Une force de paix à l’Est de l’Ukraine, ardemment, souhaitée. Réalisable vraiment ?

Une force de maintien de la paix déployée en Ukraine, à côté ou aux côtés des observateurs de l’OSCE ?

(B2) C’est une demande récurrente du gouvernement ukrainien, et notamment de son président. A chacun de ses déplacements et rencontres, Petro Porochenko insiste sur sa volonté de voir déployer une mission de maintien de la paix de l’ONU dans le Donbass. Ce devrait être encore le cas lorsqu’il rencontrera ce lundi la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini en visite à Kiev. Le service de presse du président ukrainien a en effet annoncé que « Au cours de la réunion, les questions relatives à la sécurité dans le Donbass et des perspectives de déploiement d’une mission de maintien de la paix de l’ONU pour appuyer la mise en œuvre des accords de Minsk seront discutées ».

Le jeu du chat et de la souris

Dans ce domaine, Moscou et Kiev jouent un peu au chat et à la souris. Au début de la crise, Kiev n’était pas très chaud à une force de maintien de la paix, estimant pouvoir reprendre par la force les territoires perdus. Puis s’est ravisé. En février 2015, Porochenko a annoncé une initiative pour obtenir une force de maintien de la paix demandant à l’Union européenne de déployer des forces sur la frontière. Une manière selon les analyses de retarder le processus de Minsk (Lire : Je veux des policiers européens sur la frontière avec la Russie, dit Porochenko. Chiche ?). Au niveau européen, personne n’a vraiment relevé le défi. Dire que la proposition a été reçue fraichement lors de la réunion ministérielle, tenue à Riga à l’époque, est assez optimiste (lire : La proposition Porochenko d’une mission de paix de l’UE en Ukraine : gentiment mise de côté).

Poutine d’accord si la force de paix sacralise la frontière

Moscou a fait la sourde oreille, puis, à son tour, s’est ravisé. Le 5 septembre dernier, Vladimir Poutine a joué la surprise. S’exprimant lors du sommet des BRICS en Chine, il a indiqué qu’il n’y aurait « rien de mauvais » à déployer des forces de paix en Ukraine… Au contraire, cela peut être « bénéfique » à une résolution du conflit, comme l’indique Rfi. Mais il y met une condition : que cette force ait uniquement pour rôle d’assurer la sécurité des observateurs de l’OSCE. C’est-à-dire se déploie sur la ligne de front, et non pas les zones tenues par les rebelles au pouvoir de Kiev. En gros, la force de paix sanctuarisait ainsi la ligne de front, dans une ligne de démarcation.

Le soutien de l’Allemagne et de la Suède…

On ne peut pas dire que cette initiative ait suscité un enthousiasme folichon tant d’un point de vue politique que militaire, même chez les pays soutiens de l’Ukraine. Certes l’Allemagne a assez vite indiqué son soutien à cette idée. L’ancien ministre des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, en visite à Kiev début janvier, a bien indiqué qu’une « mission de maintien de la paix de l’ONU armée et solide » pour obtenir un cessez-le-feu dans toute l’Ukraine déchirée serait une « solution raisonnable » comme le rapporte la Deutsche welle.

Paroles… paroles

Même si Porochenko proclame régulièrement « recevoir de plus en plus de soutiens de nos partenaires », ces soutiens restent encore théoriques. Le problème de ces prises de position est qu’elles restent déclamatoires. Elles surviennent, généralement lors d’un voyage à Kiev. Revenus dans leur pays, les proclamations perdent souvent un peu leur lustre. Ou alors les pays y mettent de telles conditions que leur engagement est factice. Le ministre suédois de la Défense, Peter Hultqvist, s’est ainsi fendu d’un soutien vibrionnant, à écouter certains augures ukrainiens. Mais quand on regarde de plus près. Cette position est remplie de « Si ». « If we see the right conditions and if we see that this mission can help … then we are open to that, […] We are not there yet, but it is something positive. » Il met notamment une condition principale : que la Russie et l’Ouest soient d’accord, indique la Deutsche welle. Autrement dit : circulons…

Le lobbying de Rasmussen

L’ancien secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, désormais consultant international et lobbyiste en chef pour le président ukrainien (1), n’en démord pas. Il a commandé un rapport en septembre 2017, rédigé par le chercheur Richard Lowan, et publié fin janvier (télécharger ici) prônant une force de maintien de la paix dans le Donbass, autour de quatre idées :

  1. Cette force de maintien de la paix devra avoir besoin d’un mandat solide
  2. Elle comprendrait 20 000 personnes. Des pays européens non membres de l’OTAN comme la Suède, la Finlande ou l’Autriche pourraient jouer un rôle important.
  3. Une force de police et une force civile de 2000 à 4000 hommes seront aussi nécessaires, l’UE pouvant jouer un rôle clé dans la constitution des forces.
  4. Un représentant spécial devrait être nommé pour diriger et coordonner le processus.

