doctrine

Mali : une certaine confusion des esprits. La fin du modèle d’Eurafrique ?

(BRUXELLES2, commentaire) Certains observateurs, avisés, ont récemment souligné la lenteur de mise en place de la mission européenne EUTM Mali la comparant avec la rapidité de l’opération française Serval. Si quelques problèmes ont pu être rencontrés pour la montée en puissance de EUTM Mali (force protection, logement…), ils sont, d’une certaine façon, inéluctables à toute mission internationale. Moins de six mois entre les premières décisions de cadrage politique (au conseil des ministres de la Défense de novembre 2012) et la mise en place sur le terrain de la formation peut sembler long (et il l’est) mais il est aussi d’une certaine façon plutôt court si on le compare à d’autres missions. Il y a apparemment confusion de genre car les objectifs des deux opérations/missions sont bel et bien différents. Et la cible est-elle bien choisie ? Les problèmes ne sont-ils pas ailleurs ?

Apprendre à nager n’est pas sauver un noyé

La première, l’opération Serval, est une mission militaire de combat, s’inscrivant dans le court terme et l’urgence, bloquer l’arrivée de rebelles sur Bamako, restaurer l’autorité du gouvernement malien sur une partie du pays qui a totalement échappé à son contrôle et la lutte anti-terroriste (objectif qui s’est un peu surajouté et devenu prééminent aujourd’hui). Elle utilise des moyens importés (français essentiellement). La seconde, la mission EUTM Mali, est une mission de moyen et long terme, s’inscrivant dans la durée, et visant à reformer une armée malienne sur des bases nouvelles. Elle se repose à la fois sur des moyens “importés” (européens) et des moyens “locaux” (militaires maliens, gouvernement) et vise avant tout à une consolidation locale tout autant qu’à l’apprentissage de quelques notions. Pour prendre une analogie, l’une consiste à récupérer le noyé de l’eau et lui prodiguer les premiers secours ; l’autre à lui apprendre à nager, voire devenir un maitre nageur sauveteur !

Un problème plus profond : pas de sonnette d’alarme ! …

Ce qui est plus problématique est le long délai de latence entre les premiers signaux d’alerte venant du Mali – signalant une activité terroriste et criminelle importante tout comme un risque de déstabilisation du pays -, des signaux répétés à plusieurs reprises, et la prise de conscience politique et la mise en place de certains outils. Un délai qui s’est étalé sur plusieurs années, n’a produit aucune réaction européenne ou si peu qu’elle pose un sérieux problème et mériterait une sérieuse introspection voire une commission d’enquête. La lenteur de réaction face à des changements politiques, économiques ou sociaux appelle à une réflexion. Car, en fait, l’Europe s’est fait “rouler” dans la farine par ATT ; l’ancien dirigeant malien ayant bien saisi ce qui intéressaient les Européens – une apparence de démocratie et le sentiment de pouvoir absorber les financements européens en douceur… Le Mali, vanté jusqu’à peu comme un modèle s’est effondré sur lui-même sans qu’aucune sonnette d’alarme ne soit activée…

Un modèle d’EurAfrique en bout de course ?

Mais, au-delà de l’urgence, n’est-ce pas toute la politique européenne de coopération, de développement qui est en cause et à repenser ?  Ce qui s’est passé au Mali aujourd’hui, en Côte d’Ivoire hier, ne peut-il pas se reproduire demain au Burkina Faso, au Sénégal ou dans d’autres pays ? La vision post coloniale de l’Afrique des indépendances importée des anciens pays coloniaux (France, Royaume-Uni, Portugal, Belgique…) ne semble plus vraiment adaptée tout comme ne l’est pas également la vision d’un vaste champ à exploiter de pays sans un passé colonial trop affirmé (Allemagne, Pays-Bas…) qui préfèrent tisser des liens commerciaux qui posent tout autant de questions. Car la sociologie du paysage africain s’est largement modifiée depuis ses premiers fondements. Alors que la France fait peu à peu le deuil de « sa » Françafrique et rénove tant bien que mal sa politique africaine, l’approche, assez paternaliste en quelque sorte, du modèle d’Eurafrique doit donc être révisée en profondeur. L’absence d’un partenariat “stratégique” entre l’Europe et l’Afrique ou les Afriques est symptomatique d’un certain état d’esprit… dépassé.

