Les deux Premiers ministres et la Haute représentante apposent leur signature sur l'accord "justice" (crédit : SEAE)

Accord « justice » entre Belgrade et Pristina

Les deux Premiers ministres et la Haute représentante apposent leur signature sur l'accord "justice" (crédit : SEAE)

Les deux Premiers ministres et la Haute représentante apposent leur signature sur l’accord « justice » (crédit : SEAE)

(BRUXELLES2) La reprise du dialogue entre Belgrade et Pristina a permis d’aboutir à un nouvel accord tard dans la nuit de lundi à mardi (10 février). Les deux premiers ministres — le Serbe Aleksandar Vučić et le Kosovar Isa Mustafa — ont ainsi signé dans les locaux du service diplomatique européen à Bruxelles, un accord sur la justice et le système judiciaire au Kosovo, « fermant ainsi un chapitre essentiel de la mise en œuvre de l’accord de Bruxelles qui permettra d’améliorer sensiblement la vie des gens sur le terrain » selon les mots même de la Haute représentante de l’UE, Federica Mogherini, qui menait les négociations. Les deux Premiers ministres « ont (aussi) confirmé leur engagement à continuer à faire des progrès dans la normalisation des relations » entre les deux capitales. Ils ont notamment convenu de travailler ensemble pour relever les préoccupations régionales actuelles, notamment « le problème de l’immigration clandestine en provenance du Kosovo ». Des groupes de travail vont reprendre leur activité, dans les prochains jours, pour « faire avancer les travaux sur la mise en œuvre » des différentes dispositions.

Le premier-ministre  kosovar Hashim Thaçi dans un bureau de vote (Crédit: gouvernement du Kosovo)

Kosovo : le second tour des élections, un succès… à confirmer!

Le premier-ministre  kosovar Hashim Thaçi dans un bureau de vote (Crédit: gouvernement du Kosovo)

Le premier-ministre kosovar Hashim Thaçi dans un bureau de vote (Crédit: gouvernement du Kosovo)

(BRUXELLES2) C’est la satisfaction qui domine dans la diplomatie européenne après la tenue du  second tour des élections au Kosovo, organisé dimanche 1er décembre. Les rapports de l’OSCE (organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) et de la MINUK (mission des Nations Unies au Kosovo) sont formels : aucun incident n’est à signaler ! Et pourtant ce n’était pas gagné, après un premier tour houleux au nord du pays (lire : Des violences éclatent lors des élections au nord du Kosovo (maj))

Une étape importante mais pas déterminante

Les diplomates soulignent un bilan positif. Il s’agit d’une « une étape importante autant pour le processus de normalisation des relations entre Belgrade et Pristina que pour le renforcement des institutions démocratiques au Kosovo » affirme le porte-parole du secrétaire général des Nations Unies, mais il y a encore du travail à faire, notamment sur « la création de la Communauté des municipalités serbes au Kosovo et l’intégration de la police judiciaire et des structures dans le nord du Kosovo » a t-il ajouté.

La suite : le 5 décembre

Quant à la Haute représentante de l’UE, Catherine Ashton, « très satisfaite de l’atmosphère de [ce] second tour », elle a donné rendez-vous aux Premiers ministres serbe et kosovar à Bruxelles pour un nouveau dialogue le 5 décembre. « Nous discuterons de la manière d’aller vers la mise en oeuvre de l’accord d’avril » a-t-elle suggéré avant d’ajouter: « ce sera important en particulier en vue de la présentation de mon prochain rapport sur le Dialogue au Conseil de décembre (19-20 décembre) ».