Des chiffres qui donnent le tournis

Les chiffres donnent le tournis. Certes, ils sont réalistes pour l’efficacité de la force. Mais ils sont fantaisistes quant à la praticité politique. Comment la Finlande, la Suède et l’Autriche, même avec le renfort de pays d’Amérique latine (comme proposé), pourraient fournir 20.000 hommes pour aller en Ukraine ? Le tout sans le soutien d’aucun des pays de l’OTAN. Comment l’UE pourrait mettre sur pied une force de 2000 à 4000 policiers ? C’est-à-dire un volume supérieur à la mission au Kosovo, pour un territoire beaucoup plus vaste, et un peu plus dangereux. On peut rêver…

Une proposition pas vraiment étudiée par les Européens

En fait, depuis 2015, malgré les apparences et l’agitation politique, rien n’a bougé au niveau européen. La question n’a pas été évoquée au sein du comité militaire de l’UE. Le général Kostarakos le remarquait, amèrement, d’ailleurs face à des députés (lire : L’Union européenne aurait-elle renoncé à ses outils de ‘hard power’ ? (Kostarakos)). De plus, d’après nos informations, aucune option de planification n’a été mise sur pied, ni même des directives pour une quelconque première option de planification, n’ont été données aux structures de gestion de crise par la Haute représentante. Dans les rangs de l’Union européenne, il semble bien n’y avoir eu aucun approfondissement de cette question, à quelque stade que ce soit. Une question de réalisme ?

Qui veut aller mourir pour Louhansk ?

Tout le monde sait que ce déploiement dépend de la volonté russe… et européenne. Moscou a montré dans le conflit syrien que son droit de veto au conseil de sécurité des Nations unies n’est pas théorique. Et même si ce veto pouvait être surpassé, ce serait au prix de conditions et de contorsions qui pourraient rendre le déploiement peu utiles. Au niveau pratique, peu d’États européens ont envie d’envoyer des troupes sur place, jouer au punching ball dans une mission qui pourrait bien s’enliser, sans avoir les moyens d’imposer la paix.

Commentaire : on peut souhaiter l’établissement d’une force de maintien de la paix pour faire taire les armes dans l’Est de l’Ukraine. Mais ce ne serait pas du maintien de la paix en l’occurrence, mais de l’imposition de la paix. A moins que Moscou soit d’accord pour faire taire les armes, donner l’ordre à ses troupes de se retirer, à ses affidés de reposer les armes. Il faudrait alors lui donner certains gages importants pour espérer que cette force puisse réussir cette mission. Est-ce jouable aujourd’hui. Pas sûr…

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Nb : personne ne s’offusque de voir l’ancien secrétaire général de l’OTAN en position de lobbyiste (là où les mêmes poussent des cris d’orfraie quand il s’agit d’ex-membres de la Commission européenne). Il est vrai que durant son mandat, il avait déjà mené une active campagne en faveur de l’adhésion de l’Ukraine à l’organisation euro-atlantique, et a été toujours en faveur d’une politique « dure » vis-à-vis de Moscou.

Télécharger la note d’analyse du parlement européen

Exercice Noble Jump sur le terrain d'exercice de Zagan en Pologne (crédit : OTAN)

La crise en Ukraine : le Viagra de l’Alliance ?

Exercice Noble Jump sur le terrain d'exercice de Zagan en Pologne (crédit : OTAN)

Exercice Noble Jump sur le terrain d’exercice de Zagan en Pologne (crédit : OTAN)

(BRUXELLES2) C’est un peu son élixir à elle ! Pour l’Alliance atlantique, la récente tension avec la Russie n’est pas une bénédiction. Mais pas loin. En tout cas, assurément, c’est un seconde jeunesse. Le drapeau haut levé, les tanks dans la boue, les hommes et femmes grimés dans la poussière, les colonnes de véhicules sur les routes… Enfin ! L’Alliance retrouve sa vertu première : défendre le territoire européen.

Sur le front de l’Est du nouveau

Des armées qui croupissaient à l’Est à ne rien faire se redécouvrent en première ligne. Et les pays orientaux qui n’avaient pas vraiment de visée stratégique se savent désormais un rôle indispensable : être la dernière barrière du « monde civilisé » face à l’ogre russe. Le monde redevient binaire et simple à comprendre : il y a les bons et les méchants, les bleus et les rouges comme les couleurs des exercices ! On joue à se faire peur. Il y a 10.000 hommes, 20.000 hommes, 30.000 peut-être même plus massés aux frontières de l’est de l’Ukraine, prêts à passer la frontière, à aller jusqu’à Kiev et faire la jonction avec les troupes en Transnistrie, voire continuer plus loin. Yallah ! (lire : Stratfor voit le Russe aux portes de Kiev !).