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La défense, un des trois éléments de l’unité européenne

(crédit : gouvernement polonais)

(BRUXELLES2) Réunis à Varsovie, les 6 dirigeants européens en format Visegrad / Weimar (*) ont convenu comme l’a détaillé le Premier ministre Donald Tusk, à la sortie de la réunion, que « la construction de l’unité européenne (pouvait) être réalisée à l’aide de trois outils : « l’Union économique et monétaire, la compétitivité des économies européennes et le renforcement des capacités de défense européennes ». La construction de l’Europe de la Défense retrouve ainsi une place qu’elle n’avait pas eu depuis des années dans la construction européenne. Les ministres de la Défense – réunis en parallèle – ont dans une déclaration exprimé leur volonté de renforcer leur coopération dans le domaine de la défense et d’améliorer la compétitivité de l’industrie européenne de défense. « Nous disposons d’une base industrielle commune, l’emploi et la technologie pour permettre à la défense européenne d’avoir une fiabilité suffisante » a déclaré le président français, François Hollande.

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Européaniser les capacités. Renforcer l’Europe de la Défense (Kader Arif)

Européaniser les capacités. Renforcer l’Europe de la Défense (Kader Arif)

(BRUXELLES2) Le discours du ministre devant les auditeurs de l’IHEDN, l’institut des Hautes Etudes de la Défense nationale, est souvent un moment choisi. Car il permet de délivrer un axe majeur, un sujet de réflexion auquel sont conviés les principaux acteurs de la Défense. Le contexte cette année est un peu spécial. Puisqu’une réflexion importante est engagée en France dans le cadre du Livre Blanc. Et il ne pouvait être question pour le ministre de se livrer par anticipation les premiers résultats. Sauf sur un point : l’Europe. C’est ce point qui a constitué l’essentiel du discours qu’a livré Kader Arif (le ministre délégué, chargé des Anciens combattants remplaçait son ministre JY Le Drian), le 5 octobre, dans l’enceinte de l’Ecole militaire, se livrant à un vibrant plaidoyer en faveur de l’Europe de la défense, de la coopération européenne et d’une plus grande responsabilité du continent sur sa sécurité.

Ce discours peut paraître assez naturel et classique dans une enceinte bruxelloise. Mais, à Paris, ce n’est pas automatiquement le discours le plus facile ni évident à justifier. On peut « comprendre le scepticisme » devant une « Arlésienne bien connue depuis 10 ans », a expliqué Kader Arif. Mais la situation est « différente » aujourd’hui, décrivant les quatre raisons qui, selon lui, « fondent cette conviction européenne ». « La relance de la défense européenne, ce n’est pas seulement une conviction qui nous rassemble mais une nécessité qui s’impose à nous mêmes comme partenaires européens » a-t-il souligné. Il a aussi tenu à faire taire certaines « inquiétudes » qui se font jour parmi quelques alliés. « Ce que nous entendons par relance de la Défense européenne ne signifie pas pour la France une baisse de son engagement dans l’OTAN. (…) Le renforcement de l’Europe de la défense contribuera, de fait, au renforcement de l’Alliance atlantique (…) Les capacités européennes seront aussi au service de l’OTAN. »

NB : Ce discours donne, d’une certaine façon, le ton du futur Livre blanc, et plus immédiatement du rapport que doit rendre, à la fin octobre, l’ancien ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine, sur la réintégration de la France dans l’OTAN. S’il ne semble plus question à Paris de remettre en cause cette réintégration, dont on reprend en quelque sorte, l’héritage, et les aspects positifs, on veut aussi rééquilibrer l’orientation française, vers l’Europe de la défense. Deux pans d’une même politique.

Les quatre raisons qui “fondent cette conviction européenne”

Devenir producteur de sécurité

• Le repositionnement des intérêts américains vers l’Asie Pacifique « doit conduire l’Europe à cesser d’être un consommateur de sécurité pour devenir un producteur de défense » non seulement « au profit des Etats européens, mais aussi dans une logique de responsabilité régionale et internationale, vers le Sud et vers l’Est ».

Une coordination et une vision politique au niveau européen

• « Les menaces auxquelles nous sommes confrontés imposent des réponses qui dépassent le seul cadre des Etats et légitiment des réponses multilatérales Û. L’Union européenne offre ainsi « une palette d’outils unique au monde », de l’action « proprement militaire, à la lutte contre les trafics, à la formation en matière de police, à l’aide au développement »… « Tous ces outils existent. Mais il leur manque encore une coordination, surtout une vision politique ».

