres jouent-ils le jeu européen ? Ou certains ne préfèrent-ils pas jouer un jeu plus national (qui ne fonctionne pas vraiment au dire de nombre d’observateurs) ?

Quelles que soient les réponses, la situation en Libye, de par son positionnement économique et stratégique, au confluent du pétrole et des routes de l’immigration de l’Afrique de l’Est et du Sahel, avec certaines zones de non-droit, où peuvent se développer des « niches » terroristes qui peuvent rayonner ensuite sur les pays voisins (Mali, Algérie, Tunisie…), ne peut longtemps laisser indifférente l’Europe ? Même si l’Ukraine est une priorité, ce ne doit pas être la priorité. Sinon on risque de se retrouver avec une « bombe » à nos portes, à quelques encablures marines de l’Italie et du reste de l’Europe.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) à comparer aux coûts « communs » de l’opération militaire en RCA (financée par une contribution des Etats membres) qui se monte à un peu moins de 26 millions d’euros pour 8-9 mois.

(Crédit : EUTM Mali)

Dernières nouvelles des missions de maintien de la paix de l’UE (PSDC) – février 2014

(B2)

Koulikoro (Mali). Le bataillon Balazan à pied d’oeuvre

(Crédit : EUTM Mali)

(Crédit : EUTM Mali)

Le bataillon Balanzan a débuté sa huitième semaine d’entrainement au camp de Koulikoro (au nord de Bamako) et passe ainsi des niveaux individuels et d’équipes aux exercices au niveau de la compagnie. Les formateurs européens préparent les soldats maliens à faire face à des situations qu’ils pourront potentiellement rencontrer lors de leur déploiement opérationnel au nord du pays. Parmi ces exercices : des patrouilles à pieds et en véhicules, des points de contrôle, des reconnaissances de bâtiments, des escortes de convois etc. Des incidents en lien avec des situations  humanitaires ont également été insérés par les formateurs. Objectif : permettre aux soldats d’adopter des comportements adaptés. Car le droit humanitaire et la prévention des violences sexuelles « est un aspect important de la formation délivrée par la mission EUTM » insistent les formateurs.

Tanzanie. Formation en investigation des scènes de crime par EUCAP Nestor 

La mission civile européenne EUCAP Nestor a organisé la formation de seize membres de la Marine et la Police tanzaniennes. Les 2 formateurs européens ont, pendant deux semaines, formés les élèves sur la gestion d’une scène de crime et la manipulation des évidences et de la documentation. L’ambassadeur de l’Union européenne, Filiberto Sebregondi, présidait le 28 février une cérémonie de remise des certificats.

Géorgie. Le Représentant spécial de l’OSCE au « Field office » de Gori

(Crédit : EUMM Georgie)

(Crédit : EUMM Georgie)

Le Représentant spécial de l’OSCE pour le Caucase du Sud, Angelo Gnaedinger, a visité vendredi 28 Février, le bureau régional de la mission européenne d’observation pour la Géorgie (EUMM Georgia), de Gori (qui a pour compétence l’Ossétie du Sud). Au programme : un briefing avec notamment le chef-adjoint de l’EUMM, Ryan Grist, et la visite d’une patrouille à la frontière administrative entre l’Ossétie et la Géorgie « afin de disposer d’informations de première main ». Pendant sa visite, l’ambassadeur a accentué le rôle et la coopération entre l’OSCE et  l’UE « pour faciliter le dialogue entre les parties  et salué les réunions « dans le cadre du Mécanisme de prévention d’incidents et de réponse (MPIR) » ainsi que le déroulement « des discussions internationales de Genève  ». Cette rencontre suivait de près la 42ème réunion du MPIR, organisée la veille à Ergneti et co-présidée par l’OSCE et EUMM.