 

On dépoussière

Cette « guerre » molle n’a que des avantages en fait pour les stratèges de l’OTAN. La crise en Ukraine l’oblige à dépoussiérer les vieux concepts, les structures qui rouillaient un peu faute de menaces réelles. On découvre ainsi que la force de réaction rapide (NRF) n’est pas vraiment à réaction rapide et n’est plus vraiment adaptée à la guerre moderne, hybride et de mouvement dans laquelle se sont fondues les troupes russes. La leçon géorgienne de 2008 (où les forces russes n’étaient pas vraiment adaptées) a été tirée à Moscou. L’OTAN s’est fait « surprendre » en Crimée en 2014 et à l’est de l’Ukraine, par la détermination et la rapidité des Russes à dégainer (du moins c’est la version officielle).

L’hémorragie des dépenses stoppée

L’augmentation des tensions sur le front de l’est renverse aussi les tendances économiques qui grapillaient, année après année, des ressources aux budgets de défense. Malgré la crise, l’heure n’est plus totalement aux économies. Dans certains pays, on stabilise les ressources consacrées à la défense. Dans les autres, on les augmente. Partout, on essaie de rendre un peu plus performant le rendement d’un outil. Si certains pays – France et Royaume-Uni – en particulier – ont restructuré et rendu plus performant leur outil de défense malgré une baisse de leur budget, dans la plupart des autres pays, ce travail est à peine entamé. Soit on a diminué à la hache les budgets, sans vraiment réfléchir aux côtés opérationnels, car l’armée n’était pas destinée vraiment à être engagée à l’extérieur (mis à part quelques unités d’élite). La Bulgarie, la Hongrie, la Roumanie, la Slovaquie, la Suède * n’ont plus que l’ombre d’une armée. Soit on a conservé un volume de dépenses, mais avec beaucoup de graisse. C’est le cas en Allemagne et en Pologne qui ont décidé de faire les réformes qu’a fait la France il y a 20 ans ! Entre les deux, certains pays ont tenté de conserver un outil opérationnel mais sont à « l’os » aujourd’hui en termes opérationnels. La Belgique, l’Espagne, la Finlande, le Portugal, la Grèce…

Se rééquiper une urgence…

Résultat, sous la contrainte de la menace renouvelée russe, on restructure, on se rééquipe … Il est plus que temps ! Le carnet de commandes est de sortie. Il va falloir acheter de nouveaux engins à 4, 6 8 roues tout neufs, des tanks, de l’artillerie, des avions ronflants pour aller faire joujou dans les plaines de Pologne ou de Roumanie.

Sans peur et sans reproches et avec 0 risque

Avec un peu d’audace, on ira titiller le « Ruskof » sur sa frontière, sans trop de risques. Car de façon, le gentil tonton américain veille, comme depuis 70 ans sur sa progéniture européenne toujours incapable de faire un pas sans son ombrelle à 50 étoiles. C’est un peu comme le sale gosse derrière la grille qui vous tire la langue, sachant qu’il y a un gros doberman qui le garde et un grillage qui le sépare.

Car c’est tout l’avantage de cette guerre là. Elle ne présente quasiment aucun risque. Elle permet de faire des belles photos au milieux des exercices. Elle permet toutes les outrances nationalistes devant une opinion publique. Et on peut rentrer tranquillement chez soi le week-end. C’est autrement plus simple et moins risqué que de s’engager au Mali ou en Centrafrique, en Somalie, en Libye ou en Syrie. Ca fait moins de morts (sauf en cas d’accident de la route) et çà fait de meilleures photos.

Merci Poutine ! Les militaires de l’Alliance peuvent donc dire merci… à Poutine. Sans lui et la nouvelle attitude de la Russie d’aujourd’hui, l’Alliance était promis à la désespérance. Le coup de fouet, de viagra a été salutaire.

Conclusion : Attention aux vertiges

Attention cependant car l’abus de la petite pilule bleue peut conduire — comme le précise la notice de Pfizer, le fabricant du Viagra (télécharger ici) – à une « vision trouble, une diminution de l’acuité visuelle, des sensations vertigineuses… et au pire un arrêt cardiaque ». Une notice en quelque sorte très stratégique et peut-être prémonitoire 🙂 A force d’être concentrée sur sa frontière Est, l’OTAN ne referait-elle pas la guerre du siècle dernier sans voir le danger qui la menace dès demain sur un autre flanc de sa frontière !

(Nicolas Gros-Verheyde)

* pays non membre de l’OTAN mais associé


Un pilier européen de l’Alliance pas très efficace

La réalité est cruelle. Avec 1,5 millions de soldats, l’Europe n’est toujours pas capable d’aligner quelques dizaines de milliers de militaires en réaction rapide, dans un délai de 48 heures ! Et avec un budget global qui frôle la moitié du budget US, les Européens sont incapables de faire plus de 10 ou 15% des missions US. Autrement dit on a une rentabilité de 1/3. On se demande ce qui a été fait depuis ces dizaines d’années au sein des comités « théodule » de l’Alliance !