Partager ou renoncer

• les contraintes budgétaires « peuvent et doivent être compensées par une plus grande coopération ». L’enjeu est « d’éviter un déclassement stratégique ». Il est « vital » d’organiser, à l’échelle de l’Union, des « interdépendances capacitaires mutuellement consenties ». … « Pour certaines capacités,  l’alternative est claire : nous les partagerons ou nous y renoncerons. » NB : Un discours qui tranche avec l’opinion courante à Paris comme dans certaines capitales encore, où les armées considèrent qu’elles doivent avoir toute la palette d’intervention possible.

• La paix en objectif

« C’est l’Europe de la défense qui posera la dernière pierre de l’Europe de la paix, parce qu’il ne saurait y avoir plus grande confiance entre les pays membres que celle de partager, devant des défis communs, une même ambition en matière de défense (…) A un an du centenaire du déclenchement de la Première Guerre mondiale, il y a une obligation morale et historique, pour les leaders européens, de reprendre le flambeau des pères fondateurs. »

Trois versants de la relance

Cette relance passe, selon le ministre par trois axes.

• 1er axe : revisiter la stratégie européenne. « Dix ans après la stratégie européenne de sécurité de Javier Solana, et cinq années après sa révision, (…) la logique voudrait que nous rédigions une nouvelle stratégie pour définir entre Européens une vision partagée du monde, et une même conception du rôle que l’Union aspire à jouer sur la scène internationale ». « Lorsque l’analyse est commune, l’Europe sait se donner les moyens d’agir, et démontre ainsi sa valeur ajoutée en matière de défense ».

Il faut réfléchir aux zones de crises, précise-t-il. L’enjeu de cette révision est aussi de « réfléchir entre Européens sur les foyers de crises actuels ou futurs, sur nos zones d’intérêts de sécurité et, par là, sur les projections européennes possibles ». Pour Kader Arif, il « faut aussi savoir ne pas fermer les yeux sur les sujets de crispation  » comme le rôle des groupements tactiques (battlegroups) ou la mission Eulex Kosovo (le retrait français a été mal vécu). En 2013, a-t-il proposé, le battlegroup “Weimar” pourrait servir de force de réserve au Kosovo.

• Deuxième axe : européaniser les capacités. Il faut « Accroître la disponibilité capacitaire en Europe. La volonté de se projeter ne fait pas tout ; pour y parvenir, il faut disposer de capacités militaires crédibles. » « Si nous voulons tenir le rang stratégique qui est le nôtre, d’européaniser certaines capacités ». Un terme courant coté européen mais peu entendu coté français. Il faut « avoir le réflexe de mutualisation et de partage capacitaire (…) mais aussi, pour les futurs programmes d’armement, développer un réflexe de la conception en coopération ». Un modèle qui ne peut connaître qu’une seule exception : « les technologies trop sensibles, comme celles liées à la dissuasion ».

• Troisième axe : l’industrie. « Il faut réfléchir aux synergies industrielles qui nous permettraient d’être plus compétitifs. EADS est un bel exemple dans le domaine aéronautique. Nous devons à présent nous intéresser aux domaines naval et terrestre ». Il s’agit aussi de « coordonner la politique de R&D, par exemple en saisissant les opportunités de financement communautaire ». Et donc d’engager une « réflexion en profondeur sur le rôle de la Commission européenne » en matière de politique de défense. Le ministre entend par là viser tout aussi bien la politique de concurrence (autorisation des fusions, surveillance des aides d’Etat…) que la politique de recherche.

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Où est passée l’ambition européenne de maintien de la paix ?

Où est passée l’ambition européenne de maintien de la paix ?