A lire sur B2:

Elections au Kosovo. « Un déni de démocratie » (J.A. Derens)

(BRUXELLES2) « Un déni de démocratie »! Voilà comment notre confrère Jean-Arnault Dérens du Courrier des Balkans, qualifie les élections municipales du 3 novembre au Kosovo, particulièrement dans le nord du pays à majorité serbe. Cet éminent spécialiste de la région n’y va pas de main morte et pour cause! Selon lui, l’Union européenne et l’OSCE en déclarant les élections comme « globalement satisfaisante » avec une participation de 15 à 25% des inscrits seraient pris en flagrant délit de malversations! Présents sur le terrain, les observateurs du journal témoignent des gardes postés devant les bureaux de postes pour empêcher les électeurs d’entrer. Et ce bien avant 17h et les premiers incidents relatés par les organisations internationales. Ils contestent vigoureusement les taux de participation, affirmant que  » tant à Mitrovica qu’à Leposavic et Zvecan indique la participation n’a nulle part atteint la barre des 10% des inscrits. » JA Derens estime que les Européens ont voulu à tout prix laisser la porte ouverte au Dialogue ouvert entre Pristina et Belgrade, un des principaux succès de la Lady Ashton, quitte à malmener quelque peu la vérité…

Un pas pour le Kosovo et pour la Serbie vers l’UE

Kosovo (crédit : Commission européenne)

(BRUXELLES2) Après l’accord Belgrade-Pristina, la Commission européenne a recommandé aux ministres des Affaires européennes ce lundi (22 avril) à Luxembourg deux mesures : l’ouverture des négociations d’adhésion de la Serbie à l’Union européenne – ce qui est le premier pas vers l’adhésion et devrait être approuvé par le Conseil européen en juin – et de négociations d’un accord de stabilisation et d’association (ASA *) avec le Kosovo permettant une plus forte coopération notamment sur les relations économiques et commerciales, sur la justice et les affaires intérieures (télécharger le Rapport de progrès sur le Kosovo). Le Kosovo s’est vu aussi ouvrir la participation à 22 programmes de l’Union européenne dont Galileo, le GMES et SESAR. Un memorandum d’accord doit encore être signé par les deux parties prochainement (télécharger la Proposition de la Commission).

Balkans occidentaux : success story

En octobre 2012, l’étude de faisabilité de la Commission sur le Kosovo avait été positif avec une condition : le bon déroulement des négociations avec la Serbie. Cet accord devra néanmoins respecter les différentes positions des Etats membres quant au statut du Kosovo. C’est pourquoi il est précisé que la signature de ce type d’accord ne constitue pas une reconnaissance du Kosovo comme Etat, ni par l’UE ni par les Etats membres.

(*) Un tel accord a déjà été établi avec l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, l’ex République Yougoslave de Macédoine, la Serbie et le Monténégro.

(avec Marine Formentini)

Belgrade et Pristina scellent leur accord sur le nord du Kosovo

Le Protocole d’Accord Belgrade-Pristina sur le nord du Kosovo paraphé (Crédit : B2 / EBS)

(BRUXELLES2) Le moment est « historique ». Ce mot est si souvent galvaudé qu’on n’ose l’utiliser. Mais c’est la réalité. Et pour le service diplomatique européen, sa chef, Catherine Ashton, et l’Union européenne, c’est incontestablement un succès. Belgrade et Pristina ont décidé de mettre fin à la guerre des mots et des pouvoirs, voire plus, qui les opposait depuis 2008 et la déclaration d’indépendance de l’ancienne province serbe, voire depuis 1999 où, sous protection de l’OTAN, le Kosovo avait obtenu une autonomie de fait de la Serbie.

Tout cela sous l’égide de négociations menées sous l’égide de Bruxelles, avec la complicité active de certaines capitales, notamment de Berlin ; en posant à l’été 2011, un réel ultimatum à Belgrade – avant toute décision sur le processus d’adhésion de la Serbie, celle-ci « doit démanteler les structures parallèles dans le nord du Kosovo » – la chancelière Angela Merkel a assurément mis la pression.