Jens Stoltenberg et des soldats de l'exercice Noble Jump 2015 (crédit : OTAN)

Le secrétaire général Jens Stoltenberg posant avec des soldats de l’exercice Noble Jump 2015 (crédit : OTAN)

© NGV / B2

L’accord de cessez-le-feu est violé à Debaltseve (Mogherini)

© NGV / B2

© NGV / B2

(BRUXELLES2 à Riga) La Haute représentante Federica Mogherini n’a pas tergiversé à son arrivée à la réunion informelle des ministres de la Défense, à Riga (*). « Les actions menées par les séparatistes soutenus par la Russie dans Debaltseve sont une violation flagrante du cessez le feu ».

Les séparatistes et la Russie dans la ligne de mire

Les séparatistes doivent « cesser toutes les activités militaires. La Russie et les séparatistes doivent mettre en œuvre immédiatement les engagements convenus dans Minsk (…) à commencer par le respect du cessez le feu et le retrait de toutes les armes lourdes. » L’Union européenne souhaite également que la Mission spéciale de l’OSCE de surveillance puisse « assumer ses fonctions de surveillance et de vérification dans et autour de Debaltseve ». La Haute représentante a aussi indiqué que « au cas où les combats et d’autres développements négatifs violant l’accord de Minsk se poursuivraient », l’UE était « prête à prendre toute action appropriée ». Sans préciser le type d’action. Mais chacun pense aux sanctions économiques qui avaient été mis au congélateur dans les dernières semaines.

Moscou doit user de son influence

« Le cessez-le-feu n’est pas respecté » a aussi précisé le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, présent à la réunion de Riga, pointant également du doigt « les séparatistes (qui) cherchent avec des armes sophistiquées à s’attaquer aux forces ukrainiennes à Debaltseve » ainsi que Moscou qui soutient les séparatistes en leur fournissant des armes. Il a ainsi demandé « à la Russie de retirer toutes ses forces, d’arrêter tout soutien aux séparatistes et d’user de son influence auprès des séparatistes (pour) faire respecter les accords de Minsk ».

(NGV)

Le président Porochenko en tenue de commandant en chef, des habits et une attitude un peu différents de ceux du président au sommet européen à Bruxelles (Crédit : présidence ukrainienne)

Le cessez-le feu ordonné par les forces ukrainiennes

Le président Porochenko en tenue de commandant en chef, des habits et une attitude un peu différents de ceux du président au sommet européen à Bruxelles (Crédit : présidence ukrainienne)

Le président Porochenko en tenue de commandant en chef, des habits et une attitude un peu différents de ceux du président au sommet européen à Bruxelles (Crédit : présidence ukrainienne)

(BRUXELLES2) Les autorités ukrainiennes ont ordonné à toutes leurs troupes de cesser le combat à 0h (heure Kiev = 23 h, heure Bruxelles / Paris / Berlin). Le ministre de l’Intérieur, Arsen Avakov, l’a confirmé dans un communiqué officiel. « J’ai signé un télégramme ordonnant à toutes les forces du ministère de l’intérieur, de cesser les combats dimanche à 0h conformément aux accords de Minsk ». Ce n’est pas les nombreuses « provocations des combattants russes » qui ont manqué ces derniers jours, rappelle-t-il sur sa page facebook. « Les bombardements, sans précédent, sur Debaltseve (Debaltsevo) » comme « les attaques à l’aide de chars à Širokino, près de Mariupol ». « Malgré tout, le Président a donné l’ordre à toutes les unités militaires de l’Ukraine. En tant que ministre, je déclare : toutes les unités du ministère de l’intérieur et de la garde nationale de l’Ukraine cesseront le feu à minuit. »

Les 4 garants des accords de Minsk V. Poutine, P. Porochenko, A. Merkel et F. Hollande doivent se concerter ce dimanche pour vérifier les aspects du cessez-le-feu qui enclenche un processus beaucoup plus détaillé que ce qu’en ont dit les premiers commentaires (Lire sur le Club : L’accord de Minsk 2. Un texte qui prévoit un agenda serré pour la paix mais des zones d’ombre). Complexe et délicat, il prévoit en effet d’autres étapes devant ancrer sinon la réconciliation et la paix, au moins permettre un cessez-le feu un peu plus durable que les précédents. Espérons-le.

(Nicolas Gros-Verheyde)

François Hollande et Angela Merkel à Minsk (crédit : Elysée)

Les principaux éléments du nouvel accord de Minsk. Un armistice, pas (encore) la paix (maj)

François Hollande et Angela Merkel à Minsk (crédit : Elysée)

François Hollande et Angela Merkel à Minsk (crédit : Elysée)

(BRUXELLES2) C’est finalement au matin déjà avancé, après 16-17 heures de négociation quasiment non-stop, qu’un accord a été conclu entre les belligérants en Ukraine. Le texte est signé au sein du groupe de contact qui réunit les séparatistes du Donbass (les républiques populaires de Donetsk et de Louhansk DNR et LPR), Russes, Ukrainiens et l’OSCE (représentée par la Serbie). Mais il est garanti par la présence et une déclaration (à télécharger ici) des quatre chefs d’Etat/gouvernement participant à la négociation : P. Porochenko (Ukraine), V. Poutine (Russie), F. Hollande (France) et A. Merkel (Allemagne). Quatre personnalités qui ont, selon le président français, « la tâche – et l’obligation – de vérifier (que) ce processus politique » ira à son terme.

