L’opération américaine dans le détroit d’Ormuz : un petit goût d’échec diplomatique

(B2) L’appel américain à mettre sur pied une coalition maritime dans le Golfe et le détroit d’Ormuz dirigée clairement contre l’Iran a fait plouf !

Le HMS Duncan de retour au pays après son opération nationale de protection (Crédit : UK Royal Navy)

Un enthousiasme modéré

Lancé en juillet dernier, cet appel n’avait pas vraiment suscité un enthousiasme folichon dès le début. C’est un euphémisme. Les Européens rechignaient à suivre les Américains, dans une tentative de déstabilisation supplémentaire de Téhéran. Washington qui a été frapper à la porte de Paris ou Berlin, Bruxelles et La Haye, Rome ou Madrid a essuyé partout des refus polis, mais fermes. Trois mois après, c’est un fait. Aucun pays ne s’est rué à suivre les Américains dans l’aventure, si ce ne sont les Britanniques après l’arrivée au pouvoir de Boris Johnson. Et, encore, du bout des lèvres (1). Les Polonais ont dit réfléchir à un possible soutien. C’est faible…

Une perte d’influence ?

On peut même parler d’un échec certain. En 2003, l’Amérique de Georges W. Bush avait réussi à entraîner derrière elle une petite dizaine de pays européens, et non des moindres (Italie, Espagne, Pologne, Portugal, Danemark notamment), contre l’Irak de Saddam Hussein. Aujourd’hui, un silence poli répond à leurs demandes répétées. On pourrait y voir une perte d’influence américaine en Europe (2). Cela serait une conclusion sans doute hâtive.

La voie diplomatique plutôt que la provocation maritime

Trois causes à cet échec peuvent être discernées. Tout d’abord, le faible résultat de l’intervention de 2003 en Irak reste dans toutes les mémoires. Et, aujourd’hui, même les plus fidèles des fidèles, ne sont plus prêts de s’engager les yeux fermés dans une nouvelle aventure guerrière au Moyen-Orient sous conduite américaine. Ensuite, les errements de l’administration Trump ne prêtent pas à grande confiance. Sa persistance dans une politique de pression maximale sur Téhéran ne produit pas vraiment d’effet patent pour l’instant. Et les rétorsions contre des navires ou marins par l’Iran est toujours possible. Prudents, les Européens préfèrent utiliser la voie diplomatique, qui a montré dans le passé un certain succès. Ils l’ont dit de façon très nette, tous ensemble lors du gymnich, la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères, à Helsinki fin août (3).

Une politique de pression contre-productive

En poussant l’Iran dans ses retranchements, les États-Unis n’arrivent qu’à favoriser la radicalisation et à jeter dans les bras d’autres pays l’Iran. Dans ce qui était jusqu’à présent considéré comme une chasse gardée américaine — le Golfe et le Moyen-Orient —, les Américains ont perdu un allié précieux, les Européens, qui préfèrent désormais la neutralité, et ont ouvert largement les portes à leurs adversaires stratégiques : Russie et Chine. Bravo !

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Annoncée au plan politique, cet engagement reste limité. La Royal Navy préfère communiquer sur son opération nationale de protection des navires battant pavillon britannique.
  2. Les autres pays du Moyen-Orient (Qatar, Oman, Bahrein…) sont restés également très discrets dans leur soutien.
  3. Lire Les Européens mettent la pédale douce sur une opération à Ormuz : de l’échange d’informations plutôt que de l’escorte

Lire aussi dossier N°72. La crise dans le détroit d’Ormuz et le Golfe

La présence maritime coordonnée. Un nouveau concept européen ? Explications

(B2) Le concept de présences maritimes coordonnées a fait irruption lors de la réunion informelle des ministres de la Défense de l’Union européenne ce jeudi (29 août) à Helsinki. Que recouvre-t-il ? Ce qu’il est ? Ce qu’il n’est pas ?

Ravitaillement entre plusieurs navires dans l’Océan indien (crédit : EUNAVFOR Atalanta – Archives B2 – septembre 2018)

Un concept ‘made in‘ détroit d’Ormuz ? Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce n’est pas la situation dans le détroit d’Ormuz et le Golfe qui a déclenché la réflexion. Elle avait commencé auparavant. Mais c’est certain, la tension maritime dans cette zone si stratégique a sûrement aidé à la prise de conscience et à la nécessité d’y réfléchir… plus rapidement.

