Retour sur l’évacuation des gendarmes français et des experts d’EUBAM Libya vers la Tunisie

(B2) L’affaire de plusieurs personnes, travaillant pour l’Union européenne et la France, interceptées à la frontière tunisienne, a fait couler un peu d’encre et semé beaucoup de confusion. Tentons d’y voir un peu clair

En fait, il y a eu deux évacuations quasi-simultanées, l’une des Européens d’EUBAM Libya menée par voie de mer, l’autre menée par les Français par voie terrestre. Des évacuations plutôt confuses car l’Union européenne comme la France se sont bien gardées de communiquer clairement sur ces évacuations, laissant prospérer toutes les versions possibles.

Une décision d’évacuation

Au moment de l’offensive du maréchal Haftar sur Tripoli, les Européens prennent la décision d’évacuer le personnel d’EUBAM Libya, la mission de l’UE d’assistance aux frontières au gouvernement libyen (lire : Les équipes d’EUBAM Libya ont quitté la Libye). L’évacuation se fait le 10 avril vers l’ile de Djerba, par voie de mer, moyen le plus sûr et le plus rapide de locomotion et régulièrement utilisé par la mission pour ses transferts réguliers entre Tunis, où est basé son siège, et son point avancé à Tripoli, sur le site de Palm City.

Onze personnels d’EUBAM Libya revenus via Djerba

A bord de deux bateaux, Vincenzo Tagliaferi, le chef de mission EUBAM (un ancien carabinieri italien), des gardes de sécurité, de différentes nationalités, et différents personnels dont Bruxelles ne veut confirmer ni le profil ni la nature des fonctions. Il n’y a pas eu d’interception, de saisie ou d’arrestation, comme l’a mentionné le ministre de la défense relayé par certains médias (1). « Ce trajet était prévu et les autorités tunisiennes dûment averties comme le veut la procédure » a simplement confirmé à B2 un officiel européen. Comme le veut la règle, les armes et munitions dont disposaient les gardes sont « remises aux autorités tunisiennes » et contrôlées. A noter que tous les gardes n’ont pas été rapatriés en Tunisie, certains sont restés sur place pour empêcher que les locaux ne soient pillés.

Treize Français par voie terrestre

Quelques jours après, dimanche (14 avril), les Français ont assuré une évacuation similaire par voie terrestre, cette fois. Un convoi de six véhicules tous terrains franchit la frontière, au poste de Ras Jedir, en provenance de la Libye. A bord, 13 personnes. Des personnes (gendarmes) chargées de la sécurité de l’ambassade de France de Tripoli, assure-t-on côté français. Le passage semble être moins facile.

L’île de Djerba, point focal des agents de renseignement

Les personnels sont retenus durant plusieurs heures. Le ministère tunisien de la défense et des sources au sein de la présidence tunisienne citées par Radio France internationale parle même de la présence d’agents du renseignement parmi les gendarmes. « Il y a beaucoup de va-et-vient vers la Libye » indique une ‘gorge profonde’ de RFI. L’île de Djerba, dans le sud tunisien, « est devenue une base arrière » pour les services de renseignement étrangers. « Cette activité nous rend responsables de ce qui se passe en Libye et pourrait nous causer des ennuis… »

Tunis bien prévenu

Un propos qui sera démenti ensuite officiellement par la présidence tunisienne. Les ministères tunisiens des Affaires étrangères et de l’Intérieur avaient bien « été prévenus par la France de ce déplacement décidé moins de 48 heures auparavant » indique Rfi citant « une source proche du dossier ». Et si le stock d’armes saisi à bord des véhicules est conséquent — plusieurs centaines de grenades, des casques, des gilets pare-balles, des lance-missiles, lance-roquettes et du matériel de communication selon notre confrère —, il s’agissait de ne pas laisser à Tripoli un tel stock d’armes qui aurait pu être pris par des personnes de mauvais aloi.

Commentaire : la présence, au sein de la mission européenne en Libye comme de l’ambassade de France, de personnes chargées de faire du renseignement, de prendre des informations à la source et de les faire remonter à leur autorité hiérarchique ne serait pas surprenant. C’est même a priori une partie de leur rôle . Ce qui serait dommageable, ce serait qu’ils aient été plus loin que cela. Un peu de clarté sur le profil et les fonctions des personnes évacuées, du côté européen comme français, ne nuirait pas. Continuer d’entretenir le flou sur le sujet accrédite tous les fantasmes, réels ou supposés.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : Renforcer l’état libyen : une tâche pas facile pour EUBAM Libya. Bilan d’un an d’avancées… et de blocages

  1. Dans une déclaration à Sun FM en marge de l’ouverture de la journée des médias sur la transparence et la bonne gouvernance, le ministre de la Défense nationale, Abdul Karim al-Zubaidi a déclaré que la marine tunisienne avait intercepté mercredi (17 avril) deux canots pneumatiques tentant de franchir la frontière maritime, avec à leur bord onze personnes de différentes nationalités européennes. La marine tunisienne a repéré les deux bateaux, a remis le groupe aux autorités concernées et a confisqué les armes et munitions dont ils disposaient, a déclaré le ministre.
  2.  Le porte-parole a ajouté que ce groupe était entré sous la couverture d’un diplomate et avait des armes et des munitions en sa possession, soulignant que toutes les armes et les munitions contenues dans ces groupes étaient entreposées à la caserne de Benkardan, dans l’état de Medenine.

Les équipes d’EUBAM Libya ont quitté la Libye

(B2) L’ordre d’évacuation a été donné aux experts européens d’EUBAM Libya encore présents à Tripoli, plus précisément dans leur camp sécurisé de Palm City, ville balnéaire, au bord de mer de la capitale libyenne.

Relocalisés à Tunis

Ils ont quitté leur base hier soir, nous a confirmé une source européenne, pour être « relocalisés » sur Tunis, là où est implantée la mission de renforcement des capacités aux frontières libyennes de l’UE. Pour cela, ils ont utilisé la voie maritime, couramment employée pour les allées et venues entre Tripoli et Tunis. Les diplomates européens de la délégation de l’UE pour la Libye sont présents.