(BRUXELLES2) Il y a une vingtaine d’années, les 12 adoptaient la déclaration de Petersberg (lire : Il y a 20 ans, Petersberg, et ses missions). La CEE de l’époque n’avait que peu de possibilités juridiques et peu de moyens humains financiers. Mais l’ambition était hautement affichée. Tous les éléments de la doctrine – que nous connaissons aujourd’hui – étaient déjà là, notamment “l’approche large” – renommée aujourd’hui “approche globale”. Comme quoi on feint parfois d’inventer de nouvelles stratégies qui sont déjà écrites… 20 ans après on ne peut cependant que s’interroger sur l’application concrète de cette déclaration. Car l’Europe reste curieusement totalement absent de ces missions de paix. Les prochaines missions qui sont en passe d’être lancées sont des missions civiles et non militaires. Elles sont vitales et importantes. Et on ne peut en contester l’utilité : particulièrement au Sahel ou sur la façade maritime de l’Europe de l’Est. Mais elles concernent davantage le rétablissement de l’Etat de droit, sous ses différentes facettes que le rétablissement de la paix.

Une absence de la plupart des règlements de paix des dernières années

L’Union européenne a été ainsi absente (en tant que tel) de la plupart des résolutions des conflits récents. Elle n’est même plus en capacité comme pour la Finul II déployée au Liban en 2006, dans le cadre de l’ONU mais composée et coordonnée par les Européens.

En Libye, on ne va pas revenir sur l’échec piteux de l’opération Eufor Libya – restée sagement à faire du ping pong à Naples. Et c’est le cadre de l’OTAN qui a paru naturellement s’imposer à l’ensemble des alliés. Près d’un an après la fin du conflit, l’Union européenne se cherche d’ailleurs toujours un rôle en Libye attendant, comme le messie que le pays soit stabilisé et doté d’un gouvernement stable pour avoir une lettre d’invitation en bonne et due forme…

Au Soudan/Sud Soudan, l’Union européenne a laissé faire l’ONU et ses troupes chinoises ou indiennes et n”est présente que pour assurer la sécurité de l’aéroport… Idem au Congo, où malgré la renaissance d’un conflit à l’est du pays, l’UE laisse faire les Nations-Unies et la Monusco, se contenant de ses deux (petites) missions EUSEC et EUPOL dont l’effet, sans doute non négligeable, n’est pas à la hauteur des défis posés dans le pays, de la place qu’il tient en Afrique centrale et de l’importance des liens avec l’Europe.

Au Mali, et au Sahel, l’UE s’est fait surprendre alors que  la prise de contrôle du nord par les troupes combinées des Touaregs et de combattants se revendiquant d’Al Qaerda, était sinon prévisible à coup sûr, constituait un risque bien connu et avéré. Quant à la Syrie, on déclame, on sanctionne, mais point d’autre action. Il est vrai que la situation est particulièrement complexe non seulement au niveau international mais sur le terrain même. Personne n’a de toute façon réellement envie d’intervenir… Et si le régime d’Assad n’est pas aimé, certains des opposants qui se profilent sont particulièrement redoutés. Alors que la Syrie est tout de même un Etat riverain de l’Union européenne séparé juste de quelques miles de la première terre européenne (Chypre).

Une doctrine de non intervention

Il y a en quelque sorte une doctrine de “non intervention” qui s’est imposée au niveau européen. Bien sûr, celle-ci se pare de toutes les vertus : respect du droit international, non ingérence dans la souveraineté des Etats – ou plutôt appropriation par les gouvernements – ; non duplication avec l’OTAN ; implication dans un cadre multilatéral de l’ONU… Elle ne saurait cacher un attentisme de plus en plus important et, au final, une faiblesse. La politique extérieure européenne se résume aujourd’hui – aux cotés des instruments classiques de l’aide humanitaire (qui fonctionne bien) et du développement -, à deux instruments de gestion de crises. En premier lieu, l’aide à la consolidation de l’Etat de droit – utilisée avant la crise (EUCAP Niger) ou après la crise (EUCAP Nestor). Et en second lieu, le système de sanctions financières, utilisé comme un palliatif, un placebo pourrait-t-on dire. Il est vite édicté. Les mesures sont nombreuses. Mais sa surveillance et l’effet réel reste un point d’interrogation. Même les missions d’observation (type EUMM Georgia) restent au rancart, alors qu’elles pourraient trouver une nouvelle vertu notamment sur les conflits en devenir. Finalement les dirigeants actuels de l’Union européenne (à Bruxelles et dans les capitales) ont renoncé à un instrument que leurs ainés avaient eu toutes les difficultés à mettre en place et qui commençait à se faire la place. En témoignent le quelques missions du passé (EUFOR RD Congo, EUFOR Tchad, et d’une certaine manière EUMM Georgie).

Attention Danger !