D’où vient l’idée ? L’idée est dans l’air depuis plusieurs mois, voire plusieurs années dans les couloirs européens. Tout part en fait du bilan de l’opération anti-piraterie Atalanta dans l’Océan indien. Alors que l’option d’une fermeture de l’opération est évoquée, la plupart des opérationnels européens estiment qu’il faut au moins garder le centre nerveux de l’opération : l’échange d’informations entre les Européens tout d’abord mais aussi avec le monde civil, la marine marchande. Une nécessité se fait aussi sentir : maintenir une présence semi-permanente, en cas de résurgence de piraterie. Et la solution est toute trouvée : il s’agit de coordonner les moyens des marines nationales présents pour d’autres missions (Lire aussi : Les huit options pour l’opération anti-piraterie de l’UE (EUNAVFOR Atalanta) dans le futur).

Comment cela pourrait se passer en pratique ? L’essentiel reposera sur l’information. Les pays membres s’échangeront des informations sur leur présence navale dans la zone concernée, comme des menaces ou des incidents rencontrés. Des ‘bulletins de situation’ seront transmis aux États participants. Si nécessaire vu la situation de crise, les Européens pourraient décider de renforcer leur présence ou d’intensifier les échanges. Au besoin, le ‘régulateur’ européen pourrait demander à certains pays de prolonger ou augmenter leur présence, si une crise se profile.

Est-ce semblable aux groupes permanents de l’OTAN (SNMG) ? Cela n’a pas vraiment à voir. En l’espèce, ces groupes malgré leur nom ne sont pas permanents. Ce sont plutôt des missions régulières maritimes, avec un trajet identifié, qui permettent de faire quelques exercices, de la ‘diplomatie navale’, voire de contribuer à des opérations de renseignement ou d’information, le tout sous un commandement otanien (*). Côté européen, le dispositif ne disposera pas du commandement de force navale en soi. Il reposera son action sur les navires déjà présents dans la région, avec un plus : la liaison avec le monde civil. Le dispositif sera réellement permanent. Si on peut le comparer, c’est plutôt un mini-Marcom.

Est-ce une mission ou une opération PSDC ? Non, même si le format peut être semblable, il ne s’agit pas d’une mission ou d’une opération. D’une part, il n’y a pas de chaîne de commandement. Le centre européen n’aura pas d’autorité de commandement. Le dispositif est beaucoup plus léger et repose davantage sur la technologie, l’échange d’informations que sur une emprise maritime.

Comment va-t-on déterminer les zones concernées ? Cela fera partie d’un travail en amont. Les Européens vont déterminer des zones d’intérêt maritime commun. Les critères doivent être encore définis. Mais on peut préciser qu’il y en a trois ou quatre principaux. Premièrement, cela doit être une zone qui a un fort enjeu d’un point de vue stratégique, mais aussi économique ou politique pour, sinon la totalité des États membres, du moins nombre d’entre eux. Deuxièmement, différents moyens européens (à titre national) y sont déjà déployés et la nécessité d’une coordination se fait sentir. Troisièmement, l’intérêt de cette coordination et d’un échange d’informations accru doit avoir une valeur ajoutée par rapport aux autres dispositifs déjà existants. Si une opération de la PSDC est déjà déployée dans la zone, cela ne nécessite pas la mise en œuvre de ce dispositif supplémentaire. Enfin, les États riverains doivent être associés ou désireux de voir les Européens s’impliquer davantage.

Quelle sera la première zone test ? Normalement le Golfe de Guinée. C’est une zone bien balisée. Il existe déjà un programme européen (soutenu par la Commission européenne) pour consolider les pays de la zone et mettre en place un réseau d’information. Les Français avec l’opération Corymbe, comme les Espagnols, Portugais et autres forces sont présents dans la zone. Il y a déjà un centre de coordination, basé à Brest, géré par la marine française. Et le ‘hasard’ fait bien les choses… Ce centre de coordination a pris en charge également la gestion des échanges d’information avec la marine marchande pour l’opération anti-piraterie EUNAVFOR Atalanta (le MSCHOA).

