diplomatie

La réponse de l’Europe aux Etats-Unis. Love EU

(B2) La réponse au « Fuck the UE » de Victoria Nuland n’a pas tardé à venir. Sous la forme d’un tweet plein d’humour du chef de délégation de l’Union européenne à Washington, Joao Vale de Almeida

LoveTheUeUn tweet à double détente si on peut dire quand on sait que le mari de l’impétrante, Robert Kagan, est aussi l’auteur de la formule « Americans are from Mars while Europeans are from Venus » dans un article publié en 2002 “Power and Weakness” opposant ainsi les Dieux de la Guerre et de l’Amour…

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Quand Victoria « fuck » l’Europe. Ou l’Amitié vache (MAJ)

(BRUXELLES2) Plusieurs conversations entre diplomates américains d’un côté, diplomates européens de l’autre, ont filtré, sur Youtube, comme en informe le Kiev Post.

On entend distinctement, sur l’une d’elle, Victoria Nuland, responsable au Secrétariat d’Etat US de l’Europe et l’Eurasie, en conversation avec son homologue à Kiev, regretter l’indécision européenne et préconisant de « coller » le représentant spécial de l’ONU, Robert Serry, dans les pattes. Et d’ajouter : « And you know, fuck the EU. » (à la troisième minute) C’est concis mais çà a le mérite d’être clair.

Des excuses américaines

Un mot que ne dément pas le Secrétariat d’Etat. Selon le porte-parole, Jen Psaki, L’ambassadrice Nuland s’est excusée auprès de ses partenaires européens de ce mot « obviously, we work incredibly closely with the EU and with representatives of the EU, and Assistant Secretary Nuland certainly does as it relates to Ukraine. And she’s been in close contact with EU High Representative Ashton. Let me convey that she (V. Nuland) has been in contact with her EU counterparts, and of course, has apologized ».

Sur l’autre, on entend la directrice politique du Service diplomatique européen (SEAE), Helga Schmid, qui reconnait une légère différence d’approche avec les Etats-Unis dans une discussion (en allemand) qu’elle a avec l’ambassadeur de l’UE en Ukraine, Jam Tombinski, estimant que l’UE n’est pas vue assez comme « défendant la liberté » alors que les Etats-Unis défendent des sanctions. Ce n’est pas « bon pour l’histoire ».

Commentaire : apparemment il n ‘y a pas que les Américains à avoir une NSA :-) Et la révélation de ces conversations, disponibles publiquement sur YouTube peut aussi être interprété comme un signal des services ukrainiens voire des Russes que tout est « connu », que les conversations sont bien « sous contrôle ». Un avertissement en quelque sorte, gentil, que d’autres conversations, plus sensibles, peut-être pourraient « sortir ». Ils vont obliger les diplomates européens et américains à encore plus de prudence dans leurs conversations et enfonce un coin dans l’entente US-USA sur ce dossier.

Question fondamentale : comment traduire « fuck the UE ». « Que l’UE aille se faire foutre » (tel que traduit par les principales dépêches ou des terminologies plus brutales, du type « J’enc… l’UE« , les avis peuvent être divergents. Personnellement le « J’emmerde l’UE« , me semble la transcription plus adaptée (vu l’usage assez courant du « fuck » dans l’américain courant)… A vos avis !

Syrie, peut-on encore croire en la diplomatie ?

(BRUXELLES2) Je participais, ce mardi, à l’émission de débat de Matin Première « #Connexions » (animé par Pascal Claude) avec Gilles Kepel, un connaisseur du monde arabe autour d’un excellent thème : « Syrie, peut-on encore croire en la diplomatie ? ». L’émission était courte, trop courte pour tout dire (c’est la loi du genre). Voici donc quelques réflexions … supplémentaires.