Elle s’est ainsi limé les dents de lait. Ce qui n’est pas sans danger. A plus d’un titre. Il y ainsi une perte d’expérience notable, un manque d’entraînement, en interne, qui pourrait être  dommageable s’il perdure. Une prise d’habitude à l’extérieur à une certaine passivité de l’Union européenne qui détourne les interlocuteurs potentiels d’une possible demande d’action. Or, se reposer sur l’ONU ou l’OTAN pour concevoir et gérer cette opération est une erreur. Car ces deux organisations ne pourront intervenir sur toutes les crises : l’une du fait de son système réellement multipolaire, l’autre par sa conception dépendant aux Etats-Unis. Cela conduit également à un certain déséquilibre des instruments européens qui apparaissent ceux de l’Europe classique : je commerce, je finance, j’aide.

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“Revitalisons la politique de défense commune” disent Dix ministres

(BRUXELLES2) Oubliés dans l’architecture du Traité de Lisbonne, les ministres des Affaires étrangères se sont trouvés un nouveau rôle au niveau européen : servir de boites à idée. Ainsi sous la houlette de Guido Westerwelle, le ministre allemand des Affaires étrangères, ils phosphorent sur le « futur de l’Europe ». Feuille de route de la dizaine de ministres : « tirer les leçons de la crise actuelle de la dette et voir comment l’Union européenne peut être plus efficace et  plus démocratique ».

Le compte-rendu de ces discussions est prévu pour septembre. Mais un rapport “intermédiaire” de 8 pages donne déjà, en guise de première réflexion, des premières pistes sur la gouvernance économique, l’efficacité démocratique et… la politique extérieure. Et quelles pistes ! Au menu, regroupement une seule tête pour le président du Conseil et le président de la Commission, mise en place d’une chambre des Etats (avec le Parlement européen et les parlements nationaux), … et au niveau de la politique étrangère et de défense (ce qui nous intéresse particulièrement), majorité qualifiée, revitalisation, regroupement, mise en commun voire… armée européenne !

Une réflexion “germanique”

Cette réflexion n’est pas entièrement nouvelle. De nombreuses personnalités ont réfléchi sur l’avenir de l’Europe à plusieurs reprises. Si le travail reste encore très théorique, avec de grandes idées. Mais cette fois, plutôt que d’envisager un nouveau cadre législatif, les ministres ont souhaité « concentrer leurs propositions dans le cadre des traités existants ». La troisième réunion du genre, à Berlin le 19 juin, a réuni environ une dizaine de ministres du centre (Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Luxembourg, Pays-Bas, Pologne) et du sud de l’Europe (Italie, Portugal et Espagne).

La France a participé à ces travaux par le truchement de son ambassadeur. Le ministre était “retenu par d’autres obligations” m’a assuré un diplomate tricolore. Aux premières réunions, aussi, la France n’était pas représentée au rang ministériel. Il faut avouer que cette réflexion sur l’Union politique n’est pas vraiment encore ressentie comme une priorité par Paris : par l’équipe Sarkozy car ce n’était pas son logiciel de pensée, par l’équipe Hollande car elle arrive et est aussi prise en un débat délicat issu du référendum sur la Constitution entre ‘nonistes’ et ‘ouiistes’ que le Président ne souhaite pas vraiment rouvrir. Les plaies ne sont pas encore refermées. Et l’ancien secrétaire général du parti sait combien ce débat a coûté en divisions et en temps perdu. Sur les questions de politique étrangère, la France ne devrait cependant pas ressentir de difficultés à acquiescer (presque) à la plupart des points évoqués, puisqu’ils rencontrent nombre des préoccupations des “Weimar” (les cinq pays signataires de la “lettre de Weimar”).

Etre plus ambitieux sur la politique de défense

Les “Dix” veulent ainsi une « Europe plus engagée dans le monde » (le terme allemand “Globaler Spieler Europa” frappe plus fort). Certaines questions comme l’aide au développement, le contrôle des migrations, les négociations sur le climat, la sécurité énergétique et la politique commerciale doivent être reliées à la PESC et la PSDC. Le service diplomatique européen doit « continuer d’être renforcé », la prochaine étape étant la révision de la décision fondant ce service en 2013. « Pour faire des progrès, nous devons dès maintenant faire les bons choix » précisent-ils cependant. Nous devons également chercher à avoir des « sièges communs » dans les organisations internationales. Nous devons poursuivre le chemin pour pouvoir « parler toujours plus fort à l’extérieur avec une voix ». Les 10 envisagent de prendre davantage de décisions dans le domaine de la PESC à la « majorité qualifiée ». Une petite révolution…