Un accord en 13 points

Cet accord « de cessez-le feu et de règlement politique global de cette crise » selon les mots de François Hollande, « couvre toutes les questions litigieuses, allant de la trêve par le biais du contrôle des frontières, sur les questions de la décentralisation, bien sûr, le retrait des armes lourdes et la reprise des relations économiques ».

La disposition primordiale est un accord de cessez-le-feu qui démarrera dans 48 heures « le 15 février à 0h » (point 1).

Une zone tampon est créée avec interdiction de présence de belligérants et d’armes lourdes. Zone tampon assez large puisqu’elle part de la ligne de contact actuelle pour les troupes ukrainiennes et à partir de la ligne de contact préexistante dans le précédent accord de Minsk (conclu le 19 septembre 2014) pour les milices du Donbass. Le retrait des armes lourdes devra se faire selon des distances variant suivant le type d’armes (+/- lourdes) : 70 et 140 km (point 2).

Le contrôle du cessez-le-feu et du retrait des armes lourdes sera assuré par l’OSCE (point 3)

Il s’accompagne d’une amnistie accordée à tous les participants aux évènements dans le Donbass (point 5), d’un échange de prisonniers, sur le principe de « tous pour tous » (point 6), et du retrait de toutes les forces étrangères d’Ukraine (point 10).

La fourniture de l’aide humanitaire sera garantie, de façon libre et sécurisée, selon les principes du droit international (point 7). Les « connexions » socio-économiques vont être rétablies, y compris les paiements des prestations sociales par l’Ukraine (point 8). NB : Français et Allemands ont promis d’apporter une aide « pour restaurer la partie du système bancaire dans les zones affectées par le conflit, éventuellement à travers la mise en place d’un mécanisme international permettant de faciliter les transferts sociaux ». Ils soutiennent également « les discussions trilatérales entre l’UE, l’Ukraine et la Russie afin de trouver des solutions pratiques aux préoccupations soulevées par la Russie concernant la mise en oeuvre de l’Accord de Libre Echange Complet et Approfondi entre l’Ukraine et l’UE ».

La gestion des frontières (Ukraine/Russie) sera confiée tout d’abord aux observateurs de l’OSCE (NB : ce qui va nécessiter de renforcer sérieusement cette mission) avant d’être confié  à terme « par l’Ukraine ». Il commencera « après la tenue d’élections locales et finira à la fin 2015 » sous réserve de l’application des dispositions constitutionnelles (point 9).

Un dialogue devra être entamé, un jour après le retrait, sur les élections locales (point 4). L’organisation d’élections locales doit être discuté et agréé avec les représentants des régions de Donetsk et Luhansk dans le cadre du groupe de contact (point 12). Le dialogue au sein du groupe de contact va être « intensifié », pour régler toutes les autres questions (point 13)

Un processus politique doit s’engager, avec une réforme constitutionnelle, prévoyant une large « décentralisation » pour les habitants du Donbass et l’adoption d’une « loi permanente sur le statut spécial des régions de Donetsk et Luhansk d’ici la fin de 2015 » (point 11). Pour le président Porochenko, « L’Ukraine reste un état unitaire, il n’est pas question de fédéralisation quoi qu’il en soit ».

Un bon résultat

« Nous avons maintenant une lueur d’espoir, nous avons convenu d’une mise en œuvre complète de Minsk. Mais les mesures concrètes doivent bien entendu être mises en place. Et il y a encore des obstacles majeurs à relever » a indiqué prudemment la chancelière allemande, Angela Merkel lors d’un point de presse commun avec le président français François Hollande tenu à Minsk avant leur départ pour Bruxelles et le Conseil européen. « Mais dans la balance, je peux dire que ce que nous avons atteint est clairement davantage que ce qu’on pouvait espérer, et que si nous n’avions rien obtenu. Par conséquent, on peut dire que cette initiative a été utile. »

Le tandem franco-allemand à la manoeuvre

La chancelière allemande avoue cependant : « Je n’ai aucune illusion. Nous n’avons aucune illusion. Il y a encore beaucoup, beaucoup de travail nécessaire. Mais il y a une chance réelle de changer les choses pour le mieux. (…) L’Allemagne et la France, la France et l’Allemagne ont montré en commun que nous avons apporté une contribution en ligne avec l’Europe » souligne aussi Angela Merkel. Un propos partagé par François Hollande « Nous avons espoir bien que nous ne avons pas encore réalisé toutmais nous avons un espoir très sérieux pour l’Ukraine et donc aussi pour l’Europe. Nous avons une fois de plus montré que le tandem franco-allemand est capable de quelque chose pour la paix. »

6 à 8000 militaires ukrainiens encerclés à Debaltseve

CarteUkraineAfp11Février2015Le président russe Poutine a été plus féroce dans ses commentaires après la réunion. S’il a appelé « les deux parties à faire preuve de retenue et à éviter les effusions de sang », il a aussi pointé du doigt sur la situation à Debaltseve (sans nommer cette ville, qui reste la seule « entaille » ukrainienne importante à l’intérieur des zones contrôlées par les séparatistes qui forment un tout homogène dorénavant – voir carte ci-contre). Il y a là « un groupe de 6000 à 8000 militaires » selon les séparatistes de Donetsk et Louhansk a précisé le président russe.