Sur la Syrie, l’Europe joue un peu dans les strapontins. Force est de le reconnaître. L’Union européenne n’est généralement pas à l’aise sur des conflits aussi « durs ». Et a peu de moyens de réagir et d’emprise sur un terrain où les protagonistes — Iran, d’un coté ; Qatar et Arabie Saoudite ont envie d’en découdre, par combattants interposés, sur fond de ligne de fracture chiisme/sunnisme. Dans cette guerre par « proxy », somme toute assez classique de la guerre froide, on retrouve un dialogue tout aussi « classique » entre « Grands », entre les Etats-Unis et la Russie. Mais les Européens – comme d’autres – ont commis quelques « erreurs » d’appréciation ou de jugement.

La Syrie n’est pas la Tunisie

La première erreur, très commune, a sans doute été de croire dans l’euphorie des « printemps arabes », après la chute de Ben Ali en Tunisie, de Moubarak en Egypte, que le régime syrien allait tomber en quelques semaines, au bout de quelques échauffourées. Or chaque pays du Moyen-Orient a son rythme, son histoire, ses rigidités et faiblesses, mais aussi ses forces.

Diaboliser Bachar, en réclamant son départ immédiat, alors que les moyens pour le faire partir étaient forts tenus, a aussi été fort imprudent. D’autant qu’on n’avait – à ce moment – aucune personnalité ou parti pour le remplacer (on n’en a toujours pas vraiment d’ailleurs).

Enfin, en mettant en place un embargo sur les armes, toute seule, sans aucun accord international, l’Europe s’est piégée toute seule. Car chacun, dans le monde, continue de livrer des armes aux protagonistes. Une situation qui bénéficie généralement à celui qui détient le pouvoir.

Les Européens sont donc condamnés soit à assister en spectateurs aux massacres, en émettant de temps à autre une « violente » protestation orale et en envoyant quelques secours humanitaires, soit à s’impliquer davantage politiquement et militairement. Pour l’instant, force est de constater que c’est la première option qui l’emporte, sur le plan politique et diplomatique, l’Europe reste atone. Et c’est la Russie qui emporte la mise.

Le pied de biche russe

Sous-estimer la volonté russe de ne plus se laisser faire a aussi été forte. Cependant les signes étaient notables. La politique du Kremlin, expliquée notamment par les diplomates russes en poste à Bruxelles, ne laisse cependant aucun doute sur cette volonté de revenir au coeur du débat. Humiliée sur le Kosovo, et par la volonté américaine de mettre en place un bouclier anti-missiles, la Russie a réagi par l’intervention en Géorgie en 2008. Tenue pour proportion négligeable sur la Libye, la Russie réagit aujourd’hui sur la Syrie. Elle s’en sert comme d’un levier – un véritable « pied de biche » dans la porte – pour se (ré)imposer comme un interlocuteur de premier plan, au Moyen-Orient. Que ce soit dans les négociations avec l’Iran, sur le nucléaire, son poids dans la Syrie, en attendant l’expression d’un projet pour la paix au Moyen-Orient, la Russie fait donc un retour en force. Moscou n’a donc pas automatiquement d’intérêt à un tarissement du conflit. Juste à son « containement ». C’est cynique… mais c’est la réalité politique. Comme les Occidentaux, la Russie a cependant intérêt à ce que la déstabilisation ne gagne pas toute la zone.

L’unité fracturée des Européens …

Dans ce jeu, les Européens jouent à voilure réduite. Car d’une part les « 2 grands » tiennent à un soliloque et ne lui laissent pas de place. Mais aussi car ils sont divisés. Pour être exact, ils sont fracturés, souffrant même de fractures multiples. Entre partisans d’une ligne dure, ceux partisans d’un dialogue ; ceux qui veulent reconnaitre rapidement la CNS comme l’interlocuteur, ceux qui veulent préserver d’autres interlocuteurs ; ceux qui veulent livrer des armes, ceux qui ne le veulent pas ; ceux qui ont des troupes dans la région (Autriche au Golan, Italie au Liban…)… on a de multiples lignes de fracture. Cette division ne date pas d’aujourd’hui.