Trois ambassades ouvertes

Plusieurs pays européens ont décidé de rapatrier leurs diplomates. A Tripoli, selon nos informations, trois représentations restent en place : l’Italienne, la Française et la Hongroise (qui est restée tout au long de la guerre de 2011).

(Nicolas Gros-Verheyde)

EUBAM, Frontex, Italie font front commun pour lutter contre la mafia en Libye

(B2) La lutte « contre les réseaux criminels organisés » en Libye s’organise. Un projet pilote a été lancé par la mission européenne d’assistance et de surveillance des frontières (EUBAM Libya), l’agence européenne pour la gestion des frontières extérieures de l’UE (Frontex) et l’Italie.

L’administration libyenne responsable de la sécurité côtière (Libyan general arministration for coastal security GACS) est la principale bénéficiaire de ce projet. L’objectif du trio est de soutenir les efforts des autorités libyennes dans la lutte contre les réseaux de crime organisé. Sont visés : le trafic de migrants, le trafic d’êtres humains et le terrorisme.

21 officiers de la sécurité côtière libyenne formés en février

21 officiers de la police de l’Administration générale libyenne pour la sécurité côtière ont ainsi été formés à Ostia, en Italie. La formation s’est étalée sur trois semaines entre le 7 et le 21 février. Elle a regroupé des cours théoriques, pratiques, et des exercices grandeur nature. Par exemple, les stagiaires ont dû approcher une embarcation sur laquelle se trouvaient des migrants gravement blessés et des enfants, ou bien encore, gérer une scène de crime dans les règles de l’art.

Le cours a également « abordé la protection des droits fondamentaux et la question du genre » précise-t-on du côté européen. Le manque de femmes au sein des forces de police libyennes s’est fait ressentir à l’occasion des exercices pratiques.

NB : La mise en place de ce projet pilote fait suite à la décision du Conseil de l’Union européenne, du 17 décembre 2018, qui a prolongé et modifier le mandat d’EUBAM Libya (lire : La mission EUBAM Libya va être prolongée de 18 mois).

 

(MHA)

Opération Sophia, EUBAM Rafah et Libya… l’UE doit apprendre à fermer des missions devenues inutiles

(B2) Les missions et opérations de sécurité et de défense communes sont aujourd’hui un peu les enfants délaissés de la politique extérieure de l’Union européenne (PESC). Elles ne suscitent que très peu d’attention aujourd’hui des responsables européens. Certaines missions et opérations n’ont plus d’efficacité ou sont arrivées au terme de leurs possibilités. Il est temps d’en tirer la leçon et d’oser les fermer !

Faute d’activité les marins de l’opération Sophia en sont réduits à faire des exercices (crédit : EUNAVFOR Med / Sophia)

Un amaigrissement salutaire

Au lieu de 16 missions/opérations aujourd’hui, l’UE pourrait avoir, à assez court terme 7 missions avec la même efficacité. Bien entendu, ces fermetures amèneraient un bilan peu glorieux. Mais ce n’est pas le nombre qui importe ou une épingle sur la carte. Ce qui est vital, c’est ce que ces missions ‘délivrent’ en termes de ratio résultats / coûts par rapport à leur objectif premier : la stabilisation.

Trois missions – opérations doivent être fermées

Selon notre analyse, trois missions – opérations (au bas mot) peuvent être fermées, tout de suite, car elles ne répondent plus aux critères minimums définis ou n’ont tout simplement plus les moyens d’assumer leurs tâches.

EUNAVFOR Med / Sophia (Rome)

Le présupposé de départ de cette opération maritime militaire créée  en 2015 — lutter contre les trafics d’êtres humains au plus près des côtes libyennes — n’a jamais été atteint. Les Européens n’ont jamais obtenu des Libyens de pouvoir agir dans leurs eaux territoriales ou sur les côtes (et ont peu fait pression pour cela). Le consensus politique qui a présidé à son existence n’existe plus aujourd’hui : l’Italie ne veut plus accueillir de possibles personnes recueillies en mer. Et aucun pays ne veut assumer cette tâche. Un à un, plusieurs contributeurs (Belgique, Royaume-Uni, Allemagne, …) se sont retirés au point que l’opération Sophia ne dispose plus en ce moment de la présence minimale en mer pour assurer ces missions : une seule frégate (italienne) en permanence en mer, avec une autre (française) en renfort de temps à autre (lire : Le FS Jacoubet dans l’opération Sophia : pour briser la solitude italienne ?).

Ce n’est pas tant que l’opération a totalement démérité. C’est tout simplement que le contexte a changé. Le flux de migrants de la Libye vers l’Italie n’est plus au pic atteint dans les années 2015-2016, il est revenu à une donne ‘normale’ ; l’attention se focalise plutôt sur l’Espagne, la Grèce ou les Balkans. D’une certaine façon, le boulot est terminé. La seule tâche qui peut être conservée – la fonction de formation des garde-côtes et marins libyens – peut fort bien être assurée par une mission plus légère (de type EUTM).

EUBAM Libya (Tunis / Tripoli)

Cette mission civile née dans l’après-2011 et censée aider les Libyens à renforcer leurs frontières n’a jamais pu décoller. Si elle a réussi à prouver son utilité en faisant des études de faisabilité, en faisant la navette avec des officiels… cela reste plutôt maigre pour un coût redoutable : environ 62 millions d’euros pour 18 mois. Honnêtement, deux ou trois bons conseillers à la délégation de l’UE pour la Libye feraient exactement le même boulot.

EUBAM Rafah (Tel Aviv)

Cette mission civile, une des plus anciennes de l’UE (créée il y a 14 ans), avait pour objectif de servir d’observateur honnête au poste frontière de Rafah. L’irruption du Hamas dans la bande de Gaza, il y a plus de dix ans, a contraint la mission à rester sur le strapontin de l’action. Malgré plusieurs espoirs ou tentatives, aucune relance opérationnelle n’a pu avoir lieu. La mission en est réduite à faire un peu de conseil ou de planification. Coût : 2 millions d’euros par an. C’est cher pour une tâche qui peut être fort bien assumée au sein de la délégation de l’UE à Tel Aviv.