« Ils ont, bien sûr, dans l’idée que ce groupe va déposer les armes et arrêter leur résistance. Les représentants des autorités ukrainiennes estiment que leurs troupes n’ont pas été encerclées et pensent que ce processus se poursuivra suffisamment en douceur. » Poutine a exprimé « quelques doutes » sur l’issue pacifique. « Si les troupes ont réellement été encerclées. Alors, logiquement, elles vont essayer de se libérer, tandis que ceux qui sont à l’extérieur vont essayer de mettre en place un corridor pour leurs militaires piégés. » Russes et Ukrainiens ont de « demander à nos experts d’établir ce qui se passe réellement là-bas » a-t-il conclu…

(Nicolas Gros-Verheyde)

(Maj) 12.2 – 14h, avec réaction du président Poutine et détails sur les différents points de l’accord / 13.2 4h avec le texte intégral de la déclaration (en Fr)

Les gardes frontières ukrainiens… sur la ligne de front

2014-11-29 15.44.39(BRUXELLES2 à Kiev) Dans un bâtiment de la capitale ukrainienne, B2 a pu rencontré les responsables du service des garde-frontières, notamment Vasyl Servatiuk. Il incarne une volonté de renouveau au sein d’un service – qui de l’aveu des experts européens – est de ceux parmi les services de sécurité ukrainiens qui a le mieux intégré l’esprit de réforme.

Faire face à la guerre hybride

« Nous faisons face à des nouveaux défis » explique Vasyl Servatiuk, chef adjoint du service des gardes-frontières. « L’agression militaire de la Russie, qui prend la forme de ce qu’on appelle une guerre hybride, nous oblige à prendre des décisions difficiles mais importantes. Nous devons admettre qu’à ce premier niveau, nous avons pu ne pas être prêts pour de telles formes d’agression. Je doute d’ailleurs qu’aucun pays n’ait un mécanisme efficace pour contrer ce type d’action. »

400 km de frontières avec la Russie hors contrôle

Cinq régions d’Ukraine ont une frontière avec la Russie. Trois de ces régions (Chernihiv, Sumy, Kharkiv) et une partie de Luhansk « sont complètement contrôlées par les gardes frontières » ukrainiens. « On améliore le contrôle dans les postes-frontières et par des patrouilles. Dans plusieurs secteurs, nous faisons appel à des réserves pour pouvoir faire à des agressions ». La situation est maitrisée et une certaine coopération est même assumée avec les Russes. Mais « il reste 400 km (qui) ne sont pas contrôlés malheureusement par nos unités ».

Essayer quand même d’assurer le contrôle

« Nous utilisons différents modus operandi, on utilise notre influence, pour essayer d’assurer un contrôle de ces régions : les accords signés entre l’Ukraine et la Russie sur des contrôles conjoints (dont le centre est placé à Donetsk), les rapports des observateurs. On note les violations des frontières, le passage des soi disant convois humanitaires russes. On essaie d’initier des contrôles conjoints Russes et Ukrainiens, à Kuibyshevo-Diakove. Mais, si on me demande si çà marche, je dois reconnaître que non. » affirme Vasyl Servatiuk.

Principale tâche : gérer la crise à l’Est

« Notre principale tâche est de gérer la crise dans l’est du pays » confie-t-il. Les gardes-frontières ont été redéployés le long de la ligne de contact qui court sur 500 km et sur 2 régions. Cette ligne de contact est « contrôlée par nos unités de gardes frontières. Ils sont en contact avec des unités de l’armée, pour assurer dans le cadre compétences, le contrôle des passagers et des véhicules ». Il y a 20 points de contrôle, comme des points de passage mais pas des postes frontières (Border Crossings points). « Nous avons des patrouilles pour contrôler des groupes de sabotage, attaques, le passage des armes et des munitions. »

Des pertes significatives

Dans cette mission, les gardes frontières sont en première ligne. « Des véhicules ont explosé, et des gardes frontières ont été attaqués soudainement, juste un jour » Ils ont payé un lourd tribut à cette guerre : « 62 morts, 350 blessés, 11 disparus, 1 prisonnier ».

