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Quand les gardes frontières ukrainiens jouent du muscle

Garde-frontière ukrainien  Loreline Merelle@B2(BRUXELLES2 entre Transnistrie et Odessa) Quand on traverse la frontière entre la Moldavie et l’Ukraine en passant par la Transnistrie, les gardes-frontières ukrainiens vous accueillent les armes à la main. Equipés de fusil-mitrailleurs, les treillis militaires sont aussi de sortie. Depuis peu, les mesures de sécurité aux frontières ukrainiennes ont été renforcées à la demande du gouvernement de Kiev. Décriés par les Transnistriens, ces mesures ont un impact (relatif selon le point de vue) sur le passage des véhicules et des voyageurs mais aussi (c’est plus inattendu) sur la coopération entre Moldaves et Ukrainiens.

Des mesures de sécurité préventives

Depuis le 7 mars, la sécurité est, en effet, renforcée à toutes les frontières ukrainiennes avec « une attention particulière à la zone transnistrienne » nous confie l’officier de presse des gardes frontières ukrainiens. Le gouvernement de Kiev craint de la part de la Transnistrie, Etat sécessionniste de la Moldavie mais non reconnu, « des provocations ». Des mesures préventives ont été mises en place «  dans le but d’autoriser les gens à ne pas venir avec des armes en Ukraine » indique l’Ukrainien.

Les patrouilles ont été renforcées à la frontière. « Avant nous avions sept jours de congés pour un mois. Maintenant nous n’en avons plus ». Il y a « davantage de personnes dans les équipes, pas seulement sur les postes frontières ». Les gardes-frontières ont aussi renforcé leur coopération avec la police afin de « de prévenir et lutter contre la corruption ». La zone de patrouille a été « agrandie pour couvrir une zone de 30 kilomètres autour du poste frontière » confie l’officier de presse.

Un blocage des citoyens russes ?

« Toute personne qui a entre 16 et 25 ans avec un passeport russe est bloqué à la frontière » déplore l’ancien ministre transnistrien des Affaires étrangères, Vladimir Yastrebchak, qui ajoute « les citoyens transnistriens ne peuvent plus utiliser l’aéroport d’Odessa ». Selon lui, « le passage de véhicules à la frontière est cinq fois moins important qu’avant » . Ni les Moldaves ni les Ukrainiens, ni même la mission européenne d’assistance aux frontières, EUBAM Moldova-Ukraine, ne confirment l’information. « Nous faisons au cas par cas » affirme le chef adjoint des gardes frontières ukrainiens. Des groupes spéciaux ont ainsi été formés avec un garde-frontière et un policier. « Les Russes peuvent traverser sans problèmes. Mais certains en Ukraine peuvent donner des armes à des groupes armés ». Et la Transnistrie est particulièrement surveillée, regorgeant de stocks de munitions russes (Lire : La Transnistrie. Base arrière de la Russie vers l’Ukraine). Pour l’instant, il y a peu de résultat. Seuls quelques individus auraient été arrêtés et sont détenus à Odessa.

Une coopération plus importante avec les Moldaves

« Les patrouilles conjointes ont augmenté ces dernières mois » confirme un agent ukrainien des gardes frontières. « Elles ont lieu deux ou trois fois par semaine avec les gardes frontières moldaves ». Des mesures de coopération, mises en place par un protocole de 2012, suggéré à l’époque par la mission européenne EUBAM, qui trouvent actuellement un renforcement d’actualité. La coopération passe aussi par le partage de données sur les personnes qui passent la frontière. « C’est très utile dans nos enquêtes » indique le garde-frontière ukrainien.

(Loreline Merelle)

Lire aussi : La Transnistrie. Base arrière de la Russie vers l’Ukraine

Sur le Club : Aux frontières de la Moldavie et de l’Ukraine : « il y a encore du travail » (Slawomir Pichor, EUBAM)

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La mission « frontières » en Libye va franchir un cap décisif (Maj)

(BRUXELLES) Alors que l’opération européenne au Mali connait une nette accélération, la mission « frontières » que l’Union européenne compte déployer en Libye va connaitre très prochainement une évolution notable. Le temps des évaluations est terminé. Et une dernière main est donnée au concept de gestion de crises (CMC) qui devrait être approuvé par les ministres des Affaires étrangères lors de leur réunion le 31 janvier prochain. Puis suivra une mission d’évaluation afin de peaufiner les détails et préparer les autres documents de planification (CONOPS, OpPlan, etc.).

Le rôle de l’Union européenne

L’Union européenne a effectivement proposé de prendre en charge dans l’effort de la communauté internationale, coordonné au sein de l’ONU, la question de la sécurité des frontières libyennes. Une question qui prend tout son relief et son importance avec la récente avancée des forces rebelles et islamistes au Nord du Mali. Comme l’a récemment indiqué le M. Anti-Terrorisme de l’UE, Gilles de Kerchove, « la dimension Sahel dans les frontières libyenne est tout à fait importante ».

Cette mission était déjà dans les « starting blocks » européens avant même le déclenchement de l’opération française Serval au Mal. Mais il est évident que de même qu’il y a une accélération du calendrier de déploiement de la mission de formation de l’armée malienne (EUTM Mali), la mission « frontières » en Libye devrait aussi connaitre une nette poussée (Nb : tout dépendra de la volonté du gouvernement libyen).

Formation, soutien, conseil

L’objectif pour les Européens est désormais de voir cette mission approuvée par les 27 au cours du premier trimestre 2013, avec un déploiement sur le terrain d’ici l’été. Cette mission – qui sera « civile » (*) et de type EUBAM – aura pour fonction d’aider les autorités libyennes à renforcer leurs frontières terrestres comme maritimes, à assurer la formation du personnel, comme de structurer le dispositif central (au niveau des directions générales des ministères). Un des objectifs est ainsi de réduire le risque de groupes passant d’un coté ou de l’autre des frontières. Un des enjeux encore en discussion – et qui doit encore évalué, avec les autorités libyennes, est la capacité européenne à pouvoir être présente sur la frontière « sud » du pays (vers le Niger, le Tchad ou le Soudan par exemple). L’UE pourrait aussi fournir certains équipements manquants aux autorités libyennes.

(*) Cela signifie qu’elle sera payée sur le budget communautaire, aura une chaine de commandement intégralement européenne, et sera composée de différents éléments. Cela ne signifie pas nécessairement que des militaires (ou d’anciens militaires) ne seront pas présents dans cette mission.