Deux missions à l’efficacité en question

On peut aussi se poser des questions sur l’efficacité réelle de EUCAP Somalia, basée à Mogadiscio. Ses tâches (renforcement de la sécurité maritime) pourraient être reportées sur une opération anti-piraterie de l’UE ou fusionnées avec celles de EUTM Somalia, l’opération militaire de formation qui souffre également d’un sous-effectif non assumé. Quant à la mission de conseil EUAM Iraq basée à Bagdad et lancée en 2017, elle peine à afficher des résultats.

Ces deux missions disposent d’un budget pourtant conséquent au regard des résultats : 66 millions pour 2 ans pour EUCAP Somalia et 65 millions d’euros pour 18 mois pour EUAM Iraq (Lire : Les missions et opérations de la PSDC. Budget, personnel, commandement… ). Il est nécessaire à moyen terme d’envisager leur fermeture.

Deux missions en mode freinage

Enfin deux missions sont dites en ‘phasing out‘, c’est-à-dire en phase de passation de dossier, mais leur fermeture semble s’étaler dans le temps : EULEX Kosovo  (lire : La mission EULEX Kosovo en voie de fermeture) ou EUPOL Copps Palestine qui est désormais bloquée dans son évolution par le blocage palestinien sur les réformes. Il faut accélérer la passation à d’autres structures.

Des missions passées sous le radar politique

Les missions et opérations de la PSDC ne suscitent que très peu d’attention aujourd’hui des responsables européens. Au mieux, c’est un ennui, au pire une charge. La dynamique qui présidait ces dernières années s’est brisée sur un manque de volontarisme à Bruxelles comme dans les États membres. C’est indéniable.

Peu de missions et opérations lancées

En cinq ans, malgré un enthousiasme qu’on ne peut dénier, Federica Mogherini a un bilan très faible en matière d’opération. Sous son mandat n’ont été lancées que trois missions et opérations militaires : EUNAVFOR Med / Sophia en 2015, EUTM Rca en 2015-2016 et EUAM Iraq en 2017 (1). Ce qui représente le plus faible rythme d’un mandat de Haut représentant. Même sous Lady Ashton, qu’on ne s’est pas privé de critiquer ici-même, le bilan était plus glorieux avec six missions civiles et deux missions-opérations militaires préparées ou lancées.

Peu d’initiatives

On ne peut pas mettre ce maigre bilan sur le compte uniquement des États membres. Peu d’initiatives ont été préparées ou lancées. Selon nos informations, il n’y a rien dans les cartons : ni sur la formation des forces de sécurité ou militaires en Ukraine (juste du conseil), ni sur le soutien à Barkhane, ni sur une force d’observation en Colombie, etc.

Les chefs de missions rasent les murs

Histoire de ne pas faire de vagues, les missions et opérations sont ‘placardisées’. Les chefs de mission et d’opération ont reçu une consigne informelle de communiquer a minima au niveau européen. Depuis plus de deux ans maintenant, les chefs de mission et d’opération rasent les murs quand ils passent à Bruxelles. Il n’y a plus de point presse, plus aucun compte rendu public des chefs de missions/opérations face à la presse européenne, zéro visite ou voyage de presse sur place. Les interviews se font au compte-goutte. Le passage devant les commissions parlementaires de ces responsables se fait rare… alors que les différents responsables des missions de l’OTAN y défilent régulièrement. Un paradoxe…

Une ‘fatigue’ de la PSDC ?

La Haute représentante n’est pas la seule responsable de cette évolution. La politique de sécurité et de défense commune (PSDC) ne suscite plus vraiment d’attention et de dynamique des États membres.

La France n’y croit plus

La France qui a été l’un des moteurs notables d’une bonne majorité des missions et opérations PSDC dans le passé n’y « croit plus ». Elle n’est pas la seule. Les raisons sont multiples et mériteraient d’être décryptées. On peut en citer cinq au moins : le manque de solidarité sur le Mali, le recentrage sur l’OTAN, le manque de rigueur de certaines missions et opérations, les problèmes rencontrés par plusieurs hauts gradés français, et un sentiment imperceptible de ‘désappropriation’.

Les autres non plus

D’autres pays, comme la Belgique qui a été une ‘pièce’ notable de la PSDC, ont aussi perdu la foi, pour d’autres raisons, de priorité politique. L’Allemagne n’est plus vraiment motrice comme elle a pu l’être auparavant (pour l’Afghanistan par exemple). L’Italie est en position de repli. Etc. Or, sans un ‘push‘ d’un pays membre, difficile de faire une mission.

La tendance au conservatisme

Tout le monde — États membres comme la structure du SEAE, la Haute représentante – connait la situation. Mais chacun répugne cependant à ‘fermer’ une mission ou opération. Parfois, il s’agit de motifs compréhensibles : le risque d’instabilité reste latent et/ou l’opération répond à une volonté de plusieurs pays de rester présents (EUFOR Althea, EUNAVFOR Atalanta), la mission fait partie d’un accord international de pacification (EUMM Georgia). Parfois, il n’y a pas vraiment de motifs, sinon la tendance à conserver des positions acquises, la volonté de garder un certain nombre de points d’ancrage dans certains pays… comme de postes ouverts.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi :


  1. Si la mission EUCAP Sahel Mali a été lancée en janvier 2015,  toute la préparation était déjà bouclée. Elle ne peut être mise au bilan de l’actuelle Haute représentante.

Federica Mogherini en visite à Tripoli. Une coopération ++ avec la Libye

(B2) C’était sa première visite en Libye. En seulement quelques heures, samedi 14 juillet, la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a multiplié les rencontres : avec le représentant spécial des Nations Unies, Ghassan Salamé, les représentants des agences des Nations-unies (OIM, HCR, PNUD, UNICEF) mais aussi des bénéficiaires des projets financés par l’UE. Le message est clair : « notre soutien va continuer encore plus dans les mois à venir »

Federica Mogherini avec le Premier ministre libyen Fayez al-Sarraj (Crédit : EEAS)

Cette visite, non annoncée à l’avance, pour des raisons de sécurité, intervient quelques heures avant que les ministres des Affaires étrangères ne se penchent sur la Libye, lundi 16 juillet (lire : A l’agenda du Conseil des affaires étrangères (16 juillet 2018) (V3)). Mais aussi, et surtout, quelques jours après la visite du président du Parlement européen (également italien), qui a d’une certaine façon grillé la politesse à la Haute représentante en devenant l’un des premiers dirigeants de l’Union à aller sur place (lire : Le voyage de Tripoli de Tajani : priorité aux élections et à la lutte contre les passeurs).