Pourquoi pas le détroit d’Ormuz ? Cette zone correspond à peu près aux différents critères. Mais c’est prendre un risque politique certain. Les débats lors de la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères à Helsinki jeudi (29 août) l’ont montré. Les Européens ne tiennent pas à mettre en place une opération dans le détroit d’Ormuz, préférant miser sur la diplomatie avec Téhéran que sur l’option militaire comme l’ont décidé Américains et Britanniques. Démarrer la mise en place d’un nouveau concept militaire par l’aggravation d’une crise politique ne serait pas de bon augure pour la survie de ce concept. Mieux vaut le tester sur une zone avec moins d’enjeux crispants.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : Pour construire une Europe de la Défense, il faut travailler avec toutes les marines européennes (RA Gilles Boidevezi)

(*) Les SNMG sont des « forces maritimes multinationales intégrées » composées de façon ad hoc de navires de pays alliés. Ils sont placés temporairement (le temps de la mission) sous commandement de l’OTAN pour effectuer « un large éventail de tâches allant de la présence dissuasive, en passant par la connaissance de la situation, les exercices et la conduite de missions opérationnelles ». Il existe deux formations : deux groupes sont composés de frégates et destroyers chargés de missions plus générales (SNMG 1 et 2) et deux groupes sont axés plus précisément sur la lutte contre les mines avec une vocation plus opérationnelle (SNMCMG 1 et 2).

Le HMS Defender déployé dans le Golfe

(B2) La Royal Navy britannique a déployé un navire supplémentaire, le destroyer HMS Defender (D-36) dans le Golfe et le détroit d’Ormuz afin d’assurer la sécurité maritime des tankers et autres navires de commerce battant pavillon britannique. Concrètement il s’agit de répondre à de possibles menaces des gardiens de la révolution iraniens

(crédit : MOD Uk – Royal Navy – archives B2)

Le destroyer de type 45 a quitté Portsmouth le 12 août en compagnie du HMS Kent (F-78), une frégate de type 23, dont le déploiement était prévu. Sur place, ils viennent rejoindre et relayer une autre frégate, le HMS Montrose (F-236), déployée depuis plusieurs mois et qui a déjà effectué plus de 30 transits dans le détroit. Ils s’inscrivent « dans le cadre de la nouvelle structure de sécurité maritime internationale nouvellement créée », c’est-à-dire essentiellement dans le cadre de l’opération menée par les Américains dans la région.

« Ce déploiement garantira que le Royaume-Uni dispose de la flexibilité nécessaire pour engager de manière continue un navire dans la mission internationale » indique samedi (24 août) le ministère britannique de la Défense.

(NGV)

La Royal Navy escorte plusieurs navires dans le détroit d’Ormuz

(B2) Les escortes par convoi de la Royal Navy dans le détroit d’Ormuz ont commencé. Vidéo à l’appui, prise depuis l’hélicoptère de la frégate HMS Montrose, la défense britannique montre la frégate britannique de type 23 accompagnant jeudi (25 juillet) plusieurs navires marchands, notamment le Stena Important (battant pavillon des Bermudes) et le Sea Ploeg.

(NGV)

Remerciements à mon collège britannique Henry Jones pour avoir signalé l’info

Une opération européenne de protection maritime dans le Golfe. En format ‘article 44’ ?

(B2) L’annonce par le Royaume-Uni du lancement d’une force ‘sous direction européenne’ de protection maritime dans le détroit d’Ormuz fait réfléchir à plus d’un titre : pourquoi les Britanniques se montrent si enthousiastes sur l’Europe ? Dans quel format vont-ils mener cette information ? Avec quels moyens ?

Quelle ironie !

On avait connu des Britanniques beaucoup plus atlantiques et moins européens. Aussi quand Jérémy Hunt, un ministre tory bon teint, annonce devant la Chambre des communes lundi (22 juillet) une « European-led maritime force », menée en « coalition » (1) on se pince presque pour se dire qu’on ne rêve pas. Même le plus audacieux Européen n’aurait jamais imaginé une situation où Londres réclame à corps et à cri une opération ‘européenne’. Il est assez ironique qu’il ait fallu le Brexit — et les pressions de Donald Trump sur l’Iran — pour que les Britanniques se souviennent qu’avoir une force européenne peut avoir autant d’intérêt qu’une force euro-atlantique.