Mogadiscio. EUTM Somalia commence son premier cours au camp Jazeera

La mission de formation militaire de l’UE pour la Somalie (EUTM Somalia) a commencé son premier cours de « formation des formateurs » mardi 25 février au camp d’entraînement Jazeera à Mogadiscio.  La formation est assurée par 16 formateurs – 8 à partir de l’Italie, de la Suède, 6 et 2 de la Hongrie, a affirmé la mission EUTM. Ils sont 60 militaires-stagiaires de l’armée nationale somalienne, préalablement formés par l’EUTM en Ouganda. Le cours dure quatre semaines et est centré sur les techniques et les procédures d’infanterie, avec aussi des éléments du droit international humanitaire et de l’éthique militaire.

Tripoli. 1000 recrues reçoivent leurs diplômes, EUBAM Libya est là

(Crédit : EUBAM Lybie)

(Crédit : EUBAM Lybie)

Plus de 1000 recrues ont reçu leurs diplômes mercredi 19 février au Centre de formation des douanes à Tripoli, en présence de représentants d’EUBAM Lybia (*). Pour le chef adjoint de la Mission, Peter Rundell, « les douanes ont un rôle central, en aidant à promouvoir ce qui est bien – le commerce légitime, et les revenus qu’il apporte au gouvernement – et en empêchant ce qui est mal – la contrefaçon et la contrebande ». Après la cérémonie de remise des diplômes, EUBAM Libye a aussi reçu un prix par les autorités libyennes pour son soutien au développement de la douane libyenne. La création d’un groupe mixte EUBAM Libya sur les douanes et la structure du tarif douanier libyen avait été accepté au cours du mois par les autorités libyennes.

(*) NB: Selon nos informations, les Européens n’ont cependant pas formé et entrainé ces nouvelles recrues, contrairement à ce qui se passe dans les missions de formation type EUTM Somalia ou EUTM Mali. Simplement le centre de formation est soutenu financièrement par l’UE. La présence est donc plus symbolique de ce soutien financier.

Un nouveau siège pour EUAM Ukraine

La mission européenne d’assistance à la sécurité intérieure en Ukraine (EUAM) a quitté ses locaux temporaires – un hôtel de la ville dont le 1er étage avait été utilisé comme quartier général – pour emménager dans ses propres locaux, à la mi Février. Le nouveau QG est situé au coeur de Kiev sur Volodymyrsky Descent à quelques pas de la place Maidan. L’équipe, qui compte actuellement 55 personnes — va passer normalement à 101 personnels internationaux et 73 agents locaux. Elle devrait se déplacer aussi dans les oblasts ukrainiens. « Vous n’êtes pas destinés à rester ici mais à vous engager avec vos homologues à Kiev et dans les oblasts » leur a dit le Secrétaire général adjoint du Service diplomatique, Maciej Popovski, qui inaugurait les locaux. Et d’espérer que « la mission qui a un mandat initial de deux ans, fera la différence ».
La mission a pour but de « conseiller, d’encadrer et soutenir les autorités ukrainiennes sur la réforme dans (tous) les secteurs de la sécurité intérieure » : police judiciaire, ministère public, ministère de l’Intérieur, Police, gardes-frontières, Garde nationale et le Service de sécurité ukrainien. « Les réformes sont absolument nécessaires et doivent être accélérées, malgré les grands défis que l’Ukraine doit faire face pour le moment » a conclu Popovski.

(Loreline Merelle, Leonor Hubaut, Claire Saignol et Nicolas Gros-Verheyde)

Un pistolet Glock avait déjà été volé (crédit : Glock)

Houps… Une autre arme volée en Libye (MAJ)

Un pistolet Glock avait déjà été volé (crédit : Glock)

Un pistolet Glock avait déjà été volé (crédit : Glock)

(BRUXELLES2, exclusif) Les gardes privés (de Argus) qui assurent la protection de la mission EUBAM Libya (la mission de surveillance aux frontières) ne seraient pas seulement fait volé une arme (un Glock 17) lors d’une attaque d’un de ses gardes dans une station service (version officielle) Lire  : Quelques armes disparues en Libye… Ca arrive. Ils auraient également, selon nos informations, subi une autre perte, un peu plus grave, quelques semaines plus tard. Un fait resté curieusement assez discret.