L’Union européenne enfin présente à Tripoli 

La chef de la diplomatie européenne en a profité pour inaugurer les locaux de la délégation européenne dans la capitale libyenne. « Notre présence ici sera désormais plus régulière », assure Federica Mogherini, qui n’a pas manqué de souligner l’importance du pays pour l’Union. « Pour l’Union européenne, la Libye est un des plus proches voisins, et un pays ami. »

Et retour de la mission EUBAM Libya 

Ces mêmes locaux sont utilisés par la mission européenne d’assistance et de surveillance des frontières (EUBAM Libya) qui revient en Libye après avoir dû se cantonner en Tunisie quelques années (lire : La mission EUBAM Libya s’implante à Tripoli de façon plus permanente).

Focus sur le contrôle des frontières… 

Le contrôle des frontières a d’ailleurs été au cœur de la réunion entre Federica Mogherini et le chef du gouvernement d’union nationale (GNA) Fayez al-Sarraj. Il a été question « de la formation par l’UE des gardes-côtes libyens » grâce à l’opération Sophia et « de la coopération à travers l’EUBAM pour aider les autorités à gérer les frontières terrestres, particulièrement dans le sud ».

… la migration… 

Avec tous ses interlocuteurs, Federica Mogherini s’est félicitée des efforts pour « aider et protéger les réfugiés, les migrants et les personnes déplacées dans le pays, sauver des vies en mer et aider des milliers de personnes à retourner volontairement dans leur pays, tout en luttant contre la traite des êtres humains ». Elle a particulièrement pointé « le travail accompli » par la Task Force établie par l’Union européenne, l’Union africaine et l’ONU, « qui a permis le retour volontaire de 20 000 migrants irréguliers de Libye vers leur pays d’origine ». 

… mais des promesses dans nombres de domaines 

Outre l’immigration, plusieurs sujets ont été traités, notamment « de nouvelles initiatives dans le secteur de la santé, de l‘éducation, des médias, de la jeunesse, du soutien aux municipalités, de la gouvernance et de la sécurité ».  « Nous sommes le premier partenaire pour la Libye en ce qui concerne l’aide humanitaire et la coopération en matière de développement. »

(Leonor Hubaut)

Lire aussi :

Dernières nouvelles des missions de maintien de la paix de l’UE – PSDC (février 2018)

(B2) Exercice de tir pour l’armée somalienne, signature d’un memorandum en Libye, fin du cours de leadership pour l’état-major malien et protection des journalistes au cœur d’une formation des policiers ukrainiens… quelques infos des missions européennes en Afrique

Tripoli (Libye). Signature d’un memorandum

Le ministère de la Justice, Mohamed Abdelwahed Abdelhameed, et le chef de la mission européenne EUBAM Libya, Vincenzo Tagliaferri, ont signé le 14 février un memorandum of understanding, « résultat d’une coopération étroite et globale entre le ministère et la mission ». Cet accord met en place le cadre de cette coopération en vue de renforcer l’état de droit et la justice libyenne. Première étape : la création d’un « groupe de travail sur l’amélioration de la justice pénale », chargé d’identifier les domaines où des améliorations sont possibles, d’effectuer les réformes nécessaires et d’aider les acteurs juridiques à se conformer aux obligations internationales de la Libye.

General Dhagabadan Training Centre (Somalie). Exercice de tir pour l’armée somalienne

Un peloton de la première infanterie légère a eu l’occasion d’effectuer un exercice de tir avec des AK-47, le 22 février dernier. Il s’agit du « premier exercice pratique de ce genre » pour les stagiaires de l’Armée nationale somalienne (SNA), selon le communiqué de EUTM Somalia, sous l’œil attentif des formateurs européens. « Les stagiaires ont expérimenté le tir dans différentes positions et leurs scores étaient vraiment encourageants. ») Le même jour, une formation « Train the trainers » s’est achevée après huit semaines de cours. Au programme notamment : divers sujets militaires, leadership, droit de l’homme et droit des conflits armés. Cette formation, menée par EUTM Somalia, permettra aux individus formés de devenir formateurs dans leur propre unité.

Koulikoro (Mali). Fin du cours de leadership pour l’EMIA

Le 13 février, après trois semaines, la task force ‘formation’ de EUTM Mali a clôturé son cours de commandement (leadership). « C’est la première fois que ce cours est entièrement réalisé au Koulikoro Training Center ». Cette formation, qui a regroupé 56 formateurs de la task force et 173 cadets de l’École militaire inter-armées (EMIA), a été organisée avec la contribution de la Croix-Rouge et de la MINUSMA. Parmi les sujets couverts : le droit international humanitaire, la lutte contre les engins explosifs ou encore les premiers secours. Ces cours ont permis d’achever la formation des « futurs officiers des forces armées maliennes ». (Communiqué)

Kiev (Ukraine). La protection des journalistes au cœur d’une formation des policiers

La mission de conseil de l’UE aux forces de sécurité ukrainiennes (EUAM Ukraine) et l’UNESCO ont organisé ensemble, le 14 février, une formation à destination du ministère de l’intérieur, de la police nationale et de journalistes ; la liberté d’expression, la liberté de la presse étant un problème particulièrement persistant en Ukraine. Objectif : renforcer la protection des médias et leurs relations avec les autorités ukrainiennes. Selon Ola Quarnstrom, conseillère en droits de l’homme de EUAM Ukraine, « c’est une formation importante car la réforme en cours ne sera pas possible sans un média libre et indépendant capable de superviser et de rendre des comptes ». (communiqué)

(informations rassemblées par Claire Boutry)

Lire aussi : Un chimiquier letton attaqué par les pirates au large de la Somalie

G. Verhofstadt à la dernière session plénière (crédit : PE)

Européens, préoccupez-vous un peu de la Libye (Verhofstadt)

G. Verhofstadt à la dernière session plénière (crédit : PE)

G. Verhofstadt à la dernière session plénière (crédit : PE)

(B2) Le leader du groupe libéral et démocrate (ALDE) au Parlement européen, Guy Verhofstadt, a appelé l’Union européenne à intervenir devant le Conseil de sécurité de l’ONU pour soutenir une action plus déterminée de la communauté internationale en Libye.