… sur une région empreinte de symbole

Le Moyen-Orient constitue d’ailleurs pour l’Union européenne un casse-tête permanent tant les positions sont diversifiées entre les pro-israéliens et les pro-arabes. Autre difficulté : les Européens n’ont pas d’ambassade/délégation en Iran, ce qui ne facilite pas les choses. Comme le fait d’avoir mis – ou vouloir mettre – sur listes anti-terroristes, la moitié des organisations impliquées pourrait aussi le compliquer.

Le café du commerce selon Kepel

Pour autant, dire comme Gilles Kepel que la structure diplomatique européenne n’a jamais produit d’effet nul part et pourquoi dépenser pour cela, est très réducteur et pas vraiment à la hauteur de ses talents de politologue. On est plutôt dans le « café du commerce » que dans l’analyse scientifique. En Somalie et dans la Corne de l’Afrique, comme dans les Balkans, dans des zones où on va lui laisser la « première main », le dispositif européen a prouvé son efficacité… Le conflit syrien, c’est tout autant l’échec de la diplomatie internationale (ONU), celle des Etats-Unis et, encore plus, de celle des pays arabes, que l’échec européen. L’enlisement de la situation sur le terrain tient d’abord à ses protagonistes et à leurs soutiens respectifs directs ensuite (Russie et Iran d’un côté ; Turquie, Qatar et Arabie Saoudite de l’autre). La décision ou la non-décision des Européens pèse peu.

Une stratégie alternative ?

Dans cette zone, l’Europe ne peut effectivement pas vraiment faire toute seule, voire contre les autres. Sauf à produire une stratégie alternative, et différenciée. C’est là où est toute la question de la diplomatie européenne. En suivant, assez fidèlement la diplomatie américaine, a-t-elle vraiment un poids. Ou n’est-ce pas plutôt en développant une stratégie alternative qu’elle pourra s’imposer comme un « honnest broker », un intermédiaire dans le règlement d’une situation de conflit. Le but de la diplomatie n’est pas vraiment de nouer des liens avec ses amis… mais avec ses ennemis. Dans ce cas, il faut conserver des canaux de discussion avec l’Iran, le Hezbollah, et Bachar, comme avec les autres protagonistes. La voie est très étroite. Mais elle mériterait d’être tentée ou/et officialisée.

Lire aussi (tag Syrie) :

L’inexistante solution politique en Syrie

Causer c’est bien, négocier serait mieux. La visite de Kerry à Bruxelles avait aussi la Syrie à l’ordre du jour.  (crédit : Commission européenne)

(BRUXELLES2) Chacun a ce mot sur la bouche. Il faut une « trouver une solution politique au conflit » pour la Syrie. « C’est la seule voie possible » ainsi que l’a rappelé encore aujourd’hui le porte-parole de Catherine Ashton, la Haute représentante de l’UE. Une constante de la diplomatie européenne depuis le début du conflit il y a plus de deux ans… Mais aujourd’hui, on semble encore très loin.

Pas l’once d’une modalité

Ce n’est même pas la solution politique de la crise syrienne qui semble loin. Mais les modalités même de recherche d’une solution. Car, contrairement à d’autres situations internationales, il n’y a même pas l’once d’un accord sur … la façon de faire un accord. Le plus petit dénominateur commun serait la création d’un groupe de contact. C’est une formule assez rodée de la négociation internationale : on prend quelques pays proches de chacune des parties, d’autres pays un peu plus neutres, un ou deux facilitateurs. Et ensuite, on secoue, on agite. Et on cherche ensemble une solution en se réunissant à intervalles plus ou moins proches. Ca marche… plus ou moins bien, selon les crises et les moments. Mais cela permet au moins de parler et de poser les fondements d’un futur accord voire de déjouer certaines escalades du conflit.