Si cet accord est respecté, c’est ainsi un des derniers points noirs de l’Europe – après le nord de l’Irlande et le pays basque – qui devrait être pacifié. Il restera encore la Transnistrie, l’Ossétie-Abkhazie et le Nagorno Karabakh. Mais cela est un peu plus loin…

Un conflit qui n’a pas été que verbal

Plusieurs personnes y ont perdu la vie. Citons (récemment) : un habitant albanais tué par un engin explosif en avril 2012 ; un Serbe pris à partie en novembre 2011 (lire : Incident grave au nord Kosovo, 1 mort, 3 blessés, Eulex enquête) ; un policier kosovar en juillet 2011 lors de l’attaque des postes frontières (lire : Flambée au nord du Kosovo) ; un policier ukrainien de la MINUK mort en mars 2008 lors d’affrontements violents entre des manifestants serbes et les forces internationales où de nombreux soldats de la KFOR furent également blessés (lire : 3 nouvelles condamnations au Kosovo du nord)

Cette signature est un poids en moins pour les deux parties comme pour les Européens

La déclaration de Catherine Ashton, un peu avant 17h, venue devant les portes du Service diplomatique européen (il n’y a pas de perron) annoncer que les négociations entre Belgrade et sont bel et bien « conclues » est donc un soulagement pour tout le monde. Le nord du Kosovo, peuplé en majorité de Serbes, restait en effet une épine dans le pied à la fois pour Pristina – qui ne pouvait assurer son autorité dans le nord – que de Belgrade – qui se voyait empêché de commencer sa route d’adhésion vers l’Union européenne – comme des Européens et de l’OTAN – qui devaient maintenir sur un petit territoire de km2 une présence militaire et policière importante face à une situation instable qui pouvait dégénérer à tout moment. Et lundi, les ministres des Affaires européennes des 27 pourraient ainsi donner leur feu vert de principe à l’entrée de la Serbie dans le processus d’adhésion à l’Union européenne.

Tout n’est cependant pas encore réglé

Il va falloir que chacun des Premiers ministres concernés aille soutenir devant ses supporters et son opinion publique qu’il n’a rien cédé et que l’accord est bon pour leur peuple. Certains détails doivent encore être précisés. Il faudra voir aussi comment le nord du Kosovo réagit à cet accord. De façon formelle, Hashim Thaci et Ivica Dacic se sont d’ailleurs bien gardés de signer l’accord en commun. Ni même de le signer tout court. Il s’agit bien d’un « paraphe », de la fin d’une négociation, et non d’une signature en bonne et due forme. C’est d’ailleurs de façon séparée que le Kosovar et le Serbe sont venus « parapher », dans une salle séparée, avec C. Ashton, ce protocole d’accord qui existe en deux exemplaires. Mais qu’importe. Comme l’a rappelé la Haute représentante de l’UE, « le texte a été paraphé par les deux Premiers ministres. Je tiens à les féliciter pour leur détermination durant ces mois, et le courage qu’ils ont montré. C’est très important, un signe pour s’éloigner du passé et pour tous deux se rapprocher étroitement de l’Europe ».

Les différentes dispositions de l’accord ainsi que le déplacement à l’OTAN sont détaillées pour les abonnés du Club de B2.

Lire aussi :

Kosovo/Serbie: 12 heures de dialogue pour rien? (maj)

(crédit: EULEX Kosovo)

(BRUXELLES2) « Le fossé entre les deux parties est très étroit, mais profond ». Voilà ce qui ressort des douze heures de négociations conduites par la Haute représentante de l’UE Catherine Ashton, entre le chef du gouvernement serbe Ivica Dacic et le premier ministre kosovar Hashim Thaci. Cette huitième réunion « du dialogue pour la normalisation des relations entre Pristina (Kosovo) et Belgrade » et devait être la dernière du cycle. Mais la conclusion attendue n’a pas eu lieu…

Un accord qui se fait attendre

Comme l’a rappelé le chef du gouvernement serbe, à l’issue de la réunion, « Nous ne sommes pas parvenus à un accord ce soir » mais « nous avons encore du temps pour trouver une solution » Aucun accord n’a donc été conclu comme l’espérait la Haute représentante, Catherine Ashton. Mais « un certain nombre de propositions ont été mises sur la table » ; les responsables « vont maintenant rentrer dans leurs capitales et consulter leurs collègues et me feront savoir leurs décisions dans les jours à venir ».