« L’UE doit porter une demande d’intervention auprès du Conseil de sécurité de l’ONU. Laisser émerger à nos portes un Etat en morceaux, sous la coupe de seigneurs de la guerre et d’émirs radicaux, serait une erreur tragique. Si l’Europe porte une responsabilité dans la situation actuelle, ce n’est pas d’avoir renversé Kadhafi, mais plutôt de n’avoir pas aidé le gouvernement légitime qui lui a succédé. Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire, dans l’intérêt de la Libye, de l’Afrique du Nord et de l’Europe tout entière » explique Guy Verhofstadt dans une tribune publiée par le quotidien français l’Opinion, ce dimanche.

  • NB : Un point de vue autrement plus responsable que les responsables de l’OTAN qui se défaussaient à Riga sur la communauté internationale ; les quelques mots de Jens Stoltenberg à Riga sont pour le moins illustratif de cette absence de réflexion (lire : Le bazar en Libye, c’est pas nous (Stoltenberg)

 

Au passage, l’ancien Premier ministre belge pointe notamment du doigt la mission EUBAM Libya « Avant que la situation ne dégénère, l’UE avait bien réagi en créant l’Eubam, une mission visant à aider les Libyens à mieux contrôler leurs frontières avec un objectif dédié à la lutte contre le terrorisme et la criminalité. Mais après 2 ans d’existence, aucune frontière libyenne n’est sécurisée par Eubam, qui a englouti 38 millions d’euros pour sa propre sécurité et dont les agents travaillent à Tunis ou à Malte… loin des zones sillonnées par Aqmi, Boko Haram et autres trafiquants d’armes, de drogues et d’êtres humains. »

On ne pourrait dire mieux…

 

(NGV)

Lire aussi : Mission plage pour EUBAM Libya

Et, dans notre édition pro/Club :

PlagesTunis

Mission plage pour EUBAM Libya

PlagesTunis(BRUXELLES2) Environ 12 millions d’euros, en rythme annuel, à ajouter aux 26 millions d’euros de la première année, cela commence à faire cher pour une mission — la mission d’assistance aux frontières (EUBAM Libya) — dont l’efficacité et l’activité sont proches du zéro !

Démarrée avec un peu de retard, et quelques difficultés, cette mission avait un objectif louable et intéressant : aider les Libyens à mieux contrôler leurs frontières que ce soit au nord – pour empêcher les flux migratoires le long des frontières maritimes – ou au sud et à l’ouest – avec un objectif dédié à la lutte le terrorisme et la criminalité. Mission primordiale. Cependant, à peine démarrée — quelques repérages et une formation courte de quelques jours —, la mission s’est arrêtée. La situation sécuritaire en Libye a obligé la mission qui avait à peine commencé ses activités à se replier vers Tunis et Malte. C’était en juillet dernier. Depuis… rien !

Le télétravail pour une mission de défense… original

Officiellement, la mission continue ses activités afin de préparer un possible retour en Libye, gardant le contact avec ses interlocuteurs. Les effectifs ont été sensiblement réduits, notamment en matière de sécurité. Certains agents ont été placés en « télétravail » modalité très originale pour une mission de défense et de sécurité, commentent certains spécialistes de la question. C’est un peu « la plage à Tunis » ironisent les diplomates européens.

Des millions d’euros gaspillés

On pourrait en rire. Mais quand on sait que le budget prévu pour cette mission jusqu’à mai 2015 avoisinait les 26 millions d’euros. Et que, même en réduisant les effectifs, la mission coûtera toujours plus de 12-14 millions d’euros, en rythme annuel, il y a de quoi s’interroger. Une interrogation d’autant plus nécessaire que les budgets européens évoluent aujourd’hui sous une certaine contrainte. La marge disponible dans le budget « PESC » (politique extérieure et de sécurité) n’est aujourd’hui plus que de 16 millions d’euros (une fois toutes les dépenses prévues effectuées, ce sans compter d’éventuels remboursements à attendre).

Et une enquête Olaf

Signalons aussi qu’une enquête de l’OLAF (Office de lutte anti-fraude) a été menée sur l’attribution de certains marchés publics attribués dans le cadre de EUBAM Libya, demandant à la Commission européenne et au Service diplomatique européen de prendre certaines mesures. Tout cela fait un peu beaucoup peut-être. Et des mesures s’imposent…

Commentaire : On connaissait déjà la mission « ping pong » (EUFOR Libya – lire : La fin sans gloire d’une opération), voici donc la mission « plage ». Même un ardent défenseur d’une action européenne en matière de stabilisation et maintien de la paix, sera forcé de le reconnaitre. On ne peut pas continuer. Ce type de mission, à l’arrêt, mine la crédibilité européenne en même temps qu’il constitue une source de gaspillage d’argent. Il parait tout à fait possible de stopper les frais tout en gardant le cadre juridique de la mission EUBAM Libya, au cas où la situation s’améliore.

Les Européens doivent repositionner très vite leurs priorités : arrêter certaines missions, en déclencher d'autres, venir en renfort de certaines actions menées par la France (crédit : EUFOR Althea)

Que peuvent faire les Européens pour soutenir la France ? S’engager un peu plus ?

Les Européens doivent repositionner très vite leurs priorités : arrêter certaines missions, en déclencher d'autres, venir en renfort de certaines actions menées par la France (crédit : EUFOR Althea)

Les Européens doivent repositionner très vite leurs priorités : arrêter certaines missions, en déclencher d’autres, venir en renfort de certaines actions menées par la France (crédit : EUFOR Althea)

(BRUXELLES2) Après les trois attentats de Paris, des 7, 8 et 9 janvier (*), la réaction européenne a été forte en émotions et en symboles. Mais faible, pour l’instant, en actes concrets. L’arsenal législatif devrait être renforcé dans l’avenir (PNR européen, etc.). Mais cela prendra du temps. Et cela ne suffira pas. Il faudra aller plus loin dans la solidarité et l’action européenne, notamment en prenant le relais de la France sur certains théâtres d’opération.