Le besoin d’une puissance douce

Ce choix est tout d’abord une affaire de haute politique internationale. Il s’agit pour les Britanniques de bien se distinguer des efforts américains en cours contre l’Iran. Les diplomates britanniques, comme l’ancien chef du Foreign Office Jérémy Hunt devant la Chambre des communes, l’ont répété à maintes reprises : cette force sera bien distincte de l’effort américain. Placer cette force sous commandement de l’OTAN aurait été un signe immédiat d’hostilité. Le placer sous commandement européen est un geste de ‘puissance douce’.

L’expérience européenne

L’autre intérêt européen est l’expérience acquise en matière de protection des navires contre les pirates somaliens dans l’Océan indien. Une action à laquelle ont participé également les navires iraniens — sans cependant s’associer au mécanisme de coordination international Shade mis en place par les Européens en particulier. Au Royaume-Uni, la force européenne de lutte contre la piraterie (commandée par les Britanniques depuis Northwood) est désormais labellisée comme un « véritable succès », comme l’a rappelé un député britannique lors du débat.

Un format ‘article 44’

Le format de l’opération reste à trouver exactement. Si les Britanniques veulent placer l’opération sous couvert de l’Union européenne, ils n’entendent pas apparemment, selon nos informations, placer cette opération sous celui de la politique européenne de sécurité et de défense commune alias PSDC (lire : Vers une opération maritime combinée franco-germano-britannique dans le détroit d’Ormuz. Les discussions continuent) (2). Mais il est tout à fait possible d’avoir une opération en coalition, mandatée par l’Union européenne. C’est même une disposition prévue par les Traités. C’est ce qu’on appelle le format ‘article 44‘ en référence à l’article concerné du Traité (3). Un article qui n’a jamais pu être utilisé jusqu’ici. Les différents États membres n’ayant pas vraiment réussi à se mettre d’accord sur ses modalités d’utilisation ni sur son opportunité.

Quels moyens ?

La question des moyens reste maintenant posée de façon concrète. Il existe plusieurs modalités d’assurer la sécurité des navires : de l’escorte navire par navire — quasi impossible à assurer car très coûteuse en moyens —, à la formation de convois escortés — plutôt complexe à mettre en œuvre avec des navires marchands qui ont des impératifs horaires propres — en passant par des équipes de protection embarquées à bord des navires — la solution la plus souple et la plus facile à mettre en place. Mais une des premières choses à faire, c’est d’avoir une appréhension commune de la situation. C’est ce qu’a indiqué la ministre française des Armées, Florence Parly, dans un entretien à l’Est républicain ce jeudi. Les capteurs sur zone ne manquent pas, qu’ils soient américains, britanniques ou français, par voie de mer, aérienne ou satellite. Encore faut-il avoir une analyse unique de la situation.

Une épreuve de force dangereuse

Quelle que soit la méthode, mettre des navires sans s’assurer que les Iraniens ne répliqueront pas présente des risques certains. Celui d’être pris à son propre piège, d’avoir ce qu’on appelle ‘un trou dans la nacelle’, et de ne pouvoir faire face à une percée des Gardiens de la révolution iraniens qui ne sont pas des néophytes. Un autre risque serait de devoir faire feu sur des forces iraniennes. Ce serait à l’inverse de l’objectif recherché : la désescalade, et ferait tomber dans le piège des extrêmes.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. lire : Londres lance une force ‘européenne’ de protection maritime dans le Golfe. Les Français répondent présent
  2. Il était d’usage outre-Manche pour désigner les opérations de l’Union européenne de mentionner ‘une opération multinationale européenne’. Ce qui ajoute à la confusion.
  3. « le Conseil peut confier la mise en œuvre d’une mission à un groupe d’États membres qui le souhaitent et disposent des capacités nécessaires pour une telle mission. »

NB : cet article issu du commentaire du précédent article a été reformaté et complété