Un « groupe d’action » qui n’a d’action que le nom

Les (non) accords de Genève il y a un an avaient bien envisagé la mise en place d’un « groupe d’action », réunissant 12 parties (*). Mais depuis … rien. Le groupe ne s’est pas réuni de l’aveu même d’un diplomate européen. Ce n’est pas faute d’essayer. « L’Union européenne est prête ». Mais personne d’autre n’est vraiment volontaire. Malgré les déclarations, la France, le Royaume-Uni, les Etats-Unis ne veulent pas vraiment jouer le jeu de la négociation avec le régime. Certains pays y sont carrément hostiles, comme le Qatar. On est encore dans la phraséologie guerrière comme le disait Hillary Clinton il y a plus d’un an. «Le président syrien doit comprendre que ses jours sont comptés». Résultat à chaque massacre de plus, à chaque conseil des ministres de l’UE, la plupart des Etats membres se gargarisent de rechercher une solution politique ou se réfugient derrière ce mot pour refuser d’autres solutions (militaires notamment). Mais on n’avance pas d’un poil.

NB : Ce « groupe d’action » (dont le nom peut être sujet à ironie) est formé de 12 membres : les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (USA, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) ; les trois pays présidant aux destinées de la Ligue Arabe (Irak pour le sommet de la Ligue, Koweit pour le conseil des ministres des Affaires étrangères, Qatar pour le groupe de suivi de la Syrie) ; la Turquie ; trois organisations (Ligue arabe, ONU – représentées par leur secrétaire général – et Union européenne, représentée par le Haut représentant pour les Affaires étrangères).

Commentaire : un groupe imparfait

Ce groupe de contact a un principal défaut, il n’associe pas certaines parties au conflit (Qatar et Turquie) mais pas les autres (Iran et Liban notamment). Certes la république islamique est encore perçue souvent comme le diable. Mais comment négocier sans sa présence ? La négociation n’est pas une affaire de déjeuner amical mais d’une confrontation, autre que sur le champ de bataille. Autre défaut, on ne trouve que très peu des habituels intermédiaires, plus neutres, d’une négociation internationale. La présence d’un pays européen plus neutre (type Autriche, Suède ou Norvège voire Chypre – proche de la Syrie – ou le Luxembourg membre du Conseil de sécurité) et d’un pays asiatique (Inde ou Japon) ne serait pas superflue. Et surtout, une dynamique de réunion devrait être enclenchée, au moins entre les plus volontaires. L’Union européenne pourrait prendre le lead sur ce projet, en proposant une réunion E4 (France, Royaume-Uni, Luxembourg, Suède) +4 (Russie, Chine, USA, Japon) + 4 (Qatar, Turquie, Irak, Iran), par exemple. Ou tout autre format que nos diplomates auront trouvé. Sinon, on continuera à parler d’une solution politique, sans vraiment la tester, et seule la solution militaire s’imposera… encore plus. (maj) Dans tous les cas,  une partie de la solution se trouvera en prenant le chemin de Moscou et en reconnaissant aux Russes leur poids dans la négociation.

Volte-face italienne. Les Maro rentrent en Inde

(crédit : Conseil des ministres italien)

(BRUXELLES2) Les évolutions du dossier des fusiliers marins italiens (Maro) impliqués dans la mort de deux pêcheurs au large des côtes indiennes deviennent illisibles. Massimiliano Latorre et Salvatore Girone sont ainsi rentrés en Inde vendredi (22 mars). Les deux militaires seront cependant jugés par un tribunal ad hoc, créé pour la circonstance, ainsi que l’a ordonné la Haute Cour de New-Delhi. Le gouvernement italien a finalement décidé de renvoyer les deux « inculpés » en Inde.

Le Comité interministériel pour la sécurité de la République présidé par le Premier Ministre Mario Monti a désavoué ainsi la décision du ministre de la Défense, Di Paola, et du ministre des Affaires étrangères, Terzi. Les ministres n’étaient pas sur la même longueur d’onde, a reconnu ce dernier.

L’assurance écrite des autorité indiennes que la peine de mort ne sera pas appliquée

Un retour justifié officiellement par « l’intérêt des fusiliers marins » de respecter la parole donnée lors du retour au pays (justifié par la nécessité de voter pour les élections législatives) et « l’assurance écrite (des) autorités indiennes sur le traitement qui sera réservé aux fusiliers-marins et protection de leurs droits fondamentaux ».