Vers une armée européenne

Les “Dix” affirment surtout la nécessité d’une « revitalisation de la sécurité et de défense commune ». La « plupart » des ministres affichent ainsi des « objectifs ambitieux » en matière de politique de défense. Cela passe par « renforcer la planification civile et militaire et les capacités de conduite de l’Agence européenne de défense, avec davantage de partage et d’exploitation en commun des capacités ». Nous devons passer en revue – ajoutent-ils – ces « possibilités de mutualisation et partage des capacités ». Dans le long terme, nous devrions viser une « politique de défense européenne avec une articulation des efforts de l’industrie de l’armement »,  ce qui pourrait également inclure  pour « certains » États membres « une armée européenne ».

télécharger le rapport dans les Docs de B2

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Juppé : l’Europe doit s’affirmer face aux crises. Stop au “soft power” all inclusive

Juppé : l’Europe doit s’affirmer face aux crises. Stop au “soft power” all inclusive

(crédit : Parlement européen)

(BRUXELLES2 à Strasbourg) Alain Juppé, le ministre français des Affaires étrangères, était présent aujourd’hui (15 février) au Parlement européen à Strasbourg. Intervention devant une commission des Affaires étrangères, pleine à craquer (debout, assis sur les marches,… difficile de trouver une place), puis entretien avec le commissaire à l’Elargissement, Stefan Füle ; le président du Parlement européen, Martin Schulz, puis avec les députés du PPE.

Dans un discours très européen, allant de la crise économique au printemps arabe, en passant par le conflit en Syrie (voir brève),  et la politique de défense européenne, il a appelé à un sursaut européen, à une « grande ambition européenne », à ce que l’Europe s’affirme davantage face aux crises. « Un véritable discours d’investiture à un poste de Haut représentant » a remarqué la députée européenne des Verts, Hélène Flautre, ajoutant d’un ton malicieux. « Bien que ce soit pas un poste auquel vous êtes candidat. ».

L’Europe doit s’affirmer davantage face aux crises…

Il faut permettre à l’Union européenne de « s‘affirmer face aux crises » explique Alain Juppé. « Je n’ai cessé de plaider en faveur d’avancée concrètes pour la défense européenne et en particulier pour la politique européenne de sécurité et de défense commune (PSDC). L’Union doit tirer toutes les conséquences des réductions de budget de défense en allant vers davantage de mutualisation. Face à des menaces de sécurité qui la visent au premier chef, elle ne peut pas se contenter d’un soft power. »

Pour le ministre, l’exemple de la Libye est patent « L’intervention en Libye a montré les limites de la PSDC. Elle a aussi mis en lumière un réel leadership européen dans l’OTAN. » Après avoir énuméré quelques résultats (nouvelle mission dans la corne de l’Afrique, OpsCenter…) obtenus par l’initiative du Triangle de Weimar, le ministre français estime qu’il faut « continuer à avancer, y compris vers une capacité permanenté de planification et de conduite d’opérations de l’Union européenne » sur la base de « l’excellent rapport de Catherine Ashton » souligne-t-il.

L’apprentissage du printemps arabe

Le ministre a aussi reconnu une certaine complaisance dans le passé avec des régimes compromettants. Le printemps arabe « nous l’a montré : Nous avons eu tort de croire que la stabilité, la sécurité et la lutte contre le terrorisme justifiaient une certaine complaisance vis-à-vis de régimes qui faisaient fi des aspirations des peuples à la liberté et au respect des droits de l’Homme. Aujourd’hui si nous savons que le chemin vers la démocratie sera long et exigeant, nous savons aussi que l’aspiration à la démocratie est universelle ». « Sans jamais transiger sur ses valeurs, l’Union européenne doit accompagner les transitions arabes avec tous les instruments dont elle dispose. »

Contre une Europe repliée sur eux-mêmes

De façon plus générale, le Ministre a plaidé pour une Europe qui ne se replie pas sur elle, alors que « l’Europe est aujourd’hui dans la tourmente ». « La France ne veut pas d’une Union européenne qui se replie sur la seule gestion de la crise. Si l’Europe a enfin découvert qu’elle n’était plus le centre du monde, elle ne doit pas oublier qu’elle demeure la première puissance économique mondiale : dans le monde de demain, elle aura un rôle majeur, à jouer comme pôle de démocratie, de prospérité et de stabilité. »