Londres veut une force ‘européenne’ de protection maritime dans le Golfe. Les Français répondent présent

(B2) Le ministre britannique des Affaires étrangères Jérémy Hunt vient de l’annoncer, ce lundi (22 juillet). Le Royaume-Uni va lancer dans le Golfe une « force maritime conduite par les Européens » (European-led maritime) afin de protéger les navires traversant le détroit d’Ormuz contre d’éventuelles attaques ‘de piraterie’ (aka des forces iraniennes)

Le HMS Duncan va participer à la force européenne de protection dans le Golfe (crédit : Royal Navy – Archives B2 – juin 2019)

Une montée en puissance lente

La présence va être renforcée peu à peu. Aux côtés du HMS Montrose (F-236), une frégate de type 23 déjà sur place, la Royal Navy a envoyé sur place le HMS Duncan (D-37), un destroyer de Type 45 qui devrait être sur zone dans quelques jours, d’ici « le 29 juillet ». Ce sera la « première étape dans ce processus de montée en puissance ». Objectif : protéger les navires battant pavillon britannique (tankers pétroliers, transporteurs de gaz liquéfié, cargos…) naviguant dans le détroit d’Ormuz. Jérémy Hunt a tenu cependant à avertir que cet effort n’était pas militaire. « Nous faisons cela, non pour accroître la tension, mais parce que nous estimons que la liberté de navigation est importante. Ce que nous recherchons est la désescalade. »

Une force européenne, la France répondra présent

« La coalition proposée sera placée sous le leadership européen » a précisé Jérémy Hunt. Plusieurs pays ont été contactés pour participer à cette force, dont le format n’est pas précisé exactement. La France et l’Allemagne notamment a précisé le ministre britannique, ayant indiqué avoir parlé avec ses homologues Jean-Yves Le Drian et Heiko Maas. Les Pays-Bas et la Norvège — deux pays avec une industrie pétrolière — auraient aussi été contactés selon nos informations. La France répondra présent. La ministre de la Défense française Florence Parly l’a assuré ce lundi après-midi après un entretien téléphonique avec son homologue britannique Penny Mordaunt. Il y a une « pleine solidarité » entre la France et le Royaume-Uni « alors qu’un pétrolier britannique est toujours retenu par l’Iran ». « La liberté de navigation dans le Golfe est un enjeu majeur de sécurité pour les Européens » a-t-elle indiqué. « Nous souhaitons travailler ensemble à la garantir. »

Une force bien distincte de l’effort américain

Cette force agira en coordination avec les autres forces, notamment américaines, présentes dans la zone. « On ne peut pas exclure les Américains. Nous agirons en coordination avec eux ils ont des moyens de ravitaillement en mer ou d’information » qui sont utiles à l’opération. Mais cette force sera bien distincte. Le chef de la diplomatie britannique a tenu cependant à le préciser devant la Chambre des communes, il ne s’agit pas pour les Britanniques de s’associer aux efforts américains en cours visant à briser l’Iran. « Cela ne fait pas partie de l’effort maximum des Américains sur l’Iran, car nous sommes engagés dans l’accord sur le nucléaire iranien. »

Des règles d’engagement élaborées

Les règles d’engagement sont en cours d’élaboration, mais le ministre n’a pas tenu devant la chambre à en donner tous les détails. Les navires marchands devront aussi faire un effort pour accroître leur sécurité. « On pourra pas assurer un risque zéro, mais on pourra le réduire. » Tous les navires battant pavillon britannique transitant par le détroit d’Ormuz devront ainsi communiquer la date de leur passage pour « nous permettre d’offrir la meilleure protection possible ». D’autres mesures pourraient aussi être nécessaires.