Quelles divergences profondes?

Le point de blocage concerne la partie nord du Kosovo. Ce territoire, peuplé majoritairement de serbes, reste encore très autonome par rapport au pouvoir de Pristina (majorité albanaise) 5 ans après l’indépendance. Les autorités serbes demandent une plus grande autonomie de la région nord et la mise en place d’une « association » des municipalités qui disposeraient d’un pouvoir exécutif en matière de justice, de police et de sécurité. Ce qui pose par extension le devenir de la mission Eulex dans cette partie du pays. Les autorités du Kosovo craignent que cette autonomie glisse, à terme, vers une sécession de la partie nord. Elles demandent l’affirmation de l’autorité formelle de Pristina par la Serbie. La mise en place de cet accord est nécessaire aussi pour la Serbie car elle lui permettrait d’avancer vers l’ouverture de négociations d’adhésion.

(maj) Selon un diplomate proche des négociations, le point de blocage ne serait pas tellement autour de la création de l’association des municipalités. Le débat serait rude entre les deux parties à propos des pouvoirs (police, justice) qui seraient délivrés aux communes. En décembre 2012, le Conseil demandait la mise en place « d’une seule configuration institutionnelle et administrative fonctionnelle » dans le Nord du Kosovo afin d’éviter une superposition des prérogatives.

Un rapport sur ce dialogue devrait être remis au conseil des ministres des Affaires étrangères le 22 avril.

Accord entre Belgrade et Pristina sur un contrôle commun aux frontières

(BRUXELLES2) Alors que la semaine dernière les relations étaient loin d’être au beau fixe entre Serbes et Kosovars*, les deux Premiers Ministres, Ivica Dacic du côté serbe et Hashim Thaçi du côté kosovar, ont accepté d’envoyer des officiers de liaisons respectifs à Belgrade et Pristina et ont considéré les avancées sur l’accord de gestion intégrée des frontières (IBM) afin de mettre en place les points de contrôle communs aux frontières. La décision a été prise à Bruxelles lors de la 3e réunion de facilitation du dialogue entre les deux pays, menée sous l’égide de l’Union européenne.

Points de contrôle aux frontières communs

Les deux hommes se sont accordés d’envoyer des officiers de liaisons respectifs. Ce qui est un point non négligeable pour les discussions entre les deux capitales. Des discussions s’étaient déjà tenues lors des deux premières réunions du 19 octobre et du 7 novembre. Dans un premier temps l’Union européenne et ses délégations à Belgrade et Pristina serviront de bureau aux deux officiers. Concernant l’IBM, un accord de principe était intervenu il y a un an. Cette fois, le groupe de travail a élaboré l’accord et les détails ont été fixés. En tout ce sont quatre points de contrôle communs qui seront mis en place avant la fin de l’année 2012. Deux premiers points, 1 (Jarinje) & 3 (Merdare), seront opérationnels dès le 10 décembre. Les deux autres, 5 (Drini I Bardhe) & 31 (Brnjak), seront prêts pour le 31 décembre 2012.

La prochaine réunion, qui se tiendra le 17 janvier, devrait porter sur la protection de la communauté serbe au sein du Kosovo. Le premier Ministre kosovar Thaçi a déjà confirmé la mise en place d’une unité spéciale de police multi-ethnique visant à protéger « l’héritage culturel et religieux ». Les deux pays devraient aussi y discuter des moyens d’assurer la transparence des flux monétaires entre Belgrade et la communauté serbe au Kosovo. Les travaux en matière d’énergie et de télécommunications ont été laissés aux experts et seront également à l’agenda de janvier. Dernier point, une coopération accrue entre les commissions des personnes disparues devrait se mettre en place petit à petit.

(*) après l’acquittement en appel pour manque de preuves tangibles, par le Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie, de Ramush Haradinaj, accusé de Crime de guerre et Crime contre l’Humanité contre des Serbes, des Roms et des Albanais.