… mais vivement une clause de réciprocité

Cependant le ministre s’est voulu réaliste. « Dans le dialogue entre l’Union européenne et ses grands partenaires stratégiques, (la France) souhaite que la clause de réciprocité soit au cœur de nos relations. Notre objectif, c’est de nous assurer que l’Union européenne ait désormais le souci d’une concurrence loyale avec les grands émergents et qu’elle cesse de considérer un peu naïvement que l’ouverture unilatérale ou asymétrique du marché européen serait bénéfique en soi. Cela a pu aider ponctuellement des pays en sortie de crise. Mais ce serait une erreur avec de grans émergents très concurrentiels comme la Chine, l’Inde ou le Brésil. » a-t-il ajouté. « Nous attendons la présentation prochaine par la Commission d’un instrument de réciprocité en matière d’accès aux marchés publics. »

Lire également :Bachar tombera et rendra compte (A. Juppé)

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La défense européenne à bout de souffle ?

(BRUXELLES2) A cette question iconoclaste qui mérite cependant d’être posée, Dimitry Queloz répond par l’affirmative dans le quotidien suisse Le Temps. La crise en Libye – et l’intervention militaire – a  « mis en évidence, une fois de plus, la faiblesse politique de l’Europe et son manque de capacités militaires ». Pour cet historien militaire, « l’élément fondamental à retenir est l’incapacité de l’Europe à mettre en place une véritable politique de sécurité. »

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Incapacité de l’Europe à se mettre en ordre de bataille

D’une part, la haute représentante de l’Union européenne pour la politique étrangère et la sécurité, Catherine Ashton, a écarté la possibilité d’employer les maigres outils militaires de l’Union et a limité son action aux sanctions économiques et commerciales et à l’aide humanitaire. D’autre part, les principaux Etats membres ont été incapables de parler d’une seule voix. » Et Queloz d’ajouter : « Cette cacophonie montre bien que l’Alliance atlantique constitue aujourd’hui, et probablement pour longtemps encore, la seule «défense européenne» crédible! »

Cacophonie et faiblesse militaire…

On connait les tenants et aboutissants de cette division, entre la France et le Royaume-Uni, interventionnistes, l’Allemagne, en opposition, et un large marais de pays attentistes. Longuement détaillés sur ce blog, nous n’y reviendrons pas. Mais l’autre élément non moins important relevé par Queloz est que les « opérations militaires en Libye révèlent également à quel degré de faiblesse les différentes armées européennes en sont arrivées ». « La diminution des effectifs humains et matériels, commencée au lendemain de la Guerre froide et poursuivie en raison de la crise économique de 2008, a conduit à une véritable «surchauffe» dans l’emploi des moyens militaires conventionnels. » La France pouvait « tout au plus déployer 30 avions », et son porte-avions « le seul existant en Europe », et  le Royaume-Uni « une vingtaine d’avions de combat »… Un peu faible pour l’historien. « La faiblesse militaire de l’Europe – Union européenne et pays membres – est ainsi étalée au grand jour, au moment où les Etats-Unis sont contraints d’adopter une nouvelle position stratégique

… obligent à une réaction

Pour Queloz, c’est clair : « La crise libyenne montre donc, une fois de plus, la nécessité de disposer de moyens de guerre classique en quantité suffisante. » Et « L’Europe ne pourra donc plus se réfugier systématiquement derrière la puissance militaire américaine et sera contrainte de prendre davantage en main sa sécurité (…). Cette prise en charge devra s’accompagner d’une augmentation des moyens militaires conventionnels, donc des dépenses d’armement, si elle veut réellement être crédible. La crise économique, sans doute durable, qui secoue l’Europe en ce moment risque cependant de rendre cet effort très difficile. »

Commentaire : Cette “opinion” résume assez bien le sentiment général aujourd’hui et méritait d’être développée. Cependant si je partage nombre des points d’analyse, on pourrait apporter certaines nuances. D’une part, chaque crise est différente ; et la suivante obligera peut-être à une réaction différente, notamment en termes de moyens. Ce qui a manqué à l’Europe pour la Libye,  ce ne sont pas tellement les moyens conventionnels (bateaux, avions, hommes), mais les outils satellitaires, de renseignement, de soutien logistique (ravitaillement). Quant à l’utilisation des forces spéciales et autres forces de renseignement, si on n’en connait pas encore tous les éléments, il est indéniable qu’elles ont joué un rôle difficilement remplaçable. Enfin, je pense que mis à part les éléments conjoncturels, l’Union européenne a encore une place à jouer dans la politique de sécurité, même si l’OTAN a indéniablement une supériorité stratégique dans un conflit “traditionnel”.