Cela se serait produit lors de l’enlèvement du Premier ministre à l’Hotel Corinthia, le 10 octobre dernier par des milices. Certains attaquants auraient fait irruption dans le local du watchkeeper (la salle de veille) et auraient raflé ce qui se trouvait. Différents matériels dont une arme. Cette arme qui ne serait pas un simple pistolet mais une arme plus puissante se trouvait, apparemment dans la salle et non dans un coffre-fort comme prévu par la réglementation. Les attaquants n’ont eu qu’à se servir. Le seul gardien qui était présent dans la pièce n’a rien pu faire. Caramba !

(MAJ) Le porte-parole de la Haute représentante a démenti la totalité de ces faits. Cependant à des confrères de la radio néerlandaise, il aurait tenu une autre version confirmant le vol de deux gilets pares-balles appartenant à Argus Security mais démentant le vol d’une arme. Le chef de mission EUBAM Libya, Antti Hartikainen, qui était devant le Parlement européen n’a pas mentionné cet incident.

A suivre sur le Club : un drôle de contrat pour la sécurité d’EUBAM Libya

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État d’urgence à Tripoli. Discussions à Bruxelles. Préparation à Washington

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Les habitants de Tripoli demandent le départ des milices venues soutenir la libération de Tripoli du régime de Mouammar Kadhafi en août 2011. Profitant du vide sécuritaire, elles n’ont pas quitté la capitale. (Crédit : lematin.dz)

(BRUXELLES2) Les ministres des Affaires étrangères vont se pencher, ce lundi, sur la situation en Libye. Un sujet mis à l’agenda il y a déjà plusieurs semaines mais qui prend aujourd’hui une lumière accrue avec la recrudescence des violences à Tripoli notamment.

Etat d’urgence et affrontements sanglants

La proclamation de l’Etat d’urgence dans la capitale libyenne après des affrontements entre la population et les milices qui ont fait au moins 43 morts et 450 blessés ce week-end montre combien la sécurité devient une gageure. Le gouvernement ne disposant pas d’une armée ni d’une police suffisamment structurées, la sécurité du pays (tant de sa capitale que de ses frontières) est déléguée à des milices dont personne n’a le contrôle.

Une insécurité latente

Ce phénomène n’est pas récent. L’escalade de violence se fait depuis plusieurs mois comme l’a rappelé récemment dans le Club de B2, l’eurodéputée portugaise Ana Gomes qui revenait d’un voyage sur place (lire : Sécuriser le capharnaum libyen : une urgence mais pas une sinécure). Les violences n’ont d’ailleurs pas épargné dans les derniers mois les diplomates. Plusieurs représentations diplomatiques de pays européens ont ainsi été la cible de violences depuis l’été (attentat à la voiture piégée contre le consulat suédo-finlandais, menaces de mort contre le consul maltais…). Et certains ont quitté le pays par mesure de sécurité.

Diplomates visés

L’Union européenne en tant que telle n’a pas été épargnée. Outre un garde privé de la mission EUBAM Libya agressé dans la rue (lire : Quelques armes disparues en Libye… Ca arrive), le convoi dans lequel se trouvait l’ambassadrice de l’UE en Libye, Nataliya Apostolova, a ainsi été victime d’une attaque au mois d’août. Elle sortait justement d’une réunion avec les ambassadeurs des États membres dans l’hôtel Corinthia, lorsqu’un de ses véhicules d’escorte a été percuté par un véhicule qui n’avait pas de plaques. Un garde du corps a été pointé avec une arme à feu. Le convoi européen a, alors, quitté les lieux rapidement. Mais des coups de feu auraient alors été tirés dans leur direction selon la presse libyenne. Sous l’œil des gardiens du Corinthia qui n’auraient pas bougé.