Sulla base delle decisioni assunte dal CISR, il Governo italiano ha richiesto e ottenuto dalle autorità indiane l’assicurazione scritta riguardo al trattamento che sarà riservato ai fucilieri di Marina e alla tutela dei loro diritti fondamentali. Alla luce delle ampie assicurazioni ricevute, il Governo ha ritenuto l’opportunità, anche nell’interesse dei Fucilieri di Marina, di mantenere l’impegno preso in occasione del permesso per partecipare al voto, del ritorno in India entro il 22 marzo. I Fucilieri di Marina hanno aderito a tale valutazione.

La fureur de l’Inde et l’ampleur pris par la crise diplomatique dans ce pays clé de l’Asie a, apparemment, provoqué cette décision. Le ministre des Affaires étrangères l’a expliqué, vendredi, dans une interview au quotidien Republica. « La tension montait ». Les Indiens « ont également exprimé leur préoccupation pour la sécurité de notre ambassadeur. L’histoire a connu un retentissement international, jusqu’à l’ONU et l’UE. » Mais le ministre estime que l’action a atteint « l’effet que nous attendions ». « Sans (ce retour), nous ne pouvions pas négocier avec le gouvernement indien, sur les conditions de vie quotidienne dans le pays et la garantie que la peine maximale (ne sera pas appliquée) pour le crime dont ils sont accusés. Maintenant, nous n’avons plus ce problème. » Et d’ajouter : « nos efforts ne s’arrêtent pas là. Avec l’Inde, nous venons d’ouvrir un canal de communication, (pour) des discussions diplomatiques et juridiques de différentes hypothèses, basées sur le principe du respect mutuel entre les deux pays ».

Lire aussi les dernières péripéties :

On peut lire l’article du Times of india : le business a-t-il influencé cette décision

Une victoire diplomatique. Le pari sahélien de la France à Bruxelles…

Une victoire diplomatique. Le pari sahélien de la France à Bruxelles…

Français et Espagnols ont été à l’avant-garde du dossier « Sahel » depuis plusieurs mois (années). Le ministre espagnol des affaires étrangères et de la coopération, José Manuel Garcia-Margallo Marfil, salue son homologue français, Laurent Fabius lors du conseil des ministres du 17 janvier (Crédit : Conseil de l’UE)

(BRUXELLES2, analyse) Le fait est indéniable. le gouvernement français a remporté à Bruxelles, jeudi (17 janvier), une petite victoire politique. Les ministres des Affaires étrangères des « 27 » étaient tous conscients de la gravité de la situation au Mali, conscience aiguisée encore par la prise d’otages survenue entretemps en Algérie. Et si quelques nuances ont pu s’exprimer de ci de là, il n’y avait aucune ambiguïté possible.

Désintérêt pour une zone inconnue

Certains esprits chagrins peuvent moquer la lenteur européenne des derniers jours. Elle peut paraître indéniable. Mais ce ne sont pas ces jours-ci qu’il fallait pointer la lenteur européenne, ce sont durant les années précédentes. Où les Etats membres ont lambiné. La plupart des pays (sauf l’Espagne et la France essentiellement) se désintéressaient, totalement ou largement, de cette bande sahélienne. Et quand un diplomate ou un ministre français sonnait le tocsin, appuyés par un espagnol ou un italien, on l’écoutait avec attention. Mais çà ne perçait pas.