La France… au bout de ses capacités

Très vite, va se poser la question d’appuyer la France dans certaines actions militaires. La mobilisation de 10.000 militaires supplémentaires sur le territoire français (lire : Armée déployée en France. Une « opération intérieure » de protection) ne paraît pas épisodique et devrait durer plusieurs mois, voire plusieurs années. A cela, il faut ajouter environ 20.000 militaires hors de métropole (opérations extérieures multinationales ou nationales, bases permanentes, outre-mer). Soit 30.000 personnes mobilisées. L’armée française est aujourd’hui ainsi à la limite de ses capacités opérationnelles. Ce, sur fond de menaces toujours très présentes, que ce soit au nord du Sahel, côté Libye ou au sud, côté Nigeria ou Cameroun (lire : 2014, année de crises … Et ce c’est pas fini en 2015 !). Ce qui devrait interpeller les Etats européens.

Passer la vitesse supérieure

Jusqu’à présent, les Européens ont appuyé la France dans le Sahel de façon plutôt limitée. Les Allemands s’engagent actuellement de façon assez massive dans la mission de formation de l’armée malienne (EUTM Mali). Et un certain appui aérien existe, du moins au niveau du transport stratégique (Europe-Sahel), avec le groupement européen EATC. Mais la question de passer à la vitesse supérieure va désormais se poser. Une question tout autant politique que financière ou militaire.

Assurer le relais dans les opérations multinationales

Les Européens vont devoir prendre le relais de la France dans certaines opérations multinationales de stabilisation. La présence française dans certaines missions ou opérations européennes a, en fait, déjà beaucoup diminué (EUMM Georgia, EUNAVFOR Atalanta). La France avait retiré ses gendarmes de EULEX Kosovo et, plus anciennement, de EUFOR Althea en Bosnie-Herzégovine, la présence française a diminué dans la mission d’observation en Géorgie (EUMM Georgia) et est devenue moins forte dans l’opération de lutte contre la piraterie en Somalie (EUNAVFOR Atalanta). L’opération européenne de stabilisation en Centrafrique (EUFOR RCA) se termine en mars prochain. Et le relais a globalement été passé dans la mission de formation de l’armée malienne aux Allemands et Espagnols en grande partie. Ce mouvement pourrait se poursuivre.

Quelqu’un pour prendre l’initiative

Mais, surtout, à l’avenir, il ne faudra pas trop compter sur la France, pour endosser le rôle de « nation-cadre », voire participer aux missions PeSDC, sauf intérêt national primordial. Non par manque de volonté. Mais par manque de moyens. Toute nouvelle opération ou mission européenne, qu’elle soit menée au titre de la PeSDC, la politique européenne de sécurité et de défense commune, ou de l’OTAN, l’alliance Atlantique, devra donc se réaliser sans participation majeure de la France. C’est une donne que les Européens et Alliés vont devoir prendre en compte… Il faudra qu’un pays prenne le relais de l’initiative. Tous les regards se tournent alors vers Berlin (Rome et Madrid étant aux prises avec des difficultés économiques). L’Allemagne se retrouve ainsi avec un nouveau rôle, inconfortable, à endosser : celui de meneur de la politique européenne de sécurité.

Quatre défis urgents

Concrètement, quatre défis urgents se présentent aux Européens qui exigent une réponse rapide.

En premier lieu, il s’agit d’assurer la montée en puissance rapide de la mission de l’ONU en Centrafrique (MINUSCA), permettant ainsi aux Français de Sangaris de se désengager aussi vite que possible.

Deuxièmement, il faut examiner quels pays européens peuvent apporter à l’opération Barkhane, menée par la France dans les pays du Sahel, un soutien plus intense. Différents avions européens sont déjà mobilisés, assez discrètement, au travers du groupement européen de l’aviation de transport EATC, pour assurer le transport stratégique (Europe-Sahel). Mais c’est à peu près tout. Il s’agit de faire davantage, au moins au niveau logistique — soutien médical, essence, drones, etc. — afin de mieux partager l’effort à la fois en hommes, en moyens et … en finances. Une question d’autant plus cruciale que Paris a décidé de renforcer ses moyens dans la zone.

Troisième enjeu, il s’agit de renforcer l’action accomplie en Irak, dans la coalition internationale menée par les Américains.

Enfin, et plus difficile, il faut réfléchir sérieusement à l’action possible vis-à-vis du conflit intérieur libyen, d’une part pour éviter qu’il ne dégénère en une zone de non-droit, totalement incontrôlable, d’autre part, pour « éradiquer » les possibles foyers de terrorisme qui s’y trouvent afin d’éviter un débordement au nord vers l’Europe, à l’ouest vers la Tunisie, au sud vers le Sahel et le Tchad. Même réflexion à avoir sur la zone Nigeria-Cameroun, où on peut désormais parler clairement d’un « conflit » ou de « guerre » mené par Boko Haram contre les Etats de la région, après les attaques successives contre plusieurs villages au nord du Nigeria et sur la base de Kolofata au nord Cameroun, début janvier.

Repositionner les priorités européennes

De façon plus cruciale que jamais, la question du repositionnement de certaines missions et opérations de stabilisation menées actuellement par les Européens se pose. Certaines ont un intérêt en termes stratégiques, comme pratiques, très limité. D’autres relèvent carrément de la gabegie financière ou humaine.

L’opération de stabilisation EUFOR Althea en Bosnie-Herzégovine a une utilité plus que limitée en termes militaires mais continue d’employer plusieurs centaines d’hommes, dont la plus grande action, en quatre ans, a été de mettre à disposition des hélicoptères lors des inondations qui ont frappé la région (une discussion qui remonte déjà à 2009, lire : le retrait de se prépare). Un peu cher et un peu démesuré pour une simple opération de protection civile.

Dans d’autres termes, l’importante opération de l’OTAN menée au Kosovo (KFOR) doit retrouver un étiage plus limité. Le risque d’instabilité au Kosovo n’étant plus tout à fait du même ordre qu’il y a 15 ans ! Son pendant européen, mis en place pour consolider l’état de droit (EULEX Kosovo), opère déjà une décrue de ses effectifs. Et la suite de cette mission prête aujourd’hui à une réflexion qui devrait démarrer cette année.