Un élément doublement stratégique

Ce lancement est intéressant. On avait connu des Britanniques beaucoup plus atlantiques et moins européens. Aussi quand Jérémy Hunt, un ministre tory bon teint, annonce une « European-led maritime force », menée en « coalition » (1) on se pince presque pour se dire qu’on ne rêve pas. Même le plus audacieux Européen n’aurait jamais imaginé une situation où Londres réclame une opération ‘européenne’ (lire article séparé)

Une campagne en cours

N’oublions pas cependant un élément principal : Jérémy Hunt est en campagne actuellement pour briguer le poste de chef du parti conservateur et dans le même temps celui de Premier ministre. Il a intérêt à la fois à durcir le ton, mais aussi à affirmer sa différence avec Boris Johnson sur un point essentiel : la coopération avec l’Europe. En défendant la mise en place d’une force européenne dans le détroit d’Ormuz, il affirme sa détermination. En la plaçant sous l’emblème de l’Europe, il affiche la nécessité d’avoir une approche plus mesurée qu’un hard deal. Car, dès aujourd’hui, les Britanniques peuvent avoir et auront besoin des Européens.

Un besoin d’Europe

Soyons clairs. Même dynamique, la flotte britannique ne suffira pas à assurer la protection des navires soit battant pavillon britannique, soit propriété ou armés par une compagnie britannique. Il faut une coalition d’Européens pour assurer une sécurisation du détroit. Au passage, cela permet à la marine britannique de retrouver un rôle et une mission de premier plan, depuis qu’elle ne participe plus ni à la force anti-piraterie de l’UE déployée dans l’Océan indien, ni dans les opérations en Méditerranée. Le QG d’opération de Northwood va pouvoir ainsi retrouver une vocation maritime qu’il avait perdue avec le départ de l’opération EUNAVFOR Atalanta pour un QG espagnol (pour cause de Brexit).

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Un terme courant outre-Manche pour désigner les opérations de l’Union européenne sans mentionner celle-ci. En l’espèce, il n’est pas vraiment clair si le Royaume-uni veut placer cette force sous le commandement des structures européennes.

Article modifié en développant aspects de commentaires dans un article séparé

La circulation dans le détroit d’Ormuz compromise. Les Européens en soutien à Londres

(B2) L’arraisonnement par les Gardiens de la révolution iraniens du Stena Impero dans le détroit d’Ormuz a provoqué des réactions en cascade

Le tanker Stena Impero naviguait vers l’Arabie saoudite quand les militaires iraniens sont intervenus dans l’après midi de vendredi (19 juillet) pour le stopper. Comme à la parade, des hommes masqués issus des commandos des gardiens de la révolution descendent le long d’un filin de l’hélicoptère qui les transportait, tandis qu’une vedette rapide entourait le bateau. La vidéo livrée par les Iraniens est assez impressionnante.

Du côté iranien, on justifie cette intervention par une collision du navire battant pavillon britannique, mais propriété d’un armateur suédois, avec un bateau de pêche. Mais c’est plus certainement l’arraisonnement d’une manière identique par la marine britannique d’un navire iranien au large de Gibraltar, soupçonné de trafic de pétrole vers la Syrie qui en est plutôt la cause. Le navire, ainsi que son équipage formé de 23 marins, en grande partie Indiens, mais aussi Russes, Lettons et Philippins, ont été déroutés vers l’Iran.

Un acte hostile et agressif

Les Britanniques ont convoqué un comité Cobra (réunion d’urgence des principaux responsables de sécurité). « C’est un acte hostile, agressif [et] illégal » a confirmé la ministre britannique de la Défense, Penny Mordaunt, sur Sky News. « Le navire était à ce moment dans les eaux omanaises. » La frégate britannique HMS Montrose qui se trouve actuellement dans le détroit se trouvait à peine à une heure du Stena Impero, a-t-elle précisé, démentant ainsi la proximité supposée de la frégate royale : dix minutes selon la presse.

L’Iran est parti dans un sens opposé à la désescalade

« Je viens juste de parler avec le ministre iranien des Affaires étrangères Zarif (je lui) ai exprimé ma déception extrême après qu’il m’ait assuré samedi dernier, que l’Iran voulait désamorcer la situation [et] ils se sont comportés dans le sens opposé » a souligné le ministre des Affaires étrangères Jeremy Hunt, par twitter, en fin de matinée ce samedi. Et d’ajouter : « Les navires doivent et veulent être protégés ».