Suspicion par rapport aux « intérêts » français

Le volontarisme français à pousser ce dossier apparaissait un peu suspect. Comme le confiait à B2 il y a peu, un habitué des opérations européennes, proche de la France, les « Français nous demandent de payer leur politique africaine ». Même au sein du nouveau service diplomatique européen (SEAE), il a fallu convaincre. A son arrivée au poste de Haut représentant, Catherine Ashton avait déjà sur sa table un dossier « Sahel ». Elle a mis du temps à se saisir de ce dossier pour en faire une priorité. Résultat la fameuse mission de renforcement des capacités des pays du Sahel (EUCAP Sahel) a mis plusieurs années à se mettre en place (*). Et quand elle s’est mise en place, pour le Mali, il était déjà trop tard…

La gageure : convaincre 27 Etats membres que le Sahara et le Sahel est important

Effectivement, aller convaincre tous les pays européens que le coup d’Etat de quelques militaires au Mali et la présence de bandes de criminels dans une zone désertique est un problème de sécurité qui peut menacer l’Europe depuis Gibraltar jusqu’à Tallin ou Varna, était une gageure. Leur demander ensuite de lancer (et financer) une mission de formation de l’armée d’un pays en décomposition était tout de même assez « osé ». Ce n’est pas dans les « gênes » européens que de faire de la formation des Européens que d’aller faire de la formation de militaires africains prêts au combat (dans un pays instable). Mais les esprits ont évolué lentement.

Le point de bascule : en 2012

Ceci n’est pas un résultat d’un « enchantement sahélien ». C’est le fruit d’un travail au quotidien de conscientisation. Et ceci ne date pas de l’arrivée en mai 2013 de François Hollande à l’Elysée. Le travail remonte à plusieurs mois… Voire plusieurs années que les diplomates en poste à Bruxelles (au COPS notamment) ou à New-York (Nations-Unies), que les ministres eux-mêmes, alertent leurs collègues européens sur la situation au Sahel, et particulièrement au Mali.  Le point de bascule peut être situé durant l’année 2012. Le coup d’état à Bamako démontre à tous que les craintes étaient fondées. Dans la balance européenne, aux côtés de la menace avérée, un facteur décisif joue aussi : l’expérience de formation de l’armée somalienne est jugée positive. Les troupes formées par les Européens en Ouganda (EUTM Somalie) se sont bien comportées aux côtés de leurs mentors de l’AMISOM. Et l’horizon somalien s’éclaircit…

Se décider lentement, agir rapidement

Les 27 décident la mise en place de la mission civile de renforcement des capacités EUCAP, au Niger dans « un premier temps », en juillet 2012. Au conseil informel des ministres de la Défense de septembre 2012, à Chypre, les derniers doutes pour engager une mission européenne de formation (EUTM Mali) s’effacent. Les questions deviennent alors plus techniques, militaires et budgétaires, et moins politiques. La planification peut alors déboucher assez rapidement : concept de gestion de crises adopté début décembre, décision adoptée le 17 janvier, concept d’opération (qui est déjà écrit) et plan d’opération seront adoptés simultanément d’ici le 10 février, avec déclenchement du déploiement dans la foulée.

On est dans un schéma classique où l’Europe réfléchit longtemps, danse d’un pied sur l’autre, laisse passer des opportunités puis se décide, et alors là cela peut aller relativement vite. Les difficultés de l’Europe de la Défense sont semblables à celles qu’on retrouve dans d’autres domaines européens. S’entendre à 27 n’est pas une synécure. On l’a vécu durant ces quatre années de gestion de la crise budgétaire et financière. Je dirai même que le processus de décision en matière de défense est, malgré toutes les difficultés et ses imperfections, plus efficace et moins pavé d’erreur qu’en matière économique. C’est paradoxal… L’essai été marqué, reste maintenant à le transformer. Il est de l’intérêt de tous, et particulièrement des Français, à ce que cette mission EUTM Mali soit une réussite.

(*) le premier article écrit sur ce blog date de septembre 2010, A relire ! : Une mission européenne « sécurité » au Sahel ? On y réfléchit… (avec une piqure de rappel en janvier 2011) Adopter une stratégie « sécurité/développement » pour le Sahel : une urgence…(et un constat de désaccord en novembre 2011) La mission PSDC pour le Sahel attendra encore bien un peu…

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(Article mis à jour samedi matin avec qqs précisions supplémentaires et photo)
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