Un projet américain de formation des forces spéciales

Dans ce contexte, les Américains envisagent toujours « d’entraîner les forces conventionnelles libyennes, entre 5.000 et 7.000 membres de ces forces ». Et « un effort supplémentaire concernant les opérations spéciales (sera fait) pour former un certain nombre de leurs forces à mener des actions anti-terroristes », comme l’a confirmé l’amiral William H. McRaven, chef du SOC (Special Operations Command), lors du « Reagan National Defense Forum » tenu ce samedi (16 novembre), à Simi Valley (Californie). Ces forces pourraient être formées « par petits groupes en rotation en Bulgarie », selon l’agence Reuters. Rien n’est cependant encore décidé. C’est l’Africom, le commandement US pour l’Afrique, qui coordonne cette mission. Mais les problèmes ne sont pas mineurs, notamment pour sélectionner les « stagiaires », comme l’explique le New York Times.

(Leonor Hubaut & Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : Le quotidien difficile d’EUBAM Libya

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Le quotidien difficile d’EUBAM Libya

logo-EUBAM(BRUXELLES2) Les 45 hommes et femmes de la mission européenne d’assistance aux frontières (EUBAM Libya) présents à Tripoli se retrouvent aujourd’hui dans une situation difficile, à la fois du fait de la difficulté dans le pays mais aussi de la lenteur des procédures européennes.

Un pays instable, difficile 

« La situation sécuritaire, très volatile, se détériore. Il y a une multiplication des actes de violences et assassinats politiques mais aussi de membres de forces de police ou militaire » reconnait Hansjörg Haber, le commandant des missions civiles de l’UE. Certes « Ce n’est pas comparable avec l’Afghanistan. » Mais l’enlèvement du Premier ministre dans l’hôtel Corinthia — où logent les membres de la mission —, comme les attaques répétées et régulières sur plusieurs consulats ou ambassades européennes n’est pas des plus rassurants. Les gardes de la mission n’ont pas été épargnés. (Lire : Quelques armes disparues en Libye… Ca arrive). Et dans le pays, ce n’est pas mieux. La « sécurisation » en particulier au sud du pays et dans le port de Misrata revient à des milices qui gardent une indépendance vis-à-vis de Tripoli. Il faut ajouter à cela les règles complexes européennes qui imposent de passer des marchés publics selon la législation européenne.

Des difficultés européennes

La mission doit déménager prochainement vers son nouveau « QG » situé sur le site « Peacock ». Mais les travaux ont pris du retard. La faute… est là à rechercher du côté des procédures auxquelles sont soumises les missions européennes qui sont identiques à celles pratiquées en Europe. Une hérésie selon les spécialistes de la gestion de crises. « Comment voulez-vous appliquer dans un pays comme la Libye nos règles de marchés publics comme à Bruxelles, Berlin ou ailleurs en Europe ? — explique-t-il l’un d’eux. C’est très difficile. Cela ralentit le déploiement et la mise en place des missions. »

Un repositionnement de la mission

Même si le point de vue officiel est « aucun changement », dans les faits, la mission va évoluer. Plusieurs options sont envisagées et actuellement travaillées. Il s’agit notamment de revoir le calendrier de déploiement de la mission, c’est-à-dire avoir un rythme plus lent, adapté aux conditions du pays ; et de prévoir un maximum d’activités hors du territoire, pour les formations, à Malte par exemple. Moins il y a d’Européens sur place, moins il y a d’hommes à protéger. Mais il n’est « pas question de renoncer à la mission ». Au contraire.

Pas de reconstruction d’un Etat sur un claquement de doigt

Comme l’explique l’eurodéputée Annemie Neyts-Uyttebroeck, « On a incroyablement sous-estimé la complexité et la difficulté des tâches ». « Il y a toute une réflexion que l’on doit mener au plan européen sur la façon de reconstruire un État où cela n’existe pas » précise-t-elle. « A chaque fois, ce sera compliqué et difficile. Ne nous voilons pas la face. On n’instaure pas la démocratie, l’État de droit d’un claquement de droit. »

Plus de détails dans le Club (EUBAM Libya confrontée aux difficultés. Une réflexion en cours)

Echec de la mission de formation de l’OTAN

Les difficultés européennes ne sont d’ailleurs pas isolées, comme le détaille à B2, un spécialiste de la zone. La plupart des pays se sont, en fait, cassés le nez sur la question libyenne : les coopérations bilatérales (britannique, italienne…) ou multilatérales ont pris du retard pour ne pas dire qu’elles sont stoppés. Ainsi le grand projet de l’OTAN de former la « garde nationale » libyenne est-il pour l’instant au point mort. Au point que le secrétaire général de l’Alliance a annoncé aujourd’hui vouloir envoyer une mission de conseil pour assister les structures de défense libyennes. Un projet déjà annoncé en juin en fait et resservi aujourd’hui. (lire : L’OTAN prépare une mission de formation en Libye). L’équipe serait réduite (environ une dizaine de personnes) et pas établie en permanence.