Le soutien de plusieurs pays européens à Londres

Plusieurs pays (France, Allemagne, Pays-Bas) ont apporté tout leur soutien au Royaume-Uni. Le Quai d’Orsay a ainsi condamné « fermement » la saisie du navire et demandé la libération du navire et de l’équipage, comme de « respecter la liberté de navigation ». Une demande identique côté européen pour les deux navires saisis par Téhéran. Un deuxième navire, le MV Mesdar, battant pavillon du Libéria et propriété britannique, avait été capturé. Mais il a été libéré rapidement et a repris sa route vers l’Arabie Saoudite, sa destination originale.

Un moment sensible

Cette affaire tombe à un moment en effet on ne peut plus sensible, alors que l’accord sur le nucléaire iranien est en péril. Washington continue à mettre sa pression et Téhéran, mécontent de ne pas toucher les dividendes de son effort en matière de respect de l’accord, a décidé de dépasser, de façon limitée (pour l’instant), les quotas autorisés d’eau lourde. « Dans une situation déjà tendue, cette évolution comporte des risques d’escalade. Cela compromet les travaux en cours pour trouver un moyen de résoudre les tensions actuelles » réagit Maja Kocijancic, la porte-parole du service diplomatique européen, au nom de la Haute représentante de l’UE.

(NGV)


Le sort de Nazanin Zaghari-Ratcliffe

Autre chef de préoccupation pour les Britanniques, le sort de Nazanin Zaghari-Ratcliffe, une gestionnaire de projet à la fondation Thomson Reuters, à double nationalité britannique et iranienne, arrêtée le 3 avril 2016 et détenue en Iran donc depuis plus de trois ans. Jeremy Hunt n’a pas caché sa préoccupation face à son transfert « cette semaine dans un hôpital des gardiens de la révolution. Nous espérions que cela signifiait qu’elle avait besoin d’un traitement médical, mais le fait qu’elle ait été coupée du contact avec sa famille est un motif d’inquiétude énorme pour nous. »

L’Abraham Lincoln naviguera sans le soutien espagnol. Décision de Madrid

(B2) L’Espagne a retiré provisoirement sa frégate engagée aux côtés du porte-avions américain Abraham Lincoln dans le Golfe

La frégate Mendez Nuñez survolée par trois F-18 américains, le 9 mai dernier (Crédit : Espagne)

L’Espagne n’entrera pas dans le Golfe persique 

Les États-Unis avaient annoncé le 5 mai le déploiement du porte-avions USS Abraham Lincoln et de son groupe aérien et maritime en réponse à une « menace crédible » de la part de Téhéran (lire : John Bolton s’en va-t-en guerre. L’USS Abraham Lincoln envoyé en guise d’avertissement). Si le groupe maritime américain a bien traversé le canal de Suez avec la frégate Mendez Nuñez, il se dirige actuellement vers le détroit d’Ormuz pour entrer dans le Golfe séparant l’Iran de la péninsule arabique, sans le navire espagnol.

La décision américaine sort du cadre établi 

Entrer dans le Golfe « avec des bombardiers B-52, avec les tensions qui existent », c’est une décision qui « dépasse les termes de l’accord conclu avec l’Espagne » a indiqué la ministre espagnole de la défense dans un point de presse tenu en marge de la réunion des ministres de la Défense de l’UE ce mardi (14 mai) à Bruxelles.

L’Espagne insiste sur le caractère technique

Margarita Robles rejette toute dramatisation et similitude avec le retrait des troupes espagnoles d’Irak en 2007. « La décision n’est pas politique. Elle n’a rien à voir avec les désaccords américains avec l’Iran. » « L’Espagne est un partenaire fiable et sérieux » martèle la ministre, qui insiste plutôt sur le caractère technique de cette décision. « Nous avons examiné l’accord de près » et « ce que nous faisons, c’est respecter scrupuleusement l’accord que nous avons signé il y a deux ans » avec Washington. 

Une mesure temporaire  

Le retrait « temporaire » s’appliquera tant que le porte-avions américain se trouvera dans cette zone. « Lorsqu’il reviendra à ce qui était prévu, nous poursuivrons le déploiement comme prévu », explique M. Robles. Entre temps, la frégate a mis le cap vers l’Océan indien et va jeter l’ancre dans le port de Bombay.   

(Leonor Hubaut)

Des pirates toujours en action dans l’est de l’Océan indien ?