Une situation totalement différente à l’Ouest

La situation est « complètement différente à l’Ouest, avec la Pologne, la Slovaquie, la Hongrie et la Roumanie ». La coopération fonctionne « bien avec la Pologne, la Roumanie, la Hongrie, la Slovaquie. non seulement sur la base des traités internationaux mais dans un esprit de respect mutuel et de confiance ». Nous avons ainsi pu « relocalisé des unités de l’ouest vers l’est. Il y a suffisamment de moyens avec les pays européens pour assurer nos tâches habituelles. »

Une assistance européenne et américaine

L’équipement des gardes-frontières provient « des réserves ou, pour, une partie de l’armée et a transféré à l’Est. Nous avons bénéficié également d’une assistance internationale des pays européens et des Etats-Unis, avec des experts, des moyens de surveillance, des systèmes de vision de nuit, des véhicules. » Cette assistance est « significative mais ce pas encore assez. L’agresseur russe et les séparatistes ont reçu des armes et des équipements, meilleurs et en plus grand nombre que ceux que nous avons. »

… mais pas suffisante

Pour les Ukrainiens ce qui est frappant est la différence de moyens. « On est une agence gardes frontières mais nous devons faire face à une guerre. Les Russes utilisent des RPG, et anti tanks. Nous avons besoin équipements pour réagir à ces actes : des véhicules blindés, des moyens de vision nocturne, de reconnaissance de la technologie, des matériels anti tanks également. » Outre l’équipement, il s’agit d’avoir de l’expertise et de la formation. « On doit aussi former nos personnels au contact, se doter d’unités anti sniper ou lutter contre des groupes de sabotage. On a besoin de spécialistes pour cela. »

L’autre bataille : celle de l’information

Le conflit se poursuit également sur les médias. « La guerre de l’information, qui est en cours contre nous, poursuit l’objectif de discréditer nos aspirations de la population ukrainienne pour rendre les changements de pivot efficaces. » Là aussi les Ukrainiens réclament un « soutien dans la bataille de l’information. Nous attendons que l’UE et les médias disent la vérité sur ce qui se passe à l’est de l’Ukraine. Les médias russes ont une influence significative sur les citoyens européens. » Par exemple, il y a eu une information « sur les médias russes qu’un enfant avait été crucifié ». Information fausse. « Nous devons en permanence restaurer la vérité sur ce qui se passe en Ukraine. »

(Nicolas Gros-Verheyde)

La statue Rodina Mat (mère patrie) dominant Kiev (© NGV / B2)

Les combats à l’est de l’Ukraine. Une réalité moins simple que l’apparence

La statue Rodina Mat (mère patrie) dominant Kiev (© NGV / B2)

La statue Rodina Mat (mère patrie) dominant Kiev (© NGV / B2)

(BRUXELLES2 de retour de Kiev) Dans un discours très rôdé, les autorités ukrainiennes laissent souvent de côté, savamment, certains aspects, moins clairs de l’action ukrainienne , comme le rôle joué par les supplétifs ukrainiens — les « bataillons » paramilitaires — et leur propre action militaire offensive, avec bombardements à la clé, face aux rebelles pro-russes. Ce qui brise ainsi une image de « gentils » Ukrainiens attaqués. Officiellement la réponse est : « nous ne tirons pas, nous ne faisons que répliquer ». La réalité semble un peu moins simple et ne peut être résumée qu’en un seul mot : ce qui se passe à l’est de l’Ukraine est une vraie guerre, avec tous les moyens employés, de façon assez classique, sur le terrain, comme à l’arrière, où la guerre de communication et de propagande fait rage. La Russie en use savamment. Mais il ne faudrait pas prendre les Ukrainiens pour des anges non plus. Avec des risques de part et d’autre, pour les Européens également…

Bombardements à l’arme lourde, très lourde

Ce flou impressif s’éclaircit quand on entend des témoins de retour de la zone de combat. « Les Ukrainiens ont bombardé à l’arme lourde sur Donetsk » a confié un expert européen, qui a été présent sur le terrain, et que B2 a pu interrogé. Du 120 mm, du 152 mm, du BM 21 (les lance-roquettes de type Grad, montés sur camions) est utilisé, des systèmes Uragan (220 mm) ainsi que du SS21 (missiles ballistiques) sont présents. Et les pertes subies sont « lourdes. Beaucoup « plus lourdes que celles égrenées chaque jour par le responsable de la sécurité ukrainienne » selon notre interlocuteur.

L’aide des services de renseignement russes aux rebelles

L’offensive menée au mois d’août par les forces ukrainiennes a ainsi largement été impréparée. Les séparatistes attendaient de pied ferme. Et ils sont passés à la contre-offensive quand ils avaient l’avantage, détruisant au passage un bataillon complet des supplétifs ukrainiens. Aidés de drones et des renseignements du GRU (NB : la Direction générale des renseignements de l’État-major des Forces Armées russes), ils disposent ainsi d’informations et d’analyses, que n’a pas automatiquement l’armée ukrainienne, attaquant à bon escient. Les forces supplétives « cosaques » sont, en revanche, plus ou moins hors contrôle. Explication d’un expert : « Les Russes n’en voulaient plus à Rostov sur le Don et les ont expulsé vers l’Ukraine, leur ont trouvé un « terrain de jeu » ».