Lire aussi :

Entre Belgrade et Pristina, l’astérisque sauve la mise

(BRUXELLES2) Aah ! Sans ces fameux « astérisques » et « footnotes » (notes de bas de page), il n’y aurait aucun accord et aucune négociation possible au niveau européen. Cette règle typographique – utilisée dans les thèses pour les bibliographies notamment -, est désormais devenue une astuce diplomatique courue… La 9e séance de négociation entre Serbes et Kosovars qui vient de se terminer aujourd’hui à Bruxelles l’a encore prouvé. Placée sous l’égide de Robert Cooper, le chef négociateur de l’UE, et commencée il y a deux jours (mercredi 22 février), elle a permis d’aboutir à un accord sur la coopération et la représentation régionale du Kosovo.

Le droit de parler en son propre nom

Cet accord permettra au Kosovo de participer et de signer de nouveaux accords « pour son propre compte » et de parler « pour lui-même » à toutes les réunions régionales. Jusqu’à présent, les accords devaient être signés par la MINUK au nom du Kosovo. Et on se rappelle que plusieurs réunions – notamment sous la présidence slovène – avaient avorté par le refus de l’un d’être présent à la table en même temps que l’autre avec les inscriptions du pays. On s’en sortait en général par l’inscription du nom des personnes (au lieu des pays) et par l’absence de drapeau. Il pourra utiliser la dénomination « Kosovo * » l’astérisque indiquera : « This designation is without prejudice to positions on status, and is in line with UNSC 1244 and the ICJ Opinion on the Kosovo Declaration of Independence » (Cette désignation est sans préjudice des positions sur le statut et est conforme à la résolution du Conseil de sécurité des Nations-Unies n°1244 et l’avis de la Cour internationale de Justice sur la Déclaration d’indépendance du Kosovo).

Avancées sur les frontières, rendez-vous sur l’état-civil

Tahiri et Stefanovic, les négociateurs pour le Kosovo et la Serbie, ont également conclu un protocole technique pour la mise en œuvre de l’accord de gestion intégrée des frontières (IBM), obtenu le 2 décembre dernier. En s’entendant sur des questions pratiques telles que le budget, la construction et l’emplacement des installations, cela permet de rendre « cet accord pleinement opérationnel ». Et ils ont convenu d’une rencontre la semaine prochaine dans le but d’accélérer le rythme de mise en œuvre des accords antérieurs, notamment celui sur l’état civil.

Pour la Serbie le statut de pays candidat

Cet accord a été salué par les responsables européens (la Haute représentante Lady Ashton et le commissaire à l’Elargissement, Stefan Füle) comme « particulièrement bienvenu (…) pour la Serbie (…) en vue des délibérations du Conseil » la semaine prochaine). Lundi les ministres des affaires étrangères se rencontrent pour faire le point sur le dialogue Serbie-Kosovo, et le lendemain, leurs homologues des Affaires européennes ont sur la table la décision de reconnaître à la Serbie le statut de pays candidat. Statut pour lesquels militent plusieurs pays.

La France, l’Italie et l’Autriche notamment ont adressé, récemment, une lettre à la Haute représentante indiquant leur volonté de voir ce statut reconnu à la Serbie. Après une « analyse approfondie des progrès de la Serbie (…) nous sommes arrivés à la conclusion que les conditions (demandées) ont été remplies. Des progrès décisifs ont été réalisés dans la mise en œuvre des accords conclus jusqu’à présent dans le dialogue entre Belgrade et Pristina. » écrivent les trois ministres des Affaires étrangères. « Nous devrions tenir nos promesses faites en Décembre et donner suite aux engagements redoublés de la Serbie en (lui) accordant un statut de pays-candidat ». Mettre en place une « conditionnalité », signifie aussi d’être « rigoureux et équitable » soulignent-ils. Il y va de la « crédibilité des politiques d’élargissement de l’UE » qui doivent avoir une « capacité de prévisibilité ».