(Nicolas Gros-Verheyde et Leonor Hubaut)

Quelques armes disparues en Libye… Ca arrive (maj2)

(BRUXELLES2, exclusif) Qu’une arme disparaisse ou soit perdue, cela peut arriver. Quand c’est par un professionnel, c’est plus embêtant. Surtout quand se passe en Libye. Et pourtant, c’est ce qui est arrivé apparemment aux gardes privés de Argus qui assurent la sécurité des quelque 45 Européens d’EUBAM Libya (la mission de surveillance aux frontières) à Tripoli et les accompagnent quand ils font des visites dans le pays : une certaines armes auraient ainsi « disparu », durant l’été fin septembre.

Au service de la Haute représentante, on ne confirme pas cet incident. On le dément même. Il a cependant donné lieu à un rapport d’incident, en bonne et due forme, qui est remonté au Siège, selon nos informations. Sous le sceau de l’anonymat, une source européenne reconnait d’ailleurs qu’il y a eu un problème. Cette affaire « est restée limitée » a-t-elle expliqué, sans vouloir donner plus de détails. « Ce n’est d’ailleurs pas la cause du changement de prestataire ». On sait effectivement qu’un appel d’offres est en cours, afin de trouver un nouveau prestataire pour assurer la sécurité de la mission. Jusqu’ici, les contrats ont été passés de gré à gré. Il s’agit maintenant de formaliser cela en recourant à l’appel d’offres, procédure en usage au niveau européen.

(Maj 19h) Voici quelques détails apportés, cette fois, de façon officielle, démentant donc le démenti, confirmant donc une partie de nos informations. « Un des gardes d’Argus aurait été attaqué par trois hommes armés, hors de ses horaires de service, à une station service. Sous la menace, il a dû leur laisser son arme ». NB : Ce qui correspond aux règles d’engagement prévus par le contrat. Il parait, en effet, hors de question, qu’un garde armé de l’UE fasse usage de son arme à feu, sauf cas de légitime défense, s’il n’est pas en mission.

A lire aussi (sur Le Club) : Un point complet sur la mission EUBAM Libya – EUBAM Libya confrontée aux difficultés. Une réflexion en cours

EUBAM Libye, c’est parti ?

(BRUXELLES2) Alors que le Premier ministre libyen est en visite officielle à Bruxelles ce lundi (27 mai), les Européens mettent la dernière main à EUBAM Libya qui devrait se déployer, officiellement, à compter de début juin. Les premiers effectifs (la core team) sont déjà, sur place, à Tripoli pour préparer ce déploiement de cette mission qui aura un objectif essentiel : l’assistance à la gestion des frontières libyennes. Cependant EUBAM va-t-elle rejoindre la liste de certaines missions civiles européennes en difficulté une fois sur le terrain ? C’est le sentiment qui peut se dégager à écouter certains responsables européens expliquer les rôles et enjeux sur place.

« The eagle has landed »

« The eagle has landed ». C’est par ces termes, assez martiaux, qu’un officiel européen s’est réjoui de l’approbation de la mission par les 27, mercredi dernier (*). Pourtant la mission n’aura pas de fonction exécutive… Son objectif essentiel est – explique-t-il – de : « aider, conseiller, entrainer les différents services en Libye impliqués dans la sécurisation des frontières » et participer au « renforcement des capacités (capacity building) ». Le but « n’est pas seulement la sécurité physique, mettre quelqu’un à la frontière et empêcher les migrations illégales mais s’occuper des frontières comme nous le faisons en Europe, sans imposer le modèle ». La formation s’étendra à différents services libyens comme « les douanes, la police, les gardes frontières, les services vétérinaires, mais aussi les droits humains notamment concernant les migrants venant de la région du Sahel ».