Il faudra aussi s’interroger sur l’efficacité de certaines missions, telles EUPOL Afghanistan, qui a une utilité très limitée, et ne pas hésiter à fermer ou suspendre certaines missions. La mission EUBAM Libya, actuellement au « point mort » – avec des effectifs repliés à Tunis voire en « télétravail » !!! – consomme toujours un budget d’une dizaine de millions d’euros par an. Pour rien !

(Nicolas Gros-Verheyde)

La caserne de Bassingbourn va retourner à son état naturel : vide (crédit : MOD.uk)

La formation des militaires libyens outre-Manche en déroute

La caserne de Bassingbourn va retourner à son état naturel : vide (crédit : MOD.uk)

La caserne de Bassingbourn va retourner à son état naturel : vide (crédit : MOD.uk)

(BRUXELLES2) Atteintes sexuelles et viols, indisciplines et coup de feux… la formation « off shore » des soldats libyens par les autorités britanniques, qui devrait être un modèle, tourne à la déroute. La première série de 325 recrues libyennes a été, purement et simplement, renvoyée à la maison. Et l’affaire commence à faire grand bruit outre-manche. Le premier ministre étant en première ligne. C’est en effet David Cameron, en personne, qui avait pris cet engagement, lors du G8 à La Haye en juin 2013, d’apporter son aide à la formation des militaires libyens.

Un programme de formation de 2000 soldats

A l’origine, le ministère britannique de la Défense avait prévu de former 2.000 Libyens, dont de nombreux anciens révolutionnaires, à la caserne de Bassingbourn (dans le district de Cambridge).  Une caserne qui avait fermé ses portes en août 2012 mais avait rouvert spécialement pour l’occasion. Commencée en juin, la formation aurait dû se terminer fin novembre de cette année. Elle a été interrompue de façon prématurée. Le ministère britannique l’a confirmé dans un communiqué. « Nous avons convenu avec le gouvernement libyen que le mieux pour tous ceux impliqués serait d’avancer la date de la fin de formation. Les recrues vont rentrer en Libye dans les prochains jours ».

Un tiers des effectifs renvoyé ou démissionnaire

Les problèmes ne datent pas d’aujourd’hui mais ont commencé dès le début de la formation, en juin, remarque notre confrère du Guardian. Près de 90 recrues – soit près d’un tiers du premier contingent de militaires – sont rentrés chez eux, prématurément, plus ou moins volontairement, apprend-on. Certains pour des raisons « disciplinaires et de comportement », d’autres pour « des raisons personnelles et médicales ». D’autres enfin ont exprimé leur « peu d’intérêt » pour la formation. Mais il y a plus grave. Cinq « stagiaires » ont également été inculpés d’infractions sexuelles, allant jusqu’au viol. « Deux ont admis devant le juge une agression sur une femme sur la place du marché de Cambridge le 26 octobre dernier, deux autres ont été inculpés de viol sur un homme et le cinquième inculpé de trois séries d’agressions sexuelles… » détaille la BBC.

Viols, indiscipline, coups de feux, évasions,

Dans un premier temps, les recrues avaient reçu l’ordre de rester sur la base et tous leurs déplacements interdits, sauf escorte. Mais la règle s’est assouplie ensuite Mais certains d’entre eux ont causé des incidents. Certains ont cherché à s’évader. Des coups de feux ont été entendus par les voisins, rapport le journal local Cambridge News. Et le député local Andrew Lansley a écrit, lundi, au ministère de la Défense pour demander la fin de la mission. Un certain nombre de recrues, environ 20, ont également demandé l’asile.

Triés soigneusement sur le volet

Et pourtant, officiellement, les « stagiaires » avaient triés sur le volet, « soigneusement sélectionnés » expliquait le ministère britannique de la Défense. De fait, semble-t-il, des discussions avaient éclaté entre les différentes milices sur le choix des « stagiaires », retardant le début des sélections de trois mois jusqu’à mai dernier. Au moment du début de la formation, Phil Hammond, alors ministre de la Défense, n’était pas peu fier. «Au cours des 24 prochaines semaines, l’armée britannique offrira une formation de classe mondiale pour les soldats libyens, qui permettra de mieux les préparer à soutenir la transition de la Libye vers une démocratie stable et ouvert » avait-il déclaré (lire ici sur le site du ministère britannique de la Défense).

Pas de financement…

Cette formation n’était pas un « don » pur de la Couronne britannique. Tripoli devait contribuer à la formation. Or, si la Libye a versé la première tranche de la trésorerie à la Grande-Bretagne pour la formation, 2,5 millions £ (tout de même !), le reste de l’argent n’est pas arrivé, note The Guardian.

Pas de formation, l’échec du programme US également

Un manque d’argent qui a fait sombrer également le programme américain. Vous vous rappelez, il y a plus d’un an. Washington battait tambour, se vantant de pouvoir former plusieurs milliers de personnels en Bulgarie. Or cet été, un an après l’accord de principe, pas un seul soldat n’a été formé par les Etats-Unis, tout simplement, parce que le gouvernement libyen n’a pas réussi à fournir l’argent promis…

Commentaire : une question européenne également

C’est un peu l’arroseur arrosé. On se rappelle les leçons données par les experts britanniques au niveau européen (ils n’étaient pas les seuls, il faut le reconnaître) et leur réticence face à certaines missions européennes de formation, quant à la sélection du personnel notamment pour la mission de formation EUTM Somalie, ou pour la mise en place de missions en Libye. On voit bien toutes les difficultés qu’ils rencontrent aujourd’hui et la difficulté de mener ce type de programme au niveau bilatéral, sans un contrôle minimum.

Ce clin d’oeil mis à part, il faut bien rester conscient que, au-delà de l’échec britannique, c’est l’échec de la communauté internationale toute entière qui se consume actuellement à Tripoli. L’Union européenne n’a pris le problème libyen que très tardivement à coeur. Et encore cela n’a pas vraiment été la priorité et cela ne l’est pas toujours. Les récents évènements – en Ukraine, au Moyen-Orient ou dans le Golfe – ont encore relégué la question libyenne, en bas de l’agenda. Il y avait toujours, alors, une bonne excuse, invoquée par l’ancienne Haute représentante, Catherine Ashton, pour ne pas agir trop vite. La mission européenne en Libye (EUBAM Libya), repliée aujourd’hui à Tunis, est également en total échec.