A lire dans Le temps

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Cathy Ashton revisite Lisbonne et abandonne la PSDC en rase-campagne

Crédit : Commission européenne / EBS

En venant devant les journalistes aujourd’hui (vendredi 18 mars), pour un court point de presse, la Haute représentante, Cathy Ashton, voulait avant tout justifier son action et sa bonne entente avec Nicolas Sarkozy… Nous avons été ravis d’apprendre ainsi qu’elle quittait Bruxelles pour aller ce soir à Paris (un diner aux chandelles à la Lanterne peut-être ! bien que cela m’étonnerait…). Plus sérieusement, la Haute représentante a clairement énoncé ce qui semble être sa ligne de conduite dans la crise libyenne, et au-delà : l’UE doit agir de façon économique et humanitaire ; et c’est à l’OTAN de jouer la partition militaire.

A l’UE, l’humanitaire et l’économique

Commentant l’action de l’Union européenne et son propre rôle, elle s’est décerné un autosatisfecit. “Nous pouvons être satisfaits” a-t-elle expliqué. Nous avons pris “des sanctions très dures” contre le régime libyen, nous avons apporté une réponse politique – “regardez les conclusions du Sommet, les positions des Etats membres, et ce que nous arrivons au niveau de l’Union européenne” vous verrez la différence. Nous avons apporté une action humanitaire importante et rapide. Et, pour le futur, c’est autour de ces notions qu’il faut travailler. “Ce que nous pouvons faire est de renforcer les sanctions économiques et d’intensifier le soutien humanitaire à la population libyenne“. Les ambassadeurs du COPS – réunis en format restreint (ambassadeurs + 1), terminent actuellement une réunion consacrée à ce sujet.

A l’OTAN, l’action militaire

Concernant l’action militaire, elle a été très claire. “Il y a différents acteurs qui jouent différents rôles. Le rôle de l’OTAN est clair. Le nôtre également. (Notre action) c’est de faire du soutien humanitaire, avec des moyens militaires. (Et) c’est important de bien le faire.” La participation militaire de l’Union européenne est “très très petite” car l’organisation militaire de l’UE est “infime“, par rapport à un rôle plus général d’une organisation militaires, a-t-elle ajouté. Le rôle de l’UE “est de coordonner les moyens des Etats membres, en se concentrant particulièrement sur les problèmes humanitaires auxquels on a à faire face”. Et d’ajouter l’orientation qu’elle souhaite faire prendre dans l’avenir. “il faut améliorer la planification de crise du service diplomatique, pour faire mieux et encore mieux”.

NB : on comprend ainsi mieux pourquoi la Haute représentante n’a donné aucune impulsion politique aux différentes options militaires qui lui ont été présentées, n’a pas vraiment demandé à l’Etat-Major militaire ni au comité militaire de l’UE de travailler ou d’approfondir certaines questions.

Commentaire : un manquement aux fonctions ?

Nous sommes ici dans une relecture du rôle de l’UE qui ne correspond ni au texte ni à l’esprit du Traité de Lisbonne. Même si elle encore très parcellaire, l’Europe de la Défense dispose de certains outils qui auraient pu être utilisés durant la crise libyenne et ont ainsi été laissés en jachère. On sait maintenant que ce n’est pas par hasard mais sciemment. Répartir de façon fixe les rôles entre les deux organisations – à l’UE l’économique et l’humanitaire et à l’OTAN l’action militaire – relève également d’une vision erronée, en termes juridique, politique et historique. Et, en accroissant la confusion entre humanitaire et militaire, sans préciser de gardes-fous et des modalités, on s’aventure sur un terrain plus que dangereux et glissant. Il y là, à mon sens, un grave manquement au rôle du Haut représentant, d’autant que cette décision ne suscite pas un consensus des Etats membres.

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