… et pour le Kosovo, des accords avec l’Union

Pour le Kosovo, cet accord est aussi « important car il lui permet de participer pleinement et de plein droit aux réunions régionales et évènements » et de pouvoir nouer des relations contractuelles avec l’Union, précise les commissaires Ashton et Füle. « Le Kosovo suivra alors le même trajet européen que les autres dans les Balkans, conformément à sa perspective européenne. » La Commission européenne devrait ainsi proposer de lancer une étude de faisabilité pour la signature d’un accord de stabilisation et d’association (ASA) avec le Kosovo. Certains pays membres – comme la France – demande également que le Kosovo puisse être étroitement associé aux différents programmes communautaires. « C’est un calcul stratégique – comme l’a expliqué un diplomate français à quelques journalistes dont B2 – « On fait le pari que l’intégration européenne contribue à stabiliser la région. C’est l’un des engagements forts de l’Union européenne, après les drames que la région a connu dans les années 1999, que d’offrir un avenir européen pour ces pays. »

Lire aussi :

Serbes et Kosovars d’accord sur les points frontières, pas sur la coopération

Le point frontière de Jarinje détruit en février 2011 (Crédit : Eulex)

(BRUXELLES2) Le dialogue entre Serbes et Kosovars mené sous l’égide de l’Union européenne a permis d’aboutir aujourd’hui (2 décembre) à un nouvel accord sur la gestion intégrée des frontières (IBM), annonce un communiqué du Conseil de l’Union européenne. Il fallu deux bonnes journées pour aboutir à cet accord. Et encore tout n’est pas réglé

Deux jours de discussion

Les négociateurs kosovar (Edita Tahiri, le vice-premier ministre), serbe (Borislav Stefanovic) et le facilitateur de l’UE, Robert Cooper étaient arrivés mercredi (30 novembre, avec l’intention de finaliser leurs discussions. Tard dans la soirée, vers 22h, ils se sont séparés sur une ébauche d’accord, et un délai le temps que les capitales se consultent. Juste après la réunion des ministres des Affaires étrangères, jeudi (1er décembre), en fin d’après-midi, Robert Cooper avait pris à part la Haute représentante pour lui donner les derniers méandres de la conversation et lui faire part de son sentiment comme d’envisager la suite. Finalement il a été décidé de scinder les sujets : l’accord a pu se faire aujourd’hui (2 décembre) sur les postes frontières mais pas sur la coopération régionale.

Points frontières uniques

Les parties ont reconnu qu’il leur était nécessaire de « harmoniser progressivement leur législation avec l’acquis communautaire » et donc d’aboutir à un concept de gestion intégrée pour les points de passage (IBM). Serbes et Kosovars vont progressivement instaurer un contrôle « unique, conjoint et intégré » à tous leurs points de passage. Les douaniers d’Eulex seront présents, « conformément en ligne avec le mandat ». « Le concept d’IBM sera progressivement mis en œuvre dès que possible. »

Pas d’accord sur la coopération régionale

En revanche, aucun accord n’a pu être atteint sur la représentation du Kosovo lors des forums de coopération régionale (les Serbes refusaient jusqu’à peu qu’une délégation avec le nom « Kosovo » et le drapeau siègent à côté d’eux lors de ces réunions. Il en avaient fait un point d’honneur notamment lors des précédents gymnichs (en Slovénie par exemple). Le communiqué de R. Cooper parle d’une « discussion de fond » qui a permis « des progrès satisfaisants », le point sera étudié à nouveau « à la prochaine réunion ».
Les parties ont également suivi des discussions tenues lors des réunions précédentes, y compris sur les télécommunications et l’énergie.

Suivi des précédentes décisions

Une partie de la réunion a aussi été consacrée à la surveillance de l’application des mesures décidées précédemment (y compris « télécom » et « énergie »). Ainsi un délai ultime a été donné au 26 Décembre 2011 pour la mise en œuvre intégrale de la liberté de mouvement. Quand à l’accord sur l’état civil, les parties devront commencer à s’échanger les documents dès le 5 Décembre 2011.