Des boucliers humains

La prise d’otages est ainsi non pas toujours une monnaie d’échange. Mais une garantie de sauvegarde. Lors de la prise des otages de l’OSCE, les ravisseurs avaient mis en évidence le véhicule capturé devant le local où étaient détenus les observateurs. Une règle plutôt peu habituelle chez des ravisseurs soucieux de discrétion. La raison est simple « les prisonniers leur servaient de protection contre les bombardements ».

Les bataillons d’irréguliers, une force supplétive à l’Est

Les bataillons de volontaires, utilisés par le gouvernement de Kiev, sont « une expérimentation du Ministère de l’intérieur » explique à B2 Oleg Anatoliyovych, ancien colonel du service pénitentiaire et membre du nouveau conseil d’experts indépendants mis en place par le ministre de l’Intérieur. C’est ainsi une partie des forces les plus actives de Maidan, qui se retrouve engagée à l’Est. D’une certaine façon, cela permet de trouver une utilité à des organisations, « provenant souvent de mouvements extrême droite, voire néofascistes, qui continuent leur activité de façon plus sociale ». Cela a permis aussi de « désengorger » Kiev de dizaines d’activistes qui menaçaient tous les jours le gouvernement, et de disposer de forces complémentaires. L’armée ne pouvant intervenir à l’intérieur des frontières. C’est « bien d’un côté mais c’est complètement instable », explique notre interlocuteur.

Un risque d’instabilité au retour

« La situation est totalement anormale » poursuit Anatoliyovych. Nous avons « une situation où ces bataillons volontaires ont recours à des collectes publiques d’associations pour s’équiper, en matériel spécifiques. » Et « personne ne peut garantir que, demain, ces bataillons ne vont pas quitter la zone – qualifiée d’opération anti-terroriste (ATO) — pour marcher sur Kiev ou une autre ville ». « Personne n’a prévu ce cas de figure » indique-t-il. Certains responsables de bataillons commencent à trouver une place dans de responsabilité dans la société ukrainienne. Quelques-uns ont été élus à la nouvelle Rada. D’autres intègrent la police, à l’image du commandant adjoint du bataillon Azov, Vadym Troyan, devenu commandant de la police de l’oblast de Kiev (la région de Kiev sans la ville).

La présence de combattants européens

Dernier facteur d’inquiétude, qui pourrait là concerner plus directement les Européens. Quelques dizaines de citoyens européens combattent du côté des séparatistes, certains autres côté ukrainien. Le phénomène est assez limité. Sans constituer une filière aussi nombreuse que celle existant en Irak, contre l’Etat islamique, elle suscite cependant quelques inquiétudes. Ceux qui combattent là viennent de différents pays (France, Belgique, Espagne, Italie) et « trouvent un terrain d’entraînement et de perfectionnement paramilitaire » nous confie un expert du sujet. Ils pourraient « au retour, nourrir des groupes extrêmes », qu’ils soient d’extrême-droite ou d’extrême gauche. Car c’est la particulière du terrain, on pourrait même dire du terreau du Donbass, de faciliter des passerelles entre les deux extrêmes que la solidarité pro-russe rapproche.

(Nicolas Gros-Verheyde)

CarteUkraine20141004 RiaNovosti

Ukraine : zone russophone en création. Un conflit féroce dans le Donbass

(B2) La carte diffusée par Ria Novosti sur les combats en cours à l’est de l’Ukraine, la situation dans le Dombass et le cessez-le-feu est illustrative à plus d’un titre de la différence d’appréciation entre l’Ouest et l’Est de l’Ukraine, l’Ouest et l’Est de l’Europe.

A lire cette carte, on a l’impression d’une guerre de libération, où les forces ukrainiennes battent en retraite, sont encerclées, voire écrasées. Il n’y a ainsi plus que des « restes » des 1ère et 80e brigades ainsi que le bataillon Aidar de la Garde nationale. La 24e brigade d’infanterie motorisée et la 25e brigade aéroportée de Dniepropetrovsk ont été « écrasées par les insurgés ». Et sur les quelques milliers hommes de l’armée ukrainienne et des forces d’appoint encerclées près d’Ambrosievka et Dilovaïsk, il ne reste seulement que quelques centaines d’hommes, les uns ayant échappé à l’encerclement, « les autres ayant péri ».

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La situation dans le Donbass – © Ria Novosti

NB : Ce bulletin — s’il a l’accent des bilans de propagande — n’est cependant pas dénué de toute réalité. Selon des sources européennes, dans les dernières semaines, les seules forces ukrainiennes (armée régulière et garde nationale) auraient perdu plus de 2000 hommes ! Et les pertes sont aussi lourdes côté des prorusses et des forces russes et des civils.