110 personnes à Tripoli

Pour accomplir cette mission, 110 personnes seront basées à Tripoli « car la situation sécuritaire est encore difficile » mais pourront se déplacer sur le terrain pour aider et surveiller les efforts.

Mais le diable réside dans les détails. Si on se penche sur les futures missions et domaines d’activité de la mission, cela reste encore flou. La mission doit se regrouper autour de « deux modules : un module d’entrainement pour différents domaines et un autre pour assister le gouvernement en terme de stratégie notamment pour préparer des législations qui n’existent plus et qui doivent être remises en place ». Et lorsque l’on interroge les officiels sur les secteurs où ils vont intervenir en premier, la réponse est toujours la même. « On ne travaille pas sur un seul aspect, cela dépendra des autorités libyennes. On a identifié des domaines où l’on peut commencer l’entrainement de façon efficace et avec des gens fiables ».

« C’est au gouvernement libyen de décider »

Le gouvernement doit, en effet, décider « des déploiements, des nombres et des équipements » et les Européens ne sont là que pour conseiller et entrainer. Le problème est que « pour l’instant (…) différents services disent des choses différentes, ils doivent donc se mettre autour de la table et se mettre d’accord ». Un rôle important est laissé aux autorités locales. La différence avec les autres terrains d’intervention est cependant nette. « Ce pays est différent de ceux où l’on intervient d’habitude. Ce n’est pas un pays pauvre. Et ils peuvent se permettre des dépenses. Mais c’est au gouvernement de décider ».

La Libye et les troubles au Sahel

Pour les Européens, la coordination entre les différentes missions présentes dans la région (EUTM Mali, EUCAP Niger) reste cependant essentielle. « Les troubles au Sahel ont commencé avec la guerre en Libye » rappelle-t-on du coté européen (**). On envisage aussi d’étendre « l’engagement » au Mali. « Nous envisageons d’ajouter la police ou la gendarmerie » pour lutter contre les problèmes dans le nord du pays apprend-t-on de sources européennes.

Même pas arrivé, on pense déjà au départ

Il faudra « définir une stratégie de sortie pour la mission ». Ce qui est « déjà prévu de façon basique ». L’UE compte poursuivre son aide à la Libye à travers « d’autres instruments dont on dispose, des instruments financiers pour poursuivre notre engagement, l’Etat de droit, la justice qui sont déjà en cours ».  C’est aussi le cas pour la gestion des stocks d’armes. L’Europe fournit ainsi « de l’aide à travers l’instrument de stabilité pour sécuriser les sites de stockage d’armements ». L’Union participe aussi au déminage par exemple. Ces différentes aides s’élèveraient à environ « 5 millions d’euros ».

(*) La décision cadre a été adoptée, par procédure écrite, mercredi (22 mai), et le texte est paru au journal officiel vendredi (24 mai).

(**) NB (NGV) : vision un peu optimisme et réductrice de la zone. La zone troublée du sud libyen ne date pas de 2011 !

A lire aussi davantage détails sur le Club (abonnés) : une mission en milieu difficile

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La mission frontières en Libye : trop tard, trop faible ?

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(BRUXELLES2) Il n’est pas évident que la mission EUBAM Libya (qui va se décider cette semaine) pourra avoir « une vraie valeur ajoutée ». C’est le sentiment de l’eurodéputée allemande Franziska Brantner (Verts), spécialiste des questions de défense et sécurité pour son groupe, qui s’est confié à quelques journalistes (dont B2). Et d’expliquer. « Au départ, j’étais pour une mission de la PSDC (politique de sécurité et défense commune). Mais maintenant je suis très sceptique. Cette mission arrive un peu tard. Elle est un peu sous-dimensionnée. » Et ses objectifs « On aurait peut-être été plus vite en envoyant quelques experts financés par la Commission européenne » au titre de l’instrument de stabilité, par exemple. « Aujourd’hui, le problème le plus préoccupant est plutôt  la question du désarmement et de la démobilisation (DDR). Ce sont les milices qui, de fait, contrôlent certains points de passage. »