Pour la Serbie, engranger ce type d’accord est assez important car elle espère toujours pouvoir obtenir des 27 un statut de pays candidat au sommet du 9 décembre. Une échéance pour le moins tangente. L’Allemagne qui était fort réticente avait posé deux conditions principales : normaliser les relations avec le Kosovo, retirer tout soutien au nord et désarmer les paramilitaires. Les récents incidents dans le nord du Kosovo, qui ont vu une trentaine de militaires allemands et autrichiens blessés alors qu’ils tentaient de démanteler un barrage, n’ont pas vraiment allégé l’ambiance. La chancelière allemande Angela Merkel a officiellement aujourd’hui (2 décembre) devant le Bundestag affirmé que la Serbie n’est pas prête pour recevoir le statut de pays candidat.

Rencontre Tadic-Ashton: la Serbie évolue sur le Kosovo et gagne un galon européen

Boris Tadic et Cathy Ashton (Crédit : Commission européenne)

(BRUXELLES2) A l’issue d’une rencontre avec la Haute représentante de l’UE, Cathy Ashton, le Premier ministre serbe Boris Tadic semble avoir accepté de revoir sensiblement sa positions sur la résolution que son pays a soumis à l’Assemblée générale de l’ONU (le vote doit avoir lieu jeudi) sur le statut du Kosovo et la récente décision de la Cour internationale de Justice. Si coté européen, on reste très discret, promettant une déclaration mercredi, à Belgrade, on est plus prolixe.

D’après le quotidien Blic, l’UE aurait mis sur la table  un « dialogue sur le statut spécial du nord Kosovo et des enclaves dans le sud » et « l’accélération » du processus d’intégration européenne. En échange, le gouvernement de Belgrade retirerait de son projet de déclaration la plupart des mots qui fâchent :  la « sécession unilatérale n’est pas une voie acceptable pour le règlement des problèmes » a été oubliée, la « discussion sur toutes les questions ouvertes » a été remplacée par un « dialogue » plus consensuel et il n’y a plus mention de la perspective européenne future pour « la Serbie et le Kosovo« , ce qui sous-entendait que les deux dossiers étaient intrinsèquement liés. Le tout se termine par un appel au dialogue entre « Belgrade et Pristina ».

Un accord gagnant pour toutes les parties

Cet accord a de multiples avantages pour tout le monde. Pour la Serbie, cela lui évite de devoir formellement reconnaître le Kosovo, de subir une défaite politique en retirant sa résolution ou en obtenant un vote défavorable à l’Assemblée générale. Pour l’Union européenne, cela lui évite d’arriver divisée à l’ONU. En l’état, cette résolution pourrait, en effet, être votée par les pays de l’Union européenne : les 22 ayant reconnu le Kosovo comme les 5 qui ne l’ont pas fait, le dernier à s’être rallié au compromis étant Chypre. Cela permet de régler la question des Balkans sur le continent sans devoir faire appel à l’international, de « plier le linge » en famille, pourrait-on dire. Et, au final, cet accord pourrait ouvrir définitivement la voie à l’adhésion pour la Serbie comme pour les républiques voisines des Balkans occidentaux. Au passage, il permet à la Haute représentante, Cathy Ashton, d’afficher le premier succès de sa « diplomatie tranquille », alors qu’elle reste critiquée pour son absence sur le dossier du Moyen-Orient, son manque de vigueur sur les droits de l’homme en Iran et son manque d’appétence pour la gestion de crises ou l’Europe de la défense.

Le processus d’adhésion enclenché

Sur le processus d’adhésion de la Serbie à l’Union européenne, les Britanniques auraient, en effet, promis aux Serbes que d’ici la fin de l’année, la candidature de la Serbie pourrait être confiée à la Commission européenne pour avis, « si des progrès étaient faits sur le Kosovo« . Tandis que le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, avait il y a quelques jours à Belgrade, affirmé que les ministres des 27 se pencheraient sur la question au plus tôt en novembre, à condition que la Serbie n’entre pas en conflit avec les 27 sur le Kosovo.