De fait, on peut se demander si au-delà du réel bazar qu’était la Libye, la Haute représentante, Catherine Ashton ne cherchait pas à préserver les prétentions de quelques Etats membres qui entendaient prendre une « part de gateau ». Face à la situation dramatique de la Libye, jusqu’à peu encore, « quelques Etats membres – la France, l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni — étaient dans le déni total » constate ainsi Ana Gomes, l’eurodéputée portugaise (socialiste) spécialiste de la Libye, qui s’exprimait cet après-midi au Parlement européen. « Et Me Ashton a une responsabilité » dans cette « non-approche ».

Au final, l’opération militaire de 2011, et la défaite de Kadhafi, voulue essentiellement par Paris et Londres s’avère aujourd’hui une amère victoire, de très courte durée, et une vraie défaite politique sur le moyen terme. La vaste zone incontrôlée, que devient la Libye, pourrait demain poser davantage de problèmes aux Européens, que la victoire de l’organisation de l’état islamique (ISIS / ISIL alias Daech) en Irak…

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Dernières nouvelles des missions de maintien de la paix de l’UE (PSDC) – juin 2014

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(Crédit : EUPOL RD Congo)

Kinshasa (RD Congo) Contrôle des connaissances pour la police nationale Congolaise.

La mission de police de l’Union européenne, EUPOL RD Congo, a organisé – en collaboration avec la Police Nationale Congolaise (PNC) – une session d’évaluation et de remise à niveau sur le maintien et rétablissement de l’ordre public. Près de 60 formateurs de la Légion nationale d’intervention (LNI) et des Groupes Mobiles d’interventions (GMIs) « Est » et « Ouest » Kinshasa de la PNC ont bénéficié, du 19 mai au 14 juin 2014, de cette formation. Cette session a eu pour objectif de procéder au contrôle des enseignements préalablement dispensés par les experts de la mission EUPOL sur le maintien de la paix afin de s’assurer que ces fonctions sont véritablement assimilées par les formateurs de la Police Nationale Congolaise. Ce « monitoring » – assuré par trois formateurs français des CRS (Compagnies Républicaines de Sécurité) – a également permis de contribuer à l’uniformisation des techniques d’interventions et des méthodes de travail entre les unités nationales et territoriales de la PNC spécialisées dans le domaine du maintien de l’ordre.

(Crédit EUPOL Afghanistan)

(Crédit EUPOL Afghanistan)

Kaboul (Afghanistan) « L’intérieur » du Centre national de coordination de la police

Au ministère afghan de l’Intérieur, toutes les forces de sécurité afghanes aidées par des membres d’EUPOL contrôlaient la sécurité pour le jour de l’élection (14 juin). Le général et ministre délégué à la sécurité, Mohammad Ayoub Salangi, et le chef de la mission EUPOL, Karl Ake Roghe, étaient – le jour des élections – à l’intérieur du centre de commandement – gardant un œil sur tout. Sous le commandement du général Salangi, des dizaines de personnes de la police, l’armée, des membres de la mission étaient présentes pour s’assurer que le jour de l’élection se déroule sans incident. Pour Karl Ake Roghe, a été « impressionné par la gestion professionnelle (des Afghans). Ils étaient en plein contrôle de la situation, ils ont montré un véritable leadership ».

(Crédit EUCAP Nestor ) Remise de médaille EUCAP Nestor

(Crédit EUCAP Nestor ) Remise de médaille EUCAP Nestor

Djibouti (Djibouti). Remise de médailles pour EUCAP Nestor

18 membres du personnel d’EUCAP Nestor ont reçu la médaille du service de la politique européenne de sécurité et de défense pour leurs services lors d’une cérémonie qui s’est tenue au siège d’EUCAP Nestor à Djibouti le mercredi 11 Juin. Les récompenses ont été remises par le chef de la mission EUCAP Nestor. « Avec cette cérémonie, nous voulons également hommage à nos trois collègues, blessés dans l’attaque terroriste à Djibouti le 24 mai, Ils auraient dû être avec nous aujourd’hui et auraient dû être debout dans les rangs », a déclaré le chef de la mission, Etienne de Poncins, lors d’un discours prononcé en présence de l’amiral Bob Tarrant, commandant de l’opération anti-piraterie de l’UE EUNAVFOR Atalanta en visite à Djibouti et de l’ambassadeur de la délégation de l’UE à Djibouti, Joseph Silva. Cette médaille est une décoration militaire internationale décernée à des individus, à la fois militaires et civils, qui ont servi lors des missions de politique de sécurité et défense commune (PSDC) pendant plus de 30 jours. La tradition a été établie par le Haut Représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de défense en 2003.

(Crédit EUBAM Libye)

(Crédit EUBAM Libye) Entrainement des gardes côtes libyens.

Malte. Formation pour les gardes côtes libyens

La Mission d’assistance frontalière de l’Union européennes en Libye – EUBAM Libya – assure une formation de 4 semaines à la recherche et sauvetage (SAR) pour 11 marins et gardes côtes libyens jusqu’au 28 Juin 2014. Celle-ci fait suite, à une formation d’un mois de la brigade maritime des forces armées maltaises soutenue par EUBAM Libya. Basée à Malte, les gardes côtes libyens ont effectué une série d’entraînement sur la sécurité et la sûreté maritime durant le mois de mai. Objectif : pour mettre en place des procédures pour mener un arraisonnement conforme et être en mesure de se défendre si la situation dégénère. Cet entraînement fait partie d’une formation globale dispensée par l’EUBAM Libya à ses homologues libyens.

A voir : Vidéo de formation des gardes côtes libyens (Crédit EUBAM Libye).

Sarajevo (Bosnie-Herzégovine). Don du sang pour EUFOR

Les membres de la mission EUFOR Althea ont participé à un don du sang –  dans le camp de Butmir – à l’occasion de la Journée mondiale du don de sang (organisée par l’Organisation mondiale de la santé le samedi 14 juin). Le conseiller médical de l’EUFOR, le major Radoslav Ivanov, a permis d’organiser le don avec le personnel médical disponible et rappelle que « tous les donateurs devaient passer un examen médical préliminaire pour s’assurer de leur sang était approprié avant de commencer ».

(Informations recueillies par Jérémy Cauderlier st.)