Former sans vraiment connaître la situation

Pour F. Brantner, la future mission EUBAM Libya n’embrasse pas toutes les questions. Ce n’est pas seulement un problème de garde des frontières. « Il y a un contexte politique très complexe, où les Touaregs ne reconnaissent pas la frontière. » Et elle ne paraît pas très au fait de certaines questions. « En Libye, la situation est très volatile dans le sud. » Mais « les équipes d’évaluation n’ont pas été dans le sud », et ne pourront y aller tout de suite apparemment (comme le prouvent quelques télégrammes diplomatiques dont B2 a eu connaissance, détails sur le Club). Résultat, les Européens risquent bien « de former des gens à une situation qu’ils ne connaissent pas. » En fait, l’eurodéputée l’impression que ce n’est pas tant la gestion politique de ses frontières par la Libye qui intéresse les Européens. « C’est la frontière maritime et le contrôle de l’immigration – empêcher que les migrants franchissent la Méditerranée – qui nous intéresse le plus. On est ainsi davantage dans une mission de type Frontex » que de stabilisation.

Faiblesse européenne

De façon plus générale, l’eurodéputée regrette le faible engagement sur place. Alors que l’Union européenne avait ouvert, très vite, un bureau de liaison à Benghazi, celui-ci est fermé aujourd’hui. « Ce qui est une erreur. Car le responsable du bureau avait développé un réseau important sur place. » Et la délégation ouverte à Tripoli avec tambours et trompettes, n’a plus aujourd’hui de chef de délégation en titre. « Elle compte juste deux personnes. Ce qui est bien peu. » D’autant que, sur place, les différents acteurs européens (Italiens, Français, Britanniques…) sont « en compétition ». L’objectif semble ainsi davantage de « conquérir des marchés » ou de placer des pions au niveau national que « de jouer européen ».

Perte de crédibilité dans le Maghreb

Pour l’Union européenne, il y a ainsi une perte de crédibilité. Mais ce n’est pas limité à la Libye. Les pays environnants aussi sont concernés. L’eurodéputée estime que « l’Union européenne a perdu beaucoup de crédibilité dans le Maghreb, suscité beaucoup d’espoirs, promis beaucoup mais peu réalisé ». Le « more pour more » est un « leurre ». « En fait, rien n’a vraiment changé ». « Les activistes des ONG de droits de l’homme en Egypte et Libye, sont amers. Ils nous demandent « qu’est-ce que vous faites aujourd’hui ? » ».

Eubam Libya sur les rails. Officialisée la semaine prochaine… (Maj)

(BRUXELLES2) Il aura fallu plus de deux ans après le début de l’offensive occidentale en Libye pour que l’Union européenne lance, enfin, une mission d’assistance aux frontières (EUBAM Libya). Si cette mission avait été demandée ardemment par certains pays, elle avait suscité la réticence de plusieurs autres (Royaume-Uni notamment) estimant notamment que le gouvernement libyen n’était pas consolidé. La position officielle du SEAE s’était ralliée à cette dernière position. Finalement l’évolution politique en Libye (la constitution d’un gouvernement) mais également l’évolution sécuritaire avec l’augmentation de la menace terroriste aux pourtours de ce pays (attentat d’In Amenas en Algérie, offensive djihadiste et touareg au Mali notamment) ont convaincu les plus réticents de la nécessité de boucler rapidement cette mission.

La décision cadrant cette mission est prête depuis plusieurs semaines (ainsi que les lecteurs membres du Club le savent déjà, EUBAM Libye, le projet de décision est prêt. Détails). Le budget est adopté et le chef de mission désigné. Il ne manque plus, en fait, pour adopter formellement ce texte et donc permettre le déploiement de la mission qu’une « pièce » extérieure au dispositif européen : un Ok de Westminster. On attend en effet l’avis de la commission parlementaire britannique sur les questions européennes. La décision serait alors donc prête à être adoptée la semaine prochaine.