La Serbie pourrait ainsi rattraper à grandes enjambées son frère jumeau et ancien rival, la Croatie dont le processus d’adhésion entamé en 2005 est bien avancé voire quasiment terminé. Et elle pourrait dépasser sur le fil la république de Macédoine (pardon… Fyrom comme ex-république yougoslave de Macédoine) qui a aussi vu sa candidature reconnue en 2005 mais dont les négociations sont bloquées par les pays européens, faute de règlement du litige portant sur son nom avec la Grèce.

Si cette décision venait à être confirmée, elle signifierait un pas important dans la résolution du conflit dans les Balkans à une date quasi-anniversaire. Il y a 20 ans, en effet, le 7 septembre 1990, le Kosovo proclamait, en effet, sa Constitution comme 7e république de la Yougoslavie. Quelques jours plus tard, le 28 septembre, le statut d’autonomie de la province était aboli. 10 ans plus tard, le 24 septembre 2000, Milosevic quittait le pouvoir battu par un autre nationaliste plus présentable, Vojislav Kostunica.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Balkans : la France veut-elle bloquer la paix ?

Ce que les citoyens du pays attendent de la France pour relancer l’Union européenne ? A la veille des élections présidentielles en France, nous avons demandé à deux collègues, l’un polonais, l’autre albanais ce que représentait l’Union européenne.

(Archives – B2) L’idée du départ de la construction européenne – répandre la paix sur le continent européen – semble effacée aujourd’hui en France.

En modifiant sa Constitution, elle a donné au peuple, par voie de référendum, d’approuver ou de bloquer l’entrée de tout nouvel Etat membre dans l’Union européenne, y compris la Macédoine, l’Albanie, le Kosovo, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro et la Serbie. Un procédé qui paraît peut-être démocratique pour les Français mais est vécu avec anxiété dans les Balkans qui y voient une forme d’injustice. Pourquoi 60 millions de Français pourraient décider, au nom de tous les Européens, qui doit rentrer dans l’Union ou pas ? On a l’impression que cette France, qui avait eu le courage, il y a un demi-siècle, d’embrasser son ennemi (et voisin) historique, l’Allemagne, a oublié aujourd’hui cette dynamique de la réconciliation.

Les Français n’en sont peut-être pas conscients. Mais la réunification pacifique de l’Europe, à laquelle avaient rêvé les pères fondateurs, a constitué sans doute « LE » succès incontestable de cette Union. C’est une réalité tangible aujourd’hui pour les 12 nouveaux Etats membres, de l’Estonie à la Roumanie. Pourquoi n’en serait-il pas ainsi pour les Balkans ? Cette poudrière que seul le rêve européen peut éteindre, ce miroir qui reflète et rappelle à chaque moment les démons du passé, ce « trou noir » dans un continent presque unifié pourrait être plus déstabilisateur s’il n’était pas intégré.

Même si l’Union Européenne a échoué et n’a pas su répondre aux crises et guerres qui ont embrasé la région dans les années 1990, elle panse tout de même, depuis 1999, les plaies béantes des Balkans par son seul pouvoir d’attraction. La simple idée de pouvoir entrer, un jour, dans ce « club de la paix » force ces pays du sud-est de l’Europe à des réformes qu’ils ne pourraient pas accomplir autrement. Rentrer dans l’Union pour les Albanais, est vital. Il n’y a pas de plan B, pas d’autre alternative.

Pour nous, l’Europe c’est une démocratie qui fonctionne, des partis politiques responsables, des droits fondamentaux respectés, c’est aussi une économie qui fonctionne, la liberté de voyager dans l’Union, sans visa, sans limitation, et surtout, un baume aux haines ancestrales. Peut-on rêver, un jour, à l’image du Général de Gaulle et d’Adenauer, le Président serbe Boris Tadic embrasser sur les deux joues celui kosovar Fatmir Sejdiu ? Ce rêve, il n’y a que l’Europe entière qui puisse l’apporter…

Ernest BUNGURI.

Paru dans Ouest-France, mars 2007