(B2) Un navire marchand a fait l’objet d’une « approche » par des présumés pirates, jeudi (25 septembre), à l’est de l’Océan indien, apprend-on de source maritime. Le navire se trouvait alors tout proche du détroit d’Ormuz, entre les Emirats arabes unis et la côte du Pakistan. Un skiff avec 3 personnes à bord, des armes et du matériel d’harponnage bien visibles, s’est approché alors très près du navire, à juste 10 mètres. Le navire a pu esquiver ses poursuivants.

Une autre approche suspecte en mer rouge

Une autre approche « suspecte » a été signalée le lendemain à l’autre bout de la zone, dans la mer rouge, 9 skiffs suspects se sont approchés à une vitesse rapide (20 noeuds) d’un vraquier venant de différentes directions. Le capitaine a sonné l‘alarme, fait donner de la vitesse, déclenchant les alarmes de bord, activant les tuyaux d’incendie. 12 fusées éclairantes ont même été tirées. Sans succès apparent. Les skiffs ont poursuivi leur approche et se sont approchés à 20 – 30 mètres du navire. L‘équipe de sécurité de bord a alors fait des tirs de sommation ; les skiffs ont alors arrêtés leur approche. Mais aucune arme ou échelle n’ont été aperçus à bord « à cause de l’obscurité » indique le centre de surveillance de la piraterie (IMB) de la chambre de commerce internationale, qui a d’ailleurs décidé de ne pas comptabiliser cet incident dans ses statistiques.

DétroitOrmouz@Wikip

Une attaque de pirates échoue dans le détroit d’Ormuz

DétroitOrmouz@Wikip(BRUXELLES2) Un tanker s’est fait attaqué, ce dimanche (30 mars), par des pirates dans le détroit d’Ormuz, à 24° Nord et 61° Est, apprend-on de sources maritimes, à environ 8 miles de l’ile de Musandam (Oman). Le navire a été approché par deux skiffs, à moins de deux mètres. La présence d’armes aux mains des poursuivants et d’une échelle à bord d’un skiff ne laissait aucun doute sur les intentions des poursuivants. Les pirates – ils étaient six à bord – n’ont d’ailleurs pas hésité à tirer, à deux reprises, pour tenter de stopper leur proie. Les marins ont été obligés de manoeuvrer durant 25 bonnes minutes, d’actionner les pompes à incendie, et de pousser les moteurs à fond, avant que les pirates ne rebroussent chemin.

Commentaire : ce n’est pas la première qu’une attaque a lieu dans cette zone, proche du Pakistan. Mais rarement une attaque n’avait été perpétrée aussi profondément dans le détroit. Il semble bien que la menace de la piraterie se soit déplacée ces dernières semaines des côtes somaliennes vers les côtes d’Oman et du Pakistan.

Lire aussi :

L’Iran toujours présent dans l’Océan indien

(B2) Les navires iraniens continueront d’assurer une présence dans les eaux internationales, c’est le sens de l’interview donnée à l’agence nationale IRNA par le commandant de la flotte le Rear Admiral Habibollah Sayyari jeudi (27 décembre). « Plusieurs pays sont présents dans les eaux internationales. Et la présence de la marine iranienne qui vise à assurer la sécurité des navires marchands et tankers a prouvé ses capacités. » « Le monde a accepté la capacité de la marine comme ses progrès pour la construction de nouveaux équipements maritimes » a-t-il ajouté. La marine iranienne patrouille régulièrement dans le Golfe depuis la capture d’un cargo iranien, le MV Delight aux larges des côtes du Yemen. Elle avait bénéficié en novembre du renfort de sa nouvelle frégate lance-missiles Sina 7, lancée le jour de la fête nationale de la marine, ainsi que deux petits sous-marins (de la classe Qadir mesurant une trentaine de mètres). Ces sous-marins, dotés d’équipement radar et de systèmes de défense avancés, assurent une présence « dans le détroit d’Ormuz et le Golfe persique » précise l’agence iranienne. NB : Présence qui n’a sans doute que peu à voir avec la menace de la piraterie. Mais plus certainement avec la surveillance de cette zone par les forces internationales, spécifiquement US.