Selon nos informations, la mission aura un objectif  à court terme : « aider les autorités libyennes à se doter des capacités nécessaires pour améliorer la sécurité aux frontières libyennes terrestres, maritimes et aériennes » et un objectif à plus long terme : « définir une stratégie plus large de gestion intégrée des frontières ». La mission sera commandée par un Finlandais, Antti Hartikainen, et un Britannique devrait être son adjoint. Elle devrait démarrer en juin pour une durée de 24 mois. Dotée d’un budget de 30,3 millions d’euros, elle disposera d’environ 165 personnels : 83 personnels détachés par les Etats membres, 27 contractuels internationaux et 54 contractuels locaux (+ le chef de mission).

(Mis à jour mercredi 22 mai) La décision devrait être adoptée par procédure écrite le mercredi 22 mai.

Lire aussi :

Et sur le Club de B2 (pour les membres- s’abonner ici) :

Un Finlandais nommé à la tête de la mission EUBAM Libye

(BRUXELLES2) Comme les lecteurs du Club le savent déjà, c’est un Finlandais qui devrait commander la mission européenne d’assistance à la sécurité aux frontières en Libye. Antti Hartikainen, est l’actuel directeur général des Douanes finlandaises, mais a exercé de nombreuses responsabilités internationales notamment dans la mission de l’UE déployée aux frontières moldaves et ukrainiennes (EUBAM Moldavie / Ukraine). Lire la suite sur le Club (article ouvert à tous)

La mission « frontières » en Libye va franchir un cap décisif (Maj)

(BRUXELLES) Alors que l’opération européenne au Mali connait une nette accélération, la mission « frontières » que l’Union européenne compte déployer en Libye va connaitre très prochainement une évolution notable. Le temps des évaluations est terminé. Et une dernière main est donnée au concept de gestion de crises (CMC) qui devrait être approuvé par les ministres des Affaires étrangères lors de leur réunion le 31 janvier prochain. Puis suivra une mission d’évaluation afin de peaufiner les détails et préparer les autres documents de planification (CONOPS, OpPlan, etc.).

Le rôle de l’Union européenne

L’Union européenne a effectivement proposé de prendre en charge dans l’effort de la communauté internationale, coordonné au sein de l’ONU, la question de la sécurité des frontières libyennes. Une question qui prend tout son relief et son importance avec la récente avancée des forces rebelles et islamistes au Nord du Mali. Comme l’a récemment indiqué le M. Anti-Terrorisme de l’UE, Gilles de Kerchove, « la dimension Sahel dans les frontières libyenne est tout à fait importante ».

Cette mission était déjà dans les « starting blocks » européens avant même le déclenchement de l’opération française Serval au Mal. Mais il est évident que de même qu’il y a une accélération du calendrier de déploiement de la mission de formation de l’armée malienne (EUTM Mali), la mission « frontières » en Libye devrait aussi connaitre une nette poussée (Nb : tout dépendra de la volonté du gouvernement libyen).

Formation, soutien, conseil

L’objectif pour les Européens est désormais de voir cette mission approuvée par les 27 au cours du premier trimestre 2013, avec un déploiement sur le terrain d’ici l’été. Cette mission – qui sera « civile » (*) et de type EUBAM – aura pour fonction d’aider les autorités libyennes à renforcer leurs frontières terrestres comme maritimes, à assurer la formation du personnel, comme de structurer le dispositif central (au niveau des directions générales des ministères). Un des objectifs est ainsi de réduire le risque de groupes passant d’un coté ou de l’autre des frontières. Un des enjeux encore en discussion – et qui doit encore évalué, avec les autorités libyennes, est la capacité européenne à pouvoir être présente sur la frontière « sud » du pays (vers le Niger, le Tchad ou le Soudan par exemple). L’UE pourrait aussi fournir certains équipements manquants aux autorités libyennes.

(*) Cela signifie qu’elle sera payée sur le budget communautaire, aura une chaine de commandement intégralement européenne, et sera composée de différents éléments. Cela ne signifie pas nécessairement que des militaires (ou d’anciens militaires) ne seront pas présents dans cette mission.